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Chronique – Accord USA-Iran : Benjamin Netanyahou y laisse des plumes

« Allié inconditionnel d’Israël et de son Premier ministre, le président américain pourrait signer la mort politique de Benyamin Netanyahou et sa défaite aux prochaines élections, après avoir hâtivement mis fin à la guerre et conclu un accord avec Téhéran », écrit le média américain, The Atlantic.

 

Et si le protocole d’accord arraché dans la douleur avec Téhéran constituait finalement le pire cauchemar du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou ? Ne se targuait-il pas d’avoir l’oreille du président américain et d’influer sur la politique étrangère de Washington, au point de bénéficier du privilège rarissime d’être reçu à sept reprises à la Maison Blanche ?

Mais c’était sans compter sur l’imprévisibilité de l’ancien promoteur immobilier, ni sur un principe fondamental de la Realpolitik qui gouverne les relations internationales : les alliances comme les choix géopolitiques obéissent d’abord au pragmatisme et à la défense des intérêts nationaux, bien davantage qu’aux affinités personnelles ou aux proximités idéologiques. Après tout, ne dit-on pas que « les États n’ont pas d’amis, seulement des intérêts » ? Bibi aurait tout intérêt à méditer cette maxime, souvent attribuée, à tort, au général de Gaulle.

Brimades et vexations publiques

Aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose de cette relation autrefois présentée comme privilégiée entre les deux hommes. La proximité avec Washington, que Netanyahou exhibait comme une preuve de son poids politique et un argument électoral, semble s’être retournée contre lui. Ce qui constituait hier encore un signe de puissance apparaît désormais comme le révélateur de son érosion d’influence.

Trump n’avait-il pas hésité, lors d’une une conversation téléphonique houleuse avec Premier ministre israélien sur le bombardement israélien du Sud de Beyrouth, à le traiter comme quantité négligeable ? « T’es complètement cinglé ! Qu’est-ce que tu fous ? Tu serais en prison sans moi. Je t’ai sauvé les fesses. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça », lui aurait lancé le milliardaire républicain, faisant référence au procès pour corruption visant le Premier ministre israélien depuis 2020.

Ajoutant à cela qu’afin de préserver l’accord en cours de négociation avec Téhéran, le président américain a en effet contraint le gouvernement Netanyahou à renoncer à des frappes de représailles contre l’Iran et exigé une modération de sa réponse aux tirs du Hezbollah, avant d’imposer un cessez-le-feu entre Israël et le mouvement chiite le 19 juin.

Par ailleurs, en signe de défiance, le président octogénaire aura  également refusé que Tel-Aviv ait un droit de regard sur le protocole d’accord négocié par son administration avec l’Iran. La confiance ne semble plus régner entre les deux hommes ; loin de là.

Bref, « non seulement il a perdu la guerre avec l’Iran, mais il a aussi perdu Trump comme ami. Il est désormais isolé non seulement sur la scène internationale, mais enfermé dans un conflit majeur avec Trump », a asséné Aviv Bushinsky, ancien conseiller de Netanyahou.

Dilemme

Mais comment réagit le dirigeant israélien face à ce désamour qu’il n’a pas vu venir ? Va-t-il, pour sauver la face, se rebiffer contre le « diktat » américain ou est-il plus sage de plier l’échine en attendant le passage de l’orage ? Placé devant un dilemme existentiel pour son pays ainsi que pour son avenir politique, il se mure pour le moment dans un silence pesant. En a-t-il d’ailleurs le choix ?

Un dilemme que le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a parfaitement résumé lundi 22 juin au Parlement en ces termes : « soit un affrontement direct et destructeur avec notre plus grand allié, soit une capitulation servile face aux intérêts israéliens ».

Mais en attendant que le versatile président américain revienne à de meilleurs sentiments, Netanyahou devra justifier – devant l’opinion publique israélienne, à son électorat, et surtout devant son gouvernement composé de la coalition de droite, d’extrême droite et de partis ultra-orthodoxes avec à leur tête l’incontrôlable Bezalel Smotrich ou encore l’infréquentable Itamar Ben-Gvir – que lui qui se targue publiquement d’exercer une réelle influence sur les décideurs à Washington soit écarté brutalement et sans ménagement des accords avec l’Iran par l’homme qu’il désignait comme « le plus grand ami qu’Israël ait jamais eu à la Maison-Blanche ».

Il devra également justifier que l’homme qui a fait du conflit avec l’Iran le pilier central de la politique de sécurité d’Israël, finisse d’accepter que l’Iran, l’ennemi « existentiel » dont il en fait une fixation depuis plus de 30 ans, sorte du conflit affaibli militairement mais la tête haute pour avoir tenu tête à deux puissances nucléaires.

Enfin, sur le dossier libanais, Netanyahou semble plus que jamais tiraillé. Doit-il se plier aux exigences de Trump, qui presse Tsahal de mettre fin à ses frappes contre le Hezbollah, le bras armé de Téhéran, et de se retirer du Sud Liban, ou écouter son propre camp, qui appelle à tenir bon au nom des intérêts supérieurs d’Israël ? Cette ligne dure s’est d’ailleurs exprimée publiquement : « L’accord de Trump ne nous engage pas », a lancé le 22 juin sur les réseaux sociaux Itamar Ben-Gvir.

Le Premier ministre israélien semble avoir tranché en affirmant que les forces israéliennes resteraient dans les zones de sécurité du Liban, de la Syrie et de Gaza « aussi longtemps que nécessaire », et qu’elles « conservaient la liberté d’agir contre les attaques ». Mais en a-t-il les moyens ?

Reprise de main

« Toute action militaire israélienne perçue à Washington comme une tentative de saboter l’accord se heurtera très probablement à une réponse ferme de la part des États-Unis », a déclaré un chercheur spécialiste de l’Iran à l’Institut israélien d’études sur la sécurité nationale (INSS) dans un article publié dans le quotidien Israel Hayom.

« Contrairement à ce qui se passait sous l’administration Obama, lorsque Benjamin Netanyahou pouvait tenter de contourner la Maison Blanche en mobilisant le soutien du Congrès et de l’opinion publique américaine, ces options n’existent pratiquement plus aujourd’hui », a-t-il encore ajouté.

Aujourd’hui, le président américain semble avoir définitivement repris la main. Fini le temps où Benyamin Netanyahou pouvait composer par téléphone les équilibres stratégiques de Washington à sa convenance. L’influence israélienne, longtemps exercée dans l’ombre mais avec efficacité, paraît désormais nettement affaiblie.

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Décryptage – Quand produire devient un acte de résistance

Un pays où l’on demande aux entrepreneurs de courir avec des chaînes aux pieds

Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans la Tunisie d’aujourd’hui. Chaque discours officiel célèbre l’investissement, l’initiative privée, l’entrepreneuriat, l’innovation et la création d’emplois. Chaque programme économique insiste sur la nécessité de renforcer le tissu productif national. Chaque responsable reconnaît que l’État ne peut plus être le principal employeur du pays et que l’avenir repose sur la capacité des entreprises à créer de la richesse.

Pourtant, sur le terrain, une autre réalité se dessine. Une réalité faite de trésoreries exsangues, de marges laminées, de procédures administratives complexes, de financements difficiles à obtenir, de retards de paiement chroniques et d’une concurrence parallèle qui semble parfois bénéficier d’une forme d’impunité économique.

Dans les ateliers de cuir de Monastir, dans les petites usines de textile du Sahel, dans les commerces de Sfax, dans les entreprises artisanales de Kairouan ou de Nabeul, le même sentiment revient avec insistance : celui d’être devenu un survivant plutôt qu’un entrepreneur.

La récente alerte lancée par Mehdi Barbouch, président de la Fédération tunisienne des artisans et petites et moyennes entreprises, ne constitue pas une simple revendication corporatiste. Elle traduit un malaise plus profond, celui d’un tissu économique qui a le sentiment de porter une charge devenue disproportionnée par rapport à ses capacités.

Au fond, la question est simple : comment une entreprise peut-elle continuer à produire, investir et recruter lorsqu’elle se trouve simultanément prise en étau entre une fiscalité pesante et une concurrence qui échappe aux règles ?  C’est toute l’économie tunisienne qui se trouve résumée dans cette interrogation.

 

L’entreprise tunisienne : la grande oubliée des débats économiques

Les macroéconomistes aiment parler des grands agrégats : croissance, inflation, déficit budgétaire, balance commerciale ou dette publique. Pourtant, derrière ces chiffres se cachent des femmes et des hommes bien réels. Il y a ce chef d’atelier qui hésite à renouveler ses machines. Cette commerçante qui réduit ses stocks par peur d’une baisse de la demande. Ce petit industriel qui reporte un recrutement malgré des commandes suffisantes. Cet artisan qui travaille davantage pour payer ses dettes que pour développer son activité.

Toutes ces situations individuelles finissent par former une réalité collective. Or, depuis plusieurs années, les PME tunisiennes accumulent les chocs. La révolution, les crises politiques, la pandémie, l’inflation mondiale, la hausse des coûts énergétiques, les tensions sur les matières premières et le ralentissement économique ont laissé des traces profondes. Beaucoup d’entreprises n’ont jamais réellement retrouvé leur niveau d’activité d’avant 2020.

Leurs réserves financières se sont épuisées. Leurs capacités d’investissement se sont réduites. Leurs marges de sécurité ont disparu. Dans un tel contexte, chaque nouvelle contrainte produit un effet amplifié. Ce qui aurait été supportable dans une phase de croissance devient insoutenable dans un environnement de stagnation.

 

Lire également : Wided Bouchamaoui : « Les contraintes de temps et de moyens nous mettent à rude épreuve »

 

La fiscalité : lorsque la contribution devient une punition

L’impôt est l’un des piliers de toute société moderne. Ibn Khaldoun nous le rappelle depuis plus de six cents ans. Sans fiscalité, il n’y a ni écoles, ni hôpitaux, ni infrastructures, ni sécurité, ni services publics. Mais l’histoire économique montre également qu’il existe une frontière subtile entre contribution et confiscation.

Lorsque les prélèvements deviennent excessifs par rapport aux capacités réelles des acteurs économiques, ils cessent de financer la croissance pour commencer à la freiner. La Tunisie semble aujourd’hui dangereusement « proche de cette limite ». Certains esprits éclairés (trop) pensent qu’on l’a dépassée. Le problème ne réside pas uniquement dans le taux d’imposition. Il réside dans l’accumulation. Impôts sur les bénéfices. Retenues à la source. Acomptes provisionnels. Cotisations sociales. Taxes diverses. Pénalités. Formalités administratives. Contrôles multiples. Chaque élément pris séparément peut sembler justifiable. Mais leur combinaison produit un effet de saturation. L’entreprise finit par consacrer une énergie considérable non pas à produire ou à innover, mais simplement à rester conforme.

Cette situation crée une forme de fatigue économique. Une fatigue qui ne se mesure ni dans les statistiques ni dans les bilans comptables. Mais qui se lit dans les regards de nombreux entrepreneurs. Ils ne parlent plus de croissance. Ils parlent de survie.

 

L’économie parallèle : la concurrence qui ne joue pas selon les mêmes règles

Mais si la pression fiscale est lourde, elle devient presque insupportable lorsqu’elle coexiste avec un marché parallèle omniprésent. C’est là que réside l’une des plus grandes contradictions tunisiennes. L’entreprise formelle supporte toutes les charges. L’entreprise informelle en supporte peu ou pas. Et pourtant, les deux se retrouvent sur le même marché.

Le résultat est prévisible. Comment rivaliser avec un concurrent qui ne paie ni TVA, ni CNSS, ni impôt sur les bénéfices, ni coûts réglementaires ? Comment expliquer à un artisan qu’il doit respecter toutes ses obligations lorsque son voisin peut vendre le même produit à un prix inférieur de 20 %, 30 % ou parfois davantage simplement parce qu’il échappe au système ? Cette situation ne crée pas seulement une distorsion économique.

 

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Elle crée une crise morale

Car derrière les chiffres se cache une question de justice. Les économistes institutionnalistes, bien après Ibn Khaldoun, à commencer par Douglass North (1), ont démontré que les économies prospères reposent sur des règles appliquées équitablement à tous. Lorsque les règles cessent d’être universelles, la confiance s’effondre. Et lorsqu’une société perd confiance dans ses institutions économiques, l’investissement recule inévitablement.

 

Le drame silencieux des entreprises qui meurent debout

Les statistiques officielles évoquent souvent plusieurs centaines de milliers d’entreprises actives. Mais les chiffres administratifs racontent rarement toute l’histoire. Beaucoup d’entreprises existent encore juridiquement. Leur patente est ouverte. Leur registre de commerce est valide. Leurs déclarations continuent parfois d’être déposées. Mais leur activité réelle est réduite à une fraction de ce qu’elle était autrefois. Elles survivent. Elles ne vivent plus. Elles attendent. Elles espèrent. Elles repoussent l’échéance.

Le danger est là. Une économie ne s’effondre pas nécessairement dans un fracas spectaculaire. Elle peut se dégrader lentement, presque silencieusement. Atelier après atelier. Commerce après commerce. Entreprise après entreprise. Jusqu’au jour où l’on découvre que les capacités de production ont disparu. Que les savoir-faire se sont perdus. Que les emplois se sont évaporés. Et que reconstruire coûte infiniment plus cher que préserver.

 

L’État, créancier exigeant et débiteur retardataire

Parmi les paradoxes les plus frappants figure celui des relations entre les entreprises et l’administration. Certaines PME réalisent des travaux pour des organismes publics. Elles livrent. Elles exécutent leurs contrats. Elles respectent leurs engagements. Puis elles attendent. Parfois plusieurs mois. Parfois davantage.

Pendant ce temps, les échéances fiscales continuent de tomber avec une régularité implacable. L’entreprise doit payer un État qui ne l’a pas encore payée. Cette situation relève presque de l’absurde économique.

John Maynard Keynes rappelait qu’une entreprise ne disparaît pas nécessairement parce qu’elle perd de l’argent. Elle disparaît souvent parce qu’elle manque de liquidités. Autrement dit, parce qu’elle ne dispose pas de trésorerie suffisante pour faire face à ses obligations immédiates. Dans un pays où les difficultés de financement sont déjà importantes, les retards de paiement publics deviennent un facteur supplémentaire de fragilisation.

