Tribune. Tunisie : le Parlement retrouve-t-il un véritable rôle ?
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L’économie tunisienne a confirmé son redressement en 2025, avec une croissance de 2,5 %, contre 1,6 % en 2024, tandis que l’inflation a poursuivi son recul pour s’établir à 5,3 % en moyenne annuelle (4,9 % en glissement annuel). Dans son rapport annuel, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Fethi Zouhair Nouri, estime que cette amélioration a permis à l’institut d’émission d’amorcer un assouplissement de sa politique monétaire en abaissant son taux directeur à 7 %, après deux réductions de 50 points de base en mars et en décembre.
Cette amélioration s’est accompagnée d’une baisse du taux de chômage à 15,2 %, soutenue par les bonnes performances de l’agriculture, du tourisme et des services marchands. Les équilibres macroéconomiques se sont également consolidés. Le déficit budgétaire a été ramené à 5,2 % du PIB, contre 6,3 % un an auparavant, tandis que la dette publique a reculé à 82,1 % du PIB. La dette extérieure est tombée à 39,5 % du PIB et les réserves en devises ont atteint 25,1 milliards de dinars, représentant 106 jours d’importation. Les investissements directs étrangers ont, de leur côté, progressé de près de 30 %, dépassant 3,5 milliards de dinars.
Le gouverneur relève toutefois que le déficit courant s’est creusé à 2,3 % du PIB sous l’effet de l’aggravation du déficit commercial, principalement liée à la facture énergétique, qui représente plus de la moitié du déficit des échanges. Les recettes touristiques et les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger ont néanmoins permis d’en limiter l’impact.
Selon la BCT, la dépendance énergétique demeure la principale vulnérabilité de l’économie tunisienne. Le recul de la production nationale d’hydrocarbures renforce les importations et souligne l’urgence d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables.
Sur le plan institutionnel, la Banque centrale a poursuivi la modernisation de ses infrastructures à travers la digitalisation de ses processus, le renforcement des systèmes de paiement et le recours à l’intelligence artificielle pour améliorer l’analyse des risques.
Pour 2026, Fethi Zouhaier Nouri estime que la Tunisie devra consolider les acquis de 2025 malgré un environnement international toujours marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes sur les prix de l’énergie, afin de transformer cette reprise en une croissance durable, créatrice d’investissement et d’emplois.
D’après le mot d’introduction du gouverneur de la BCT.
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La période 2021-2025 illustre cruellement ce paradoxe. Alors que le pays s’est doté d’une architecture institutionnelle inédite, censée placer le citoyen au cœur des choix économiques, les indicateurs d’exécution budgétaire et d’attractivité des territoires peinent toujours à décoller. Entre planification ambitieuse et blocages structurels, le bilan laisse entrevoir un échec partiel de la mise en œuvre, dont les racines plongent dans des décennies de politiques centralisées.
Pour tenter de briser les carcans d’une administration jugée trop centralisée, l’État a engagé entre 2021 et 2025 une refonte majeure de son architecture territoriale. L’ambition affichée était claire : dépasser la logique administrative classique au profit d’une logique économique intégrée.
Le nouveau modèle s’est basé sur de nouvelles institutions. Il y a eu la mise en place du Conseil national des régions et des districts (CNRD), chargé de ratifier les plans de développement et d’exercer un contrôle budgétaire rigoureux. Parallèlement, les conseils locaux, régionaux et de districts ont été installés pour incarner cette nouvelle gouvernance de proximité.
Le pays a été officiellement redécoupé en cinq grands districts économiques, conçus comme des pôles de complémentarité. L’objectif était de briser l’émiettement administratif pour créer des synergies productives.
Ce dispositif a été complété par la promotion des entreprises communautaires, visant à ancrer le développement dans une logique d’économie solidaire et participative.
Indépendamment de l’efficacité de cette nouvelle approche, le passage de la théorie à la pratique s’est heurté au mur des lourdeurs bureaucratiques et de l’exécution défaillante.
Les réformes n’ont pas eu l’effet escompté sur le terrain. Les chiffres de l’investissement global sur la période sont éloquents: sur un total programmé de 80,654 milliards de dinars, seuls 49,387 milliards ont été effectivement décaissés, soit un taux de réalisation frustrant de 61,2 %.
Ce déficit d’exécution, qui prive l’économie d’un surcroît de croissance, trouve ses racines dans un triptyque de maux persistants : les freins bureaucratiques et la lenteur administrative, les difficultés d’accès au financement pour les porteurs de projets et le manque de suivi rigoureux et de pilotage stratégique.
Mais derrière cette moyenne nationale se cache une réalité beaucoup plus contrastée, révélant une fracture territoriale profonde en matière d’efficacité.
Les données révèlent de profondes disparités régionales en matière d’attractivité et d’efficacité de concrétisation des projets. Le troisième district (Centre-est et ouest) affiche la meilleure dynamique industrielle et résidentielle avec 70,2 % de taux de réalisation (14,281 milliards de dinars exécutés sur 20,352 milliards de dinars programmés).
Le cinquième district (Grand Sud) a enregistré le taux le plus élevé d’exécution à 73,4 %, bien que sur une enveloppe globale plus faible (5,207 milliards de dinars).
Le deuxième district (Grand Tunis et Nabeul), le pôle économique majeur, a absorbé le plus gros volume financier absolu avec 15,562 milliards de dinars réalisés (taux d’exécution de 64,4 %).
Le premier district (Nord-ouest) a affiché un taux d’exécution de 52,7 % (6,621 milliards de dinars), dénonçant des difficultés structurelles à concrétiser ses investissements.
Enfin, le quatrième district (Centre-ouest et Sfax) a réalisé la contre-performance la plus alarmante avec seulement 46,8 % d’exécution (7,713 milliards de dinars réalisés sur plus de 16,468 milliards de dinars prévus), soulignant un blocage aigu des projets publics et privés dans cette zone.
Ce constat démontre que la nouvelle carte territoriale n’a pas suffi à fluidifier les canaux d’investissement. Les zones intérieures et semi-intérieures continuent de pâtir de handicaps structurels majeurs.
L’investissement public, prévu à hauteur de 35,163 milliards de dinars, affiche un taux d’exécution particulièrement bas de 47,8 %, avec seulement 16,814 milliards effectivement injectés.
Les infrastructures de base captent 35 % des fonds publics réalisés, suivies de près par les secteurs productifs (32 %) et le secteur social (18 %).
Le secteur de l’équipement et de l’habitat s’impose en leader avec 29 % des réalisations publiques, suivi de l’agriculture et des ressources hydrauliques (18 %), du transport (9,33 %), de l’environnement (8,75 %) et de l’éducation (6,6 %). Quant au secteur de la santé, il affiche une faiblesse chronique en raison du gel et du retard de construction de plusieurs hôpitaux régionaux.
Le deuxième district a surclassé le reste du pays en s’accaparant le plus grand volume financier en valeur absolue, profitant de mégaprojets d’infrastructure et de transport urbain liés à son statut de capitale économique. En revanche, les troisième et cinquième districts affichent les volumes d’investissements publics exécutés les plus faibles du pays.
Sur la même période, le secteur privé a injecté 32,573 milliards de dinars (71,6 % des prévisions), mais cette dynamique souffre d’une double concentration.
La première est géographique. Le capital privé fuit les zones intérieures. 67 % de la totalité des investissements privés se concentrent exclusivement dans le troisième et deuxième district, en raison de la disponibilité d’infrastructures logistiques modernes et d’une main-d’œuvre qualifiée. De plus, au sein d’un même district, les investissements s’agglutinent massivement dans les délégations côtières.
La seconde est sectorielle. Le privé délaisse les secteurs productifs complexes à haute valeur ajoutée. L’immobilier s’accapare à lui seul 53 % de l’investissement privé réalisé, dopé par l’expansion urbaine du littoral. L’industrie manufacturière capte 22,2 %, les services et le tourisme 15,5 %. Tandis que le secteur stratégique de l’agriculture ne récolte qu’un maigre 9,3 %.
Certes, ces chiffres sont le résultat des politiques de développement mises en œuvre tout au long des dernières décennies et qui n’ont pas réussi à stabiliser le tissu social et économique des régions intérieures.
Malgré la succession des programmes de développement régionaux, le classement de l’Indicateur de Développement Régional (IDR) des gouvernorats et délégations est resté quasi statique, prouvant l’inefficacité des interventions centralisées traditionnelles.
La faible attractivité des régions intérieures s’explique par un tissu industriel embryonnaire et une dépendance exclusive envers une agriculture de subsistance ou des activités extractives à faible valeur ajoutée. Ce manque de diversification expose ces territoires à une forte vulnérabilité face aux chocs climatiques et aux fluctuations des marchés.
Le secteur privé s’est massivement détourné du nord-ouest (premier district) et du centre-ouest (quatrième district), créant une distorsion sur le marché de l’emploi. Cette concentration côtière des entreprises exportatrices alimente un exode rural persistant et prive les régions intérieures de leurs forces vives.
Le bilan de la période 2021-2025 met en évidence une contradiction majeure. Indépendamment du cadre législatif, les canaux d’exécution financiers et leur capacité à attirer le capital productif dans les zones prioritaires restent grippés. La prédominance de la spéculation immobilière dans l’investissement privé et la concentration des infrastructures publiques dans le Grand Tunis démontrent que la transition vers la justice spatiale nécessite plus qu’un découpage territorial. Elle exige une réorientation drastique des incitations financières et une débureaucratisation réelle de l’action publique.
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Sous prétexte de défendre le sacré, l’on a donné libre cours aux fantasmes les plus extrêmes, aux désirs les plus meurtriers et les plus primitifs et surtout à une méconnaissance totale de l’histoire de la civilisation et de la religion musulmanes. Le pêché de Saloua Charfi a été de dire en langage dialectal (derja) et avec un ton ironique, une infime partie de ce que l’historiographie arabe, toutes obédiences confondues avait largement divulguée. Car il aurait suffi d’ouvrir n’importe quel livre des historiens classiques musulmans, sunnites, chiites ou ibadites, comme Tabari, Beladhuri, Ibn Saad, pour avoir un point de vue objectif de la question qu’a toujours soulevée Aïsha, la plus jeune des femmes de l’envoyé de Dieu, et sa préférée. Et ce, tant son rôle dans la formation de la théologie musulmane et dans l’histoire même du Califat depuis la mort du prophète (632j.c-an 11 de l’hégire), a été immense. Une grande partie des hadiths, récits attribués au prophète dans la tradition sunnite est l’œuvre de Aïsha bint ABI Bakr, le premier Calife de l’Islam.
