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L’éditorial de Hédi Mechri: Les deux visages de la Tunisie 

Hasard de calendrier ou signe prémonitoire : la lueur d’espoir qui apparaît dans le ciel assombri du pays. Une fois de plus, l’école, le collège, le lycée et l’université volent au secours de l’humeur nationale tombée à son plus bas niveau. Ils rétablissent notre fierté et notre dignité abîmées, bafouées dans l’arène des compétitions économiques et sportives. Pour combien de temps encore ?, sommes-nous tentés de dire. Ils effacent un effroyable sentiment de honte nationale en raison de la débâcle, du naufrage collectif de notre onze national, relégué au plus bas de la hiérarchie de la compétition mondiale de football 2026. Ce n’est pas tant la défaite sur toute la ligne et l’humiliation qui font le plus mal que notre impuissance, résignation et insignifiance ; bref, ce que nous sommes devenus sans qu’on y prenne garde. La déprime aura été de courte durée, ce qui n’exonère nullement les auteurs de cette faillite sportive et morale. Elle s’est vite dissipée par la vague de joie suscitée par les résultats rassurants de notre système éducatif, impressionnant par sa capacité de résilience. Ces performances mettent du baume aux cœurs attristés, meurtris de tout un pays qui n’en finit pas de souffrir, rongé, miné qu’il est par des frustrations au quotidien, par les rancœurs, l’indignation et une colère sourde qui n’est jamais d’un bon présage.

La vitalité, la crédibilité et la notoriété de notre système d’enseignement – tous cycles confondus – tranchent avec la morosité, le recul, la décadence et souvent le naufrage de l’économie, des finances publiques, de la culture et du sport qui ont connu leur heure de gloire par le passé avant de sombrer au fond des abîmes. Ces théâtres d’activités éminemment stratégiques sont devenus, sans être les seuls, un lieu de passage et de transit de la médiocrité institutionnalisée. L’inconstance, l’inconsistance, l’approximation et l’improvisation tiennent lieu de mode de gestion avec son cortège d’erreurs, d’échecs, de découplages et de décrochages. Les déboires de la Fédération tunisienne de football – et pas qu’elle seule – en sont une parfaite illustration. L’ennui, c’est que les déconvenues, l’amateurisme, l’arrogance et l’opportunisme de ses dirigeants laissent de marbre le ministère des Sports. Il ne paraît pas s’en offusquer ou s’en indigner, pas plus qu’il ne semble s’alarmer de l’état de décomposition et de délabrement des infrastructures sportives, quand elles existent encore, alors qu’il est partie prenante de la cohésion sociale et de l’image de la Tunisie dans le monde.

Le naufrage, comme jamais dans l’histoire de l’équipe nationale de football, est loin d’être un phénomène ou une tragédie isolés. Il est symptomatique d’une dérive et d’un mal dont la banalisation ne choque plus personne. Ce triste épisode en dit long sur la dilution et la dislocation du pouvoir de décision. L’exception tunisienne n’est plus tout à fait ce qu’elle était. Elle a changé, par certains endroits, de signes et de direction. Reste que dans cette chronique de déclin annoncé, le pays conserve, paradoxalement, quelques îlots d’excellence, là où se propagent, se développent le savoir et la connaissance sous toutes leurs formes : individuelles, collectives et artificielles, là où la conscience nationale prend toute sa résonance.

 

« L’inconstance, l’inconsistance, l’approximation et l’improvisation tiennent lieu de mode de gestion avec son cortège d’erreurs, d’échecs, de découplages et de décrochages. Les déboires de la Fédération tunisienne de football – et pas qu’elle seule – en sont une parfaite illustration ».

 

L’école républicaine, le collège, le lycée et l’université n’ont pas été contaminés, tant s’en faut, par des intrus venus de nulle part à la seule fin de se donner un statut et de profiter de privilèges indus. L’univers sacré de la connaissance et du savoir n’obéit qu’à ses propres règles, ses valeurs et ses exigences. Il est protégé par une digue institutionnelle formée par la chaîne des dirigeants, issus du corps professoral, par les enseignants et par les étudiants, un mélange inaltérable d’exigence professionnelle et de valeurs morales. L’enseignement, sous toutes ses formes, ne serait pas ce qu’il est s’il se détournait ou s’éloignait de sa mission originelle fondée sur la seule notion de mérite. Autant dire l’excellence sinon rien.

Il y a certes beaucoup à dire sur la place, l’état de santé et la relative dégradation de l’infrastructure éducative et des conditions de travail du corps enseignant. L’enseignement public, colonne vertébrale de l’enseignement national, n’a pas échappé aux coups de rabot de l’austérité. Il a été à son tour impacté par les contraintes et les arbitrages budgétaires sous l’effet des difficultés financières, de l’ampleur des déficits budgétaires et des faibles marges de manœuvre des pouvoirs publics. Rarement les moyens financiers et humains mis à sa disposition auront été à ce point inférieurs et en net décalage par rapport à l’explosion de ses besoins notamment en matière de R&D. Qu’il y ait chaque année pas loin de 100.000 élèves qui quittent prématurément le système pour se retrouver sur le bas-côté de la route n’est pas à l’honneur du pays et n’est pas un bon signe. Cela n’enlève rien au mérite des institutions qui brillent de mille feux dans la galaxie de l’enseignement national.

Dans les disciplines pointues de l’ingéniorat, des nouvelles technologies, de la médecine et des sciences pures, le pays tient son rang, progresse et ne manque pas d’impressionner. Ce qui lui vaut d’ailleurs d’indéniables reconnaissances mondiales. Qui ne sont pas sans le vider de ses génies en herbe qui sont sollicités en Europe, au Moyen-Orient et partout dans le monde. Notre vœu est que ces centres d’excellence : lycées pilotes, écoles d’ingénieurs, facultés de sciences et de médecine se multiplient et se généralisent et tirent vers le haut l’ensemble du système d’enseignement. L’exception doit devenir la règle. On voudrait aussi qu’ils s’ouvrent aux disciplines sportives de haut niveau pour faire surgir des athlètes de standards mondiaux. Le sport individuel ou collectif revisité par l’IA, devenu principal levier et vecteur de soft power, participe à la notoriété et à la croissance économique du pays. Il est à la diplomatie économique ce que le carburant est au moteur de véhicule.

 

Dans les disciplines pointues de l’ingéniorat, des nouvelles technologies, de la médecine et des sciences pures, le pays tient son rang, progresse et ne manque pas d’impressionner. Ce qui lui vaut d’ailleurs d’indéniables reconnaissances mondiales.

 

Les réussites scolaires et universitaires font oublier le mal-être, les tracasseries des gens et leur combat au quotidien pour une vie décente, digne et meilleure que ce qu’elle a été ces 15 dernières années. On ne dira jamais assez combien elles furent abîmées et dégradées par la montée de l’inflation, du chômage, de la médiocratie et l’aggravation de la fracture sociale et régionale. Les nouvelles qui nous parviennent du front de la compétition scolaire et universitaire font l’effet d’une bouffée d’oxygène, d’air frais, à l’annonce d’un été qui s’annonce très chaud à plus d’un titre. Sans quoi, l’amertume causée par la débâcle et l’incurie des dirigeants de la FTF aura été beaucoup plus grande.

Des trois grands défis auxquels s’expose le pays, l’enseignement supérieur, tout comme l’eau et l’électricité, tient le haut du pavé. Il est à la fois notre bouée de sauvetage et notre assurance-vie, car c’est de notre capital humain qu’il s’agit. Il remet en ces temps troubles, difficiles et imprévisibles le pendule à l’heure. Il efface la honte qui s’est emparée du pays face au spectacle cauchemardesque de la sélection nationale et lui restitue sa dignité et son honneur bafoués par les turpitudes de la FTF. Qui a largement franchi le degré zéro de la gouvernance, fût-ce a minima, de la décence et de la dignité humaine.

Cet édito est paru sur le numéro 948 du magazine L’Economiste maghrébin du 1er au 15 juillet 2026.

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Décryptage – Tunisie – Quand la BAD et la BM invitent les entreprises à conquérir le monde… pendant que leur propre terrain se dérobe sous leurs pieds

Les discours des grandes institutions internationales changent de ton.

Le récent séminaire organisé autour des opportunités offertes par les marchés financés par la Banque africaine de développement et la Banque mondiale illustre parfaitement ce décalage. Les représentants des deux institutions ont exhorté les entreprises tunisiennes à mieux exploiter les appels d’offres internationaux, à développer des partenariats stratégiques, à renforcer leur veille économique et à améliorer leur préparation technique.

Sur le papier, rien n’est faux. Dans les faits, pourtant, ce discours ressemble à une injonction paradoxale. Il invite des entreprises qui peinent déjà à survivre dans leur environnement national à se projeter sur des marchés internationaux parmi les plus concurrentiels du monde. Comme si le problème principal de l’économie tunisienne résidait dans un déficit d’information. Comme si les difficultés des entrepreneurs provenaient essentiellement d’une mauvaise connaissance des procédures administratives. Comme si le manque de compétitivité pouvait être corrigé par quelques séminaires, quelques guides méthodologiques et quelques ateliers de formation. La réalité est infiniment plus complexe. Et surtout beaucoup plus douloureuse.

 

L’entreprise tunisienne : une héroïne silencieuse que personne n’écoute plus

Depuis quinze ans, l’entreprise tunisienne vit une histoire dont on parle rarement… même à l’honorable Union tunisienne de l’industrie du commerce et de l’artisanat (UTICA). Les statistiques racontent une partie du récit. Les bilans financiers en racontent une autre. Mais seuls les chefs d’entreprise, les cadres, les ouvriers et les familles qui dépendent de ces activités connaissent véritablement la profondeur des difficultés accumulées.

Chaque matin, dans les zones industrielles de Sfax, de Monastir, de Ben Arous, de Bizerte ou de Nabeul, des milliers d’entrepreneurs ouvrent leurs portes avec la même interrogation : comment tenir encore ? Comment payer les salaires ? Comment honorer les échéances bancaires ? Comment absorber l’augmentation des coûts de production ? Comment conserver les compétences qui quittent le pays ? Comment rester compétitif lorsque les concurrents bénéficient d’infrastructures plus modernes, d’une énergie moins chère et de financements plus accessibles ?

Ces questions sont rarement évoquées dans les conférences internationales. Pourtant, elles constituent le véritable quotidien du secteur privé tunisien. Lorsque la Banque africaine pour le développement (BAD) ou la Banque mondiale (BM) expliquent que les entreprises doivent être plus proactives pour accéder aux marchés internationaux, elles oublient parfois/souvent qu’une partie importante de ces entreprises consacre déjà l’essentiel de son énergie à gérer l’urgence. L’urgence n’est pas un concept économique. C’est un état permanent.

 

Le grand malentendu du développement

Le discours dominant repose sur une idée simple : si les entreprises tunisiennes ne remportent pas davantage de marchés financés par les bailleurs internationaux, c’est parce qu’elles ne sont pas suffisamment informées ou préparées.

Cette explication a l’avantage de la simplicité. Mais elle souffre d’un défaut majeur : elle ignore les causes profondes. L’économiste américain Joseph Stiglitz rappelait souvent que les institutions internationales ont tendance à privilégier les réponses techniques à des problèmes qui sont avant tout structurels. Or le développement n’est jamais une affaire de procédures. L’histoire économique mondiale en apporte une démonstration éclatante. Aucune nation n’a construit sa prospérité grâce à des formations sur les appels d’offres.

Aucune puissance industrielle ne s’est imposée parce qu’elle maîtrisait mieux les formulaires administratifs. Les États-Unis ont construit leur puissance grâce à un immense marché intérieur protégé pendant une longue période. L’Allemagne s’est développée grâce à un système bancaire puissant, à une politique industrielle cohérente et à une culture de l’investissement productif. Le Japon a bénéficié d’une coordination étroite entre l’État, les banques et l’industrie. La Corée du Sud a bâti ses géants industriels grâce à une intervention massive des pouvoirs publics. La Chine a combiné protection stratégique, investissements colossaux et planification à long terme.

Partout, la même leçon apparaît. Les champions internationaux ne naissent pas dans les séminaires. Ils émergent dans des écosystèmes favorables.

Quand les pompiers conseillent la course à pied

Il existe une contradiction que peu de responsables osent évoquer publiquement. Depuis plusieurs décennies, les institutions financières internationales recommandent aux pays en développement des politiques reposant sur la discipline budgétaire, la maîtrise des déficits, la réduction du rôle économique de l’État et l’ouverture accrue aux marchés.

Ces orientations ont parfois produit certains résultats. Mais elles ont aussi contribué à affaiblir les marges de manœuvre des États.

La Tunisie n’échappe pas à cette réalité. Au fil des années, les investissements publics ont perdu de leur vigueur. Les infrastructures se sont dégradées. Les entreprises publiques stratégiques se sont fragilisées. L’investissement privé a ralenti. La croissance potentielle s’est affaissée. … Le paradoxe est saisissant.