 

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Le secteur de la chaussure : autopsie d’un déclassement

Il fut un temps où le cuir et la chaussure représentaient une fierté industrielle tunisienne. Les ateliers travaillaient pour les marchés européens. Les exportations progressaient. Les savoir-faire se transmettaient de génération en génération. Aujourd’hui, de nombreux ateliers ont disparu. D’autres fonctionnent en dessous de leurs capacités. Certains ont définitivement fermé leurs portes. Bien sûr, les transformations du commerce mondial expliquent une partie du phénomène.

Mais la concurrence des circuits parallèles a joué un rôle majeur. Le secteur de la chaussure raconte finalement une histoire plus large. Celle d’une économie qui voit progressivement certains de ses piliers historiques s’éroder sous l’effet combiné de la mondialisation, de l’informalité et des fragilités internes.

 

La grande question tunisienne : qui créera les emplois de demain ?

Au fond, le débat dépasse largement les PME. Il concerne l’avenir du modèle économique tunisien. Chaque année, des milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail. L’administration publique ne peut plus les absorber. Les finances publiques ne le permettent plus. Les entreprises privées deviennent donc le principal espoir de création d’emplois.

Mais comment demander aux PME de recruter davantage lorsque leur principale préoccupation est de préserver leur propre survie ? Comment espérer davantage d’investissement lorsque les entrepreneurs peinent déjà à maintenir leur activité ? Comment attirer les jeunes vers l’initiative privée si ceux qui entreprennent donnent l’impression de mener un combat permanent ?

L’histoire économique est pourtant claire. Aucun pays ne s’est enrichi durablement sans un secteur privé dynamique. Aucun miracle économique n’a été construit contre les entrepreneurs. Tous ont été construits avec eux.

 

Réconcilier l’État et l’entreprise

La véritable urgence tunisienne n’est peut-être pas budgétaire. Elle est institutionnelle. Il s’agit de reconstruire la confiance. Une confiance qui passe par une fiscalité plus équilibrée. Par une lutte effective contre les circuits parallèles. Par une administration plus rapide. Par des délais de paiement raisonnables. Par un accès au financement mieux adapté aux réalités des PME. Par une digitalisation intelligente qui simplifie plutôt qu’elle ne complique. Car derrière chaque entreprise qui ferme se cache un drame humain.

Des salariés qui perdent leur revenu. Des familles qui perdent leur stabilité. Des jeunes qui perdent un espoir d’emploi. Des territoires qui perdent une partie de leur vitalité économique. La Tunisie possède encore un formidable potentiel entrepreneurial. Des artisans talentueux. Des PME résilientes. Des entrepreneurs capables d’innover malgré les difficultés.

Mais aucune économie ne peut demander indéfiniment à ses forces productives de porter seules le poids de ses déséquilibres. Car lorsque produire devient un acte de résistance, lorsque respecter les règles devient un désavantage concurrentiel, lorsque l’entrepreneur se transforme en survivant, le danger n’est plus seulement celui de quelques faillites supplémentaires. C’est celui d’un pays qui risque, progressivement, de décourager ceux dont il a pourtant le plus besoin : ceux qui créent la richesse, investissent dans l’avenir et donnent du travail aux autres. Et lorsqu’une nation commence à perdre ses bâtisseurs, elle finit toujours par compromettre une partie de son propre avenir.

 

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Références :

(1) Douglass C. North (1920–2015) est un économiste américain, colauréat du Prix Nobel d’économie en 1993. Il est le père fondateur de la nouvelle économie institutionnelle. Ses travaux majeurs, tels que Institutions et Le processus du développement économique, reposent sur deux piliers : Les institutions : Il les définit comme des « contraintes conçues par l’homme » (lois, droits de propriété, coutumes) qui structurent les interactions. L’intérêt personnel : Il explique que le développement et l’innovation naissent d’un calcul individuel. Ses recherches démontrent que la croissance économique à long terme dépend de la création d’institutions incitatives protégeant l’innovation, un concept qu’il a notamment utilisé pour expliquer l’émergence de la Révolution industrielle en Grande-Bretagne

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG).

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FIDADOC 2026 : l’Afrique en images et en récits

La 17e édition du Festival international du film documentaire d’Agadir (FIDADOC) s’est achevée le 24 juin après six jours de projections, de débats et de rencontres professionnelles. En attendant la publication du palmarès, le rendez-vous marocain confirme son rôle de…

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Financement public : des alternatives au FMI, mais des marges de manœuvre réduites

La Tunisie rencontre depuis 2023 des difficultés à mobiliser les financements extérieurs prévus dans ses budgets et ne parvient pas à capter les ressources attendues dans le cadre de l’emprunt extérieur, dans un contexte de rupture des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), a indiqué l’économiste Ridha Chkoundali.

 

Selon l’économiste, à qui on a posé la question « Le financement de l’Etat sans le FMI : jusqu’où est-ce possible », les montants effectivement obtenus au titre de l’emprunt extérieur n’atteignent pas le tiers des enveloppes programmées dans les lois de finances récentes. Cette situation s’expliquerait, toujours selon Ridha Chkoundali, par « la réticence des bailleurs de fonds à accorder des financements à des économies ne disposant pas de programmes de réformes adossés à un accord avec le FMI ».

Et l’économiste de rappeler que « le FMI demeure, pour de nombreux États et investisseurs privés, une référence en matière de confiance dans les programmes économiques », conditionnant ainsi l’accès aux financements internationaux.

Ridha Chkoundali assure que « la question du recours au FMI relève avant tout d’un choix politique et non d’un choix économique », rappelant ainsi en substance que la rupture des négociations et certaines orientations idéologiques vis-à-vis des institutions internationales ont influencé les décisions récentes en matière de financement extérieur.

Est-ce une fatalité ?

Concernant les alternatives au financement externe classique, l’économiste a évoqué le recours à l’emprunt intérieur ainsi qu’au financement direct auprès de la Banque centrale. Toutefois, ces options peuvent avoir, selon lui, des effets négatifs sur l’investissement privé et sur le niveau général des prix.

Dans ce cadre, Ridha Chkoundali a relevé que le coût de l’endettement intérieur est, selon ses propos, plus élevé que celui de l’endettement extérieur. Il explique que la Tunisie n’a pas enregistré, depuis la révolution, un taux de croissance supérieur à 2 %, ce qui limite la capacité de l’économie à supporter un endettement dont le coût excéderait ce niveau de croissance.

Lire aussi: La Tunisie réalisera une croissance de 2,1% en 2026 et 2,8% en 2027 (BAD)

Sur le plan de la gouvernance économique, l’économiste a insisté sur l’absence de coordination entre la politique monétaire et la politique budgétaire. La Banque centrale se concentre sur la maîtrise de l’inflation, tandis que l’État privilégie les objectifs de croissance, sans articulation suffisante entre les deux politiques, regrette-t-il.

De ce point de vue, il estime que les approches monétaires de lutte contre l’inflation, fondées sur la demande, ne seraient pas adaptées au contexte tunisien. Selon lui, les tensions inflationnistes seraient davantage liées à des contraintes d’offre et à des limites de production et d’investissement, analyse-t-il.

D’ailleurs, l’économiste, tout en rappelant que, dans les pays développés, l’augmentation des taux d’intérêt peut attirer les capitaux grâce à des marchés financiers développés, souligne que cela ne serait pas le cas en Tunisie, où le marché financier reste limité.

D’où son plaidoyer pour « une réorientation des politiques économiques vers l’offre, à travers des mesures d’incitation à l’investissement, une réduction de la fiscalité et une augmentation des dépenses d’investissement public », car, estime l’économiste, les politiques monétaires et budgétaires actuelles restent insuffisamment coordonnées.

In fine, Ridha Chkoundali souligne que la soutenabilité du financement de l’État dépend, selon lui, de la capacité à définir des choix économiques cohérents et à renforcer la qualité de la négociation avec les institutions financières internationales, plutôt que d’une rupture avec celles-ci.

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La démission de Keir Starmer révélée par Donald Trump avant Londres ?

Après que le Premier ministre britannique a démissionné lundi 22 juin, une décision déjà annoncée la veille par Donald Trump,  la voie semble désormais libre pour Andy Burnham, l’ancien maire de Manchester, probablement le candidat le mieux placé pour s’installer au 10 Downing Street de Londres.

Donald Trump a la rancune tenace. Car non content de s’immiscer ouvertement dans les affaires internes d’un pays ami, la Grande-Bretagne en l’occurrence, il a annoncé, dimanche 21 juin, la démission du Premier ministre britannique, Keir Starmer, bien qu’aucune annonce officielle n’ait été faite alors par ce dernier. Il l’accuse au passage d’avoir échoué sur certains dossiers. « Il a lamentablement échoué sur deux dossiers très importants : L’IMMIGRATION ET L’ÉNERGIE (OUVREZ LES GISEMENTS DE PÉTROLE DE LA MER DU NORD !). Je lui souhaite bonne chance. Je peux vous dire que nous n’avons pas affaire à Winston Churchill », a-t-il ironisé.

« Vengeance personnelle de bas étage »

Un geste indélicat qui relèverait d’une « vengeance personnelle», estime Guillaume Lavoie, professeur d’études stratégiques et diplomatiques à l’université de Québec.

« Quelqu’un qui suit la politique britannique n’est pas particulièrement surpris du départ éventuel à court terme du Premier ministre britannique dont les assises dans son parti vacillent de partout. Maintenant qu’un leader étranger décide d’aller faire cette espèce de déclaration tonitruante, le mot en latin pour ça, c’est “cheap” », a-t-il déclaré aux ondes de LCN.

« Le message du président américain en dirait davantage sur sa propre personne que sur la situation politique britannique », estime l’universitaire. Tout en ajoutant que « c’est une vengeance personnelle de bas étage parce que M. Starmer, comme Mme Meloni d’ailleurs, la Première ministre italienne, n’avaient pas suivi Donald Trump les yeux fermés dans le conflit iranien et dans d’autres choses », a-t-il encore souligné.

Lire aussi – Dispute diplomatique avec Rome : Trump persiste et signe

Guillaume Lavoie estime également que ce type d’attaques envers des chefs d’État « envoie un signal négatif à l’international et finit par ternir les relations ».

« Il n’y a pour Trump aucune loyauté, aucun sens de l’État et de plus en plus dans les chancelleries du monde entier, on comprend qu’il ne soit pas un partenaire ni fiable ni honorable. Et cela se reflète négativement sur la posture des États-Unis », a-t-il ajouté, implacable.

Pourquoi tant de ressentiment de la part du milliardaire républicain envers son homologue britannique ? A cause du refus du désormais ex-Premier ministre d’aider les USA en Iran. « Starmer n’était pas là et les Britanniques n’ont pas apprécié son absence. Starmer a dit : ‘Nous serons là dès que vous aurez gagné’. J’ai répondu : ‘Nous n’aurons pas besoin de vous quand nous aurons gagné’», a ainsi ironisé Donald Trump.

Lire aussi – Royaume-Uni : Keir Starmer jette l’éponge

Démission en plein mandat

Rappelons que Starmer a confirmé lundi 22 juin lors d’un point de presse sa démission officielle en tant que Premier ministre et en sa qualité de chef du parti travailliste. Il demeurera toutefois en poste le temps qu’un successeur soit nommé par le parti. Le travailliste Andy Burnham a confirmé lundi qu’il se présenterait pour succéder au Premier ministre démissionnaire, et obtenu le ralliement du seul autre candidat déclaré, l’ex-ministre de la Santé, Wes Streeting.

« J’ai parlé à Sa Majesté le roi ce matin pour l’informer de ma décision. Je demanderai au Comité exécutif national du Parti travailliste d’établir un calendrier prévoyant l’ouverture des candidatures le 9 juillet, et leur clôture avant la fin de la pause estivale », le 1er septembre, a précisé le dirigeant de 63 ans devant les caméras.

« En cas d’élection interne, cela garantira qu’un nouveau chef soit en place avant la reprise des travaux du Parlement en septembre (…) Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour assurer une passation de pouvoir dans les règles », a-t-il ajouté.

Et de conclure, la voie étranglée par l’émotion : « Toutes les décisions que j’ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j’aime. C’est pourquoi je vais démissionner de mon poste de président du Parti travailliste ».

Mais pourquoi le Premier ministre a-t-il fini par jeter l’éponge ? Avec une hausse importante du coût de la vie, et le plus haut taux de chômage depuis 2013, on lui reproche souvent son bilan économique désastreux. À cela s’ajoutent plusieurs fautes politiques notables. Comme d’avoir nommé Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington, son allié s’est avéré être un proche du criminel sexuel Jeffrey Epstein. Sans oublier la démission de Wes Streeting, son ministre de la Santé, le mois dernier, lequel a dénoncé un manque de moyen et « avoir perdu confiance » dans le leadership du Premier ministre.

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Place à Andy Burnham ?

Son successeur serait probablement Andy Burnham, la personnalité politique préférée des Britanniques, selon l’institut YouGov. Devenu maire du Grand Manchester en 2017, il a relevé le pari de la reconversion d’une ville durement frappée par la désindustrialisation. Sous son impulsion, Manchester a retrouvé une centralité économique, regagné du poids dans l’équilibre territorial britannique et renforcé son attractivité internationale. Ses soutiens y voient la preuve qu’il pourrait transposer cette méthode à l’échelle nationale. Défenseur d’un État plus interventionniste, il plaide notamment pour la renationalisation de secteurs en difficulté, des transports à l’eau en passant par l’électricité. Ses adversaires, eux, lui reprochent de rester un homme de terrain, efficace à l’échelon local mais dépourvu d’envergure et de la vision stratégique qu’exige le poste de Premier ministre.

Reste qu’avec le départ de Keir Starmer, contraint de quitter le pouvoir en cours de mandat, le Royaume-Uni s’apprête à voir défiler son septième Premier ministre en dix ans ; un symptôme d’une instabilité politique inédite dans l’histoire contemporaine de la Perfide Albion.

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Eclairage – Le retour du roi dollar : quand les monnaies vacillent et que la Tunisie retient son souffle

Dans les souks de Tunis, dans les usines de Sfax, dans les bureaux des exportateurs du Sahel ou dans les salles de marché de New York, un même phénomène invisible relie aujourd’hui des millions de destins. Ce phénomène n’a ni visage ni drapeau. Il s’appelle le dollar.

