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Parler au quotidien : le dialecte tunisien perd-il ses repères ?

Il nous arrive parfois, sous nos cieux et au fil des jours, de nous retrouver contraint de traduire une expression dans notre même langue parlée. Face à des interlocuteurs qui n’ont rien pigé de ce qu’on leur avait raconté ! En effet, un petit mot, qui n’existe pas dans leur lexique linguistique, leur avait interrompu la conversation. Il s’agit du mot «Yassek», du turc «Yassak», qui veut dire «Interdit». Si bien qu’à partir de ce mot, nous avons créé un verbe, celui d’«Iyassak» (Il nous interdit.) Nous pourrons citer également  l’exemple de «Tozzina» qui, au départ, était «Dozzena», en langue italienne, c’est-à-dire le chiffre douze. Les temps ont certes changé mais pas au point de ne plus se comprendre aujourd’hui mutuellement entre les habitants d’un même pays ! Une langue, qu’elle soit littéraire ou parlée, évolue en se renouvelant. Mais ce qui arrive malheureusement à notre dialecte tunisien, c’est qu’il s’effrite de jour en jour, après avoir été d’une richesse sans pareille du temps de nos aïeux. Il contenait, en effet, des mots dont l’origine provenait de pas moins de six pays méditerranéens, sans compter les pays arabes, l’Italie, particulièrement du côté de ses régions du Sud, la France, l’Espagne, la Turquie, Malte, la Grèce. Et nous en oublions, car il est des mots contenus dans notre dialecte et dont l’origine est russe et également turque, comme «Gaouri» qui veut dire mécréant ou infidèle. C’est dire l’influence accrue de la présence des communautés de ces pays en Tunisie sur la langue parlée tunisienne depuis la fin du dix-huitième siècle, le dix-neuvième siècle et la première moitié du vingtième siècle. Cela lui a été d’un grand enrichissement. Une manne de mots qui constitue un trésor, mais que les nouvelles générations rejettent étrangement en choisissant d’emprunter plutôt des mots puisés dans la langue anglaise qu’ils considèrent aujourd’hui comme la meilleure langue pour évoluer et réussir leur vie, en plus de la langue arabe littéraire. Mais le pire, c’est quand ils ne reconnaissent aucune autre langue ! Et c’est là, une autre paire de manches. L’arabe littéraire a remplacé notre langue parlée qui est, de ce fait, devenue élaborée. Cela ne colle pas parfaitement à l’ouïe, du fait qu’une expression en arabe littéraire glissée dans le dialecte tunisien pourrait donner un sens tout à fait différent et contraire à son sens premier. Nous pensons à : «moumarridh» (infirmier qui soigne un patient). Ce mot a été changé de «fermli», émanation d’infirmier en langue française, à «moumarridh». Dans le dialecte tunisien, cela équivaut à : «rendre malade !»

Des pièges à éviter

Plusieurs mots écartés de la langue parlée tunisienne font tomber leurs utilisateurs dans le piège de l’amalgame du sens à travers leur même prononciation. D’un autre côté, notre dialecte tunisien reste très riche d’une région à l’autre de notre pays. Mais il faudrait prendre garde à ne pas utiliser certains mots qui ne donnent pas le même sens, d’une région à l’autre. Le réalisateur d’origine italienne Bernardo Bertolucci avait dit un jour que «le dialecte d’une langue change tous les vingt-cinq kilomètres». C’est dire la grande richesse linguistique dont nous parlons. Dans un coin du Sud tunisien et quand une femme dit à une autre  femme «win jiti ?», cela n’a pas du tout le sens de «où est-ce que tu es arrivée ?», mais «comment vas-tu ?» Et c’est là que la traduction dans la même langue s’impose, comme nous le disions au début de notre article.

Lotfi BEN KHELIFA



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Fierté tunisienne à l’échelle mondiale :  la dermatologue Asmahane Souissi brille à Guadalajara

 La Journée internationale des droits de la femme est une belle occasion pour rendre hommage aux femmes d’exception qui ont tracé un parcours professionnel réussi. C’est le cas de Dr Asmahane Souissi, dermatologue tunisienne exerçant à l’hôpital des Forces de sécurité intérieure de La Marsa, qui a reçu le prix «Jeune Dermatologue pour une Réussite Internationale» 2027 décerné par la Société Internationale de Dermatologie pour la région Afrique. Cette distinction fait suite à une candidature soumise par la Société Africaine de Dermatologie et de Vénéréologie, approuvée par le Conseil d’administration de la Société Internationale lors de sa réunion du 20 juin 2026, après examen d’un nombre record de candidatures cette année. Une distinction qui couronne des années de labeur et de recherches.

Dr Souissi devrait recevoir son prix lors de la cérémonie d’ouverture   du Congrès Mondial de Dermatologie, qui se tiendra à Guadalajara, au Mexique, du 21 au 26 juin. Ce prix lui a procuré une joie énorme. «Je suis profondément honorée et ravie d’annoncer que j’ai été sélectionnée comme récipiendaire du prestigieux prix ILDS Young Dermatologist for International Achievement Award 2027 pour la région Afrique», écrit-elle sur son post facebook.  Et d’ajouter : «Je tiens à exprimer ma sincère gratitude au comité des prix ILDS et au conseil d’administration pour cet immense honneur. Recevoir cette prestigieuse reconnaissance de la Ligue internationale des sociétés dermatologiques est un jalon important dans ma carrière. Non seulement cela valide mes efforts passés, mais constitue aussi une source d’inspiration formidable pour poursuivre mon travail et mon engagement à améliorer les soins dermatologiques et la recherche. Je voudrais exprimer ma profonde gratitude au président de la Société Africaine de Dermatologie et Vénéréologie, Dr Moez Ben Salem, pour m’avoir nommée. Je dédie fièrement ce prix à mon pays bien-aimé, la Tunisie. Je suis profondément fière de représenter la dermatologie tunisienne sur la scène internationale et de mettre en lumière le dévouement et l’excellence de notre communauté médicale. Ce prix n’est pas seulement une réussite personnelle, mais une grande motivation à continuer à travailler dur, à faire avancer les soins dermatologiques en Afrique, et finalement à avoir un impact positif dans le monde de la dermatologie.»

Il est incontestable que ce prix dépasse la reconnaissance individuelle. «Remporter cette distinction  est un honneur immense et une fierté pour moi et notre pays. Elle prouve que la Tunisie peut rivaliser avec les grandes nations dans l’innovation», a-t-elle déclaré. En remportant ce prix prestigieux, Dr Souissi  confirme son rôle moteur dans la valorisation de la recherche scientifique et affirme la position de la Tunisie sur la carte mondiale de la science et de la dermatologie.

Kamel Bouaouina

 

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Incendie dévastateur à Nebeur : urgence d’une vraie politique de prévention dans les zones agricoles

Un important incendie s’est déclaré dimanche 28 juin 2026 dans la délégation de Nebeur, relevant du gouvernorat du Kef, causant d’importants dégâts aux terres agricoles de la région. Le sinistre, attisé par des vents violents et des conditions climatiques particulièrement favorables à la propagation des flammes, a ravagé près de 120 hectares de superficies cultivées, infligeant de lourdes pertes matérielles aux agriculteurs locaux.

Ce nouvel incendie remet une fois de plus en lumière la grande vulnérabilité des zones agricoles tunisiennes face aux feux de récolte, un phénomène devenu récurrent durant la période estivale, particulièrement dans les régions céréalières du Nord-Ouest, telles que Le Kef, Siliana et Jendouba. Chaque année, avec l’arrivée des fortes chaleurs, la combinaison de températures élevées, de vents violents, de sécheresse prolongée et la présence massive de matières hautement inflammables -blé sur pied, chaumes, paille et broussailles-, ces zones sont transformées en véritables foyers à haut risque.

Fragilité structurelle de certaines zones agricoles

Le problème ne réside pas uniquement dans les conditions climatiques, mais aussi dans la fragilité structurelle de nombreuses zones agricoles. L’absence d’entretien régulier des pistes agricoles, l’accumulation de broussailles et d’herbes sèches sur les accotements, le manque de bandes coupe-feu entre les parcelles, ainsi que l’insuffisance des équipements de première intervention aggravent considérablement les risques.

Dans plusieurs régions, les agriculteurs comme les autorités locales dénoncent depuis des années le manque d’équipements adaptés : bulldozers pour le débroussaillage, citernes d’eau mobiles, points d’eau de proximité, camions d’intervention en nombre suffisant et moyens logistiques capables de répondre rapidement à ce type de sinistre.

Ainsi, les incendies agricoles ne relèvent plus uniquement du fait accidentel ou du hasard. Ils traduisent également des insuffisances persistantes en matière de prévention, de préparation et d’anticipation. Chaque sinistre met en évidence les limites des dispositifs existants et rappelle l’urgence d’une stratégie plus efficace fondée sur la prévention, l’entretien des zones à risque et le renforcement des moyens d’intervention sur le terrain.

Il suffit d’une étincelle…

En effet, la moindre étincelle, qu’elle provienne d’un engin agricole, d’un véhicule, d’un mégot de cigarette ou d’un simple incident accidentel, peut suffire à déclencher un incendie de grande ampleur en quelques minutes seulement. La rapidité de propagation des flammes rend alors les interventions particulièrement complexes, surtout lorsque les moyens de prévention et d’intervention font défaut.

Intervenant mardi 30 juin 2026 sur les ondes d’une radio de la place, la membre du conseil local de Sidi Khiar, Rim Nasr, est revenue en détail sur les circonstances du sinistre, son lourd bilan ainsi que les difficultés rencontrées pour circonscrire les flammes. Selon ses déclarations, l’incendie se serait déclaré au moment où des habitants transportaient des bottes de foin à proximité d’un oued. Une étincelle accidentelle aurait alors suffi à provoquer un départ de feu, rapidement aggravé par des rafales de vent particulièrement fortes. En quelques minutes, les flammes se sont propagées à une vitesse inquiétante, rendant l’intervention particulièrement difficile. Le bilan des dégâts est considérable. D’après les premières estimations, près de 70 hectares de blé sur pied ont été totalement détruits, ainsi qu’environ 50 hectares de chaumes. À cela s’ajoute la perte de quelque 1.500 bottes de paille, représentant un préjudice économique majeur pour plusieurs exploitants agricoles de la région. Pour de nombreux agriculteurs, ces pertes surviennent à un moment particulièrement critique de la saison, alors que les récoltes constituent l’aboutissement de plusieurs mois de travail, d’investissement et d’efforts.

Défaillance structurelle et manque de moyens 

Cet incendie affecte durablement l’équilibre économique de nombreuses familles rurales dépendant directement de l’activité agricole. Une fois le feu maîtrisé, un drone a été mobilisé afin d’évaluer précisément l’étendue des dégâts et de cartographier les zones touchées. Rim Nasr a précisé que cet équipement n’a pas été utilisé dans le cadre de l’intervention opérationnelle contre les flammes, mais uniquement pour établir un constat précis des pertes agricoles. Cet outil technologique a permis de mieux délimiter les parcelles sinistrées et de fournir une estimation plus rigoureuse des superficies ravagées. Parallèlement, les autorités locales, les unités de la Garde nationale ainsi que les services compétents ont ouvert une enquête afin de déterminer les causes exactes de l’incendie et de vérifier les circonstances du départ de feu. Selon Rim Nasr, les investigations sont toujours en cours. Mais au-delà de l’origine immédiate du sinistre, cet événement met en lumière des défaillances structurelles plus profondes concernant les moyens de prévention et de lutte contre les incendies agricoles dans la région. Rim Nasr a notamment dénoncé le manque criant d’équipements et de moyens logistiques dans la délégation de Nebeur. Elle a particulièrement insisté sur l’absence d’un bulldozer fonctionnel, indispensable pour entretenir les pistes agricoles, nettoyer les accotements et débroussailler les zones sensibles avant la saison des moissons. Selon elle, cet engin est hors service depuis plusieurs mois, ce qui a favorisé l’accumulation de broussailles, d’herbes sèches et de végétation inflammable le long des routes et des pistes agricoles.

Moyens d’intervention largement insuffisants

Autant d’éléments qui constituent de véritables foyers potentiels de propagation du feu. «Nous avons alerté à plusieurs reprises les autorités locales, régionales ainsi que le ministère concerné sur la nécessité de disposer de cet équipement, mais nos demandes sont restées sans suite», a-t-elle regretté. L’élue a également souligné l’insuffisance des moyens d’intervention de la Protection civile. La délégation de Nebeur ne disposerait actuellement que d’un seul camion d’intervention, auquel s’ajoute un véhicule relevant des services forestiers. Des moyens jugés largement insuffisants au regard de l’étendue du territoire, qui couvre neuf secteurs administratifs et de vastes zones agricoles exposées à des risques élevés en période estivale. Cette réalité soulève une problématique récurrente dans plusieurs régions de l’intérieur du pays : le déséquilibre entre l’ampleur des risques et les capacités réelles d’intervention sur le terrain. Face à cette situation, un renforcement des mesures de prévention avant chaque saison des récoltes est indispensable. Parmi les actions prioritaires, elle préconise un entretien régulier des pistes agricoles, le nettoyage systématique des accotements ainsi qu’un débroussaillage renforcé des zones à haut risque. Elle appelle également les agriculteurs à adopter davantage de mesures préventives au niveau de leurs exploitations. Cela inclut notamment l’aménagement de bandes coupe-feu entre les parcelles afin de limiter la propagation des flammes ainsi que l’équipement des tracteurs en citernes d’eau pour permettre une intervention rapide dès les premiers signes de départ de feu.

La prévention, premier rempart contre les catastrophes

De telles mesures permettraient de réduire considérablement l’ampleur des dégâts causés par les incendies agricoles. L’incendie de Nebeur rappelle avec force que la prévention demeure le premier rempart contre ce type de catastrophe. Dans un contexte marqué par des épisodes de chaleur intense, des vents fréquents et des conditions climatiques de plus en plus extrêmes, la protection des zones agricoles devient un enjeu stratégique majeur. Au-delà de l’urgence de réparer les pertes subies par les agriculteurs sinistrés, la priorité reste désormais d’agir sur les causes structurelles de ces incendies afin d’éviter qu’un tel drame ne se reproduise.

Ahmed NEMLAGHI

 

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Quand la Tunisie ne se marie plus : un crédit mariage pour rouvrir l’horizon

Par Zouhaïr Ben Amor (Universitaire)

Il y a des silences qui finissent par devenir plus bruyants que les cris. En Tunisie, l’un de ces silences porte aujourd’hui un nom simple, ancien, presque familier : le mariage. On n’en parle plus avec la même évidence. On n’y entre plus avec la même confiance. On ne le prépare plus avec la même sérénité. Dans les familles, on fait semblant de sourire, on dit que les jeunes prennent leur temps, qu’ils veulent d’abord réussir, voyager, travailler, se construire. Tout cela est vrai, en partie. Mais derrière cette explication polie, il y a une réalité plus dure : beaucoup de jeunes ne se marient plus parce qu’ils ne peuvent plus se le permettre, parce qu’ils ne voient plus devant eux une route praticable, parce que l’idée même de fonder un foyer est devenue, pour beaucoup, un projet lourd, presque intimidant.

