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La BCT confirme le rebond de l’économie, mais l’énergie freine la dynamique

L’économie tunisienne a confirmé son redressement en 2025, avec une croissance de 2,5 %, contre 1,6 % en 2024, tandis que l’inflation a poursuivi son recul pour s’établir à 5,3 % en moyenne annuelle (4,9 % en glissement annuel). Dans son rapport annuel, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Fethi Zouhair Nouri, estime que cette amélioration a permis à l’institut d’émission d’amorcer un assouplissement de sa politique monétaire en abaissant son taux directeur à 7 %, après deux réductions de 50 points de base en mars et en décembre.

Cette amélioration s’est accompagnée d’une baisse du taux de chômage à 15,2 %, soutenue par les bonnes performances de l’agriculture, du tourisme et des services marchands. Les équilibres macroéconomiques se sont également consolidés. Le déficit budgétaire a été ramené à 5,2 % du PIB, contre 6,3 % un an auparavant, tandis que la dette publique a reculé à 82,1 % du PIB. La dette extérieure est tombée à 39,5 % du PIB et les réserves en devises ont atteint 25,1 milliards de dinars, représentant 106 jours d’importation. Les investissements directs étrangers ont, de leur côté, progressé de près de 30 %, dépassant 3,5 milliards de dinars.

Le gouverneur relève toutefois que le déficit courant s’est creusé à 2,3 % du PIB sous l’effet de l’aggravation du déficit commercial, principalement liée à la facture énergétique, qui représente plus de la moitié du déficit des échanges. Les recettes touristiques et les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger ont néanmoins permis d’en limiter l’impact.

Selon la BCT, la dépendance énergétique demeure la principale vulnérabilité de l’économie tunisienne. Le recul de la production nationale d’hydrocarbures renforce les importations et souligne l’urgence d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables.

Sur le plan institutionnel, la Banque centrale a poursuivi la modernisation de ses infrastructures à travers la digitalisation de ses processus, le renforcement des systèmes de paiement et le recours à l’intelligence artificielle pour améliorer l’analyse des risques.

Pour 2026, Fethi Zouhaier Nouri estime que la Tunisie devra consolider les acquis de 2025 malgré un environnement international toujours marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes sur les prix de l’énergie, afin de transformer cette reprise en une croissance durable, créatrice d’investissement et d’emplois.

D’après le mot d’introduction du gouverneur de la BCT.

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Investissement : changement de carte, mais pas de cap

En Tunisie, l’investissement reste en panne. Non pas faute de volonté politique ou d’efforts législatifs, mais plutôt en raison d’une incapacité chronique à transformer les réformes en réalisations tangibles.

 

La période 2021-2025 illustre cruellement ce paradoxe. Alors que le pays s’est doté d’une architecture institutionnelle inédite, censée placer le citoyen au cœur des choix économiques, les indicateurs d’exécution budgétaire et d’attractivité des territoires peinent toujours à décoller. Entre planification ambitieuse et blocages structurels, le bilan laisse entrevoir un échec partiel de la mise en œuvre, dont les racines plongent dans des décennies de politiques centralisées.

 

Une restructuration pour une gouvernance de proximité

Pour tenter de briser les carcans d’une administration jugée trop centralisée, l’État a engagé entre 2021 et 2025 une refonte majeure de son architecture territoriale. L’ambition affichée était claire : dépasser la logique administrative classique au profit d’une logique économique intégrée.

Le nouveau modèle s’est basé sur de nouvelles institutions. Il y a eu la mise en place du Conseil national des régions et des districts (CNRD), chargé de ratifier les plans de développement et d’exercer un contrôle budgétaire rigoureux. Parallèlement, les conseils locaux, régionaux et de districts ont été installés pour incarner cette nouvelle gouvernance de proximité.

Le pays a été officiellement redécoupé en cinq grands districts économiques, conçus comme des pôles de complémentarité. L’objectif était de briser l’émiettement administratif pour créer des synergies productives.

Ce dispositif a été complété par la promotion des entreprises communautaires, visant à ancrer le développement dans une logique d’économie solidaire et participative.

Indépendamment de l’efficacité de cette nouvelle approche, le passage de la théorie à la pratique s’est heurté au mur des lourdeurs bureaucratiques et de l’exécution défaillante.

 

Des chiffres accablants

Les réformes n’ont pas eu l’effet escompté sur le terrain. Les chiffres de l’investissement global sur la période sont éloquents: sur un total programmé de 80,654 milliards de dinars, seuls 49,387 milliards ont été effectivement décaissés, soit un taux de réalisation frustrant de 61,2 %.

Ce déficit d’exécution, qui prive l’économie d’un surcroît de croissance, trouve ses racines dans un triptyque de maux persistants : les freins bureaucratiques et la lenteur administrative, les difficultés d’accès au financement pour les porteurs de projets et le manque de suivi rigoureux et de pilotage stratégique.

Mais derrière cette moyenne nationale se cache une réalité beaucoup plus contrastée, révélant une fracture territoriale profonde en matière d’efficacité.

 

Fortes disparités régionales

Les données révèlent de profondes disparités régionales en matière d’attractivité et d’efficacité de concrétisation des projets. Le troisième district (Centre-est et ouest) affiche la meilleure dynamique industrielle et résidentielle avec 70,2 % de taux de réalisation (14,281 milliards de dinars exécutés sur 20,352 milliards de dinars programmés).

Le cinquième district (Grand Sud) a enregistré le taux le plus élevé d’exécution à 73,4 %, bien que sur une enveloppe globale plus faible (5,207 milliards de dinars).

Le deuxième district (Grand Tunis et Nabeul), le pôle économique majeur, a absorbé le plus gros volume financier absolu avec 15,562 milliards de dinars réalisés (taux d’exécution de 64,4 %).

Le premier district (Nord-ouest) a affiché un taux d’exécution de 52,7 % (6,621 milliards de dinars), dénonçant des difficultés structurelles à concrétiser ses investissements.

Enfin, le quatrième district (Centre-ouest et Sfax) a réalisé la contre-performance la plus alarmante avec seulement 46,8 % d’exécution (7,713 milliards de dinars réalisés sur plus de 16,468 milliards de dinars prévus), soulignant un blocage aigu des projets publics et privés dans cette zone.

Ce constat démontre que la nouvelle carte territoriale n’a pas suffi à fluidifier les canaux d’investissement. Les zones intérieures et semi-intérieures continuent de pâtir de handicaps structurels majeurs.

 

L’État bâtisseur

L’investissement public, prévu à hauteur de 35,163 milliards de dinars, affiche un taux d’exécution particulièrement bas de 47,8 %, avec seulement 16,814 milliards effectivement injectés.

Les infrastructures de base captent 35 % des fonds publics réalisés, suivies de près par les secteurs productifs (32 %) et le secteur social (18 %).

Le secteur de l’équipement et de l’habitat s’impose en leader avec 29 % des réalisations publiques, suivi de l’agriculture et des ressources hydrauliques (18 %), du transport (9,33 %), de l’environnement (8,75 %) et de l’éducation (6,6 %). Quant au secteur de la santé, il affiche une faiblesse chronique en raison du gel et du retard de construction de plusieurs hôpitaux régionaux.

Le deuxième district a surclassé le reste du pays en s’accaparant le plus grand volume financier en valeur absolue, profitant de mégaprojets d’infrastructure et de transport urbain liés à son statut de capitale économique. En revanche, les troisième et cinquième districts affichent les volumes d’investissements publics exécutés les plus faibles du pays.

 

La course à la rentabilité des opérateurs privés

Sur la même période, le secteur privé a injecté 32,573 milliards de dinars (71,6 % des prévisions), mais cette dynamique souffre d’une double concentration.

La première est géographique. Le capital privé fuit les zones intérieures. 67 % de la totalité des investissements privés se concentrent exclusivement dans le troisième et deuxième district, en raison de la disponibilité d’infrastructures logistiques modernes et d’une main-d’œuvre qualifiée. De plus, au sein d’un même district, les investissements s’agglutinent massivement dans les délégations côtières.

La seconde est sectorielle. Le privé délaisse les secteurs productifs complexes à haute valeur ajoutée. L’immobilier s’accapare à lui seul 53 % de l’investissement privé réalisé, dopé par l’expansion urbaine du littoral. L’industrie manufacturière capte 22,2 %, les services et le tourisme 15,5 %. Tandis que le secteur stratégique de l’agriculture ne récolte qu’un maigre 9,3 %.

 

Les fragilités structurelles du modèle tunisien

Certes, ces chiffres sont le résultat des politiques de développement mises en œuvre tout au long des dernières décennies et qui n’ont pas réussi à stabiliser le tissu social et économique des régions intérieures.

Malgré la succession des programmes de développement régionaux, le classement de l’Indicateur de Développement Régional (IDR) des gouvernorats et délégations est resté quasi statique, prouvant l’inefficacité des interventions centralisées traditionnelles.

La faible attractivité des régions intérieures s’explique par un tissu industriel embryonnaire et une dépendance exclusive envers une agriculture de subsistance ou des activités extractives à faible valeur ajoutée. Ce manque de diversification expose ces territoires à une forte vulnérabilité face aux chocs climatiques et aux fluctuations des marchés.

Le secteur privé s’est massivement détourné du nord-ouest (premier district) et du centre-ouest (quatrième district), créant une distorsion sur le marché de l’emploi. Cette concentration côtière des entreprises exportatrices alimente un exode rural persistant et prive les régions intérieures de leurs forces vives.

Le bilan de la période 2021-2025 met en évidence une contradiction majeure. Indépendamment du cadre législatif, les canaux d’exécution financiers et leur capacité à attirer le capital productif dans les zones prioritaires restent grippés. La prédominance de la spéculation immobilière dans l’investissement privé et la concentration des infrastructures publiques dans le Grand Tunis démontrent que la transition vers la justice spatiale nécessite plus qu’un découpage territorial. Elle exige une réorientation drastique des incitations financières et une débureaucratisation réelle de l’action publique.

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Aïsha, mère des croyants et le retour du refoulé

Il y a seulement quelques jours, un post Facebook, commis par une universitaire tunisienne, Saloua Charfi, pour bien la nommer, à propos de la femme du prophète de l’Islam, Mohammed Ibn Abdellah, a provoqué un véritable tsunami de commentaires,. Tout d’abord dans les espaces sociaux et la blogosphère tunisienne; puis relayés par les médias écrits essentiellement. Car les médias audio-visuels, certainement par crainte de représailles ont en général évité de s’impliquer dans ce débat qui n’en est pas un. Ce qui a traduit.ce qu’on peut qualifier d’un retour massif du refoulé.

Sous prétexte de défendre le sacré, l’on a donné libre cours aux fantasmes les plus extrêmes, aux désirs les plus meurtriers et les plus primitifs et surtout à une méconnaissance totale de l’histoire de la civilisation et de la religion musulmanes. Le pêché de Saloua Charfi a été de dire en langage dialectal (derja) et avec un ton ironique, une infime partie de ce que l’historiographie arabe, toutes obédiences confondues avait largement divulguée. Car il aurait suffi d’ouvrir n’importe quel livre des historiens classiques musulmans, sunnites, chiites ou ibadites, comme Tabari, Beladhuri, Ibn Saad, pour avoir un point de vue objectif de la question qu’a toujours soulevée Aïsha, la plus jeune des femmes de l’envoyé de Dieu, et sa préférée. Et ce, tant son rôle dans la formation de la théologie musulmane et dans l’histoire même du Califat depuis la mort du prophète (632j.c-an 11 de l’hégire), a été immense. Une grande partie des hadiths, récits attribués au prophète dans la tradition sunnite est l’œuvre de Aïsha bint ABI Bakr, le premier Calife de l’Islam.

Aïsha, la mère mythique

Comme Fatma la fille du prophète et l’épouse de son cousin Ali, comme Marie, chez les chrétiens catholiques, Aïsha est devenue avec le temps, la mère mythique des musulmans sunnites. Ce n’est pas par hasard qu’on l’a nommée, mère des croyants (Oum el moueminine), alors qu’elle n’a jamais eu d’enfants. Quel que soit son rôle réel et historique, et il est immense, c’est sa fonction mythique, qui s’est incrustée, le long de 14 siècle dans l’inconscient collectif des musulmans sunnites qui compte des centaines de millions actuellement.

Le post succinct, et qui sent la dérision, a réveillé le monstre qui somnole au fond de notre inconscient collectif, fait de fanatisme et d’ignorance, qui ne demande qu’à détruire sur son passage, tout ce qui menace sa certitude.

L’accusation d’istehzaa, qu’on peut traduire par tourner en ridicule la foi musulmane est passible dans la tradition sunnite ou chiite, de la peine de mort. Rappelons-nous le cas de Selman Rushid, et son ouvrage (Les versets sataniques) qui lui a valu une fatwa de la part de l’Imam Khomeiny, avec une sentence de mort. Ce qui l’amena à vivre toujours caché, avant qu’un fanatique chiite ne tente de l’assassinat, et qui finit actuellement, borgne, dans un endroit secret. Selman Rushdi n’avait fait lui aussi que reproduire un récit relaté par l’historiographie officielle sunnite. S. Charfi a-t-elle voulue jouer au Selman Rushdi ? Nous, nous en doutons connaissant la personne ! Pourtant l’universitaire, bien connue pour ses sorties iconoclastes, n’a aucunement offensé un sacré. Car Aïsha précisément, était un personnage hautement politique et était connue pour sa tendance à désacraliser même les paroles du prophète. Les récits à propos de ses flèches lancées au prophète lui-même, quand un verset n’est pas de son gout, abondent dans la littérature qui aborde la biographie de l’Envoyé de Dieu.

S. Charfi se serait contentée de rapporter un de ces récits authentifiés par les plus grandes autorités religieuses et juridiques: cela n’aurait jamais provoqué de réaction hostile, car ces récits eux-mêmes sont frappés du sceau du sacré. Mais user du dialectal en traitant une histoire considérée comme sacrée avec un ton sarcastique et en ayant recours à la dérision, c’est carrément une provocation sûrement voulue par l’auteure, mais dont elle n’avait pas prévu le tollé général qu’elle a provoquée. La preuve ? Elle a effacé rapidement son post et elle a raison.

Aïsha, l’historique !

Beaucoup de nos intellectuels ne savent pas qu’il existe une différence fondamentale entre l’histoire du sacré et l’histoire religieuse. Ce n’est pas ici notre propos de clarifier ce point. Et il suffit de lire Henri Corbin et le sens qu’il donne à l’herméneutique, en ayant recours à la phénoménologie. Son idée est que le sacré à sa propre histoire qu’on ne peut écrire avec les outils traditionnels de la recherche historique et ses méthodes. L’histoire de la foi a sa vérité propre, qui n’obéit forcément pas à la rationalité cartésienne.

Il convient donc de faire la différence entre la Aïsha historique et la Aïsha sacrée, comme pour le prophète. Voici par exemple comment Abi Mohammed Abdellah ibn Muslim ibn Qatiba, el Dinnawri, Imam et Jurisconsulte (faqih) né en 213 de l’hégire et décédé en 276,h, traite l’histoire de Aïsha, dans son ouvrage « Tarikh el Khoulafaa, Histoire des Califes », lors de la bay3a (Serment d’allégeance) à Ali : « L’on rapporte que lorsque Aïsha prit connaissance de la bayaa de Ali (prêter allégeance), alors qu’elle quittait Médine, on lui annonça que Othman, le 3 ème Calife, était mort assassiné et que les gens avaient prêté allégeance à Ali. Elle a dit : Je n’aurais prêté aucune importance si le ciel s’est écrasé sur la terre. Uthman fût tué injustement (madhloum), et je revendiquerais le prix de son sang. Obeïed lui répliqua : Mais tu es la première à avoir monté les gens contre lui et avoir mis en doute sa légitimité et tu as même dit : Tuez naal (Uthman), car il a dévié de la voie de Dieu ! Aïsha lui répliqua. Je jure devant Dieu que je l’ai dit, ainsi que d’autres gens. Mais ce que je dis actuellement est mieux que ce que j’ai dit avant…. Lorsque Aïsha su que les gens du Sham avaient rejeté la bayaa de Ali, et refusaient de le considérer comme légitime, elle a ordonné de lui apporter son hawdag (Palanquin blindé) en acier (pour combattre) qui comporte une ouverture au niveau de ses yeux, et est partie en rébellion contre Ali, en amenant avec elle, Talha, Abdellah ibn El Zoubeïer et Mohammed ibn Talha). Aïsha dirigea même le combat dans la bataille du Chameau (656j.c) qui fût remportée par Ali Ibn Abi Taleb.
Il est donc certain que cette femme a joué un rôle primordial dans la formation et le développement de la jeune religion. Et pour s’en convaincre, il n’y’a qu’à jeter un œil sur les livres des hadiths, où elle est considérée comme une des sources fiables principales du corpus, regroupant des dits du prophète. Donc une des fondatrices de ce qui deviendra l’Empire et la civilisation de l’Islam.

L’on ne peut alors aborder son histoire avec légèreté et désinvolte, sans tomber, dans la démagogie facile.

Faut-t-il désacraliser Aïsha ?

Le processus à travers lequel un symbole devient sacré est complexe et long. Et il existe au plus profond de l’âme humaine. On a tous notre sacré, même quand on est agnostique, car il ne faut pas confondre, religion et sacré.

Avant même l’existence des religions monothéistes, le sacré a toujours existé, car il donnait un sens à la vie de l’homme. L’anthropologie et l’archéologie le confirment chaque journée.

Peut-ont dès lors critiquer le sacré ? Certes le sacré est aussi l’œuvre de l’homme, mais désacraliser quelque chose n’est pas la profaner ! Beaucoup de choses et d’hommes ont perdu à travers l’histoire leur caractère sacré, car ce dernier n’est point éternel !
Mais la tendance, actuellement devenue une mode, à manipuler le sacré pour en faire une arme politique, crée son propre contraire, en poussant d’autres à profaner ce qui est considéré comme sacré chez leurs adversaires. Il n’y a pas plus dangereux que de permettre l’intrusion du sacré dans les batailles politiques, les guerres, les conflits sociaux, etc.. L’exemple le plus édifiant de cette tendance est la guerre entre L’Iran d’un côté et les USA et Israel de l’autre, où l’on fait feu de tout bois, pour abattre l’adversaire y compris en manipulant le sacré. D’ailleurs, recourir à la manipulation du sacré pour vaincre ses adversaires est la pire des méthodes. On n’en sort jamais indemne !

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Décryptage – Tunisie à l’été 2026 – Quand les chiffres racontent une histoire plus profonde que les statistiques

Les indicateurs monétaires et financiers publiés par la Banque centrale de Tunisie au 3 juillet 2026 donnent l’image d’un pays qui sort progressivement de plusieurs années de fortes turbulences. Les tensions sur la liquidité bancaire s’atténuent. Les recettes touristiques progressent. Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger continuent d’alimenter l’économie. Le coût du refinancement bancaire recule légèrement. Les réserves en devises demeurent relativement confortables.

Pourtant, derrière ces améliorations conjoncturelles se cache une réalité plus complexe. La Tunisie ressemble aujourd’hui à un navire qui a réussi à éviter la tempête la plus violente mais qui navigue encore dans une mer agitée, avec un équipage fatigué, des voiles usées et un cap qui reste parfois difficile à distinguer. De fait, la question fondamentale demeure entière : sommes-nous en train d’assister à une véritable reprise économique ou simplement à une phase de répit temporaire ?

Le monde change et la Tunisie doit trouver sa place

Pour comprendre la situation actuelle, il faut d’abord regarder au-delà de nos frontières. Depuis trois ans, l’économie mondiale vit une période de transition historique. Les États-Unis ralentissent après plusieurs années de croissance soutenue. L’Europe peine toujours à retrouver son dynamisme industriel. La Chine n’est plus la locomotive qu’elle était durant les décennies précédentes. Les tensions géopolitiques continuent de remodeler les chaînes de production mondiales.

Nous assistons à la fin d’un cycle économique et au début d’un autre. Les banques centrales occidentales, après avoir mené une lutte acharnée contre l’inflation, ont commencé à assouplir progressivement leurs politiques monétaires. Les taux d’intérêt reculent lentement. Les marchés financiers retrouvent une certaine sérénité. Pour la Tunisie, cette évolution représente une opportunité importante.

Pendant plusieurs années, le pays a dû faire face à un environnement international extrêmement hostile : hausse des prix énergétiques, inflation mondiale, augmentation du coût du financement extérieur, ralentissement européen. Aujourd’hui, certains de ces vents contraires perdent progressivement de leur force. Mais l’histoire économique enseigne une leçon fondamentale : les fenêtres d’opportunité ne restent jamais ouvertes éternellement.