Comme Fatma la fille du prophète et l’épouse de son cousin Ali, comme Marie, chez les chrétiens catholiques, Aïsha est devenue avec le temps, la mère mythique des musulmans sunnites. Ce n’est pas par hasard qu’on l’a nommée, mère des croyants (Oum el moueminine), alors qu’elle n’a jamais eu d’enfants. Quel que soit son rôle réel et historique, et il est immense, c’est sa fonction mythique, qui s’est incrustée, le long de 14 siècle dans l’inconscient collectif des musulmans sunnites qui compte des centaines de millions actuellement.
Le post succinct, et qui sent la dérision, a réveillé le monstre qui somnole au fond de notre inconscient collectif, fait de fanatisme et d’ignorance, qui ne demande qu’à détruire sur son passage, tout ce qui menace sa certitude.
L’accusation d’istehzaa, qu’on peut traduire par tourner en ridicule la foi musulmane est passible dans la tradition sunnite ou chiite, de la peine de mort. Rappelons-nous le cas de Selman Rushid, et son ouvrage (Les versets sataniques) qui lui a valu une fatwa de la part de l’Imam Khomeiny, avec une sentence de mort. Ce qui l’amena à vivre toujours caché, avant qu’un fanatique chiite ne tente de l’assassinat, et qui finit actuellement, borgne, dans un endroit secret. Selman Rushdi n’avait fait lui aussi que reproduire un récit relaté par l’historiographie officielle sunnite. S. Charfi a-t-elle voulue jouer au Selman Rushdi ? Nous, nous en doutons connaissant la personne ! Pourtant l’universitaire, bien connue pour ses sorties iconoclastes, n’a aucunement offensé un sacré. Car Aïsha précisément, était un personnage hautement politique et était connue pour sa tendance à désacraliser même les paroles du prophète. Les récits à propos de ses flèches lancées au prophète lui-même, quand un verset n’est pas de son gout, abondent dans la littérature qui aborde la biographie de l’Envoyé de Dieu.
S. Charfi se serait contentée de rapporter un de ces récits authentifiés par les plus grandes autorités religieuses et juridiques: cela n’aurait jamais provoqué de réaction hostile, car ces récits eux-mêmes sont frappés du sceau du sacré. Mais user du dialectal en traitant une histoire considérée comme sacrée avec un ton sarcastique et en ayant recours à la dérision, c’est carrément une provocation sûrement voulue par l’auteure, mais dont elle n’avait pas prévu le tollé général qu’elle a provoquée. La preuve ? Elle a effacé rapidement son post et elle a raison.
Beaucoup de nos intellectuels ne savent pas qu’il existe une différence fondamentale entre l’histoire du sacré et l’histoire religieuse. Ce n’est pas ici notre propos de clarifier ce point. Et il suffit de lire Henri Corbin et le sens qu’il donne à l’herméneutique, en ayant recours à la phénoménologie. Son idée est que le sacré à sa propre histoire qu’on ne peut écrire avec les outils traditionnels de la recherche historique et ses méthodes. L’histoire de la foi a sa vérité propre, qui n’obéit forcément pas à la rationalité cartésienne.
Il convient donc de faire la différence entre la Aïsha historique et la Aïsha sacrée, comme pour le prophète. Voici par exemple comment Abi Mohammed Abdellah ibn Muslim ibn Qatiba, el Dinnawri, Imam et Jurisconsulte (faqih) né en 213 de l’hégire et décédé en 276,h, traite l’histoire de Aïsha, dans son ouvrage « Tarikh el Khoulafaa, Histoire des Califes », lors de la bay3a (Serment d’allégeance) à Ali : « L’on rapporte que lorsque Aïsha prit connaissance de la bayaa de Ali (prêter allégeance), alors qu’elle quittait Médine, on lui annonça que Othman, le 3 ème Calife, était mort assassiné et que les gens avaient prêté allégeance à Ali. Elle a dit : Je n’aurais prêté aucune importance si le ciel s’est écrasé sur la terre. Uthman fût tué injustement (madhloum), et je revendiquerais le prix de son sang. Obeïed lui répliqua : Mais tu es la première à avoir monté les gens contre lui et avoir mis en doute sa légitimité et tu as même dit : Tuez naal (Uthman), car il a dévié de la voie de Dieu ! Aïsha lui répliqua. Je jure devant Dieu que je l’ai dit, ainsi que d’autres gens. Mais ce que je dis actuellement est mieux que ce que j’ai dit avant…. Lorsque Aïsha su que les gens du Sham avaient rejeté la bayaa de Ali, et refusaient de le considérer comme légitime, elle a ordonné de lui apporter son hawdag (Palanquin blindé) en acier (pour combattre) qui comporte une ouverture au niveau de ses yeux, et est partie en rébellion contre Ali, en amenant avec elle, Talha, Abdellah ibn El Zoubeïer et Mohammed ibn Talha). Aïsha dirigea même le combat dans la bataille du Chameau (656j.c) qui fût remportée par Ali Ibn Abi Taleb.
Il est donc certain que cette femme a joué un rôle primordial dans la formation et le développement de la jeune religion. Et pour s’en convaincre, il n’y’a qu’à jeter un œil sur les livres des hadiths, où elle est considérée comme une des sources fiables principales du corpus, regroupant des dits du prophète. Donc une des fondatrices de ce qui deviendra l’Empire et la civilisation de l’Islam.
L’on ne peut alors aborder son histoire avec légèreté et désinvolte, sans tomber, dans la démagogie facile.
Le processus à travers lequel un symbole devient sacré est complexe et long. Et il existe au plus profond de l’âme humaine. On a tous notre sacré, même quand on est agnostique, car il ne faut pas confondre, religion et sacré.
Avant même l’existence des religions monothéistes, le sacré a toujours existé, car il donnait un sens à la vie de l’homme. L’anthropologie et l’archéologie le confirment chaque journée.
Peut-ont dès lors critiquer le sacré ? Certes le sacré est aussi l’œuvre de l’homme, mais désacraliser quelque chose n’est pas la profaner ! Beaucoup de choses et d’hommes ont perdu à travers l’histoire leur caractère sacré, car ce dernier n’est point éternel !
Mais la tendance, actuellement devenue une mode, à manipuler le sacré pour en faire une arme politique, crée son propre contraire, en poussant d’autres à profaner ce qui est considéré comme sacré chez leurs adversaires. Il n’y a pas plus dangereux que de permettre l’intrusion du sacré dans les batailles politiques, les guerres, les conflits sociaux, etc.. L’exemple le plus édifiant de cette tendance est la guerre entre L’Iran d’un côté et les USA et Israel de l’autre, où l’on fait feu de tout bois, pour abattre l’adversaire y compris en manipulant le sacré. D’ailleurs, recourir à la manipulation du sacré pour vaincre ses adversaires est la pire des méthodes. On n’en sort jamais indemne !
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Jusqu’où ira le gouvernement Netanyahou pour faire dérailler le train des négociations actuelles entre Washington et Téhéran ? Selon des sources concordantes citées par le New York Times et confirmées par le Washington Post, le renseignement américain aurait suspecté Israël de chercher à éliminer deux hauts responsables iraniens au moment où Washington menait au printemps dernier des négociations sensibles avec Téhéran en vue d’un accord de paix provisoire. Il s’agissait du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, ainsi que du président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf.
Le média newyorkais rapporte également que l’influent président du Parlement a été visé à plusieurs reprises. Il a d’ailleurs survécu à une frappe israélienne visant une réunion secrète de hauts responsables gouvernementaux dans un bunker sous une montagne, pendant le conflit de cette année, après avoir déjà échappé à une attaque lors de la guerre des douze jours de juin 2025.
D’après les sources du New York Times, Washington craignait qu’une attaque contre les négociateurs iraniens, directement impliqués dans les négociations diplomatiques, ne fasse échouer les délicates discussions engagées à partir d’avril en vue d’un accord de paix intérimaire entre les États-Unis et l’Iran et de raviver les hostilités. Et ce, d’autant plus qu’Israël avait fait de l’élimination de dirigeants iraniens un pilier central de sa stratégie depuis le début du conflit déclenché le 28 février par une frappe ayant tué le Guide suprême Ali Khamenei et plusieurs autres dirigeants.
Le Wall Street Journal (WSL) avait d’ailleurs déjà révélé en mars que Ghalibaf et Araghtchi figuraient sur une liste de cibles israélienne avant d’en être temporairement retirés au moment de l’ouverture des discussions avec Téhéran.
D’ailleurs, en avril dernier, à l’occasion d’un déplacement de Mohammad Bagher Ghalibaf à Islamabad pour rencontrer le vice-président américain JD Vance, les autorités iraniennes avaient demandé, par l’intermédiaire du Pakistan et du Qatar, des garanties de sécurité, craignant une tentative d’assassinat destinée à torpiller les négociations. C’est pour ces raisons, rapporte le New York times, que des chasseurs pakistanais auraient escorté l’avion transportant la délégation iranienne jusqu’au Pakistan puis lors du vol retour. Toujours selon la même source, une alerte faisant état d’une menace israélienne a conduit l’appareil à se poser en urgence à Mashhad, avant que la délégation ne rejoigne Téhéran par la route.
Faut-il rappeler à cet égard que le Mossad avait dès les premiers mois de la guerre contre l’Iran ciblé plusieurs hauts responsables iraniens, y compris des personnalités considérées à Washington comme des interlocuteurs potentiels, telles qu’Ali Larijani, responsable de la sécurité nationale, ou encore l’ancien ministre des Affaires étrangères Kamal Kharazi, tués dans des frappes israéliennes alors qu’ils participaient aux échanges avec les États-Unis.
Or, pour éviter que l’imprévisible Premier ministre israélien ne passe à l’action derrière son dos, l’administration Trump serait même allée jusqu’à solliciter plusieurs pays de la région afin qu’ils avertissent discrètement les autorités iraniennes d’un risque d’opération israélienne visant leurs principaux négociateurs. Mais, comme Washington et Téhéran n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1980, cet avertissement aurait été transmis par des intermédiaires régionaux plutôt que directement.