Les mêmes institutions qui ont longtemps insisté sur les vertus de l’ouverture économique constatent aujourd’hui que les entreprises tunisiennes peinent à être suffisamment robustes pour affronter la concurrence internationale. C’est un peu comme si l’on demandait à un patient convalescent de participer à une compétition olympique au motif qu’il possède désormais le règlement de l’épreuve.

 

La compétitivité ne se télécharge pas

Dans les discours officiels, le mot revient constamment : compétitivité. Le terme est devenu une sorte de formule magique. Pourtant, la compétitivité n’est ni un slogan ni une vertu morale. Elle ne se décrète pas. Elle se construit. Une entreprise tunisienne qui souhaite répondre à un grand appel d’offres international doit souvent mobiliser des moyens considérables. Elle doit disposer d’équipes qualifiées. Elle doit fournir des garanties financières. Elle doit pouvoir supporter des délais de paiement parfois longs. Elle doit investir dans les certifications. Elle doit accéder à des financements compétitifs. Elle doit maîtriser les technologies nécessaires. Or chacun de ces éléments dépend en partie de l’environnement économique national.

Lorsqu’une entreprise emprunte à des coûts élevés, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle subit des lenteurs administratives, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle doit faire face à des pénuries ou à des perturbations logistiques, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle perd ses ingénieurs au profit de l’émigration, sa compétitivité est affectée.

La compétitivité n’est pas une responsabilité individuelle. C’est une construction collective. Et c’est précisément ce que le débat actuel tend à oublier.

 

La Tunisie de l’excellence invisible

Ce qui rend la situation encore plus frustrante, c’est que la Tunisie ne manque pas de talents. Bien au contraire. Des entreprises tunisiennes exportent déjà des composants aéronautiques. D’autres développent des logiciels utilisés à l’international. Certaines interviennent dans l’ingénierie, les services numériques, les énergies renouvelables ou les équipements industriels avec un savoir-faire reconnu. Les compétences existent. L’intelligence existe. L’innovation existe. Ce qui manque souvent, c’est l’environnement capable de transformer ces réussites individuelles en dynamique nationale. Le problème tunisien n’est pas une pénurie d’excellence. C’est une pénurie de conditions favorables à l’excellence. Nuance fondamentale.

 

Le piège des chaînes de valeur mondiales

Depuis plusieurs années, les institutions internationales présentent l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales comme un objectif prioritaire. L’idée paraît séduisante. Mais elle mérite d’être interrogée. Car participer n’est pas nécessairement progresser.

L’économiste Dani Rodrik (1) souligne régulièrement que l’intégration internationale n’est bénéfique que lorsqu’elle permet une montée en gamme technologique. Sinon, elle risque de maintenir les pays dans des activités périphériques. Assembler. Sous-traiter. Exécuter. Produire à faible marge. Pendant que la conception, les brevets, les technologies stratégiques et les profits demeurent ailleurs.

La question essentielle n’est donc pas de savoir combien de contrats les entreprises tunisiennes remporteront grâce aux financements de la BAD ou de la Banque mondiale. La véritable question est de savoir quelle place elles occuperont dans la chaîne de création de valeur. Seront-elles des acteurs stratégiques ? Ou de simples exécutants ?

 

Le silence autour du financement

Le point le plus étonnant demeure sans doute l’absence du débat sur le financement. Car derrière chaque succès international se trouve presque toujours un système financier performant. Une entreprise qui veut remporter un marché de plusieurs millions de dollars doit disposer de ressources importantes. Elle doit parfois engager des dépenses avant même d’obtenir le contrat. Elle doit fournir des garanties. Elle doit investir dans des équipements. Elle doit recruter. Elle doit former. Comment y parvenir lorsque l’accès au financement demeure difficile pour de nombreuses PME tunisiennes ? Comment rivaliser avec des groupes bénéficiant de lignes de crédit abondantes et peu coûteuses ? Voilà sans doute la question centrale. Et pourtant elle reste souvent reléguée au second plan.

 

Derrière les procédures, la question de la souveraineté économique

Au fond, cette discussion dépasse largement le simple cadre des marchés financés par les bailleurs internationaux. Elle touche à la question fondamentale de la souveraineté économique. Une nation ne devient pas prospère parce qu’elle répond mieux aux appels d’offres. Elle devient prospère lorsqu’elle produit davantage de richesse qu’elle n’en consomme. Lorsqu’elle investit dans son appareil productif. Lorsqu’elle innove. Lorsqu’elle transforme son capital humain en puissance économique. Lorsqu’elle crée des entreprises capables de rayonner au-delà de ses frontières. C’est là que réside le véritable défi tunisien. Non pas apprendre à naviguer dans les procédures internationales. Mais reconstruire les fondations d’une économie productive capable de soutenir durablement ses entreprises.

 

Le débat que personne ne veut ouvrir

Le séminaire de la BAD et de la Banque mondiale pose finalement une question involontairement dérangeante. Pourquoi les entreprises tunisiennes ne sont-elles pas déjà présentes massivement sur ces marchés ? La réponse est inconfortable. Parce que les difficultés qu’elles rencontrent ne relèvent pas principalement de l’information. Elles relèvent d’une stratégie économique arrivée à bout de souffle. D’un investissement insuffisant. D’un financement coûteux. D’une croissance faible. D’une industrialisation inachevée.

D’une perte progressive de compétitivité systémique. La Tunisie ne manque pas d’entrepreneurs. Elle ne manque pas d’ingénieurs. Elle ne manque pas d’idées. Elle manque d’un environnement économique capable de libérer pleinement ces énergies. Et tant que cette réalité ne sera pas placée au cœur du débat national, les recommandations des institutions internationales risqueront de ressembler à ces cartes maritimes impeccablement dessinées que l’on remet à un navigateur dont le bateau prend déjà l’eau.

Car avant de conquérir les océans des marchés internationaux, encore faut-il que le navire soit en état de quitter le port. C’est cette vérité simple, humaine et profondément économique que les discours technocratiques peinent encore à reconnaître.

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(1) Dani Rodrik, économiste et universitaire turc né en 1957, s’impose comme l’une des figures les plus lucides et critiques face aux dérives de l’hyper-mondialisation. Professeur à l’Université Harvard, il a consacré ses recherches à déconstruire les dogmes du libre-échange et à repenser l’économie du développement. Son œuvre invite à redéfinir l’équilibre entre la prospérité globale, la justice sociale et la souveraineté des peuples.

Sa contribution théorique majeure réside dans le célèbre trilemme politique de l’économie mondiale. Selon cette thèse, il existe une incompatibilité fondamentale entre l’intégration économique profonde, la souveraineté nationale et la démocratie. Un pays ne peut poursuivre que deux de ces trois objectifs à la fois, ce qui le contraint à des arbitrages douloureux. Il peut ainsi sacrifier la démocratie sur l’autel des marchés à travers le mécanisme de la camisole dorée, dissoudre l’État-nation dans un fédéralisme global, ou au contraire limiter la mondialisation pour préserver le choix des citoyens et l’autorité de l’État, à l’image du compromis historique de Bretton Woods.

Au-delà de ce modèle, Dani Rodrik développe une pensée hétérodoxe et humaniste. Opposé à l’ouverture aveugle des frontières, il défend le droit des nations à réguler leur économie pour corriger les inégalités du néolibéralisme. Son analyse a également évolué face aux mutations du monde, délaissant l’illusion d’une industrialisation manufacturière éternelle pour prôner l’amélioration de la productivité dans les services de main-d’œuvre. Pour lui, la disparition des emplois de qualité est le terreau direct du populisme de droite contemporain. Face aux révolutions technologiques, il soutient que l’intelligence artificielle doit être mise au service de l’humain pour décupler ses capacités, plutôt que de servir de prétexte à sa substitution.

Cette vision critique et visionnaire traverse ses ouvrages les plus marquants, de ses premières alertes dans Has Globalization Gone TooFar ? en 1997 à ses réflexions sur La Mondialisation sur la sellette, pour aboutir enfin en 2025 à son plaidoyer pour une prospérité partagée dans un monde fracturé.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Prada choisit Saint Levant, un profil qui bouscule les codes

En choisissant le chanteur palestinien Saint Levant comme nouvel ambassadeur, Prada signe une nomination qui dépasse le simple univers de la mode. Étoile montante de la scène musicale internationale, l’artiste au parcours multiculturel incarne un profil inédit pour la maison…

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Tribune – Réseaux sociaux : Macron et Tedros sonnent l’alerte pour les enfants

Le président français, Emmanuel Macron, et le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, signent, mercredi 1er juillet 2026, une tribune conjointe dans The Project Syndicate sur les risques liés aux réseaux sociaux.

Voici les principaux messages de cette tribune :

A quelques jours du sommet « AI for Good » qui s’ouvrira à Genève le 6 juillet, cette tribune témoigne du consensus scientifique croissant sur les risques importants que font peser les réseaux sociaux sur la santé des enfants, et du besoin d’encadrer ces plateformes pour en tirer le meilleur. Elle est aussi un appel, fondé sur la science, aux gouvernements et acteurs de la société civile du monde entier pour mieux protéger les enfants des risques liés à l’usage des réseaux sociaux.

Le constat : la science au cœur des politiques publiques 

La combinaison des données scientifiques, parlementaires et associatives converge. Les réseaux sociaux ont un impact important sur la santé et le développement du cerveau des enfants. Il en résulte que :

  • Les enfants de 6 à 17 ans passent en moyenne 4 h11 min par jour sur un écran. Avec une augmentation sensible (+40 %) du temps d’écran des jeunes en 10 ans (entre 2006 et 2016).
  • Les performances cognitives en compréhension et mémorisation sont fortement impactées.
  • Mécanisme biologique : la suractivation du circuit dopaminergique crée des boucles de dépendance. Ce qui réduit la tolérance à l’ennui et la capacité d’analyse réflexive.
  • Par ailleurs, la surexposition aux écrans conduit à une diminution du temps de sommeil des enfants. A laquelle s’ajoutent une hausse de l’obésité et une multiplication des risques sur la santé mentale, encouragée par les spirales algorithmiques.

Face à ce constat, une action déterminante et collective est nécessaire pour maximiser les bénéfices liés à la technologie, mais aussi prévenir et empêcher les risques graves posés par les réseaux sociaux sur la santé des jeunes.

Les gouvernements reconnaissent de plus en plus que la protection des enfants sur Internet est un impératif de santé publique

En France, l’Assemblée nationale en janvier puis le Sénat en mars ont adopté la PPL « majorité numérique » pour interdire les réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans. De plus, la France mobilise  une « coalition de volontaires » au niveau européen pour la mise en place d’une majorité numérique. Résultat : la commission elle-même souhaite désormais mettre en place une interdiction généralisée dans toute l’UE.

En outre, des règlementations similaires sont engagées partout dans le monde : Australie, Indonésie, Espagne, Irlande, Royaume-Uni, Canada, etc.

Cet encadrement, nous devons le faire ensemble – les gouvernements, les sociétés civiles, les jeunes eux-mêmes et ceux qui les entourent au quotidien (parents, professeurs et éducateurs, etc.), les industriels, les institutions de santé publique – le tout avec l’appui de la recherche scientifique, soutenue notamment par l’OMS pour aider les gouvernements à avoir une compréhension claire et fondée sur les données de l’impact des plateformes numériques sur la santé des jeunes.

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De Madame Claude à Monsieur Epstein

L’amour mène le monde, même s’il change de décor, de costumes, de technologie. Certains de ses mécanismes demeurent étonnamment constants depuis Guy Breton qui a rédigé une dizaine de tomes sur les histoires d’amour d’Histoire de France… Et au vingtième siècle entre le Paris feutré de Madame Claude des années 60 et les jets privés de Jeffrey Epstein 50 ans plus tard, il existe un fil invisible : bien des secrets d’État ont été arrachés dans des alcôves que l’on habite quelques heures et où l’on joue souvent à confesse…

Madame Claude (1923-2015) fut la plus célèbre proxénète de luxe de France. Dans les années 1960 et 1970, elle dirigea à Paris un vaste réseau de prostitution haut de gamme fréquenté par des hommes politiques, diplomates, hommes d’affaires et célébrités internationales.

Son organisation regroupait plusieurs centaines de jeunes femmes, les « Claudettes », sélectionnées pour leur élégance, leur discrétion et leur aisance dans les milieux mondains. Plusieurs témoignages ont évoqué l’utilisation – occasionnelle ? – de certaines Claudettes comme sources d’information – les premières databed – auprès de personnalités étrangères de passage à Paris.

À l’époque de Madame Claude, les relations sentimentales et sexuelles s’inscrivaient encore majoritairement dans le cadre traditionnel du couple hétérosexuel.