Depuis plusieurs mois, alors que les conflits géopolitiques se multiplient, que les économies avancées peinent à retrouver leur rythme d’avant-crise et que les promesses d’un monde multipolaire se heurtent aux réalités des marchés, le billet vert effectue un retour spectaculaire. Comme un souverain que l’on croyait affaibli et dont les adversaires annonçaient la chute imminente, le dollar reprend sa place au centre du jeu.

Au même moment, le yen japonais s’effondre à des niveaux qui rappellent les heures les plus critiques de l’histoire monétaire contemporaine. L’euro vacille sans s’écrouler. Les marchés émergents s’inquiètent. Les matières premières hésitent. Et les banques centrales du monde entier scrutent avec anxiété les moindres déclarations de la Réserve fédérale américaine.

Derrière ces mouvements techniques se cache en réalité une immense histoire humaine : celle des rapports de force, des peurs collectives, des erreurs de politique économique et des espoirs de croissance. Une histoire qui concerne également la Tunisie, même si elle se joue à plusieurs milliers de kilomètres de ses frontières.

Quand la confiance change de camp

L’économie mondiale repose sur une matière première plus rare encore que le pétrole : la confiance. Les marchés financiers ne récompensent pas uniquement les performances économiques. Ils récompensent surtout la crédibilité. Ils investissent là où ils pensent que les institutions restent solides, où les règles sont prévisibles et où les autorités monétaires paraissent capables de tenir leurs engagements.

Pendant une bonne partie de l’année 2025, cette confiance semblait s’éroder à l’égard des États-Unis. Le dollar reculait. Les investisseurs évoquaient les déficits budgétaires américains, l’endettement colossal de Washington, les tensions politiques internes et l’émergence progressive de nouveaux pôles économiques capables, pensait-on, de contester l’hégémonie américaine.

Les discours sur la dédollarisation se multipliaient. Les BRICS multipliaient les annonces. La Chine renforçait l’internationalisation du yuan. Certains analystes parlaient déjà d’un « monde post-dollar ».

 

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L’Histoire, cependant, aime rarement les prophéties définitives. Quelques mois plus tard, les capitaux affluent de nouveau vers les États-Unis. Le dollar se redresse. Les investisseurs révisent leurs anticipations.

Pourquoi ? Parce qu’une conviction s’impose progressivement : la Réserve fédérale semble déterminée à reprendre le contrôle de l’inflation, quitte à ralentir l’économie. Et dans le monde de la finance, la détermination est souvent récompensée.

Kevin Warsh ou le retour de la vieille école

L’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale marque un changement de climat intellectuel. Depuis la crise financière de 2008, les banques centrales sont devenues les véritables chefs d’orchestre des économies modernes. Elles ont injecté des milliers de milliards de dollars dans les systèmes financiers, maintenu des taux d’intérêt proches de zéro et soutenu les marchés lors des crises successives.

Cette période a donné naissance à une génération entière d’investisseurs convaincus que les banques centrales interviendraient toujours pour éviter les turbulences majeures. L’économiste américain Hyman Minsky aurait sans doute reconnu ici son célèbre paradoxe : plus une période de stabilité dure longtemps, plus elle encourage la prise de risque excessive qui finit par produire l’instabilité.

Aujourd’hui, le vent semble tourner. Kevin Warsh appartient à une tradition monétaire plus classique. Une tradition héritée des années Volcker, lorsque la lutte contre l’inflation primait sur toute autre considération. Son message est simple : la stabilité des prix n’est pas négociable. Cette posture rassure les investisseurs internationaux. Elle redonne au dollar son statut de valeur refuge. Mais elle crée aussi des secousses considérables dans le reste du monde.

Le Japon face au crépuscule d’un modèle

Aucun pays ne ressent aujourd’hui ces secousses avec autant de violence que le Japon. Le yen évolue désormais à des niveaux qui auraient semblé impensables il y a encore quelques années. Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il faut revenir sur une singularité japonaise. Depuis l’éclatement de sa bulle immobilière au début des années 1990, le Japon lutte contre un mal étrange : la stagnation économique chronique.

Pendant plus de trente ans, les autorités ont tenté de stimuler l’activité par tous les moyens possibles : dépenses publiques massives, taux d’intérêt nuls, injections monétaires gigantesques.

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Cette stratégie a permis d’éviter l’effondrement. Mais elle a aussi créé une dépendance. Aujourd’hui, lorsque les taux américains remontent tandis que les taux japonais demeurent extrêmement faibles, les investisseurs n’hésitent pas. Ils empruntent en yens à faible coût pour investir en dollars à rendement supérieur. C’est le célèbre carry trade.

Le problème est que cette mécanique finit par affaiblir continuellement la monnaie japonaise. Or un yen trop faible cesse progressivement d’être un avantage. Les importations deviennent plus coûteuses. L’énergie se renchérit.

Le pouvoir d’achat des ménages diminue. L’inflation importée s’accélère. Ce qui apparaissait hier comme une stratégie de soutien à la compétitivité se transforme peu à peu en menace pour la stabilité économique. Le Japon découvre aujourd’hui qu’il est parfois plus difficile de sortir d’une politique monétaire exceptionnelle que de l’adopter.

L’Europe ou l’art de subir

L’Europe se retrouve dans une situation différente mais tout aussi inconfortable. L’euro résiste mieux que le yen. Pourtant, cette résistance ne doit pas masquer une réalité préoccupante. Le continent européen traverse une phase de doute historique. La croissance est faible. La productivité progresse lentement. Les investissements industriels migrent parfois vers des régions plus attractives. Les tensions énergétiques persistent. La concurrence américaine et chinoise s’intensifie.

Dans ce contexte, la Banque centrale européenne marche sur une corde raide. Trop de rigueur monétaire risque d’étouffer l’activité. Trop de souplesse risque d’affaiblir davantage la monnaie unique. L’Europe semble condamnée à naviguer entre deux dangers.

Cette situation rappelle les analyses de l’économiste Dani Rodrik sur les contraintes imposées par la mondialisation financière : les États disposent de moins en moins de liberté pour mener des politiques économiques totalement autonomes. L’Europe en offre aujourd’hui une démonstration grandeur nature.

Une guerre des monnaies qui ne dit pas son nom

Les économistes parlent souvent de guerre commerciale. Ils parlent moins de guerre monétaire. Pourtant, celle-ci n’a jamais réellement disparu. Chaque décision prise par une banque centrale modifie les rapports de force mondiaux. Chaque variation importante du dollar redistribue les cartes de la compétitivité internationale. Chaque mouvement de taux provoque des transferts massifs de capitaux. Les monnaies sont devenues les armes silencieuses de la mondialisation. Elles ne détruisent pas des infrastructures. Elles ne déplacent pas des armées. Mais elles peuvent fragiliser des économies entières. Lorsque le dollar monte fortement, ce sont des milliers d’entreprises dans les pays émergents qui voient leurs charges financières augmenter.

Ce sont des millions de consommateurs qui paient plus cher leur énergie ou leurs produits importés. Ce sont parfois des gouvernements qui découvrent soudainement que leur dette extérieure devient plus lourde à porter.

La Tunisie face au retour du dollar fort

Pour la Tunisie, ce retour du dollar intervient à un moment particulièrement sensible. L’économie nationale reste confrontée à plusieurs défis simultanés : croissance modérée, pression sur les finances publiques, besoins de financement élevés et vulnérabilité aux chocs extérieurs. Dans un tel contexte, la remontée du dollar agit comme une onde de choc discrète mais profonde. Le pétrole, les céréales, de nombreuses matières premières stratégiques et une partie importante du commerce international continuent d’être facturés en dollars. Chaque appréciation du billet vert accroît mécaniquement le coût de ces importations.

Pour le citoyen tunisien, cette réalité peut sembler abstraite. Pourtant, elle finit souvent par se traduire dans le prix des produits de consommation, dans les coûts de transport ou dans les dépenses énergétiques. L’effet n’est pas toujours immédiat. Mais il existe. Et il s’accumule. Plus encore, un dollar fort complique la gestion macroéconomique. La Banque centrale de Tunisie doit préserver la stabilité monétaire tout en évitant un ralentissement excessif de l’activité. Les autorités budgétaires doivent financer les besoins de l’État dans un environnement international plus exigeant. Les entreprises doivent composer avec des coûts d’importation plus élevés. Les ménages, eux, subissent indirectement les répercussions de ces ajustements.

Le privilège exorbitant du dollar

L’ancien ministre français des Finances, Valéry Giscard d’Estaing, parlait déjà dans les années 1960 du « privilège exorbitant » du dollar. L’expression demeure d’une actualité frappante. Les États-Unis sont pratiquement le seul pays capable de financer durablement ses déficits dans sa propre monnaie tout en attirant l’épargne mondiale.

Cette situation confère à Washington un pouvoir unique. Le dollar n’est pas seulement une monnaie. C’est une institution mondiale. C’est une réserve de valeur. C’est un instrument de puissance. C’est aussi un baromètre de la peur. Chaque fois que les incertitudes augmentent, le monde retourne vers lui. Comme un réflexe collectif. Comme une habitude profondément enracinée dans l’architecture financière internationale.

Quand le billet vert rappelle qui commande

Au fond, l’histoire du dollar et du yen n’est pas seulement une histoire de marchés financiers. C’est l’histoire d’un monde qui cherche encore son nouvel équilibre. Depuis quinze ans, beaucoup annoncent l’avènement d’un ordre économique multipolaire. Cette évolution est réelle. Les puissances émergentes prennent davantage de place. Les BRICS gagnent en influence. La Chine affirme ses ambitions. Mais les événements récents rappellent une vérité souvent oubliée : lorsqu’une tempête financière menace, les investisseurs continuent de chercher refuge sous le même parapluie : le dollar.

Pour la Tunisie, comme pour de nombreux pays émergents, cette réalité impose prudence, vigilance et anticipation. Car derrière les écrans des salles de marché, derrière les graphiques et les indices, se joue quelque chose de beaucoup plus concret : le coût de notre énergie, le prix de nos importations, la stabilité de notre monnaie et, finalement, le pouvoir d’achat des citoyens.

Le dollar vient une nouvelle fois de rappeler au monde qu’il demeure le cœur battant du système financier international. Et lorsque ce cœur accélère, c’est toute l’économie mondiale qui change de rythme.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG

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Cinq choses à savoir sur Anasse Kazib, cheminot candidat aux présidentielles

Cheminot et militant syndical à la gouaille sans pareil, Anasse Kazib a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle 2027. Après avoir dynamité les codes de l’extrême-gauche française et s’être imposé dans le paysage audiovisuel, l’aiguilleur de la SNCF veut mener…

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Maître Mourad Battikh : « Dans l’affaire Lyhanna, personne n’a relié les signalements »

Lyhanna a été violée puis tuée. Son agresseur présumé, Jérôme Barella, avait pourtant fait l’objet de signalements. La machine judiciaire s’est enclenchée, mais personne n’a relié les points. Joël Barella, le père du principal suspect, est mis en cause pour…

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Tribune – Banques publiques tunisiennes : le virage digital ne peut plus attendre

Le secteur bancaire tunisien affiche, depuis plusieurs trimestres, des indicateurs financiers particulièrement solides. Résultats nets en hausse, ratios de liquidité excédentaires, coefficients d’exploitation optimisés : le redressement comptable de nos établissements publics est une réalité documentée qu’il convient de saluer. C’est précisément parce que cette assise financière est assainie qu’il serait stratégiquement regrettable de ne pas en exploiter la fenêtre d’opportunité pour engager les réformes de fond.

 

Derrière ces chiffres encourageants, une fracture demeure – silencieuse mais coûteuse : celle qui sépare les systèmes d’information des établissements publics des standards qu’impose désormais la compétition bancaire moderne. Cette fracture n’est ni une fatalité héritée, ni la conséquence inévitable du statut public. Elle est le produit d’un choix – celui d’avoir traité le système d’information comme un centre de coût à minimiser, plutôt que comme l’actif stratégique qu’il est devenu partout ailleurs. Ce choix est aggravé, il est vrai, par des freins structurels réels : la rigidité réglementaire portant sur les marchés publics, l’absence d’infrastructures Cloud souveraines certifiées et la fuite des talents informatiques vers le secteur privé ou l’étranger. Ces obstacles existent, mais ils ne doivent plus justifier l’immobilisme.

Cet impératif surgit à un moment charnière pour notre nation. Le Plan de Développement national 2026–2030, désormais soumis à l’examen approfondi du Parlement sous la Coupole du Bardo, engage la responsabilité historique des banques publiques. Ce passage devant la représentation nationale souligne la légitimité institutionnelle des grandes orientations économiques du pays. Dans une économie mondiale dictée par la maîtrise technologique, l’institution financière de l’État ne peut plus se limiter à un rôle de guichet de financement passif. Elle doit s’affirmer comme le bras opérationnel des politiques publiques sur deux axes indissociables : l’intégration de l’intelligence artificielle et la réalisation des objectifs de souveraineté numérique. Ce que le Parlement approuve, les banques publiques doivent être en mesure de l’exécuter — et cette capacité d’exécution commence par une décision majeure d’architecture organisationnelle.

 

Un diagnostic de performance axé sur la gestion des risques

Les banques publiques tunisiennes affichent historiquement des taux de créances accrochées supérieurs à ceux de leurs homologues privés. La cause principale ne réside pas dans la nature intrinsèque de leur clientèle — un argument commode mais contredit par le fait que le secteur privé sert des segments comparables avec une sinistralité bien moindre. La racine du problème se trouve dans la précision des outils d’évaluation de la solvabilité des clients au moment de l’octroi.

Un moteur de scoring moderne, alimenté par la donnée comportementale et transactionnelle, permet de segmenter la clientèle avec une granularité inaccessible aux méthodes traditionnelles. Le coût de cette absence d’outils analytiques de pointe est quantifiable : chaque point de réduction du taux de sinistralité de la clientèle libère instantanément des dizaines de millions de dinars de provisions, renforçant directement les fonds propres sans nécessiter d’extension coûteuse du réseau physique.