Pourtant, et en dépit de ces menaces, les négociations se sont poursuivies : les hauts responsables iraniens participaient à des réunions au Qatar à la fin du mois de mai, puis en Suisse en juin, où ils ont rencontré J.D. Vance et la délégation américaine. Ces discussions, organisées à Islamabad avec une médiation partielle du vice-président américain, ont débouché sur l’accord-cadre conclu le 17 juin entre l’Iran et les États-Unis pour mettre fin à leur guerre. Les deux pays observent désormais un cessez-le-feu de 60 jours, censé permettre aux négociations d’aboutir à un accord définitif.
Cela étant, pour certains observateurs, la décision américaine d’avertir Téhéran de ces risques d’assassinat est une nouvelle illustration de la divergence croissante entre les objectifs de guerre de Washington et d’Israël.
Israël et les États-Unis ont mené ensemble des frappes sur l’Iran depuis le 28 février 2026, dans l’objectif annoncé de faire chuter le régime. L’ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, ainsi qu’un grand nombre de personnalités du régime des ayatollahs avaient été assassinés par l’aviation israélienne dès le premier jour, et durant les jours qui ont suivi. Mais à mesure que le temps passait, et qu’il devenait clair que le régime de la République islamique n’était pas sur le point de tomber, les divergences entre les deux alliés n’ont fait que grandir. Alors que les États-Unis décrétaient un cessez-le-feu après quelque 40 jours de guerre, les signes d’un mécontentement israélien se multipliaient. La méfiance a grandi entre les Américains et Israéliens, tant et si bien que les seconds ont été écartés des pourparlers engagés avec l’Iran depuis mars.
« Cela illustre la divergence des objectifs de guerre entre les États-Unis et Israël, ainsi que la volonté fondamentale du Premier ministre israélien de torpiller toute négociation que les États-Unis pourraient conclure », a déclaré David Miller, ancien responsable du département d’État, ayant occupé le poste de conseiller pour des administrations républicaines et démocrates. Reste à savoir si Netanyahou peut prendre le risque d’aller jusqu’au bout d’une aventure à haut risque, quitte à braquer son terrible allié américain.
Reste à savoir si le boucher de Gaza est réellement prêt à pousser cette stratégie jusqu’à son terme, au risque d’une confrontation ouverte avec son plus puissant et redoutable allié, les États-Unis de Trump.
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L’article Tribune – LF 2027 et Plan de développement : le choc de relance de l’UGTT face au goulot d’étranglement bancaire public est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.
Pourtant, derrière ces améliorations conjoncturelles se cache une réalité plus complexe. La Tunisie ressemble aujourd’hui à un navire qui a réussi à éviter la tempête la plus violente mais qui navigue encore dans une mer agitée, avec un équipage fatigué, des voiles usées et un cap qui reste parfois difficile à distinguer. De fait, la question fondamentale demeure entière : sommes-nous en train d’assister à une véritable reprise économique ou simplement à une phase de répit temporaire ?
Pour comprendre la situation actuelle, il faut d’abord regarder au-delà de nos frontières. Depuis trois ans, l’économie mondiale vit une période de transition historique. Les États-Unis ralentissent après plusieurs années de croissance soutenue. L’Europe peine toujours à retrouver son dynamisme industriel. La Chine n’est plus la locomotive qu’elle était durant les décennies précédentes. Les tensions géopolitiques continuent de remodeler les chaînes de production mondiales.
Nous assistons à la fin d’un cycle économique et au début d’un autre. Les banques centrales occidentales, après avoir mené une lutte acharnée contre l’inflation, ont commencé à assouplir progressivement leurs politiques monétaires. Les taux d’intérêt reculent lentement. Les marchés financiers retrouvent une certaine sérénité. Pour la Tunisie, cette évolution représente une opportunité importante.
Pendant plusieurs années, le pays a dû faire face à un environnement international extrêmement hostile : hausse des prix énergétiques, inflation mondiale, augmentation du coût du financement extérieur, ralentissement européen. Aujourd’hui, certains de ces vents contraires perdent progressivement de leur force. Mais l’histoire économique enseigne une leçon fondamentale : les fenêtres d’opportunité ne restent jamais ouvertes éternellement.
L’un des faits marquants de cette année 2026 réside dans l’évolution de la politique monétaire. Le taux directeur de la Banque Centrale est désormais fixé à 7 %, contre 7,5 % l’année précédente. Derrière cette demi-percentage apparemment anodine se cache un changement significatif. Durant plusieurs années, la Banque Centrale avait dû privilégier la lutte contre l’inflation au détriment du soutien à la croissance. Les taux élevés étaient devenus une nécessité pour préserver la stabilité des prix et protéger le dinar.
Cette stratégie a permis d’éviter des déséquilibres plus graves, mais elle a également pesé lourdement sur l’investissement, le crédit et l’activité économique. Aujourd’hui, la situation semble évoluer. Le taux du marché monétaire s’établit à 6,99 %, pratiquement au même niveau que le taux directeur. Cette proximité traduit une meilleure fluidité du système bancaire.
Plus révélateur encore, le volume global du refinancement accordé par la Banque Centrale est tombé à 10,5 milliards de dinars contre 14,6 milliards un an auparavant. Cette baisse de plus de 4 milliards de dinars constitue l’un des indicateurs les plus encourageants du moment. Elle signifie que les banques tunisiennes dépendent moins qu’auparavant de l’assistance permanente de la Banque Centrale. Autrement dit, le système bancaire recommence progressivement à respirer par lui-même. Pour reprendre une image médicale, le patient n’est pas encore sorti de l’hôpital, mais il n’est plus sous assistance respiratoire.
Cependant, une question fondamentale se pose. Pourquoi cette amélioration des conditions monétaires ne se traduit-elle pas encore par une forte accélération de l’investissement privé ? La réponse réside dans ce que les économistes appellent les facteurs non monétaires.
Les entrepreneurs tunisiens n’investissent pas uniquement en fonction des taux d’intérêt. Ils investissent lorsqu’ils ont confiance dans l’avenir, lorsqu’ils perçoivent une visibilité réglementaire, lorsqu’ils anticipent une demande future suffisante. Or, malgré les progrès observés, cette confiance reste fragile. De nombreuses entreprises continuent d’évoluer dans un environnement marqué par l’incertitude administrative, fiscale et réglementaire. Le véritable défi de la Tunisie n’est donc plus seulement monétaire. Il devient institutionnel.
L’indicateur le plus fascinant des statistiques publiées reste sans doute celui des billets et monnaies en circulation. Près de 29,3 milliards de dinars circulent aujourd’hui sous forme fiduciaire contre seulement 25 milliards il y a un an. Cette progression de plus de 17 % interpelle. Que nous dit-elle ? Elle nous raconte l’histoire d’une économie tunisienne qui continue à fonctionner largement en espèces. Elle nous parle de marchés, de commerces, de transactions informelles, de petites activités quotidiennes qui échappent souvent aux circuits bancaires traditionnels.
Elle nous rappelle surtout qu’il existe encore deux économies tunisiennes. La première est visible, fiscalisée, bancarisée. La seconde demeure largement informelle, liquide et difficile à mesurer. Cette dualité constitue probablement l’un des principaux freins au développement économique national. Car chaque dinar qui circule hors du système bancaire est un dinar qui ne finance ni l’investissement, ni l’innovation, ni la croissance future.
Il est impossible d’analyser l’économie tunisienne sans évoquer le rôle extraordinaire joué par les Tunisiens résidant à l’étranger. À fin juin 2026, leurs transferts atteignent 4,4 milliards de dinars. Ce chiffre dépasse largement les recettes touristiques. Il dépasse également plusieurs grands secteurs économiques réunis. Derrière ces milliards se cachent des histoires humaines. Un ingénieur tunisien installé à Montréal qui aide ses parents à Sfax. Une infirmière vivant à Paris qui soutient ses frères et sœurs à Kairouan. Un entrepreneur basé à Milan qui finance les études de ses enfants restés au pays.
Chaque transfert raconte une histoire de sacrifice, d’attachement et de solidarité. Depuis plusieurs décennies, la diaspora tunisienne joue le rôle d’amortisseur économique et social. Lorsque l’économie ralentit, elle soutient les familles. Lorsque les devises se raréfient, elle renforce les réserves du pays. Lorsque les finances publiques traversent des moments difficiles, elle contribue indirectement à stabiliser l’ensemble du système. Cette contribution demeure souvent sous-estimée alors qu’elle constitue l’une des principales forces de résilience de l’économie tunisienne.
L’autre bonne nouvelle provient du secteur touristique. Les recettes cumulées atteignent désormais 3,35 milliards de dinars. Au-delà des chiffres, cette progression reflète un retour progressif de la confiance internationale envers la destination tunisienne. Dans les hôtels de Djerba, les restaurants de Sidi Bou Saïd, les maisons d’hôtes du Cap Bon ou les médinas historiques, une activité plus soutenue est observée depuis plusieurs mois. Le tourisme tunisien démontre une nouvelle fois sa capacité de résistance. Mais là encore, une réflexion plus profonde s’impose.
Peut-on construire durablement une stratégie de développement sur un secteur aussi dépendant des aléas géopolitiques, climatiques ou sécuritaires ? L’expérience des dernières décennies invite à la prudence. Le tourisme doit rester un pilier. Il ne peut devenir l’unique moteur.
Les avoirs nets en devises atteignent près de 24,5 milliards de dinars, soit l’équivalent de 97 jours d’importation. Le niveau demeure globalement satisfaisant. Pourtant, derrière cette apparente solidité, plusieurs fragilités subsistent. La Tunisie continue d’importer massivement son énergie, une partie importante de ses céréales et de nombreuses matières premières industrielles.
Elle reste donc exposée aux fluctuations des marchés internationaux. La stabilité actuelle repose largement sur la bonne tenue du tourisme, les transferts de la diaspora et une gestion prudente des équilibres financiers. Autrement dit, les réserves sont aujourd’hui suffisantes, mais elles ne sont pas encore le résultat d’une transformation structurelle de l’appareil productif.
Le service de la dette extérieure affiche une baisse spectaculaire par rapport à l’année précédente. Cette amélioration offre un répit appréciable aux finances publiques. Mais l’économie ressemble parfois à un ménage qui a obtenu un report temporaire de certaines échéances. Le soulagement est réel.
Le problème de fond demeure. La véritable solution ne réside pas uniquement dans la gestion des échéances. Elle réside dans la création de richesse. Une économie ne rembourse durablement ses dettes que lorsqu’elle produit davantage, exporte davantage et gagne davantage de parts de marché. C’est là que se situe le véritable défi tunisien.