Au cours des décennies qui suivirent

Dans les années 1970 et 1980, alors que le modèle de Madame Claude décline en France, des structures comparables continuent d’exister dans plusieurs capitales. Les années 1980 et 1990 voient apparaître de nouvelles figures comme Heidi Fleiss, la célèbre « Hollywood Madam », qui transpose à Los Angeles les mécanismes de la prostitution de luxe.

Et Internet arriva …

Dans les années 1990 et 2000, l’essor d’Internet bouleverse profondément ces réseaux. Dans ce domaine bien spécifique, les carnets d’adresses sont devenus des « databaises » auxquelles on accède par des mots de « passe »… (désolé les jeux de mots je ne pouvais pas les laisser passer !)…

Depuis, l’anonymat offert par les technologies numériques et la professionnalisation de certains intermédiaires ont ouvert progressivement la voie à des pratiques beaucoup plus opaques et controversées qui auraient fait perdre le Nord au vénéré KAMA SUTRA : la libération sexuelle, le développement des mariages homosexuels, la modification des modèles relationnels, et le pire, c’est que la tranche d’âge s’élargit vers le bas… Ainsi, les « Claudettes » sont devenues des « web-Claude et Claudettes voire Claudinettes » opérant aussi dans l’espace numérique. Même l’IA s’en est mêlée : nous dialoguons aujourd’hui avec un « Chat » et un « Claude ». Les amateurs de calembours y verront peut-être une malicieuse coïncidence.

L’histoire a montré que « the bedroom » a souvent constitué une extension discrète du champ de bataille politique. Des services secrets aux polices politiques de divers régimes, la collecte d’informations liées à la vie sexuelle de personnalités influentes a fréquemment servi d’instrument de pression, de recrutement ou de chantage. Les techniques varient – séduction, enregistrements clandestins, constitution de dossiers compromettants -, mais l’objectif demeure le même : transformer l’intimité en levier de pouvoir.

Epstein et son monde

C’est à la lumière de ces précédents historiques que certains observateurs analysent aujourd’hui les mécanismes révélés par l’affaire Epstein qui secoue le monde.

Voilà ce que dit l’ordinateur sur ce célèbre monsieur :

  • Il est né en 1953 à Brooklyn (New York) et commence comme enseignant ! Il devient opaquement très riche à la fin des années 1970 et acquiert l’ile Little Saint James en 1998 ; zone touristique haut de gamme où vit une population locale aux moyens limités. Epstein la transforme en résidence privée ultra-sécurisée destinée à recevoir ses invités. Toujours très opaquement, des sommes considérables sont dépensées pour réunir des hommes politiques de différentes origines, des magnats de la finance, universitaires, mannequins et célébrités de plusieurs continents, etc. Faut-il rappeler que parmi eux il y aurait, semble-t-il, J.L., l’IMAm de l’IMA … La liste est impressionnante et on se demande si avec des moyens d’origine on ne peut plus opaque, plus d’une « databaise », Jeffrey Epstein aurait-il cherché à bâtir un véritable « Sex Google » où les secrets les plus intimes de ceux qui dirigent le monde devenaient un levier d’influence.

Et comme ce SEXGOOGLE commençait à déborder de toutes parts, il a fini, le pauvre, par être arrêté à son retour de Paris pour trafic sexuel, le 6 juillet 2019, et retrouvé mort dans sa cellule le 10 août 2019, soit seulement 35 jours plus tard… Aurait-il été suicidé et par qui ? Pourquoi même décédé il continue de sévir et inquiète des années après ?

Et ce n’est qu’une partie de ce que révèlent les documents publiés à ce jour. Est-ce que l’objectif était moins financier que relationnel : accumuler de l’influence, des réseaux et des informations sur les élites qu’il filmait et pour le compte de qui ? Si la présence d’un nom dans ces documents ne constitue en rien une preuve d’implication criminelle, elle illustre l’extraordinaire capacité d’Epstein à graviter au sein des élites politiques, économiques et médiatiques mondiales.

Certains observateurs ont avancé l’hypothèse que le système Epstein a été créé dans des objectifs bien clairs :

  • Assurer d’une manière organisée la collecte d’informations compromettantes sur des personnalités influentes en utilisant toutes natures de leurs déviations sexuelles pour les utiliser au moment opportun ?
  • Mais créé par qui ?
  • Et pourquoi maintenant ?
  • Ces informations ont-elles servi à modifier le contenu des décisions que prennent les dirigeants de cette planète ?
  • Ont-elles une relation avec le drame du Moyen-Orient et la guerre contre l’Ira ?

Beaucoup incombent la responsabilité au Mossad dont on a vanté l’efficacité et qui a beaucoup perdu depuis qu’il n’a vu en Iran que des burkas et des barbus … Bof ! Ce serait lui donner une importance qu’il n’a plus. Parole de drone !

 

Wait and see …

Ibtissem

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Oscars : l’Académie accélère son ouverture au monde

L’Académie des arts et des sciences du cinéma, l’institution qui décerne chaque année les Oscars, poursuit sa profonde transformation. En invitant cette année la productrice marocaine Lamia Chraïbi et le producteur Karim Aïtouna à rejoindre ses rangs, elle confirme sa…

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Coupe du monde 2026 : le football africain change l’ordre mondial

La Coupe du monde 2026 confirme une tendance de fond : jamais les sélections occidentales n’ont autant compté sur des joueurs d’origine africaine. Pour Hatem M’rad, cette réalité interroge la place de l’Afrique dans le football mondial et relance le…

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Tribune – Cybersécurité en Tunisie : l’heure de la performance opérationnelle

La Tunisie dispose aujourd’hui d’un cadre stratégique et institutionnel en matière de cybersécurité. La stratégie nationale 2020-2025 a posé les jalons. Le décret-loi de 2023 a structuré la gouvernance. L’Agence nationale de cybersécurité existe et fonctionne. Mais un cadre n’est pas une capacité. Et une agence n’est pas une performance. L’heure n’est plus à la planification – elle est à l’exécution mesurable.

Du texte aux actes : le vrai test commence maintenant

Il est devenu courant, dans les cercles spécialisés, de saluer les avancées institutionnelles de la Tunisie en matière de cybersécurité. Et elles sont réelles. La stratégie nationale 2020-2025 a défini des axes clairs : protection des systèmes d’information, renforcement de la résilience nationale, développement des compétences, amélioration de la gouvernance. Le décret-loi n°2023-17 a consacré la création d’une agence dédiée, dotée d’un mandat élargi couvrant l’audit, la coordination interinstitutionnelle, la réponse aux incidents et la protection des infrastructures critiques. Ce travail de structuration mérite d’être reconnu. Mais la cybersécurité ne se gouverne pas par décret. Elle se prouve par la performance.

Ce que les textes ne disent pas

Un dispositif de cybersécurité mature ne se mesure pas à la solidité de son cadre normatif. Il se mesure à sa capacité opérationnelle effective : la vitesse de détection d’une intrusion, le délai de réponse à un incident, le niveau de couverture réelle des infrastructures critiques, la qualité de la coordination interinstitutionnelle sous pression.
Or sur ces indicateurs essentiels, la Tunisie ne publie pas de données consolidées. Pas de tableaux de bord publics. Pas de rapports d’activité opérationnelle accessibles. Pas de métriques sur les délais de traitement des incidents ou le taux de couverture des systèmes sensibles. À titre de comparaison, l’ANSSI française publie annuellement un panorama de la cybermenace avec des données opérationnelles précises – un référentiel de transparence que les économies émergentes qui aspirent à la crédibilité numérique ont tout intérêt à adopter.
Cette opacité n’est pas anodine. Elle empêche toute évaluation sérieuse de la maturité réelle du dispositif. Et elle prive les acteurs économiques – investisseurs, opérateurs, partenaires internationaux – des signaux de confiance dont ils ont besoin. Un système qu’on ne mesure pas est un système qu’on ne pilote pas.

La digitalisation accélère. La menace aussi.

Le contexte aggrave l’urgence. La numérisation de l’administration et de l’économie tunisienne progresse. Les services publics migrent vers le digital. Les transactions financières se dématérialisent. Les infrastructures critiques s’interconnectent. Chaque pas vers le numérique est un pas vers une surface d’attaque plus large.
Le secteur bancaire en est l’illustration la plus éloquente. Première cible des cyberattaques à l’échelle mondiale, il concentre des données sensibles, des flux financiers en temps réel et une exigence de continuité absolue. En Tunisie, la numérisation bancaire progresse – mais la maturité cyber des établissements, publics comme privés, reste inégale et peu documentée. Une attaque réussie contre un acteur bancaire systémique ne serait pas un incident technique. Ce serait un choc de confiance à l’échelle de l’économie nationale.
Dans ce contexte élargi – banques, énergie, santé, administration – la cybersécurité n’est plus une fonction support. C’est un levier de performance publique et un facteur de compétitivité économique. La confiance des usagers dans les services numériques, la crédibilité de la Tunisie auprès des investisseurs étrangers, la résilience de l’économie face aux chocs numériques – tout cela dépend directement de la capacité opérationnelle du dispositif national. Or cette capacité reste, à ce jour, peu documentée et peu évaluée publiquement.

Trois chantiers qui ne peuvent plus attendre

Le passage d’une logique de planification à une logique de performance suppose des choix concrets et mesurables. Le premier chantier est celui de la transparence opérationnelle. L’Agence nationale de cybersécurité devrait publier annuellement des indicateurs clés : nombre d’incidents traités, délais moyens de réponse, taux de couverture des infrastructures critiques, résultats des exercices de simulation. Sans cette transparence, il est impossible de distinguer la progression réelle de l’effet d’annonce.
Le deuxième chantier est celui des SOC sectoriels. La surveillance du cyberespace national ne peut reposer sur un dispositif centralisé unique. Le secteur bancaire, en particulier, ne peut se permettre une cybersécurité de second rang : la donnée financière est souveraine, la continuité de service est non négociable et le risque systémique en cas de défaillance est immédiat. Aux côtés des secteurs énergétique et de santé, il doit disposer de centres opérationnels de sécurité dédiés, interconnectés et capables de réagir en temps réel.
Le troisième chantier est celui du capital humain. La cybersécurité est une compétence rare, coûteuse et volatile. Former des experts ne suffit pas si les conditions de rétention ne suivent pas. La fuite des compétences vers des marchés mieux rémunérés reste l’un des angles morts les plus dangereux du dispositif tunisien. Ce chantier est aussi un levier d’attraction : des projets cyber ambitieux, adossés à des outils de pilotage modernes comme l’IMIB (Indice de Maturité de l’Intelligence Bancaire ) constituent précisément le cadre qui retient et valorise les talents au lieu de les exporter.

Ce que la maturité exige vraiment

La fenêtre d’opportunité dont dispose aujourd’hui la Tunisie pour consolider son dispositif de cybersécurité est réelle, mais elle a une durée de vie limitée. Il appartient désormais aux instances de gouvernance – autorités de régulation, directions générales des établissements publics, tutelles sectorielles – de prendre les décisions structurelles nécessaires pendant que les conditions politiques et institutionnelles le permettent encore.
La prochaine étape n’est pas une nouvelle stratégie. Ce n’est pas un nouveau texte législatif. C’est la démonstration (chiffrée, documentée, publique) que le dispositif en place est capable de détecter, de répondre et de protéger dans des délais acceptables face à des menaces réelles.
Dans un monde où les cyberattaques ne préviennent pas, la maturité d’un système de cybersécurité ne se proclame pas.
Elle se prouve.
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Les opinions exprimées dans cette tribune reflètent une analyse économique et technique personnelle et n’engagent que leur auteur. 

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Accord libano-israélien : « Une incitation à la guerre civile »

Depuis la création d’Israël, l’histoire nous enseigne que ce pays n’a jamais respecté un seul accord qu’il a signé avec ses voisins. Même après avoir perpétré un génocide à Gaza et que ses complices américains lui ont fait signer un cessez-le-feu, il a continué et continue encore impunément de bombarder les survivants sous leurs tentes, dressées au milieu des ruines !

Pourtant, le gouvernement libanais a signé le vendredi 26 juin à Washington un accord de paix avec Israël. C’est la forte pression des Etats-Unis qui a forcé le président Joseph Aoun à accepter un tel accord tout en sachant pertinemment qu’il restera lettre morte comme tous les précédents accords que l’entité sioniste a signés. Et de fait, moins de deux jours après son entrée en vigueur, Israël a repris ses bombardements au Liban, tuant les civils et détruisant les maisons sur la tête de leurs habitants. La dernière frappe remonte à dimanche 28 juin. La cible était un parc d’attractions à Nabatieh où le ministre libanais a fait état de morts et de blessés…

Il va sans dire que le Hezbollah a rejeté fermement l’accord et des milliers de manifestants ont défilé à Beyrouth et dans sa banlieue sud, dénonçant « l’accord honteux et la capitulation face à Israël »

Rien d’étonnant quand on sait que l’accord n’oblige Israël ni à se retirer du territoire libanais, ni même d’arrêter ses bombardements. Le seul élément de l’accord sur lequel Américains et Israéliens ont pesé de tout leur poids est l’obligation faite pour le gouvernement libanais de « procéder au désarmement de Hezbollah ».