Le second déficit est d’ordre réglementaire et prudentiel. Les observations techniques parfois formulées par les commissaires aux comptes sur la granularité des systèmes comptables ne sont pas de simples détails. L’implémentation rigoureuse des nouvelles normes de classification des expositions et de calcul des provisions en pertes attendues exige une infrastructure de données d’une précision absolue. Enfin, le troisième défi concerne l’efficience opérationnelle : alors que les banques privées migrent une part massive de leur clientèle vers des canaux digitaux à des coûts de transaction optimisés, les banques publiques continuent d’absorber le poids financier de réseaux physiques denses, là où la transition numérique de la clientèle permettrait de réaliser d’importantes économies d’échelle.

 

Les enseignements des modèles régionaux

L’argument classique consistant à affirmer que le statut public imposerait une lenteur bureaucratique incompatible avec l’agilité digitale est contredit par les faits économiques régionaux.

Au Maroc, la Banque Centrale Populaire – institution publique dont la mission d’inclusion est comparable à celle de nos institutions – démontre une croissance remarquable de ses bénéfices, portée par une stratégie numérique qui intègre plus d’un million de clients actifs sur ses plateformes. De même, la CIH Bank réalise la quasi-totalité de ses flux transactionnels en ligne. En Égypte, Banque Misr, institution publique centenaire, s’est imposée comme un leader de la banque digitale en lançant avec succès une filiale 100 % numérique.

Certes, ces modèles évoluent dans des contextes spécifiques : le cadre marocain bénéficie d’une grande flexibilité de gouvernance, tandis que le modèle égyptien s’appuie sur une impulsion étatique centralisée à forte échelle. La Tunisie possède ses propres spécificités réglementaires et un marché fragmenté. Toutefois, ces exemples prouvent une vérité fondamentale : le statut public n’est pas un frein, il est un levier de stabilité permettant d’investir sur le temps long, à condition que la structure organisationnelle soit pensée pour l’exécution.

 

L’organigramme comme condition préalable à l’exécution

En management des organisations, la structure doit impérativement suivre la stratégie. Un organigramme calqué sur des modèles bureaucratiques hérités condamne les meilleures ambitions technologiques à la paralysie.

Le principal goulot d’étranglement de nos banques publiques réside dans le cloisonnement historique entre le pôle Opérations (traitement des flux, gestion de la clientèle, engagements) et la Direction des Systèmes d’Information (DSI). Ces deux univers cohabitent sans véritable synergie fonctionnelle. Il en résulte des projets IT déconnectés des réalités métiers, des processus numérisés en surface sans réingénierie préalable, et un capital informationnel sous-exploité.

La création d’un pôle unifié « Opérations & Technologies », réunissant sous une même ligne hiérarchique de premier rang le Back-office et la DSI, constitue la seule réponse managériale adaptée. Lorsque la gestion des processus métiers et l’infrastructure technique partagent les mêmes objectifs de performance, le moteur de scoring cesse d’être un projet informatique pour devenir un levier d’évaluation de la clientèle ; le reporting prudentiel s’automatise à la source ; et la transformation digitale devient une réalité opérationnelle. C’est cette synergie structurelle qui éliminera la « dette d’exécution » et permettra aux banques publiques de jouer pleinement leur rôle de bras financier de l’État dans le cadre du Plan 2026–2030.

 

Anticiper les objections pour garantir la neutralité technique

Certains théoriciens de l’organisation soutiennent que le rattachement de la DSI à un pôle d’appui transversal garantit sa neutralité et la préserve des arbitrages entre directions métiers concurrentes. Cette approche avait sa cohérence à une époque où la technologie était un simple outil de support.

En 2026, cette prémisse est obsolète. Un algorithme de scoring ou une plateforme d’architecture de données ne sont plus des outils périphériques : ce sont les piliers mêmes de la politique de maîtrise des risques et de la stratégie commerciale. Reléguer la DSI au rang de fonction support revient à marginaliser la technologie au moment où elle doit être au centre des d’arbitrages stratégiques. Pour pallier tout risque de conflit d’intérêts sectoriel, la mise en place de ce pôle intégré s’accompagne d’une charte de cohérence architecturale globale et d’un comité de gouvernance IT rattaché directement à la Direction Générale. L’enjeu est de traiter la technologie comme un actif stratégique majeur.

 

Trois chantiers prioritaires pour une transformation sécurisée

La première urgence est la mise en conformité absolue des architectures de reporting prudentiel et comptable. Pour accélérer ce processus dans un cadre légal sécurisé, l’extension des mécanismes de « bac à sable réglementaire » par les autorités de tutelle permettrait de fluidifier les acquisitions technologiques critiques des banques publiques.

La deuxième priorité est la valorisation de la donnée pour l’évaluation des risques. Les banques publiques possèdent des historiques transactionnels d’une richesse inestimable, mais cette matière brute nécessite une gouvernance des données stricte et centralisée au sein du nouvel organigramme. Ce chantier est également un levier d’attraction majeur pour retenir nos compétences et ingénieurs tunisiens.

La troisième priorité est la refonte de l’expérience client digitale, avec des objectifs chiffrés à moyen terme. Cette transition n’altère pas le capital humain : elle le valorise en réorientant les équipes des agences vers des missions de conseil à forte valeur ajoutée. Ce qui implique un dialogue managérial proactif pour accompagner le changement. Enfin, la sécurité des systèmes d’information et la souveraineté des données doivent être élevées au rang de priorité absolue, les fonctions de cybersécurité devant être connectées directement à la haute gouvernance de l’institution. Afin de piloter cette feuille de route sans dérive, l’utilisation d’outils d’audit dynamiques, à l’instar de l’indice IMIB (Maturity Index for Banking Intelligence), s’avère indispensable pour mesurer en continu l’adéquation entre l’organisation humaine et les objectifs macroéconomiques du pays.

 

La fenêtre d’opportunité financière et stratégique dont disposent actuellement les banques publiques tunisiennes est précieuse, mais elle a une durée de vie limitée. Il appartient désormais aux instances de gouvernance et aux directions générales de prendre les décisions structurelles nécessaires pendant que toutes les conditions de succès sont réunies.

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Les opinions exprimées dans cette tribune reflètent une analyse économique et technique personnelle et n’engagent que leur auteur. 

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Dispute diplomatique avec Rome : Trump persiste et signe

Le torchon brûle entre Rome et Washington suite aux critiques « déplacées et offensantes » du président américain, Donald Trump contre la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni.

 

« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis ! Quant à mes ennemis, je m’en charge ! ». Cette célèbre formule souvent attribuée à Voltaire, illustre parfaitement le sentiment de trahison ou de déception ressenti lorsque l’on subit des coups bas de la part d’un ami. C’est le cas de Mme Meloni qui était jusqu’alors le chouchou de Donald Trump sur le Vieux Continent.

Pourtant, cette promiscuité affective et idéologique n’aura pas empêché le milliardaire républicain de tenir des propos désobligeants, discourtois voire blessants envers Giorgia Meloni. Cette dernière s’efforçant souvent de jouer un rôle de médiatrice entre les positions divergentes des États-Unis et de l’Europe.

Ainsi, lors d’une interview téléphonique accordée la semaine écoulée à la chaîne télévisée italienne La7, le président américain a affirmé que la dirigeante italienne l’avait « supplié » de prendre une photo avec lui en marge du sommet du G7 en France. De quoi provoquer la colère de Rome et l’annulation de la visite du ministre italien des Affaires étrangères aux Etats-Unis, qui était prévue les 21 et 22 juin. A cause justement de ces propos du milliardaire président envers la cheffe du gouvernement italien.

Même tonalité chez le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto : « Je n’imagine pas Giorgia Meloni demander une photo à qui que ce soit, même sous la contrainte. En revanche, j’imagine combien cela lui a demandé de passer outre les propos de Trump tenus il y a quelques semaines afin de servir les intérêts de l’Italie, de l’Europe et de l’Occident », a-t-il écrit sur X.

Des propos « totalement inventés »

« Elle avait tellement envie de prendre une photo avec moi. Je ne l’aurais pas fait, mais j’ai eu pitié d’elle ! », a ajouté le président américain. Provoquant ainsi l’ire de la présidente du Conseil italien qui, en réponse, a diffusé vendredi 19 juin sur X une vidéo où elle s’est dite « consternée » par les déclarations « totalement inventées » de Donald Trump.

« Je ne comprends pas pourquoi le président des États-Unis se comporte ainsi envers ses propres alliés – ce n’est d’ailleurs pas la première fois », a-t-elle déclaré.

Et de conclure : « Je ne peux que déplorer qu’il ne fasse pas preuve de la même détermination envers les ennemis de l’Occident, envers les ennemis des États-Unis, envers des dirigeants avec lesquels il se montre au contraire bien plus conciliant », a ajouté la première ministre italienne.

Pourtant, dans un désir évident d’apaiser la tension avec l’administration américaine, quitte à avaler sa fierté, Giorgia Meloni évoque, à l’issue du sommet du G7 à Évian, un « climat très positif » et « aucune friction » entre Trump et les autres dirigeants mondiaux présents. La preuve ? Elle a été vue à plusieurs reprises aux côtés du président américain lors du sommet, notamment lors d’une rencontre sur un canapé à l’issue de laquelle il a semblé lui tapoter l’épaule.

Et bis repetita

Les choses auraient pu s’arrêter à ce stade ; sauf que revenant à ses vieux démons, Donald Trump a remué le couteau dans la plaie en martelant lourdement samedi 20 juin que Giorgia Meloni lui avait demandé « encore et encore de prendre une photo avec lui lors du Sommet du G7 », a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social. Et d’enfoncer le clou : « Elle se débrouille mal en Italie en matière de popularité, peut-être parce qu’elle a tourné le dos aux États-Unis d’Amérique, un pays qui aime et protège vraiment l’Italie ».

Réponse outragée de l’intéressée : « Ces attaques constantes et non provoquées sont insensées. Quant à ma popularité, le fait d’être ton amie ne l’a certainement pas aidée, et elle ne dépend pas de ma relation avec toi ». Ainsi a répliqué sèchement la présidente du gouvernement italien, suggérant au président des États-Unis de se « concentrer sur la sienne ».

Griefs

Mais que reproche Donald Trump à son alliée, jadis la plus proche en Europe ? Evidemment le manque de soutien selon lui de la Première ministre italienne, mais aussi des autres États membres de l’OTAN, dans la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

« Elle ne nous a même pas laissé utiliser les pistes d’atterrissages ou les tarmacs, un désagrément important », a-t-il dit à propos du refus fin mars de l’Italie d’autoriser des avions de combat américains engagés dans la guerre au Moyen-Orient à atterrir sur une base en Sicile. Sachant qu’en avril dernier, le président américain avait déjà critiqué Giorgia Meloni pour ce refus d’impliquer son pays dans la guerre en Iran, se disant « sous le choc » et déçu de son manque de « courage ».

« Maintenant que les États-Unis ont vaincu l’Iran militairement, elle veut de nouveau être amie afin de voir sa ‘côte remonter’. Non merci ! », conclut Donald Trump dans son message.

« Ma popularité dépend de ma capacité à défendre les intérêts de l’Italie. C’est ce que j’ai toujours fait, y compris pour l’utilisation des bases militaires américaines régie par des accords qui ne peuvent être violés », a rétorqué Giorgia Meloni. Du tic au tac.

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L’impuissance de la puissance des Etats-Unis

Au terme de la guerre illégale déclenchée contre l’Iran par l’axe israélo-américain, la signature du protocole d’accord marque une défaite stratégique et politique du couple Trump-Netanyahou. Certes, ils jouissent d’un rapport de force militaire très largement favorable. Toutefois, la résistance-résilience de l’Iran et la démonstration de sa capacité à frapper les monarchies du Golfe et à bloquer le détroit d’Ormuz ont placé l’offensive israélo-américaine dans une impasse. Résultat, le président Trump s’est résigné à négocier et à signer un accord par lequel les Iraniens ont atteint leurs principaux objectifs. Alors que les États-Unis n’en ont atteint aucun (ni la chute du régime ni la fin du programme nucléaire).

Si les tensions demeurent (à cause de la poursuite des bombardements israéliens contre le Liban) et que l’accord n’est pas certain d’être respecté, cette guerre illustre combien la puissance militaire peut connaître des limites stratégiques et politiques. Une réalité que les Etats-Unis ont déjà pu constater en Irak et en Afghanistan, mais qu’ils semblent avoir oublié…

 

L’interventionnisme de Trump

La réélection de Donald Trump (2024) a été soutenue par un mouvement populaire favorable au désengagement des Etats-Unis des affaires internationales, remettant ainsi en cause sa traditionnelle fonction de « gendarme du monde ». Motif : mieux se concentrer sur les affaires nationales au nom du principe à connotation nationaliste : America first, « l’Amérique d’abord ». La victoire du milliardaire américain et son entrée en fonction à la Maison Blanche devaient ainsi sonner la fin des « aventures extérieures ».

Finalement, depuis son second mandat, Donald Trump s’avère très interventionniste. Les Etats-Unis n’ont pas hésité à recourir à la force. Et ce, en violation du droit international : actes d’agression contre des Etats (Iran, Venezuela), « assassinats ciblés » ou extrajudiciaires (contre des narco-traficants vénézuéliens ou des responsables iraniens).

Des chefs d’Etats eux-mêmes n’échappent pas à cette violence, comme l’illustrent l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro (janvier 2026) et l’assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei (février 2026). Des opérations qui confirment le caractère imprévisible de la présidence Trump …

L’impuissance de Trump

Des interventions qui mobilisent la force, mais qui amènent à souligner l’impuissance de la première puissance mondiale. C’est en particulier le cas de la guerre contre l’Iran (février-juin 2026), déclenchée en dehors de toute légalité internationale et qui s’est conclue sur un accord dont les termes témoignent d’une défaite stratégique des Etats-Unis. La stratégie des frappes aériennes qui n’ont pas fait plier le régime iranien. Une impasse qui tend à affaiblir la crédibilité et l’efficacité de cette stratégie.

Derrière une capacité militaire toujours inégalée, les Etats-Unis sont confrontés à ce paradoxe : les frappes militaires décidées unilatéralement par Donald Trump sont révélatrices de sa propre impuissance politique dans un Moyen-Orient en recomposition.