Ce constat n’est pas seulement sentimental. Il est social, économique, psychologique et même démographique. Lorsque les mariages diminuent, ce n’est pas uniquement le nombre de fêtes qui baisse. C’est une partie de l’espérance collective qui se contracte. C’est une société qui hésite à se reproduire, à transmettre, à installer ses enfants dans la confiance. Les chiffres de l’état civil et du chômage ne disent pas tout, mais ils indiquent une direction inquiétante : moins de contrats de mariage, plus de prudence, plus de reports, plus de célibats prolongés, plus de divorces aussi. Le mariage, qui fut longtemps une institution presque naturelle, est devenu un calcul, parfois un pari, souvent un risque.

 

Quand l’amour se heurte au coût de la vie

Il serait injuste d’accuser les jeunes d’individualisme facile ou de manque de courage. Beaucoup d’entre eux aimeraient se marier, bâtir une maison, partager une vie, avoir des enfants. Mais entre le désir et le passage à l’acte, il y a désormais un mur de charges. Louer ou acheter un logement, meubler un appartement, organiser une cérémonie, assurer les dépenses quotidiennes, payer les crédits, anticiper l’arrivée d’un enfant, supporter les imprévus de santé et de transport, tout cela demande une stabilité que beaucoup n’ont pas. Dans un pays où le chômage reste élevé, où les diplômés eux-mêmes peinent à trouver un emploi digne de leur formation, où les salaires progressent moins vite que les prix, le mariage devient moins une promesse qu’une équation impossible.

Il faut dire les choses simplement : on ne fonde pas une famille avec des slogans. On ne rassure pas une épouse, un époux, des parents, des enfants à venir avec des discours abstraits. Le foyer a besoin de tendresse, certes, mais il a aussi besoin d’un toit, d’un revenu, d’une visibilité minimale. Or la visibilité est devenue rare. Le jeune homme qui n’arrive pas à se prendre en charge seul hésite à demander la main d’une jeune femme. La jeune femme diplômée, brillante, active ou en attente d’emploi, refuse à juste titre de s’engager dans une aventure sans base réelle. Les familles qui autrefois aidaient discrètement, sont elles-mêmes fragilisées par la hausse du coût de la vie. Ainsi, chacun attend. Et à force d’attendre, les années passent.

Ce report permanent produit une souffrance intime que l’on minimise trop souvent. On parle du mariage comme d’un événement mondain, alors qu’il est aussi une structure affective. On parle des robes, des salles, des traiteurs, des bijoux, alors qu’il faudrait parler de solitude, de dignité, de sécurité, de confiance. Dans beaucoup de maisons tunisiennes, il y a des filles et des garçons qui ont étudié longtemps, qui ont sacrifié des années, qui ont obtenu des diplômes respectables, mais qui se retrouvent devant une étrange impasse : trop formés pour accepter n’importe quelle vie, trop précaires pour construire la vie qu’ils méritent.

 

La solitude des diplômés et le départ des compétences

Notre société aime célébrer les réussites scolaires. Elle applaudit les médecins, les ingénieurs, les enseignants, les chercheurs, les informaticiens. Mais que deviennent ces réussites lorsque le pays ne leur offre plus les conditions d’une vie normale ? Une partie s’en va. Une autre reste, mais avec le sentiment de se battre contre un plafond bas. Les médecins partent vers d’autres horizons, parfois après des années d’études éprouvantes. Les ingénieurs cherchent ailleurs les salaires, la reconnaissance et les perspectives qu’ils ne trouvent plus ici. Ceux qui restent portent le poids d’une double attente : réussir leur vie professionnelle et sauver en même temps leur vie familiale. C’est beaucoup demander à une génération déjà éprouvée.

Dans ce contexte, le célibat n’est plus seulement un choix personnel. Il devient parfois la conséquence directe d’un déséquilibre national. Une jeune femme diplômée peut être admirée pour son parcours, mais ne recevoir aucune proposition sérieuse, parce que les hommes de sa génération hésitent, calculent, reculent, partent ou se sentent incapables d’assumer. Un jeune homme sérieux peut aimer sincèrement mais se taire, parce qu’il sait que son salaire ne couvrira pas les dépenses d’un foyer. Alors les sentiments existent, mais ils restent suspendus. Les rencontres existent, mais elles ne débouchent pas. Les familles s’inquiètent, les voisins commentent, les réseaux sociaux amplifient les frustrations, et chacun finit par croire que son cas est individuel, alors qu’il s’agit d’un phénomène collectif.

Le plus grave est peut-être là : nous avons transformé un problème national en série de drames privés. On dit à la fille d’être patiente. On dit au garçon d’être courageux. On dit aux parents de ne pas se mêler. On dit aux professionnels des événements de s’adapter. On dit à l’État que ce n’est pas son affaire. Mais lorsque l’économie bloque le social, lorsque le social alourdit le psychologique, lorsque le psychologique se transforme en découragement général, l’État ne peut pas rester spectateur. La famille n’est pas une affaire secondaire. Elle est l’un des piliers invisibles de la stabilité du pays.

 

Un secteur festif qui devient un baromètre social

Les professionnels des événements le sentent avant les autres. Les salles de fêtes, les traiteurs, les décorateurs, les photographes, les musiciens, les coiffeuses, les maquilleuses, les loueurs de robes, les artisans, les fleuristes, les pâtissiers, les transporteurs, tout un écosystème vit autour du mariage. Quand les cérémonies diminuent, ce n’est pas seulement une tradition qui s’efface, c’est une chaîne économique qui tremble. On croit parfois que la fête est un luxe. Mais dans notre pays, la fête est aussi un emploi, un savoir-faire, une saison de travail, une circulation d’argent entre petites entreprises et familles.

Bien sûr, il ne faut pas défendre l’excès pour l’excès. Il y a eu, dans nos pratiques, des dépenses inutiles, des compétitions absurdes, des mariages transformés en vitrines sociales, des familles endettées pour impressionner des invités qui oublient tout le lendemain. Il faut avoir le courage de le dire : certaines dépenses doivent être réduites, certaines habitudes doivent être simplifiées, certains rituels doivent retrouver leur sens. Le mariage ne doit pas devenir une foire de prestige où l’on mesure l’amour au nombre de plats, de robes ou de caméras. Mais la solution ne peut pas être la disparition progressive du mariage. La solution doit être un retour à la mesure, à la dignité, à l’aide intelligente.

C’est pourquoi la question mérite un débat public. Nous ne pouvons pas nous contenter de constater que les jeunes se marient moins, que les naissances reculent, que les divorces augmentent, que les compétences partent, que les familles s’inquiètent, que les métiers de l’événementiel souffrent. Tout cela forme une même toile. Tirer un fil, c’est faire bouger l’ensemble. Le mariage n’est pas uniquement un acte privé entre deux personnes, il est aussi un signal de confiance dans l’avenir. Quand ce signal faiblit, il faut se demander ce que le pays a cessé de promettre à sa jeunesse.

 

Un crédit mariage pour rouvrir l’horizon

C’est dans cet esprit que je romps l’omerta et que j’ose proposer une idée simple : un emprunt ou crédit mariage encadré, raisonnable, accessible, avec une aisance réelle dans le remboursement. Il ne s’agit pas d’encourager les dépenses folles ni de pousser les jeunes à s’endetter pour une nuit de fête. Il s’agit d’accompagner un projet de vie. Un crédit mariage pourrait être conçu comme un crédit social, plafonné, transparent, réservé aux couples qui construisent effectivement un foyer, avec une période de grâce, un taux préférentiel, un remboursement long et léger, et pourquoi pas une bonification partielle de l’État pour les revenus modestes et moyens.

Ce crédit ne devrait pas financer la vanité, il devrait financer l’installation : le logement, les meubles essentiels, les frais administratifs, une cérémonie raisonnable, les premiers équipements du foyer. Les banques pourraient y participer, mais l’État devrait en garantir une partie, car l’enjeu dépasse la rentabilité bancaire. On aide parfois les entreprises parce qu’elles créent de l’emploi. Pourquoi ne pas aider les foyers qui créent de la stabilité ? On finance des secteurs économiques parce qu’ils portent la croissance. Pourquoi ne pas soutenir l’union familiale lorsqu’elle porte la cohésion sociale ?

Pour éviter les abus, il faudrait des règles claires. Le montant doit être plafonné. Le remboursement doit être compatible avec le revenu du couple. Les dépenses éligibles doivent être précisées. Les fournisseurs doivent être déclarés, afin que l’argent circule dans l’économie formelle. Les couples doivent être protégés contre le surendettement. Et surtout, il faut accompagner ce crédit d’une réforme culturelle : apprendre à organiser des mariages beaux, dignes, sobres, sans humiliation financière. Le bonheur a un prix, oui, mais ce prix ne doit pas devenir une punition.

On dira peut-être que l’État a d’autres priorités. C’est vrai. Mais une nation qui ne regarde plus sa jeunesse fonder des foyers avec confiance doit s’interroger sur ses priorités profondes. Le mariage n’est pas une simple fête du samedi soir. Il est un acte de foi dans demain. Il dit qu’un homme et une femme acceptent de construire, malgré l’incertitude. Il dit que les familles continuent de croire à la transmission. Il dit qu’un pays reste habitable, non seulement pour travailler, mais pour aimer, élever des enfants, vieillir entouré.

Nous devons donc sortir de la gêne. Parler du mariage, ce n’est pas être passéiste. Défendre la famille, ce n’est pas nier la liberté individuelle. Proposer un crédit mariage, ce n’est pas acheter le bonheur, c’est reconnaître que le bonheur a besoin d’un minimum de conditions matérielles pour ne pas s’épuiser avant même de commencer. La Tunisie a toujours su inventer des compromis entre tradition et modernité. Elle doit aujourd’hui inventer une politique familiale adaptée à son temps, respectueuse des jeunes, consciente des réalités économiques, mais assez courageuse pour dire que le célibat subi, la précarité affective et la peur de fonder une famille ne sont pas des détails.

Le péril en la demeure n’est pas seulement que les jeunes ne se marient plus. Le péril est que nous nous habituions à cette situation, que nous la commentions avec fatalisme, que nous la rangions parmi les choses normales du temps présent. Rien n’est normal lorsqu’une société cesse progressivement d’offrir à ses enfants les moyens de construire une maison, au sens matériel comme au sens moral. Il est encore temps d’agir. Il est encore temps de simplifier les rites, de soutenir les couples, de protéger les métiers liés au mariage, de retenir les compétences, de donner aux jeunes une raison de rester et de bâtir. Une société qui aide ses enfants à se marier ne finance pas seulement une cérémonie. Elle investit dans sa propre continuité.



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Point de presse du directeur du Festival International de Hammamet : le programme, l’affiche, les ventes en ligne

 Le festival international d’Hammamet aura lieu du  11 juillet au 13 août 2026. Il fêtera Hammamet cet été sa 60ème édition anniversaire. Le public pourra profiter des rendez-vous nocturnes, autour de la musique du monde, de la danse et du théâtre, a souligné Néjib Kesraoui, directeur du festival international d’Hammamet lors d’un point de presse organisé vendredi 3 juillet au centre culturel d’Hammamet « Depuis 1964, le FIH n’a cessé de briller et porte toujours aussi bien sa touche internationale, en attirant des artistes des quatre coins du monde, et qui arborent différents genres musicaux comme le Jazz, le Blues, le Fado, le Rock Alternatif, la musique africaine, le Tarab, les sonorités cubaines ou électroniques, en passant par l’arabe contemporain et les projets inédits. 32 spectacles sont programmés, avec une pléiade d’artistes venus de 12 pays : la Tunisie, le Liban, la Palestine, les USA, le Mali, l’Espagne, le Portugal, Cuba, la Turquie, le Maroc, l’Algérie et l’Italie. Une programmation éclectique a été minutieusement établie. Elle s’ouvre sur une sélection accrue d’artistes à succès.Fidèle à sa tradition, le FIH s’ouvrira avec la création théâtrale tunisienne « Les Fugueuses » de Wafa Taboubi et se clôturera le 13 août avec Sofia Sadok lors de la journée de la femme tunisienne. C’est une manifestation culturelle mais aussi touristique qui boostera toute une économie locale voire nationale» dit-il 

Plusieurs spectacles affichent sold-out !

Le  festival international d’Hammamet draine un public habitué à un programme bien spécifique et juste sur mesure… Des artistes du monde entier viennent enchanter un public qui cherche la diversité et l’originalité. Les artistes tunisiens, toute génération confondue, s’appliquent à présenter leurs spectacles et concerts avec bonheur. Néjib Kasraoui est revenu sur  l’organisation et la programmation au complet de l’édition 60 Il s’agit d’une occasion annuelle et estivale attendue qui vise à renouer avec le public distingué de la ville de Hammamet.. Multidisciplinaire et riche culturellement, le programme est inclusif, diversifié et varié, avec une considération importante pour les nouveautés artistiques qui rythment la scène tunisienne.  Ce festival est avant tout un lieu de rencontres magiques : rencontres d’âmes venues de rivages lointains, dialogues entre générations passionnées, toutes animées par la conviction que le théâtre, la musique, la danse et les arts vivants sont des langages universels, des portes ouvertes sur la diversité, des miroirs de l’âme humaine. Au programme, précise Néjib Kasraoui : 32 spectacles dont 13 tunisiens, 11 arabes, 7  internationaux et un spectacle marocain-tunisien. Cet évènement annuel brille par son ouverture mondiale sur le monde arabe et occidentale.La vente des billets se fait exclusivement via le site officiel du festival. Un grand engouement malgré les prix élevés de certains spectacles qui ont beaucoup fait parler sur les réseaux.  Plusieurs  spectacles sont vendus en ligne en trois heures et affichent sold-out. Les organisateurs ont laissé éclater leur joie : « Un grand  engouement… C’est juste incroyable » disait le directeur du festival qui appelle le public à éviter tout recours au marché parallèle, avertissant que toute personne impliquée dans la vente ou l’achat de billets hors du circuit officiel s’expose à des poursuites judiciaires, conformément à la législation en vigueur.

Affiche de la 60éme édition : Palette et ambiance

 

A propos de l’affiche de cette 60éme édition contestée sur les réseaux sociaux, , Néjib Kesraoui a indiqué que son ambition n’a jamais été de représenter le festival de manière illustrative ou figurative, mais de proposer une abstraction visuelle et graphique de son « âme ». « Nous avons  choisi une palette de couleurs intenses, contrastées, presque électrisantes : rouge, bleu, vert, jaune, fuchsia… Ces teintes expriment la diversité des formes artistiques et leur vitalité. Le fond bleu nuit vient équilibrer cet éclat. Il ancre la composition dans l’atmosphère propre au festival : celle des représentations en plein air, sous un ciel nocturne. Ce bleu, profond et enveloppant, agit comme une respiration visuelle qui met en valeur le mouvement et la lumière.La forme abstraite peut s’adapter, se déplacer, se recomposer : elle incarne un lien vivant, une circulation d’énergies, un espace de rencontre plutôt qu’un cadre figé.Les formes, les cercles, les couleurs ont été conçus pour être animés, transformés, réutilisés sur divers supports : déclinaisons pour chaque spectacle, visuels numériques, objets promotionnels, formats vidéo ou signalétique. Cette flexibilité assure une cohérence d’ensemble tout en permettant au visuel de s’adresser à différents publics, dans différents contextes. C’est une identité qui respire, qui s’adapte, qui vit. Une identité visuelle, à la fois contemporaine et fluide, qui symbolise le festival dans ce qu’il a de plus essentiel : ce lien vibrant qu’il construit entre les artistes, les spectateurs, et la ville de Hammamet.