Les indicateurs du 3 juillet 2026 révèlent une réalité encourageante : la Tunisie semble avoir retrouvé une certaine stabilité financière. Mais la stabilité n’est pas la croissance. La stabilité n’est pas l’emploi. La stabilité n’est pas le développement. Elle constitue simplement la condition préalable permettant de construire l’avenir. L’enjeu des prochaines années sera donc de transformer cette accalmie financière en véritable renaissance économique. Cela suppose davantage d’investissements productifs, une montée en gamme industrielle, une meilleure intégration technologique, une administration plus efficace et une mobilisation accrue des compétences nationales.
Car l’histoire économique regorge de pays qui ont réussi à stabiliser leurs finances sans jamais réussir à décoller. Elle regorge également de nations qui ont su profiter d’une période de répit pour engager les transformations décisives.
Les chiffres de juin 2026 ne racontent pas encore l’histoire d’une victoire économique. Ils racontent plutôt celle d’une opportunité retrouvée. Une opportunité fragile, précieuse et peut-être historique. Comme souvent dans l’histoire des nations, ce ne sont pas les statistiques qui décideront de la suite du récit, mais la capacité collective à transformer cette embellie conjoncturelle en projet de développement durable. C’est là que se joue désormais l’essentiel.
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* Dr. Tahar EL ALMI,
Economiste-Economètre.
Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,
Psd-Fondateur de l’Institut Africain
D’Economie Financière (IAEF-ONG)
L’article Décryptage – Tunisie à l’été 2026 – Quand les chiffres racontent une histoire plus profonde que les statistiques est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.
Hasard de calendrier ou signe prémonitoire : la lueur d’espoir qui apparaît dans le ciel assombri du pays. Une fois de plus, l’école, le collège, le lycée et l’université volent au secours de l’humeur nationale tombée à son plus bas niveau. Ils rétablissent notre fierté et notre dignité abîmées, bafouées dans l’arène des compétitions économiques et sportives. Pour combien de temps encore ?, sommes-nous tentés de dire. Ils effacent un effroyable sentiment de honte nationale en raison de la débâcle, du naufrage collectif de notre onze national, relégué au plus bas de la hiérarchie de la compétition mondiale de football 2026. Ce n’est pas tant la défaite sur toute la ligne et l’humiliation qui font le plus mal que notre impuissance, résignation et insignifiance ; bref, ce que nous sommes devenus sans qu’on y prenne garde. La déprime aura été de courte durée, ce qui n’exonère nullement les auteurs de cette faillite sportive et morale. Elle s’est vite dissipée par la vague de joie suscitée par les résultats rassurants de notre système éducatif, impressionnant par sa capacité de résilience. Ces performances mettent du baume aux cœurs attristés, meurtris de tout un pays qui n’en finit pas de souffrir, rongé, miné qu’il est par des frustrations au quotidien, par les rancœurs, l’indignation et une colère sourde qui n’est jamais d’un bon présage.
La vitalité, la crédibilité et la notoriété de notre système d’enseignement – tous cycles confondus – tranchent avec la morosité, le recul, la décadence et souvent le naufrage de l’économie, des finances publiques, de la culture et du sport qui ont connu leur heure de gloire par le passé avant de sombrer au fond des abîmes. Ces théâtres d’activités éminemment stratégiques sont devenus, sans être les seuls, un lieu de passage et de transit de la médiocrité institutionnalisée. L’inconstance, l’inconsistance, l’approximation et l’improvisation tiennent lieu de mode de gestion avec son cortège d’erreurs, d’échecs, de découplages et de décrochages. Les déboires de la Fédération tunisienne de football – et pas qu’elle seule – en sont une parfaite illustration. L’ennui, c’est que les déconvenues, l’amateurisme, l’arrogance et l’opportunisme de ses dirigeants laissent de marbre le ministère des Sports. Il ne paraît pas s’en offusquer ou s’en indigner, pas plus qu’il ne semble s’alarmer de l’état de décomposition et de délabrement des infrastructures sportives, quand elles existent encore, alors qu’il est partie prenante de la cohésion sociale et de l’image de la Tunisie dans le monde.
Le naufrage, comme jamais dans l’histoire de l’équipe nationale de football, est loin d’être un phénomène ou une tragédie isolés. Il est symptomatique d’une dérive et d’un mal dont la banalisation ne choque plus personne. Ce triste épisode en dit long sur la dilution et la dislocation du pouvoir de décision. L’exception tunisienne n’est plus tout à fait ce qu’elle était. Elle a changé, par certains endroits, de signes et de direction. Reste que dans cette chronique de déclin annoncé, le pays conserve, paradoxalement, quelques îlots d’excellence, là où se propagent, se développent le savoir et la connaissance sous toutes leurs formes : individuelles, collectives et artificielles, là où la conscience nationale prend toute sa résonance.
« L’inconstance, l’inconsistance, l’approximation et l’improvisation tiennent lieu de mode de gestion avec son cortège d’erreurs, d’échecs, de découplages et de décrochages. Les déboires de la Fédération tunisienne de football – et pas qu’elle seule – en sont une parfaite illustration ».
L’école républicaine, le collège, le lycée et l’université n’ont pas été contaminés, tant s’en faut, par des intrus venus de nulle part à la seule fin de se donner un statut et de profiter de privilèges indus. L’univers sacré de la connaissance et du savoir n’obéit qu’à ses propres règles, ses valeurs et ses exigences. Il est protégé par une digue institutionnelle formée par la chaîne des dirigeants, issus du corps professoral, par les enseignants et par les étudiants, un mélange inaltérable d’exigence professionnelle et de valeurs morales. L’enseignement, sous toutes ses formes, ne serait pas ce qu’il est s’il se détournait ou s’éloignait de sa mission originelle fondée sur la seule notion de mérite. Autant dire l’excellence sinon rien.
Il y a certes beaucoup à dire sur la place, l’état de santé et la relative dégradation de l’infrastructure éducative et des conditions de travail du corps enseignant. L’enseignement public, colonne vertébrale de l’enseignement national, n’a pas échappé aux coups de rabot de l’austérité. Il a été à son tour impacté par les contraintes et les arbitrages budgétaires sous l’effet des difficultés financières, de l’ampleur des déficits budgétaires et des faibles marges de manœuvre des pouvoirs publics. Rarement les moyens financiers et humains mis à sa disposition auront été à ce point inférieurs et en net décalage par rapport à l’explosion de ses besoins notamment en matière de R&D. Qu’il y ait chaque année pas loin de 100.000 élèves qui quittent prématurément le système pour se retrouver sur le bas-côté de la route n’est pas à l’honneur du pays et n’est pas un bon signe. Cela n’enlève rien au mérite des institutions qui brillent de mille feux dans la galaxie de l’enseignement national.
Dans les disciplines pointues de l’ingéniorat, des nouvelles technologies, de la médecine et des sciences pures, le pays tient son rang, progresse et ne manque pas d’impressionner. Ce qui lui vaut d’ailleurs d’indéniables reconnaissances mondiales. Qui ne sont pas sans le vider de ses génies en herbe qui sont sollicités en Europe, au Moyen-Orient et partout dans le monde. Notre vœu est que ces centres d’excellence : lycées pilotes, écoles d’ingénieurs, facultés de sciences et de médecine se multiplient et se généralisent et tirent vers le haut l’ensemble du système d’enseignement. L’exception doit devenir la règle. On voudrait aussi qu’ils s’ouvrent aux disciplines sportives de haut niveau pour faire surgir des athlètes de standards mondiaux. Le sport individuel ou collectif revisité par l’IA, devenu principal levier et vecteur de soft power, participe à la notoriété et à la croissance économique du pays. Il est à la diplomatie économique ce que le carburant est au moteur de véhicule.
Dans les disciplines pointues de l’ingéniorat, des nouvelles technologies, de la médecine et des sciences pures, le pays tient son rang, progresse et ne manque pas d’impressionner. Ce qui lui vaut d’ailleurs d’indéniables reconnaissances mondiales.
Les réussites scolaires et universitaires font oublier le mal-être, les tracasseries des gens et leur combat au quotidien pour une vie décente, digne et meilleure que ce qu’elle a été ces 15 dernières années. On ne dira jamais assez combien elles furent abîmées et dégradées par la montée de l’inflation, du chômage, de la médiocratie et l’aggravation de la fracture sociale et régionale. Les nouvelles qui nous parviennent du front de la compétition scolaire et universitaire font l’effet d’une bouffée d’oxygène, d’air frais, à l’annonce d’un été qui s’annonce très chaud à plus d’un titre. Sans quoi, l’amertume causée par la débâcle et l’incurie des dirigeants de la FTF aura été beaucoup plus grande.
Des trois grands défis auxquels s’expose le pays, l’enseignement supérieur, tout comme l’eau et l’électricité, tient le haut du pavé. Il est à la fois notre bouée de sauvetage et notre assurance-vie, car c’est de notre capital humain qu’il s’agit. Il remet en ces temps troubles, difficiles et imprévisibles le pendule à l’heure. Il efface la honte qui s’est emparée du pays face au spectacle cauchemardesque de la sélection nationale et lui restitue sa dignité et son honneur bafoués par les turpitudes de la FTF. Qui a largement franchi le degré zéro de la gouvernance, fût-ce a minima, de la décence et de la dignité humaine.
Cet édito est paru sur le numéro 948 du magazine L’Economiste maghrébin du 1er au 15 juillet 2026.
L’article L’éditorial de Hédi Mechri: Les deux visages de la Tunisie est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.
Le récent séminaire organisé autour des opportunités offertes par les marchés financés par la Banque africaine de développement et la Banque mondiale illustre parfaitement ce décalage. Les représentants des deux institutions ont exhorté les entreprises tunisiennes à mieux exploiter les appels d’offres internationaux, à développer des partenariats stratégiques, à renforcer leur veille économique et à améliorer leur préparation technique.
Sur le papier, rien n’est faux. Dans les faits, pourtant, ce discours ressemble à une injonction paradoxale. Il invite des entreprises qui peinent déjà à survivre dans leur environnement national à se projeter sur des marchés internationaux parmi les plus concurrentiels du monde. Comme si le problème principal de l’économie tunisienne résidait dans un déficit d’information. Comme si les difficultés des entrepreneurs provenaient essentiellement d’une mauvaise connaissance des procédures administratives. Comme si le manque de compétitivité pouvait être corrigé par quelques séminaires, quelques guides méthodologiques et quelques ateliers de formation. La réalité est infiniment plus complexe. Et surtout beaucoup plus douloureuse.