En effet, l’opération « Fureur épique » déclenchée contre l’Iran a de nouveau montré les limites de la puissance militaire des Etats-Unis, en général, et de sa stratégie basée sur sa supériorité aérienne, en particulier. Elle a porté un coup à l’image de puissance irrésistible que Donald Trump voulait donner de son pays.

C’est la crédibilité internationale des Etats-Unis qui s’en trouve affectée par la guerre contre l’Iran. La première puissance mondiale n’arrive à imposer sa volonté ni à son ennemi l’Iran ni à son allié Israël (qui continue son agression contre le Liban, malgré les appels de Trump au respect du cessez-le-feu).

Quant à Gaza, derrière son plan et la mise en place du « Conseil de la paix », la réalité est cruelle : depuis l’instauration de cette organisation internationale et du cessez-le-feu, le bilan des bombardements israéliens atteint plus de 1 000 morts civils… Ici la responsabilité est partagée avec l’allié israélien : la politique israélienne au Moyen-Orient relève moins de la rationalité et de la sécurité du pays que de la volonté d’hégémonie qui anime ses dirigeants soutenus par leur opinion publique.

Enfin, le comportement des Etats-Unis comme d’Israël souligne un point : si le droit international est affaibli, ineffectif, c’est d’abord de la responsabilité des puissances qui le violent en toute impunité …

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Décryptage – La Banque centrale face au choix impossible

« Les banques centrales sont comme les médecins de l’économie : lorsqu’elles réussissent, personne ne les remarque ; lorsqu’elles échouent, tout le monde les accuse ». Cette formule, souvent reprise dans les cercles financiers, résume parfaitement le destin des autorités monétaires contemporaines. Invisibles dans les périodes de stabilité, elles deviennent les cibles privilégiées des critiques dès que les prix s’emballent, que la croissance ralentit ou que le chômage s’installe.

Aujourd’hui, la Réserve fédérale américaine, la célèbre Fed, se retrouve une nouvelle fois au centre de cette contradiction. Derrière les conférences de presse soigneusement scénarisées, derrière les graphiques colorés et les discours pesés au gramme près, se joue une bataille autrement plus importante : celle de sa crédibilité, de son indépendance et, finalement, de sa capacité à arbitrer entre deux maux dont aucun ne peut être véritablement accepté.

Car l’époque n’est plus celle des certitudes. Dans un monde traversé par les crises géopolitiques, les guerres commerciales, les fractures sociales, les tensions énergétiques et les bouleversements technologiques, les banques centrales, toutes – y compris la BCT – avancent désormais comme des funambules. À chaque pas, elles risquent de tomber d’un côté ou de l’autre du précipice. Elles sont, plus que jamais, sur le fil du rasoir.

Quand les mots deviennent un instrument de politique monétaire

Autrefois, les banques centrales parlaient peu. Elles cultivaient même une certaine opacité, convaincues que le mystère renforçait leur autorité. Cette époque semble appartenir à un autre siècle. Aujourd’hui, la communication est devenue un outil aussi important que le taux directeur lui-même. Chaque conférence de presse de la Fed est disséquée par les marchés mondiaux. Chaque phrase est analysée, interprétée, parfois surinterprétée. Les investisseurs cherchent dans le moindre mot un indice sur les décisions futures. Une simple nuance de langage peut provoquer des milliards de dollars de mouvements sur les marchés financiers.

Mais derrière cette volonté affichée de transparence se cache une réalité plus profonde. La Fed ne communique pas seulement pour expliquer ses décisions. Elle communique parce qu’elle ressent le besoin de défendre sa légitimité. Depuis la crise financière de 2008, puis la pandémie, puis le retour brutal de l’inflation, les critiques se sont multipliées. Certains l’accusent d’avoir créé des bulles spéculatives géantes. D’autres lui reprochent d’avoir laissé l’inflation s’installer. D’autres encore estiment qu’elle a favorisé Wall Street davantage que l’économie réelle.

La communication est ainsi devenue une forme de bouclier institutionnel. Plus les critiques augmentent, plus la banque centrale éprouve le besoin de justifier ses choix. Car derrière les débats économiques se profile une menace autrement plus sérieuse : celle de voir son indépendance remise en cause.

La crédibilité : le véritable capital d’une Banque centrale

Contrairement aux entreprises, les banques centrales ne produisent ni voitures, ni téléphones, ni services marchands. Leur principal actif est immatériel. Cet actif s’appelle la confiance. Une banque centrale efficace n’est pas seulement celle qui agit. C’est celle dont les décisions sont crues.

Lorsque les citoyens croient qu’elle luttera contre l’inflation, ils adaptent spontanément leurs comportements. Les entreprises limitent leurs hausses de prix. Les salariés modèrent leurs revendications salariales. Les investisseurs évitent les comportements spéculatifs excessifs.

L’essentiel de la politique monétaire moderne repose donc sur les anticipations. Or, lorsqu’une banque centrale perd sa crédibilité, ce mécanisme se dérègle. L’histoire économique regorge d’exemples dramatiques. De l’Amérique latine des années 1980 à certaines économies émergentes plus récentes, la perte de confiance dans les autorités monétaires a souvent conduit à des épisodes inflationnistes destructeurs.

C’est précisément ce spectre qui hante aujourd’hui les grandes banques centrales, notamment occidentales. Après avoir injecté des milliers de milliards de dollars dans l’économie mondiale durant les crises successives, elles savent qu’elles marchent désormais sur une ligne extrêmement étroite.

Le dilemme infernal : combattre l’inflation ou protéger l’emploi

Toute la difficulté réside dans une question apparemment simple. Faut-il privilégier la stabilité des prix ou l’emploi ? Sur le papier, la réponse semble évidente : il faut les deux. Dans la réalité, les choses sont infiniment plus complexes. Lorsque l’inflation augmente, la banque centrale relève ses taux d’intérêt.

Cette hausse renchérit le crédit, freine la consommation, ralentit l’investissement et réduit progressivement la demande. Les prix finissent par se stabiliser. Mais ce traitement produit également des effets secondaires. Les entreprises investissent moins. Les recrutements ralentissent. Le chômage progresse. L’activité économique perd de sa vigueur.

À l’inverse, lorsque la banque centrale soutient fortement l’économie par des taux faibles, elle stimule la croissance et l’emploi mais prend le risque d’alimenter les tensions inflationnistes. Ainsi, chaque décision ressemble à un arbitrage douloureux. La Fed ne choisit jamais entre le bien et le mal. Elle choisit entre deux souffrances.

Pourquoi les banques centrales redoutent davantage l’inflation

À première vue, cette préférence peut sembler injuste. Après tout, le chômage détruit des vies. Il fragilise les familles. Il nourrit les tensions sociales. Il peut même compromettre durablement les perspectives d’une génération entière. Pourquoi alors les banques centrales semblent-elles souvent plus préoccupées par l’inflation ?

La réponse est d’abord politique. Un chômeur souffre profondément, mais son malheur reste individuel. L’inflation, elle, touche simultanément toute la population. Chaque passage à la caisse devient un rappel permanent de la hausse des prix. Chaque facture d’électricité, chaque plein de carburant, chaque achat alimentaire transforme une abstraction économique en expérience quotidienne.

L’inflation possède donc une visibilité politique considérable. Elle nourrit rapidement le mécontentement populaire. Elle fragilise les gouvernements. Elle alimente les mouvements protestataires. Elle remet en question la crédibilité des institutions. Pour une Banque centrale, laisser s’installer une inflation durable revient souvent à signer son propre procès public.

 

Lire aussi: DECRYPTAGE – Quand l’inflation ralentit mais que la vie continue de coûter plus cher

 

Le chômage, même élevé, peut être attribué à des facteurs structurels, à la mondialisation, aux mutations technologiques ou aux tensions géopolitiques. L’inflation, en revanche, est presque toujours perçue comme un échec monétaire.

Le piège de la règle de Taylor

Pour justifier leurs décisions, les banques centrales invoquent fréquemment des règles théoriques. Parmi elles figure la célèbre règle de Taylor. Cette approche suggère qu’une banque centrale doit réagir plus fortement aux dérapages inflationnistes qu’aux fluctuations du chômage.

Pendant longtemps, cette doctrine a constitué une sorte de boussole intellectuelle. Mais les crises récentes ont révélé ses limites. Car les modèles économiques sont construits à partir du passé. Or le monde actuel est devenu extraordinairement imprévisible. Les pandémies paralysent les chaînes d’approvisionnement. Les guerres bouleversent les marchés énergétiques. Les tensions géopolitiques fragmentent le commerce mondial. Les changements climatiques affectent la production agricole. Les modèles traditionnels peinent à intégrer cette accumulation de chocs. La politique monétaire devient alors autant un exercice de jugement qu’un exercice de calcul.

Une leçon précieuse pour la Tunisie

Ces débats peuvent sembler lointains. Ils ne le sont pas. La Tunisie est elle aussi confrontée à un arbitrage extrêmement délicat entre stabilité des prix et soutien à l’activité. Depuis plusieurs années, l’économie tunisienne évolue dans un environnement marqué par une croissance faible, un chômage persistant, une inflation élevée et des tensions budgétaires importantes.

Dans ce contexte, la Banque centrale de Tunisie se trouve confrontée à une difficulté comparable à celle de la Fed, même si les échelles sont différentes. Relever les taux permet de limiter certaines pressions inflationnistes. Mais cela augmente également le coût du financement pour les entreprises. Or l’investissement privé est déjà insuffisant. Les PME rencontrent des difficultés croissantes. Les jeunes diplômés peinent à trouver des emplois stables. L’économie souffre d’un déficit chronique de création de richesse.

Plus encore, une partie significative de l’inflation tunisienne ne trouve pas son origine dans un excès de demande. Elle résulte de dysfonctionnements structurels : pénuries récurrentes, coûts logistiques élevés, faiblesse de la concurrence, dépendance énergétique, dépréciation du dinar et vulnérabilité aux chocs extérieurs.

Autrement dit, la politique monétaire seule ne peut résoudre le problème. Une hausse des taux ne fera pas apparaître davantage d’huile végétale, de café ou de médicaments sur les étagères. Elle ne supprimera pas les goulots d’étranglement logistiques. Elle ne restaurera pas instantanément la productivité.

L’héritage de Bernanke : savoir sortir des dogmes

L’un des personnages les plus fascinants de l’histoire économique récente demeure sans doute Ben Bernanke. Lorsque la crise des subprimes éclata, les recettes traditionnelles semblaient insuffisantes. Face au risque d’effondrement général, Bernanke décida d’explorer des territoires inconnus. Les achats massifs d’actifs, les politiques monétaires non conventionnelles et les interventions exceptionnelles ont profondément transformé le rôle des banques centrales. Cette expérience laisse un enseignement fondamental.

L’orthodoxie économique est utile en période normale. Mais les périodes exceptionnelles exigent parfois du courage intellectuel. Les banques centrales ne doivent pas devenir esclaves de leurs modèles. Elles doivent conserver la capacité d’innover lorsque les circonstances l’exigent.

Le véritable défi du XXIe siècle

Au fond, la question dépasse largement la seule inflation. Elle touche à la manière dont nos sociétés arbitrent entre stabilité économique et cohésion sociale (« Assabiya ou Asabiyya », selon Ibn Khaldoun). Une inflation incontrôlée détruit progressivement la confiance collective. Mais un chômage durable détruit tout autant l’espérance collective. L’un attaque la monnaie. L’autre attaque le tissu social. La mission des banques centrales consiste précisément à naviguer entre ces deux dangers.

La Fed, comme la Banque centrale de Tunisie, savent qu’il n’existe pas de solution parfaite. Seulement des compromis. Seulement des risques à hiérarchiser. Seulement des choix difficiles dont les conséquences se mesureront parfois des années plus tard. Voilà pourquoi les banquiers centraux ressemblent de plus en plus à des funambules. Sous leurs pieds, le fil est tendu entre inflation et chômage. À gauche, le gouffre de la perte du pouvoir d’achat.À droite, celui de l’exclusion économique.

Et tandis que les marchés, les gouvernements, les médias et les citoyens observent chacun de leurs mouvements, ils avancent lentement, conscients qu’un faux pas peut faire vaciller bien davantage qu’une institution : l’équilibre économique et social tout entier.

C’est là toute la tragédie de la politique monétaire moderne. Gouverner la monnaie n’est plus seulement une affaire de chiffres. C’est devenu un exercice d’équilibriste où se jouent simultanément la prospérité, la stabilité et parfois même la paix sociale. Sur ce fil du rasoir, la technique rencontre l’humain, et l’économie révèle finalement sa véritable nature : une science des choix impossibles.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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TIF 2026 : le rendez-vous de la reconquête économique

Les 25 et 26 juin se tiendra, à Tunis, la 22e session du Tunisia Investment Forum – TIF 2026 – sous le patronage du ministère de l’Économie et de la Planification et en partenariat avec la Banque africaine de développement. Pour mémoire, « le TIF 2026 constitue une plateforme stratégique d’échanges, de networking et de développement de partenariats d’affaires, réunissant investisseurs internationaux, dirigeants d’entreprises, institutions publiques, partenaires de développement et acteurs économiques ». Fin de citation.

À l’évidence, l’économie nationale n’a pas pleinement profité au plan mondial, tout au long de ces 15 dernières années, du choc démocratique à cause du bouillonnement et de l’instabilité post-révolution, ballottée qu’elle était par la déferlante et les dissensions politiques. En dépit de leur importance et de leurs retombées sur la croissance dont les besoins en ressources financières et en investissements n’ont jamais été aussi élevés, les TIF n’ont pas soulevé les montagnes si l’on en juge par la faible évolution des IDE.

Le TIF 2026 vient à point nommé pour cocher toutes les cases d’une croissance atone, privée de carburant, d’oxygène et de sources de motivation. Il sonne à son heure pour replacer l’investissement, en chute libre, au cœur des préoccupations et de l’action gouvernementale, pour évacuer au plus vite nuages, attentisme et climat délétère, qui sont de nature à refroidir l’ardeur entrepreneuriale.