                                     Kamel Bouaouina

Photos Berrazagua

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L’impunité administrative : cette panne silencieuse qui coûte cher à la Tunisie

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Il y a des scènes banales qui, à force de se répéter, finissent par raconter tout un pays. Un citoyen se rend à la mairie pour récupérer un papier annoncé comme prêt. Il a pris sa matinée, parfois un taxi, parfois il a laissé son travail, parfois il a demandé à un voisin de garder un enfant ou à un parent de l’accompagner. On lui avait dit : revenez tel jour, votre document sera prêt. Le jour arrive, mais le papier n’est pas là. La formule tombe, légère, presque mécanique : revenez demain. On ne s’excuse pas vraiment. On n’explique pas clairement. On ne mesure pas le temps perdu. On oublie que, pour l’administration, ce n’est qu’un dossier parmi d’autres, mais pour le citoyen, c’est une démarche, une attente, parfois une urgence, souvent une fatigue.

Le plus inquiétant n’est pas seulement le retard. Le plus inquiétant est l’habitude du retard. Ce qui choque n’est pas uniquement qu’une imprimante manque de papier ou qu’un appareil soit en panne. Ce qui choque, c’est que cette panne puisse devenir normale, acceptée, presque intégrée au paysage administratif. Dans une société qui aspire à la modernité, il n’est pas normal qu’un service public dépende du hasard d’une ramette de papier, de l’humeur d’un agent ou de la disponibilité approximative d’un responsable. Un document promis pour le jour J doit être prêt le jour J. Le lendemain n’est pas un détail, c’est une rupture de confiance.

Dans beaucoup de nos administrations, le citoyen ne se plaint pas seulement d’une lenteur. Il se plaint surtout d’une absence de conséquence. Quand un comportement irrégulier est signalé à la hiérarchie, on espère naturellement une vérification, une écoute, une correctionet, lorsque les faits sont établis, une sanction proportionnée. Or très souvent, la plainte disparaît dans les couloirs. Elle devient un papier de plus, un bruit de plus, une gêne de plus. L’agent mis en cause, au lieu d’être rappelé à l’ordre, se sent parfois protégé par l’inertie du système. Il comprend que rien ne lui arrivera. Et quand l’impunité s’installe, le comportement fautif cesse d’être une anomalie : il devient une méthode.

Quand la plainte s’égare dans les couloirs

Le citoyen tunisien connaît cette impression pénible : il parle, mais personne n’écoute vraiment. Il écrit une réclamation, mais elle ne provoque aucun mouvement visible. Il signale un abus, mais l’abus continue. Il dénonce une négligence, mais la négligence revient le lendemain, identique, parfois plus arrogante encore. Cette expérience est destructrice, car elle enseigne au citoyen que la règle existe dans les textes, mais qu’elle se fatigue dans la pratique. Elle lui apprend que l’administration peut être forte devant le faible, mais faible devant ses propres défaillances.

Une hiérarchie qui ne réagit pas affaiblit son autorité. Elle croit parfois préserver la paix interne en évitant le conflit avec l’agent fautif. En réalité, elle nourrit un conflit plus profond avec l’ensemble des citoyens. Elle protège momentanément un individu, mais elle abîme durablement l’institution. Car l’administration n’est pas faite pour protéger les agents contre les usagers, elle est faite pour protéger le service public contre les abus, d’où qu’ils viennent. Un responsable qui enterre une réclamation ne calme pas la situation, il fabrique la prochaine crise.

Il faut aussi sortir d’une confusion très répandue : demander des comptes à un agent public n’est pas une attaque personnelle. Ce n’est pas une vengeance, ce n’est pas une humiliation, ce n’est pas une chasse aux sorcières. C’est simplement le fonctionnement normal d’un service qui doit rendre des comptes. Dans une école, un hôpital, une municipalité, une recette des finances, un bureau d’état civil ou une administration régionale, l’agent n’est pas propriétaire de son poste. Il exerce une mission au nom de la collectivité. Cette mission lui donne des droits, mais aussi des devoirs. Le premier de ces devoirs est le respect du citoyen.

Le petit désordre qui fabrique la grande défiance

On a parfois tendance à sourire devant les petites pannes : pas de papier, pas de toner, pas de signature, pas de cachet, pas de connexion, pas de responsable, pas de réponse. On les traite comme des anecdotes. Pourtant, ce sont précisément ces petites pannes qui fabriquent la grande défiance. Le citoyen n’a pas toujours accès aux grands dossiers de l’État. Il ne voit pas tous les budgets, il ne lit pas tous les décrets, il ne participe pas à toutes les réunions. Mais il voit très bien si l’agent au guichet le respecte, si le document est prêt, si la file avance, si la réponse est claire, si l’horaire est respecté.

L’administration se juge souvent dans ces instants ordinaires. Une imprimante sans papier dans une mairie n’est pas seulement une imprimante sans papier. C’est le symbole d’un système qui n’a pas prévu l’évidence. C’est le signe d’une chaîne de responsabilité rompue : qui devait vérifier les stocks ? Qui devait signaler la panne ? Qui devait acheter le papier ? Qui devait organiser une solution provisoire ? Qui devait informer le citoyen ? Lorsque personne ne répond à ces questions, c’est que tout le monde est responsable en théorie et que personne ne l’est en pratique.

Cette culture du flou est dangereuse. Elle permet à chacun de se réfugier derrière une excuse. L’agent dit que ce n’est pas lui. Le chef de service dit qu’il n’était pas au courant. Le responsable dit qu’il manque de moyens. Le citoyen, lui, rentre chez lui avec son problème non résolu. Bien sûr, nos administrations ont parfois de vrais manques : manque de personnel, manque de matériel, surcharge, budgets limités, procédures anciennes. Il serait injuste de nier ces difficultés. Mais la pauvreté des moyens ne doit jamais devenir un permis de négligence. Quand les moyens sont limités, l’organisation doit être plus rigoureuse, non plus désordonnée.

Le dysfonctionnement répété a un coût invisible. Il coûte des heures de travail perdues, des déplacements inutiles, de l’essence, de la fatigue, de la colère, de la méfiance. Il pousse certains citoyens vers les passe-droits, car ils finissent par croire que la voie normale ne fonctionne pas. Il encourage les relations, les interventions, les coups de téléphone, les connaissances. Et c’est ainsi que la petite panne administrative finit par ouvrir la porte à une grande maladie sociale : l’idée que le droit seul ne suffit pas, qu’il faut toujours connaître quelqu’un pour obtenir ce qui devrait être obtenu simplement.

Sanctionner n’est pas humilier, c’est protéger le service public

Une administration en règle n’est pas une administration qui punit pour punir. C’est une administration qui sait distinguer l’erreur, la faute, la négligence répétée et la fraude. L’erreur peut se corriger par la formation. La faute doit être rappelée. La négligence répétée exige une sanction. La fraude doit être traitée avec fermeté. Si ces niveaux sont confondus, l’injustice apparaît. Mais si rien n’est traité, l’impunité gagne. Le citoyen n’a pas besoin d’une administration brutale, il a besoin d’une administration sérieuse.

Il faut donc mettre en place des mécanismes simples, lisibles et obligatoires. Chaque réclamation doit recevoir un numéro, une date, un délai de réponse et un responsable identifié. Le citoyen ne doit pas déposer une plainte dans le vide. Il doit pouvoir savoir où elle se trouve, qui l’examine et quand une réponse lui sera donnée. La hiérarchie doit être obligée de répondre, même lorsque la plainte n’est pas fondée. Une réponse claire vaut mieux qu’un silence méprisant. Le silence administratif est l’un des plus grands producteurs de colère civique.

Il faut également que les sanctions existent réellement. Une remarque écrite, un avertissement, un déplacement, une suspension, une procédure disciplinaire : tout cela doit être prévu, encadré, contrôlé et appliqué avec justice. Mais il faut surtout que les sanctions soient visibles dans leurs effets, sans nécessairement exposer les personnes à la vindicte publique. Le citoyen n’a pas besoin de connaître tous les détails du dossier disciplinaire, il a besoin de constater que le comportement dénoncé ne se répète plus. La meilleure sanction est parfois celle que l’on ne commente pas, mais dont on voit le résultat : le service fonctionne enfin.

La protection des lanceurs d’alerte internes est également indispensable. Dans chaque administration, il existe des agents honnêtes qui voient les abus, qui souffrent du désordre, qui veulent travailler correctement, mais qui se taisent par peur des représailles ou par découragement. Il faut les protéger. Il faut leur donner des canaux sûrs pour signaler les irrégularités. Une administration saine n’est pas celle où tout le monde se tait, c’est celle où la vérité peut remonter sans que celui qui la dit soit puni à la place de celui qui triche.

Remettre l’administration au service du citoyen

Réformer l’administration ne signifie pas seulement numériser les guichets ou installer des plateformes. Le numérique peut aider, bien sûr, mais il ne remplacera jamais l’éthique du service. Une plateforme peut recevoir une demande, mais elle ne garantit pas à elle seule le respect du délai. Un ordinateur peut imprimer un document, mais il ne remplace pas la conscience professionnelle. La modernisation ne doit pas être un décor, elle doit être une culture, celle du délai respecté, de la réponse claire, de la responsabilité assumée.

Chaque service public devrait afficher des engagements simples : délai de traitement, documents nécessaires, responsable du service, procédure de réclamation, recours possible. Ces informations doivent être visibles, compréhensibles et respectées. Le citoyen ne doit pas venir trois fois pour apprendre à la troisième visite qu’il manque une pièce. Il ne doit pas découvrir au guichet une règle inventée le matin même. Il ne doit pas dépendre du ton d’une personne pour accéder à un droit. La règle doit être écrite, stable, publique et la même pour tous.

Il faut aussi réhabiliter la notion de chef. Un chef de service n’est pas seulement une personne qui signe. C’est une personne qui organise, contrôle, anticipe, corrige. Il doit savoir si l’imprimante fonctionne, si le papier existe, si les agents sont présents, si les citoyens attendent trop longtemps, si les réclamations s’accumulent. La hiérarchie ne peut pas se contenter d’être une décoration administrative, elle doit être une responsabilité quotidienne. Là où il n’y a pas de contrôle, il y aura tôt ou tard du laisser-aller. Là où il n’y a pas de conséquence, il y aura tôt ou tard de l’abus.

La Tunisie n’a pas seulement besoin de grandes réformes annoncées dans les discours. Elle a besoin de petites rigueurs appliquées chaque jour. Elle a besoin d’une administration qui arrive à l’heure, qui répond, qui s’excuse lorsqu’elle se trompe, qui corrige lorsqu’elle faillit, qui sanctionne lorsqu’il le faut. Elle a besoin de responsables qui ne confondent pas solidarité de corps et complicité passive. Elle a besoin d’agents respectés, mais aussi responsables. Elle a besoin de citoyens patients, mais non humiliés.

Le service public est une promesse. Quand cette promesse est tenue, le citoyen retrouve confiance. Quand elle est trahie, même pour une simple feuille de papier, c’est l’État qui se réduit aux yeux de ceux qu’il devrait servir. Une administration digne n’est pas celle qui ne commet jamais d’erreurs, c’est celle qui refuse de les laisser se répéter. C’est celle qui comprend qu’un papier prêt le jour J, une imprimante fonctionnelle, une réclamation suivie et un agent rappelé à l’ordre ne sont pas des détails techniques. Ce sont les gestes élémentaires d’un pays qui se respecte.

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Après le bac, l’orientation universitaire :  peser le pour et le contre avant de choisir

Sans doute l’orientation universitaire revêt-elle une importance capitale dans l’accompagnement des élèves appelés à choisir leur parcours après le baccalauréat. Toutefois, les nouveaux étudiants sont tenus de faire leur choix en se basant sur les critères précisés par le guide d’orientation qui vient d’être publié par le ministère de l’Enseignement supérieur, en formulant des informations fiables et complètes, loin des pressions familiales, des influences extérieures ou des données non vérifiées. C’est que le choix d’une spécialité après le baccalauréat ne doit pas être une décision émotionnelle, aléatoire ou ne correspondant pas aux compétences et aux vocations de l’étudiant. 

Il s’agit donc d’un processus qui nécessite un véritable accompagnement, ainsi qu’un accès clair aux informations relatives aux offres de formation, aux conditions d’accès et aux perspectives futures de chaque spécialité. L’objectif est de permettre au candidat de construire son choix sur des bases solides et de mieux anticiper son parcours universitaire et professionnel. Il va sans dire qu’une orientation réussie repose sur un équilibre entre le souhait de l’élève, ses capacités, ses résultats effectifs et les exigences de la formation choisie.

Une étape décisive

En réalité, cette tâche doit être strictement réservée aux seuls nouveaux bacheliers, sans l’intervention d’autrui, mêmes leurs parents. Il s’agit là d’une affaire tout à fait personnelle qui ne concerne que le nouveau bachelier. C’est lui seul qui est le plus habilité à choisir les études supérieures qu’il aimerait le plus pour exercer le métier qu’il préfèrerait faire plus tard. Un jour, quand il sera médecin, ingénieur ou pilote de l’air et durant toutes les années que durera sa carrière, il sera heureux d’avoir accompli le bon choix puisqu’il exercera son métier avec amour, plaisir et dévouement. 

Si, en revanche, le choix de l’orientation est fait sous des contraintes pour satisfaire les caprices des uns et des autres, le nouveau bachelier entamera ses études universitaires, la mort dans l’âme, sans goût ni motivation. Même s’il réussit à déclencher son diplôme universitaire, c’est avec beaucoup d’amertume qu’il s’engagera dans la vie active, regrettant souvent de ne pas avoir fait les études qu’il aurait souhaitées. Les conséquences seront encore plus désastreuses si le diplôme obtenu demeure sans débouchés. C’est pourquoi le nouveau bachelier doit peser le pour et le contre, jauger ses capacités personnelles, intellectuelles et physiques, avant d’effectuer son choix de la filière universitaire qu’il compte suivre et qui lui permettra un jour d’exercer le métier de son rêve. Laissons-les donc agir à leur guise et selon leurs vocations et prédilections. Qu’ils soient capables de faire le bon choix et d’être responsables de leurs propres actes. Le temps est révolu où le père ordonnait à son fils : «Tu feras médecine !» ou «Tu seras ingénieur !» ou encore : «Tu dois intégrer telle ou telle faculté !» Les jeunes d’aujourd’hui veulent se sentir plus responsables de leur avenir. L’expérience a montré que beaucoup d’entre eux se disent désorientés ou mal orientés et cela se manifeste dès la première année des études supérieures où on enregistre des centaines d’abandons et d’échecs, ce qui engendre un coût important pour la société.