Depuis quinze ans, l’entreprise tunisienne vit une histoire dont on parle rarement… même à l’honorable Union tunisienne de l’industrie du commerce et de l’artisanat (UTICA). Les statistiques racontent une partie du récit. Les bilans financiers en racontent une autre. Mais seuls les chefs d’entreprise, les cadres, les ouvriers et les familles qui dépendent de ces activités connaissent véritablement la profondeur des difficultés accumulées.
Chaque matin, dans les zones industrielles de Sfax, de Monastir, de Ben Arous, de Bizerte ou de Nabeul, des milliers d’entrepreneurs ouvrent leurs portes avec la même interrogation : comment tenir encore ? Comment payer les salaires ? Comment honorer les échéances bancaires ? Comment absorber l’augmentation des coûts de production ? Comment conserver les compétences qui quittent le pays ? Comment rester compétitif lorsque les concurrents bénéficient d’infrastructures plus modernes, d’une énergie moins chère et de financements plus accessibles ?
Ces questions sont rarement évoquées dans les conférences internationales. Pourtant, elles constituent le véritable quotidien du secteur privé tunisien. Lorsque la Banque africaine pour le développement (BAD) ou la Banque mondiale (BM) expliquent que les entreprises doivent être plus proactives pour accéder aux marchés internationaux, elles oublient parfois/souvent qu’une partie importante de ces entreprises consacre déjà l’essentiel de son énergie à gérer l’urgence. L’urgence n’est pas un concept économique. C’est un état permanent.
Le discours dominant repose sur une idée simple : si les entreprises tunisiennes ne remportent pas davantage de marchés financés par les bailleurs internationaux, c’est parce qu’elles ne sont pas suffisamment informées ou préparées.
Cette explication a l’avantage de la simplicité. Mais elle souffre d’un défaut majeur : elle ignore les causes profondes. L’économiste américain Joseph Stiglitz rappelait souvent que les institutions internationales ont tendance à privilégier les réponses techniques à des problèmes qui sont avant tout structurels. Or le développement n’est jamais une affaire de procédures. L’histoire économique mondiale en apporte une démonstration éclatante. Aucune nation n’a construit sa prospérité grâce à des formations sur les appels d’offres.
Aucune puissance industrielle ne s’est imposée parce qu’elle maîtrisait mieux les formulaires administratifs. Les États-Unis ont construit leur puissance grâce à un immense marché intérieur protégé pendant une longue période. L’Allemagne s’est développée grâce à un système bancaire puissant, à une politique industrielle cohérente et à une culture de l’investissement productif. Le Japon a bénéficié d’une coordination étroite entre l’État, les banques et l’industrie. La Corée du Sud a bâti ses géants industriels grâce à une intervention massive des pouvoirs publics. La Chine a combiné protection stratégique, investissements colossaux et planification à long terme.
Partout, la même leçon apparaît. Les champions internationaux ne naissent pas dans les séminaires. Ils émergent dans des écosystèmes favorables.
Il existe une contradiction que peu de responsables osent évoquer publiquement. Depuis plusieurs décennies, les institutions financières internationales recommandent aux pays en développement des politiques reposant sur la discipline budgétaire, la maîtrise des déficits, la réduction du rôle économique de l’État et l’ouverture accrue aux marchés.
Ces orientations ont parfois produit certains résultats. Mais elles ont aussi contribué à affaiblir les marges de manœuvre des États.
La Tunisie n’échappe pas à cette réalité. Au fil des années, les investissements publics ont perdu de leur vigueur. Les infrastructures se sont dégradées. Les entreprises publiques stratégiques se sont fragilisées. L’investissement privé a ralenti. La croissance potentielle s’est affaissée. … Le paradoxe est saisissant.
Les mêmes institutions qui ont longtemps insisté sur les vertus de l’ouverture économique constatent aujourd’hui que les entreprises tunisiennes peinent à être suffisamment robustes pour affronter la concurrence internationale. C’est un peu comme si l’on demandait à un patient convalescent de participer à une compétition olympique au motif qu’il possède désormais le règlement de l’épreuve.
Dans les discours officiels, le mot revient constamment : compétitivité. Le terme est devenu une sorte de formule magique. Pourtant, la compétitivité n’est ni un slogan ni une vertu morale. Elle ne se décrète pas. Elle se construit. Une entreprise tunisienne qui souhaite répondre à un grand appel d’offres international doit souvent mobiliser des moyens considérables. Elle doit disposer d’équipes qualifiées. Elle doit fournir des garanties financières. Elle doit pouvoir supporter des délais de paiement parfois longs. Elle doit investir dans les certifications. Elle doit accéder à des financements compétitifs. Elle doit maîtriser les technologies nécessaires. Or chacun de ces éléments dépend en partie de l’environnement économique national.
Lorsqu’une entreprise emprunte à des coûts élevés, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle subit des lenteurs administratives, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle doit faire face à des pénuries ou à des perturbations logistiques, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle perd ses ingénieurs au profit de l’émigration, sa compétitivité est affectée.
La compétitivité n’est pas une responsabilité individuelle. C’est une construction collective. Et c’est précisément ce que le débat actuel tend à oublier.
Ce qui rend la situation encore plus frustrante, c’est que la Tunisie ne manque pas de talents. Bien au contraire. Des entreprises tunisiennes exportent déjà des composants aéronautiques. D’autres développent des logiciels utilisés à l’international. Certaines interviennent dans l’ingénierie, les services numériques, les énergies renouvelables ou les équipements industriels avec un savoir-faire reconnu. Les compétences existent. L’intelligence existe. L’innovation existe. Ce qui manque souvent, c’est l’environnement capable de transformer ces réussites individuelles en dynamique nationale. Le problème tunisien n’est pas une pénurie d’excellence. C’est une pénurie de conditions favorables à l’excellence. Nuance fondamentale.
Depuis plusieurs années, les institutions internationales présentent l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales comme un objectif prioritaire. L’idée paraît séduisante. Mais elle mérite d’être interrogée. Car participer n’est pas nécessairement progresser.
L’économiste Dani Rodrik (1) souligne régulièrement que l’intégration internationale n’est bénéfique que lorsqu’elle permet une montée en gamme technologique. Sinon, elle risque de maintenir les pays dans des activités périphériques. Assembler. Sous-traiter. Exécuter. Produire à faible marge. Pendant que la conception, les brevets, les technologies stratégiques et les profits demeurent ailleurs.
La question essentielle n’est donc pas de savoir combien de contrats les entreprises tunisiennes remporteront grâce aux financements de la BAD ou de la Banque mondiale. La véritable question est de savoir quelle place elles occuperont dans la chaîne de création de valeur. Seront-elles des acteurs stratégiques ? Ou de simples exécutants ?
Le point le plus étonnant demeure sans doute l’absence du débat sur le financement. Car derrière chaque succès international se trouve presque toujours un système financier performant. Une entreprise qui veut remporter un marché de plusieurs millions de dollars doit disposer de ressources importantes. Elle doit parfois engager des dépenses avant même d’obtenir le contrat. Elle doit fournir des garanties. Elle doit investir dans des équipements. Elle doit recruter. Elle doit former. Comment y parvenir lorsque l’accès au financement demeure difficile pour de nombreuses PME tunisiennes ? Comment rivaliser avec des groupes bénéficiant de lignes de crédit abondantes et peu coûteuses ? Voilà sans doute la question centrale. Et pourtant elle reste souvent reléguée au second plan.
Au fond, cette discussion dépasse largement le simple cadre des marchés financés par les bailleurs internationaux. Elle touche à la question fondamentale de la souveraineté économique. Une nation ne devient pas prospère parce qu’elle répond mieux aux appels d’offres. Elle devient prospère lorsqu’elle produit davantage de richesse qu’elle n’en consomme. Lorsqu’elle investit dans son appareil productif. Lorsqu’elle innove. Lorsqu’elle transforme son capital humain en puissance économique. Lorsqu’elle crée des entreprises capables de rayonner au-delà de ses frontières. C’est là que réside le véritable défi tunisien. Non pas apprendre à naviguer dans les procédures internationales. Mais reconstruire les fondations d’une économie productive capable de soutenir durablement ses entreprises.
Le séminaire de la BAD et de la Banque mondiale pose finalement une question involontairement dérangeante. Pourquoi les entreprises tunisiennes ne sont-elles pas déjà présentes massivement sur ces marchés ? La réponse est inconfortable. Parce que les difficultés qu’elles rencontrent ne relèvent pas principalement de l’information. Elles relèvent d’une stratégie économique arrivée à bout de souffle. D’un investissement insuffisant. D’un financement coûteux. D’une croissance faible. D’une industrialisation inachevée.
D’une perte progressive de compétitivité systémique. La Tunisie ne manque pas d’entrepreneurs. Elle ne manque pas d’ingénieurs. Elle ne manque pas d’idées. Elle manque d’un environnement économique capable de libérer pleinement ces énergies. Et tant que cette réalité ne sera pas placée au cœur du débat national, les recommandations des institutions internationales risqueront de ressembler à ces cartes maritimes impeccablement dessinées que l’on remet à un navigateur dont le bateau prend déjà l’eau.
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(1) Dani Rodrik, économiste et universitaire turc né en 1957, s’impose comme l’une des figures les plus lucides et critiques face aux dérives de l’hyper-mondialisation. Professeur à l’Université Harvard, il a consacré ses recherches à déconstruire les dogmes du libre-échange et à repenser l’économie du développement. Son œuvre invite à redéfinir l’équilibre entre la prospérité globale, la justice sociale et la souveraineté des peuples.
Sa contribution théorique majeure réside dans le célèbre trilemme politique de l’économie mondiale. Selon cette thèse, il existe une incompatibilité fondamentale entre l’intégration économique profonde, la souveraineté nationale et la démocratie. Un pays ne peut poursuivre que deux de ces trois objectifs à la fois, ce qui le contraint à des arbitrages douloureux. Il peut ainsi sacrifier la démocratie sur l’autel des marchés à travers le mécanisme de la camisole dorée, dissoudre l’État-nation dans un fédéralisme global, ou au contraire limiter la mondialisation pour préserver le choix des citoyens et l’autorité de l’État, à l’image du compromis historique de Bretton Woods.
Au-delà de ce modèle, Dani Rodrik développe une pensée hétérodoxe et humaniste. Opposé à l’ouverture aveugle des frontières, il défend le droit des nations à réguler leur économie pour corriger les inégalités du néolibéralisme. Son analyse a également évolué face aux mutations du monde, délaissant l’illusion d’une industrialisation manufacturière éternelle pour prôner l’amélioration de la productivité dans les services de main-d’œuvre. Pour lui, la disparition des emplois de qualité est le terreau direct du populisme de droite contemporain. Face aux révolutions technologiques, il soutient que l’intelligence artificielle doit être mise au service de l’humain pour décupler ses capacités, plutôt que de servir de prétexte à sa substitution.