Le TIF 2026, de par son ambition, c’est plus qu’un appel d’air dans le ciel chargé du pays. C’est notre planche de salut dans un contexte mondial marqué par les tensions, l’explosion des prix, les guerres et les bouleversements géopolitiques. Il est chargé de signes, de symboles et de sens. Il brise d’abord un tabou, et ce n’est pas le moindre de sa signification, né d’un effroyable malentendu. Il met fin à une terrible confusion aux retombées peu recommandables et très préjudiciables pour le pays. Il apporte un cinglant démenti aux agitprops, les va-t-en-guerre contre toute forme d’investissements étrangers. Lesquels se sont emparés à tort du mot d’ordre « compter sur nous-mêmes » pour monter sur leurs grands chevaux, sabre au clair, pour fustiger, torpiller, cibler les IDE et toute forme de financement extérieur, dans l’espoir de les faire capoter : allez savoir pourquoi.

 

Le TIF 2026, de par son ambition, c’est plus qu’un appel d’air dans le ciel chargé du pays. C’est notre planche de salut dans un contexte mondial marqué par les tensions, l’explosion des prix, les guerres et les bouleversements géopolitiques.

 

Le TIF 2026 réaffirme avec subtilité notre attachement aux investissements étrangers et notre volonté d’accentuer notre insertion dans les chaînes d’approvisionnement et de valeur mondiales. Il met un point final aux gesticulations d’apprentis sorciers qui se sont récemment bruyamment  manifestés à l’occasion d’octroi, dans les règles de l’art et tout à l’avantage du pays, de concessions photovoltaïques à des sociétés étrangères. On ne comprend rien à ce déluge d’hostilité, d’incivilité et d’indécence, alors que le pays en tire un énorme bénéfice. Ils voulaient faire croire, contre toute évidence, que le pays n’a plus la maîtrise de son destin, qu’il capitule, mettant ainsi en péril notre souveraineté nationale alors que la réalisation de ces projets par ces mêmes sociétés – une goutte d’eau dans l’océan du Sahara tunisien – vise essentiellement à renforcer notre souveraineté énergétique, autant dire notre souveraineté nationale. Et ce n’est pas, une fois de plus, le moindre mérite du TIF 2026 que de remettre les pendules des IDE à l’heure d’une compétition internationale aux relents guerriers. N’en déplaise aux pseudo-experts dont la vacuité morale et intellectuelle mènera au naufrage de l’économie et à un suicide collectif.

Venons-en maintenant aux faits. L’organisation du TIF 2026 est certes nécessaire mais pas suffisante, elle ne saurait à elle seule constituer le point de départ d’une reprise de l’investissement et d’un redressement de l’économie nationale qui a nettement régressé sur le plan régional et mondial. Elle n’a d’efficacité que si elle est conçue et perçue comme l’aboutissement final, l’ultime étape d’un programme global de réformes structurelles à l’effet de délester l’économie de ses poids morts, de ses coûts cachés, de ses dysfonctionnements et de ses incohérences. Ultime objectif : améliorer autant que faire se peut l’environnement des entreprises et le climat des affaires. Il n’est aucun facteur qui ne soit à ce point déterminant : sécurité juridique de l’investissement, stabilité fiscale, législation du travail en ligne avec la marche du monde… C’est peu dire qu’il faut libérer les entreprises de l’emprise et des griffes de la bureaucratie administrative, qui n’envisage la révolution numérique qu’avec parcimonie et à dose homéopathique.

 

L’organisation du TIF 2026 est certes nécessaire mais pas suffisante, elle ne saurait à elle seule constituer le point de départ d’une reprise de l’investissement et d’un redressement de l’économie nationale qui a nettement régressé sur le plan régional et mondial.

 

De quoi avons-nous besoin pour nous attirer la sympathie, accélérer et renforcer l’accueil et l’installation d’investisseurs et de pourvoyeurs de fonds étrangers? Sans nul doute d’un apaisement général, d’un véritable consensus autour de la notion de valeur travail. Syndicat-patronat-État, même combat. Besoin aussi de construire sur des bases saines la confiance sans laquelle il serait vain d’espérer un réarmement industriel.

De quoi avons-nous besoin pour dissiper scepticisme, doute et hésitation des marchés et des investisseurs ? Sans doute aussi d’un mode de gouvernance qui scelle la réconciliation entre investissement privé et public, entre marché et État, qui donne plus de crédibilité au PPP toujours au point mort. Le principe de précaution de l’Administration et son cortège d’incertitude sont passés par là.

On ne s’avise pas à jouer dans la cour des grands, à vouloir rivaliser avec les meilleurs sans faire valoir une infrastructure et une logistique de tout premier plan. Port en eau profonde dont on n’arrête pas de parler sans jamais le réaliser, liaisons maritimes, aériennes, ferroviaires, et un réseau autoroutier de leur temps. Nos infrastructures sont à des années-lumière des standards mondiaux. On ne peut faire l’économie d’une connectivité à tous égards comparable à celle de nos compétiteurs. À défaut d’en faire la démonstration à l’occasion du TIF 2026, osons au moins l’annoncer avec force conviction, dans l’espoir d’honorer nos engagements.

De quels leviers avons-nous besoin pour soulever et porter au plus haut niveau les investissements à forte intensité technologique et à forte valeur ajoutée, ne serait-ce que pour limiter l’exode des cerveaux ? Sûrement pas de dumping social ou fiscal aux lendemains incertains. Pas plus que d’un code des changes désuet et de réglementation douanière d’une incroyable ambiguïté conçus au seul effet de sanctionner sans discernement, fût-ce de manière souvent peu orthodoxe. Il serait plus pertinent de mettre en avant l’argument de la qualité de vie, notamment dans l’arrière-pays : écoles privées, soins médicaux, loisirs, habitat, mobilité, sécurité… pour stimuler l’appétit des investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers.

 

De quels leviers avons-nous besoin pour soulever et porter au plus haut niveau les investissements à forte intensité technologique et à forte valeur ajoutée, ne serait-ce que pour limiter l’exode des cerveaux ? Sûrement pas de dumping social ou fiscal aux lendemains incertains.

 

Et pour couronner le tout, il faut tout faire pour élever en permanence la courbe de satisfaction des 3 000 entreprises étrangères installées chez nous. Leur enracinement dans le pays sans chercher à se déployer ailleurs pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement est le meilleur message que l’on puisse envoyer en dehors pour valoriser et renforcer l’attractivité du site Tunisie.

Où en sommes-nous de tous ces arguments qui sont autant de supports et de leviers pour repositionner la Tunisie au cœur des chaînes mondiales d’approvisionnement et de valeur ? Le moment s’y prête. Il y a aujourd’hui, au vu du mouvement de recomposition des chaînes de valeur en Europe, une fenêtre d’opportunité pour l’économie tunisienne de monter en gamme et en grade, passer du statut d’atelier à celui d’usine de l’Europe tout en développant nos laboratoires de recherche. Passer du made in Tunisia au made by Tunisia.

En matière d’attractivité, il n’y a pas de mystère, pas plus qu’il n’y a de miracle. Nous avons perdu, ces quinze dernières années, beaucoup de temps qu’il faut rattraper au prix d’une accélération des réformes structurelles, d’une réhabilitation et d’une reconnaissance assumées des chefs d’entreprise nationaux. La crédibilité de l’État est certes déterminante, mais le statut réservé aux capitaines d’industrie locaux, leur notoriété et leur rayonnement à l’international ne le sont pas moins pour attirer les investisseurs et les financiers étrangers. Sans champions nationaux, il ne peut y avoir de puissantes locomotives pour tirer l’ensemble des wagons de l’économie nationale. Plus ils sont nombreux, solides et en confiance, plus grande sera la capacité d’expansion de l’économie. Et plus ils entraîneront dans leur sillage, via des partenariats stratégiques, investisseurs et financiers étrangers. Cela est d’autant plus vrai que les grands groupes privés ont fait preuve d’une extraordinaire résilience quand les entreprises publiques, qui tenaient par le passé le haut du pavé, sont aujourd’hui en état de mort cérébrale.

 

Le jour où il n’y aurait plus de grains de sable à répétition de nature à enrayer la machine de l’investissement, ce jour-là, les investisseurs de tout bord choisiront d’eux-mêmes le site Tunisie…

 

C’est à ces conditions, au prix d’une révolution copernicienne, que le TIF 2026 préparera de nouveau la rentrée de la Tunisie dans le club des pays émergents, en nous faisant prendre un raccourci inéluctable. Qu’on se le dise. Le jour où il n’y aurait plus de grains de sable à répétition de nature à enrayer la machine de l’investissement, ce jour-là, les investisseurs de tout bord choisiront d’eux-mêmes le site Tunisie. D’autant que par son histoire, son passé, son climat, sa centralité aux confins de l’Europe, de l’Afrique et du M.-O., le pays a toujours été dans son rôle de fenêtre sur le monde. Un pays où il fait bon vivre, investir et travailler.

À quand la résurrection ?

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Omar Rekik : l’impôt sur la fortune taxe le patrimoine, pas le revenu

L’impôt sur la fortune en Tunisie, c’est la promesse d’une justice fiscale. Mais sur le terrain, c’est l’épreuve des faits qui risque de parler : peut-être des recettes en berne, des contribuables exaspérés et une équité qu’il faudra construire. Car, la bonne intention ne suffit pas; seule la réalité des résultats nous départage. Voilà l’idée qui transparaît dans les propos de l’expert-comptable Omar Rekik*, lors d’une interview accordée à L’Economiste Maghrébin.

En somme, l’impôt sur la fortune en Tunisie, c’est la promesse d’équité… mais qui se heurtera à l’épreuve des faits. 

 

Dans le contexte tunisien, l’impôt sur la fortune peut-il être une source significative de recettes ? Ou son rendement sera-t-il limité par les difficultés d’identification et d’évaluation du patrimoine ?

Commençons par reconnaître l’intention, car elle est respectable : demander une contribution particulière aux patrimoines les plus élevés répond à un objectif d’équité. La vraie question n’est pas là. Elle est de savoir si cet impôt rapporte vraiment et l’expérience internationale invite à la prudence.

L’OCDE a recensé douze pays qui le prélevaient en 1990; ils n’étaient plus que quatre en 2017. Et son produit reste généralement compris entre 0,1 et 0,4 % du produit intérieur brut. Autrement dit, il pèse très peu dans les recettes d’un État.

Pourquoi si peu ? Parce qu’un impôt sur la fortune ne vaut que par sa capacité à identifier le patrimoine et à lui donner une valeur. Et c’est là que la mécanique se grippe. L’assiette, c’est-à-dire ce qui entre réellement dans le calcul de l’impôt, est facile à établir pour un compte en banque, mais beaucoup moins pour un immeuble qui ne se vend pas tous les jours, un fonds de commerce, une part de société non cotée ou une collection : leur valeur ne se lit pas sur un relevé, elle se déclare, s’expertise et finit souvent par se discuter.

 

« En Tunisie, où une part importante du patrimoine n’est pas encore enregistrée et où l’informalité reste forte, la base que l’on parvient réellement à taxer sera étroite; alors que le coût pour gérer, vérifier et contester, lui, ne le sera pas ».

 

En Tunisie, où une part importante du patrimoine n’est pas encore enregistrée et où l’informalité reste forte, la base que l’on parvient réellement à taxer sera étroite; alors que le coût pour gérer, vérifier et contester, lui, ne le sera pas. À ce coût supporté par l’administration s’ajoute un coût privé, tout aussi réel pour le contribuable : faire évaluer ses biens; réunir et conserver les justificatifs; répondre aux demandes; et, parfois, contester. On voit alors le risque : un impôt coûteux pour l’administration comme pour le contribuable, et dont le rendement net peut rester faible une fois tous ces frais déduits.

Il faut d’ailleurs cesser de le regarder seulement comme une recette : en obligeant chacun à déclarer ce qu’il possède, il produit surtout de l’information sur les patrimoines. Sa principale production serait donc moins de la recette que de la donnée.

 

Quels seraient les effets sur l’investissement privé, la création d’entreprises et l’attractivité de la Tunisie ?

Le vrai sujet n’est pas le taux, qui reste modéré ; c’est le comportement que l’impôt encourage. Un impôt sur la fortune frappe le capital que l’on possède et non le revenu que l’on dépense : il pèse donc sur celui qui investit, immobilise et prend des risques et il épargne celui qui consomme.

Prenons un cas simple. Imaginons un placement qui rapporte 2 % par an et un impôt qui prélève chaque année 1 % de sa valeur : avant même l’impôt sur le revenu, la moitié du rendement est déjà partie. Quand un bien rapporte peu, prélever une fraction de sa valeur revient ainsi à entamer le capital lui-même.

 

« Un impôt sur la fortune frappe le capital que l’on possède et non le revenu que l’on dépense : il pèse donc sur celui qui investit, immobilise et prend des risques, et il épargne celui qui consomme ».

 

Un impôt sur le capital reste supportable tant que le rendement normal de l’actif suffit à l’absorber ; il devient distorsif dès lors que le contribuable doit vendre, désinvestir ou distribuer des dividendes pour le payer. L’investisseur réagit alors de façon prévisible : il préfère des placements liquides, peu visibles, ou logés hors du champ de l’impôt. Autrement dit une épargne défensive qui dort, plutôt que l’entreprise, l’emploi et l’innovation.

Le cas de l’entrepreneur est le plus parlant : sa fortune n’est souvent qu’une valeur sur le papier, celle de son outil de travail, qu’il n’a pas encore transformée en argent. Pour payer l’impôt, il peut être contraint de puiser dans la trésorerie de la société, voire de se verser des dividendes supérieurs aux bénéfices. Un effet que la Norvège a vu se produire concrètement. L’attractivité du pays, enfin, ne se joue pas dans un grand basculement, mais à la marge, décision par décision ; et à fiscalité comparable, le signal que l’on envoie compte souvent autant que le chiffre que l’on inscrit.

 

Plusieurs pays ont abandonné ou réformé cet impôt. Quelles leçons pour la Tunisie, notamment sur la fuite des capitaux ?

L’histoire récente est plutôt un avertissement qu’un encouragement et elle mérite d’être lue calmement. L’Allemagne a renoncé à son impôt sur la fortune après que sa Cour constitutionnelle eut jugé, en 1995, qu’évaluer les biens de manière inégale d’un contribuable à l’autre rompait l’égalité devant l’impôt. La Suède l’a supprimé en 2007 parce qu’il rapportait peu et faisait fuir les contribuables. L’Autriche et le Danemark l’avaient fait avant elle. La France, en 2018, a préféré le recentrer sur le seul immobilier, par souci d’attractivité.