Mais il est quand même étonnant que le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a supervisé la signature de l’accord, puisse déclarer que « la situation au Liban était distincte du cessez-le-feu avec l’Iran », malgré le fait que le premier article du mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran stipule explicitement « le cessez-le-feu total au Liban. »

Le refus de Netanyahu d’accepter les dispositions de l’accord irano-américain et l’impuissance de Donald Trump à l’imposer au Premier ministre israélien sont la source du regain de tension entre Washington et Téhéran ces derniers jours, avec des tirs américains sur l’Iran et des représailles iraniennes sur des bases US au Koweit et à Bahrein…

Tiraillé entre les fortes pressions israélo-américaines d’une part et le risque d’une guerre civile d’autre part, le gouvernement libanais n’a eu rien à dire pour justifier sa signature que « l’objectif final de l’accord est le retrait des troupes israéliennes du Liban. ». Difficile pour les Libanais de croire à un tel objectif quand, en réalité, aucun calendrier n’est fixé fixé à cet effet et aucune garantie n’assure la fin de l’occupation.

Euphorique, Benjamin Netanyahu s’est vanté devant la presse que « l’accord avec le Liban permet à l’armée israélienne de rester au Liban aussi longtemps qu’elle le souhaite », ajoutant que « l’objectif principal de cet accord est d’extirper la présence du Hezbollah et de l’Iran du Liban. »

Les médias israéliens ne cachent pas leur satisfaction de l’accord, affirmant de leur côté que « l’annexe de l’accord relative à la sécurité maintient l’occupation et confère à l’armée une totale liberté d’action ».

Nul besoin d’être un analyste chevronné ni un devin pour se rendre à l’évidence que la véritable intention qu’Israël tente de dissimuler dans cet accord est le déclenchement d’une guerre civile au Liban. Car la clique génocidaire au pouvoir à Tel-Aviv sait pertinemment que l’accord ne manquera pas d’approfondir le fossé qui divise la société libanaise entre ceux qui veulent un accord de paix avec Israël à n’importe quel prix et ceux qui insistent sur la résistance à l’occupation israélienne à n’importe quel prix…

C’est une réalité visible à l’œil nu. Le gouvernement libanais et ceux qui le soutiennent tiennent à un arrêt des combats, même si Israël ne quitte pas le sud-Liban, et le Hezbollah, Amal et ceux qui les soutiennent exigent la fin de l’occupation avant tout accord.

Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a qualifié l’accord de « nul et non avenu » et a affirmé que « le gouvernement libanais avait fait des concessions unilatérales et porté atteinte à la souveraineté du Liban. »

Quant à Nabih Berri, chef du mouvement Amal, il a rejeté tout aussi fermement l’accord, le qualifiant d’« incitation à la guerre civile ».

Il y a plus d’un demi-siècle, en 1975 plus exactement, Israël fomenta une guerre civile qui a mis quinze ans durant le Liban à feu et à sang. Il y a tout lieu de craindre que les génocidaires israéliens, avec la complicité de leurs soutiens à Washington, s’activent à replonger le Liban dans le même désastre.

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Les enfants palestiniens ciblés par l’armée israélienne

L’ONU annonce qu’à Gaza, plus de  1 000 civils palestiniens ont été tués, dont un enfant par jour; et ce, ce depuis le soi-disant « cessez-le-feu » conclu en octobre 2025. C’est ce que révèle un rapport rendu public mardi 23 juin par une commission d’enquête internationale mandatée par l’ONU (et créée en 2021 par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies). Israël « cible » les enfants palestiniens dans la bande de Gaza.

Son rapport dénonce un « génocide », mais aussi des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre dans l’enclave palestinienne, ainsi que des crimes de guerre en Cisjordanie.

 

Les preuves du ciblage des enfants palestiniens

La commission d’enquête de l’ONU affirme que plus de 20 000 enfants palestiniens ont été tués et plus de 44 000 blessés, seulement entre le 7 octobre 2023 et le 7 octobre 2025. Le président de la commission, Srinivasan Muralidhar, déclare que des preuves montrent que des enfants ont été intentionnellement tués par les forces israéliennes et que ces violences se poursuivent malgré le cessez-le-feu.

En outre, le rapport souligne que les enfants palestiniens à Gaza subissent des conséquences durables du conflit, notamment des blessures, des déplacements forcés, la faim, la perte d’accès aux soins et à l’éducation, ainsi que des arrestations et des mauvais traitements.

Elle accuse également les forces israéliennes d’avoir commis des violences sexuelles contre des enfants, ciblé des services de maternité et de néonatologie, et estime que le blocus de Gaza a contribué à une famine ayant causé des décès et une grave détérioration de la santé des enfants. Gaza compte désormais la plus forte concentration d’enfants amputés au monde. Beaucoup ont été opérés sans anesthésie. Les experts parlent de « traumatisme continu ». Non plus un choc, mais une exposition permanente à la violence, avec des effets susceptibles de se transmettre d’une génération à l’autre.

Selon la commission, ces actes portent atteinte à l’avenir de la société palestinienne. En conséquence, ce que révèle la destruction massive des enfants palestiniens, c’est une intention génocidaire.

 

Une réalité qui renforce l’accusation de génocide

Ce que subit la population civile de Palestine, dans sa globalité, procède d’une stratégie militaire et d’une volonté politique qui nourrissent l’hypothèse d’un génocide. Crime international le plus grave qui soit, celui-ci consiste dans un type d’acte (meurtre, atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale, soumission à des conditions de vie visant à provoquer la destruction physique) « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, en tant que tel » (art. 2 de la Convention sur le génocide). Cette définition repose ainsi sur un élément matériel et un élément intentionnel (à savoir la volonté de destruction totale ou partielle dudit groupe).

Sur le premier point, de fait, une partie substantielle de la population de Gaza a été tuée, avec un bilan macabre estimé entre70 000 et 200 000 morts. Les survivants, eux, font face à une destruction systématique et intentionnelle de l’environnement et des infrastructures (sanitaires, scolaires, culturelles, d’eau et d’assainissement, etc.) nécessaires à la vie. Ils continuent à être ballottés, déplacés de manière forcée et donc illégale.

Quant à l’élément intentionnel, de fait, les déclarations d’un certain nombre de hauts responsables militaires ou politiques israéliens sont pour le moins troublantes. Ainsi, dans un discours télévisé aux accents messianiques, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a évoqué le combat du « peuple de la lumière » contre le « peuple des ténèbres » ; son ministre de la Défense, Yoav Gallant, a affirmé que « nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence ». L’un et l’autre sont visés par une demande de mandat du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

De son côté, celui qui est censé représenter une autorité morale, le président Isaac Herzog a déclaré que « c’est toute une nation qui est responsable. Ce n’est pas vrai, cette rhétorique selon laquelle les civils ne sont pas conscients et ne sont pas impliqués, c’est absolument faux. […] Nous nous battrons jusqu’à leur briser la colonne vertébrale ».

Ainsi, selon les enquêteurs de la commission onusienne, le ciblage délibéré d’enfants palestiniens à Gaza constitue un élément majeur permettant d’établir une intention génocidaire. En effet, le sort réservé aux enfants palestiniens est, selon la Commission, l’un des indices les plus révélateurs de l’intention de détruire les Palestiniens en tant que groupe humain. Derrière les crimes commis contre cette population, c’est la conscience de l’humanité qui est blessée à jamais.

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Décryptage – Le mur de la dette : la fin d’un cycle ou la dépendance sans fin ?

Juillet 2026 : quand une nation retient son souffle

Le 15 juillet prochain, la Tunisie s’apprête à rembourser le dernier grand Eurobond de son histoire récente, un emprunt de 700 millions d’euros contracté en 2019 sur les marchés financiers internationaux. Avec les intérêts, l’opération représentera une sortie de trésorerie avoisinant les 2,5 milliards de dinars.

Pour beaucoup de citoyens, cette échéance peut paraître abstraite. Pourtant, derrière cette somme se cache une histoire plus vaste : celle d’un pays qui tente de refermer un cycle d’endettement extérieur devenu de plus en plus difficile à soutenir, tout en cherchant un nouveau modèle de financement.

L’événement revêt une portée presque symbolique. Il marque l’achèvement d’une époque où la Tunisie pouvait encore se financer régulièrement auprès des investisseurs internationaux. Mais il ouvre également une interrogation plus profonde : après avoir réduit sa dépendance aux marchés étrangers, la Tunisie ne risque-t-elle pas de devenir prisonnière de ses propres ressources ? Car si le mur de la dette semble aujourd’hui reculer, il n’a nullement disparu. Il s’est simplement déplacé.

La dette : une histoire de temps plus que d’argent

Lorsque l’on évoque la dette publique, le débat se focalise souvent sur les montants. On parle de milliards de dinars, de ratios rapportés au PIB ou encore de déficits budgétaires. Mais la dette est avant tout une question de temps. Emprunter signifie déplacer des ressources du futur vers le présent. C’est accepter que les générations de demain contribuent au financement des dépenses d’aujourd’hui.

Cette idée n’est pas nouvelle. Déjà au XVIIIe siècle, l’économiste écossais Adam Smith s’inquiétait des effets potentiellement destructeurs de l’endettement public excessif. Plus tard, John Maynard Keynes défendra au contraire l’idée qu’un État peut légitimement s’endetter lorsque l’économie traverse des périodes difficiles. Toute l’histoire économique moderne oscille entre ces deux visions.

 

La dette peut être un levier de développement lorsqu’elle finance l’investissement productif. Elle devient un fardeau lorsqu’elle sert principalement à couvrir des dépenses courantes sans créer de richesses supplémentaires. La Tunisie se trouve aujourd’hui précisément au cœur de cette interrogation.

 

La dette peut être un levier de développement lorsqu’elle finance l’investissement productif. Elle devient un fardeau lorsqu’elle sert principalement à couvrir des dépenses courantes sans créer de richesses supplémentaires. La Tunisie se trouve aujourd’hui précisément au cœur de cette interrogation.

Une victoire financière qui cache une fragilité économique

À première vue, les nouvelles semblent encourageantes. Le pays continue d’honorer ses engagements extérieurs. Les échéances de juin 2026 ont été payées. Les remboursements dus à l’Afreximbank et au FMI ont été assurés. Les réserves en devises demeurent relativement confortables. Le risque d’un défaut souverain immédiat paraît éloigné. Pourtant, derrière cette image rassurante se cache une réalité plus complexe. La dette publique tunisienne devrait atteindre près de 157 milliards de dinars à la fin de l’année 2026. Cela représente plus de 83 % de la richesse nationale produite annuellement.

Ce ratio n’est certes pas exceptionnel lorsqu’on le compare à certaines économies avancées. Le Japon dépasse largement les 200 % du PIB et plusieurs pays européens évoluent au-dessus des 100 %. Mais la comparaison est trompeuse. Les pays riches disposent généralement de banques centrales puissantes, de marchés financiers profonds, d’une monnaie fortement crédible et surtout d’un potentiel de croissance leur permettant d’absorber ces niveaux d’endettement.

La Tunisie ne bénéficie pas des mêmes marges de manœuvre. Son principal défi n’est donc pas tant la taille de sa dette que sa capacité à la financer durablement.

La grande mutation silencieuse : la nationalisation de la dette

L’un des phénomènes les plus marquants de ces dernières années est passé relativement inaperçu dans le débat public. La dette tunisienne a changé de nature. Pendant longtemps, l’État s’est financé à l’étranger : Institutions internationales, Banques multilatérales, Marchés obligataires internationaux, Investisseurs étrangers… Aujourd’hui, cette architecture est profondément bouleversée.

Plus de la moitié de la dette publique est désormais détenue à l’intérieur du pays. Faute d’accès régulier aux marchés internationaux, l’État sollicite massivement les banques tunisiennes, les organismes publics et les ressources financières domestiques. Cette évolution est parfois présentée comme une reconquête de souveraineté… L’argument est séduisant.

 

Plus de la moitié de la dette publique est désormais détenue à l’intérieur du pays. Faute d’accès régulier aux marchés internationaux, l’État sollicite massivement les banques tunisiennes, les organismes publics et les ressources financières domestiques.

 

Moins dépendre des créanciers étrangers signifie moins subir les humeurs des agences de notation, des fonds spéculatifs ou des investisseurs internationaux. Mais cette lecture ne raconte qu’une partie de l’histoire. Car lorsqu’un État emprunte massivement sur son marché intérieur, il entre en concurrence directe avec les entreprises, les entrepreneurs et les investisseurs privés. L’argent qui finance le déficit public n’est plus disponible pour financer les projets productifs. C’est ce que les économistes appellent l’effet d’éviction. Et c’est probablement l’un des dangers les plus sous-estimés de la période actuelle.