 

Etre responsable de son choix

Il va sans dire que la réussite ou l’échec dans les études universitaires dépendra en grande partie de la filière qu’on aura choisie. Ce choix est d’autant plus important qu’il relève d’une bonne connaissance de la part du candidat à plusieurs niveaux : les critères indiqués dans le guide d’orientation concernant chaque filière, les capacités personnelles et les prédispositions intellectuelles, physiques et psychiques nécessaires à toute intégration dans la vie estudiantine. De même, ce choix décisif est soumis à un compromis entre ses désirs, ses préoccupations et ses centres d’intérêt d’une part, et les exigences des études et des formations à acquérir dans la filière envisagée d’autre part. Il ne suffit donc pas de répondre à certains critères scientifiques pour opter pour telle ou telle filière universitaire, mais il faut prendre en considération plusieurs facteurs. D’ailleurs, rien ne sert de courir ! Il faut prendre son temps pour se renseigner et avoir de plus amples renseignements sur l’opération de l’orientation et sur le profil de la filière à choisir. Des professeurs spécialisés dans l’orientation scolaire et universitaire sont aux secours de ces bacheliers pour les conseiller et les orienter vers les filières les plus adéquates. 

D’ailleurs, une rencontre nationale d’information à l’intention des nouveaux bacheliers s’est tenue récemment à la Cité des Sciences où Ahlem Chater, directrice des affaires estudiantines au ministère de l’Enseignement supérieur, a précisé toutes les informations et les conditions relatives au déroulement de l’orientation universitaire, et ce, pour éclairer les nouveaux étudiants sur plusieurs questions concernant l’orientation, la formation, les métiers et les débouchés assurés par les différentes filières. Pour entamer de bon pied le cycle supérieur et bien réussir ses études universitaires, il faut effectuer le choix qui prenne en considération les motivations et les aspirations mais aussi les capacités intellectuelles et physiques de l’intéressé, sans pour autant être influencé par l’entourage qui pourrait induire le nouveau bachelier en erreur. Rappelons que la session principale de l’orientation universitaire 2026 se déroulera du 27 juillet au 3 août ; les résultats seront publiés le 7 août 2026. Bonne chance à tous !

Hechmi KHALLADI



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Tunisie-COMESA :  L’intégration régionale, levier de repositionnement géostratégique dans une Afrique en mutation

Par Mondher AFI

La rencontre tenue le 30 juin 2026 à Tunis entre le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, et la Secrétaire générale du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), Chileshe Mpundu Kapwepwe, intervient dans un contexte où la politique étrangère tunisienne accorde une attention croissante à son environnement africain. Cette dynamique s’inscrit dans les orientations générales de l’État définies par le Président de la République, Kaïs Saïed, qui placent la diversification des partenariats et le renforcement de la présence tunisienne en Afrique parmi les axes de l’action extérieure.

Toutefois, réduire cette rencontre à une séquence protocolaire constituerait une lecture incomplète de ses véritables enjeux. Elle traduit une évolution plus profonde des logiques diplomatiques contemporaines, où les organisations régionales ne sont plus seulement des cadres institutionnels de coopération, mais deviennent des instruments de puissance, de résilience économique et de projection stratégique. Dans un système international marqué par la fragmentation des chaînes de valeur, la rivalité croissante entre les grandes puissances et la régionalisation des échanges, les communautés économiques africaines apparaissent désormais comme des espaces de sécurisation des intérêts économiques autant que des vecteurs de stabilité politique. Comme le souligne Yves Lacoste : «La géographie, cela sert d’abord à faire la guerre.»

Au-delà de sa formulation devenue classique, cette réflexion rappelle que l’espace constitue avant tout un facteur de puissance. Dans le contexte actuel, cette puissance ne s’exprime plus uniquement par les moyens militaires, elle repose également sur la capacité des États à organiser les flux commerciaux, les infrastructures, les réseaux numériques et les corridors logistiques.

L’évolution du COMESA illustre parfaitement les transformations que connaît aujourd’hui l’intégration africaine. Initialement conçu comme un mécanisme destiné à favoriser les échanges commerciaux entre ses membres, il s’est progressivement affirmé comme un acteur majeur de la gouvernance économique régionale.

Avec plus de six cents millions d’habitants, représentant près d’un tiers de la population africaine, le COMESA constitue désormais un marché d’une ampleur considérable, mais surtout un espace d’expérimentation de nouvelles politiques publiques en matière d’intégration économique. L’organisation développe simultanément des mécanismes de facilitation du commerce, des programmes d’interconnexion des infrastructures, des plateformes numériques de paiement, des stratégies industrielles régionales et des politiques communes en matière énergétique.

Cette mutation traduit un changement de paradigme. L’intégration économique ne consiste plus uniquement à réduire les barrières douanières, elle vise désormais à construire un espace de production intégré, capable de renforcer la compétitivité du continent face aux grands pôles économiques mondiaux.

À cet égard, la pensée de Jean Monnet conserve toute son actualité : «Rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions.»

Le COMESA illustre précisément cette idée selon laquelle les institutions régionales deviennent des multiplicateurs de puissance collective lorsqu’elles sont capables d’organiser des politiques communes de long terme.

 

La géoéconomie au cœur de la nouvelle diplomatie africaine

L’un des enseignements majeurs de cette rencontre réside dans la place accordée aux infrastructures physiques et numériques. Les discussions ont porté sur le développement des liaisons maritimes, l’amélioration des corridors commerciaux, la modernisation des infrastructures frontalières, la facilitation de la circulation des opérateurs économiques ainsi que sur la création de nouvelles plateformes numériques destinées à fluidifier les échanges.

Ces priorités traduisent une transformation profonde des rapports de puissance.

Les ports, les réseaux ferroviaires, les plateformes logistiques, les systèmes numériques de paiement et les câbles de télécommunications constituent désormais des infrastructures stratégiques comparables aux ressources énergétiques ou aux capacités industrielles du siècle précédent.

Autrement dit, la compétition internationale tend progressivement à se déplacer du champ militaire vers celui des échanges économiques, des investissements, des technologies et de la maîtrise des flux commerciaux. Dans cette perspective, les infrastructures ne sont plus seulement des équipements, elles deviennent des instruments de souveraineté économique.

 

La connectivité régionale : une nouvelle architecture de la puissance

L’engagement tunisien en faveur du renforcement des connexions maritimes avec les États membres du COMESA mérite une attention particulière.

Dans les approches contemporaines des relations internationales, la connectivité constitue l’un des principaux indicateurs de la capacité d’un État à s’insérer dans les réseaux mondiaux de production. Plus un territoire est connecté, plus il attire les investissements, facilite les exportations et réduit les coûts logistiques.

Cette logique rejoint les analyses du géographe britannique Peter Taylor, selon lesquelles la mondialisation ne supprime pas les territoires, elle les réorganise autour des réseaux.

Ainsi, les routes commerciales, les plateformes portuaires, les hubs logistiques et les infrastructures numériques deviennent les véritables nœuds de la puissance économique mondiale.

Dans cette perspective, la Tunisie cherche à consolider sa position d’interface entre l’espace méditerranéen, l’Afrique subsaharienne et les marchés européens, en mobilisant sa proximité géographique, son expertise technique et ses infrastructures portuaires.

 

Le numérique comme facteur d’intégration régionale

Les références répétées au commerce électronique, à la gouvernance numérique, aux systèmes régionaux de paiement et à l’intelligence artificielle responsable témoignent d’une évolution significative des priorités africaines.

L’économie numérique modifie profondément les mécanismes traditionnels de l’intégration régionale. Les barrières géographiques perdent progressivement de leur importance au profit des infrastructures digitales, des données, des plateformes de paiement et des normes technologiques communes.

Selon Manuel Castells, «le pouvoir réside dans les réseaux qui organisent les flux d’information.» Cette observation trouve aujourd’hui une traduction concrète dans les politiques du COMESA. La compétitivité ne dépend plus uniquement de la production industrielle mais également de la capacité à maîtriser les flux numériques, les paiements électroniques et les échanges de données.

 

L’énergie, la sécurité alimentaire et les nouvelles interdépendances stratégiques

La coopération envisagée dans les domaines des énergies renouvelables, de l’agriculture intelligente et de la sécurité alimentaire traduit une vision stratégique qui dépasse le cadre des relations économiques classiques pour répondre aux nouveaux déterminants de la puissance et de la résilience des États. Face à la multiplication des crises géopolitiques, climatiques et économiques, les politiques de développement s’articulent désormais autour de trois impératifs majeurs : la transition énergétique, la souveraineté alimentaire et la sécurisation des approvisionnements stratégiques.

Les perturbations des marchés de l’énergie, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et les effets croissants du changement climatique ont mis en évidence la nécessité de renforcer l’autonomie des économies nationales. Dans ce contexte, la sécurité énergétique et la résilience alimentaire sont devenues des composantes essentielles de la sécurité nationale et du développement durable.

Cette évolution explique l’accélération des investissements dans les énergies propres. De nombreux États diversifient aujourd’hui leur mix énergétique en développant les énergies renouvelables, le gaz naturel comme énergie de transition, les carburants à faible émission de carbone et l’hydrogène vert. Cette stratégie répond à la fois aux exigences climatiques et à la recherche d’une plus grande autonomie stratégique, tout en s’inscrivant dans la dynamique internationale de transition vers des modèles énergétiques plus durables.

Parallèlement, l’intégration entre transition énergétique, agriculture intelligente et sécurité alimentaire s’impose comme un levier majeur de résilience. Les innovations technologiques, l’optimisation de la gestion des ressources naturelles et la modernisation des systèmes agricoles permettent d’améliorer la productivité tout en renforçant la capacité des États à faire face aux chocs économiques et environnementaux.

Ainsi, la coopération dans ces secteurs stratégiques dépasse la simple logique de développement sectoriel. Elle participe à l’émergence d’un modèle de croissance fondé sur l’innovation, la durabilité et la résilience, où sécurité énergétique, souveraineté alimentaire et compétitivité économique constituent désormais des dimensions indissociables des stratégies contemporaines de développement.

Comme l’affirme Joseph Nye : «L’intégration régionale apparaît ainsi comme un mécanisme permettant de réduire les vulnérabilités extérieures tout en renforçant l’autonomie stratégique des États africains.»

 

La diplomatie des compétences : un nouveau registre de l’influence

L’offre tunisienne de partager son expertise dans les domaines de la formation, de la gouvernance, de la numérisation ou des infrastructures traduit une évolution qualitative de son action diplomatique.

L’influence internationale ne repose plus exclusivement sur les ressources financières ou militaires, elle dépend également de la capacité à diffuser des compétences, des normes administratives, des savoir-faire techniques et des modèles institutionnels.

Cette approche rejoint les travaux de Joseph Schumpeter : «L’innovation est le moteur fondamental du développement économique.»

Le transfert de connaissances devient ainsi un facteur d’influence durable, particulièrement dans les espaces régionaux en pleine transformation.

 

Une gouvernance régionale fondée sur la confiance institutionnelle

L’annonce de la création d’une commission mixte chargée d’assurer le suivi des engagements constitue probablement l’un des résultats les plus significatifs de cette rencontre.

Dans les processus d’intégration régionale, les mécanismes permanents de coordination sont souvent plus déterminants que les déclarations politiques elles-mêmes. Ils permettent d’assurer la continuité des projets, de mesurer les progrès réalisés et de réduire les coûts institutionnels de la coopération.

Cette démarche traduit une évolution vers une gouvernance davantage fondée sur l’évaluation, la planification et la coordination technique.

Dans cette perspective, les engagements exprimés par la partie tunisienne s’inscrivent dans la continuité des orientations de politique étrangère définies au niveau de l’État sous l’autorité du Président de la République, Kaïs Saïed, notamment en ce qui concerne le développement des partenariats africains et le renforcement de la présence tunisienne dans les organisations régionales.

La visite de la Secrétaire générale du COMESA à Tunis revêt une portée qui dépasse largement le cadre d’un échange diplomatique ordinaire. Elle s’inscrit dans une dynamique continentale marquée par la montée en puissance des organisations régionales comme acteurs centraux de l’intégration économique, de la coordination des politiques publiques et du renforcement de la résilience des États africains face aux mutations de l’environnement international. Dans un contexte où les défis liés à la sécurité alimentaire, à la transition énergétique, à la transformation numérique et aux changements climatiques se multiplient, les espaces régionaux deviennent des plateformes privilégiées pour mutualiser les ressources, développer des infrastructures intégrées et favoriser les investissements.

Le renforcement de la coopération entre la Tunisie et le COMESA s’inscrit pleinement dans cette évolution. Il ouvre des perspectives nouvelles dans les domaines du commerce, de la connectivité, des énergies renouvelables, de l’innovation, des systèmes de paiement régionaux et de la mobilité des compétences. Au-delà de la coopération institutionnelle, ce partenariat participe à la recomposition de la géoéconomie africaine, où l’intégration régionale s’affirme progressivement comme un levier essentiel de compétitivité, de souveraineté économique et de développement durable.



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Vers une Tunisie 100% énergie renouvelable : réalité ou utopie ?

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

La question de la transition énergétique en Tunisie dépasse aujourd’hui le cadre d’un simple débat technique. Elle touche directement à la souveraineté du pays, à sa stabilité économique et à sa capacité à s’adapter aux bouleversements climatiques mondiaux. Dans un contexte où la planète entière accélère sa mutation vers des systèmes énergétiques décarbonés, la Tunisie se trouve face à une équation complexe : comment réduire une dépendance encore forte aux énergies fossiles tout en exploitant un potentiel naturel exceptionnel en solaire et en éolien?

L’idée d’une Tunisie alimentée à 100% par des énergies renouvelables suscite autant d’enthousiasme que de scepticisme. Enthousiasme, car le pays bénéficie d’un ensoleillement parmi les plus élevés du bassin méditerranéen, estimé entre 2.800 et 3.200 heures par an selon les régions. Scepticisme, car la réalité énergétique actuelle reste dominée par le gaz naturel, qui représente plus de 90% de la production électrique nationale, dont une part importante est importée. Entre ces deux extrêmes, la transition s’impose comme un chemin long, exigeant et progressif.

Une dépendance énergétique structurelle lourde à transformer

La Tunisie consomme chaque année environ 8 à 10 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP), dont une part importante est couverte par des importations énergétiques. Cette dépendance dépasse parfois 50% de la consommation nationale, selon les années et la production locale de gaz. Cette situation fragilise directement l’économie nationale, notamment à travers la pression sur les réserves en devises.

La production d’électricité repose majoritairement sur le gaz naturel, avec une contribution marginale des énergies renouvelables qui reste encore inférieure à 10-12% du mix électrique, malgré les objectifs officiels plus ambitieux fixés pour la prochaine décennie. Cette lente progression montre l’écart entre les stratégies annoncées et leur mise en œuvre réelle.

Le coût énergétique constitue également un fardeau important. Les subventions publiques à l’énergie représentent plusieurs centaines de millions de dinars par an, ce qui limite la capacité de l’État à investir massivement dans les infrastructures vertes. Ainsi, la transition énergétique ne peut être dissociée de la question plus large de la réforme économique.