Une Banque Centrale qui desserre progressivement l’étau

L’un des faits marquants de cette année 2026 réside dans l’évolution de la politique monétaire. Le taux directeur de la Banque Centrale est désormais fixé à 7 %, contre 7,5 % l’année précédente. Derrière cette demi-percentage apparemment anodine se cache un changement significatif. Durant plusieurs années, la Banque Centrale avait dû privilégier la lutte contre l’inflation au détriment du soutien à la croissance. Les taux élevés étaient devenus une nécessité pour préserver la stabilité des prix et protéger le dinar.

Cette stratégie a permis d’éviter des déséquilibres plus graves, mais elle a également pesé lourdement sur l’investissement, le crédit et l’activité économique. Aujourd’hui, la situation semble évoluer. Le taux du marché monétaire s’établit à 6,99 %, pratiquement au même niveau que le taux directeur. Cette proximité traduit une meilleure fluidité du système bancaire.

Plus révélateur encore, le volume global du refinancement accordé par la Banque Centrale est tombé à 10,5 milliards de dinars contre 14,6 milliards un an auparavant. Cette baisse de plus de 4 milliards de dinars constitue l’un des indicateurs les plus encourageants du moment. Elle signifie que les banques tunisiennes dépendent moins qu’auparavant de l’assistance permanente de la Banque Centrale. Autrement dit, le système bancaire recommence progressivement à respirer par lui-même. Pour reprendre une image médicale, le patient n’est pas encore sorti de l’hôpital, mais il n’est plus sous assistance respiratoire.

Le paradoxe tunisien : plus de liquidité, mais toujours peu d’investissement

Cependant, une question fondamentale se pose. Pourquoi cette amélioration des conditions monétaires ne se traduit-elle pas encore par une forte accélération de l’investissement privé ? La réponse réside dans ce que les économistes appellent les facteurs non monétaires.

Les entrepreneurs tunisiens n’investissent pas uniquement en fonction des taux d’intérêt. Ils investissent lorsqu’ils ont confiance dans l’avenir, lorsqu’ils perçoivent une visibilité réglementaire, lorsqu’ils anticipent une demande future suffisante. Or, malgré les progrès observés, cette confiance reste fragile. De nombreuses entreprises continuent d’évoluer dans un environnement marqué par l’incertitude administrative, fiscale et réglementaire. Le véritable défi de la Tunisie n’est donc plus seulement monétaire. Il devient institutionnel.

La circulation fiduciaire : le miroir d’une économie à deux vitesses

L’indicateur le plus fascinant des statistiques publiées reste sans doute celui des billets et monnaies en circulation. Près de 29,3 milliards de dinars circulent aujourd’hui sous forme fiduciaire contre seulement 25 milliards il y a un an. Cette progression de plus de 17 % interpelle. Que nous dit-elle ? Elle nous raconte l’histoire d’une économie tunisienne qui continue à fonctionner largement en espèces. Elle nous parle de marchés, de commerces, de transactions informelles, de petites activités quotidiennes qui échappent souvent aux circuits bancaires traditionnels.

Elle nous rappelle surtout qu’il existe encore deux économies tunisiennes. La première est visible, fiscalisée, bancarisée. La seconde demeure largement informelle, liquide et difficile à mesurer. Cette dualité constitue probablement l’un des principaux freins au développement économique national. Car chaque dinar qui circule hors du système bancaire est un dinar qui ne finance ni l’investissement, ni l’innovation, ni la croissance future.

Les Tunisiens de l’étranger : les véritables héros silencieux de l’économie nationale

Il est impossible d’analyser l’économie tunisienne sans évoquer le rôle extraordinaire joué par les Tunisiens résidant à l’étranger. À fin juin 2026, leurs transferts atteignent 4,4 milliards de dinars. Ce chiffre dépasse largement les recettes touristiques. Il dépasse également plusieurs grands secteurs économiques réunis. Derrière ces milliards se cachent des histoires humaines. Un ingénieur tunisien installé à Montréal qui aide ses parents à Sfax. Une infirmière vivant à Paris qui soutient ses frères et sœurs à Kairouan. Un entrepreneur basé à Milan qui finance les études de ses enfants restés au pays.

Chaque transfert raconte une histoire de sacrifice, d’attachement et de solidarité. Depuis plusieurs décennies, la diaspora tunisienne joue le rôle d’amortisseur économique et social. Lorsque l’économie ralentit, elle soutient les familles. Lorsque les devises se raréfient, elle renforce les réserves du pays. Lorsque les finances publiques traversent des moments difficiles, elle contribue indirectement à stabiliser l’ensemble du système. Cette contribution demeure souvent sous-estimée alors qu’elle constitue l’une des principales forces de résilience de l’économie tunisienne.

Le tourisme retrouve progressivement son souffle

L’autre bonne nouvelle provient du secteur touristique. Les recettes cumulées atteignent désormais 3,35 milliards de dinars. Au-delà des chiffres, cette progression reflète un retour progressif de la confiance internationale envers la destination tunisienne. Dans les hôtels de Djerba, les restaurants de Sidi Bou Saïd, les maisons d’hôtes du Cap Bon ou les médinas historiques, une activité plus soutenue est observée depuis plusieurs mois. Le tourisme tunisien démontre une nouvelle fois sa capacité de résistance. Mais là encore, une réflexion plus profonde s’impose.

Peut-on construire durablement une stratégie de développement sur un secteur aussi dépendant des aléas géopolitiques, climatiques ou sécuritaires ? L’expérience des dernières décennies invite à la prudence. Le tourisme doit rester un pilier. Il ne peut devenir l’unique moteur.

Les réserves en devises : une amélioration qui reste fragile

Les avoirs nets en devises atteignent près de 24,5 milliards de dinars, soit l’équivalent de 97 jours d’importation. Le niveau demeure globalement satisfaisant. Pourtant, derrière cette apparente solidité, plusieurs fragilités subsistent. La Tunisie continue d’importer massivement son énergie, une partie importante de ses céréales et de nombreuses matières premières industrielles.

Elle reste donc exposée aux fluctuations des marchés internationaux. La stabilité actuelle repose largement sur la bonne tenue du tourisme, les transferts de la diaspora et une gestion prudente des équilibres financiers. Autrement dit, les réserves sont aujourd’hui suffisantes, mais elles ne sont pas encore le résultat d’une transformation structurelle de l’appareil productif.

Une dette moins pressante, mais toujours présente

Le service de la dette extérieure affiche une baisse spectaculaire par rapport à l’année précédente. Cette amélioration offre un répit appréciable aux finances publiques. Mais l’économie ressemble parfois à un ménage qui a obtenu un report temporaire de certaines échéances. Le soulagement est réel.

Le problème de fond demeure. La véritable solution ne réside pas uniquement dans la gestion des échéances. Elle réside dans la création de richesse. Une économie ne rembourse durablement ses dettes que lorsqu’elle produit davantage, exporte davantage et gagne davantage de parts de marché. C’est là que se situe le véritable défi tunisien.

Le défi de la décennie : transformer la stabilité en croissance

Les indicateurs du 3 juillet 2026 révèlent une réalité encourageante : la Tunisie semble avoir retrouvé une certaine stabilité financière. Mais la stabilité n’est pas la croissance. La stabilité n’est pas l’emploi. La stabilité n’est pas le développement. Elle constitue simplement la condition préalable permettant de construire l’avenir. L’enjeu des prochaines années sera donc de transformer cette accalmie financière en véritable renaissance économique. Cela suppose davantage d’investissements productifs, une montée en gamme industrielle, une meilleure intégration technologique, une administration plus efficace et une mobilisation accrue des compétences nationales.

Car l’histoire économique regorge de pays qui ont réussi à stabiliser leurs finances sans jamais réussir à décoller. Elle regorge également de nations qui ont su profiter d’une période de répit pour engager les transformations décisives.

 

La Tunisie se trouve aujourd’hui à la croisée de ces deux chemins.

Les chiffres de juin 2026 ne racontent pas encore l’histoire d’une victoire économique. Ils racontent plutôt celle d’une opportunité retrouvée. Une opportunité fragile, précieuse et peut-être historique. Comme souvent dans l’histoire des nations, ce ne sont pas les statistiques qui décideront de la suite du récit, mais la capacité collective à transformer cette embellie conjoncturelle en projet de développement durable. C’est là que se joue désormais l’essentiel.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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L’éditorial de Hédi Mechri: Les deux visages de la Tunisie 

Hasard de calendrier ou signe prémonitoire : la lueur d’espoir qui apparaît dans le ciel assombri du pays. Une fois de plus, l’école, le collège, le lycée et l’université volent au secours de l’humeur nationale tombée à son plus bas niveau. Ils rétablissent notre fierté et notre dignité abîmées, bafouées dans l’arène des compétitions économiques et sportives. Pour combien de temps encore ?, sommes-nous tentés de dire. Ils effacent un effroyable sentiment de honte nationale en raison de la débâcle, du naufrage collectif de notre onze national, relégué au plus bas de la hiérarchie de la compétition mondiale de football 2026. Ce n’est pas tant la défaite sur toute la ligne et l’humiliation qui font le plus mal que notre impuissance, résignation et insignifiance ; bref, ce que nous sommes devenus sans qu’on y prenne garde. La déprime aura été de courte durée, ce qui n’exonère nullement les auteurs de cette faillite sportive et morale. Elle s’est vite dissipée par la vague de joie suscitée par les résultats rassurants de notre système éducatif, impressionnant par sa capacité de résilience. Ces performances mettent du baume aux cœurs attristés, meurtris de tout un pays qui n’en finit pas de souffrir, rongé, miné qu’il est par des frustrations au quotidien, par les rancœurs, l’indignation et une colère sourde qui n’est jamais d’un bon présage.

La vitalité, la crédibilité et la notoriété de notre système d’enseignement – tous cycles confondus – tranchent avec la morosité, le recul, la décadence et souvent le naufrage de l’économie, des finances publiques, de la culture et du sport qui ont connu leur heure de gloire par le passé avant de sombrer au fond des abîmes. Ces théâtres d’activités éminemment stratégiques sont devenus, sans être les seuls, un lieu de passage et de transit de la médiocrité institutionnalisée. L’inconstance, l’inconsistance, l’approximation et l’improvisation tiennent lieu de mode de gestion avec son cortège d’erreurs, d’échecs, de découplages et de décrochages. Les déboires de la Fédération tunisienne de football – et pas qu’elle seule – en sont une parfaite illustration. L’ennui, c’est que les déconvenues, l’amateurisme, l’arrogance et l’opportunisme de ses dirigeants laissent de marbre le ministère des Sports. Il ne paraît pas s’en offusquer ou s’en indigner, pas plus qu’il ne semble s’alarmer de l’état de décomposition et de délabrement des infrastructures sportives, quand elles existent encore, alors qu’il est partie prenante de la cohésion sociale et de l’image de la Tunisie dans le monde.

Le naufrage, comme jamais dans l’histoire de l’équipe nationale de football, est loin d’être un phénomène ou une tragédie isolés. Il est symptomatique d’une dérive et d’un mal dont la banalisation ne choque plus personne. Ce triste épisode en dit long sur la dilution et la dislocation du pouvoir de décision. L’exception tunisienne n’est plus tout à fait ce qu’elle était. Elle a changé, par certains endroits, de signes et de direction. Reste que dans cette chronique de déclin annoncé, le pays conserve, paradoxalement, quelques îlots d’excellence, là où se propagent, se développent le savoir et la connaissance sous toutes leurs formes : individuelles, collectives et artificielles, là où la conscience nationale prend toute sa résonance.

 

« L’inconstance, l’inconsistance, l’approximation et l’improvisation tiennent lieu de mode de gestion avec son cortège d’erreurs, d’échecs, de découplages et de décrochages. Les déboires de la Fédération tunisienne de football – et pas qu’elle seule – en sont une parfaite illustration ».

 

L’école républicaine, le collège, le lycée et l’université n’ont pas été contaminés, tant s’en faut, par des intrus venus de nulle part à la seule fin de se donner un statut et de profiter de privilèges indus. L’univers sacré de la connaissance et du savoir n’obéit qu’à ses propres règles, ses valeurs et ses exigences. Il est protégé par une digue institutionnelle formée par la chaîne des dirigeants, issus du corps professoral, par les enseignants et par les étudiants, un mélange inaltérable d’exigence professionnelle et de valeurs morales. L’enseignement, sous toutes ses formes, ne serait pas ce qu’il est s’il se détournait ou s’éloignait de sa mission originelle fondée sur la seule notion de mérite. Autant dire l’excellence sinon rien.

Il y a certes beaucoup à dire sur la place, l’état de santé et la relative dégradation de l’infrastructure éducative et des conditions de travail du corps enseignant. L’enseignement public, colonne vertébrale de l’enseignement national, n’a pas échappé aux coups de rabot de l’austérité. Il a été à son tour impacté par les contraintes et les arbitrages budgétaires sous l’effet des difficultés financières, de l’ampleur des déficits budgétaires et des faibles marges de manœuvre des pouvoirs publics. Rarement les moyens financiers et humains mis à sa disposition auront été à ce point inférieurs et en net décalage par rapport à l’explosion de ses besoins notamment en matière de R&D. Qu’il y ait chaque année pas loin de 100.000 élèves qui quittent prématurément le système pour se retrouver sur le bas-côté de la route n’est pas à l’honneur du pays et n’est pas un bon signe. Cela n’enlève rien au mérite des institutions qui brillent de mille feux dans la galaxie de l’enseignement national.

Dans les disciplines pointues de l’ingéniorat, des nouvelles technologies, de la médecine et des sciences pures, le pays tient son rang, progresse et ne manque pas d’impressionner. Ce qui lui vaut d’ailleurs d’indéniables reconnaissances mondiales. Qui ne sont pas sans le vider de ses génies en herbe qui sont sollicités en Europe, au Moyen-Orient et partout dans le monde. Notre vœu est que ces centres d’excellence : lycées pilotes, écoles d’ingénieurs, facultés de sciences et de médecine se multiplient et se généralisent et tirent vers le haut l’ensemble du système d’enseignement. L’exception doit devenir la règle. On voudrait aussi qu’ils s’ouvrent aux disciplines sportives de haut niveau pour faire surgir des athlètes de standards mondiaux. Le sport individuel ou collectif revisité par l’IA, devenu principal levier et vecteur de soft power, participe à la notoriété et à la croissance économique du pays. Il est à la diplomatie économique ce que le carburant est au moteur de véhicule.

 

Dans les disciplines pointues de l’ingéniorat, des nouvelles technologies, de la médecine et des sciences pures, le pays tient son rang, progresse et ne manque pas d’impressionner. Ce qui lui vaut d’ailleurs d’indéniables reconnaissances mondiales.

 

Les réussites scolaires et universitaires font oublier le mal-être, les tracasseries des gens et leur combat au quotidien pour une vie décente, digne et meilleure que ce qu’elle a été ces 15 dernières années. On ne dira jamais assez combien elles furent abîmées et dégradées par la montée de l’inflation, du chômage, de la médiocratie et l’aggravation de la fracture sociale et régionale. Les nouvelles qui nous parviennent du front de la compétition scolaire et universitaire font l’effet d’une bouffée d’oxygène, d’air frais, à l’annonce d’un été qui s’annonce très chaud à plus d’un titre. Sans quoi, l’amertume causée par la débâcle et l’incurie des dirigeants de la FTF aura été beaucoup plus grande.

Des trois grands défis auxquels s’expose le pays, l’enseignement supérieur, tout comme l’eau et l’électricité, tient le haut du pavé. Il est à la fois notre bouée de sauvetage et notre assurance-vie, car c’est de notre capital humain qu’il s’agit. Il remet en ces temps troubles, difficiles et imprévisibles le pendule à l’heure. Il efface la honte qui s’est emparée du pays face au spectacle cauchemardesque de la sélection nationale et lui restitue sa dignité et son honneur bafoués par les turpitudes de la FTF. Qui a largement franchi le degré zéro de la gouvernance, fût-ce a minima, de la décence et de la dignité humaine.

Cet édito est paru sur le numéro 948 du magazine L’Economiste maghrébin du 1er au 15 juillet 2026.

L’article L’éditorial de Hédi Mechri: Les deux visages de la Tunisie  est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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Décryptage – Tunisie – Quand la BAD et la BM invitent les entreprises à conquérir le monde… pendant que leur propre terrain se dérobe sous leurs pieds

Les discours des grandes institutions internationales changent de ton.

Le récent séminaire organisé autour des opportunités offertes par les marchés financés par la Banque africaine de développement et la Banque mondiale illustre parfaitement ce décalage. Les représentants des deux institutions ont exhorté les entreprises tunisiennes à mieux exploiter les appels d’offres internationaux, à développer des partenariats stratégiques, à renforcer leur veille économique et à améliorer leur préparation technique.

Sur le papier, rien n’est faux. Dans les faits, pourtant, ce discours ressemble à une injonction paradoxale. Il invite des entreprises qui peinent déjà à survivre dans leur environnement national à se projeter sur des marchés internationaux parmi les plus concurrentiels du monde. Comme si le problème principal de l’économie tunisienne résidait dans un déficit d’information. Comme si les difficultés des entrepreneurs provenaient essentiellement d’une mauvaise connaissance des procédures administratives. Comme si le manque de compétitivité pouvait être corrigé par quelques séminaires, quelques guides méthodologiques et quelques ateliers de formation. La réalité est infiniment plus complexe. Et surtout beaucoup plus douloureuse.

 

L’entreprise tunisienne : une héroïne silencieuse que personne n’écoute plus

Depuis quinze ans, l’entreprise tunisienne vit une histoire dont on parle rarement… même à l’honorable Union tunisienne de l’industrie du commerce et de l’artisanat (UTICA). Les statistiques racontent une partie du récit. Les bilans financiers en racontent une autre. Mais seuls les chefs d’entreprise, les cadres, les ouvriers et les familles qui dépendent de ces activités connaissent véritablement la profondeur des difficultés accumulées.

Chaque matin, dans les zones industrielles de Sfax, de Monastir, de Ben Arous, de Bizerte ou de Nabeul, des milliers d’entrepreneurs ouvrent leurs portes avec la même interrogation : comment tenir encore ? Comment payer les salaires ? Comment honorer les échéances bancaires ? Comment absorber l’augmentation des coûts de production ? Comment conserver les compétences qui quittent le pays ? Comment rester compétitif lorsque les concurrents bénéficient d’infrastructures plus modernes, d’une énergie moins chère et de financements plus accessibles ?

Ces questions sont rarement évoquées dans les conférences internationales. Pourtant, elles constituent le véritable quotidien du secteur privé tunisien. Lorsque la Banque africaine pour le développement (BAD) ou la Banque mondiale (BM) expliquent que les entreprises doivent être plus proactives pour accéder aux marchés internationaux, elles oublient parfois/souvent qu’une partie importante de ces entreprises consacre déjà l’essentiel de son énergie à gérer l’urgence. L’urgence n’est pas un concept économique. C’est un état permanent.

 

Le grand malentendu du développement

Le discours dominant repose sur une idée simple : si les entreprises tunisiennes ne remportent pas davantage de marchés financés par les bailleurs internationaux, c’est parce qu’elles ne sont pas suffisamment informées ou préparées.

Cette explication a l’avantage de la simplicité. Mais elle souffre d’un défaut majeur : elle ignore les causes profondes. L’économiste américain Joseph Stiglitz rappelait souvent que les institutions internationales ont tendance à privilégier les réponses techniques à des problèmes qui sont avant tout structurels. Or le développement n’est jamais une affaire de procédures. L’histoire économique mondiale en apporte une démonstration éclatante. Aucune nation n’a construit sa prospérité grâce à des formations sur les appels d’offres.

Aucune puissance industrielle ne s’est imposée parce qu’elle maîtrisait mieux les formulaires administratifs. Les États-Unis ont construit leur puissance grâce à un immense marché intérieur protégé pendant une longue période. L’Allemagne s’est développée grâce à un système bancaire puissant, à une politique industrielle cohérente et à une culture de l’investissement productif. Le Japon a bénéficié d’une coordination étroite entre l’État, les banques et l’industrie. La Corée du Sud a bâti ses géants industriels grâce à une intervention massive des pouvoirs publics. La Chine a combiné protection stratégique, investissements colossaux et planification à long terme.