Quand l’État aspire l’oxygène du système bancaire

Imaginons l’économie comme un organisme vivant. Les banques constituent son système circulatoire. Elles collectent l’épargne et la redistribuent sous forme de crédits. Lorsque cette circulation fonctionne correctement, les entreprises investissent, créent de l’emploi et stimulent la croissance. Mais lorsque l’État devient l’emprunteur dominant, une partie croissante de cette épargne est redirigée vers le financement du budget. Les banques privilégient alors souvent les titres publics, considérés comme moins risqués que les crédits aux entreprises.

 

La stabilité budgétaire obtenue à court terme pourrait se payer par un affaiblissement de la croissance à moyen terme. Autrement dit, la solution d’aujourd’hui pourrait devenir le problème de demain.

 

Progressivement, l’économie productive se retrouve privée d’une partie de son carburant financier. C’est précisément ce phénomène qui inquiète de nombreux économistes tunisiens aujourd’hui. La stabilité budgétaire obtenue à court terme pourrait se payer par un affaiblissement de la croissance à moyen terme. Autrement dit, la solution d’aujourd’hui pourrait devenir le problème de demain.

La Banque centrale : le dernier rempart

Face à cette situation, les autorités ont activé un autre levier : le financement direct par la Banque centrale. La Loi de Finances 2026 autorise un financement exceptionnel de 11 milliards de dinars à taux zéro sur quinze ans. Cette décision constitue probablement l’un des tournants les plus importants de la politique économique tunisienne depuis une décennie. Elle relance un débat qui traverse toute l’histoire de la pensée économique : peut-on financer un État en créant de la monnaie ?

Pour Milton Friedman, la réponse était presque toujours négative. Pour Keynes, la réponse dépendait du contexte économique. Pour les partisans contemporains des politiques monétaires non conventionnelles, la création monétaire peut constituer un outil utile lorsqu’elle évite un effondrement économique. Dans le cas tunisien, on le voit tous les jours, les arguments des deux camps se confrontent frontalement.

Les défenseurs de cette stratégie soulignent qu’elle permet d’éviter une crise de financement. Les critiques redoutent qu’elle ne fragilise progressivement la crédibilité monétaire et ne nourrisse des tensions inflationnistes futures. Pour l’instant, la stabilité relative des prix et du taux de change semble donner raison aux autorités. Mais l’histoire économique montre que les effets du financement monétaire apparaissent souvent avec retard.

Les réserves de change : le coussin qui rassure

Dans ce paysage parfois inquiétant, un élément apporte une forme de respiration : les réserves en devises demeurent relativement solides. Elles dépassent l’équivalent de cent jours d’importation. Cette performance mérite d’être soulignée. Elle repose largement sur deux piliers souvent sous-estimés : le premier est le tourisme. Le second est constitué par les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger.

Derrière les statistiques se cachent des millions de gestes individuels. Le travailleur tunisien installé à Paris, Montréal, Milan ou Doha qui envoie chaque mois une partie de son salaire à sa famille. Le touriste étranger qui choisit Hammamet, Djerba ou Sousse pour ses vacances. Ces flux représentent aujourd’hui bien plus qu’une simple source de devises. Ils constituent l’un des principaux amortisseurs économiques du pays. Sans eux, la pression sur le dinar serait nettement plus forte.

 

Ces flux représentent aujourd’hui bien plus qu’une simple source de devises. Ils constituent l’un des principaux amortisseurs économiques du pays. Sans eux, la pression sur le dinar serait nettement plus forte.

 

Le véritable problème : la croissance absente

Mais aucun matelas de devises ne peut remplacer la croissance. C’est là que se situe le cœur du problème tunisien : L’économie devrait progresser d’environ 2,1 % en 2026. Cette croissance est insuffisante pour absorber le chômage, améliorer significativement le niveau de vie et réduire durablement le poids de la dette. L’économiste américain Hyman Minsky rappelait que les systèmes financiers deviennent les plus vulnérables lorsqu’ils semblent stabilisés.

La Tunisie risque précisément ce piège. Les échéances sont honorées, les indicateurs extérieurs tiennent, les équilibres immédiats sont préservés, … Mais l’économie réelle continue de manquer de dynamisme. Or aucune stratégie financière ne peut durablement compenser l’absence de croissance.

L’État captif de ses propres dépenses

L’un des chiffres les plus révélateurs de la situation actuelle est probablement celui-ci : près de 93 % des recettes fiscales sont absorbées par trois postes : les salaires publics, les subventions et les intérêts de la dette. Autrement dit, il reste très peu d’espace budgétaire pour investir massivement dans les infrastructures, l’éducation, la recherche ou l’innovation. Cette rigidité budgétaire constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à la transformation économique du pays. Chaque année, l’État mobilise une énergie considérable pour maintenir ses équilibres financiers. Mais cette énergie est de moins en moins disponible pour préparer l’avenir.

Le rendez-vous de 2027

En réalité, le grand défi n’est plus 2026… Le véritable rendez-vous est fixé à 2027. Le remboursement du dernier Eurobond représentera un succès financier incontestable. Il démontrera la capacité de la Tunisie à respecter ses engagements internationaux malgré un contexte difficile. Mais cette victoire ne résoudra pas la question fondamentale. Comment financer durablement le développement économique lorsque les ressources budgétaires sont déjà fortement contraintes ? Comment relancer l’investissement privé ?  Comment accroître la productivité ? Comment créer davantage de richesse sans accroître continuellement l’endettement ?

 

Une dette devient soutenable lorsque la société produit davantage de richesses que les engagements qu’elle contracte. À l’inverse, même une dette modérée peut devenir problématique lorsqu’elle s’accompagne d’une croissance insuffisante.

 

Voilà les interrogations qui détermineront la trajectoire du pays durant les prochaines années. Car au fond, le débat sur la dette n’est pas un débat comptable. C’est un débat sur la stratégie de développement. Une dette devient soutenable lorsque la société produit davantage de richesses que les engagements qu’elle contracte. À l’inverse, même une dette modérée peut devenir problématique lorsqu’elle s’accompagne d’une croissance insuffisante. Le paradoxe tunisien de 2026 tient précisément dans cette réalité. Le pays réussit aujourd’hui à franchir le mur financier qui semblait infranchissable il y a quelques années.

Mais derrière ce mur se dessine déjà un autre horizon, plus complexe et peut-être plus exigeant encore.

Celui de la croissance, celui de la productivité, celui des réformes capables de transformer l’épargne nationale en investissement créateur de richesse et d’emplois. Car l’histoire économique enseigne une leçon immuable : les nations ne sortent jamais durablement de la dette par la dette elle-même. Elles en sortent par le travail, l’investissement, l’innovation et la confiance retrouvée dans l’avenir. Et c’est précisément sur ce terrain que se jouera le véritable destin économique de la Tunisie au cours de la décennie qui s’ouvre.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Il y a 61 ans, décédait le grand militant Taieb Mehiri

Le souvenir de Taieb Mehiri ne peut être que présent parmi les Tunisiens en ce mois de juin. Mort le 29 juin 1965, il avait organisé avec brio le retour triomphal du leader Habib Bourguiba, le 1er juin 1955. Bourguiba dira de lui qu’il était « le modèle de l’intelligence, du dévouement et de la fidélité ».

Certains s’en souviennent peut-être. Le 29 juin 1965, il y a 61, ans disparaissait une des plus grandes figures de la lutte de libération nationale et des bâtisseurs de l’Etat tunisien de l’après indépendance. Un des compagnons de route du leader et premier président de la République, Habib Bourguiba. Un homme dont ce dernier a fait un de ses prochains compagnons de lutte (on le voit deuxième après la gauche avec Bourguiba, Ahmed Ben Salah et Abdallah Farhat, et de gauche à droite de notre photo). Et qui avait dit un jour de lui qu’il était « le modèle de l’intelligence, du dévouement et de la fidélité ».

Vous avez sans doute compris qu’il s’agit de Taieb Mehiri, décédé à la fleur de l’âge – il n’avait que 41 ans – après une vie consacrée à la lutte pour l’indépendance de la Tunisie. Autant dire qu’il avait intégré les rangs du Parti destourien à l’âge seulement de 14 ans (en 1938), dans la cellule de La Marsa où il a passé une grande partie de sa vie.

 

Il avait intégré les rangs du Parti destourien à l’âge seulement de 14 ans (en 1938), dans la cellule de La Marsa où il a passé une grande partie de sa vie.

 

Le militantisme ne cessera du reste de l’accompagner tout le long de sa vie, y compris dans son séjour pour des études de droit en France, et le mènera à assumer nombre de responsabilités au sein du parti du Destour. Dont celle de directeur, de secrétaire général adjoint et de membre du Bureau politique.

Prison et arrestations

Et comme d’autres militants nationalistes, il a connu les arrestations et la prison pour ses activités politiques. Ainsi a-t-il été incarcéré à Zaarour (camp d’internement dans le gouvernorat de Bizerte), à Tataouine et à Remada. Ou encore à La Kasbah, à Tunis. Sans qu’il soit le moins du monde affecté. On dit de Taieb Mehiri qu’il avait cette devise popularisée, d’ailleurs, par Victor Hugo dans sa pièce Hernani en 1830 : « Vers les sommets par des chemins étroits ». En fait, rien ne pouvait l’arrêter du moment qu’il savait défendre une cause juste.

Il fut le premier ministre de l’Intérieur de la Tunisie indépendante, fonction dont il a assumé jusqu’à son décès. Participant aux efforts accomplis en vue d’asseoir une organisation efficace de l’administration à l’échelle nationale et régionale de ce département et à la formation des cadres du ministère de l’Intérieur.

 

Un véritable sens de l’organisation

Ce mois de juin 2026 est aussi l’occasion d’évoquer Taieb Mehiri au travers d’un autre événement : le retour triomphal de Habib Bourguiba, le 1er juin 1955, de son long exil : il a été arrêté par les autorités coloniales en janvier 1952 (on le voit, dans notre autre photo, veillant au grain, à bord d’une voiture dans le cortège à droite en compagnie de Habib Bourguiba, de Béchir Bellagha et du militant Mongi Slim, au centre).

Taieb Mehiri a été le principal organisateur de ce retour triomphal. Doté d’un véritable sens de l’organisation, il se charge de toute la logistique du retour du leader et du parcours effectué par le président Bourguiba du port de La Goulette jusqu’au Palais beylical de Carthage (l’actuel siège de la Beit El Hekma).

Il avait, à ce titre, négocié avec les autorités coloniales, qui étaient encore en charge de la police, les moindres détails de l’itinéraire et les déplacements de la foule venue accueillir le Combattant suprême. Une mission de sécurisation qu’il avait assumée avec des militants sincères comme Mahjoub Ben Ali ou encore Azzour Errebaï et Béchir Bellagha.

 

Il avait négocié avec les autorités coloniales, qui étaient en charge encore de la police, les moindres détails de l’itinéraire et les déplacements de la foule.

 

A un moment critique

L’homme avait d’ailleurs une réelle autorité parmi les militants destouriens en raison des missions sécuritaires réussies et qu’il n’avait cessé d’assurer. Beaucoup retiennent, à ce niveau, son rôle dans la lutte armée déclenchée en 1952.

Il était connu pour avoir notamment soutenu les fellaghas dans les combats qu’ils avaient menés contre l’armée et la gendarmerie dans les montagnes et les villages de l’intérieur. Transmettant les ordres du parti destourien, organisant des rencontres secrètes et veillant à la fourniture des armes et des munitions. Ce qui lui a valu d’être arrêté, en mai 1952, et déporté ; avant d’être libéré, en septembre 1952. Pour continuer encore la lutte et arrêté de nouveau après l’assassinat du leader syndical Farhat Hached, au cours de la même année, et libéré en 1954. Et diriger le parti destourien par intérim, à un moment critique où les autorités coloniales entendaient en finir avec la lutte pour l’indépendance de la Tunisie. Un moment que Bourguiba a appelé « le dernier quart d’heure ».

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Chronique – Accord USA-Iran : Benjamin Netanyahou y laisse des plumes

« Allié inconditionnel d’Israël et de son Premier ministre, le président américain pourrait signer la mort politique de Benyamin Netanyahou et sa défaite aux prochaines élections, après avoir hâtivement mis fin à la guerre et conclu un accord avec Téhéran », écrit le média américain, The Atlantic.

 

Et si le protocole d’accord arraché dans la douleur avec Téhéran constituait finalement le pire cauchemar du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou ? Ne se targuait-il pas d’avoir l’oreille du président américain et d’influer sur la politique étrangère de Washington, au point de bénéficier du privilège rarissime d’être reçu à sept reprises à la Maison Blanche ?