Un potentiel solaire et éolien parmi les plus élevés de la région

La Tunisie possède pourtant un avantage naturel indéniable. Le potentiel solaire exploitable est estimé à plus de 60.000 MW, alors que la capacité installée actuelle reste largement inférieure, autour de quelques centaines de mégawatts seulement. Cela signifie que moins de 5% du potentiel solaire est aujourd’hui exploité, ce qui révèle un écart considérable entre ressources disponibles et valorisation réelle.

Dans certaines régions du Sud tunisien, l’irradiation solaire dépasse les 2.200 kWh/m²/an, un niveau comparable à certaines zones du désert du Sahara considérées comme idéales pour les mégaprojets solaires. Par ailleurs, le potentiel éolien est également significatif, notamment dans le Nord-Ouest et le Sud du pays, avec des vitesses moyennes de vent dépassant 7 m/s dans certaines zones favorables.

Des projets comme les centrales solaires de Tozeur ou les parcs éoliens de Bizerte et de Sidi Daoud montrent que la transition est techniquement possible. Cependant, leur capacité cumulée reste encore insuffisante pour transformer profondément le mix énergétique national.

Les freins économiques, techniques et institutionnels

Malgré ce potentiel, plusieurs obstacles ralentissent fortement la transition. Le premier est économique. Les investissements nécessaires pour atteindre une transition énergétique significative sont estimés à plusieurs milliards de dollars sur les prochaines décennies. À titre d’exemple, le développement d’un parc solaire de 1 GW peut nécessiter entre 800 millions et 1,2 milliard de dollars, selon la technologie utilisée.

Le deuxième frein est technique. L’intermittence des énergies renouvelables impose la mise en place de systèmes de stockage avancés. Or, les capacités de stockage en Tunisie restent encore limitées, ce qui oblige à maintenir une forte dépendance aux centrales thermiques pour stabiliser le réseau électrique.

Le troisième frein est institutionnel. Les procédures administratives, la complexité des autorisations et le manque de coordination entre les acteurs publics et privés ralentissent l’exécution des projets. Même si des réformes ont été engagées, le rythme de mise en œuvre reste inférieur aux besoins réels de la transition.

Enfin, le réseau électrique national nécessite une modernisation importante. Les pertes techniques et non techniques peuvent atteindre jusqu’à 15% de l’électricité produite, ce qui représente un gaspillage significatif et réduit l’efficacité globale du système énergétique.

Vers une transition progressive plutôt qu’une rupture totale

Face à ces contraintes, l’idée d’une Tunisie 100% énergie renouvelable à court terme apparaît difficilement réalisable. Aucun pays au monde n’a encore atteint une indépendance totale en énergies fossiles à grande échelle, même parmi les nations les plus avancées dans ce domaine.

Cependant, la Tunisie peut viser un objectif plus réaliste et stratégique : atteindre une part de 35 à 40% d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici à 2035, comme le suggèrent certaines stratégies nationales. Une telle évolution permettrait déjà une réduction significative des émissions de CO₂ et de la dépendance énergétique extérieure.

La transition doit également s’accompagner d’une transformation des usages. Le secteur du transport, par exemple, représente près de 30% de la consommation énergétique finale, et constitue donc un levier majeur de décarbonation. Le développement des véhicules électriques, encore marginal aujourd’hui, pourrait jouer un rôle clé dans cette évolution.

Sur le plan économique, la transition énergétique représente aussi une opportunité de création d’emplois. Selon certaines estimations internationales, chaque mégawatt installé dans les énergies renouvelables génère entre 5 et 10 emplois directs et indirects, ce qui pourrait dynamiser le marché du travail tunisien.

Ainsi, la question initiale -réalité ou utopie- trouve une réponse nuancée. Une Tunisie 100% renouvelable dans un avenir proche reste un objectif extrêmement ambitieux. Mais une Tunisie en transition rapide, exploitant progressivement son potentiel solaire et éolien, est non seulement possible, mais nécessaire.

La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir si cet objectif est atteignable immédiatement, mais plutôt de déterminer à quelle vitesse la Tunisie est prête à transformer son modèle énergétique. Car dans ce domaine, le retard n’est pas seulement technique, il est aussi stratégique, économique et environnemental.

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Les salles de sport en plein essor : simple effet de mode ou véritable changement de mode de vie ?

Pendant longtemps, les salles de sport étaient principalement fréquentées par des passionnés de musculation ou des sportifs confirmés. Aujourd’hui, leur public s’est considérablement diversifié. Étudiants, cadres, retraités, femmes au foyer ou encore adolescents franchissent désormais les portes des clubs de fitness avec des objectifs très variés. Certains souhaitent perdre du poids, d’autres améliorer leur condition physique, réduire leur stress ou simplement adopter un mode de vie plus sain. Cette évolution s’observe également en Tunisie, où de nombreuses salles ouvrent leurs portes chaque année et où les abonnements connaissent une demande croissante. Cette popularité traduit-elle un simple phénomène de mode ou annonce-t-elle un changement durable des habitudes de vie ?

Une nouvelle culture du bien-être

La pratique sportive n’est plus seulement associée à la recherche d’un physique parfait. Depuis plusieurs années, les professionnels de la santé rappellent les nombreux bénéfices d’une activité physique régulière sur l’organisme. Le sport contribue à prévenir les maladies cardiovasculaires, le diabète, l’obésité et certaines pathologies chroniques. Il améliore également le sommeil, réduit le stress, diminue les symptômes de l’anxiété et favorise une meilleure santé mentale. Cette prise de conscience s’est largement diffusée grâce aux campagnes de prévention, aux réseaux sociaux et à la multiplication des contenus consacrés au bien-être. Les coachs sportifs, les nutritionnistes et les médecins insistent désormais davantage sur l’importance d’intégrer l’exercice physique dans le quotidien plutôt que de rechercher uniquement des performances sportives ou esthétiques. En Tunisie, cette évolution est particulièrement visible chez les jeunes actifs, souvent confrontés à un mode de vie sédentaire marqué par de longues heures passées devant un ordinateur. Après une journée de travail, la salle de sport apparaît comme un moyen de se défouler, de retrouver de l’énergie et de préserver sa santé.

Des salles qui se réinventent pour séduire un public plus large

Face à cette demande croissante, les salles de sport ont profondément transformé leur offre. Les établissements ne proposent plus uniquement des appareils de musculation. Les cours collectifs occupent désormais une place centrale avec des disciplines variées comme le yoga, le Pilates, le cycling, le CrossFit, la danse fitness, les entraînements fonctionnels ou encore les séances de renforcement musculaire adaptées à tous les niveaux. Certaines salles vont plus loin en proposant un accompagnement global. Bilans corporels, programmes nutritionnels, coaching personnalisé, applications mobiles de suivi des performances et espaces de récupération permettent aux adhérents de bénéficier d’un encadrement complet. Les femmes représentent aujourd’hui une part importante de cette clientèle. Beaucoup recherchent un environnement rassurant où elles peuvent pratiquer une activité physique adaptée à leurs objectifs, qu’il s’agisse de remise en forme, de tonification musculaire ou simplement de bien-être. Plusieurs établissements proposent d’ailleurs des espaces réservés aux femmes ou des cours spécialement conçus pour elles.

Les réseaux sociaux, moteur de motivation mais aussi de pression

Impossible d’évoquer le succès des salles de sport sans parler de l’influence des réseaux sociaux. Ces derniers regorgent de vidéos d’entraînement, de conseils nutritionnels et de transformations physiques spectaculaires. Les influenceurs spécialisés dans le fitness partagent quotidiennement leurs séances et encouragent leurs abonnés à adopter un mode de vie plus actif. Cette visibilité contribue incontestablement à démocratiser la pratique sportive. Beaucoup de personnes franchissent le pas après avoir découvert des exercices accessibles ou des témoignages inspirants. Les salles de sport elles-mêmes utilisent les réseaux sociaux pour présenter leurs installations, promouvoir leurs offres ou mettre en avant les réussites de leurs adhérents. Cependant, cette exposition permanente peut aussi générer une certaine pression. Les images de corps parfaitement sculptés ou les défis sportifs parfois irréalistes peuvent décourager certaines personnes qui comparent leurs résultats à ceux affichés en ligne. Les spécialistes rappellent pourtant que chaque individu évolue à son propre rythme et que la priorité reste la santé plutôt que la recherche d’un idéal esthétique.

Une pratique qui résiste malgré les contraintes économiques

Le contexte économique actuel pourrait laisser penser que les dépenses consacrées au sport seraient les premières à être supprimées du budget des ménages. Pourtant, de nombreux adhérents choisissent de maintenir leur abonnement malgré l’augmentation du coût de la vie. Cette fidélité s’explique en partie par le fait que la salle de sport est désormais perçue comme un investissement dans la santé plutôt qu’une simple activité de loisirs. Beaucoup considèrent qu’une activité physique régulière permet de prévenir certains problèmes médicaux et d’améliorer durablement leur qualité de vie. Les établissements se sont également adaptés en proposant des abonnements plus flexibles, des forfaits mensuels ou encore des promotions saisonnières afin de toucher un public plus large. Cette diversification de l’offre contribue à maintenir l’attractivité du secteur malgré les difficultés économiques.

Un changement qui semble s’installer durablement

Si certaines personnes s’inscrivent encore dans les salles de sport par effet de mode ou à l’approche de l’été, la tendance générale semble beaucoup plus profonde. Les habitudes évoluent progressivement vers une meilleure prise en compte de la santé physique et mentale. Le sport s’intègre désormais dans le quotidien au même titre qu’une alimentation équilibrée ou qu’un sommeil de qualité. Les entreprises encouragent également cette évolution en mettant en place des programmes de bien-être pour leurs salariés, tandis que les professionnels de santé recommandent de plus en plus souvent une activité physique régulière comme complément aux traitements médicaux.

En Tunisie, cette dynamique devrait continuer à se développer avec l’arrivée de nouveaux concepts, l’ouverture de salles plus spécialisées et l’intérêt grandissant des jeunes générations pour le bien-être. Le défi sera désormais de rendre cette pratique accessible au plus grand nombre, notamment dans les régions où les infrastructures restent insuffisantes. L’essor actuel des salles de sport ne semble donc pas être un simple phénomène passager. Il reflète une évolution plus profonde des mentalités, où prendre soin de sa santé devient une priorité. Si l’esthétique continue de motiver une partie des pratiquants, elle n’est plus la seule raison qui pousse les Tunisiens à enfiler leurs baskets. La recherche d’un meilleur équilibre de vie, d’une meilleure condition physique et d’un bien-être durable apparaît désormais comme le véritable moteur de cette transformation. Si cette dynamique se confirme dans les années à venir, les salles de sport pourraient devenir, au même titre que les centres de santé ou les espaces culturels, des lieux incontournables du quotidien.

Leila SELMI

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« Chants du Troubadour Eloquent », nouveau recueil de Jalal El Mokh

« Chants du Troubadour Eloquent » est l’un des derniers recueils de poésie parus en juin 2025 aux Editions « Dar Al Thakafia » Rappelons que Jalal El Mokh, poète et écrivain prolifique, a à son actif plus d’une cinquantaine de livres écrits dans les deux langues (arabe, français) et dans des genres différents (poésie, roman, essai, traduction)

Ce recueil de poésie est une œuvre où les poèmes sont organisés de manière chronologique, chaque poème correspondant à un jour précis, et tous écrits au cours d’un seul mois (mars 2025). Ce type de structure nous donne une dimension intime et temporelle à l’œuvre, comme si nous étions en train de lire le journal intime du poète, nous permettant ainsi de suivre l’évolution des pensées, des émotions ou des événements du poète jour après jour. En effet, ce caractère quotidien peut créer une proximité avec le poète, comme un partage intime.

Ce type de recueil, caractérisé par la progression jour par jour, crée un rythme régulier et une continuité narrative et émotionnelle. Le lecteur peut percevoir les changements d’humeur, d’inspiration ou de contexte au fil des jours, sachant que les thèmes abordés sont multiples et variés. Ecrire un poème par jour pendant un mois est un défi créatif qui suppose une imagination débordante et fertile et une inspiration intarissable de la part du poète. Cela reflète aussi une période intense de création vécue par le poète, liée à ce mois (mars 2025).

Cette structure aura certainement un effet sur le lecteur qui s’invite à une lecture séquentielle, jour après jour, pour ressentir la progression. Mais elle peut aussi permettre une lecture fragmentée, où chaque poème est une unité autonome et où les thèmes sont variés (personnels, lyriques, sociaux, existentiels…)

Il n’est pas possible ici d’analyser tous les poèmes de ces recueils ; nous nous bornerons à en citer seulement trois parmi les treize poèmes qui constitue le recueil..

Le poème d’ouverture s’intitule « Mort clinique », dont le thème central est la perte temporaire de l’inspiration poétique, mais suivie d’une renaissance créative. Le poème explore la crise de la création poétique, symbolisée par une « mort clinique », une métaphore forte qui évoque un état d’arrêt, d’inaction, voire de paralysie intérieure. Le poète se sent incapable d’écrire, dénué de toute inspiration, comme s’il était « mort » à sa propre créativité. Cette image traduit une souffrance profonde, un vide existentiel où la parole poétique semble impossible. Mais le poème se termine sur une note d’espoir, avec la renaissance de la verve poétique, la réapparition de la flamme créatrice. Ainsi « la mort clinique » de l’inspiration finit une résurrection poétique. Le poème « Mort clinique » est une méditation profonde sur la crise créative et la puissance de la renaissance poétique. Sa structure chronologique, ses images fortes et son ton contrasté permettent au lecteur de ressentir intensément ce combat intérieur, et d’en sortir avec un sentiment d’espoir et de renouvellement.

Le poème « Face à la mer » (P : 11) évoque un souvenir que le poète garde de la mer d’Hammam-Lif, sa ville natale. Ce poème explore un thème universel et profondément humain : la mémoire du passé et la nostalgie qui en découle. La mer, vaste et intemporelle, devient un miroir où le poète projette ses souvenirs, ses émotions anciennes, et la mélancolie liée au temps qui passe. Face à la mer, le poète se retrouve dans un espace propice à la réflexion, à la remémoration. La mer agit comme un pont entre les souvenirs enfouis et la conscience actuelle. « Face à la mer » est un poème qui mêle habilement souvenirs personnels et symboles universels pour exprimer la nostalgie. Par sa structure, ses images et son ton, il invite le lecteur à une méditation sur le temps qui passe, la mémoire et la beauté fragile des instants vécus. La mer, omniprésente, devient le témoin silencieux de cette émotion profonde.

Le dernier poème porte le même titre que celui du recueil : « Chants du troubadour Eloquent » (P : 108). Dans ce poème, l’auteur prend la défense du troubadour, non en tant que chanteur ambulant du Moyen-Âge qui chantait l’amour courtois ; mais en tant qu’un chanteur qui critique le pouvoir en place par ses chants, à travers ses chansons satiriques ou sa poésie engagée. En effet, il met l’accent sur ces troubadours qui composaient des œuvres souvent destinées à la cour, non pour les glorifier et les encenser, mais aussi pour exprimer des critiques sociales et politiques pour ébranler la cour royale et tous les courtisans, généralement formés de profiteurs, de vils flatteurs et de lèche-bottes.