Partout, la même leçon apparaît. Les champions internationaux ne naissent pas dans les séminaires. Ils émergent dans des écosystèmes favorables.

Quand les pompiers conseillent la course à pied

Il existe une contradiction que peu de responsables osent évoquer publiquement. Depuis plusieurs décennies, les institutions financières internationales recommandent aux pays en développement des politiques reposant sur la discipline budgétaire, la maîtrise des déficits, la réduction du rôle économique de l’État et l’ouverture accrue aux marchés.

Ces orientations ont parfois produit certains résultats. Mais elles ont aussi contribué à affaiblir les marges de manœuvre des États.

La Tunisie n’échappe pas à cette réalité. Au fil des années, les investissements publics ont perdu de leur vigueur. Les infrastructures se sont dégradées. Les entreprises publiques stratégiques se sont fragilisées. L’investissement privé a ralenti. La croissance potentielle s’est affaissée. … Le paradoxe est saisissant.

Les mêmes institutions qui ont longtemps insisté sur les vertus de l’ouverture économique constatent aujourd’hui que les entreprises tunisiennes peinent à être suffisamment robustes pour affronter la concurrence internationale. C’est un peu comme si l’on demandait à un patient convalescent de participer à une compétition olympique au motif qu’il possède désormais le règlement de l’épreuve.

 

La compétitivité ne se télécharge pas

Dans les discours officiels, le mot revient constamment : compétitivité. Le terme est devenu une sorte de formule magique. Pourtant, la compétitivité n’est ni un slogan ni une vertu morale. Elle ne se décrète pas. Elle se construit. Une entreprise tunisienne qui souhaite répondre à un grand appel d’offres international doit souvent mobiliser des moyens considérables. Elle doit disposer d’équipes qualifiées. Elle doit fournir des garanties financières. Elle doit pouvoir supporter des délais de paiement parfois longs. Elle doit investir dans les certifications. Elle doit accéder à des financements compétitifs. Elle doit maîtriser les technologies nécessaires. Or chacun de ces éléments dépend en partie de l’environnement économique national.

Lorsqu’une entreprise emprunte à des coûts élevés, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle subit des lenteurs administratives, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle doit faire face à des pénuries ou à des perturbations logistiques, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle perd ses ingénieurs au profit de l’émigration, sa compétitivité est affectée.

La compétitivité n’est pas une responsabilité individuelle. C’est une construction collective. Et c’est précisément ce que le débat actuel tend à oublier.

 

La Tunisie de l’excellence invisible

Ce qui rend la situation encore plus frustrante, c’est que la Tunisie ne manque pas de talents. Bien au contraire. Des entreprises tunisiennes exportent déjà des composants aéronautiques. D’autres développent des logiciels utilisés à l’international. Certaines interviennent dans l’ingénierie, les services numériques, les énergies renouvelables ou les équipements industriels avec un savoir-faire reconnu. Les compétences existent. L’intelligence existe. L’innovation existe. Ce qui manque souvent, c’est l’environnement capable de transformer ces réussites individuelles en dynamique nationale. Le problème tunisien n’est pas une pénurie d’excellence. C’est une pénurie de conditions favorables à l’excellence. Nuance fondamentale.

 

Le piège des chaînes de valeur mondiales

Depuis plusieurs années, les institutions internationales présentent l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales comme un objectif prioritaire. L’idée paraît séduisante. Mais elle mérite d’être interrogée. Car participer n’est pas nécessairement progresser.

L’économiste Dani Rodrik (1) souligne régulièrement que l’intégration internationale n’est bénéfique que lorsqu’elle permet une montée en gamme technologique. Sinon, elle risque de maintenir les pays dans des activités périphériques. Assembler. Sous-traiter. Exécuter. Produire à faible marge. Pendant que la conception, les brevets, les technologies stratégiques et les profits demeurent ailleurs.

La question essentielle n’est donc pas de savoir combien de contrats les entreprises tunisiennes remporteront grâce aux financements de la BAD ou de la Banque mondiale. La véritable question est de savoir quelle place elles occuperont dans la chaîne de création de valeur. Seront-elles des acteurs stratégiques ? Ou de simples exécutants ?

 

Le silence autour du financement

Le point le plus étonnant demeure sans doute l’absence du débat sur le financement. Car derrière chaque succès international se trouve presque toujours un système financier performant. Une entreprise qui veut remporter un marché de plusieurs millions de dollars doit disposer de ressources importantes. Elle doit parfois engager des dépenses avant même d’obtenir le contrat. Elle doit fournir des garanties. Elle doit investir dans des équipements. Elle doit recruter. Elle doit former. Comment y parvenir lorsque l’accès au financement demeure difficile pour de nombreuses PME tunisiennes ? Comment rivaliser avec des groupes bénéficiant de lignes de crédit abondantes et peu coûteuses ? Voilà sans doute la question centrale. Et pourtant elle reste souvent reléguée au second plan.

 

Derrière les procédures, la question de la souveraineté économique

Au fond, cette discussion dépasse largement le simple cadre des marchés financés par les bailleurs internationaux. Elle touche à la question fondamentale de la souveraineté économique. Une nation ne devient pas prospère parce qu’elle répond mieux aux appels d’offres. Elle devient prospère lorsqu’elle produit davantage de richesse qu’elle n’en consomme. Lorsqu’elle investit dans son appareil productif. Lorsqu’elle innove. Lorsqu’elle transforme son capital humain en puissance économique. Lorsqu’elle crée des entreprises capables de rayonner au-delà de ses frontières. C’est là que réside le véritable défi tunisien. Non pas apprendre à naviguer dans les procédures internationales. Mais reconstruire les fondations d’une économie productive capable de soutenir durablement ses entreprises.

 

Le débat que personne ne veut ouvrir

Le séminaire de la BAD et de la Banque mondiale pose finalement une question involontairement dérangeante. Pourquoi les entreprises tunisiennes ne sont-elles pas déjà présentes massivement sur ces marchés ? La réponse est inconfortable. Parce que les difficultés qu’elles rencontrent ne relèvent pas principalement de l’information. Elles relèvent d’une stratégie économique arrivée à bout de souffle. D’un investissement insuffisant. D’un financement coûteux. D’une croissance faible. D’une industrialisation inachevée.

D’une perte progressive de compétitivité systémique. La Tunisie ne manque pas d’entrepreneurs. Elle ne manque pas d’ingénieurs. Elle ne manque pas d’idées. Elle manque d’un environnement économique capable de libérer pleinement ces énergies. Et tant que cette réalité ne sera pas placée au cœur du débat national, les recommandations des institutions internationales risqueront de ressembler à ces cartes maritimes impeccablement dessinées que l’on remet à un navigateur dont le bateau prend déjà l’eau.

Car avant de conquérir les océans des marchés internationaux, encore faut-il que le navire soit en état de quitter le port. C’est cette vérité simple, humaine et profondément économique que les discours technocratiques peinent encore à reconnaître.

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(1) Dani Rodrik, économiste et universitaire turc né en 1957, s’impose comme l’une des figures les plus lucides et critiques face aux dérives de l’hyper-mondialisation. Professeur à l’Université Harvard, il a consacré ses recherches à déconstruire les dogmes du libre-échange et à repenser l’économie du développement. Son œuvre invite à redéfinir l’équilibre entre la prospérité globale, la justice sociale et la souveraineté des peuples.

Sa contribution théorique majeure réside dans le célèbre trilemme politique de l’économie mondiale. Selon cette thèse, il existe une incompatibilité fondamentale entre l’intégration économique profonde, la souveraineté nationale et la démocratie. Un pays ne peut poursuivre que deux de ces trois objectifs à la fois, ce qui le contraint à des arbitrages douloureux. Il peut ainsi sacrifier la démocratie sur l’autel des marchés à travers le mécanisme de la camisole dorée, dissoudre l’État-nation dans un fédéralisme global, ou au contraire limiter la mondialisation pour préserver le choix des citoyens et l’autorité de l’État, à l’image du compromis historique de Bretton Woods.

Au-delà de ce modèle, Dani Rodrik développe une pensée hétérodoxe et humaniste. Opposé à l’ouverture aveugle des frontières, il défend le droit des nations à réguler leur économie pour corriger les inégalités du néolibéralisme. Son analyse a également évolué face aux mutations du monde, délaissant l’illusion d’une industrialisation manufacturière éternelle pour prôner l’amélioration de la productivité dans les services de main-d’œuvre. Pour lui, la disparition des emplois de qualité est le terreau direct du populisme de droite contemporain. Face aux révolutions technologiques, il soutient que l’intelligence artificielle doit être mise au service de l’humain pour décupler ses capacités, plutôt que de servir de prétexte à sa substitution.

Cette vision critique et visionnaire traverse ses ouvrages les plus marquants, de ses premières alertes dans Has Globalization Gone TooFar ? en 1997 à ses réflexions sur La Mondialisation sur la sellette, pour aboutir enfin en 2025 à son plaidoyer pour une prospérité partagée dans un monde fracturé.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Accord libano-israélien : « Une incitation à la guerre civile »

Depuis la création d’Israël, l’histoire nous enseigne que ce pays n’a jamais respecté un seul accord qu’il a signé avec ses voisins. Même après avoir perpétré un génocide à Gaza et que ses complices américains lui ont fait signer un cessez-le-feu, il a continué et continue encore impunément de bombarder les survivants sous leurs tentes, dressées au milieu des ruines !

Pourtant, le gouvernement libanais a signé le vendredi 26 juin à Washington un accord de paix avec Israël. C’est la forte pression des Etats-Unis qui a forcé le président Joseph Aoun à accepter un tel accord tout en sachant pertinemment qu’il restera lettre morte comme tous les précédents accords que l’entité sioniste a signés. Et de fait, moins de deux jours après son entrée en vigueur, Israël a repris ses bombardements au Liban, tuant les civils et détruisant les maisons sur la tête de leurs habitants. La dernière frappe remonte à dimanche 28 juin. La cible était un parc d’attractions à Nabatieh où le ministre libanais a fait état de morts et de blessés…

Il va sans dire que le Hezbollah a rejeté fermement l’accord et des milliers de manifestants ont défilé à Beyrouth et dans sa banlieue sud, dénonçant « l’accord honteux et la capitulation face à Israël »

Rien d’étonnant quand on sait que l’accord n’oblige Israël ni à se retirer du territoire libanais, ni même d’arrêter ses bombardements. Le seul élément de l’accord sur lequel Américains et Israéliens ont pesé de tout leur poids est l’obligation faite pour le gouvernement libanais de « procéder au désarmement de Hezbollah ».

Mais il est quand même étonnant que le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a supervisé la signature de l’accord, puisse déclarer que « la situation au Liban était distincte du cessez-le-feu avec l’Iran », malgré le fait que le premier article du mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran stipule explicitement « le cessez-le-feu total au Liban. »

Le refus de Netanyahu d’accepter les dispositions de l’accord irano-américain et l’impuissance de Donald Trump à l’imposer au Premier ministre israélien sont la source du regain de tension entre Washington et Téhéran ces derniers jours, avec des tirs américains sur l’Iran et des représailles iraniennes sur des bases US au Koweit et à Bahrein…

Tiraillé entre les fortes pressions israélo-américaines d’une part et le risque d’une guerre civile d’autre part, le gouvernement libanais n’a eu rien à dire pour justifier sa signature que « l’objectif final de l’accord est le retrait des troupes israéliennes du Liban. ». Difficile pour les Libanais de croire à un tel objectif quand, en réalité, aucun calendrier n’est fixé fixé à cet effet et aucune garantie n’assure la fin de l’occupation.

Euphorique, Benjamin Netanyahu s’est vanté devant la presse que « l’accord avec le Liban permet à l’armée israélienne de rester au Liban aussi longtemps qu’elle le souhaite », ajoutant que « l’objectif principal de cet accord est d’extirper la présence du Hezbollah et de l’Iran du Liban. »

Les médias israéliens ne cachent pas leur satisfaction de l’accord, affirmant de leur côté que « l’annexe de l’accord relative à la sécurité maintient l’occupation et confère à l’armée une totale liberté d’action ».

Nul besoin d’être un analyste chevronné ni un devin pour se rendre à l’évidence que la véritable intention qu’Israël tente de dissimuler dans cet accord est le déclenchement d’une guerre civile au Liban. Car la clique génocidaire au pouvoir à Tel-Aviv sait pertinemment que l’accord ne manquera pas d’approfondir le fossé qui divise la société libanaise entre ceux qui veulent un accord de paix avec Israël à n’importe quel prix et ceux qui insistent sur la résistance à l’occupation israélienne à n’importe quel prix…

C’est une réalité visible à l’œil nu. Le gouvernement libanais et ceux qui le soutiennent tiennent à un arrêt des combats, même si Israël ne quitte pas le sud-Liban, et le Hezbollah, Amal et ceux qui les soutiennent exigent la fin de l’occupation avant tout accord.

Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a qualifié l’accord de « nul et non avenu » et a affirmé que « le gouvernement libanais avait fait des concessions unilatérales et porté atteinte à la souveraineté du Liban. »

Quant à Nabih Berri, chef du mouvement Amal, il a rejeté tout aussi fermement l’accord, le qualifiant d’« incitation à la guerre civile ».

Il y a plus d’un demi-siècle, en 1975 plus exactement, Israël fomenta une guerre civile qui a mis quinze ans durant le Liban à feu et à sang. Il y a tout lieu de craindre que les génocidaires israéliens, avec la complicité de leurs soutiens à Washington, s’activent à replonger le Liban dans le même désastre.

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Décryptage – Le mur de la dette : la fin d’un cycle ou la dépendance sans fin ?

Juillet 2026 : quand une nation retient son souffle

Le 15 juillet prochain, la Tunisie s’apprête à rembourser le dernier grand Eurobond de son histoire récente, un emprunt de 700 millions d’euros contracté en 2019 sur les marchés financiers internationaux. Avec les intérêts, l’opération représentera une sortie de trésorerie avoisinant les 2,5 milliards de dinars.

Pour beaucoup de citoyens, cette échéance peut paraître abstraite. Pourtant, derrière cette somme se cache une histoire plus vaste : celle d’un pays qui tente de refermer un cycle d’endettement extérieur devenu de plus en plus difficile à soutenir, tout en cherchant un nouveau modèle de financement.

L’événement revêt une portée presque symbolique. Il marque l’achèvement d’une époque où la Tunisie pouvait encore se financer régulièrement auprès des investisseurs internationaux. Mais il ouvre également une interrogation plus profonde : après avoir réduit sa dépendance aux marchés étrangers, la Tunisie ne risque-t-elle pas de devenir prisonnière de ses propres ressources ? Car si le mur de la dette semble aujourd’hui reculer, il n’a nullement disparu. Il s’est simplement déplacé.

La dette : une histoire de temps plus que d’argent

Lorsque l’on évoque la dette publique, le débat se focalise souvent sur les montants. On parle de milliards de dinars, de ratios rapportés au PIB ou encore de déficits budgétaires. Mais la dette est avant tout une question de temps. Emprunter signifie déplacer des ressources du futur vers le présent. C’est accepter que les générations de demain contribuent au financement des dépenses d’aujourd’hui.

Cette idée n’est pas nouvelle. Déjà au XVIIIe siècle, l’économiste écossais Adam Smith s’inquiétait des effets potentiellement destructeurs de l’endettement public excessif. Plus tard, John Maynard Keynes défendra au contraire l’idée qu’un État peut légitimement s’endetter lorsque l’économie traverse des périodes difficiles. Toute l’histoire économique moderne oscille entre ces deux visions.

 

La dette peut être un levier de développement lorsqu’elle finance l’investissement productif. Elle devient un fardeau lorsqu’elle sert principalement à couvrir des dépenses courantes sans créer de richesses supplémentaires. La Tunisie se trouve aujourd’hui précisément au cœur de cette interrogation.

 

La dette peut être un levier de développement lorsqu’elle finance l’investissement productif. Elle devient un fardeau lorsqu’elle sert principalement à couvrir des dépenses courantes sans créer de richesses supplémentaires. La Tunisie se trouve aujourd’hui précisément au cœur de cette interrogation.

Une victoire financière qui cache une fragilité économique

À première vue, les nouvelles semblent encourageantes. Le pays continue d’honorer ses engagements extérieurs. Les échéances de juin 2026 ont été payées. Les remboursements dus à l’Afreximbank et au FMI ont été assurés. Les réserves en devises demeurent relativement confortables. Le risque d’un défaut souverain immédiat paraît éloigné. Pourtant, derrière cette image rassurante se cache une réalité plus complexe. La dette publique tunisienne devrait atteindre près de 157 milliards de dinars à la fin de l’année 2026. Cela représente plus de 83 % de la richesse nationale produite annuellement.

Ce ratio n’est certes pas exceptionnel lorsqu’on le compare à certaines économies avancées. Le Japon dépasse largement les 200 % du PIB et plusieurs pays européens évoluent au-dessus des 100 %. Mais la comparaison est trompeuse. Les pays riches disposent généralement de banques centrales puissantes, de marchés financiers profonds, d’une monnaie fortement crédible et surtout d’un potentiel de croissance leur permettant d’absorber ces niveaux d’endettement.

La Tunisie ne bénéficie pas des mêmes marges de manœuvre. Son principal défi n’est donc pas tant la taille de sa dette que sa capacité à la financer durablement.

La grande mutation silencieuse : la nationalisation de la dette

L’un des phénomènes les plus marquants de ces dernières années est passé relativement inaperçu dans le débat public. La dette tunisienne a changé de nature. Pendant longtemps, l’État s’est financé à l’étranger : Institutions internationales, Banques multilatérales, Marchés obligataires internationaux, Investisseurs étrangers… Aujourd’hui, cette architecture est profondément bouleversée.

Plus de la moitié de la dette publique est désormais détenue à l’intérieur du pays. Faute d’accès régulier aux marchés internationaux, l’État sollicite massivement les banques tunisiennes, les organismes publics et les ressources financières domestiques. Cette évolution est parfois présentée comme une reconquête de souveraineté… L’argument est séduisant.

 

Plus de la moitié de la dette publique est désormais détenue à l’intérieur du pays. Faute d’accès régulier aux marchés internationaux, l’État sollicite massivement les banques tunisiennes, les organismes publics et les ressources financières domestiques.

 

Moins dépendre des créanciers étrangers signifie moins subir les humeurs des agences de notation, des fonds spéculatifs ou des investisseurs internationaux. Mais cette lecture ne raconte qu’une partie de l’histoire. Car lorsqu’un État emprunte massivement sur son marché intérieur, il entre en concurrence directe avec les entreprises, les entrepreneurs et les investisseurs privés. L’argent qui finance le déficit public n’est plus disponible pour financer les projets productifs. C’est ce que les économistes appellent l’effet d’éviction. Et c’est probablement l’un des dangers les plus sous-estimés de la période actuelle.

Quand l’État aspire l’oxygène du système bancaire

Imaginons l’économie comme un organisme vivant. Les banques constituent son système circulatoire. Elles collectent l’épargne et la redistribuent sous forme de crédits. Lorsque cette circulation fonctionne correctement, les entreprises investissent, créent de l’emploi et stimulent la croissance. Mais lorsque l’État devient l’emprunteur dominant, une partie croissante de cette épargne est redirigée vers le financement du budget. Les banques privilégient alors souvent les titres publics, considérés comme moins risqués que les crédits aux entreprises.

 

La stabilité budgétaire obtenue à court terme pourrait se payer par un affaiblissement de la croissance à moyen terme. Autrement dit, la solution d’aujourd’hui pourrait devenir le problème de demain.

 

Progressivement, l’économie productive se retrouve privée d’une partie de son carburant financier. C’est précisément ce phénomène qui inquiète de nombreux économistes tunisiens aujourd’hui. La stabilité budgétaire obtenue à court terme pourrait se payer par un affaiblissement de la croissance à moyen terme. Autrement dit, la solution d’aujourd’hui pourrait devenir le problème de demain.

La Banque centrale : le dernier rempart

Face à cette situation, les autorités ont activé un autre levier : le financement direct par la Banque centrale. La Loi de Finances 2026 autorise un financement exceptionnel de 11 milliards de dinars à taux zéro sur quinze ans. Cette décision constitue probablement l’un des tournants les plus importants de la politique économique tunisienne depuis une décennie. Elle relance un débat qui traverse toute l’histoire de la pensée économique : peut-on financer un État en créant de la monnaie ?

Pour Milton Friedman, la réponse était presque toujours négative. Pour Keynes, la réponse dépendait du contexte économique. Pour les partisans contemporains des politiques monétaires non conventionnelles, la création monétaire peut constituer un outil utile lorsqu’elle évite un effondrement économique. Dans le cas tunisien, on le voit tous les jours, les arguments des deux camps se confrontent frontalement.