Mais c’était sans compter sur l’imprévisibilité de l’ancien promoteur immobilier, ni sur un principe fondamental de la Realpolitik qui gouverne les relations internationales : les alliances comme les choix géopolitiques obéissent d’abord au pragmatisme et à la défense des intérêts nationaux, bien davantage qu’aux affinités personnelles ou aux proximités idéologiques. Après tout, ne dit-on pas que « les États n’ont pas d’amis, seulement des intérêts » ? Bibi aurait tout intérêt à méditer cette maxime, souvent attribuée, à tort, au général de Gaulle.

Brimades et vexations publiques

Aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose de cette relation autrefois présentée comme privilégiée entre les deux hommes. La proximité avec Washington, que Netanyahou exhibait comme une preuve de son poids politique et un argument électoral, semble s’être retournée contre lui. Ce qui constituait hier encore un signe de puissance apparaît désormais comme le révélateur de son érosion d’influence.

Trump n’avait-il pas hésité, lors d’une une conversation téléphonique houleuse avec Premier ministre israélien sur le bombardement israélien du Sud de Beyrouth, à le traiter comme quantité négligeable ? « T’es complètement cinglé ! Qu’est-ce que tu fous ? Tu serais en prison sans moi. Je t’ai sauvé les fesses. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça », lui aurait lancé le milliardaire républicain, faisant référence au procès pour corruption visant le Premier ministre israélien depuis 2020.

Ajoutant à cela qu’afin de préserver l’accord en cours de négociation avec Téhéran, le président américain a en effet contraint le gouvernement Netanyahou à renoncer à des frappes de représailles contre l’Iran et exigé une modération de sa réponse aux tirs du Hezbollah, avant d’imposer un cessez-le-feu entre Israël et le mouvement chiite le 19 juin.

Par ailleurs, en signe de défiance, le président octogénaire aura  également refusé que Tel-Aviv ait un droit de regard sur le protocole d’accord négocié par son administration avec l’Iran. La confiance ne semble plus régner entre les deux hommes ; loin de là.

Bref, « non seulement il a perdu la guerre avec l’Iran, mais il a aussi perdu Trump comme ami. Il est désormais isolé non seulement sur la scène internationale, mais enfermé dans un conflit majeur avec Trump », a asséné Aviv Bushinsky, ancien conseiller de Netanyahou.

Dilemme

Mais comment réagit le dirigeant israélien face à ce désamour qu’il n’a pas vu venir ? Va-t-il, pour sauver la face, se rebiffer contre le « diktat » américain ou est-il plus sage de plier l’échine en attendant le passage de l’orage ? Placé devant un dilemme existentiel pour son pays ainsi que pour son avenir politique, il se mure pour le moment dans un silence pesant. En a-t-il d’ailleurs le choix ?

Un dilemme que le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a parfaitement résumé lundi 22 juin au Parlement en ces termes : « soit un affrontement direct et destructeur avec notre plus grand allié, soit une capitulation servile face aux intérêts israéliens ».

Mais en attendant que le versatile président américain revienne à de meilleurs sentiments, Netanyahou devra justifier – devant l’opinion publique israélienne, à son électorat, et surtout devant son gouvernement composé de la coalition de droite, d’extrême droite et de partis ultra-orthodoxes avec à leur tête l’incontrôlable Bezalel Smotrich ou encore l’infréquentable Itamar Ben-Gvir – que lui qui se targue publiquement d’exercer une réelle influence sur les décideurs à Washington soit écarté brutalement et sans ménagement des accords avec l’Iran par l’homme qu’il désignait comme « le plus grand ami qu’Israël ait jamais eu à la Maison-Blanche ».

Il devra également justifier que l’homme qui a fait du conflit avec l’Iran le pilier central de la politique de sécurité d’Israël, finisse d’accepter que l’Iran, l’ennemi « existentiel » dont il en fait une fixation depuis plus de 30 ans, sorte du conflit affaibli militairement mais la tête haute pour avoir tenu tête à deux puissances nucléaires.

Enfin, sur le dossier libanais, Netanyahou semble plus que jamais tiraillé. Doit-il se plier aux exigences de Trump, qui presse Tsahal de mettre fin à ses frappes contre le Hezbollah, le bras armé de Téhéran, et de se retirer du Sud Liban, ou écouter son propre camp, qui appelle à tenir bon au nom des intérêts supérieurs d’Israël ? Cette ligne dure s’est d’ailleurs exprimée publiquement : « L’accord de Trump ne nous engage pas », a lancé le 22 juin sur les réseaux sociaux Itamar Ben-Gvir.

Le Premier ministre israélien semble avoir tranché en affirmant que les forces israéliennes resteraient dans les zones de sécurité du Liban, de la Syrie et de Gaza « aussi longtemps que nécessaire », et qu’elles « conservaient la liberté d’agir contre les attaques ». Mais en a-t-il les moyens ?

Reprise de main

« Toute action militaire israélienne perçue à Washington comme une tentative de saboter l’accord se heurtera très probablement à une réponse ferme de la part des États-Unis », a déclaré un chercheur spécialiste de l’Iran à l’Institut israélien d’études sur la sécurité nationale (INSS) dans un article publié dans le quotidien Israel Hayom.

« Contrairement à ce qui se passait sous l’administration Obama, lorsque Benjamin Netanyahou pouvait tenter de contourner la Maison Blanche en mobilisant le soutien du Congrès et de l’opinion publique américaine, ces options n’existent pratiquement plus aujourd’hui », a-t-il encore ajouté.

Aujourd’hui, le président américain semble avoir définitivement repris la main. Fini le temps où Benyamin Netanyahou pouvait composer par téléphone les équilibres stratégiques de Washington à sa convenance. L’influence israélienne, longtemps exercée dans l’ombre mais avec efficacité, paraît désormais nettement affaiblie.

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Décryptage – Quand produire devient un acte de résistance

Un pays où l’on demande aux entrepreneurs de courir avec des chaînes aux pieds

Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans la Tunisie d’aujourd’hui. Chaque discours officiel célèbre l’investissement, l’initiative privée, l’entrepreneuriat, l’innovation et la création d’emplois. Chaque programme économique insiste sur la nécessité de renforcer le tissu productif national. Chaque responsable reconnaît que l’État ne peut plus être le principal employeur du pays et que l’avenir repose sur la capacité des entreprises à créer de la richesse.

Pourtant, sur le terrain, une autre réalité se dessine. Une réalité faite de trésoreries exsangues, de marges laminées, de procédures administratives complexes, de financements difficiles à obtenir, de retards de paiement chroniques et d’une concurrence parallèle qui semble parfois bénéficier d’une forme d’impunité économique.

Dans les ateliers de cuir de Monastir, dans les petites usines de textile du Sahel, dans les commerces de Sfax, dans les entreprises artisanales de Kairouan ou de Nabeul, le même sentiment revient avec insistance : celui d’être devenu un survivant plutôt qu’un entrepreneur.

La récente alerte lancée par Mehdi Barbouch, président de la Fédération tunisienne des artisans et petites et moyennes entreprises, ne constitue pas une simple revendication corporatiste. Elle traduit un malaise plus profond, celui d’un tissu économique qui a le sentiment de porter une charge devenue disproportionnée par rapport à ses capacités.

Au fond, la question est simple : comment une entreprise peut-elle continuer à produire, investir et recruter lorsqu’elle se trouve simultanément prise en étau entre une fiscalité pesante et une concurrence qui échappe aux règles ?  C’est toute l’économie tunisienne qui se trouve résumée dans cette interrogation.

 

L’entreprise tunisienne : la grande oubliée des débats économiques

Les macroéconomistes aiment parler des grands agrégats : croissance, inflation, déficit budgétaire, balance commerciale ou dette publique. Pourtant, derrière ces chiffres se cachent des femmes et des hommes bien réels. Il y a ce chef d’atelier qui hésite à renouveler ses machines. Cette commerçante qui réduit ses stocks par peur d’une baisse de la demande. Ce petit industriel qui reporte un recrutement malgré des commandes suffisantes. Cet artisan qui travaille davantage pour payer ses dettes que pour développer son activité.

Toutes ces situations individuelles finissent par former une réalité collective. Or, depuis plusieurs années, les PME tunisiennes accumulent les chocs. La révolution, les crises politiques, la pandémie, l’inflation mondiale, la hausse des coûts énergétiques, les tensions sur les matières premières et le ralentissement économique ont laissé des traces profondes. Beaucoup d’entreprises n’ont jamais réellement retrouvé leur niveau d’activité d’avant 2020.

Leurs réserves financières se sont épuisées. Leurs capacités d’investissement se sont réduites. Leurs marges de sécurité ont disparu. Dans un tel contexte, chaque nouvelle contrainte produit un effet amplifié. Ce qui aurait été supportable dans une phase de croissance devient insoutenable dans un environnement de stagnation.

 

Lire également : Wided Bouchamaoui : « Les contraintes de temps et de moyens nous mettent à rude épreuve »

 

La fiscalité : lorsque la contribution devient une punition

L’impôt est l’un des piliers de toute société moderne. Ibn Khaldoun nous le rappelle depuis plus de six cents ans. Sans fiscalité, il n’y a ni écoles, ni hôpitaux, ni infrastructures, ni sécurité, ni services publics. Mais l’histoire économique montre également qu’il existe une frontière subtile entre contribution et confiscation.

Lorsque les prélèvements deviennent excessifs par rapport aux capacités réelles des acteurs économiques, ils cessent de financer la croissance pour commencer à la freiner. La Tunisie semble aujourd’hui dangereusement « proche de cette limite ». Certains esprits éclairés (trop) pensent qu’on l’a dépassée. Le problème ne réside pas uniquement dans le taux d’imposition. Il réside dans l’accumulation. Impôts sur les bénéfices. Retenues à la source. Acomptes provisionnels. Cotisations sociales. Taxes diverses. Pénalités. Formalités administratives. Contrôles multiples. Chaque élément pris séparément peut sembler justifiable. Mais leur combinaison produit un effet de saturation. L’entreprise finit par consacrer une énergie considérable non pas à produire ou à innover, mais simplement à rester conforme.

Cette situation crée une forme de fatigue économique. Une fatigue qui ne se mesure ni dans les statistiques ni dans les bilans comptables. Mais qui se lit dans les regards de nombreux entrepreneurs. Ils ne parlent plus de croissance. Ils parlent de survie.

 

L’économie parallèle : la concurrence qui ne joue pas selon les mêmes règles

Mais si la pression fiscale est lourde, elle devient presque insupportable lorsqu’elle coexiste avec un marché parallèle omniprésent. C’est là que réside l’une des plus grandes contradictions tunisiennes. L’entreprise formelle supporte toutes les charges. L’entreprise informelle en supporte peu ou pas. Et pourtant, les deux se retrouvent sur le même marché.

Le résultat est prévisible. Comment rivaliser avec un concurrent qui ne paie ni TVA, ni CNSS, ni impôt sur les bénéfices, ni coûts réglementaires ? Comment expliquer à un artisan qu’il doit respecter toutes ses obligations lorsque son voisin peut vendre le même produit à un prix inférieur de 20 %, 30 % ou parfois davantage simplement parce qu’il échappe au système ? Cette situation ne crée pas seulement une distorsion économique.

 

Lire aussi: Tunisie – Ce que coûte l’économie informelle aux caisses de l’Etat

 

Elle crée une crise morale

Car derrière les chiffres se cache une question de justice. Les économistes institutionnalistes, bien après Ibn Khaldoun, à commencer par Douglass North (1), ont démontré que les économies prospères reposent sur des règles appliquées équitablement à tous. Lorsque les règles cessent d’être universelles, la confiance s’effondre. Et lorsqu’une société perd confiance dans ses institutions économiques, l’investissement recule inévitablement.

 

Le drame silencieux des entreprises qui meurent debout

Les statistiques officielles évoquent souvent plusieurs centaines de milliers d’entreprises actives. Mais les chiffres administratifs racontent rarement toute l’histoire. Beaucoup d’entreprises existent encore juridiquement. Leur patente est ouverte. Leur registre de commerce est valide. Leurs déclarations continuent parfois d’être déposées. Mais leur activité réelle est réduite à une fraction de ce qu’elle était autrefois. Elles survivent. Elles ne vivent plus. Elles attendent. Elles espèrent. Elles repoussent l’échéance.

Le danger est là. Une économie ne s’effondre pas nécessairement dans un fracas spectaculaire. Elle peut se dégrader lentement, presque silencieusement. Atelier après atelier. Commerce après commerce. Entreprise après entreprise. Jusqu’au jour où l’on découvre que les capacités de production ont disparu. Que les savoir-faire se sont perdus. Que les emplois se sont évaporés. Et que reconstruire coûte infiniment plus cher que préserver.