Hechmi KHALLADI

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Avec les canicules attendues et un El Niñotoujours aussi menaçant : il fera encore plus chaud cet été

C’est le bulletin saisonnier publié par l’INM qui le révèle. En Tunisie, on s’attend à un été torride avec des températures plus chaudes que les normales saisonnières pour la saison juillet-août-septembre 2026 et un risque sérieux de voir le phénomène El Niño faire son apparition…

D’après ce bulletin émis par l’Institut national de la météorologie, la saison estivale (juillet-août-septembre) correspond normalement à la période la plus chaude de l’année en Tunisie. Elle est caractérisée par des températures élevées sur l’ensemble du territoire, particulièrement dans les régions du Centre et du Sud. Quant aux précipitations, elles sont irrégulières et généralement faibles.

Selon les normales climatologiques de référence (de 1991 à 2020), les températures moyennes saisonnières varient entre 25,5°C et 27,5°C dans le Nord du pays et les régions côtières, et entre 27°C et 32°C dans les régions du Centre et du Sud. Les températures les plus basses sont observées à Thala, où les moyennes saisonnières sont de l’ordre de 24°C.

Quant à la pluviométrie, le scénario d’une légère augmentation des précipitations par rapport aux normales pour la saison juillet-août-septembre 2026 est privilégiée sur la Tunisie. Toutefois, les variations régionales demeurent possibles en raison de la forte variabilité spatio-temporelle des précipitations estivales.

Les cumuls saisonniers pour la période en question varient globalement entre 59 et 99 mm dans les régions du Nord, entre 41 et 81 mm dans le Centre du pays et deviennent inférieurs à 34 mm dans la plupart des régions du Sud, avec des valeurs inférieures à 10 mm dans l’extrême Sud.

Juillet 2026 : le mois le plus sec de la saison

Les températures moyennes normales de ce mois varient généralement entre 26°C et 30°C dans le Nord et le Centre, et entre 28°C et 33°C dans le Sud. Juillet constitue le mois le plus sec de la saison. Les cumuls des précipitations dépassent rarement 15 mm dans le Nord et le Centre, tandis qu’elles sont presque nulles dans le Sud.

Août 2026 : augmentation sensible des précipitations

Les températures moyennes normales du mois, calculées sur la période de référence 1991-2020, varient entre 25°C et 30°C au Nord et au Centre, et entre 27°C et 33°C dans le Sud du pays. Le mois d’août enregistre une augmentation sensible des précipitations sur plusieurs régions du pays par rapport au mois de juillet. Les cumuls pluviométriques normaux, qui varient entre 15 et 30 mm sur les régions ouest du Nord et du Centre, demeurent inférieurs à 8 mm dans les régions du Sud et dépassent rarement 18 mm dans le reste du territoire.

Septembre 2026 : épisodes orageux de fin d’été

Les températures moyennes climatologiques de septembre, calculées sur la période de référence 1991-2020, oscillent entre 21°C et 27°C sur les régions du Nord et du Centre, et entre 26°C et 29°C dans le Sud du pays. Les précipitations augmentent par rapport aux mois précédents sous l’effet des épisodes orageux de fin d’été. Les cumuls pluviométriques normaux varient généralement entre 38 et 80 mm au Nord et au Centre, alors qu’ils restent plus modestes dans le Sud de la Tunisie, où ils se situent entre 9 et 34 mm.

Comme on le constate, le bulletin évoque une météo estivale ordinaire, mais avec ce qui se passe actuellement, chez nous comme dans la plupart des pays européens, les moyennes citées pourraient bien sauter de manière plus qu’inquiétante car, avec des températures qui avoisinent les 40 degrés en juin, on doit s’attendre au pire durant les mois de juillet et d’août 2026.

Ainsi, les prévisions météo pour la Tunisie en juillet 2026 annoncent, selon certains spécialistes, un temps caniculaire très sec et ensoleillé sur l’ensemble du territoire. Les températures devraient dépasser les normales de saison, avec des moyennes oscillant entre 26°C et 30°C au Nord et au Centre, et pouvant grimper de 33°C à plus de 40°C dans le Sud et à l’intérieur des terres.

Le climat se décline selon les spécificités régionales suivantes :

Régions côtières et Nord (Tunis, Bizerte, Sousse, Djerba) : les températures maximales restent généralement comprises entre 33°C et 36°C. Une brise marine viendra atténuer la sensation de chaleur, avec une température de l’eau idéale pour la baignade (environ 25°C).

Régions intérieures et Sud (Kairouan, Tozeur) : le thermomètre franchira fréquemment la barre des 40°C. Une chaleur étouffante est à prévoir, nécessitant une bonne hydratation et une protection adaptée.

Précipitations : le temps sera quasi désertique. Il ne pleut pratiquement jamais en juillet, avec une moyenne de zéro à un jour de pluie sur l’ensemble du mois.

El Niño risque de s’inviter !

Pour l’été 2026, les prévisions confirment le développement officiel d’un nouvel épisode du redoutable El Niño. Ce phénomène entraîne un réchauffement anormal des eaux du Pacifique équatorial qui, en se superposant au changement climatique, menace de faire de 2026-2027 l’une des périodes les plus chaudes jamais enregistrées.

Pour ce qui est des prévisions, les modèles climatiques de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) prévoient une montée en puissance continue du phénomène tout au long de la saison, avec un risque accru d’épisodes caniculaires durables. En Europe et en Afrique du Nord, l’été se caractérise par des températures supérieures à la normale et des vagues de chaleur prolongées.

Qu’en sera-t-il pour la Tunisie ?

Notre pays, comme ceux du bassin méditerranéen, fait face à des risques climatiques accrus en raison de l’intensité de ce phénomène, considéré comme l’un des plus puissants des dernières décennies. Ainsifaut-il s’attendre à des vagues de chaleur plus longues et plus intenses que la normale, avec des températures locales dépassant souvent les moyennes saisonnières, assorties de nuits caniculaires.

Kamel ZAIEM

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Foire aux fleurs à Ezzahra : sensibiliser à l’amour de la nature

Les habitants d’Ezzahra et de toutes les villes environnantes ont rendez-vous avec les fleurs et les plantes depuis quelques jours. C’est la Foire aux fleurs, organisée par la commune d’Ezzahra chaque année en début d’été. Cette année, la foire s’installe un peu en retard par rapport aux années précédentes. Depuis des années, les habitants de cette ville se sont habitués à voir cette foire se tenir chaque année fin mai et début juin, une période qui a toujours coïncidé avec la fête des Mères (fin mai) et la Journée Mondiale de l’Environnement (5 juin).

C’est une occasion offerte aux horticulteurs et à beaucoup d’autres artisans spécialisés dans le domaine du jardinage et des outillages et accessoires pour l’entretien des jardins, mais aussi une opportunité pour les gens d’acquérir à des prix promotionnels leurs besoins en plantes pour habiller leurs jardins, leurs terrasses et leurs balcons. Depuis son ouverture, la Foire a drainé un monde nombreux, passionné de plantes et de protection de l’environnement.

Cette foire est un merveilleux rendez-vous de saison, qui remporte chaque année un succès auprès des habitants de cette localité de la banlieue sud et pas mal de visiteurs viennent de partout pour s’approvisionner en fleurs, en arbrisseaux, en plantes ou encore s’enquérir auprès des vendeurs et des spécialistes sur la façon d’entretenir telle ou telle plante ou connaître aussi les noms de milliers d’espèces de plantes et de leurs origines. Les passionnés de fleurs viennent fouiller dans les végétaux exposés, à la recherche d’une plante inconnue, rare ou de collection. Les amateurs dejardinage choisissent les meilleures combinaisons de plantes pour garnir leurs jardins et leurs balcons. Il y a des clients fidèles qui viennent chaque année pour renouveler leurs espaces verts ou l’intérieur de leur appartement.

Cette foire qui se tient sur la place Ennafoura (la fontaine), située sur l’avenue principale qui mène au centre-ville, voit aussi la présence des potiers qui proposent aux clients leurs pots de fleurs ou vases en argile aux multiples dimensions et des apiculteurs qui exposent du miel d’abeilles aux goûts divers. Des producteurs végétaux, des pépiniéristes, des rosiéristes, des grainetiers, des semenciers et des paysagistes viennent de plusieurs régions environnantes pour prendre part chaque année à cette manifestation florale.

On y rencontre également d’autres activités en rapport avec les fleurs, comme la parfumerie et le commerce de l’eau de rose et de géranium et même des plantes naturelles aux vertus médicales. On y croise des exposants qui sont des habitués et qui ne ratent aucune session. Il y a aussi des clients fidèles à cette foire, des amateurs de végétation et de verdure, des amoureux des fleurs et de la nature, qui viennent choisir les meilleures combinaisons de plantes pour garnir leurs espaces verts ou renouveler leurs jardins ou l’intérieur de leurs maisons. Rien qu’à voir la foule des gens qui se précipitent sur les stands, on peut dire que le Tunisien aime le monde des fleurs et trouve du plaisir à vivre entouré de plantes. Cette foire doit certes avoir pour objectif la promotion de la vente des fleurs, des arbustes et des plantes, mais doit être avant tout une manifestation culturelle à but non lucratif, qui tend à sensibiliser les gens à l’amour des plantes et, partant, de la nature et de l’environnement.

Un manque flagrant d’activités culturelles

Cette foire aux fleurs existe depuis une vingtaine d’années. Cet événement a le mérite de créer une certaine animation tout près de la grande fontaine. L’on se demande pourtant pourquoi cette fontaine entourée d’espaces gazonnés a été, depuis quelques années, abandonnée et négligée par les autorités municipales alors qu’avant, des parents accompagnés de leurs petits enfants venaient passer des heures à se divertir sur le gazon autour de la fontaine. Nous avons donc encore une fois remarqué l’absence d’activités culturelles qui doivent accompagner cette foire, comme il se passe dans les foires semblables dans plusieurs villes du monde. Nous aurions souhaité voir cette foire concocter pour le plaisir de ses visiteurs un programme d’animation culturelle qui rime avec l’ambiance des fleurs.

En effet, un concours de dessin en plein air, destiné aux enfants et supervisé par des professeurs des Beaux-arts pourrait avoir lieu en marge de cette foire et aurait pour thème la nature et l’environnement, ce qui pourrait illustrer mieux cet événement. De même, on pourrait organiser en marge de cette foire un colloque ou une conférence où interviennent paysagistes, fleuristes et horticulteurs pour informer le public intéressé sur les nouvelles techniques et découvertes dans le domaine du jardinage et le monde des fleurs. Les organisateurs pourraient également penser à faire appel aux poètes de la région pour déclamer en public leurs poèmes sur le thème des fleurs et de la nature et aux artistes-peintres de la ville pour exposer leurs travaux sur la nature et le monde des fleurs, moyennant des prix à décerner aux meilleures productions. Les troupes musicales de la région pourraient également participer à l’animation de cette foire en donnant des spectacles en plein air. Ce ne sont là que des suggestions qui méritent d’être envisagées pour les prochaines sessions de cette foire aux fleurs dont les senteurs pourraient être plus fragrantes, plus rayonnantes !

Hechmi KHALLADI

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La diplomatie numérique tunisienne à l’épreuve de la transformation digitale africaine : lecture géopolitique et institutionnelle d’une candidature continentale

Par Mondher AFI

Sous l’autorisation du Président de la République, Kaïs Saïed, les autorités tunisiennes ont engagé une démarche diplomatique visant à mobiliser le soutien des États africains en faveur des candidatures tunisiennes au Conseil de l’Union africaine des télécommunications (UAT), au Conseil de l’Union internationale des télécommunications pour la période 2027-2030, ainsi qu’au poste de Secrétaire général de l’Union africaine des télécommunications.

La réunion présidée conjointement par le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, et le ministre des Technologies de la communication, Sofiène Hemissi, avec les chefs des missions diplomatiques africaines accrédités à Tunis dépasse largement le cadre protocolaire. Elle traduit une articulation entre diplomatie, politique technologique et gouvernance continentale.

Cette initiative intervient dans un contexte où le numérique constitue désormais un facteur structurant de la puissance publique. Les infrastructures numériques, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, les données et les plateformes sont devenues des ressources stratégiques comparables aux infrastructures énergétiques ou aux réseaux de transport. La candidature tunisienne s’inscrit ainsi dans une dynamique institutionnelle plus large portée par la Stratégie de transformation numérique pour l’Afrique, élaborée afin de concrétiser les ambitions de l’Agenda 2063.

Comme l’affirmait Manuel Castells, «la technologie ne détermine pas la société, elle est la société». Cette observation rappelle que les politiques numériques ne constituent plus un secteur administratif spécialisé, mais une composante fondamentale des rapports de pouvoir, de développement économique et d‘intégration régionale.

Une diplomatie technologique au service de l’intégration africaine

La rencontre organisée à Tunis illustre l’émergence d’une diplomatie technologique. Les ministres des Affaires étrangères et des Technologies de la communication ont mobilisé le réseau diplomatique africain afin de présenter la vision tunisienne de la gouvernance numérique continentale.

Cette démarche traduit une évolution profonde de la diplomatie contemporaine. Les organisations internationales spécialisées dans les télécommunications ne constituent plus uniquement des espaces techniques, elles sont devenues des lieux où se négocient les normes relatives aux infrastructures, à la cybersécurité, aux fréquences, à la protection des données, à l’intelligence artificielle et aux standards technologiques.

Joseph Nye rappelait que le pouvoir contemporain repose autant sur la capacité d’influencer les règles internationales que sur les ressources matérielles. Dans cette perspective, l’accès aux organes décisionnels de l’Union africaine des télécommunications représente un levier permettant de participer à la définition des orientations stratégiques du continent.

L’action diplomatique tunisienne apparaît ainsi comme une tentative d’inscrire les compétences nationales dans les mécanismes de gouvernance régionale plutôt que comme une simple recherche de visibilité institutionnelle.

La transformation numérique comme projet politique continental

La stratégie africaine de transformation numérique ne réduit pas la digitalisation à un processus technique. Elle la conçoit comme un projet de transformation globale des structures économiques, administratives et sociales.

L’objectif d’un marché numérique africain unique à l’horizon 2030 traduit une volonté d’intégration comparable à celle observée dans d’autres espaces économiques régionaux. Le développement des réseaux numériques, des paiements électroniques, des identités numériques, des services publics dématérialisés et des infrastructures de données participe à la construction d’un espace économique intégré.

Max Weber soulignait que toute administration moderne repose sur la rationalisation des procédures. La numérisation des administrations africaines répond précisément à cette logique de rationalisation en cherchant à réduire les coûts de transaction, améliorer la transparence administrative et renforcer l’efficacité des services publics.

Cette stratégie vise également à faire du numérique un instrument de réduction des inégalités territoriales, de création d’emplois qualifiés et de diversification économique.

La souveraineté numérique comme nouvelle dimension de la souveraineté des États

L’un des concepts centraux de la stratégie africaine demeure celui de la souveraineté numérique. Celle-ci ne signifie pas l’isolement technologique, mais la capacité des États à maîtriser leurs infrastructures critiques, leurs données stratégiques et leurs capacités d’innovation.