Ces exemples ne disent pas que l’impôt est impossible ; ils rappellent qu’il devient fragile dès que l’évaluation des biens prête à discussion ou que les contribuables peuvent déplacer leur résidence. L’illustration la plus frappante est toute récente : après que la Norvège eut relevé son taux en 2022, plusieurs centaines de contribuables fortunés ont quitté le pays. Soit 261 en 2022 et 254 en 2023 selon le centre de recherche Civita. Le troisième homme le plus riche du pays s’installant en Suisse.

 

Pour la Tunisie, j’en retire une leçon simple : un impôt sur la fortune ne tient que s’il reste modéré, lisible et accompagné d’une coopération réelle entre administrations fiscales. Sans cela, il fait surtout partir la richesse qu’il espérait taxer.

 

L’Espagne illustre l’écueil inverse : la concurrence entre ses régions a vidé l’impôt de sa substance à Madrid. Ce qui a obligé l’État central à créer, en 2022, un impôt de solidarité pour combler le manque. Pour la Tunisie, j’en retire une leçon simple : un impôt sur la fortune ne tient que s’il reste modéré, lisible et accompagné d’une coopération réelle entre administrations fiscales. Sans cela, il fait surtout partir la richesse qu’il espérait taxer.

 

Au-delà du pour et du contre, à quelles conditions un tel impôt serait-il soutenable en Tunisie ? 

Plutôt que de se demander si l’on est pour ou contre, posons les conditions qui rendraient cet impôt soutenable. La première est la clarté juridique. En matière fiscale, ce qui est taxé et ce qui est exonéré doit être décidé par la loi et non par un commentaire administratif ou par une case de formulaire. Or, dès la première année, une note commune et un imprimé déclaratif déplacent en pratique le périmètre voté par le législateur. Cela fragilise l’ensemble et plaide pour que ces choix soient consolidés par un texte de même rang que la loi.

La deuxième condition est la méthode d’évaluation. Tant qu’il n’existe pas de règle de valorisation claire, opposable et discutée de façon contradictoire, l’impôt se transforme en négociation au cas par cas. Et la négociation devient une source d’insécurité pour tout le monde, le contribuable comme l’administration.

La troisième est la mesure. Le seuil et le tarif devraient être calibrés sur la réalité d’une économie dont le revenu par habitant reste quatre à sept fois inférieur à celui des pays qui maintiennent cet impôt, avec un rendez-vous régulier pour réexaminer le dispositif. Le souvenir de 2014, où un impôt foncier fut introduit puis abrogé dans l’année, invite à cette prudence.

J’y ajouterais une exigence de cohérence : on ne peut pas, la même année, exonérer largement les dépôts dans la loi et resserrer cette exonération dans la doctrine. Un impôt sur la fortune réussi est d’abord un impôt que chacun comprend. Faute de quoi il reste, trop souvent, un symbole qui coûte plus qu’il ne rapporte.

 

L’article 88 présente-t-il, au-delà du débat économique, un risque constitutionnel ?

Oui, et il est réel. En matière fiscale, la question n’est pas seulement de savoir si l’impôt est utile ou juste ; il faut aussi savoir qui a le droit d’en tracer les frontières. Sur ce point, notre droit est clair. La Constitution du 25 juillet 2022 réserve à la loi, par son article 75, le soin de fixer l’assiette des impôts, leurs taux et les modalités de leur recouvrement. Et son article 76 confirme la règle en renvoyant tout le reste au pouvoir réglementaire, c’est-à-dire à l’administration.

En clair, décider de ce qui est imposé ou exonéré appartient au législateur. C’est une règle de bon sens démocratique : celui qui paie l’impôt doit pouvoir retrouver ses obligations dans la loi, et non dans une instruction ou une case de formulaire. La difficulté apparaît précisément lorsque la note ou l’imprimé déplace, en pratique, ces frontières. Trois exemples le montrent. Pour l’exonération des participations professionnelles, ils introduisent un seuil de détention de 50 % que l’article 88 ne formule pas. Ils paraissent aussi resserrer, dans le développement administratif, l’exonération large que la loi attache aux fonds déposés. Et ils traitent comme exonérés certains produits financiers, notamment l’assurance-vie et les comptes épargne en actions, alors que la loi ne les nomme pas expressément. Aucun de ces choix n’est neutre, car ils touchent au cœur de ce que seul le législateur peut décider.

Et l’enjeu dépasse même notre seul droit interne. Parce qu’il atteint ce que les personnes possèdent, l’impôt sur la fortune met en jeu des droits fondamentaux que la Tunisie s’est engagée à respecter : le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qu’elle a ratifié, garantit l’égalité devant la loi et la non-discrimination, ainsi que le droit à un examen équitable des différends. Un impôt dont le montant dépend fortement de valeurs estimées au cas par cas, ou dont les frontières pratiques se déduisent d’une note plutôt que de la loi, doit donc être conçu avec une vigilance particulière au regard de l’égalité de traitement et des garanties procédurales.

 

« … l’impôt sur la fortune met en jeu des droits fondamentaux que la Tunisie s’est engagée à respecter : le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qu’elle a ratifié, garantit l’égalité devant la loi et la non-discrimination, ainsi que le droit à un examen équitable des différends ».

 

La jurisprudence comparée n’oblige pas la Tunisie, mais elle balise le terrain avec précision. Saisie de l’impôt français sur la fortune lui-même, la Cour européenne des droits de l’homme l’a jugé compatible avec le droit de propriété, au prix d’une réserve nette : un tel impôt n’est admis que s’il demeure proportionné et ne tourne pas à la confiscation. La même idée d’égalité devant l’impôt avait conduit, en 1995, la Cour constitutionnelle allemande à invalider un impôt sur la fortune assis sur des valeurs estimées de manière inégale d’un contribuable à l’autre. La convergence est nette : la solidité d’un impôt sur le capital se mesure autant à sa base légale et à son égalité qu’à son taux.

Le devoir de payer l’impôt, que rappelle l’article 15 de la Constitution, trouve sa contrepartie dans la légalité fiscale : les règles du jeu doivent être posées par la loi et votées par la représentation nationale. Tant que ce n’est pas le cas, le dispositif reste exposé à une critique sérieuse, sur le terrain de la légalité, de la constitutionnalité comme des droits fondamentaux du contribuable. La question, au fond, n’est pas seulement fiscale, elle est démocratique : qui décide de ce que l’on taxe, le Parlement ou l’administration ? La réponse devrait aller de soi : faire dire par la loi ce que la note a voulu dire.

Propos recueillis par Talel BAHOURY

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*Rekik InTax Advisory · Tax Advisory | Transfer Pricing | Compliance &Reporting
Omar REKIK, ADIT · Expert-comptable membre de l’OECT · LL.M. Droit fiscal et contentieux administratif
Tél : +216 29 669 366 · o.rekik@rekikintaxadvisory.com

Document préparatoire à des fins d’entretien et d’analyse. Les positions exprimées engagent leur auteur et ne constituent ni un avis juridique ou fiscal individualisé ni une consultation. Les références internationales sont auditables et présentées selon la norme ISO 690. © Rekik InTax Advisory 2026.

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Festivals : l’autre diplomatie du Maghreb

Chaque été, les grands festivals du Maghreb attirent des centaines de milliers de spectateurs et des artistes venus des quatre coins du monde. Bien plus que de simples rendez-vous artistiques, ils sont devenus des instruments de rayonnement, d’attractivité touristique et…

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Décryptage – Économistes au bord de la crise de nerfs : le jour où les grands prêtres de la monnaie ont perdu leurs certitudes

Quand les oracles se taisent

En général, les banques centrales inspiraient une forme de respect mêlé de fascination. Elles parlaient peu, mais leurs paroles faisaient trembler les marchés. Elles n’étaient pas élues, mais elles influençaient le destin de millions de citoyens. Elles n’étaient pas des gouvernements, mais elles détenaient un pouvoir immense : celui d’agir sur le prix de l’argent, sur le crédit, sur l’investissement, sur l’emploi et, finalement, sur le rythme même de la vie économique.

Pendant des décennies, elles ont cultivé cette image de gardiennes omniscientes de la stabilité. Une hausse des taux d’intérêt pour refroidir l’économie. Une baisse des taux pour relancer la machine. Quelques ajustements techniques, quelques opérations sur les marchés monétaires, et l’équilibre semblait préservé.

Aujourd’hui, pourtant, quelque chose s’est brisé. Derrière les discours prudents des gouverneurs de banques centrales, derrière les formulations diplomatiques des communiqués officiels, un aveu de faiblesse apparaît. Les certitudes d’hier vacillent. Les recettes qui semblaient infaillibles fonctionnent de moins en moins. Les modèles prédictifs se trompent davantage. Les crises surgissent là où personne ne les attendait.

Les économistes eux-mêmes semblent parfois désorientés face à un monde qui refuse obstinément de se comporter comme leurs équations l’avaient prévu. Le constat est d’autant plus saisissant qu’il intervient après près d’un demi-siècle de domination intellectuelle quasi absolue de la pensée monétaire orthodoxe. L’heure est peut-être venue de reconnaître que les grands prêtres de la monnaie ne maîtrisent plus totalement les forces qu’ils prétendaient gouverner.

L’obsession des 2 % : un dogme devenu religion

L’histoire économique récente est celle d’une obsession. Une obsession née dans les années 1980 après les flambées inflationnistes des décennies précédentes. Cette obsession avait un chiffre : 2 %. Elle avait un parrain, Jean Claude Trichet, Gouverneur de la Banque de France et par la suite grand Manitou de la Banque Centrale Européenne. En Tunisie, cette même obsession avait aussi un chiffre : 2.9 %, arrondi à 3% depuis 2012.

Peu à peu, ce seuil est devenu bien davantage qu’un simple objectif technique. Il s’est transformé en véritable doctrine. Dans les salles de marché de New York, dans les bureaux de la Banque centrale européenne, dans les institutions financières internationales ou dans les universités les plus prestigieuses, une conviction s’est imposée partout, y compris en Tunisie, à la BCT : maîtriser l’inflation constituait la mission suprême de la politique économique.

Tout le reste devenait secondaire. L’emploi pouvait attendre. Les salaires pouvaient stagner. Les inégalités pouvaient se creuser. L’essentiel consistait à protéger la stabilité des prix. Cette vision trouvait sa légitimité dans les travaux de l’économiste monétariste Milton Friedman, dont l’influence intellectuelle a profondément marqué les politiques économiques occidentales, et par ricochet, les politiques économiques des pays en transition/émergents. La lutte contre l’inflation devint alors une croisade mondiale. Les banques centrales gagnèrent leur indépendance vis-à-vis des gouvernements afin de mener cette mission sans subir les pressions politiques. Sur le papier, l’idée semblait séduisante. Confier la monnaie à des techniciens afin de la soustraire aux tentations électoralistes. Mais à force de regarder exclusivement le thermomètre de l’inflation, beaucoup ont oublié d’observer l’état général du patient.

Le triomphe qui ressemblait à une défaite

Ironie de l’histoire, les banques centrales ont finalement obtenu ce qu’elles cherchaient. L’inflation a effectivement disparu pendant de longues années dans la plupart des économies développées. Les prix semblaient sous contrôle. Les statistiques étaient rassurantes. Les modèles économiques paraissaient validés. Pourtant, derrière cette apparente victoire, d’autres déséquilibres se développaient silencieusement.

Les ménages s’endettaient davantage. Les entreprises empruntaient massivement. Les marchés financiers gonflaient sous l’effet d’une liquidité abondante. Les prix des actifs immobiliers et financiers s’envolaient. La richesse se concentrait. La spéculation prospérait.

Comme souvent dans l’histoire économique, l’excès de confiance a fini par masquer les fragilités profondes. La crise financière mondiale de 2008 est venue brutalement rappeler que la stabilité des prix n’était pas synonyme de stabilité économique. Les banques centrales avaient gagné leur guerre contre l’inflation mais perdu de vue les risques systémiques qui s’accumulaient sous leurs yeux. Elles avaient regardé le ciel pendant que la terre se fissurait sous leurs pieds.

Le monde réel se rebelle contre les modèles

Depuis la crise de 2008, les mauvaises surprises s’accumulent. Pandémie mondiale. Ruptures des chaînes logistiques. Crises énergétiques. Conflits géopolitiques. Guerres commerciales. Montée des tensions protectionnistes. Dérèglements climatiques. Chaque choc semble défier les certitudes héritées de l’ancienne mondialisation. Le problème fondamental est peut-être là.

Les modèles dominants ont été construits pour décrire un monde relativement stable, prévisible et rationnel. Or nous vivons désormais dans un univers caractérisé par l’incertitude permanente. Les comportements humains restent imprévisibles. Les marchés réagissent souvent à l’émotion davantage qu’à la raison. Les investisseurs alternent euphorie et panique. Les anticipations changent brutalement. L’économie réelle refuse obstinément de se conformer aux schémas théoriques. Et plus les économistes tentent d’affiner leurs modèles, plus la réalité semble leur échapper. Comme si la complexité du monde contemporain progressait plus vite que les outils censés l’expliquer.

Hyman Minsky ou le retour du prophète oublié

Dans ce grand désarroi intellectuel, une voix venue du passé refait surface. Celle de l’économiste Hyman Minsky. Longtemps ignoré par les cercles dominants, Minsky avait développé une idée simple mais révolutionnaire : le capitalisme est intrinsèquement instable. Selon lui, les crises ne sont pas des accidents exceptionnels. Elles sont le produit naturel du fonctionnement du système. Lorsque tout va bien, les acteurs prennent davantage de risques. Lorsque les profits augmentent, les dettes progressent. Lorsque les marchés montent, l’optimisme devient excessif.

Puis vient inévitablement le moment où l’édifice vacille. Cette intuition paraît aujourd’hui presque prophétique. Car le monde contemporain ressemble étrangement à la description qu’il avait faite il y a plusieurs décennies. L’endettement mondial atteint des niveaux records. Les marchés financiers demeurent hypersensibles. Les États accumulent des déficits gigantesques. Les bulles spéculatives continuent d’apparaître sous différentes formes. Minsky avait compris ce que beaucoup refusaient d’admettre : l’économie n’est pas naturellement stable. Elle oscille en permanence entre euphorie et fragilité.