 

L’État, créancier exigeant et débiteur retardataire

Parmi les paradoxes les plus frappants figure celui des relations entre les entreprises et l’administration. Certaines PME réalisent des travaux pour des organismes publics. Elles livrent. Elles exécutent leurs contrats. Elles respectent leurs engagements. Puis elles attendent. Parfois plusieurs mois. Parfois davantage.

Pendant ce temps, les échéances fiscales continuent de tomber avec une régularité implacable. L’entreprise doit payer un État qui ne l’a pas encore payée. Cette situation relève presque de l’absurde économique.

John Maynard Keynes rappelait qu’une entreprise ne disparaît pas nécessairement parce qu’elle perd de l’argent. Elle disparaît souvent parce qu’elle manque de liquidités. Autrement dit, parce qu’elle ne dispose pas de trésorerie suffisante pour faire face à ses obligations immédiates. Dans un pays où les difficultés de financement sont déjà importantes, les retards de paiement publics deviennent un facteur supplémentaire de fragilisation.

 

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Le secteur de la chaussure : autopsie d’un déclassement

Il fut un temps où le cuir et la chaussure représentaient une fierté industrielle tunisienne. Les ateliers travaillaient pour les marchés européens. Les exportations progressaient. Les savoir-faire se transmettaient de génération en génération. Aujourd’hui, de nombreux ateliers ont disparu. D’autres fonctionnent en dessous de leurs capacités. Certains ont définitivement fermé leurs portes. Bien sûr, les transformations du commerce mondial expliquent une partie du phénomène.

Mais la concurrence des circuits parallèles a joué un rôle majeur. Le secteur de la chaussure raconte finalement une histoire plus large. Celle d’une économie qui voit progressivement certains de ses piliers historiques s’éroder sous l’effet combiné de la mondialisation, de l’informalité et des fragilités internes.

 

La grande question tunisienne : qui créera les emplois de demain ?

Au fond, le débat dépasse largement les PME. Il concerne l’avenir du modèle économique tunisien. Chaque année, des milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail. L’administration publique ne peut plus les absorber. Les finances publiques ne le permettent plus. Les entreprises privées deviennent donc le principal espoir de création d’emplois.

Mais comment demander aux PME de recruter davantage lorsque leur principale préoccupation est de préserver leur propre survie ? Comment espérer davantage d’investissement lorsque les entrepreneurs peinent déjà à maintenir leur activité ? Comment attirer les jeunes vers l’initiative privée si ceux qui entreprennent donnent l’impression de mener un combat permanent ?

L’histoire économique est pourtant claire. Aucun pays ne s’est enrichi durablement sans un secteur privé dynamique. Aucun miracle économique n’a été construit contre les entrepreneurs. Tous ont été construits avec eux.

 

Réconcilier l’État et l’entreprise

La véritable urgence tunisienne n’est peut-être pas budgétaire. Elle est institutionnelle. Il s’agit de reconstruire la confiance. Une confiance qui passe par une fiscalité plus équilibrée. Par une lutte effective contre les circuits parallèles. Par une administration plus rapide. Par des délais de paiement raisonnables. Par un accès au financement mieux adapté aux réalités des PME. Par une digitalisation intelligente qui simplifie plutôt qu’elle ne complique. Car derrière chaque entreprise qui ferme se cache un drame humain.

Des salariés qui perdent leur revenu. Des familles qui perdent leur stabilité. Des jeunes qui perdent un espoir d’emploi. Des territoires qui perdent une partie de leur vitalité économique. La Tunisie possède encore un formidable potentiel entrepreneurial. Des artisans talentueux. Des PME résilientes. Des entrepreneurs capables d’innover malgré les difficultés.

Mais aucune économie ne peut demander indéfiniment à ses forces productives de porter seules le poids de ses déséquilibres. Car lorsque produire devient un acte de résistance, lorsque respecter les règles devient un désavantage concurrentiel, lorsque l’entrepreneur se transforme en survivant, le danger n’est plus seulement celui de quelques faillites supplémentaires. C’est celui d’un pays qui risque, progressivement, de décourager ceux dont il a pourtant le plus besoin : ceux qui créent la richesse, investissent dans l’avenir et donnent du travail aux autres. Et lorsqu’une nation commence à perdre ses bâtisseurs, elle finit toujours par compromettre une partie de son propre avenir.

 

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Références :

(1) Douglass C. North (1920–2015) est un économiste américain, colauréat du Prix Nobel d’économie en 1993. Il est le père fondateur de la nouvelle économie institutionnelle. Ses travaux majeurs, tels que Institutions et Le processus du développement économique, reposent sur deux piliers : Les institutions : Il les définit comme des « contraintes conçues par l’homme » (lois, droits de propriété, coutumes) qui structurent les interactions. L’intérêt personnel : Il explique que le développement et l’innovation naissent d’un calcul individuel. Ses recherches démontrent que la croissance économique à long terme dépend de la création d’institutions incitatives protégeant l’innovation, un concept qu’il a notamment utilisé pour expliquer l’émergence de la Révolution industrielle en Grande-Bretagne

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG).

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FIDADOC 2026 : l’Afrique en images et en récits

La 17e édition du Festival international du film documentaire d’Agadir (FIDADOC) s’est achevée le 24 juin après six jours de projections, de débats et de rencontres professionnelles. En attendant la publication du palmarès, le rendez-vous marocain confirme son rôle de…

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Financement public : des alternatives au FMI, mais des marges de manœuvre réduites

La Tunisie rencontre depuis 2023 des difficultés à mobiliser les financements extérieurs prévus dans ses budgets et ne parvient pas à capter les ressources attendues dans le cadre de l’emprunt extérieur, dans un contexte de rupture des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), a indiqué l’économiste Ridha Chkoundali.

 

Selon l’économiste, à qui on a posé la question « Le financement de l’Etat sans le FMI : jusqu’où est-ce possible », les montants effectivement obtenus au titre de l’emprunt extérieur n’atteignent pas le tiers des enveloppes programmées dans les lois de finances récentes. Cette situation s’expliquerait, toujours selon Ridha Chkoundali, par « la réticence des bailleurs de fonds à accorder des financements à des économies ne disposant pas de programmes de réformes adossés à un accord avec le FMI ».

Et l’économiste de rappeler que « le FMI demeure, pour de nombreux États et investisseurs privés, une référence en matière de confiance dans les programmes économiques », conditionnant ainsi l’accès aux financements internationaux.

Ridha Chkoundali assure que « la question du recours au FMI relève avant tout d’un choix politique et non d’un choix économique », rappelant ainsi en substance que la rupture des négociations et certaines orientations idéologiques vis-à-vis des institutions internationales ont influencé les décisions récentes en matière de financement extérieur.

Est-ce une fatalité ?

Concernant les alternatives au financement externe classique, l’économiste a évoqué le recours à l’emprunt intérieur ainsi qu’au financement direct auprès de la Banque centrale. Toutefois, ces options peuvent avoir, selon lui, des effets négatifs sur l’investissement privé et sur le niveau général des prix.

Dans ce cadre, Ridha Chkoundali a relevé que le coût de l’endettement intérieur est, selon ses propos, plus élevé que celui de l’endettement extérieur. Il explique que la Tunisie n’a pas enregistré, depuis la révolution, un taux de croissance supérieur à 2 %, ce qui limite la capacité de l’économie à supporter un endettement dont le coût excéderait ce niveau de croissance.

Lire aussi: La Tunisie réalisera une croissance de 2,1% en 2026 et 2,8% en 2027 (BAD)

Sur le plan de la gouvernance économique, l’économiste a insisté sur l’absence de coordination entre la politique monétaire et la politique budgétaire. La Banque centrale se concentre sur la maîtrise de l’inflation, tandis que l’État privilégie les objectifs de croissance, sans articulation suffisante entre les deux politiques, regrette-t-il.

De ce point de vue, il estime que les approches monétaires de lutte contre l’inflation, fondées sur la demande, ne seraient pas adaptées au contexte tunisien. Selon lui, les tensions inflationnistes seraient davantage liées à des contraintes d’offre et à des limites de production et d’investissement, analyse-t-il.

D’ailleurs, l’économiste, tout en rappelant que, dans les pays développés, l’augmentation des taux d’intérêt peut attirer les capitaux grâce à des marchés financiers développés, souligne que cela ne serait pas le cas en Tunisie, où le marché financier reste limité.

D’où son plaidoyer pour « une réorientation des politiques économiques vers l’offre, à travers des mesures d’incitation à l’investissement, une réduction de la fiscalité et une augmentation des dépenses d’investissement public », car, estime l’économiste, les politiques monétaires et budgétaires actuelles restent insuffisamment coordonnées.

In fine, Ridha Chkoundali souligne que la soutenabilité du financement de l’État dépend, selon lui, de la capacité à définir des choix économiques cohérents et à renforcer la qualité de la négociation avec les institutions financières internationales, plutôt que d’une rupture avec celles-ci.

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La démission de Keir Starmer révélée par Donald Trump avant Londres ?

Après que le Premier ministre britannique a démissionné lundi 22 juin, une décision déjà annoncée la veille par Donald Trump,  la voie semble désormais libre pour Andy Burnham, l’ancien maire de Manchester, probablement le candidat le mieux placé pour s’installer au 10 Downing Street de Londres.

Donald Trump a la rancune tenace. Car non content de s’immiscer ouvertement dans les affaires internes d’un pays ami, la Grande-Bretagne en l’occurrence, il a annoncé, dimanche 21 juin, la démission du Premier ministre britannique, Keir Starmer, bien qu’aucune annonce officielle n’ait été faite alors par ce dernier. Il l’accuse au passage d’avoir échoué sur certains dossiers. « Il a lamentablement échoué sur deux dossiers très importants : L’IMMIGRATION ET L’ÉNERGIE (OUVREZ LES GISEMENTS DE PÉTROLE DE LA MER DU NORD !). Je lui souhaite bonne chance. Je peux vous dire que nous n’avons pas affaire à Winston Churchill », a-t-il ironisé.

« Vengeance personnelle de bas étage »

Un geste indélicat qui relèverait d’une « vengeance personnelle», estime Guillaume Lavoie, professeur d’études stratégiques et diplomatiques à l’université de Québec.

« Quelqu’un qui suit la politique britannique n’est pas particulièrement surpris du départ éventuel à court terme du Premier ministre britannique dont les assises dans son parti vacillent de partout. Maintenant qu’un leader étranger décide d’aller faire cette espèce de déclaration tonitruante, le mot en latin pour ça, c’est “cheap” », a-t-il déclaré aux ondes de LCN.

« Le message du président américain en dirait davantage sur sa propre personne que sur la situation politique britannique », estime l’universitaire. Tout en ajoutant que « c’est une vengeance personnelle de bas étage parce que M. Starmer, comme Mme Meloni d’ailleurs, la Première ministre italienne, n’avaient pas suivi Donald Trump les yeux fermés dans le conflit iranien et dans d’autres choses », a-t-il encore souligné.

Lire aussi – Dispute diplomatique avec Rome : Trump persiste et signe

Guillaume Lavoie estime également que ce type d’attaques envers des chefs d’État « envoie un signal négatif à l’international et finit par ternir les relations ».

« Il n’y a pour Trump aucune loyauté, aucun sens de l’État et de plus en plus dans les chancelleries du monde entier, on comprend qu’il ne soit pas un partenaire ni fiable ni honorable. Et cela se reflète négativement sur la posture des États-Unis », a-t-il ajouté, implacable.

Pourquoi tant de ressentiment de la part du milliardaire républicain envers son homologue britannique ? A cause du refus du désormais ex-Premier ministre d’aider les USA en Iran. « Starmer n’était pas là et les Britanniques n’ont pas apprécié son absence. Starmer a dit : ‘Nous serons là dès que vous aurez gagné’. J’ai répondu : ‘Nous n’aurons pas besoin de vous quand nous aurons gagné’», a ainsi ironisé Donald Trump.

Lire aussi – Royaume-Uni : Keir Starmer jette l’éponge

Démission en plein mandat

Rappelons que Starmer a confirmé lundi 22 juin lors d’un point de presse sa démission officielle en tant que Premier ministre et en sa qualité de chef du parti travailliste. Il demeurera toutefois en poste le temps qu’un successeur soit nommé par le parti. Le travailliste Andy Burnham a confirmé lundi qu’il se présenterait pour succéder au Premier ministre démissionnaire, et obtenu le ralliement du seul autre candidat déclaré, l’ex-ministre de la Santé, Wes Streeting.

« J’ai parlé à Sa Majesté le roi ce matin pour l’informer de ma décision. Je demanderai au Comité exécutif national du Parti travailliste d’établir un calendrier prévoyant l’ouverture des candidatures le 9 juillet, et leur clôture avant la fin de la pause estivale », le 1er septembre, a précisé le dirigeant de 63 ans devant les caméras.