Les défenseurs de cette stratégie soulignent qu’elle permet d’éviter une crise de financement. Les critiques redoutent qu’elle ne fragilise progressivement la crédibilité monétaire et ne nourrisse des tensions inflationnistes futures. Pour l’instant, la stabilité relative des prix et du taux de change semble donner raison aux autorités. Mais l’histoire économique montre que les effets du financement monétaire apparaissent souvent avec retard.

Les réserves de change : le coussin qui rassure

Dans ce paysage parfois inquiétant, un élément apporte une forme de respiration : les réserves en devises demeurent relativement solides. Elles dépassent l’équivalent de cent jours d’importation. Cette performance mérite d’être soulignée. Elle repose largement sur deux piliers souvent sous-estimés : le premier est le tourisme. Le second est constitué par les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger.

Derrière les statistiques se cachent des millions de gestes individuels. Le travailleur tunisien installé à Paris, Montréal, Milan ou Doha qui envoie chaque mois une partie de son salaire à sa famille. Le touriste étranger qui choisit Hammamet, Djerba ou Sousse pour ses vacances. Ces flux représentent aujourd’hui bien plus qu’une simple source de devises. Ils constituent l’un des principaux amortisseurs économiques du pays. Sans eux, la pression sur le dinar serait nettement plus forte.

 

Ces flux représentent aujourd’hui bien plus qu’une simple source de devises. Ils constituent l’un des principaux amortisseurs économiques du pays. Sans eux, la pression sur le dinar serait nettement plus forte.

 

Le véritable problème : la croissance absente

Mais aucun matelas de devises ne peut remplacer la croissance. C’est là que se situe le cœur du problème tunisien : L’économie devrait progresser d’environ 2,1 % en 2026. Cette croissance est insuffisante pour absorber le chômage, améliorer significativement le niveau de vie et réduire durablement le poids de la dette. L’économiste américain Hyman Minsky rappelait que les systèmes financiers deviennent les plus vulnérables lorsqu’ils semblent stabilisés.

La Tunisie risque précisément ce piège. Les échéances sont honorées, les indicateurs extérieurs tiennent, les équilibres immédiats sont préservés, … Mais l’économie réelle continue de manquer de dynamisme. Or aucune stratégie financière ne peut durablement compenser l’absence de croissance.

L’État captif de ses propres dépenses

L’un des chiffres les plus révélateurs de la situation actuelle est probablement celui-ci : près de 93 % des recettes fiscales sont absorbées par trois postes : les salaires publics, les subventions et les intérêts de la dette. Autrement dit, il reste très peu d’espace budgétaire pour investir massivement dans les infrastructures, l’éducation, la recherche ou l’innovation. Cette rigidité budgétaire constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à la transformation économique du pays. Chaque année, l’État mobilise une énergie considérable pour maintenir ses équilibres financiers. Mais cette énergie est de moins en moins disponible pour préparer l’avenir.

Le rendez-vous de 2027

En réalité, le grand défi n’est plus 2026… Le véritable rendez-vous est fixé à 2027. Le remboursement du dernier Eurobond représentera un succès financier incontestable. Il démontrera la capacité de la Tunisie à respecter ses engagements internationaux malgré un contexte difficile. Mais cette victoire ne résoudra pas la question fondamentale. Comment financer durablement le développement économique lorsque les ressources budgétaires sont déjà fortement contraintes ? Comment relancer l’investissement privé ?  Comment accroître la productivité ? Comment créer davantage de richesse sans accroître continuellement l’endettement ?

 

Une dette devient soutenable lorsque la société produit davantage de richesses que les engagements qu’elle contracte. À l’inverse, même une dette modérée peut devenir problématique lorsqu’elle s’accompagne d’une croissance insuffisante.

 

Voilà les interrogations qui détermineront la trajectoire du pays durant les prochaines années. Car au fond, le débat sur la dette n’est pas un débat comptable. C’est un débat sur la stratégie de développement. Une dette devient soutenable lorsque la société produit davantage de richesses que les engagements qu’elle contracte. À l’inverse, même une dette modérée peut devenir problématique lorsqu’elle s’accompagne d’une croissance insuffisante. Le paradoxe tunisien de 2026 tient précisément dans cette réalité. Le pays réussit aujourd’hui à franchir le mur financier qui semblait infranchissable il y a quelques années.

Mais derrière ce mur se dessine déjà un autre horizon, plus complexe et peut-être plus exigeant encore.

Celui de la croissance, celui de la productivité, celui des réformes capables de transformer l’épargne nationale en investissement créateur de richesse et d’emplois. Car l’histoire économique enseigne une leçon immuable : les nations ne sortent jamais durablement de la dette par la dette elle-même. Elles en sortent par le travail, l’investissement, l’innovation et la confiance retrouvée dans l’avenir. Et c’est précisément sur ce terrain que se jouera le véritable destin économique de la Tunisie au cours de la décennie qui s’ouvre.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Décryptage – Le mur de la dette : la fin d’un cycle ou la dépendance sans fin ? est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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Décryptage – Quand produire devient un acte de résistance

Un pays où l’on demande aux entrepreneurs de courir avec des chaînes aux pieds

Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans la Tunisie d’aujourd’hui. Chaque discours officiel célèbre l’investissement, l’initiative privée, l’entrepreneuriat, l’innovation et la création d’emplois. Chaque programme économique insiste sur la nécessité de renforcer le tissu productif national. Chaque responsable reconnaît que l’État ne peut plus être le principal employeur du pays et que l’avenir repose sur la capacité des entreprises à créer de la richesse.

Pourtant, sur le terrain, une autre réalité se dessine. Une réalité faite de trésoreries exsangues, de marges laminées, de procédures administratives complexes, de financements difficiles à obtenir, de retards de paiement chroniques et d’une concurrence parallèle qui semble parfois bénéficier d’une forme d’impunité économique.

Dans les ateliers de cuir de Monastir, dans les petites usines de textile du Sahel, dans les commerces de Sfax, dans les entreprises artisanales de Kairouan ou de Nabeul, le même sentiment revient avec insistance : celui d’être devenu un survivant plutôt qu’un entrepreneur.

La récente alerte lancée par Mehdi Barbouch, président de la Fédération tunisienne des artisans et petites et moyennes entreprises, ne constitue pas une simple revendication corporatiste. Elle traduit un malaise plus profond, celui d’un tissu économique qui a le sentiment de porter une charge devenue disproportionnée par rapport à ses capacités.

Au fond, la question est simple : comment une entreprise peut-elle continuer à produire, investir et recruter lorsqu’elle se trouve simultanément prise en étau entre une fiscalité pesante et une concurrence qui échappe aux règles ?  C’est toute l’économie tunisienne qui se trouve résumée dans cette interrogation.

 

L’entreprise tunisienne : la grande oubliée des débats économiques

Les macroéconomistes aiment parler des grands agrégats : croissance, inflation, déficit budgétaire, balance commerciale ou dette publique. Pourtant, derrière ces chiffres se cachent des femmes et des hommes bien réels. Il y a ce chef d’atelier qui hésite à renouveler ses machines. Cette commerçante qui réduit ses stocks par peur d’une baisse de la demande. Ce petit industriel qui reporte un recrutement malgré des commandes suffisantes. Cet artisan qui travaille davantage pour payer ses dettes que pour développer son activité.

Toutes ces situations individuelles finissent par former une réalité collective. Or, depuis plusieurs années, les PME tunisiennes accumulent les chocs. La révolution, les crises politiques, la pandémie, l’inflation mondiale, la hausse des coûts énergétiques, les tensions sur les matières premières et le ralentissement économique ont laissé des traces profondes. Beaucoup d’entreprises n’ont jamais réellement retrouvé leur niveau d’activité d’avant 2020.

Leurs réserves financières se sont épuisées. Leurs capacités d’investissement se sont réduites. Leurs marges de sécurité ont disparu. Dans un tel contexte, chaque nouvelle contrainte produit un effet amplifié. Ce qui aurait été supportable dans une phase de croissance devient insoutenable dans un environnement de stagnation.

 

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La fiscalité : lorsque la contribution devient une punition

L’impôt est l’un des piliers de toute société moderne. Ibn Khaldoun nous le rappelle depuis plus de six cents ans. Sans fiscalité, il n’y a ni écoles, ni hôpitaux, ni infrastructures, ni sécurité, ni services publics. Mais l’histoire économique montre également qu’il existe une frontière subtile entre contribution et confiscation.

Lorsque les prélèvements deviennent excessifs par rapport aux capacités réelles des acteurs économiques, ils cessent de financer la croissance pour commencer à la freiner. La Tunisie semble aujourd’hui dangereusement « proche de cette limite ». Certains esprits éclairés (trop) pensent qu’on l’a dépassée. Le problème ne réside pas uniquement dans le taux d’imposition. Il réside dans l’accumulation. Impôts sur les bénéfices. Retenues à la source. Acomptes provisionnels. Cotisations sociales. Taxes diverses. Pénalités. Formalités administratives. Contrôles multiples. Chaque élément pris séparément peut sembler justifiable. Mais leur combinaison produit un effet de saturation. L’entreprise finit par consacrer une énergie considérable non pas à produire ou à innover, mais simplement à rester conforme.

Cette situation crée une forme de fatigue économique. Une fatigue qui ne se mesure ni dans les statistiques ni dans les bilans comptables. Mais qui se lit dans les regards de nombreux entrepreneurs. Ils ne parlent plus de croissance. Ils parlent de survie.

 

L’économie parallèle : la concurrence qui ne joue pas selon les mêmes règles

Mais si la pression fiscale est lourde, elle devient presque insupportable lorsqu’elle coexiste avec un marché parallèle omniprésent. C’est là que réside l’une des plus grandes contradictions tunisiennes. L’entreprise formelle supporte toutes les charges. L’entreprise informelle en supporte peu ou pas. Et pourtant, les deux se retrouvent sur le même marché.

Le résultat est prévisible. Comment rivaliser avec un concurrent qui ne paie ni TVA, ni CNSS, ni impôt sur les bénéfices, ni coûts réglementaires ? Comment expliquer à un artisan qu’il doit respecter toutes ses obligations lorsque son voisin peut vendre le même produit à un prix inférieur de 20 %, 30 % ou parfois davantage simplement parce qu’il échappe au système ? Cette situation ne crée pas seulement une distorsion économique.

 

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Elle crée une crise morale

Car derrière les chiffres se cache une question de justice. Les économistes institutionnalistes, bien après Ibn Khaldoun, à commencer par Douglass North (1), ont démontré que les économies prospères reposent sur des règles appliquées équitablement à tous. Lorsque les règles cessent d’être universelles, la confiance s’effondre. Et lorsqu’une société perd confiance dans ses institutions économiques, l’investissement recule inévitablement.

 

Le drame silencieux des entreprises qui meurent debout

Les statistiques officielles évoquent souvent plusieurs centaines de milliers d’entreprises actives. Mais les chiffres administratifs racontent rarement toute l’histoire. Beaucoup d’entreprises existent encore juridiquement. Leur patente est ouverte. Leur registre de commerce est valide. Leurs déclarations continuent parfois d’être déposées. Mais leur activité réelle est réduite à une fraction de ce qu’elle était autrefois. Elles survivent. Elles ne vivent plus. Elles attendent. Elles espèrent. Elles repoussent l’échéance.

Le danger est là. Une économie ne s’effondre pas nécessairement dans un fracas spectaculaire. Elle peut se dégrader lentement, presque silencieusement. Atelier après atelier. Commerce après commerce. Entreprise après entreprise. Jusqu’au jour où l’on découvre que les capacités de production ont disparu. Que les savoir-faire se sont perdus. Que les emplois se sont évaporés. Et que reconstruire coûte infiniment plus cher que préserver.

 

L’État, créancier exigeant et débiteur retardataire

Parmi les paradoxes les plus frappants figure celui des relations entre les entreprises et l’administration. Certaines PME réalisent des travaux pour des organismes publics. Elles livrent. Elles exécutent leurs contrats. Elles respectent leurs engagements. Puis elles attendent. Parfois plusieurs mois. Parfois davantage.

Pendant ce temps, les échéances fiscales continuent de tomber avec une régularité implacable. L’entreprise doit payer un État qui ne l’a pas encore payée. Cette situation relève presque de l’absurde économique.

John Maynard Keynes rappelait qu’une entreprise ne disparaît pas nécessairement parce qu’elle perd de l’argent. Elle disparaît souvent parce qu’elle manque de liquidités. Autrement dit, parce qu’elle ne dispose pas de trésorerie suffisante pour faire face à ses obligations immédiates. Dans un pays où les difficultés de financement sont déjà importantes, les retards de paiement publics deviennent un facteur supplémentaire de fragilisation.

 

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Le secteur de la chaussure : autopsie d’un déclassement

Il fut un temps où le cuir et la chaussure représentaient une fierté industrielle tunisienne. Les ateliers travaillaient pour les marchés européens. Les exportations progressaient. Les savoir-faire se transmettaient de génération en génération. Aujourd’hui, de nombreux ateliers ont disparu. D’autres fonctionnent en dessous de leurs capacités. Certains ont définitivement fermé leurs portes. Bien sûr, les transformations du commerce mondial expliquent une partie du phénomène.

Mais la concurrence des circuits parallèles a joué un rôle majeur. Le secteur de la chaussure raconte finalement une histoire plus large. Celle d’une économie qui voit progressivement certains de ses piliers historiques s’éroder sous l’effet combiné de la mondialisation, de l’informalité et des fragilités internes.

 

La grande question tunisienne : qui créera les emplois de demain ?

Au fond, le débat dépasse largement les PME. Il concerne l’avenir du modèle économique tunisien. Chaque année, des milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail. L’administration publique ne peut plus les absorber. Les finances publiques ne le permettent plus. Les entreprises privées deviennent donc le principal espoir de création d’emplois.

Mais comment demander aux PME de recruter davantage lorsque leur principale préoccupation est de préserver leur propre survie ? Comment espérer davantage d’investissement lorsque les entrepreneurs peinent déjà à maintenir leur activité ? Comment attirer les jeunes vers l’initiative privée si ceux qui entreprennent donnent l’impression de mener un combat permanent ?

L’histoire économique est pourtant claire. Aucun pays ne s’est enrichi durablement sans un secteur privé dynamique. Aucun miracle économique n’a été construit contre les entrepreneurs. Tous ont été construits avec eux.

 

Réconcilier l’État et l’entreprise

La véritable urgence tunisienne n’est peut-être pas budgétaire. Elle est institutionnelle. Il s’agit de reconstruire la confiance. Une confiance qui passe par une fiscalité plus équilibrée. Par une lutte effective contre les circuits parallèles. Par une administration plus rapide. Par des délais de paiement raisonnables. Par un accès au financement mieux adapté aux réalités des PME. Par une digitalisation intelligente qui simplifie plutôt qu’elle ne complique. Car derrière chaque entreprise qui ferme se cache un drame humain.

Des salariés qui perdent leur revenu. Des familles qui perdent leur stabilité. Des jeunes qui perdent un espoir d’emploi. Des territoires qui perdent une partie de leur vitalité économique. La Tunisie possède encore un formidable potentiel entrepreneurial. Des artisans talentueux. Des PME résilientes. Des entrepreneurs capables d’innover malgré les difficultés.

Mais aucune économie ne peut demander indéfiniment à ses forces productives de porter seules le poids de ses déséquilibres. Car lorsque produire devient un acte de résistance, lorsque respecter les règles devient un désavantage concurrentiel, lorsque l’entrepreneur se transforme en survivant, le danger n’est plus seulement celui de quelques faillites supplémentaires. C’est celui d’un pays qui risque, progressivement, de décourager ceux dont il a pourtant le plus besoin : ceux qui créent la richesse, investissent dans l’avenir et donnent du travail aux autres. Et lorsqu’une nation commence à perdre ses bâtisseurs, elle finit toujours par compromettre une partie de son propre avenir.

 

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Références :

(1) Douglass C. North (1920–2015) est un économiste américain, colauréat du Prix Nobel d’économie en 1993. Il est le père fondateur de la nouvelle économie institutionnelle. Ses travaux majeurs, tels que Institutions et Le processus du développement économique, reposent sur deux piliers : Les institutions : Il les définit comme des « contraintes conçues par l’homme » (lois, droits de propriété, coutumes) qui structurent les interactions. L’intérêt personnel : Il explique que le développement et l’innovation naissent d’un calcul individuel. Ses recherches démontrent que la croissance économique à long terme dépend de la création d’institutions incitatives protégeant l’innovation, un concept qu’il a notamment utilisé pour expliquer l’émergence de la Révolution industrielle en Grande-Bretagne

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG).

L’article Décryptage – Quand produire devient un acte de résistance est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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Eclairage – Le retour du roi dollar : quand les monnaies vacillent et que la Tunisie retient son souffle

Dans les souks de Tunis, dans les usines de Sfax, dans les bureaux des exportateurs du Sahel ou dans les salles de marché de New York, un même phénomène invisible relie aujourd’hui des millions de destins. Ce phénomène n’a ni visage ni drapeau. Il s’appelle le dollar.

Depuis plusieurs mois, alors que les conflits géopolitiques se multiplient, que les économies avancées peinent à retrouver leur rythme d’avant-crise et que les promesses d’un monde multipolaire se heurtent aux réalités des marchés, le billet vert effectue un retour spectaculaire. Comme un souverain que l’on croyait affaibli et dont les adversaires annonçaient la chute imminente, le dollar reprend sa place au centre du jeu.

Au même moment, le yen japonais s’effondre à des niveaux qui rappellent les heures les plus critiques de l’histoire monétaire contemporaine. L’euro vacille sans s’écrouler. Les marchés émergents s’inquiètent. Les matières premières hésitent. Et les banques centrales du monde entier scrutent avec anxiété les moindres déclarations de la Réserve fédérale américaine.

Derrière ces mouvements techniques se cache en réalité une immense histoire humaine : celle des rapports de force, des peurs collectives, des erreurs de politique économique et des espoirs de croissance. Une histoire qui concerne également la Tunisie, même si elle se joue à plusieurs milliers de kilomètres de ses frontières.

Quand la confiance change de camp

L’économie mondiale repose sur une matière première plus rare encore que le pétrole : la confiance. Les marchés financiers ne récompensent pas uniquement les performances économiques. Ils récompensent surtout la crédibilité. Ils investissent là où ils pensent que les institutions restent solides, où les règles sont prévisibles et où les autorités monétaires paraissent capables de tenir leurs engagements.

Pendant une bonne partie de l’année 2025, cette confiance semblait s’éroder à l’égard des États-Unis. Le dollar reculait. Les investisseurs évoquaient les déficits budgétaires américains, l’endettement colossal de Washington, les tensions politiques internes et l’émergence progressive de nouveaux pôles économiques capables, pensait-on, de contester l’hégémonie américaine.

Les discours sur la dédollarisation se multipliaient. Les BRICS multipliaient les annonces. La Chine renforçait l’internationalisation du yuan. Certains analystes parlaient déjà d’un « monde post-dollar ».

 

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L’Histoire, cependant, aime rarement les prophéties définitives. Quelques mois plus tard, les capitaux affluent de nouveau vers les États-Unis. Le dollar se redresse. Les investisseurs révisent leurs anticipations.

Pourquoi ? Parce qu’une conviction s’impose progressivement : la Réserve fédérale semble déterminée à reprendre le contrôle de l’inflation, quitte à ralentir l’économie. Et dans le monde de la finance, la détermination est souvent récompensée.

Kevin Warsh ou le retour de la vieille école

L’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale marque un changement de climat intellectuel. Depuis la crise financière de 2008, les banques centrales sont devenues les véritables chefs d’orchestre des économies modernes. Elles ont injecté des milliers de milliards de dollars dans les systèmes financiers, maintenu des taux d’intérêt proches de zéro et soutenu les marchés lors des crises successives.

Cette période a donné naissance à une génération entière d’investisseurs convaincus que les banques centrales interviendraient toujours pour éviter les turbulences majeures. L’économiste américain Hyman Minsky aurait sans doute reconnu ici son célèbre paradoxe : plus une période de stabilité dure longtemps, plus elle encourage la prise de risque excessive qui finit par produire l’instabilité.