La Tunisie dans un monde sans boussole

Pour la Tunisie, ce bouleversement intellectuel mondial revêt une importance particulière. Notre pays évolue dans un environnement déjà marqué par de nombreuses fragilités structurelles. Croissance insuffisante. Faiblesse de l’investissement. Endettement élevé. Pressions inflationnistes persistantes. Déficits extérieurs récurrents. Chômage des jeunes diplômés. Érosion du pouvoir d’achat.

Dans ce contexte, l’affaiblissement des repères traditionnels de la politique économique internationale crée une difficulté supplémentaire. Pendant longtemps, les recommandations étaient relativement claires : maîtriser les déficits, contenir l’inflation, stabiliser la monnaie. Ces objectifs demeurent importants. Mais ils ne suffisent plus.

La Tunisie découvre progressivement ce que de nombreux pays ont compris avant elle : aucune politique monétaire, aussi rigoureuse soit-elle, ne peut à elle seule produire la croissance, l’emploi et la prospérité. Le taux directeur de la Banque centrale de Tunisie peut influencer le coût du crédit. Il ne peut pas moderniser une administration. Il ne peut pas améliorer la qualité de l’enseignement. Il ne peut pas rénover les infrastructures. Il ne peut pas restaurer la confiance des investisseurs. Il ne peut pas transformer la structure productive du pays. La politique monétaire est un outil. Elle n’est pas une stratégie de développement.

Le retour des grands débats économiques

Cette remise en question réactive des débats que l’on croyait clos. Les idées de John Maynard Keynes retrouvent une étonnante actualité. L’État doit-il jouer un rôle plus actif dans l’économie ? Les investissements publics peuvent-ils stimuler durablement la croissance ? Faut-il privilégier la lutte contre l’inflation ou le soutien à l’emploi ? Comment concilier discipline budgétaire et cohésion sociale ? Ces interrogations traversent aujourd’hui les grandes économies comme les pays émergents.

Elles concernent directement la Tunisie. Car derrière les indicateurs macroéconomiques se trouvent des réalités humaines. Des familles confrontées à la hausse du coût de la vie. Des entrepreneurs qui hésitent à investir. Des jeunes diplômés qui cherchent leur place dans l’économie. Des retraités dont le pouvoir d’achat s’érode. Des régions entières qui attendent encore les fruits du développement. L’économie n’est jamais uniquement une affaire de chiffres. Elle est d’abord une affaire de vies humaines.

L’humilité comme nouvelle richesse

Le physicien Max Planck affirmait que la science progresse « un enterrement à la fois ». La formule peut paraître brutale. Elle décrit pourtant un phénomène universel : les paradigmes intellectuels résistent toujours aux faits qui les contredisent. Nous assistons peut-être aujourd’hui à l’une de ces grandes transitions. Non pas à la disparition de l’économie comme science, mais à la fin d’une certaine arrogance intellectuelle. Les banques centrales, – compris la BCT – découvrent que la maîtrise de l’inflation ne résout pas tous les problèmes. Les économistes redécouvrent que l’incertitude fait partie intégrante de la réalité.

Les gouvernements – y compris le nôtre -comprennent que les marchés ne s’autorégulent pas toujours. Et les citoyens réalisent que les équations les plus sophistiquées ne remplacent jamais le bon sens. Dans un monde devenu plus complexe, plus instable et plus fragmenté, la véritable compétence n’est peut-être plus de prétendre tout savoir. Elle consiste à accepter que certaines certitudes doivent être abandonnées.

Car les grandes crises économiques ne sont pas seulement des crises de croissance, de dette ou d’inflation. Elles sont aussi des crises de pensée.

Et c’est précisément ce que nous vivons aujourd’hui : le moment rare où une génération d’économistes découvre que les cartes avec lesquelles elle a appris à naviguer ne correspondent plus au territoire. Pour la Tunisie comme pour le reste du monde, le défi n’est donc plus simplement de trouver les bonnes réponses. Il est d’abord d’avoir le courage de poser de nouvelles questions.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Europe. L’éternel combat des immigrés pour leur liberté

Tous les gouvernements européens, à commencer par la France, ne se cachent plus pour appeler à bouter les immigrés hors du pays, poussant le cynisme jusqu’à organiser un référendum comme en Suisse. Portée par le parti d’extrême droite Union démocratique…

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Le G7, un « club occidental »

Un G7 s’est ouvert à Evian (France) dans un contexte international marqué par l’intensification de la guerre en Ukraine et l’accord irano-américain. La situation au Moyen-Orient a justifié la présence notamment de l’émir du Qatar et du président des Emirats arabes unis. Il n’empêche, le G7 est l’incarnation d’un « club occidental », en décalage avec les nouveaux équilibres mondiaux et le mouvement global de désoccidentalisation du monde. Le XXIe siècle signe la fin du monopole de la puissance dont jouissait ce « Nord global ».

 

Le G7, reflet du monde occidental

Le G7 permet des échanges directs entre chefs d’Etat ou de gouvernement, dans un cadre diplomatique multilatéral assez informel (avec une administration légère et l’absence de secrétariat permanent), pour traiter de sujets globaux, pas seulement économique, comme à l’origine).

Née à la suite du premier choc pétrolier (1973), la pratique a d’abord consisté à réunir les chefs d’Etat ou de gouvernement des puissances occidentales les plus industrialisées lors de sommets annuels. Le président français d’alors, V. Giscard d’Estaing, est à l’origine de l’initiative de transformer les discussions informelles de Washington, dites G5 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Japon), en sommet annuel sur les questions économiques et financières (1975). Celui-ci permettait de répondre aux limites du Conseil de sécurité de l’ONU, peu actif en matière économique et insuffisamment représentatif (absence de deux grandes puissances économiques mondiales, le Japon et l’Allemagne). Progressivement, le sommet s’élargit à l’Italie (G6) puis au Canada (G7), ainsi qu’au président de la Commission européenne.

 

Lire aussi : Les sept priorités pour le Sommet du G7 d’Évian ?

 

Ces sommets en forme de « directoire économique mondial » exercé par les pays industrialisés sont critiqués (par des Etats et des mouvements « altermondialistes » issus de la société civile) pour leur « déficit démocratique » et pour leur matrice idéologique néolibérale. En outre, plus de cinquante ans après sa création, le G7 ne correspond plus aux rapports de force mondiaux.

 

Le G7, symbole de la désoccidentalisation du monde

La crise financière de 2008-2009 (qui a surtout frappé les économies occidentales) a sapé un peu plus sa légitimité et justifié la création du G20  (en 1999) relativement plus ouvert et représentatif. Ce cadre de coordination intergouvernementale réunit puissances occidentales et puissances émergentes, d’abord au niveau des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales, puis, pour la première fois, au niveau des chefs d’Etat ou de gouvernement en 2008, lors du sommet exceptionnel de Washington. Ce forum intergouvernemental représente les deux tiers de la population de la planète, 85% de son commerce et 90% de son PIB.

Ce rééquilibrage des rapports de force mondiaux correspond à une redistribution de la puissance, à la fin du monopole du récit « occidental » du monde et à un glissement du pivot des relations internationales de la zone transatlantique vers l’espace transpacifique. La force motrice de l’économie mondiale bascule en Asie, où vit plus de la moitié de la population mondiale. En trois décennies, la rivalité entre Etats-Unis et URSS a cédé la place à la compétition sino-américaine. Une reconfiguration des relations internationales nourrie par une émancipation et une montée en puissance de certains pays du Sud, auxquelles ont du mal à s’adapter les stratégies et diplomaties occidentales.

Les indices d’un déclin de l’hégémonie et les signes de contestation de sa domination (matérielle, symbolique) se multiplient. Sur le plan démographique, près de 15% seulement de la population mondiale vit en Occident. Une tendance à la régression qui se vérifie aussi sur le plan économique, comme le montrent les prévisions de croissance du FMI et l’évolution du partage du PIB mondial (en parité de pouvoir d’achat). Le poids des pays occidentaux dans la croissance mondiale et dans le PIB mondial devrait continuer à baisser.

Derrière cette désoccidentalisation du monde, il y a aussi un monde fragmenté, déséquilibré, marqué par l’effacement de toutescroyances et références communes, comme en témoigne la marginalisation du droit international. Comme si la conscience d’appartenir à un même monde déclinait, ce, au moment même où l’existence d’un intérêt commun est particulièrement manifeste et concrète. ..

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Et si Israël était le grand perdant du « deal » américano-iranien ?

L’accord d’Islamabad a suscité en Israël colère et amertume. Tel-Aviv n’a obtenu satisfaction ni sur le nucléaire ni sur le sort des stocks d’uranium hautement enrichi ; encore moins sur sa liberté d’action militaire au Liban contre le Hezbollah.

 

« Une défaite stratégique », « On nous avait promis une victoire totale et nous avons un désastre total », « Benjamin Netanyahu se sera retrouvé devant le fait accompli ». Tels étaient les gros titres des médias israéliens, qu’ils soient de droite ou de gauche, pour une fois unanimes à dénoncer l’accord d’Islamabad. A savoir, un protocole d’accord avec l’Iran pour arrêter la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban.

C’est qu’aux yeux des Israéliens, l’accord conclu entre Washington et Téhéran est ainsi largement perçu comme une victoire de l’Iran. Pis, il renforce la République islamique tout en laissant sans réponse les exigences israéliennes.

« Le principal problème de cet accord, c’est que les questions importantes du point de vue d’Israël, celles liées au nucléaire, sont reportées à un avenir dont on ignore tout », conclut une ancienne responsable du renseignement israélien et spécialiste de l’Iran à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS).

Les sujets épineux en suspens

Certes, il ne s’agit pas d’un accord final, mais selon les informations fuitées par la presse américaine, le texte prévoit grosso modo un cessez-le-feu de 60 jours sur « tous les fronts », y compris le Liban, ainsi que le déblocage du détroit d’Ormuz. En échange, le blocus opéré par la Navy américaine depuis le 13 avril sera levé. Un allégement des sanctions à l’encontre de l’Iran est prévu, « selon l’avancement d’un accord et l’engagement continu et de bonne foi » de l’Iran.

En effet, dans le détail, le texte fixe les grandes lignes pour la paix mais laisse en suspens des questions plus épineuses. Comme ar exemple : l’avenir du programme nucléaire iranien; le sort des stocks d’uranium hautement enrichi; la levée progressive des sanctions américaines; et le dégel ou non des milliards de dollars d’actifs iraniens qui demeurent en suspens.

Sur ce dernier point, Tel-Aviv redoute que le possible remboursement à l’Iran de quelque 24 milliards de dollars gelés à l’étranger permette au régime de financer la reconstruction des installations militaires détruites ou endommagées lors des raids américains et israéliens depuis un an.

Humiliation publique

Pour rappel, dans l’accord-cadre concernant la guerre en Liban, à aucun moment Israël n’est mentionné. C0pomme si l’allié privilégié des Américains, le pays qui aura mené des frappes contre l’Iran de concert avec l’armée américaine, était relégué au statut négligeable de sous-traitant américain.

« Non seulement Trump a ignoré Israël, mais il a, de fait, décidé à la place d’Israël, sans le consulter ni même le prévenir », note pour sa part Michael Horowitz, un expert sécuritaire indépendant qui évoque clairement un « déclin de l’influence d’Israël à Washington ».

Un déclin manifeste dans un contexte de tension extrême entre les deux alliés. Donald Trump n’avait-il pas hésité, lors d’une une conversation téléphonique houleuse avec Premier ministre israélien sur le bombardement israélien du Sud de Beyrouth, à le traiter comme quantité négligeable ? « T’es complètement cinglé ! Qu’est-ce que tu fous ? Tu serais en prison sans moi. Je t’ai sauvé les fesses. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça », lui aurait lancé le milliardaire républicain, faisant référence au procès pour corruption visant le Premier ministre israélien depuis 2020.

 

Lire aussi – Trump-Netanyahu : Divergences ou rupture ?

 

Avalant la couleuvre, le Premier ministre israélien a préféré encaisser le coup en silence mais l’humiliation est totale. D’autant plus que la fin prévue des hostilités intervient à quelques mois d’élections législatives cruciales pour l’avenir politique du Premier ministre Benjamin Netanyahu ; lui, qui a fait de la lutte contre la menace iranienne un fonds de commerce électoral. Lui qui crie sur tous les toits depuis trente ans que la République islamique est à deux doigts de se doter de l’arme nucléaire.

Fissures

Si Benjamin Netanyahu n’a pas encore réagi officiellement, les critiques ont fusé contre cet accord dans l’opposition. Ainsi, l’ancien Premier ministre, Naftali Bennett, principal rival de Netanyahu pour le prochain scrutin, a estimé que l’accord constituait un « tournant dangereux pour la sécurité d’Israël ».

Yaïr Golan, le chef du parti de gauche Les Démocrates, a lui affirmé que c’était « une mauvaise matinée pour Israël ». Il a déclaré que « ce  matin, les citoyens israéliens se réveillent en découvrant un accord conclu entre les États-Unis et l’Iran, négocié au-dessus de la tête d’Israël, sans son consentement ni sa participation ».

Même son de cloche du côté de Yaïr Lapid, le chef officiel de l’opposition centriste. « Le régime iranien survit, les programmes sur les missiles balistiques et le nucléaire iranien se poursuivent », a-t-il constaté, en déplorant qu’Israël ait été traité « en protectorat recevant des instructions concernant sa sécurité nationale » de la part des États-Unis. Il évoque un Premier ministre « faible, malade, isolé et sans influence ».

Pauvre Bibi, un homme à terre rattrapé par sa karma de boucher de Gaza ; mais, charité chrétienne oblige, il n’est pas décent de tirer sur une ambulance.

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Cinq choses à savoir sur Ibrahim Maza, nouvelle pépite des Fennecs

Dans le football moderne, les talents surgissent de plus en plus tôt, mais rares sont ceux qui arrivent avec une trajectoire aussi rapide et aussi surveillée. Et quand l’Algérie affronte l’Argentine, ce mercredi (17 juin) à 3h heure française, l’attention…

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