La souveraineté numérique implique plusieurs dimensions : la maîtrise des infrastructures de télécommunications, la protection des données personnelles, la cybersécurité, l’interopérabilité des systèmes nationaux, le développement des compétences locales, l’encadrement juridique des technologies émergentes.

Michel Foucault rappelait que le pouvoir s’exerce à travers les dispositifs qui organisent les comportements. Aujourd’hui, les plateformes numériques, les algorithmes et les infrastructures de données deviennent précisément ces nouveaux dispositifs de pouvoir.

Dans ce contexte, la candidature tunisienne s’inscrit dans une réflexion plus large concernant la place des États africains dans la gouvernance mondiale du numérique.

Les fondements institutionnels de la stratégie africaine

La stratégie continentale repose sur plusieurs piliers complémentaires.

Le premier concerne l’environnement réglementaire. Les États sont appelés à harmoniser leurs législations relatives au commerce électronique, à la protection des données, à la cybersécurité et aux transactions numériques.

Le deuxième pilier porte sur les infrastructures numériques. L’accès universel au haut débit constitue un préalable indispensable à toute politique de développement numérique.

Le troisième pilier concerne les compétences humaines. La stratégie insiste sur la formation aux technologies numériques, à l’intelligence artificielle, à la programmation, à la cybersécurité, à la science des données et à l’innovation.

Le quatrième pilier concerne l’innovation entrepreneuriale. Les startups technologiques sont présentées comme des acteurs essentiels de la transformation économique. Edgar Morin rappelait que «la complexité appelle la coopération». Cette idée éclaire parfaitement la logique partenariale retenue par l’Union africaine.

Le document stratégique procède à une analyse SWOT particulièrement révélatrice.

Parmi les forces figurent la diffusion rapide des téléphones mobiles, la croissance continue d’Internet ainsi que l’existence de politiques nationales des TIC dans de nombreux États.

Les opportunités résident dans la jeunesse démographique du continent, le potentiel considérable de croissance numérique, l’essor des paiements électroniques et l’émergence d’un marché continental.

Malgré la multiplication des stratégies africaines de transformation numérique, les obstacles à leur mise en œuvre demeurent profondément structurels. Les dispositifs institutionnels souffrent d’une coordination insuffisante entre les organisations continentales, régionales et nationales, tandis que l’hétérogénéité des cadres juridiques compromet l’émergence d’un espace numérique africain cohérent. À ces limites s’ajoutent le sous-financement chronique des infrastructures, l’absence de mécanismes rigoureux d’évaluation des politiques publiques et une gouvernance souvent davantage orientée vers l’adoption de stratégies que vers la mesure de leurs effets.

Cette situation est aggravée par la faible implication de la société civile dans les processus de négociation et d’élaboration des politiques numériques. Or, les organisations spécialisées dans les droits numériques disposent d’une expertise susceptible d’améliorer la qualité des cadres réglementaires, de renforcer la transparence institutionnelle et d’exercer un contrôle indispensable sur l’action publique. Leur marginalisation prive les gouvernements d’un levier essentiel d’innovation et de redevabilité.

Par ailleurs, si les initiatives multilatérales ont favorisé une certaine convergence normative, leur impact reste limité par la fragmentation des législations nationales, les écarts de développement technologique entre les États et la persistance d’une forte dépendance à l’égard des fournisseurs et plateformes extérieurs. Les cybermenaces, les vulnérabilités financières liées aux technologies émergentes et les inégalités territoriales et sociales d’accès au numérique accentuent encore ces déséquilibres. Cette configuration illustre une modernisation inachevée, où les opportunités offertes par le numérique progressent au même rythme que les risques qu’elles engendrent, révélant les limites d’une gouvernance dont l’ambition politique demeure supérieure à ses capacités institutionnelles et opérationnelles.

La gouvernance numérique comme enjeu institutionnel

Au milieu de cette dynamique continentale, l’action des autorités tunisiennes vise à inscrire le pays dans les structures de gouvernance qui accompagneront cette transformation.

La rencontre diplomatique organisée à cette occasion traduit une compréhension stratégique selon laquelle les décisions techniques prises aujourd’hui façonneront les équilibres institutionnels de demain, faisant de la gouvernance des technologies un levier majeur de l’influence internationale.

Au cours de cette démarche, le Président de la République, Kaïs Saïed, intervient dans le cadre de ses prérogatives institutionnelles en autorisant cette mobilisation diplomatique, tandis que sa mise en œuvre est assurée par les ministères compétents chargés des affaires étrangères et des technologies de la communication. Cette répartition des responsabilités traduit le caractère interministériel de la gouvernance du numérique.

Dans cette perspective, le numérique est appréhendé comme un levier d’intégration économique à l’échelle africaine, en cohérence avec les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine. Le développement des plateformes numériques contribue à la réduction des coûts de transaction, à la facilitation des paiements transfrontaliers, à l’amélioration des chaînes logistiques et au renforcement de l’attractivité des investissements.

Les travaux de Bruno Latour soulignent que les réseaux constituent des formes d’organisation des interactions et des capacités d’action. Dans le contexte africain, les réseaux numériques remplissent une fonction d’infrastructure économique en favorisant l’interconnexion des marchés et la circulation des flux. L’enjeu dépasse ainsi la seule connectivité des individus pour s’étendre à l’intégration progressive des économies.

L’intelligence artificielle et la cybersécurité

La stratégie accorde une place importante aux technologies émergentes.

L’intelligence artificielle, les objets connectés, la blockchain, les drones, la robotique et les mégadonnées sont considérés comme des leviers capables de transformer l’agriculture, la santé, l’éducation, les services financiers et l’administration.

Toutefois, ces innovations accroissent simultanément les vulnérabilités.

Jacques Ellul soulignait que toute innovation technique produit des effets imprévus qu’il convient d’anticiper. Cette réflexion justifie l’importance accordée à la cybersécurité, à la protection des données personnelles et aux cadres réglementaires.

La confiance numérique devient ainsi une condition préalable au développement économique.

L’initiative diplomatique conduite à Tunis s’inscrit dans une évolution beaucoup plus large que la seule compétition pour des fonctions internationales. Elle témoigne de la montée en puissance des enjeux numériques dans les politiques publiques africaines et de la transformation progressive de la gouvernance continentale.

L’analyse de la Stratégie de transformation numérique pour l’Afrique montre que le numérique est désormais conçu comme une politique de développement, un instrument d’intégration régionale, un levier de souveraineté et un facteur de recomposition géopolitique. Les objectifs relatifs à l’harmonisation réglementaire, au développement des infrastructures, à la cybersécurité, aux compétences numériques et à l’intelligence artificielle traduisent une approche systémique où les dimensions économiques, institutionnelles et technologiques sont étroitement articulées.

Dans cette perspective, les candidatures tunisiennes prennent place dans un processus collectif visant à renforcer les capacités institutionnelles africaines face aux mutations de l’économie numérique mondiale. Elles participent à une dynamique où la maîtrise des normes, des infrastructures et des technologies devient un élément essentiel de la gouvernance contemporaine. Comme l’écrivait Pierre Bourdieu, «le pouvoir réside aussi dans la capacité de définir les règles du jeu». Appliquée au numérique, cette réflexion souligne que la participation aux instances continentales constitue moins une question de représentation qu’un enjeu de contribution à la définition des règles qui structureront l’espace numérique africain au cours des prochaines décennies.

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Pensées estivales : sous le poids de la canicule

On voudrait croire que l’été n’ait pas encore commencé, car nous ne sommes pas encore prêts à vivre ses jours et ses nuits caniculaires et pénibles. On avait rêvé quavec le phénomène des changements climatiques, on aurait la chance de passer des jours et des mois dans l’atmosphère agréable d’un temps hivernal ou printanier.

Et là, nous avons au moins le droit de rêver d’un été doux.Mais «Monsieur l’été» avait hâte de nous accueillirchaleureusement en sa saison depuis déjà plus d’une dizaine de jours. Il s’impose à nous et comme de coutume, il ne se soucie guère de notre situation pas du tout enviable avec un menu composé de chaleur, à l’ombre ou sous le soleil, de sueur et de douleur dans une ville qui suffoque et manque de beaucoup d’air en pareille période. Nous sommes contraints d’endurer les rendez-vous insupportables de l’été et qui semblent interminables. «Minable est la saison d’été !», avons-nous lancé à plusieurs gens de notre entourage. Ces derniers ne l’avaient pas partagé, non pas sur Facebook, mais ne l’avaient pas du toutapprécié, car l’été est leur saison préférée. Et c’est drôle ce que nous vivons sous ces cieux commegenre de situation, entourés d’une frange d’êtres humains qui ignorent encore qu’ils sont, peut-être, ou sûrement masochistes, qui trouvent du plaisir à souffrir.

Fuir les vagues de chaleur

Ils ont certainement raison de vivre une telle situation, car ils disposeraient pas des outils nécessaires pour combattre l’été et ses caprices : lesmoyens financiers pour passer de belles vacances en bord de mer, défiant toutes les chaleurs du monde. Il y en a même qui voyagent vers des contrées parfois lointaines pour oublier l’été et jouir de la fraîcheur. Et pour retourner vers ceux qui détestent l’été, ils arrivent jusqu’à ne pas prononcer son nom. Ils l’appellent «esskhana» (la chaleur), une appellationpar laquelle leurs pensées vont vers la fièvre, dans le sens du mal et de la pathologie. Et sans aller trop loin avec les jours d’un été pas du tout clément, on pourrait se déplacer avec de petits moyens financiers vers la Banlieue nord de Tunis, par exemple, pour piquer un nez en mer, manger un sandwich et aller ensuite dans un café calme, aéré ou climatisé et peu fréquenté pour siroter un thé et s’adonner à une lecture d’été, celle d’un roman, d’un recueil de poésie ou de nouvelles en langue arabe ou française d’ici ou d’ailleurs. Une boisson fraîche serait la bienvenuepour accompagner la lecture. On aura fui au moins, etpour quelques heures, le poids horrible de la canicule qui règne dans la capitale. L’essentiel n’est-il pas de humer la brise marine qui rafraîchit la plage et l’atmosphère en général et d’essayer de calmer son esprit en se créant et en vivant des instants heureux ?

Lotfi BEN KHELIFA

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Rapport mondial 2026 sur les drogues : hausse inquiétante de la consommation de cannabis en Tunisie

À l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite de drogues, célébrée chaque année le 26 juin, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a publié son Rapport mondial sur les drogues 2026.
Ce rapport, conçu comme une référence mondiale sur les marchés de la drogue, les tendances de consommation et les politiques publiques, propose une analyse détaillée des évolutions observées aux niveaux mondial, régional et sous-régional. Son édition 2026 accorde une attention particulière à l’impact de la consommation de drogues sur la sûreté et la sécurité, en examinant les liens entre usage de stupéfiants, criminalité, violences et vulnérabilités sociales.
Le document souligne que les réseaux criminels exploitent de plus en plus les nouvelles technologies, les crises et l’instabilité mondiale pour développer de nouvelles substances, conquérir de nouveaux marchés et diversifier leurs routes de trafic.
«En 2024, 331 millions de personnes, soit 6,2% de la population mondiale âgée de 15 à 64 ans, a consommé des drogues, contre 5,2% en 2014. Le cannabis demeure de loin la substance la plus consommée, avec 256 millions d’usagers, suivi des opioïdes (63 millions), des amphétamines (32 millions), de la cocaïne (25 millions) et de l’ecstasy (21 millions)», indique le document.
L’ONUDC met également en évidence une augmentation sans précédent des drogues synthétiques. «Les fabricants de stupéfiants continuent de mettre au point de nouvelles substances afin de contourner les réglementations et d’échapper aux contrôles. En 2024, le nombre de types de drogues identifiés lors des saisies était cinq fois supérieur à celui enregistré avant l’an 2000. Le nombre de nouvelles substances psychoactives recensées sur les marchés mondiaux a atteint 755 en 2024, dont 118 ont été signalées pour la première fois», affirme le rapport.
Le document fait aussi état de la mondialisation du marché de la «méthamphétamine», une drogue de synthèse généralement fabriquée dans des laboratoires clandestins et commercialisée sous forme de poudre, de comprimés ou de cristaux. «Sa diffusion s’étend désormais au Moyen-Orient, à l’Afrique et à certaines régions d’Europe. Parallèlement, la consommation de cannabis continue de progresser, portée notamment par l’évolution des politiques de légalisation ou de décriminalisation adoptées dans plusieurs pays», précise le document.
L’ONUDC souligne également que la production mondiale de cocaïne a plus que quadruplé en dix ans, dépassant 4.000 tonnes en 2024, tandis que les organisations criminelles étendent leurs activités vers de nouveaux marchés, notamment en Afrique et en Asie. À cet effet, l’organisation a appelé à renforcer la coopération internationale, le partage de renseignements, ainsi que les politiques de prévention, de traitement des addictions et de réduction des risques.

Cannabis : la prévalence annuelle passe de 2,6% à 5,35% entre 2013 et 2017
En outre, le rapport présente des données relatives aux saisies de stupéfiants réalisées dans plusieurs pays, dont la Tunisie. «En 2024, les autorités tunisiennes ont principalement saisi 1,8 tonne de résine de cannabis, près de 97 kilogrammes de substances de type ecstasy, 52,8 kilogrammes de cocaïne, ainsi que des quantités plus limitées d’héroïne (1,14 kg) et de buprénorphine (0,19 kg)».
Le rapport fournit également des estimations sur la consommation de cannabis en Tunisie. Selon les données conjointes du MedSPAD et de l’ONUDC, la prévalence annuelle de l’usage du cannabis parmi les personnes âgées de 15 à 64 ans est estimée à 5,35% en 2017, contre 2,6% en 2013.

2025 : 15.253 affaires de stupéfiants et 27.338 personnes impliquées
Au niveau national, les représentants du ministère de l’Intérieur, lors d’une séance d’audition tenue le 25 juin 2026 à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), par la Commission de la législation générale, consacrée à l’examen de la proposition de loi visant à amender la loi n°52 de 1992 relative à la lutte contre les stupéfiants, ont dressé un état des lieux particulièrement préoccupant.
Ils ont indiqué qu’en 2025, près de 15.253 affaires liées aux stupéfiants ont été enregistrées, impliquant 27.338 personnes. «La tranche d’âge des 19 à 40 ans représente à elle seule près de 89% des personnes impliquées», ont-ils souligné.
Sur le plan géographique, ils ont précisé que les zones les plus touchées demeurent le Grand Tunis, le littoral ainsi que certaines régions du Nord-Ouest, identifiées comme des espaces à la fois de consommation et de trafic.
Ils ont ainsi ajouté qu’au cours de l’année 2025, d’importantes quantités de drogues de différentes catégories ont été saisies, notamment 2 590 707 comprimés, ainsi que 131 810,57 grammes de cocaïne.

Nouha MAINSI

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Le textile tunisien :  laboratoire méditerranéen de la mode intelligente

Par Jamel BENJEMIA

Il est des industries qui ne fabriquent pas seulement des produits, elles façonnent des territoires, structurent des vies et tissent silencieusement la mémoire collective d’une nation. Le textile appartient à cette catégorie rare. Derrière chaque atelier, chaque métier à tisser, chaque bobine de fil, se cachent des générations de femmes et d’hommes, des savoir-faire transmis, des destins familiaux et une certaine idée du travail.