Aujourd’hui, le vent semble tourner. Kevin Warsh appartient à une tradition monétaire plus classique. Une tradition héritée des années Volcker, lorsque la lutte contre l’inflation primait sur toute autre considération. Son message est simple : la stabilité des prix n’est pas négociable. Cette posture rassure les investisseurs internationaux. Elle redonne au dollar son statut de valeur refuge. Mais elle crée aussi des secousses considérables dans le reste du monde.

Le Japon face au crépuscule d’un modèle

Aucun pays ne ressent aujourd’hui ces secousses avec autant de violence que le Japon. Le yen évolue désormais à des niveaux qui auraient semblé impensables il y a encore quelques années. Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il faut revenir sur une singularité japonaise. Depuis l’éclatement de sa bulle immobilière au début des années 1990, le Japon lutte contre un mal étrange : la stagnation économique chronique.

Pendant plus de trente ans, les autorités ont tenté de stimuler l’activité par tous les moyens possibles : dépenses publiques massives, taux d’intérêt nuls, injections monétaires gigantesques.

Lire également – Japon : le gouvernement approuve un budget record de 665 milliards d’euros

Cette stratégie a permis d’éviter l’effondrement. Mais elle a aussi créé une dépendance. Aujourd’hui, lorsque les taux américains remontent tandis que les taux japonais demeurent extrêmement faibles, les investisseurs n’hésitent pas. Ils empruntent en yens à faible coût pour investir en dollars à rendement supérieur. C’est le célèbre carry trade.

Le problème est que cette mécanique finit par affaiblir continuellement la monnaie japonaise. Or un yen trop faible cesse progressivement d’être un avantage. Les importations deviennent plus coûteuses. L’énergie se renchérit.

Le pouvoir d’achat des ménages diminue. L’inflation importée s’accélère. Ce qui apparaissait hier comme une stratégie de soutien à la compétitivité se transforme peu à peu en menace pour la stabilité économique. Le Japon découvre aujourd’hui qu’il est parfois plus difficile de sortir d’une politique monétaire exceptionnelle que de l’adopter.

L’Europe ou l’art de subir

L’Europe se retrouve dans une situation différente mais tout aussi inconfortable. L’euro résiste mieux que le yen. Pourtant, cette résistance ne doit pas masquer une réalité préoccupante. Le continent européen traverse une phase de doute historique. La croissance est faible. La productivité progresse lentement. Les investissements industriels migrent parfois vers des régions plus attractives. Les tensions énergétiques persistent. La concurrence américaine et chinoise s’intensifie.

Dans ce contexte, la Banque centrale européenne marche sur une corde raide. Trop de rigueur monétaire risque d’étouffer l’activité. Trop de souplesse risque d’affaiblir davantage la monnaie unique. L’Europe semble condamnée à naviguer entre deux dangers.

Cette situation rappelle les analyses de l’économiste Dani Rodrik sur les contraintes imposées par la mondialisation financière : les États disposent de moins en moins de liberté pour mener des politiques économiques totalement autonomes. L’Europe en offre aujourd’hui une démonstration grandeur nature.

Une guerre des monnaies qui ne dit pas son nom

Les économistes parlent souvent de guerre commerciale. Ils parlent moins de guerre monétaire. Pourtant, celle-ci n’a jamais réellement disparu. Chaque décision prise par une banque centrale modifie les rapports de force mondiaux. Chaque variation importante du dollar redistribue les cartes de la compétitivité internationale. Chaque mouvement de taux provoque des transferts massifs de capitaux. Les monnaies sont devenues les armes silencieuses de la mondialisation. Elles ne détruisent pas des infrastructures. Elles ne déplacent pas des armées. Mais elles peuvent fragiliser des économies entières. Lorsque le dollar monte fortement, ce sont des milliers d’entreprises dans les pays émergents qui voient leurs charges financières augmenter.

Ce sont des millions de consommateurs qui paient plus cher leur énergie ou leurs produits importés. Ce sont parfois des gouvernements qui découvrent soudainement que leur dette extérieure devient plus lourde à porter.

La Tunisie face au retour du dollar fort

Pour la Tunisie, ce retour du dollar intervient à un moment particulièrement sensible. L’économie nationale reste confrontée à plusieurs défis simultanés : croissance modérée, pression sur les finances publiques, besoins de financement élevés et vulnérabilité aux chocs extérieurs. Dans un tel contexte, la remontée du dollar agit comme une onde de choc discrète mais profonde. Le pétrole, les céréales, de nombreuses matières premières stratégiques et une partie importante du commerce international continuent d’être facturés en dollars. Chaque appréciation du billet vert accroît mécaniquement le coût de ces importations.

Pour le citoyen tunisien, cette réalité peut sembler abstraite. Pourtant, elle finit souvent par se traduire dans le prix des produits de consommation, dans les coûts de transport ou dans les dépenses énergétiques. L’effet n’est pas toujours immédiat. Mais il existe. Et il s’accumule. Plus encore, un dollar fort complique la gestion macroéconomique. La Banque centrale de Tunisie doit préserver la stabilité monétaire tout en évitant un ralentissement excessif de l’activité. Les autorités budgétaires doivent financer les besoins de l’État dans un environnement international plus exigeant. Les entreprises doivent composer avec des coûts d’importation plus élevés. Les ménages, eux, subissent indirectement les répercussions de ces ajustements.

Le privilège exorbitant du dollar

L’ancien ministre français des Finances, Valéry Giscard d’Estaing, parlait déjà dans les années 1960 du « privilège exorbitant » du dollar. L’expression demeure d’une actualité frappante. Les États-Unis sont pratiquement le seul pays capable de financer durablement ses déficits dans sa propre monnaie tout en attirant l’épargne mondiale.

Cette situation confère à Washington un pouvoir unique. Le dollar n’est pas seulement une monnaie. C’est une institution mondiale. C’est une réserve de valeur. C’est un instrument de puissance. C’est aussi un baromètre de la peur. Chaque fois que les incertitudes augmentent, le monde retourne vers lui. Comme un réflexe collectif. Comme une habitude profondément enracinée dans l’architecture financière internationale.

Quand le billet vert rappelle qui commande

Au fond, l’histoire du dollar et du yen n’est pas seulement une histoire de marchés financiers. C’est l’histoire d’un monde qui cherche encore son nouvel équilibre. Depuis quinze ans, beaucoup annoncent l’avènement d’un ordre économique multipolaire. Cette évolution est réelle. Les puissances émergentes prennent davantage de place. Les BRICS gagnent en influence. La Chine affirme ses ambitions. Mais les événements récents rappellent une vérité souvent oubliée : lorsqu’une tempête financière menace, les investisseurs continuent de chercher refuge sous le même parapluie : le dollar.

Pour la Tunisie, comme pour de nombreux pays émergents, cette réalité impose prudence, vigilance et anticipation. Car derrière les écrans des salles de marché, derrière les graphiques et les indices, se joue quelque chose de beaucoup plus concret : le coût de notre énergie, le prix de nos importations, la stabilité de notre monnaie et, finalement, le pouvoir d’achat des citoyens.

Le dollar vient une nouvelle fois de rappeler au monde qu’il demeure le cœur battant du système financier international. Et lorsque ce cœur accélère, c’est toute l’économie mondiale qui change de rythme.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG

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Les laboratoires privés d’analyses médicales au bord de l’asphyxie financière, la Cnam en cause

La tension monte dans le secteur des analyses médicales privées en Tunisie. La syndicat tunisien des biologistes privés a alerté sur une crise financière « sans précédent » qui menace directement la continuité de l’activité des laboratoires, en raison des retards accumulés dans le paiement des prestations par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Dans...

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Décryptage – La Banque centrale face au choix impossible

« Les banques centrales sont comme les médecins de l’économie : lorsqu’elles réussissent, personne ne les remarque ; lorsqu’elles échouent, tout le monde les accuse ». Cette formule, souvent reprise dans les cercles financiers, résume parfaitement le destin des autorités monétaires contemporaines. Invisibles dans les périodes de stabilité, elles deviennent les cibles privilégiées des critiques dès que les prix s’emballent, que la croissance ralentit ou que le chômage s’installe.

Aujourd’hui, la Réserve fédérale américaine, la célèbre Fed, se retrouve une nouvelle fois au centre de cette contradiction. Derrière les conférences de presse soigneusement scénarisées, derrière les graphiques colorés et les discours pesés au gramme près, se joue une bataille autrement plus importante : celle de sa crédibilité, de son indépendance et, finalement, de sa capacité à arbitrer entre deux maux dont aucun ne peut être véritablement accepté.

Car l’époque n’est plus celle des certitudes. Dans un monde traversé par les crises géopolitiques, les guerres commerciales, les fractures sociales, les tensions énergétiques et les bouleversements technologiques, les banques centrales, toutes – y compris la BCT – avancent désormais comme des funambules. À chaque pas, elles risquent de tomber d’un côté ou de l’autre du précipice. Elles sont, plus que jamais, sur le fil du rasoir.

Quand les mots deviennent un instrument de politique monétaire

Autrefois, les banques centrales parlaient peu. Elles cultivaient même une certaine opacité, convaincues que le mystère renforçait leur autorité. Cette époque semble appartenir à un autre siècle. Aujourd’hui, la communication est devenue un outil aussi important que le taux directeur lui-même. Chaque conférence de presse de la Fed est disséquée par les marchés mondiaux. Chaque phrase est analysée, interprétée, parfois surinterprétée. Les investisseurs cherchent dans le moindre mot un indice sur les décisions futures. Une simple nuance de langage peut provoquer des milliards de dollars de mouvements sur les marchés financiers.

Mais derrière cette volonté affichée de transparence se cache une réalité plus profonde. La Fed ne communique pas seulement pour expliquer ses décisions. Elle communique parce qu’elle ressent le besoin de défendre sa légitimité. Depuis la crise financière de 2008, puis la pandémie, puis le retour brutal de l’inflation, les critiques se sont multipliées. Certains l’accusent d’avoir créé des bulles spéculatives géantes. D’autres lui reprochent d’avoir laissé l’inflation s’installer. D’autres encore estiment qu’elle a favorisé Wall Street davantage que l’économie réelle.

La communication est ainsi devenue une forme de bouclier institutionnel. Plus les critiques augmentent, plus la banque centrale éprouve le besoin de justifier ses choix. Car derrière les débats économiques se profile une menace autrement plus sérieuse : celle de voir son indépendance remise en cause.

La crédibilité : le véritable capital d’une Banque centrale

Contrairement aux entreprises, les banques centrales ne produisent ni voitures, ni téléphones, ni services marchands. Leur principal actif est immatériel. Cet actif s’appelle la confiance. Une banque centrale efficace n’est pas seulement celle qui agit. C’est celle dont les décisions sont crues.

Lorsque les citoyens croient qu’elle luttera contre l’inflation, ils adaptent spontanément leurs comportements. Les entreprises limitent leurs hausses de prix. Les salariés modèrent leurs revendications salariales. Les investisseurs évitent les comportements spéculatifs excessifs.

L’essentiel de la politique monétaire moderne repose donc sur les anticipations. Or, lorsqu’une banque centrale perd sa crédibilité, ce mécanisme se dérègle. L’histoire économique regorge d’exemples dramatiques. De l’Amérique latine des années 1980 à certaines économies émergentes plus récentes, la perte de confiance dans les autorités monétaires a souvent conduit à des épisodes inflationnistes destructeurs.

C’est précisément ce spectre qui hante aujourd’hui les grandes banques centrales, notamment occidentales. Après avoir injecté des milliers de milliards de dollars dans l’économie mondiale durant les crises successives, elles savent qu’elles marchent désormais sur une ligne extrêmement étroite.

Le dilemme infernal : combattre l’inflation ou protéger l’emploi

Toute la difficulté réside dans une question apparemment simple. Faut-il privilégier la stabilité des prix ou l’emploi ? Sur le papier, la réponse semble évidente : il faut les deux. Dans la réalité, les choses sont infiniment plus complexes. Lorsque l’inflation augmente, la banque centrale relève ses taux d’intérêt.

Cette hausse renchérit le crédit, freine la consommation, ralentit l’investissement et réduit progressivement la demande. Les prix finissent par se stabiliser. Mais ce traitement produit également des effets secondaires. Les entreprises investissent moins. Les recrutements ralentissent. Le chômage progresse. L’activité économique perd de sa vigueur.

À l’inverse, lorsque la banque centrale soutient fortement l’économie par des taux faibles, elle stimule la croissance et l’emploi mais prend le risque d’alimenter les tensions inflationnistes. Ainsi, chaque décision ressemble à un arbitrage douloureux. La Fed ne choisit jamais entre le bien et le mal. Elle choisit entre deux souffrances.

Pourquoi les banques centrales redoutent davantage l’inflation

À première vue, cette préférence peut sembler injuste. Après tout, le chômage détruit des vies. Il fragilise les familles. Il nourrit les tensions sociales. Il peut même compromettre durablement les perspectives d’une génération entière. Pourquoi alors les banques centrales semblent-elles souvent plus préoccupées par l’inflation ?

La réponse est d’abord politique. Un chômeur souffre profondément, mais son malheur reste individuel. L’inflation, elle, touche simultanément toute la population. Chaque passage à la caisse devient un rappel permanent de la hausse des prix. Chaque facture d’électricité, chaque plein de carburant, chaque achat alimentaire transforme une abstraction économique en expérience quotidienne.

L’inflation possède donc une visibilité politique considérable. Elle nourrit rapidement le mécontentement populaire. Elle fragilise les gouvernements. Elle alimente les mouvements protestataires. Elle remet en question la crédibilité des institutions. Pour une Banque centrale, laisser s’installer une inflation durable revient souvent à signer son propre procès public.

 

Lire aussi: DECRYPTAGE – Quand l’inflation ralentit mais que la vie continue de coûter plus cher

 

Le chômage, même élevé, peut être attribué à des facteurs structurels, à la mondialisation, aux mutations technologiques ou aux tensions géopolitiques. L’inflation, en revanche, est presque toujours perçue comme un échec monétaire.

Le piège de la règle de Taylor

Pour justifier leurs décisions, les banques centrales invoquent fréquemment des règles théoriques. Parmi elles figure la célèbre règle de Taylor. Cette approche suggère qu’une banque centrale doit réagir plus fortement aux dérapages inflationnistes qu’aux fluctuations du chômage.

Pendant longtemps, cette doctrine a constitué une sorte de boussole intellectuelle. Mais les crises récentes ont révélé ses limites. Car les modèles économiques sont construits à partir du passé. Or le monde actuel est devenu extraordinairement imprévisible. Les pandémies paralysent les chaînes d’approvisionnement. Les guerres bouleversent les marchés énergétiques. Les tensions géopolitiques fragmentent le commerce mondial. Les changements climatiques affectent la production agricole. Les modèles traditionnels peinent à intégrer cette accumulation de chocs. La politique monétaire devient alors autant un exercice de jugement qu’un exercice de calcul.

Une leçon précieuse pour la Tunisie

Ces débats peuvent sembler lointains. Ils ne le sont pas. La Tunisie est elle aussi confrontée à un arbitrage extrêmement délicat entre stabilité des prix et soutien à l’activité. Depuis plusieurs années, l’économie tunisienne évolue dans un environnement marqué par une croissance faible, un chômage persistant, une inflation élevée et des tensions budgétaires importantes.

Dans ce contexte, la Banque centrale de Tunisie se trouve confrontée à une difficulté comparable à celle de la Fed, même si les échelles sont différentes. Relever les taux permet de limiter certaines pressions inflationnistes. Mais cela augmente également le coût du financement pour les entreprises. Or l’investissement privé est déjà insuffisant. Les PME rencontrent des difficultés croissantes. Les jeunes diplômés peinent à trouver des emplois stables. L’économie souffre d’un déficit chronique de création de richesse.

Plus encore, une partie significative de l’inflation tunisienne ne trouve pas son origine dans un excès de demande. Elle résulte de dysfonctionnements structurels : pénuries récurrentes, coûts logistiques élevés, faiblesse de la concurrence, dépendance énergétique, dépréciation du dinar et vulnérabilité aux chocs extérieurs.

Autrement dit, la politique monétaire seule ne peut résoudre le problème. Une hausse des taux ne fera pas apparaître davantage d’huile végétale, de café ou de médicaments sur les étagères. Elle ne supprimera pas les goulots d’étranglement logistiques. Elle ne restaurera pas instantanément la productivité.

L’héritage de Bernanke : savoir sortir des dogmes

L’un des personnages les plus fascinants de l’histoire économique récente demeure sans doute Ben Bernanke. Lorsque la crise des subprimes éclata, les recettes traditionnelles semblaient insuffisantes. Face au risque d’effondrement général, Bernanke décida d’explorer des territoires inconnus. Les achats massifs d’actifs, les politiques monétaires non conventionnelles et les interventions exceptionnelles ont profondément transformé le rôle des banques centrales. Cette expérience laisse un enseignement fondamental.

L’orthodoxie économique est utile en période normale. Mais les périodes exceptionnelles exigent parfois du courage intellectuel. Les banques centrales ne doivent pas devenir esclaves de leurs modèles. Elles doivent conserver la capacité d’innover lorsque les circonstances l’exigent.

Le véritable défi du XXIe siècle

Au fond, la question dépasse largement la seule inflation. Elle touche à la manière dont nos sociétés arbitrent entre stabilité économique et cohésion sociale (« Assabiya ou Asabiyya », selon Ibn Khaldoun). Une inflation incontrôlée détruit progressivement la confiance collective. Mais un chômage durable détruit tout autant l’espérance collective. L’un attaque la monnaie. L’autre attaque le tissu social. La mission des banques centrales consiste précisément à naviguer entre ces deux dangers.

La Fed, comme la Banque centrale de Tunisie, savent qu’il n’existe pas de solution parfaite. Seulement des compromis. Seulement des risques à hiérarchiser. Seulement des choix difficiles dont les conséquences se mesureront parfois des années plus tard. Voilà pourquoi les banquiers centraux ressemblent de plus en plus à des funambules. Sous leurs pieds, le fil est tendu entre inflation et chômage. À gauche, le gouffre de la perte du pouvoir d’achat.À droite, celui de l’exclusion économique.

Et tandis que les marchés, les gouvernements, les médias et les citoyens observent chacun de leurs mouvements, ils avancent lentement, conscients qu’un faux pas peut faire vaciller bien davantage qu’une institution : l’équilibre économique et social tout entier.

C’est là toute la tragédie de la politique monétaire moderne. Gouverner la monnaie n’est plus seulement une affaire de chiffres. C’est devenu un exercice d’équilibriste où se jouent simultanément la prospérité, la stabilité et parfois même la paix sociale. Sur ce fil du rasoir, la technique rencontre l’humain, et l’économie révèle finalement sa véritable nature : une science des choix impossibles.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Décryptage – La Banque centrale face au choix impossible est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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TIF 2026 : le rendez-vous de la reconquête économique

Les 25 et 26 juin se tiendra, à Tunis, la 22e session du Tunisia Investment Forum – TIF 2026 – sous le patronage du ministère de l’Économie et de la Planification et en partenariat avec la Banque africaine de développement. Pour mémoire, « le TIF 2026 constitue une plateforme stratégique d’échanges, de networking et de développement de partenariats d’affaires, réunissant investisseurs internationaux, dirigeants d’entreprises, institutions publiques, partenaires de développement et acteurs économiques ». Fin de citation.

À l’évidence, l’économie nationale n’a pas pleinement profité au plan mondial, tout au long de ces 15 dernières années, du choc démocratique à cause du bouillonnement et de l’instabilité post-révolution, ballottée qu’elle était par la déferlante et les dissensions politiques. En dépit de leur importance et de leurs retombées sur la croissance dont les besoins en ressources financières et en investissements n’ont jamais été aussi élevés, les TIF n’ont pas soulevé les montagnes si l’on en juge par la faible évolution des IDE.

Le TIF 2026 vient à point nommé pour cocher toutes les cases d’une croissance atone, privée de carburant, d’oxygène et de sources de motivation. Il sonne à son heure pour replacer l’investissement, en chute libre, au cœur des préoccupations et de l’action gouvernementale, pour évacuer au plus vite nuages, attentisme et climat délétère, qui sont de nature à refroidir l’ardeur entrepreneuriale.

Le TIF 2026, de par son ambition, c’est plus qu’un appel d’air dans le ciel chargé du pays. C’est notre planche de salut dans un contexte mondial marqué par les tensions, l’explosion des prix, les guerres et les bouleversements géopolitiques. Il est chargé de signes, de symboles et de sens. Il brise d’abord un tabou, et ce n’est pas le moindre de sa signification, né d’un effroyable malentendu. Il met fin à une terrible confusion aux retombées peu recommandables et très préjudiciables pour le pays. Il apporte un cinglant démenti aux agitprops, les va-t-en-guerre contre toute forme d’investissements étrangers. Lesquels se sont emparés à tort du mot d’ordre « compter sur nous-mêmes » pour monter sur leurs grands chevaux, sabre au clair, pour fustiger, torpiller, cibler les IDE et toute forme de financement extérieur, dans l’espoir de les faire capoter : allez savoir pourquoi.