Cette vision critique et visionnaire traverse ses ouvrages les plus marquants, de ses premières alertes dans Has Globalization Gone TooFar ? en 1997 à ses réflexions sur La Mondialisation sur la sellette, pour aboutir enfin en 2025 à son plaidoyer pour une prospérité partagée dans un monde fracturé.
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* Dr. Tahar EL ALMI,
Economiste-Economètre.
Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,
Psd-Fondateur de l’Institut Africain
D’Economie Financière (IAEF-ONG)
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Voici les principaux messages de cette tribune :
A quelques jours du sommet « AI for Good » qui s’ouvrira à Genève le 6 juillet, cette tribune témoigne du consensus scientifique croissant sur les risques importants que font peser les réseaux sociaux sur la santé des enfants, et du besoin d’encadrer ces plateformes pour en tirer le meilleur. Elle est aussi un appel, fondé sur la science, aux gouvernements et acteurs de la société civile du monde entier pour mieux protéger les enfants des risques liés à l’usage des réseaux sociaux.
La combinaison des données scientifiques, parlementaires et associatives converge. Les réseaux sociaux ont un impact important sur la santé et le développement du cerveau des enfants. Il en résulte que :
Face à ce constat, une action déterminante et collective est nécessaire pour maximiser les bénéfices liés à la technologie, mais aussi prévenir et empêcher les risques graves posés par les réseaux sociaux sur la santé des jeunes.
En France, l’Assemblée nationale en janvier puis le Sénat en mars ont adopté la PPL « majorité numérique » pour interdire les réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans. De plus, la France mobilise une « coalition de volontaires » au niveau européen pour la mise en place d’une majorité numérique. Résultat : la commission elle-même souhaite désormais mettre en place une interdiction généralisée dans toute l’UE.
En outre, des règlementations similaires sont engagées partout dans le monde : Australie, Indonésie, Espagne, Irlande, Royaume-Uni, Canada, etc.
Cet encadrement, nous devons le faire ensemble – les gouvernements, les sociétés civiles, les jeunes eux-mêmes et ceux qui les entourent au quotidien (parents, professeurs et éducateurs, etc.), les industriels, les institutions de santé publique – le tout avec l’appui de la recherche scientifique, soutenue notamment par l’OMS pour aider les gouvernements à avoir une compréhension claire et fondée sur les données de l’impact des plateformes numériques sur la santé des jeunes.
L’article Tribune – Réseaux sociaux : Macron et Tedros sonnent l’alerte pour les enfants est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.
Madame Claude (1923-2015) fut la plus célèbre proxénète de luxe de France. Dans les années 1960 et 1970, elle dirigea à Paris un vaste réseau de prostitution haut de gamme fréquenté par des hommes politiques, diplomates, hommes d’affaires et célébrités internationales.
Son organisation regroupait plusieurs centaines de jeunes femmes, les « Claudettes », sélectionnées pour leur élégance, leur discrétion et leur aisance dans les milieux mondains. Plusieurs témoignages ont évoqué l’utilisation – occasionnelle ? – de certaines Claudettes comme sources d’information – les premières databed – auprès de personnalités étrangères de passage à Paris.
À l’époque de Madame Claude, les relations sentimentales et sexuelles s’inscrivaient encore majoritairement dans le cadre traditionnel du couple hétérosexuel.
Dans les années 1970 et 1980, alors que le modèle de Madame Claude décline en France, des structures comparables continuent d’exister dans plusieurs capitales. Les années 1980 et 1990 voient apparaître de nouvelles figures comme Heidi Fleiss, la célèbre « Hollywood Madam », qui transpose à Los Angeles les mécanismes de la prostitution de luxe.
Dans les années 1990 et 2000, l’essor d’Internet bouleverse profondément ces réseaux. Dans ce domaine bien spécifique, les carnets d’adresses sont devenus des « databaises » auxquelles on accède par des mots de « passe »… (désolé les jeux de mots je ne pouvais pas les laisser passer !)…
Depuis, l’anonymat offert par les technologies numériques et la professionnalisation de certains intermédiaires ont ouvert progressivement la voie à des pratiques beaucoup plus opaques et controversées qui auraient fait perdre le Nord au vénéré KAMA SUTRA : la libération sexuelle, le développement des mariages homosexuels, la modification des modèles relationnels, et le pire, c’est que la tranche d’âge s’élargit vers le bas… Ainsi, les « Claudettes » sont devenues des « web-Claude et Claudettes voire Claudinettes » opérant aussi dans l’espace numérique. Même l’IA s’en est mêlée : nous dialoguons aujourd’hui avec un « Chat » et un « Claude ». Les amateurs de calembours y verront peut-être une malicieuse coïncidence.
L’histoire a montré que « the bedroom » a souvent constitué une extension discrète du champ de bataille politique. Des services secrets aux polices politiques de divers régimes, la collecte d’informations liées à la vie sexuelle de personnalités influentes a fréquemment servi d’instrument de pression, de recrutement ou de chantage. Les techniques varient – séduction, enregistrements clandestins, constitution de dossiers compromettants -, mais l’objectif demeure le même : transformer l’intimité en levier de pouvoir.
C’est à la lumière de ces précédents historiques que certains observateurs analysent aujourd’hui les mécanismes révélés par l’affaire Epstein qui secoue le monde.
Voilà ce que dit l’ordinateur sur ce célèbre monsieur :
Et comme ce SEXGOOGLE commençait à déborder de toutes parts, il a fini, le pauvre, par être arrêté à son retour de Paris pour trafic sexuel, le 6 juillet 2019, et retrouvé mort dans sa cellule le 10 août 2019, soit seulement 35 jours plus tard… Aurait-il été suicidé et par qui ? Pourquoi même décédé il continue de sévir et inquiète des années après ?
Et ce n’est qu’une partie de ce que révèlent les documents publiés à ce jour. Est-ce que l’objectif était moins financier que relationnel : accumuler de l’influence, des réseaux et des informations sur les élites qu’il filmait et pour le compte de qui ? Si la présence d’un nom dans ces documents ne constitue en rien une preuve d’implication criminelle, elle illustre l’extraordinaire capacité d’Epstein à graviter au sein des élites politiques, économiques et médiatiques mondiales.
Certains observateurs ont avancé l’hypothèse que le système Epstein a été créé dans des objectifs bien clairs :
Beaucoup incombent la responsabilité au Mossad dont on a vanté l’efficacité et qui a beaucoup perdu depuis qu’il n’a vu en Iran que des burkas et des barbus … Bof ! Ce serait lui donner une importance qu’il n’a plus. Parole de drone !
Wait and see …
Ibtissem
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Pourtant, le gouvernement libanais a signé le vendredi 26 juin à Washington un accord de paix avec Israël. C’est la forte pression des Etats-Unis qui a forcé le président Joseph Aoun à accepter un tel accord tout en sachant pertinemment qu’il restera lettre morte comme tous les précédents accords que l’entité sioniste a signés. Et de fait, moins de deux jours après son entrée en vigueur, Israël a repris ses bombardements au Liban, tuant les civils et détruisant les maisons sur la tête de leurs habitants. La dernière frappe remonte à dimanche 28 juin. La cible était un parc d’attractions à Nabatieh où le ministre libanais a fait état de morts et de blessés…
Il va sans dire que le Hezbollah a rejeté fermement l’accord et des milliers de manifestants ont défilé à Beyrouth et dans sa banlieue sud, dénonçant « l’accord honteux et la capitulation face à Israël »
Rien d’étonnant quand on sait que l’accord n’oblige Israël ni à se retirer du territoire libanais, ni même d’arrêter ses bombardements. Le seul élément de l’accord sur lequel Américains et Israéliens ont pesé de tout leur poids est l’obligation faite pour le gouvernement libanais de « procéder au désarmement de Hezbollah ».
Mais il est quand même étonnant que le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a supervisé la signature de l’accord, puisse déclarer que « la situation au Liban était distincte du cessez-le-feu avec l’Iran », malgré le fait que le premier article du mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran stipule explicitement « le cessez-le-feu total au Liban. »
Le refus de Netanyahu d’accepter les dispositions de l’accord irano-américain et l’impuissance de Donald Trump à l’imposer au Premier ministre israélien sont la source du regain de tension entre Washington et Téhéran ces derniers jours, avec des tirs américains sur l’Iran et des représailles iraniennes sur des bases US au Koweit et à Bahrein…
Tiraillé entre les fortes pressions israélo-américaines d’une part et le risque d’une guerre civile d’autre part, le gouvernement libanais n’a eu rien à dire pour justifier sa signature que « l’objectif final de l’accord est le retrait des troupes israéliennes du Liban. ». Difficile pour les Libanais de croire à un tel objectif quand, en réalité, aucun calendrier n’est fixé fixé à cet effet et aucune garantie n’assure la fin de l’occupation.
Euphorique, Benjamin Netanyahu s’est vanté devant la presse que « l’accord avec le Liban permet à l’armée israélienne de rester au Liban aussi longtemps qu’elle le souhaite », ajoutant que « l’objectif principal de cet accord est d’extirper la présence du Hezbollah et de l’Iran du Liban. »
Les médias israéliens ne cachent pas leur satisfaction de l’accord, affirmant de leur côté que « l’annexe de l’accord relative à la sécurité maintient l’occupation et confère à l’armée une totale liberté d’action ».
Nul besoin d’être un analyste chevronné ni un devin pour se rendre à l’évidence que la véritable intention qu’Israël tente de dissimuler dans cet accord est le déclenchement d’une guerre civile au Liban. Car la clique génocidaire au pouvoir à Tel-Aviv sait pertinemment que l’accord ne manquera pas d’approfondir le fossé qui divise la société libanaise entre ceux qui veulent un accord de paix avec Israël à n’importe quel prix et ceux qui insistent sur la résistance à l’occupation israélienne à n’importe quel prix…
C’est une réalité visible à l’œil nu. Le gouvernement libanais et ceux qui le soutiennent tiennent à un arrêt des combats, même si Israël ne quitte pas le sud-Liban, et le Hezbollah, Amal et ceux qui les soutiennent exigent la fin de l’occupation avant tout accord.
Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a qualifié l’accord de « nul et non avenu » et a affirmé que « le gouvernement libanais avait fait des concessions unilatérales et porté atteinte à la souveraineté du Liban. »
Quant à Nabih Berri, chef du mouvement Amal, il a rejeté tout aussi fermement l’accord, le qualifiant d’« incitation à la guerre civile ».
Il y a plus d’un demi-siècle, en 1975 plus exactement, Israël fomenta une guerre civile qui a mis quinze ans durant le Liban à feu et à sang. Il y a tout lieu de craindre que les génocidaires israéliens, avec la complicité de leurs soutiens à Washington, s’activent à replonger le Liban dans le même désastre.
L’article Accord libano-israélien : « Une incitation à la guerre civile » est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.
Son rapport dénonce un « génocide », mais aussi des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre dans l’enclave palestinienne, ainsi que des crimes de guerre en Cisjordanie.
La commission d’enquête de l’ONU affirme que plus de 20 000 enfants palestiniens ont été tués et plus de 44 000 blessés, seulement entre le 7 octobre 2023 et le 7 octobre 2025. Le président de la commission, Srinivasan Muralidhar, déclare que des preuves montrent que des enfants ont été intentionnellement tués par les forces israéliennes et que ces violences se poursuivent malgré le cessez-le-feu.
En outre, le rapport souligne que les enfants palestiniens à Gaza subissent des conséquences durables du conflit, notamment des blessures, des déplacements forcés, la faim, la perte d’accès aux soins et à l’éducation, ainsi que des arrestations et des mauvais traitements.
Elle accuse également les forces israéliennes d’avoir commis des violences sexuelles contre des enfants, ciblé des services de maternité et de néonatologie, et estime que le blocus de Gaza a contribué à une famine ayant causé des décès et une grave détérioration de la santé des enfants. Gaza compte désormais la plus forte concentration d’enfants amputés au monde. Beaucoup ont été opérés sans anesthésie. Les experts parlent de « traumatisme continu ». Non plus un choc, mais une exposition permanente à la violence, avec des effets susceptibles de se transmettre d’une génération à l’autre.
Selon la commission, ces actes portent atteinte à l’avenir de la société palestinienne. En conséquence, ce que révèle la destruction massive des enfants palestiniens, c’est une intention génocidaire.
Ce que subit la population civile de Palestine, dans sa globalité, procède d’une stratégie militaire et d’une volonté politique qui nourrissent l’hypothèse d’un génocide. Crime international le plus grave qui soit, celui-ci consiste dans un type d’acte (meurtre, atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale, soumission à des conditions de vie visant à provoquer la destruction physique) « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, en tant que tel » (art. 2 de la Convention sur le génocide). Cette définition repose ainsi sur un élément matériel et un élément intentionnel (à savoir la volonté de destruction totale ou partielle dudit groupe).
Sur le premier point, de fait, une partie substantielle de la population de Gaza a été tuée, avec un bilan macabre estimé entre70 000 et 200 000 morts. Les survivants, eux, font face à une destruction systématique et intentionnelle de l’environnement et des infrastructures (sanitaires, scolaires, culturelles, d’eau et d’assainissement, etc.) nécessaires à la vie. Ils continuent à être ballottés, déplacés de manière forcée et donc illégale.
Quant à l’élément intentionnel, de fait, les déclarations d’un certain nombre de hauts responsables militaires ou politiques israéliens sont pour le moins troublantes. Ainsi, dans un discours télévisé aux accents messianiques, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a évoqué le combat du « peuple de la lumière » contre le « peuple des ténèbres » ; son ministre de la Défense, Yoav Gallant, a affirmé que « nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence ». L’un et l’autre sont visés par une demande de mandat du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
De son côté, celui qui est censé représenter une autorité morale, le président Isaac Herzog a déclaré que « c’est toute une nation qui est responsable. Ce n’est pas vrai, cette rhétorique selon laquelle les civils ne sont pas conscients et ne sont pas impliqués, c’est absolument faux. […] Nous nous battrons jusqu’à leur briser la colonne vertébrale ».
Ainsi, selon les enquêteurs de la commission onusienne, le ciblage délibéré d’enfants palestiniens à Gaza constitue un élément majeur permettant d’établir une intention génocidaire. En effet, le sort réservé aux enfants palestiniens est, selon la Commission, l’un des indices les plus révélateurs de l’intention de détruire les Palestiniens en tant que groupe humain. Derrière les crimes commis contre cette population, c’est la conscience de l’humanité qui est blessée à jamais.
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Le 15 juillet prochain, la Tunisie s’apprête à rembourser le dernier grand Eurobond de son histoire récente, un emprunt de 700 millions d’euros contracté en 2019 sur les marchés financiers internationaux. Avec les intérêts, l’opération représentera une sortie de trésorerie avoisinant les 2,5 milliards de dinars.
Pour beaucoup de citoyens, cette échéance peut paraître abstraite. Pourtant, derrière cette somme se cache une histoire plus vaste : celle d’un pays qui tente de refermer un cycle d’endettement extérieur devenu de plus en plus difficile à soutenir, tout en cherchant un nouveau modèle de financement.
L’événement revêt une portée presque symbolique. Il marque l’achèvement d’une époque où la Tunisie pouvait encore se financer régulièrement auprès des investisseurs internationaux. Mais il ouvre également une interrogation plus profonde : après avoir réduit sa dépendance aux marchés étrangers, la Tunisie ne risque-t-elle pas de devenir prisonnière de ses propres ressources ? Car si le mur de la dette semble aujourd’hui reculer, il n’a nullement disparu. Il s’est simplement déplacé.
Lorsque l’on évoque la dette publique, le débat se focalise souvent sur les montants. On parle de milliards de dinars, de ratios rapportés au PIB ou encore de déficits budgétaires. Mais la dette est avant tout une question de temps. Emprunter signifie déplacer des ressources du futur vers le présent. C’est accepter que les générations de demain contribuent au financement des dépenses d’aujourd’hui.
Cette idée n’est pas nouvelle. Déjà au XVIIIe siècle, l’économiste écossais Adam Smith s’inquiétait des effets potentiellement destructeurs de l’endettement public excessif. Plus tard, John Maynard Keynes défendra au contraire l’idée qu’un État peut légitimement s’endetter lorsque l’économie traverse des périodes difficiles. Toute l’histoire économique moderne oscille entre ces deux visions.
La dette peut être un levier de développement lorsqu’elle finance l’investissement productif. Elle devient un fardeau lorsqu’elle sert principalement à couvrir des dépenses courantes sans créer de richesses supplémentaires. La Tunisie se trouve aujourd’hui précisément au cœur de cette interrogation.
La dette peut être un levier de développement lorsqu’elle finance l’investissement productif. Elle devient un fardeau lorsqu’elle sert principalement à couvrir des dépenses courantes sans créer de richesses supplémentaires. La Tunisie se trouve aujourd’hui précisément au cœur de cette interrogation.
À première vue, les nouvelles semblent encourageantes. Le pays continue d’honorer ses engagements extérieurs. Les échéances de juin 2026 ont été payées. Les remboursements dus à l’Afreximbank et au FMI ont été assurés. Les réserves en devises demeurent relativement confortables. Le risque d’un défaut souverain immédiat paraît éloigné. Pourtant, derrière cette image rassurante se cache une réalité plus complexe. La dette publique tunisienne devrait atteindre près de 157 milliards de dinars à la fin de l’année 2026. Cela représente plus de 83 % de la richesse nationale produite annuellement.
Ce ratio n’est certes pas exceptionnel lorsqu’on le compare à certaines économies avancées. Le Japon dépasse largement les 200 % du PIB et plusieurs pays européens évoluent au-dessus des 100 %. Mais la comparaison est trompeuse. Les pays riches disposent généralement de banques centrales puissantes, de marchés financiers profonds, d’une monnaie fortement crédible et surtout d’un potentiel de croissance leur permettant d’absorber ces niveaux d’endettement.
La Tunisie ne bénéficie pas des mêmes marges de manœuvre. Son principal défi n’est donc pas tant la taille de sa dette que sa capacité à la financer durablement.
L’un des phénomènes les plus marquants de ces dernières années est passé relativement inaperçu dans le débat public. La dette tunisienne a changé de nature. Pendant longtemps, l’État s’est financé à l’étranger : Institutions internationales, Banques multilatérales, Marchés obligataires internationaux, Investisseurs étrangers… Aujourd’hui, cette architecture est profondément bouleversée.
Plus de la moitié de la dette publique est désormais détenue à l’intérieur du pays. Faute d’accès régulier aux marchés internationaux, l’État sollicite massivement les banques tunisiennes, les organismes publics et les ressources financières domestiques. Cette évolution est parfois présentée comme une reconquête de souveraineté… L’argument est séduisant.
Plus de la moitié de la dette publique est désormais détenue à l’intérieur du pays. Faute d’accès régulier aux marchés internationaux, l’État sollicite massivement les banques tunisiennes, les organismes publics et les ressources financières domestiques.
Moins dépendre des créanciers étrangers signifie moins subir les humeurs des agences de notation, des fonds spéculatifs ou des investisseurs internationaux. Mais cette lecture ne raconte qu’une partie de l’histoire. Car lorsqu’un État emprunte massivement sur son marché intérieur, il entre en concurrence directe avec les entreprises, les entrepreneurs et les investisseurs privés. L’argent qui finance le déficit public n’est plus disponible pour financer les projets productifs. C’est ce que les économistes appellent l’effet d’éviction. Et c’est probablement l’un des dangers les plus sous-estimés de la période actuelle.
Imaginons l’économie comme un organisme vivant. Les banques constituent son système circulatoire. Elles collectent l’épargne et la redistribuent sous forme de crédits. Lorsque cette circulation fonctionne correctement, les entreprises investissent, créent de l’emploi et stimulent la croissance. Mais lorsque l’État devient l’emprunteur dominant, une partie croissante de cette épargne est redirigée vers le financement du budget. Les banques privilégient alors souvent les titres publics, considérés comme moins risqués que les crédits aux entreprises.
La stabilité budgétaire obtenue à court terme pourrait se payer par un affaiblissement de la croissance à moyen terme. Autrement dit, la solution d’aujourd’hui pourrait devenir le problème de demain.
Progressivement, l’économie productive se retrouve privée d’une partie de son carburant financier. C’est précisément ce phénomène qui inquiète de nombreux économistes tunisiens aujourd’hui. La stabilité budgétaire obtenue à court terme pourrait se payer par un affaiblissement de la croissance à moyen terme. Autrement dit, la solution d’aujourd’hui pourrait devenir le problème de demain.