Pendant plus d’un demi-siècle, le textile tunisien a incarné l’une des plus grandes aventures industrielles et sociales du pays. Porté par la loi 70 et par la vision modernisatrice impulsée sous Hédi Nouira, il a permis l’émergence d’un tissu industriel dense, créateur de centaines de milliers d’emplois et profondément arrimé aux marchés européens. La Tunisie est ainsi devenue l’un des ateliers privilégiés de l’Europe, forgeant sa réputation sur la qualité de sa main-d’œuvre, sa proximité géographique et sa remarquable capacité d’adaptation.

Mais l’histoire économique ressemble à la mer Méditerranée : elle n’accorde aucun mouillage définitif. Les courants changent, les routes commerciales se déplacent, les certitudes d’hier deviennent parfois les fragilités de demain.

La mondialisation a profondément redessiné la géographie industrielle. Le Bangladesh, le Vietnam ou l’Éthiopie disputent désormais aux pays méditerranéens le terrain des coûts salariaux. Dans le même temps, les consommateurs réclament davantage de rapidité, de personnalisation, de durabilité, mais aussi d’authenticité et de sens.

Le vêtement n’est plus un simple assemblage de tissus. Il devient une expérience, une affirmation identitaire, parfois même un engagement éthique.

Dès lors, une interrogation majeure s’impose : la Tunisie doit-elle demeurer un atelier performant au service des marques étrangères ou ambitionner de devenir un laboratoire méditerranéen de la mode intelligente ?

La réponse dépasse largement le destin d’un secteur industriel. Elle engage la capacité de la Tunisie à passer du statut d’atelier performant à celui de créateur de valeur, d’idées et d’imaginaires.

Sortir du piège du bas coût

Le principal risque auquel est confronté le textile tunisien consiste à poursuivre une bataille déjà perdue, celle des coûts.

Aucune économie méditerranéenne ne pourra durablement rivaliser avec les salaires pratiqués dans certaines régions d’Asie ou d’Afrique subsaharienne. Chercher à préserver la compétitivité uniquement par la compression des coûts reviendrait à engager une course vers le moins-disant social dont personne ne sortirait vainqueur.

L’expérience asiatique mérite à cet égard d’être méditée avec attention.

La Chine, la Corée du Sud ou Taïwan ont certes débuté par la sous-traitance intensive. Mais elles ont rapidement compris qu’une nation ne s’enrichit pas durablement en cousant pour les autres ou en vendant exclusivement des heures de travail. Elles ont investi massivement dans le design, la recherche, les marques, la logistique, la technologie et la propriété intellectuelle.

La véritable richesse ne réside plus dans l’assemblage du vêtement, mais dans sa conception, son récit, son image et sa capacité à susciter le désir.

Plus encore, la maîtrise des marques, du design et de l’innovation constitue désormais un enjeu de souveraineté économique. Les pays qui abandonnent la conception aux autres finissent souvent par dépendre des décisions prises ailleurs. Or, dans un monde fragmenté par les tensions commerciales et les rivalités technologiques, produire sans concevoir revient à naviguer sans gouvernail.

Faire émerger une signature méditerranéenne

L’une des grandes faiblesses du textile tunisien demeure son invisibilité.

Chaque année, des millions de pièces confectionnées en Tunisie sont vendues en Europe sans que le consommateur final en ait conscience. Le pays produit, mais ne signe pas.

Or, dans l’économie contemporaine, la marque constitue un actif stratégique majeur.

La Tunisie dispose pourtant d’atouts singuliers : héritage andalou, artisanat séculaire, diversité des influences méditerranéennes, maîtrise de la broderie, du tissage et des fibres naturelles.

Pourquoi ne pas faire émerger un label international associant élégance méditerranéenne, qualité européenne et production responsable ?

Cette ambition n’a rien d’utopique. Feu Ezzedine Alaïa, génie absolu de la haute couture, avait démontré qu’un créateur tunisien pouvait puiser dans sa mémoire intime pour élaborer un langage esthétique universel. Son célèbre col Alaïa demeure l’illustration éclatante de cette alchimie entre enracinement local et rayonnement mondial.

Le textile tunisien gagnerait ainsi à renouer avec sa géographie et son climat. Depuis des siècles, les peuples méditerranéens ont appris à vivre sous un soleil exigeant, à composer avec la chaleur, la sécheresse et l’intensité lumineuse.

Cette expérience pourrait devenir un formidable laboratoire d’innovation.

Pourquoi ne pas développer des vêtements spécialement conçus pour les régions soumises aux fortes chaleurs, capables de réguler la température corporelle, d’évacuer rapidement l’humidité ou de sécher en quelques minutes ? Pourquoi ne pas imaginer des tissus infroissables réduisant les besoins en repassage et, par conséquent, la consommation énergétique domestique ?

À l’heure où le réchauffement climatique redessine les modes de vie à l’échelle planétaire, la Tunisie pourrait devenir pionnière d’une nouvelle génération de vêtements adaptés aux climats extrêmes.

Demain, l’innovation textile ne consistera peut-être plus à suivre la mode, mais à aider l’humanité à mieux habiter une planète plus chaude.

Construire la mode intelligente

L’industrie textile mondiale entre dans une nouvelle révolution industrielle.

L’intelligence artificielle, l’analyse des données massives, la robotisation et la numérisation bouleversent déjà l’ensemble de la chaîne de valeur.

Demain, les algorithmes prédiront les tendances avant même qu’elles n’apparaissent sur les réseaux sociaux. Les logiciels anticiperont les ventes, réduiront les invendus et permettront la personnalisation des collections.

Le couturier de demain travaillera autant avec des stylistes qu’avec des data scientists.

Grâce à la qualité de ses ingénieurs, à ses compétences numériques et à la vitalité de sa jeunesse, la Tunisie dispose ici d’une opportunité historique.

Cela suppose toutefois la création d’écosystèmes associant universités, écoles de mode, centres de recherche, startups technologiques et industrielles.

Des pôles spécialisés pourraient émerger autour des textiles connectés, des fibres intelligentes, des tissus médicaux, des matériaux recyclés ou encore des vêtements destinés aux industries automobile et aéronautique.

Demain, l’aiguille dialoguera avec l’algorithme, le métier à tisser avec la donnée et l’inspiration créatrice avec l’intelligence artificielle.

Miser sur la proximité et la durabilité

Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, les ruptures logistiques et l’urgence climatique, la proximité redevient un avantage compétitif majeur.

L’Europe découvre aujourd’hui les limites d’une dépendance excessive à des chaînes d’approvisionnement lointaines.

La Méditerranée retrouve ainsi une centralité économique inattendue.

À quelques jours seulement des principaux marchés européens, la Tunisie dispose d’un atout géographique exceptionnel. Elle peut répondre rapidement aux commandes, produire en séries limitées et réduire considérablement les délais de livraison.

Parallèlement, les exigences environnementales remodèlent déjà l’industrie mondiale.

Les consommateurs européens ne recherchent plus seulement un vêtement, ils veulent connaître son histoire, son empreinte environnementale et les conditions humaines de sa fabrication.

En investissant massivement dans l’économie circulaire, les énergies renouvelables, le recyclage des fibres et la gestion durable de l’eau, la Tunisie pourrait devenir l’une des premières plateformes méditerranéennes de production textile décarbonée.

Coudre sa propre destinée

L’histoire économique enseigne qu’aucune nation ne progresse durablement en demeurant l’exécutante du génie des autres.

Durant plusieurs décennies, la Tunisie a admirablement rempli son rôle d’atelier manufacturier aux portes de l’Europe. Cette époque ne doit ni être reniée ni abandonnée aux poussières de l’histoire : elle a légué à la Tunisie bien davantage que des usines et des statistiques. Elle lui a transmis des gestes, des savoir-faire et cette intelligence de la main qui constitue souvent le premier visage du génie d’une nation.

Mais les grandes nations économiques sont celles qui savent transformer leurs héritages en tremplins plutôt qu’en refuges.

Le textile tunisien ne doit plus seulement confectionner des vêtements, il doit concevoir des idées, créer des marques, inventer des matières, produire de l’intelligence et exporter une vision méditerranéenne du monde.

Le véritable enjeu n’est plus de savoir combien de pièces la Tunisie peut fabriquer, mais combien d’innovation, de créativité et de sens elle peut incorporer dans chacune d’elles.

Car, au XXIᵉ siècle, les nations qui prospèrent ne sont plus nécessairement celles qui disposent des bras les moins coûteux, mais celles qui savent métamorphoser leur mémoire, leur culture et leur intelligence collective en richesse durable.

La Tunisie porte en elle cet héritage, cette intelligence de la main et cette créativité qui distinguent les peuples bâtisseurs. Il lui reste désormais à les convertir en vision industrielle, en innovation et en rayonnement international.

Pendant des décennies, elle a habillé l’Europe. Le siècle qui s’ouvre lui offre peut-être une destinée plus vaste : ne plus seulement confectionner des vêtements, mais imaginer les usages de demain, vêtir l’avenir et, fil après fil, tisser sa propre renaissance.

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Bac 2026 : les statistiques par région donnent froid dans le dos 

Lorsqu’on passe du simple au double dans l’analyse du tableau des taux de réussite d’un gouvernorat à un autre, il y a de quoi se préoccuper sérieusement. Il ne s’agit plus de défaillances individuelles, mais de manque d’équité à plus d’un niveau et pas uniquement en matière d’infrastructure…

Pour revenir aux chiffres officiels de la session principale communiqués par le ministère de l’Education, il y a lieu de rappeler que le taux de réussite national qui s’établit à 35,67% affiche son niveau le plus bas depuis cinq ans, en recul constant par rapport à 2025 (37,08%) et surtout 2024 (42,20%).

Sur les 154.928 candidats au départ, seuls 55.259 ont décroché leur baccalauréat du premier coup, tandis que 50.236 élèves (32,43%) auront à tenter de nouveau leur chance lors de la session de contrôle.

Or, ce qui est encore plus préoccupant, c’est la répartition des élèves admis par région. Un classement qui révèle de profondes différences qui viennent confirmer que les candidats ne partent pas, la veille des examens, avec les mêmes chances de réussite.

C’est que la lecture du tableau de répartition des élèves admis révèle de profondes inégalités régionales entre le littoral et les régions de l’intérieur.

Comme c’est le cas quasiment chaque année, le pôle d’excellence se situe toujours dans le littoral et garde ses principales composantes. La région de Sfax confirme son hégémonie historique sur l’éducation tunisienne. Ainsi, Sfax 2 arrive en tête du pays avec un taux de réussite de 55,16%, immédiatement talonné par Sfax 1 à hauteur de 52,61%. Le Sud-Est et le Centre-Est se distinguent également avec Médenine (49,25%), Mahdia (46,85%) et Monastir (45,34%). Les grands centres urbains de la capitale (Ariana, Ben Arous et Tunis 1) naviguent quant à eux dans une fourchette honorable située entre 41% et 42,51%.

Un clivage persistant

Or, c’est dans la seconde moitié du tableau que des vérités douloureuses se confirment d’une année scolaire à l’autre et d’une session de baccalauréat à une autre. La fracture de l’intérieur est plus qu’évidente et elle est surtout confirmée par quelques régions et gouvernorats qui demeurent «fidèles» aux dernières places. Ainsi, la région de Jendouba enregistre la plus lourde contre-performance nationale avec un taux de réussite de seulement 26,48%. L’écart abyssal entre le sommet (Sfax 2) et le bas du classement (Jendouba) atteint 28,68 points de pourcentage. Sans commentaire…

Cette répartition traduit un clivage persistant entre les régions côtières, généralement mieux dotées en infrastructures et ressources pédagogiques, et les zones intérieures nettement défavorisées. Et il n’y a pas que l’infrastructure qui fait la différence puisque d’autres facteurs entrent en jeu pour favoriser des régions et desservir d’autres.

A titre d’exemple, les meilleurs enseignants se trouvent dans les régions côtières et celles qui disposent de meilleures conditions de vie et de séjour. Ces enseignants bénéficient de leur ancienneté pour s’installer dans les grandes villes, privant les candidats des régions de l’intérieur de leur expérience et leur savoir-faire.

Une injustice régionale qui interpelle

C’est dire que ces différences ne s’expliquent pas uniquement par des facteurs scolaires. Les conditions de vie jouent également un rôle majeur dans les performances des élèves. Bien que le taux national d’accès à l’eau potable dépasse 95%, certaines régions restent en dessous de cette moyenne : Kasserine (62,5%), Kairouan (63,4%), Jendouba (70,6%), Siliana (72,8%) et Le Kef (73,1%). Ces chiffres traduisent des difficultés liées aux infrastructures, aux coupures d’eau et aux inégalités d’accès aux services publics, qui influencent directement les conditions d’apprentissage.

Autre facteur non moins important à relever, le décrochage scolaire constitue également un indicateur préoccupant. Environ 91.000 élèves ont quitté l’école durant l’année scolaire 2021-2022, un phénomène particulièrement fréquent dans les régions défavorisées. Les difficultés économiques, l’éloignement géographique et la faiblesse des perspectives professionnelles augmentent le risque d’abandon scolaire, surtout durant la période du collège. Là aussi, de potentiels bons élèves n’ont pas la chance d’aller jusqu’au bout de leurs études secondaires et sont obligés de jeter l’éponge alors qu’ils disposent d’un bagage éducatif qui leur permet de s’imposer parmi les meilleurs.

Pour aller directement au but, il y a lieu de rappeler que ces difficultés scolaires s’inscrivent dans un contexte plus large marqué par le chômage, la pauvreté et la marginalisation sociale dans des régions qui ne récoltent que les promesses alors qu’elles sont quasiment privées de tout depuis de longues décennies.

Et ce ne sont pas les résultats du baccalauréat 2026 qui ont créé de telles inégalités, mais ils sont là pour les mettre en évidence, appelant l’Etat à prendre sérieusement conscience de cette amère vérité et à mettre en place une politique globale associant développement régional, amélioration des services publics et renforcement du système éducatif afin de garantir une réelle égalité des chances pour tous les candidats. Car, qu’on le veuille ou non, il s’agit d’une sorte d’injustice qui n’a plus sa raison d’être et qui ne doit plus durer.

Kamel ZAIEM

Taux de réussite par gouvernorat 

Sfax 2 : 55,16%

Sfax 1 : 52,61%

Médenine : 49,25%

Mahdia : 46,85%,

Monastir : 45,34%

Sousse : 44,77%

Ariana : 42,51%

Ben Arous : 41,75%

Tunis 1 : 41,64%

Gabès : 41,26%

Nabeul : 41,13%

Tunis 2 : 40,49%

Tataouine : 39,69%

Bizerte : 37,67%

Kébili : 36,27%

Manouba : 35,89%

Sidi Bouzid : 34,58%

Beja : 34,11%

Kairouan : 33,78%

Le Kef : 32,50%

Zaghouan : 31,44%

Tozeur : 31,04%

Siliana : 30,52%

Gafsa : 28,57%

Kasserine : 26,66%

Jendouba : 26,48%

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