 

Le TIF 2026, de par son ambition, c’est plus qu’un appel d’air dans le ciel chargé du pays. C’est notre planche de salut dans un contexte mondial marqué par les tensions, l’explosion des prix, les guerres et les bouleversements géopolitiques.

 

Le TIF 2026 réaffirme avec subtilité notre attachement aux investissements étrangers et notre volonté d’accentuer notre insertion dans les chaînes d’approvisionnement et de valeur mondiales. Il met un point final aux gesticulations d’apprentis sorciers qui se sont récemment bruyamment  manifestés à l’occasion d’octroi, dans les règles de l’art et tout à l’avantage du pays, de concessions photovoltaïques à des sociétés étrangères. On ne comprend rien à ce déluge d’hostilité, d’incivilité et d’indécence, alors que le pays en tire un énorme bénéfice. Ils voulaient faire croire, contre toute évidence, que le pays n’a plus la maîtrise de son destin, qu’il capitule, mettant ainsi en péril notre souveraineté nationale alors que la réalisation de ces projets par ces mêmes sociétés – une goutte d’eau dans l’océan du Sahara tunisien – vise essentiellement à renforcer notre souveraineté énergétique, autant dire notre souveraineté nationale. Et ce n’est pas, une fois de plus, le moindre mérite du TIF 2026 que de remettre les pendules des IDE à l’heure d’une compétition internationale aux relents guerriers. N’en déplaise aux pseudo-experts dont la vacuité morale et intellectuelle mènera au naufrage de l’économie et à un suicide collectif.

Venons-en maintenant aux faits. L’organisation du TIF 2026 est certes nécessaire mais pas suffisante, elle ne saurait à elle seule constituer le point de départ d’une reprise de l’investissement et d’un redressement de l’économie nationale qui a nettement régressé sur le plan régional et mondial. Elle n’a d’efficacité que si elle est conçue et perçue comme l’aboutissement final, l’ultime étape d’un programme global de réformes structurelles à l’effet de délester l’économie de ses poids morts, de ses coûts cachés, de ses dysfonctionnements et de ses incohérences. Ultime objectif : améliorer autant que faire se peut l’environnement des entreprises et le climat des affaires. Il n’est aucun facteur qui ne soit à ce point déterminant : sécurité juridique de l’investissement, stabilité fiscale, législation du travail en ligne avec la marche du monde… C’est peu dire qu’il faut libérer les entreprises de l’emprise et des griffes de la bureaucratie administrative, qui n’envisage la révolution numérique qu’avec parcimonie et à dose homéopathique.

 

L’organisation du TIF 2026 est certes nécessaire mais pas suffisante, elle ne saurait à elle seule constituer le point de départ d’une reprise de l’investissement et d’un redressement de l’économie nationale qui a nettement régressé sur le plan régional et mondial.

 

De quoi avons-nous besoin pour nous attirer la sympathie, accélérer et renforcer l’accueil et l’installation d’investisseurs et de pourvoyeurs de fonds étrangers? Sans nul doute d’un apaisement général, d’un véritable consensus autour de la notion de valeur travail. Syndicat-patronat-État, même combat. Besoin aussi de construire sur des bases saines la confiance sans laquelle il serait vain d’espérer un réarmement industriel.

De quoi avons-nous besoin pour dissiper scepticisme, doute et hésitation des marchés et des investisseurs ? Sans doute aussi d’un mode de gouvernance qui scelle la réconciliation entre investissement privé et public, entre marché et État, qui donne plus de crédibilité au PPP toujours au point mort. Le principe de précaution de l’Administration et son cortège d’incertitude sont passés par là.

On ne s’avise pas à jouer dans la cour des grands, à vouloir rivaliser avec les meilleurs sans faire valoir une infrastructure et une logistique de tout premier plan. Port en eau profonde dont on n’arrête pas de parler sans jamais le réaliser, liaisons maritimes, aériennes, ferroviaires, et un réseau autoroutier de leur temps. Nos infrastructures sont à des années-lumière des standards mondiaux. On ne peut faire l’économie d’une connectivité à tous égards comparable à celle de nos compétiteurs. À défaut d’en faire la démonstration à l’occasion du TIF 2026, osons au moins l’annoncer avec force conviction, dans l’espoir d’honorer nos engagements.

De quels leviers avons-nous besoin pour soulever et porter au plus haut niveau les investissements à forte intensité technologique et à forte valeur ajoutée, ne serait-ce que pour limiter l’exode des cerveaux ? Sûrement pas de dumping social ou fiscal aux lendemains incertains. Pas plus que d’un code des changes désuet et de réglementation douanière d’une incroyable ambiguïté conçus au seul effet de sanctionner sans discernement, fût-ce de manière souvent peu orthodoxe. Il serait plus pertinent de mettre en avant l’argument de la qualité de vie, notamment dans l’arrière-pays : écoles privées, soins médicaux, loisirs, habitat, mobilité, sécurité… pour stimuler l’appétit des investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers.

 

De quels leviers avons-nous besoin pour soulever et porter au plus haut niveau les investissements à forte intensité technologique et à forte valeur ajoutée, ne serait-ce que pour limiter l’exode des cerveaux ? Sûrement pas de dumping social ou fiscal aux lendemains incertains.

 

Et pour couronner le tout, il faut tout faire pour élever en permanence la courbe de satisfaction des 3 000 entreprises étrangères installées chez nous. Leur enracinement dans le pays sans chercher à se déployer ailleurs pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement est le meilleur message que l’on puisse envoyer en dehors pour valoriser et renforcer l’attractivité du site Tunisie.

Où en sommes-nous de tous ces arguments qui sont autant de supports et de leviers pour repositionner la Tunisie au cœur des chaînes mondiales d’approvisionnement et de valeur ? Le moment s’y prête. Il y a aujourd’hui, au vu du mouvement de recomposition des chaînes de valeur en Europe, une fenêtre d’opportunité pour l’économie tunisienne de monter en gamme et en grade, passer du statut d’atelier à celui d’usine de l’Europe tout en développant nos laboratoires de recherche. Passer du made in Tunisia au made by Tunisia.

En matière d’attractivité, il n’y a pas de mystère, pas plus qu’il n’y a de miracle. Nous avons perdu, ces quinze dernières années, beaucoup de temps qu’il faut rattraper au prix d’une accélération des réformes structurelles, d’une réhabilitation et d’une reconnaissance assumées des chefs d’entreprise nationaux. La crédibilité de l’État est certes déterminante, mais le statut réservé aux capitaines d’industrie locaux, leur notoriété et leur rayonnement à l’international ne le sont pas moins pour attirer les investisseurs et les financiers étrangers. Sans champions nationaux, il ne peut y avoir de puissantes locomotives pour tirer l’ensemble des wagons de l’économie nationale. Plus ils sont nombreux, solides et en confiance, plus grande sera la capacité d’expansion de l’économie. Et plus ils entraîneront dans leur sillage, via des partenariats stratégiques, investisseurs et financiers étrangers. Cela est d’autant plus vrai que les grands groupes privés ont fait preuve d’une extraordinaire résilience quand les entreprises publiques, qui tenaient par le passé le haut du pavé, sont aujourd’hui en état de mort cérébrale.

 

Le jour où il n’y aurait plus de grains de sable à répétition de nature à enrayer la machine de l’investissement, ce jour-là, les investisseurs de tout bord choisiront d’eux-mêmes le site Tunisie…

 

C’est à ces conditions, au prix d’une révolution copernicienne, que le TIF 2026 préparera de nouveau la rentrée de la Tunisie dans le club des pays émergents, en nous faisant prendre un raccourci inéluctable. Qu’on se le dise. Le jour où il n’y aurait plus de grains de sable à répétition de nature à enrayer la machine de l’investissement, ce jour-là, les investisseurs de tout bord choisiront d’eux-mêmes le site Tunisie. D’autant que par son histoire, son passé, son climat, sa centralité aux confins de l’Europe, de l’Afrique et du M.-O., le pays a toujours été dans son rôle de fenêtre sur le monde. Un pays où il fait bon vivre, investir et travailler.

À quand la résurrection ?

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Décryptage – Économistes au bord de la crise de nerfs : le jour où les grands prêtres de la monnaie ont perdu leurs certitudes

Quand les oracles se taisent

En général, les banques centrales inspiraient une forme de respect mêlé de fascination. Elles parlaient peu, mais leurs paroles faisaient trembler les marchés. Elles n’étaient pas élues, mais elles influençaient le destin de millions de citoyens. Elles n’étaient pas des gouvernements, mais elles détenaient un pouvoir immense : celui d’agir sur le prix de l’argent, sur le crédit, sur l’investissement, sur l’emploi et, finalement, sur le rythme même de la vie économique.

Pendant des décennies, elles ont cultivé cette image de gardiennes omniscientes de la stabilité. Une hausse des taux d’intérêt pour refroidir l’économie. Une baisse des taux pour relancer la machine. Quelques ajustements techniques, quelques opérations sur les marchés monétaires, et l’équilibre semblait préservé.

Aujourd’hui, pourtant, quelque chose s’est brisé. Derrière les discours prudents des gouverneurs de banques centrales, derrière les formulations diplomatiques des communiqués officiels, un aveu de faiblesse apparaît. Les certitudes d’hier vacillent. Les recettes qui semblaient infaillibles fonctionnent de moins en moins. Les modèles prédictifs se trompent davantage. Les crises surgissent là où personne ne les attendait.

Les économistes eux-mêmes semblent parfois désorientés face à un monde qui refuse obstinément de se comporter comme leurs équations l’avaient prévu. Le constat est d’autant plus saisissant qu’il intervient après près d’un demi-siècle de domination intellectuelle quasi absolue de la pensée monétaire orthodoxe. L’heure est peut-être venue de reconnaître que les grands prêtres de la monnaie ne maîtrisent plus totalement les forces qu’ils prétendaient gouverner.

L’obsession des 2 % : un dogme devenu religion

L’histoire économique récente est celle d’une obsession. Une obsession née dans les années 1980 après les flambées inflationnistes des décennies précédentes. Cette obsession avait un chiffre : 2 %. Elle avait un parrain, Jean Claude Trichet, Gouverneur de la Banque de France et par la suite grand Manitou de la Banque Centrale Européenne. En Tunisie, cette même obsession avait aussi un chiffre : 2.9 %, arrondi à 3% depuis 2012.

Peu à peu, ce seuil est devenu bien davantage qu’un simple objectif technique. Il s’est transformé en véritable doctrine. Dans les salles de marché de New York, dans les bureaux de la Banque centrale européenne, dans les institutions financières internationales ou dans les universités les plus prestigieuses, une conviction s’est imposée partout, y compris en Tunisie, à la BCT : maîtriser l’inflation constituait la mission suprême de la politique économique.

Tout le reste devenait secondaire. L’emploi pouvait attendre. Les salaires pouvaient stagner. Les inégalités pouvaient se creuser. L’essentiel consistait à protéger la stabilité des prix. Cette vision trouvait sa légitimité dans les travaux de l’économiste monétariste Milton Friedman, dont l’influence intellectuelle a profondément marqué les politiques économiques occidentales, et par ricochet, les politiques économiques des pays en transition/émergents. La lutte contre l’inflation devint alors une croisade mondiale. Les banques centrales gagnèrent leur indépendance vis-à-vis des gouvernements afin de mener cette mission sans subir les pressions politiques. Sur le papier, l’idée semblait séduisante. Confier la monnaie à des techniciens afin de la soustraire aux tentations électoralistes. Mais à force de regarder exclusivement le thermomètre de l’inflation, beaucoup ont oublié d’observer l’état général du patient.

Le triomphe qui ressemblait à une défaite

Ironie de l’histoire, les banques centrales ont finalement obtenu ce qu’elles cherchaient. L’inflation a effectivement disparu pendant de longues années dans la plupart des économies développées. Les prix semblaient sous contrôle. Les statistiques étaient rassurantes. Les modèles économiques paraissaient validés. Pourtant, derrière cette apparente victoire, d’autres déséquilibres se développaient silencieusement.

Les ménages s’endettaient davantage. Les entreprises empruntaient massivement. Les marchés financiers gonflaient sous l’effet d’une liquidité abondante. Les prix des actifs immobiliers et financiers s’envolaient. La richesse se concentrait. La spéculation prospérait.

Comme souvent dans l’histoire économique, l’excès de confiance a fini par masquer les fragilités profondes. La crise financière mondiale de 2008 est venue brutalement rappeler que la stabilité des prix n’était pas synonyme de stabilité économique. Les banques centrales avaient gagné leur guerre contre l’inflation mais perdu de vue les risques systémiques qui s’accumulaient sous leurs yeux. Elles avaient regardé le ciel pendant que la terre se fissurait sous leurs pieds.

Le monde réel se rebelle contre les modèles

Depuis la crise de 2008, les mauvaises surprises s’accumulent. Pandémie mondiale. Ruptures des chaînes logistiques. Crises énergétiques. Conflits géopolitiques. Guerres commerciales. Montée des tensions protectionnistes. Dérèglements climatiques. Chaque choc semble défier les certitudes héritées de l’ancienne mondialisation. Le problème fondamental est peut-être là.

Les modèles dominants ont été construits pour décrire un monde relativement stable, prévisible et rationnel. Or nous vivons désormais dans un univers caractérisé par l’incertitude permanente. Les comportements humains restent imprévisibles. Les marchés réagissent souvent à l’émotion davantage qu’à la raison. Les investisseurs alternent euphorie et panique. Les anticipations changent brutalement. L’économie réelle refuse obstinément de se conformer aux schémas théoriques. Et plus les économistes tentent d’affiner leurs modèles, plus la réalité semble leur échapper. Comme si la complexité du monde contemporain progressait plus vite que les outils censés l’expliquer.

Hyman Minsky ou le retour du prophète oublié

Dans ce grand désarroi intellectuel, une voix venue du passé refait surface. Celle de l’économiste Hyman Minsky. Longtemps ignoré par les cercles dominants, Minsky avait développé une idée simple mais révolutionnaire : le capitalisme est intrinsèquement instable. Selon lui, les crises ne sont pas des accidents exceptionnels. Elles sont le produit naturel du fonctionnement du système. Lorsque tout va bien, les acteurs prennent davantage de risques. Lorsque les profits augmentent, les dettes progressent. Lorsque les marchés montent, l’optimisme devient excessif.

Puis vient inévitablement le moment où l’édifice vacille. Cette intuition paraît aujourd’hui presque prophétique. Car le monde contemporain ressemble étrangement à la description qu’il avait faite il y a plusieurs décennies. L’endettement mondial atteint des niveaux records. Les marchés financiers demeurent hypersensibles. Les États accumulent des déficits gigantesques. Les bulles spéculatives continuent d’apparaître sous différentes formes. Minsky avait compris ce que beaucoup refusaient d’admettre : l’économie n’est pas naturellement stable. Elle oscille en permanence entre euphorie et fragilité.

La Tunisie dans un monde sans boussole

Pour la Tunisie, ce bouleversement intellectuel mondial revêt une importance particulière. Notre pays évolue dans un environnement déjà marqué par de nombreuses fragilités structurelles. Croissance insuffisante. Faiblesse de l’investissement. Endettement élevé. Pressions inflationnistes persistantes. Déficits extérieurs récurrents. Chômage des jeunes diplômés. Érosion du pouvoir d’achat.

Dans ce contexte, l’affaiblissement des repères traditionnels de la politique économique internationale crée une difficulté supplémentaire. Pendant longtemps, les recommandations étaient relativement claires : maîtriser les déficits, contenir l’inflation, stabiliser la monnaie. Ces objectifs demeurent importants. Mais ils ne suffisent plus.

La Tunisie découvre progressivement ce que de nombreux pays ont compris avant elle : aucune politique monétaire, aussi rigoureuse soit-elle, ne peut à elle seule produire la croissance, l’emploi et la prospérité. Le taux directeur de la Banque centrale de Tunisie peut influencer le coût du crédit. Il ne peut pas moderniser une administration. Il ne peut pas améliorer la qualité de l’enseignement. Il ne peut pas rénover les infrastructures. Il ne peut pas restaurer la confiance des investisseurs. Il ne peut pas transformer la structure productive du pays. La politique monétaire est un outil. Elle n’est pas une stratégie de développement.

Le retour des grands débats économiques

Cette remise en question réactive des débats que l’on croyait clos. Les idées de John Maynard Keynes retrouvent une étonnante actualité. L’État doit-il jouer un rôle plus actif dans l’économie ? Les investissements publics peuvent-ils stimuler durablement la croissance ? Faut-il privilégier la lutte contre l’inflation ou le soutien à l’emploi ? Comment concilier discipline budgétaire et cohésion sociale ? Ces interrogations traversent aujourd’hui les grandes économies comme les pays émergents.

Elles concernent directement la Tunisie. Car derrière les indicateurs macroéconomiques se trouvent des réalités humaines. Des familles confrontées à la hausse du coût de la vie. Des entrepreneurs qui hésitent à investir. Des jeunes diplômés qui cherchent leur place dans l’économie. Des retraités dont le pouvoir d’achat s’érode. Des régions entières qui attendent encore les fruits du développement. L’économie n’est jamais uniquement une affaire de chiffres. Elle est d’abord une affaire de vies humaines.

L’humilité comme nouvelle richesse

Le physicien Max Planck affirmait que la science progresse « un enterrement à la fois ». La formule peut paraître brutale. Elle décrit pourtant un phénomène universel : les paradigmes intellectuels résistent toujours aux faits qui les contredisent. Nous assistons peut-être aujourd’hui à l’une de ces grandes transitions. Non pas à la disparition de l’économie comme science, mais à la fin d’une certaine arrogance intellectuelle. Les banques centrales, – compris la BCT – découvrent que la maîtrise de l’inflation ne résout pas tous les problèmes. Les économistes redécouvrent que l’incertitude fait partie intégrante de la réalité.

Les gouvernements – y compris le nôtre -comprennent que les marchés ne s’autorégulent pas toujours. Et les citoyens réalisent que les équations les plus sophistiquées ne remplacent jamais le bon sens. Dans un monde devenu plus complexe, plus instable et plus fragmenté, la véritable compétence n’est peut-être plus de prétendre tout savoir. Elle consiste à accepter que certaines certitudes doivent être abandonnées.

Car les grandes crises économiques ne sont pas seulement des crises de croissance, de dette ou d’inflation. Elles sont aussi des crises de pensée.

Et c’est précisément ce que nous vivons aujourd’hui : le moment rare où une génération d’économistes découvre que les cartes avec lesquelles elle a appris à naviguer ne correspondent plus au territoire. Pour la Tunisie comme pour le reste du monde, le défi n’est donc plus simplement de trouver les bonnes réponses. Il est d’abord d’avoir le courage de poser de nouvelles questions.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Décryptage – Économistes au bord de la crise de nerfs : le jour où les grands prêtres de la monnaie ont perdu leurs certitudes est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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ZOOM – « J’adore l’inflation » – Quand le pyromane se déclare amoureux du feu

Lorsque le président Donald Trump déclare : « J’adore l’inflation », il ne livre pas seulement une provocation supplémentaire destinée à alimenter les chaînes d’information et les réseaux sociaux. Il offre, peut-être malgré lui, un condensé saisissant de l’époque que nous vivons : une époque où la souffrance économique des populations devient un objet de communication politique, où les chiffres remplacent les êtres humains et où les difficultés quotidiennes sont transformées en slogans.

L’inflation, dans les manuels d’économie, est un phénomène monétaire et macroéconomique. Dans la vraie vie, elle est une facture qui augmente, un panier de courses qui se vide, un salaire qui perd de sa valeur, une retraite qui s’effrite et une angoisse qui s’installe. Elle n’a rien d’un objet d’amour. Personne n’aime payer son pain plus cher. Personne n’aime voir le prix du logement s’envoler. Personne n’aime découvrir que ses économies valent moins aujourd’hui qu’hier. Mais il faut croire que certains responsables politiques contemplent l’inflation depuis les hauteurs climatisées des tours de verre, là où les hausses de prix ressemblent davantage à une ligne sur un graphique qu’à une épreuve quotidienne.