« En cas d’élection interne, cela garantira qu’un nouveau chef soit en place avant la reprise des travaux du Parlement en septembre (…) Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour assurer une passation de pouvoir dans les règles », a-t-il ajouté.

Et de conclure, la voie étranglée par l’émotion : « Toutes les décisions que j’ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j’aime. C’est pourquoi je vais démissionner de mon poste de président du Parti travailliste ».

Mais pourquoi le Premier ministre a-t-il fini par jeter l’éponge ? Avec une hausse importante du coût de la vie, et le plus haut taux de chômage depuis 2013, on lui reproche souvent son bilan économique désastreux. À cela s’ajoutent plusieurs fautes politiques notables. Comme d’avoir nommé Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington, son allié s’est avéré être un proche du criminel sexuel Jeffrey Epstein. Sans oublier la démission de Wes Streeting, son ministre de la Santé, le mois dernier, lequel a dénoncé un manque de moyen et « avoir perdu confiance » dans le leadership du Premier ministre.

Lire également : La pression monte sur Keir Starmer au Royaume-Uni

Place à Andy Burnham ?

Son successeur serait probablement Andy Burnham, la personnalité politique préférée des Britanniques, selon l’institut YouGov. Devenu maire du Grand Manchester en 2017, il a relevé le pari de la reconversion d’une ville durement frappée par la désindustrialisation. Sous son impulsion, Manchester a retrouvé une centralité économique, regagné du poids dans l’équilibre territorial britannique et renforcé son attractivité internationale. Ses soutiens y voient la preuve qu’il pourrait transposer cette méthode à l’échelle nationale. Défenseur d’un État plus interventionniste, il plaide notamment pour la renationalisation de secteurs en difficulté, des transports à l’eau en passant par l’électricité. Ses adversaires, eux, lui reprochent de rester un homme de terrain, efficace à l’échelon local mais dépourvu d’envergure et de la vision stratégique qu’exige le poste de Premier ministre.

Reste qu’avec le départ de Keir Starmer, contraint de quitter le pouvoir en cours de mandat, le Royaume-Uni s’apprête à voir défiler son septième Premier ministre en dix ans ; un symptôme d’une instabilité politique inédite dans l’histoire contemporaine de la Perfide Albion.

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Eclairage – Le retour du roi dollar : quand les monnaies vacillent et que la Tunisie retient son souffle

Dans les souks de Tunis, dans les usines de Sfax, dans les bureaux des exportateurs du Sahel ou dans les salles de marché de New York, un même phénomène invisible relie aujourd’hui des millions de destins. Ce phénomène n’a ni visage ni drapeau. Il s’appelle le dollar.

Depuis plusieurs mois, alors que les conflits géopolitiques se multiplient, que les économies avancées peinent à retrouver leur rythme d’avant-crise et que les promesses d’un monde multipolaire se heurtent aux réalités des marchés, le billet vert effectue un retour spectaculaire. Comme un souverain que l’on croyait affaibli et dont les adversaires annonçaient la chute imminente, le dollar reprend sa place au centre du jeu.

Au même moment, le yen japonais s’effondre à des niveaux qui rappellent les heures les plus critiques de l’histoire monétaire contemporaine. L’euro vacille sans s’écrouler. Les marchés émergents s’inquiètent. Les matières premières hésitent. Et les banques centrales du monde entier scrutent avec anxiété les moindres déclarations de la Réserve fédérale américaine.

Derrière ces mouvements techniques se cache en réalité une immense histoire humaine : celle des rapports de force, des peurs collectives, des erreurs de politique économique et des espoirs de croissance. Une histoire qui concerne également la Tunisie, même si elle se joue à plusieurs milliers de kilomètres de ses frontières.

Quand la confiance change de camp

L’économie mondiale repose sur une matière première plus rare encore que le pétrole : la confiance. Les marchés financiers ne récompensent pas uniquement les performances économiques. Ils récompensent surtout la crédibilité. Ils investissent là où ils pensent que les institutions restent solides, où les règles sont prévisibles et où les autorités monétaires paraissent capables de tenir leurs engagements.

Pendant une bonne partie de l’année 2025, cette confiance semblait s’éroder à l’égard des États-Unis. Le dollar reculait. Les investisseurs évoquaient les déficits budgétaires américains, l’endettement colossal de Washington, les tensions politiques internes et l’émergence progressive de nouveaux pôles économiques capables, pensait-on, de contester l’hégémonie américaine.

Les discours sur la dédollarisation se multipliaient. Les BRICS multipliaient les annonces. La Chine renforçait l’internationalisation du yuan. Certains analystes parlaient déjà d’un « monde post-dollar ».

 

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L’Histoire, cependant, aime rarement les prophéties définitives. Quelques mois plus tard, les capitaux affluent de nouveau vers les États-Unis. Le dollar se redresse. Les investisseurs révisent leurs anticipations.

Pourquoi ? Parce qu’une conviction s’impose progressivement : la Réserve fédérale semble déterminée à reprendre le contrôle de l’inflation, quitte à ralentir l’économie. Et dans le monde de la finance, la détermination est souvent récompensée.

Kevin Warsh ou le retour de la vieille école

L’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale marque un changement de climat intellectuel. Depuis la crise financière de 2008, les banques centrales sont devenues les véritables chefs d’orchestre des économies modernes. Elles ont injecté des milliers de milliards de dollars dans les systèmes financiers, maintenu des taux d’intérêt proches de zéro et soutenu les marchés lors des crises successives.

Cette période a donné naissance à une génération entière d’investisseurs convaincus que les banques centrales interviendraient toujours pour éviter les turbulences majeures. L’économiste américain Hyman Minsky aurait sans doute reconnu ici son célèbre paradoxe : plus une période de stabilité dure longtemps, plus elle encourage la prise de risque excessive qui finit par produire l’instabilité.

Aujourd’hui, le vent semble tourner. Kevin Warsh appartient à une tradition monétaire plus classique. Une tradition héritée des années Volcker, lorsque la lutte contre l’inflation primait sur toute autre considération. Son message est simple : la stabilité des prix n’est pas négociable. Cette posture rassure les investisseurs internationaux. Elle redonne au dollar son statut de valeur refuge. Mais elle crée aussi des secousses considérables dans le reste du monde.

Le Japon face au crépuscule d’un modèle

Aucun pays ne ressent aujourd’hui ces secousses avec autant de violence que le Japon. Le yen évolue désormais à des niveaux qui auraient semblé impensables il y a encore quelques années. Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il faut revenir sur une singularité japonaise. Depuis l’éclatement de sa bulle immobilière au début des années 1990, le Japon lutte contre un mal étrange : la stagnation économique chronique.

Pendant plus de trente ans, les autorités ont tenté de stimuler l’activité par tous les moyens possibles : dépenses publiques massives, taux d’intérêt nuls, injections monétaires gigantesques.

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Cette stratégie a permis d’éviter l’effondrement. Mais elle a aussi créé une dépendance. Aujourd’hui, lorsque les taux américains remontent tandis que les taux japonais demeurent extrêmement faibles, les investisseurs n’hésitent pas. Ils empruntent en yens à faible coût pour investir en dollars à rendement supérieur. C’est le célèbre carry trade.

Le problème est que cette mécanique finit par affaiblir continuellement la monnaie japonaise. Or un yen trop faible cesse progressivement d’être un avantage. Les importations deviennent plus coûteuses. L’énergie se renchérit.

Le pouvoir d’achat des ménages diminue. L’inflation importée s’accélère. Ce qui apparaissait hier comme une stratégie de soutien à la compétitivité se transforme peu à peu en menace pour la stabilité économique. Le Japon découvre aujourd’hui qu’il est parfois plus difficile de sortir d’une politique monétaire exceptionnelle que de l’adopter.

L’Europe ou l’art de subir

L’Europe se retrouve dans une situation différente mais tout aussi inconfortable. L’euro résiste mieux que le yen. Pourtant, cette résistance ne doit pas masquer une réalité préoccupante. Le continent européen traverse une phase de doute historique. La croissance est faible. La productivité progresse lentement. Les investissements industriels migrent parfois vers des régions plus attractives. Les tensions énergétiques persistent. La concurrence américaine et chinoise s’intensifie.

Dans ce contexte, la Banque centrale européenne marche sur une corde raide. Trop de rigueur monétaire risque d’étouffer l’activité. Trop de souplesse risque d’affaiblir davantage la monnaie unique. L’Europe semble condamnée à naviguer entre deux dangers.

Cette situation rappelle les analyses de l’économiste Dani Rodrik sur les contraintes imposées par la mondialisation financière : les États disposent de moins en moins de liberté pour mener des politiques économiques totalement autonomes. L’Europe en offre aujourd’hui une démonstration grandeur nature.

Une guerre des monnaies qui ne dit pas son nom

Les économistes parlent souvent de guerre commerciale. Ils parlent moins de guerre monétaire. Pourtant, celle-ci n’a jamais réellement disparu. Chaque décision prise par une banque centrale modifie les rapports de force mondiaux. Chaque variation importante du dollar redistribue les cartes de la compétitivité internationale. Chaque mouvement de taux provoque des transferts massifs de capitaux. Les monnaies sont devenues les armes silencieuses de la mondialisation. Elles ne détruisent pas des infrastructures. Elles ne déplacent pas des armées. Mais elles peuvent fragiliser des économies entières. Lorsque le dollar monte fortement, ce sont des milliers d’entreprises dans les pays émergents qui voient leurs charges financières augmenter.

Ce sont des millions de consommateurs qui paient plus cher leur énergie ou leurs produits importés. Ce sont parfois des gouvernements qui découvrent soudainement que leur dette extérieure devient plus lourde à porter.

La Tunisie face au retour du dollar fort

Pour la Tunisie, ce retour du dollar intervient à un moment particulièrement sensible. L’économie nationale reste confrontée à plusieurs défis simultanés : croissance modérée, pression sur les finances publiques, besoins de financement élevés et vulnérabilité aux chocs extérieurs. Dans un tel contexte, la remontée du dollar agit comme une onde de choc discrète mais profonde. Le pétrole, les céréales, de nombreuses matières premières stratégiques et une partie importante du commerce international continuent d’être facturés en dollars. Chaque appréciation du billet vert accroît mécaniquement le coût de ces importations.

Pour le citoyen tunisien, cette réalité peut sembler abstraite. Pourtant, elle finit souvent par se traduire dans le prix des produits de consommation, dans les coûts de transport ou dans les dépenses énergétiques. L’effet n’est pas toujours immédiat. Mais il existe. Et il s’accumule. Plus encore, un dollar fort complique la gestion macroéconomique. La Banque centrale de Tunisie doit préserver la stabilité monétaire tout en évitant un ralentissement excessif de l’activité. Les autorités budgétaires doivent financer les besoins de l’État dans un environnement international plus exigeant. Les entreprises doivent composer avec des coûts d’importation plus élevés. Les ménages, eux, subissent indirectement les répercussions de ces ajustements.

Le privilège exorbitant du dollar

L’ancien ministre français des Finances, Valéry Giscard d’Estaing, parlait déjà dans les années 1960 du « privilège exorbitant » du dollar. L’expression demeure d’une actualité frappante. Les États-Unis sont pratiquement le seul pays capable de financer durablement ses déficits dans sa propre monnaie tout en attirant l’épargne mondiale.

Cette situation confère à Washington un pouvoir unique. Le dollar n’est pas seulement une monnaie. C’est une institution mondiale. C’est une réserve de valeur. C’est un instrument de puissance. C’est aussi un baromètre de la peur. Chaque fois que les incertitudes augmentent, le monde retourne vers lui. Comme un réflexe collectif. Comme une habitude profondément enracinée dans l’architecture financière internationale.

Quand le billet vert rappelle qui commande

Au fond, l’histoire du dollar et du yen n’est pas seulement une histoire de marchés financiers. C’est l’histoire d’un monde qui cherche encore son nouvel équilibre. Depuis quinze ans, beaucoup annoncent l’avènement d’un ordre économique multipolaire. Cette évolution est réelle. Les puissances émergentes prennent davantage de place. Les BRICS gagnent en influence. La Chine affirme ses ambitions. Mais les événements récents rappellent une vérité souvent oubliée : lorsqu’une tempête financière menace, les investisseurs continuent de chercher refuge sous le même parapluie : le dollar.

Pour la Tunisie, comme pour de nombreux pays émergents, cette réalité impose prudence, vigilance et anticipation. Car derrière les écrans des salles de marché, derrière les graphiques et les indices, se joue quelque chose de beaucoup plus concret : le coût de notre énergie, le prix de nos importations, la stabilité de notre monnaie et, finalement, le pouvoir d’achat des citoyens.

Le dollar vient une nouvelle fois de rappeler au monde qu’il demeure le cœur battant du système financier international. Et lorsque ce cœur accélère, c’est toute l’économie mondiale qui change de rythme.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG

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