Face à cette situation, les autorités ont activé un autre levier : le financement direct par la Banque centrale. La Loi de Finances 2026 autorise un financement exceptionnel de 11 milliards de dinars à taux zéro sur quinze ans. Cette décision constitue probablement l’un des tournants les plus importants de la politique économique tunisienne depuis une décennie. Elle relance un débat qui traverse toute l’histoire de la pensée économique : peut-on financer un État en créant de la monnaie ?
Pour Milton Friedman, la réponse était presque toujours négative. Pour Keynes, la réponse dépendait du contexte économique. Pour les partisans contemporains des politiques monétaires non conventionnelles, la création monétaire peut constituer un outil utile lorsqu’elle évite un effondrement économique. Dans le cas tunisien, on le voit tous les jours, les arguments des deux camps se confrontent frontalement.
Les défenseurs de cette stratégie soulignent qu’elle permet d’éviter une crise de financement. Les critiques redoutent qu’elle ne fragilise progressivement la crédibilité monétaire et ne nourrisse des tensions inflationnistes futures. Pour l’instant, la stabilité relative des prix et du taux de change semble donner raison aux autorités. Mais l’histoire économique montre que les effets du financement monétaire apparaissent souvent avec retard.
Dans ce paysage parfois inquiétant, un élément apporte une forme de respiration : les réserves en devises demeurent relativement solides. Elles dépassent l’équivalent de cent jours d’importation. Cette performance mérite d’être soulignée. Elle repose largement sur deux piliers souvent sous-estimés : le premier est le tourisme. Le second est constitué par les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger.
Derrière les statistiques se cachent des millions de gestes individuels. Le travailleur tunisien installé à Paris, Montréal, Milan ou Doha qui envoie chaque mois une partie de son salaire à sa famille. Le touriste étranger qui choisit Hammamet, Djerba ou Sousse pour ses vacances. Ces flux représentent aujourd’hui bien plus qu’une simple source de devises. Ils constituent l’un des principaux amortisseurs économiques du pays. Sans eux, la pression sur le dinar serait nettement plus forte.
Ces flux représentent aujourd’hui bien plus qu’une simple source de devises. Ils constituent l’un des principaux amortisseurs économiques du pays. Sans eux, la pression sur le dinar serait nettement plus forte.
Mais aucun matelas de devises ne peut remplacer la croissance. C’est là que se situe le cœur du problème tunisien : L’économie devrait progresser d’environ 2,1 % en 2026. Cette croissance est insuffisante pour absorber le chômage, améliorer significativement le niveau de vie et réduire durablement le poids de la dette. L’économiste américain Hyman Minsky rappelait que les systèmes financiers deviennent les plus vulnérables lorsqu’ils semblent stabilisés.
La Tunisie risque précisément ce piège. Les échéances sont honorées, les indicateurs extérieurs tiennent, les équilibres immédiats sont préservés, … Mais l’économie réelle continue de manquer de dynamisme. Or aucune stratégie financière ne peut durablement compenser l’absence de croissance.
L’un des chiffres les plus révélateurs de la situation actuelle est probablement celui-ci : près de 93 % des recettes fiscales sont absorbées par trois postes : les salaires publics, les subventions et les intérêts de la dette. Autrement dit, il reste très peu d’espace budgétaire pour investir massivement dans les infrastructures, l’éducation, la recherche ou l’innovation. Cette rigidité budgétaire constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à la transformation économique du pays. Chaque année, l’État mobilise une énergie considérable pour maintenir ses équilibres financiers. Mais cette énergie est de moins en moins disponible pour préparer l’avenir.
En réalité, le grand défi n’est plus 2026… Le véritable rendez-vous est fixé à 2027. Le remboursement du dernier Eurobond représentera un succès financier incontestable. Il démontrera la capacité de la Tunisie à respecter ses engagements internationaux malgré un contexte difficile. Mais cette victoire ne résoudra pas la question fondamentale. Comment financer durablement le développement économique lorsque les ressources budgétaires sont déjà fortement contraintes ? Comment relancer l’investissement privé ? Comment accroître la productivité ? Comment créer davantage de richesse sans accroître continuellement l’endettement ?
Une dette devient soutenable lorsque la société produit davantage de richesses que les engagements qu’elle contracte. À l’inverse, même une dette modérée peut devenir problématique lorsqu’elle s’accompagne d’une croissance insuffisante.
Voilà les interrogations qui détermineront la trajectoire du pays durant les prochaines années. Car au fond, le débat sur la dette n’est pas un débat comptable. C’est un débat sur la stratégie de développement. Une dette devient soutenable lorsque la société produit davantage de richesses que les engagements qu’elle contracte. À l’inverse, même une dette modérée peut devenir problématique lorsqu’elle s’accompagne d’une croissance insuffisante. Le paradoxe tunisien de 2026 tient précisément dans cette réalité. Le pays réussit aujourd’hui à franchir le mur financier qui semblait infranchissable il y a quelques années.
Mais derrière ce mur se dessine déjà un autre horizon, plus complexe et peut-être plus exigeant encore.
Celui de la croissance, celui de la productivité, celui des réformes capables de transformer l’épargne nationale en investissement créateur de richesse et d’emplois. Car l’histoire économique enseigne une leçon immuable : les nations ne sortent jamais durablement de la dette par la dette elle-même. Elles en sortent par le travail, l’investissement, l’innovation et la confiance retrouvée dans l’avenir. Et c’est précisément sur ce terrain que se jouera le véritable destin économique de la Tunisie au cours de la décennie qui s’ouvre.
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* Dr. Tahar EL ALMI,
Economiste-Economètre.
Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,
Psd-Fondateur de l’Institut Africain
D’Economie Financière (IAEF-ONG)
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Certains s’en souviennent peut-être. Le 29 juin 1965, il y a 61, ans disparaissait une des plus grandes figures de la lutte de libération nationale et des bâtisseurs de l’Etat tunisien de l’après indépendance. Un des compagnons de route du leader et premier président de la République, Habib Bourguiba. Un homme dont ce dernier a fait un de ses prochains compagnons de lutte (on le voit deuxième après la gauche avec Bourguiba, Ahmed Ben Salah et Abdallah Farhat, et de gauche à droite de notre photo). Et qui avait dit un jour de lui qu’il était « le modèle de l’intelligence, du dévouement et de la fidélité ».

Vous avez sans doute compris qu’il s’agit de Taieb Mehiri, décédé à la fleur de l’âge – il n’avait que 41 ans – après une vie consacrée à la lutte pour l’indépendance de la Tunisie. Autant dire qu’il avait intégré les rangs du Parti destourien à l’âge seulement de 14 ans (en 1938), dans la cellule de La Marsa où il a passé une grande partie de sa vie.
Il avait intégré les rangs du Parti destourien à l’âge seulement de 14 ans (en 1938), dans la cellule de La Marsa où il a passé une grande partie de sa vie.
Le militantisme ne cessera du reste de l’accompagner tout le long de sa vie, y compris dans son séjour pour des études de droit en France, et le mènera à assumer nombre de responsabilités au sein du parti du Destour. Dont celle de directeur, de secrétaire général adjoint et de membre du Bureau politique.
Et comme d’autres militants nationalistes, il a connu les arrestations et la prison pour ses activités politiques. Ainsi a-t-il été incarcéré à Zaarour (camp d’internement dans le gouvernorat de Bizerte), à Tataouine et à Remada. Ou encore à La Kasbah, à Tunis. Sans qu’il soit le moins du monde affecté. On dit de Taieb Mehiri qu’il avait cette devise popularisée, d’ailleurs, par Victor Hugo dans sa pièce Hernani en 1830 : « Vers les sommets par des chemins étroits ». En fait, rien ne pouvait l’arrêter du moment qu’il savait défendre une cause juste.
Il fut le premier ministre de l’Intérieur de la Tunisie indépendante, fonction dont il a assumé jusqu’à son décès. Participant aux efforts accomplis en vue d’asseoir une organisation efficace de l’administration à l’échelle nationale et régionale de ce département et à la formation des cadres du ministère de l’Intérieur.
Un véritable sens de l’organisation
Ce mois de juin 2026 est aussi l’occasion d’évoquer Taieb Mehiri au travers d’un autre événement : le retour triomphal de Habib Bourguiba, le 1er juin 1955, de son long exil : il a été arrêté par les autorités coloniales en janvier 1952 (on le voit, dans notre autre photo, veillant au grain, à bord d’une voiture dans le cortège à droite en compagnie de Habib Bourguiba, de Béchir Bellagha et du militant Mongi Slim, au centre).
Taieb Mehiri a été le principal organisateur de ce retour triomphal. Doté d’un véritable sens de l’organisation, il se charge de toute la logistique du retour du leader et du parcours effectué par le président Bourguiba du port de La Goulette jusqu’au Palais beylical de Carthage (l’actuel siège de la Beit El Hekma).
Il avait, à ce titre, négocié avec les autorités coloniales, qui étaient encore en charge de la police, les moindres détails de l’itinéraire et les déplacements de la foule venue accueillir le Combattant suprême. Une mission de sécurisation qu’il avait assumée avec des militants sincères comme Mahjoub Ben Ali ou encore Azzour Errebaï et Béchir Bellagha.
Il avait négocié avec les autorités coloniales, qui étaient en charge encore de la police, les moindres détails de l’itinéraire et les déplacements de la foule.
A un moment critique
L’homme avait d’ailleurs une réelle autorité parmi les militants destouriens en raison des missions sécuritaires réussies et qu’il n’avait cessé d’assurer. Beaucoup retiennent, à ce niveau, son rôle dans la lutte armée déclenchée en 1952.
Il était connu pour avoir notamment soutenu les fellaghas dans les combats qu’ils avaient menés contre l’armée et la gendarmerie dans les montagnes et les villages de l’intérieur. Transmettant les ordres du parti destourien, organisant des rencontres secrètes et veillant à la fourniture des armes et des munitions. Ce qui lui a valu d’être arrêté, en mai 1952, et déporté ; avant d’être libéré, en septembre 1952. Pour continuer encore la lutte et arrêté de nouveau après l’assassinat du leader syndical Farhat Hached, au cours de la même année, et libéré en 1954. Et diriger le parti destourien par intérim, à un moment critique où les autorités coloniales entendaient en finir avec la lutte pour l’indépendance de la Tunisie. Un moment que Bourguiba a appelé « le dernier quart d’heure ».
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