Cette déclaration possède quelque chose d’extraordinairement révélateur. Elle rappelle ces aristocrates d’un autre temps qui observaient les mauvaises récoltes depuis leurs salons dorés sans jamais apercevoir les visages de ceux qui souffraient de la faim. L’inflation est une taxe invisible qui frappe d’abord les plus modestes. Les ménages aisés peuvent absorber une hausse des prix. Les classes populaires, elles, la subissent de plein fouet. Dire que l’on « adore » l’inflation revient donc à déclarer son affection pour l’érosion silencieuse du pouvoir d’achat.

Le mot mérite qu’on s’y attarde : adorer

On peut adorer un paysage, une œuvre d’art, un enfant, un idéal ou un pays. Mais adorer l’inflation relève d’une étrange passion. C’est un peu comme si un médecin déclarait son amour pour les épidémies ou un pompier son admiration pour les incendies.

Le plus fascinant demeure cependant la logique qui sous-tend cette affirmation. Dans certains cercles financiers, l’inflation est parfois perçue comme un allié. Elle peut réduire le poids réel des dettes, soutenir certains actifs financiers et gonfler artificiellement les revenus nominaux des entreprises. Les marchés boursiers peuvent même, pendant un temps, s’en accommoder. Mais ce qui est bénéfique pour un portefeuille n’est pas forcément bénéfique pour une société.

Le drame de notre époque réside précisément dans cette confusion permanente entre la prospérité financière et le bien-être collectif. Lorsque Wall Street sourit, Main Street n’est pas toujours heureuse. Les indices boursiers peuvent battre des records pendant que les ménages comptent les centimes.

L’inflation est d’ailleurs une « créature » particulièrement ironique. Elle enrichit certains tout en appauvrissant d’autres. Elle récompense souvent ceux qui possèdent déjà des actifs et pénalise ceux qui vivent uniquement de leur travail. Elle agit comme une gigantesque machine de redistribution inversée, aspirant une partie de la richesse des plus vulnérables vers ceux qui sont les mieux protégés. Dans ce contexte, proclamer son amour pour l’inflation ressemble moins à une analyse économique qu’à une déclaration de classe.

Et pourtant, cette phrase s’inscrit parfaitement dans l’air du temps. Nous vivons dans une époque où l’outrance est devenue une stratégie de communication. L’objectif n’est plus de convaincre mais de provoquer. Il ne s’agit plus de construire un raisonnement mais de produire un choc médiatique. Chaque déclaration est conçue comme une grenade lancée dans l’espace public. Le problème est que les grenades verbales finissent parfois par exploser dans les mains de ceux qui les lancent.

Car l’inflation n’est pas une abstraction académique. Elle est un facteur de déstabilisation sociale. L’histoire économique regorge d’exemples montrant que les flambées de prix nourrissent la colère, l’instabilité et les fractures politiques. Les citoyens acceptent difficilement que leur niveau de vie recule pendant qu’on leur explique que tout va bien.

L’inflation possède un pouvoir corrosif que les statistiques peinent à mesurer. Elle détruit progressivement la confiance. Elle sape le contrat social. Elle crée le sentiment que les efforts ne paient plus. Elle nourrit l’impression que le système fonctionne pour quelques-uns et contre le plus grand nombre. Or une société peut survivre à un ralentissement économique. Elle peut traverser une récession. Elle peut même supporter un chômage temporairement élevé. Mais elle survit beaucoup plus difficilement à la disparition de la confiance.

C’est pourquoi cette déclaration dépasse largement la personne de Donald Trump. Elle révèle une dérive plus profonde : celle d’une élite politique mondiale qui parle de plus en plus souvent la langue des indicateurs et de moins en moins celle des citoyens.

Les prix augmentent ? On parle de statistiques.

Les ménages souffrent ? On évoque des ajustements.

Le pouvoir d’achat s’effondre ? On répond par des modèles économiques.

Et lorsque la colère monte, on produit une nouvelle formule choc destinée à occuper l’espace médiatique.

Pendant ce temps, les réalités demeurent têtues.

La mère de famille qui remplit son chariot ne se nourrit pas de slogans.

Le retraité qui voit sa pension perdre de sa valeur ne vit pas dans un tableau Excel.

Le salarié dont le revenu réel diminue ne consulte pas les indices boursiers avant de payer ses factures.

L’économie réelle possède cette particularité désagréable : elle finit toujours par rappeler aux théoriciens, aux financiers et aux communicants qu’elle concerne avant tout des êtres humains. Au fond, la phrase « J’adore l’inflation » restera peut-être comme l’une de ces petites formules qui résument une grande époque. Une époque où les responsables politiques rivalisent d’excentricité verbale pendant que les populations réclament simplement davantage de stabilité, de visibilité et de dignité économique.

L’histoire retiendra peut-être moins la provocation elle-même que ce qu’elle révèle : une inquiétante déconnexion entre ceux qui parlent de l’économie et ceux qui la vivent. Car lorsqu’un dirigeant en vient à déclarer son amour pour l’inflation, ce n’est peut-être pas l’inflation qui constitue le principal problème. C’est le regard qu’il porte sur ceux qui la subissent.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article ZOOM – « J’adore l’inflation » – Quand le pyromane se déclare amoureux du feu est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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Eclairage – Quand Francfort serre la vis et que Tunis retient son souffle!

Les décisions de politique économique semblent naître loin des préoccupations quotidiennes des citoyens, dans des salles de réunion feutrées où les chiffres remplacent les émotions et où les équations paraissent l’emporter sur les réalités humaines. Pourtant, certaines de ces décisions traversent les frontières, franchissent les mers et finissent par s’inviter dans les foyers les plus modestes. La récente décision de la Banque centrale européenne de relever son principal taux directeur de 2 % à 2,25 % appartient à cette catégorie.

À première vue, il ne s’agit que d’un quart de point supplémentaire dans la mécanique complexe de la politique monétaire européenne. Mais derrière cette apparente technicité se cache un signal fort : l’Europe s’inquiète à nouveau de l’inflation. La flambée des prix de l’énergie provoquée par la guerre qui s’enlise entre l’Iran et ses adversaires régionaux ravive le souvenir des grands chocs pétroliers qui ont marqué l’histoire économique mondiale. Face à cette menace, la Banque centrale européenne choisit la prudence et durcit sa politique monétaire. Même si cela implique un ralentissement supplémentaire de l’activité économique.

Pour la Tunisie, cette décision n’est pas une information parmi d’autres. Elle constitue un avertissement silencieux. Car lorsque l’Europe tousse, la Tunisie attrape souvent un rhume. Et lorsque l’Europe ralentit, c’est toute une partie de l’économie tunisienne qui ressent les secousses.

Une guerre lointaine qui se rapproche du quotidien tunisien

Les conflits géopolitiques ont ceci de particulier qu’ils semblent toujours éloignés jusqu’au jour où leurs conséquences apparaissent sur une facture d’électricité, un ticket de transport ou le prix d’un panier de courses.

Depuis plusieurs mois, la crise au Moyen-Orient exerce une pression croissante sur les marchés énergétiques mondiaux. Les investisseurs redoutent une perturbation durable des approvisionnements pétroliers. Les compagnies maritimes intègrent davantage de risques dans leurs coûts de transport. Les marchés financiers deviennent plus nerveux. Les entreprises reportent certains investissements.

Dans ce contexte, le pétrole redevient une source majeure d’inquiétude. Pour la Tunisie, pays importateur net d’énergie, chaque hausse durable du baril agit comme une fuite supplémentaire dans un navire déjà soumis à de fortes tensions. Le déficit énergétique se creuse, les besoins en devises augmentent et les finances publiques se trouvent davantage sollicitées.

Dans ce contexte, le pétrole redevient une source majeure d’inquiétude. Pour la Tunisie, pays importateur net d’énergie, chaque hausse durable du baril agit comme une fuite supplémentaire dans un navire déjà soumis à de fortes tensions.

Le citoyen tunisien n’a pas besoin de suivre quotidiennement les cours du Brent pour ressentir ces effets. Il les perçoit lorsque le coût du transport augmente, lorsque certains produits alimentaires deviennent plus chers ou lorsque les entreprises répercutent progressivement leurs coûts énergétiques sur leurs prix de vente. Ainsi, une guerre qui paraît lointaine finit par s’inviter dans le quotidien le plus ordinaire.

L’Europe ralentit : le premier client de la Tunisie achète moins

L’Europe n’est pas seulement un voisin géographique. Elle demeure le principal partenaire économique de la Tunisie. Les usines tunisiennes qui produisent des câbles automobiles, des composants électriques, des textiles ou des équipements mécaniques travaillent en grande partie pour des clients européens. Les hôtels du Sahel, de Djerba ou d’Hammamet accueillent principalement des visiteurs venus du continent européen. Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger dépendent largement de la santé économique des pays européens. Lorsque la BCE augmente ses taux, elle cherche à ralentir la consommation et l’investissement afin de freiner l’inflation. Les ménages européens empruntent moins. Les entreprises deviennent plus prudentes. Les achats importants sont reportés.

La conséquence est simple : la croissance ralentit. Les nouvelles prévisions de la BCE ne prévoient désormais qu’une croissance de 0,8 % pour la zone euro. Derrière ce chiffre se cache une réalité préoccupante : l’économie européenne progresse à peine.

 

Lorsque la BCE augmente ses taux, elle cherche à ralentir la consommation et l’investissement afin de freiner l’inflation. Les ménages européens empruntent moins. 

 

Pour les entreprises tunisiennes tournées vers l’exportation, cela signifie potentiellement moins de commandes, moins de visibilité et davantage d’incertitudes. Derrière chaque pourcentage de croissance perdu en Europe, il y a parfois une usine tunisienne qui réduit ses heures supplémentaires, un entrepreneur qui reporte un investissement ou un jeune diplômé qui voit s’éloigner une opportunité d’embauche.

Le piège de la double contrainte

Ce qui rend la situation actuelle particulièrement délicate pour la Tunisie est l’apparition simultanée de deux phénomènes défavorables. D’un côté, la hausse des prix énergétiques augmente les coûts de production et pèse sur les finances publiques. De l’autre, le ralentissement européen réduit les perspectives de croissance extérieure.

Autrement dit, la Tunisie doit payer davantage pour importer son énergie tout en risquant de vendre moins à ses principaux partenaires commerciaux. Cette double contrainte est particulièrement difficile à gérer pour une économie qui cherche déjà à restaurer ses grands équilibres financiers.

Les réserves en devises deviennent plus précieuses. Le financement des importations devient plus sensible. Les marges budgétaires se réduisent. Dans ce contexte, chaque choc externe produit des effets amplifiés.

Le dilemme de la Banque centrale de Tunisie (BCT)

Pour les autorités monétaires tunisiennes, la période qui s’ouvre ressemble à un exercice d’équilibriste. La Banque centrale de Tunisie a déjà mené ces dernières années une politique de lutte contre l’inflation qui a contribué à ralentir progressivement la hausse des prix. Mais la nouvelle donne internationale complique davantage l’équation.

Si les grandes banques centrales maintiennent des taux élevés, les capitaux internationaux continuent à privilégier les marchés jugés les plus sûrs. Les monnaies des pays émergents subissent alors davantage de pression.

La Tunisie doit donc préserver la stabilité du dinar tout en évitant d’étouffer une croissance déjà modeste. Le problème est que les deux objectifs peuvent parfois entrer en contradiction. Des taux élevés permettent – souvent – de lutter contre l’inflation et de soutenir la monnaie. Mais ils freinent également l’investissement privé, l’accès au crédit et la création d’emplois.

À l’inverse, une politique plus souple soutiendrait l’activité économique mais pourrait alimenter des tensions inflationnistes si les prix internationaux de l’énergie continuent à augmenter. La Banque centrale se trouve ainsi confrontée à l’un des arbitrages les plus complexes de la politique économique moderne.

 

La Tunisie doit préserver la stabilité du dinar tout en évitant d’étouffer une croissance déjà modeste. Le problème est que les deux objectifs peuvent parfois entrer en contradiction…

 

La dette devient plus lourde dans un monde de taux élevés

Au-delà des questions monétaires, la décision de la BCE rappelle également que l’époque de l’argent presque gratuit appartient désormais au passé. Pendant plus d’une décennie, les grandes banques centrales ont maintenu des taux extrêmement faibles afin de soutenir la croissance après la crise financière mondiale puis après la pandémie. Aujourd’hui, le mouvement s’est inversé. L’argent coûte plus cher. Les investisseurs exigent des rendements plus élevés. Les emprunteurs doivent accepter des conditions plus strictes.

 

Pendant plus d’une décennie, les grandes banques centrales ont maintenu des taux extrêmement faibles afin de soutenir la croissance après la crise financière mondiale puis après la pandémie.

 

Pour la Tunisie, qui continue à rechercher des ressources financières afin de couvrir ses besoins budgétaires et refinancer ses engagements, cette évolution représente une contrainte supplémentaire. Chaque hausse des taux internationaux réduit un peu plus les marges de manœuvre financières de l’État. Dans un contexte où les besoins sociaux restent considérables et où les attentes de la population demeurent fortes, cette réalité complique encore davantage l’exercice budgétaire.

Le pouvoir d’achat, ultime victime des turbulences mondiales

Au bout de la chaîne économique, c’est souvent le citoyen qui absorbe une partie des chocs. Lorsque les coûts énergétiques augmentent, lorsque le transport devient plus cher, lorsque les entreprises voient leurs marges se réduire, les tensions finissent généralement par se répercuter sur les prix. La lutte contre l’inflation n’est donc pas seulement une question de statistiques. Elle touche directement la vie quotidienne des ménages.

Pour une famille tunisienne, quelques dinars supplémentaires sur les dépenses de transport, d’alimentation ou d’énergie peuvent représenter un arbitrage difficile entre plusieurs besoins essentiels. C’est précisément ce qui rend les crises inflationnistes si sensibles socialement. Elles ne frappent pas seulement les indicateurs économiques ; elles modifient les habitudes de consommation, les projets familiaux et parfois même les perspectives d’avenir.

Une leçon de souveraineté économique

Au fond, la décision de la BCE agit comme un révélateur. Elle montre combien l’économie tunisienne demeure exposée aux événements extérieurs : conflits géopolitiques, fluctuations énergétiques, ralentissements européens ou changements de politique monétaire dans les grandes puissances.

Chaque crise internationale rappelle la nécessité de construire davantage de résilience. Cela passe par une accélération des investissements dans les énergies renouvelables afin de réduire la dépendance énergétique. Cela implique également une diversification plus poussée des marchés d’exportation vers l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient. Cela suppose enfin un effort soutenu pour améliorer la productivité, l’innovation et la compétitivité des entreprises tunisiennes. Car la véritable souveraineté économique ne consiste pas à s’isoler du monde. Elle consiste à être suffisamment solide pour ne pas subir passivement chacun de ses soubresauts.

 

Au fond, la décision de la BCE agit comme un révélateur. Elle montre combien l’économie tunisienne demeure exposée aux événements extérieurs : conflits géopolitiques, fluctuations énergétiques…

 

L’heure des choix

L’augmentation des taux de la Banque centrale européenne n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une transformation plus profonde de l’économie mondiale, marquée par le retour des rivalités géopolitiques, l’incertitude énergétique et la fin progressive de l’ère de l’argent abondant.

Pour la Tunisie, cette nouvelle phase constitue un test de résistance.

Les prochains mois pourraient être marqués par davantage de volatilité, davantage de prudence des investisseurs et davantage de tensions sur les marchés énergétiques. Mais ils peuvent aussi devenir l’occasion d’accélérer les réformes longtemps différées.

L’histoire économique enseigne que les nations progressent rarement dans les périodes de confort. Ce sont souvent les moments d’adversité qui révèlent leur capacité d’adaptation.

La Tunisie se trouve aujourd’hui à l’un de ces carrefours. Entre les vents contraires venus de l’extérieur et les défis intérieurs qui persistent, elle doit apprendre à naviguer dans un monde devenu plus instable. Non pas en espérant que les tempêtes cessent, mais en construisant enfin le navire capable de leur résister.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

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Plan de développement 2026-2030 : pourquoi l’immobilisme RH va faire dérailler le bras armé financier de l’État

Le Plan de développement 2026-2030 de la Tunisie affiche des ambitions sectorielles claires, adossées à des indicateurs chiffrés et des trajectoires de croissance volontaristes. Pourtant, un angle mort systémique menace de gripper la mise en œuvre de ces projections. Ce talon d’Achille ne réside ni dans l’accès aux lignes de crédit, ni dans l’absence de visions technologiques, mais dans une faillite structurelle trop souvent passée sous silence : la gouvernance de notre capital humain.

 

Le cas d’école des banques publiques est, à cet égard, des plus révélateurs. Supposées être le fer de lance de la politique financière de l’État et le principal vecteur d’exécution de la relance économique, nos institutions financières souveraines s’enferment aujourd’hui dans une crise de gestion des ressources humaines (RH) qui paralyse leur propre transformation.

 

L’illusion technologique face au défi de la souveraineté numérique

Une erreur d’évaluation fondamentale persiste dans le débat économique national : celle de confondre la modernisation d’une institution avec l’accumulation de ses dépenses technologiques. On ne compte plus les milliards investis dans l’acquisition de core banking étrangers ou les déclarations d’intention sur l’intégration de l’intelligence artificielle à l’horizon 2030.

Or, une véritable stratégie d’IA souveraine ne peut se réduire à l’achat de solutions clés en main sur étagère, qui ne font qu’accentuer notre dépendance technologique. La technologie sans les compétences internes pour la gouverner n’est qu’une illusion de rattrapage. En privilégiant l’intégration de boîtes noires externes, sans valoriser ni ancrer un socle d’expertise local, la gouvernance de nos banques publiques s’asphyxie. Injecter des budgets colossaux dans des outils de pointe tout en maintenant des grilles indiciaires, des modes de décision et des structures d’avancement d’un autre âge crée un décalage intenable. Le constat terrain est sans appel : nos structures financières s’enferment elles-mêmes dans leurs propres contradictions administratives.

Lire aussi – Plan de développement 2026-2030 : Kaïs Saïed place les priorités citoyennes au cœur de l’action

Le coût de l’immobilisme et l’effondrement de la « Tunisie Software »

Pour déclencher le sursaut économique dont le pays a besoin, l’émergence d’une Tunisie Software – un écosystème national fort, basé sur l’innovation, la maîtrise du code et l’intelligence artificielle – est un impératif de souveraineté. Les banques publiques devraient en être le premier client, le premier incubateur et le premier protecteur.

Malheureusement, dans un marché financier hautement concurrentiel, l’immobilisme en matière de gestion des ressources humaines produit l’effet inverse. C’est le risque managérial le plus coûteux pour la collectivité.

Pendant que les directions générales se figent dans une culture de l’évitement et un contrôle procédural stérile, les compétences clés s’échappent. Nos ingénieurs, nos experts de la data, nos analystes financiers et nos managers SI les plus brillants ne quittent pas seulement le secteur public pour des motifs strictement financiers. Ils fuient des structures où l’initiative est perçue comme un risque et le statu quo comme une protection.

Comment l’État peut-il piloter un plan de développement stratégique si son bras armé financier se vide méthodiquement de sa substance grise ? Comment assurer la transition d’un État gestionnaire vers un État stratège si nos fleurons bancaires perdent l’indépendance technique nécessaire pour maîtriser leurs propres choix technologiques ?

 

Faire sauter le triple verrou institutionnel

Le sursaut économique de la Tunisie ne se jouera pas dans le confort des rapports d’experts, mais sur le terrain de l’exécution opérationnelle. Pour que le Plan 2026-2030 se traduise par des résultats tangibles, la refonte de la gouvernance RH au sein des banques publiques doit cesser d’être une variable d’ajustement pour devenir le chantier prioritaire.

Il est désormais urgent de faire sauter ce triple verrou institutionnel qui lie la rigidité administrative, l’inertie décisionnelle et la fuite des cerveaux. Cela impose des ruptures claires :

– Substituer à la culture de l’évitement une véritable gouvernance de la performance, basée sur l’évaluation objective et la responsabilité managériale.

– Déplafonner et repenser la valorisation des compétences techniques et stratégiques internes pour aligner les institutions publiques sur les réalités du marché de l’emploi technologique et financier.

– Placer le capital humain au cœur de la stratégie d’entreprise en transformant les directions RH – aujourd’hui cantonnées à une gestion administrative des carrières et des échelons – en de véritables pôles de développement des talents, capables de piloter notre transition numérique.

Le diagnostic est posé et le temps presse. Si l’État tunisien veut véritablement déclencher son sursaut économique et garantir sa souveraineté numérique, il doit commencer par libérer ses propres institutions de leurs verrous internes. Sans une révolution profonde de notre gouvernance humaine, le plan 2026-2030 butera inévitablement sur le mur de l’exécution.

 

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Mention: Les propos et analyses développés dans cette tribune expriment les opinions personnelles de l’auteur et n’engagent en aucun cas les institutions publiques ou bancaires auxquelles il est professionnellement rattaché.

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DECRYPTAGE – Quand l’inflation ralentit mais que la vie continue de coûter plus cher

La Tunisie entre soulagement statistique et inquiétude quotidienne. Vivre deux réalités économiques parallèles ?

La première est celle des tableaux de bord, des rapports officiels, des courbes et des indicateurs. Dans cette réalité-là, la Tunisie de 2026 semble progressivement sortir d’une zone de fortes turbulences. La croissance économique retrouve des couleurs, les réserves en devises se renforcent, le déficit courant s’améliore et l’inflation, qui avait atteint des niveaux particulièrement préoccupants il y a quelques années, paraît désormais sous contrôle.

La seconde réalité est celle que vivent les ménages. Elle se mesure moins en points de PIB qu’en dinars dépensés au marché. Elle s’observe dans l’hésitation d’une mère de famille devant l’étal du boucher, dans le calcul minutieux d’un retraité au moment de remplir son panier ou dans les sacrifices silencieux d’un salarié qui renonce à certaines dépenses pour préserver l’essentiel.

Entre ces deux réalités se dessine aujourd’hui l’un des grands paradoxes économiques tunisiens. Le 3 juin 2026, le Conseil d’administration de la Banque centrale de Tunisie a décidé de maintenir son taux directeur à 7 %. Une décision prudente qui reflète à la fois les progrès accomplis et les risques qui demeurent.

Quelques jours plus tard, les chiffres de l’inflation confirmaient une stabilisation à 5,5 %. Pourtant, dans les foyers tunisiens, le sentiment dominant reste celui d’une vie toujours plus chère. Cette contradiction n’est pas une illusion. Elle constitue au contraire l’un des principaux défis économiques et sociaux du pays.

 

Le retour progressif des équilibres macroéconomiques

Pendant plusieurs années, l’économie tunisienne a évolué sous la pression simultanée de crises multiples : pandémie, perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, guerre en Ukraine, tensions énergétiques, sécheresse et ralentissement économique international. Dans un tel contexte, la priorité des autorités économiques est devenue la préservation des grands équilibres.

À cet égard, plusieurs signaux sont aujourd’hui encourageants. La croissance économique a atteint 2,6 % au premier trimestre 2026, contre seulement 1,6 % un an auparavant. Le secteur des services retrouve une certaine dynamique, l’agriculture bénéficie d’une amélioration relative de ses performances et plusieurs branches industrielles démontrent une capacité de résistance appréciable malgré un environnement encore complexe.

Le secteur extérieur offre également des motifs de satisfaction. Les recettes touristiques, les revenus des Tunisiens résidant à l’étranger et l’amélioration de la balance des services contribuent à limiter les effets du déficit commercial. Les réserves en devises dépassent désormais les cent jours d’importation, renforçant ainsi la résilience financière du pays.

Pour les économistes, ces évolutions constituent des indicateurs importants. Elles témoignent d’une économie qui, sans être sortie de toutes ses fragilités, semble avoir retrouvé une partie de sa stabilité. Mais une question demeure : cette amélioration est-elle ressentie par la population ?

Le grand malentendu de l’inflation

L’une des difficultés majeures des débats économiques réside dans la compréhension du phénomène inflationniste. Lorsque les médias annoncent que l’inflation « ralentit », beaucoup de citoyens ont l’impression que les prix devraient diminuer. Or ce n’est pas ce que signifie le chiffre. Une inflation de 5,5 % signifie que les prix continuent d’augmenter. Ils augmentent simplement moins vite qu’auparavant.

Cette nuance, qui paraît technique, est fondamentale. Prenons un exemple simple. Si un produit coûtait 100 dinars et que son prix augmentait de 10 %, il passerait à 110 dinars. Si l’année suivante l’inflation ralentit à 5 %, son prix ne revient pas à 100 dinars ; il monte à 115,5 dinars. Autrement dit, même lorsque l’inflation ralentit, la vie continue de devenir plus chère.

C’est précisément ce que vivent aujourd’hui les ménages tunisiens. Les statistiques indiquent une stabilisation de l’inflation globale. Mais cette stabilisation intervient après plusieurs années d’augmentation continue des prix. Le pouvoir d’achat a déjà subi une érosion importante et les ménages continuent d’en ressentir les conséquences.

Quand l’alimentation devient le cœur du problème

Là où le décalage entre les statistiques et le vécu devient le plus visible, c’est dans l’alimentation. Les chiffres publiés par l’INS révèlent une réalité particulièrement préoccupante : alors que l’inflation générale se situe à 5,5 %, les prix des produits alimentaires augmentent encore de 8,2 % sur un an. Plus inquiétant encore, plusieurs produits essentiels enregistrent des hausses à deux chiffres.

La viande ovine progresse de plus de 21 %, la volaille de près de 16 %, la viande bovine de plus de 14 %, tandis que les légumes, les fruits et le poisson continuent d’augmenter à des rythmes dépassant largement l’inflation moyenne.

Ces chiffres ne sont pas anodins. Dans les pays développés, les dépenses alimentaires représentent généralement une part relativement limitée du budget des ménages. En Tunisie, comme dans de nombreux pays émergents, elles occupent une place beaucoup plus importante. Lorsque les prix alimentaires augmentent plus vite que les revenus, les ménages n’ont souvent d’autre choix que de réduire leur consommation ou de sacrifier d’autres dépenses essentielles. C’est ainsi que l’inflation cesse d’être un simple indicateur économique pour devenir un phénomène social.

L’Aïd et le révélateur du pouvoir d’achat

Certaines statistiques parlent aux économistes. D’autres parlent directement à la société. Les difficultés rencontrées cette année par de nombreuses familles pour acquérir un mouton à l’occasion de l’Aïd El-Kébir constituent sans doute l’un des indicateurs les plus révélateurs de l’état réel du pouvoir d’achat. Au-delà de sa dimension religieuse, l’Aïd représente un moment de cohésion sociale et familiale profondément ancré dans la culture tunisienne.

Lorsque des milliers de familles se trouvent contraintes de renoncer à cette tradition ou de la réduire considérablement, le phénomène dépasse largement la question économique. Il traduit un sentiment diffus de déclassement. Il rappelle que derrière les chiffres de l’inflation se cachent des réalités humaines, des arbitrages douloureux et parfois des frustrations profondes. L’économie n’est jamais uniquement une affaire de pourcentages. Elle touche directement aux modes de vie, aux habitudes et aux repères sociaux.

Les limites de la politique monétaire

Face à cette situation, la décision de la Banque Centrale de maintenir son taux directeur à 7 % apparaît cohérente. L’institution cherche à préserver sa crédibilité et à empêcher une nouvelle accélération de l’inflation. Elle agit conformément aux principes qui guident aujourd’hui la plupart des banques centrales à travers le monde. Mais cette décision met également en lumière les limites de l’outil monétaire.

Depuis plusieurs décennies, les économistes débattent du véritable pouvoir des banques centrales face aux chocs inflationnistes. Les monétaristes, inspirés notamment par les travaux de l’économiste Milton Friedman, considèrent que l’inflation est essentiellement un phénomène monétaire et que son contrôle passe par une gestion rigoureuse de la masse monétaire et des taux d’intérêt.

D’autres économistes, notamment les héritiers de la pensée de John Maynard Keynes, soulignent que certaines formes d’inflation proviennent de facteurs structurels sur lesquels les banques centrales disposent d’une influence limitée.

Le cas tunisien semble aujourd’hui illustrer cette seconde situation. La hausse des prix alimentaires est liée à des facteurs complexes : coûts de production, circuits de distribution, logistique, spéculation, dépendance énergétique, aléas climatiques et évolution des marchés internationaux. Aucune augmentation de taux d’intérêt ne peut produire davantage de viande, de légumes ou de poisson. Aucune décision monétaire ne peut, à elle seule, résoudre les problèmes structurels de productivité ou d’organisation des filières agricoles. La politique monétaire peut freiner l’incendie. Elle ne peut pas reconstruire la maison.

Les anticipations inflationnistes : le combat invisible

L’une des raisons qui expliquent la prudence de la Banque centrale réside dans un phénomène moins visible mais particulièrement important : les anticipations inflationnistes. Dans la pensée économique moderne, les prix d’aujourd’hui sont influencés par les attentes de demain. Si les producteurs pensent que leurs coûts vont augmenter, ils augmentent leurs prix immédiatement. Si les salariés craignent une poursuite de l’inflation, ils réclament des hausses salariales plus importantes. Si les commerçants anticipent de nouvelles tensions sur les marchés, ils ajustent leurs tarifs en conséquence.

Peu à peu, l’inflation se nourrit elle-même. C’est pourquoi les banques centrales accordent une importance croissante à leur crédibilité. Leur objectif n’est plus seulement de combattre l’inflation actuelle, mais aussi de convaincre les acteurs économiques que l’inflation future restera maîtrisée. Le maintien du taux directeur à 7 % s’inscrit précisément dans cette logique.

Entre stabilité financière et stabilité sociale

L’histoire économique regorge d’exemples où les équilibres financiers ont été restaurés sans que les tensions sociales ne disparaissent pour autant. La raison est simple. La stabilité macroéconomique constitue une condition nécessaire au développement, mais elle n’est pas une condition suffisante. Une inflation maîtrisée ne garantit pas automatiquement une amélioration du niveau de vie. Une croissance économique ne garantit pas nécessairement une meilleure répartition des richesses. Des réserves en devises plus élevées ne signifient pas automatiquement un panier moins cher pour les ménages. Le véritable défi consiste à transformer les progrès macroéconomiques en amélioration tangible des conditions de vie. Or c’est précisément sur ce terrain que se jouera l’avenir économique de la Tunisie au cours des prochaines années.

Le défi de la prospérité partagée

Les débats économiques contemporains convergent de plus en plus vers une même interrogation : comment faire en sorte que la stabilité produise du bien-être ? Après plusieurs années consacrées à la restauration des équilibres, la Tunisie entre progressivement dans une nouvelle phase. L’enjeu n’est plus seulement de contenir l’inflation ou de protéger les réserves de change.

Il s’agit désormais d’améliorer la productivité agricole, de réduire les coûts de distribution, de renforcer la concurrence, de lutter contre les rentes et les comportements spéculatifs, de stimuler l’investissement et d’accroître les revenus réels des ménages. Autrement dit, il s’agit de faire en sorte que les performances de l’économie nationale se traduisent concrètement dans la vie quotidienne des citoyens.

Car au bout du compte, les populations ne jugent pas une économie à travers les communiqués des banques centrales ou les statistiques des comptes nationaux. Elles la jugent à travers leur capacité à vivre dignement, à nourrir leur famille, à préparer l’avenir de leurs enfants et à préserver leurs habitudes de vie.

 

La Tunisie de 2026 semble avoir remporté une partie importante de la bataille de la stabilité. Mais la bataille du pouvoir d’achat, de l’inclusion économique et de la prospérité partagée reste encore devant elle. Et c’est probablement cette bataille-là qui déterminera la véritable réussite du redressement économique en cours.

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(**)Références :

https://www.ins.tn/

https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/actualites.jsp?id=1251

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Le Liban, les démangeaisons de Netanyahu et la réponse de l’Iran

Il était évident dès le départ que les négociations directes entre Israël et le Liban, non seulement n’allaient aboutir à aucune sorte d’apaisement entre les deux pays, mais qu’elles ne manqueraient pas d’engendrer une aggravation de la situation dans toute la région.

Tout le monde sait, et les responsables du gouvernement libanais en premier, que les Américains qui se sont posés en « intermédiaires », sont partie prenante plutôt qu’un arbitre neutre. Que les responsables américains, quand il s’agit d’Israël, non seulement tournent le dos à toute autre considération, mais ignorent même l’intérêt de leur propre peuple. Pourtant, le président du Liban Michel Aoun et son Premier ministre se sont pliés aux pressions américaines de s’engager dans des négociations directes avec leur pire ennemi.

Pire encore, ils ont accepté de négocier avec leur ennemi « sous le feu », c’est-à-dire négocier alors que les bombes israéliennes continuent de tuer les Libanais par centaines et de détruire leurs villages par dizaines.

La seule « concession » que Trump a pu arracher à Netanyahu est que la banlieue sud de Beyrouth, la fameuse ‘Dhahya’, soit épargnée. Une concession obtenue après que l’Iran a menacé de bombarder le nord d’Israël au cas où celui-ci attaquerait la ‘Dhahya’.

Mais les démangeaisons de Netanyahu pour plus de guerre, plus de morts, plus de destruction se sont avérées plus fortes que les pressions américaines et les menaces iraniennes : il a bombardé la banlieue sud de Beyrouth. Et l’Iran a répondu aussitôt en lançant des missiles sur des cibles militaires en Israël, après avoir ordonné aux Israéliens vivant à proximité d’évacuer les lieux…Netanyahu qui n’attendait que ça, a répondu par des bombardements en Iran, escomptant que Trump le rejoigne dans la guerre. Jusqu’à présent, Trump n’a pas rejoint son allié, mais les Houthis sont entrés en scène en lançant une série de missiles sur Israël et en interdisant la mer Rouge aux navires israéliens…

Nul ne sait comment les choses vont évoluer dans les prochaines heures et les prochains jours. Nul ne sait si l’on est au bord de la guerre totale ou s’il s’agit d’une tentative désespérée de Netanyahu de provoquer une reprise des hostilités entre les Etats-Unis et l’Iran. Mais une chose est certaine : l’économie mondiale que la prise en charge par l’Iran du détroit d’Ormuz a mise à genoux et une éventuelle fermeture de Bab el Mendeb par les Houthis engendreraient l’asphyxie économique de la planète. Ce qui se traduirait par l’aggravation des conditions de vie, déjà précaires, des milliards d’êtres humains, y compris la majorité des Américains qui ne cachent plus leur fureur contre leurs dirigeants et ceux d’Israël…

Dans son podcast, « Judging Freedom », diffusé le 1er juin, le juge Andrew Napolitano a demandé à l’ancien diplomate britannique Alastair Crooke si les Israéliens et les milliardaires en Amérique se souciaient réellement de la fermeture du détroit d’Ormuz et des conséquences néfastes pour l’économie américaine, et par extension pour l’économie mondiale ?

Crooke a répondu : « Les milliardaires qui soutiennent si ardemment Israël, possèdent une fortune telle que beaucoup considéreraient une récession, voire une dépression, comme une opportunité d’acquérir des terres agricoles et d’autres biens. »

Tout est dit. Les 10 % d’Américains qui possèdent 90 % des richesses du pays sont majoritairement de grands défenseurs d’Israël. C’est parmi eux que se trouvent ceux qui ont conçu, planifié et soutenu toutes guerres de l’Amérique, du Vietnam à l’Iran, en passant par l’Afghanistan et l’Irak. Car la guerre, loin de les affecter, est une aubaine qui accroîtrait leurs richesses…

Le drame est que cette infime minorité a le pouvoir de manipuler à sa guise l’opinion publique américaine pour lui faire accepter toutes ses décisions politiques, y compris celles très dommageables pour les intérêts de la grande majorité, comme la guerre contre l’Irak hier et contre l’Iran aujourd’hui. Toutefois, ce pouvoir de manipulation se réduit de jour en jour à mesure que les millions d’Américains prennent de plus en plus conscience que les responsables des malheurs de leur pays sont les hordes enragées au pouvoir à Tel-Aviv encore capables de mener par le bout du nez la plus grande puissance du monde.

Charley Reese, chroniqueur vedette de C-SPAN (Cable-Satellite Public Affairs Network) et d’autres médias a écrit en 2005 : « Les principaux instigateurs de la guerre en Irak sont les mêmes que d’habitude : des Américains qui, depuis longtemps, prétendent défendre les intérêts des États-Unis alors qu’en réalité, ils servent les intérêts israéliens. »

La même vérité écrite il y a plus de 20 ans, s’applique à la réalité que le monde vit aujourd’hui. Il suffit de remplacer « Irak » par « Iran ».

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Tunisie : la flambée des prix libres alimente l’inflation

L’analyse à long terme de l’économie tunisienne révèle une pression inflationniste quasi permanente depuis plus d’une décennie. Entre janvier 2015 et mai 2026, le taux d’inflation mensuel moyen s’est établi à 0,5 %, traduisant une augmentation constante et linéaire du coût de la vie.

 

Après une période de relative stabilité en 2015-2016 (autour de 0,3 % par mois), l’indice des prix a connu une première accélération en 2018, avant d’être temporairement freiné par la crise sanitaire du Covid-19 en 2020 (0,4 %). C’est l’année 2022 qui s’impose comme le point culminant de cette crise. Sous l’effet du choc mondial sur les matières premières et l’énergie, la moyenne mensuelle a grimpé à 0,8 %, enregistrant un pic historique absolu en avril 2022 avec une hausse brutale de 1,4 % en un seul mois. Bien que les années 2024 et 2025 aient amorcé une trajectoire de désinflation, les données de l’année 2026 rappellent la persistance des tensions avec un rebond de la moyenne mensuelle à 0,5 %.

Le poids immuable de la saisonnalité

Au-delà des cycles macroéconomiques, l’inflation en Tunisie répond à un schéma saisonnier cyclique très net, rythmé par les habitudes de consommation et le calendrier social. Deux cycles qui impactent le budget des ménages peuvent être identifiés. Le premier concerne le mois d’avril, souvent corrélé avec la hausse de la demande sur les produits alimentaires (périodes de fêtes et/ou de Ramadan) et d’octobre qui coïncide avec la rentrée scolaire et universitaire.

Le second cycle est celui de février et d’août, qui correspondent aux soldes d’hiver et d’été et une offre élevée des produits agricoles frais.

 

 

Le gap “libre vs encadré“

Au mois de mai 2026, l’inflation globale se stabilise à 5,5 % en glissement annuel, loin du sommet de 10,4 % atteint au début de l’année 2023. Toutefois, ce chiffre masque une profonde fracture structurelle selon le régime de tarification.

Les prix des produits administrés affichent une grande stabilité avec seulement 1,2 % de hausse sur un an. À l’opposé, les produits à prix libres s’envolent de 6,7 %. Ce phénomène est particulièrement exacerbé dans le secteur alimentaire, où l’alimentation encadrée ne progresse que de 0,2 %, tandis que l’alimentation libre subit une hausse vertigineuse de 9,3 % sur un an. Le bouclier tarifaire de l’État protège donc les produits de base, mais le mécanisme de marché libre expose les consommateurs à une forte volatilité.

Le choc des protéines et de l’habillement au cœur du quotidien

L’analyse sectorielle de mai 2026 met en évidence les secteurs qui pénalisent le plus le pouvoir d’achat des Tunisiens. Les articles d’habillement et chaussures affichent la plus forte hausse annuelle avec 9,1 %, suivis de près des produits alimentaires à 8,2 %.

Au sein du panier alimentaire, c’est une véritable crise des protéines animales qui se dessine. Le prix de la viande ovine explose de +21,8 % sur un an (dont 9,7 % sur le seul mois de mai), talonné par la volaille (15,6 %) et la viande bovine (+14,1 %). Les produits frais comme les légumes (12,2 %) et le poisson (11,9 %) maintiennent également une forte pression. Seuls quelques rares produits, à l’image des huiles alimentaires (-6,1 %) et des œufs (-4,6 %), apportent une contribution négative venant atténuer l’indice.

L’inflation sous-jacente s’enracine

Pour les institutions financières, le point de vigilance majeur reste l’inflation sous-jacente, qui se maintient à un niveau élevé de +4,8 % en mai 2026. L’analyse des contributions montre que l’inflation n’est plus seulement une crise agricole ou énergétique passagère. Elle s’est solidement diffusée à l’ensemble de l’économie.

Les produits manufacturés mènent la marche en contribuant à hauteur de 1,7 % à l’inflation globale, suivis du secteur des services à 1,4 %. Dans cette dernière catégorie, ce sont les services d’hébergement et l’hôtellerie qui agissent comme un accélérateur majeur, affichant une progression de 15,9 % sur un an. L’inflation s’est ainsi transformée en un phénomène structurel endogène, solidement ancré dans le tissu industriel et commercial du pays.

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