Lese-Ansicht

Wamkele Mene : « La Tunisie est bien placée pour être une passerelle vers le reste du continent »

La 22ᵉ édition du Tunisia Investment Forum (TIF 2026), rendez-vous majeur des acteurs mondiaux de l’investissement, se déroule ce jeudi  25 juin 2026 à Tunis. Organisé par FIPA-Tunisia sous le patronage du Ministère de l’Économie et de la Planification et en partenariat avec la Banque Africaine de Développement, ce forum offre une plateforme stratégique d’échanges, de networking et de création de partenariats entre investisseurs internationaux, dirigeants d’entreprise, institutions publiques et partenaires de développement.

Présent lors de cette matinée, Wamkele Mene, le secrétaire général de la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf), a souligné lors de son allocution l’importance du thème de cette édition, qui fait écho à la mission de la ZLECAf. Il a salué l’engagement de la Tunisie, l’un des premiers pays à signer et ratifier l’accord, et a insisté sur le rôle du pays comme plateforme pour dynamiser le commerce intra‑africain et attirer les investissements.

Il précise dans ce contexte :  » Nous nous réunissons à un moment où l’économie mondiale fait face à des défis sans précédent. En effet, le capital se montre prudent, les investisseurs hésitent et le commerce est fragmenté. Les chaînes d’approvisionnement mondiales sont morcelées. De plus en plus, les industriels et les producteurs recherchent des partenariats régionaux pour établir des chaînes d’approvisionnement alternatives et garantir la résilience pour notre continent et pour la Tunisie en particulier. Cela signifie que nous devons renforcer et construire notre autonomie économique en créant des chaînes de valeur en Afrique, sans pour autant nous déconnecter du reste du monde. »

Il ajoute : « Notre mission est de développer nos économies et nos marchés, de bâtir des partenariats, d’accroître notre capacité de production et d’échange, et de lever les obstacles intra‑africains à l’investissement et au commerce. Pendant plus de 70 ans, le continent africain a été caractérisé par la fragmentation des marchés, la petitesse des marchés nationaux, la coexistence de 42 monnaies, des frontières réglementaires denses et des économies qui restent trop dépendantes de l’exportation de matières premières non transformées vers les marchés traditionnels du Nord. En réponse à ce constat, nos chefs d’État et de gouvernement, au sein de l’Union africaine, ont décidé d’accélérer le commerce intra‑africain en instituant la ZLECAf. « 

Comme il l’a précisé lors de son discours d’ouverture, la Tunisie est déjà activement engagée dans les échanges au sein de ce cadre. 42 entreprises tunisiennes pionnières ont satisfait aux exigences réglementaires nécessaires pour pouvoir commercer dans ce cadre ; ces entreprises couvrent la production manufacturière, la production d’engrais, l’agriculture et l’exportation de produits agricoles vers l’Afrique subsaharienne. « L’Afrique est ouverte aux affaires et la Tunisie, bien entendu, est ouverte aux affaires ; elle est bien placée pour être une passerelle vers le reste du continent, via ses infrastructures et grâce à la ZLECAf. « 

« La ZLECAf présente une proposition de valeur et d’investissement : un marché potentiel de 1,4 milliard de personnes avec un PIB combiné estimé à 3,4 billions de dollars américains. Cela signifie que, lorsque vous investissez en Tunisie, vous avez accès aux marchés des 49 autres pays et bénéficiez d’un accès préférentiel à ces marchés dynamiques et à forte croissance en Afrique.

En 2024, le commerce intra‑africain a atteint 220 milliards de dollars, soit une hausse de 12,5% par rapport à l’année précédente. C’est pourquoi nous avons confiance dans l’avenir de notre continent et dans le rôle de la Tunisie comme porte d’entrée vers l’Afrique » a-t-il poursuivi.

Wamkele Mene a souligné la capacité d’exportation de la Tunisie et son expérience : « La Tunisie a été parmi les premiers partenaires à conclure un accord préférentiel avec l’Union européenne. Ce qui en a fait l’un des plus grands pays exportateurs en Afrique vers l’UE et le 10e fournisseur de vêtements de l’Union européenne. La Tunisie compte plus de 260 entreprises exportatrices réalisant plus de 2,5 milliards de dollars d’exportations. Soit plus de 14% des exportations nationales dans le cadre des zones de libre‑échange. »

Il a également rappelé que la ZLECAf ne concerne pas uniquement les biens commerciaux. « Elle porte aussi sur l’économie numérique, l’autonomisation des petites et moyennes entreprises et l’intégration des femmes et des jeunes dans le commerce. Du point de vue de l’investisseur, elle vise à faciliter l’investissement intra‑africain — qui représente aujourd’hui moins de 4 % et à renforcer la protection juridique des investissements via le protocole sur l’investissement applicable. Les règles de protection de l’investissement et d’ouverture des marchés existent ; le marché est là. La main‑d’œuvre la plus jeune du monde sera en Afrique d’ici 2050. D’ici 2050, une personne sur quatre vivra en Afrique. Les projections estiment le PIB africain à 16,2 billions de dollars, positionnant alors le continent comme l’une des plus grandes économies mondiales. Il ne s’agit pas seulement d’une architecture plus vaste pour le commerce ; c’est une opportunité de marché dynamique et à forte croissance. Parmi les dix économies à la croissance la plus rapide au monde, six se situent en Afrique. »

« Bien sûr, nous devons surmonter des défis précis : le coût du transport et de la logistique, le coût des infrastructures, le coût élevé du financement du commerce, le coût des paiements et transactions intra‑africains, et l’absence d’une infrastructure de paiement continentale qui permettrait aux PME comme aux grandes entreprises d’échanger à des tarifs compétitifs et à des millions d’Africains de profiter d’un marché de 1,4 milliard de personnes » a-t-il encore souligné.

Il conclut : « La Tunisie apporte une nouvelle dynamique et de nouvelles opportunités pour l’Afrique. Il s’agit d’un modèle d’intégration économique important que nous construisons. Et nous sommes convaincus que la Tunisie joue un rôle essentiel dans la mise en œuvre de l’intégration économique en Afrique. C’est un pays où investir, c’est aussi investir dans l’avenir du continent et tirer parti du marché africain. »

L’article Wamkele Mene : « La Tunisie est bien placée pour être une passerelle vers le reste du continent » est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

TIF 2026 : le rendez-vous de la reconquête économique

Les 25 et 26 juin se tiendra, à Tunis, la 22e session du Tunisia Investment Forum – TIF 2026 – sous le patronage du ministère de l’Économie et de la Planification et en partenariat avec la Banque africaine de développement. Pour mémoire, « le TIF 2026 constitue une plateforme stratégique d’échanges, de networking et de développement de partenariats d’affaires, réunissant investisseurs internationaux, dirigeants d’entreprises, institutions publiques, partenaires de développement et acteurs économiques ». Fin de citation.

À l’évidence, l’économie nationale n’a pas pleinement profité au plan mondial, tout au long de ces 15 dernières années, du choc démocratique à cause du bouillonnement et de l’instabilité post-révolution, ballottée qu’elle était par la déferlante et les dissensions politiques. En dépit de leur importance et de leurs retombées sur la croissance dont les besoins en ressources financières et en investissements n’ont jamais été aussi élevés, les TIF n’ont pas soulevé les montagnes si l’on en juge par la faible évolution des IDE.

Le TIF 2026 vient à point nommé pour cocher toutes les cases d’une croissance atone, privée de carburant, d’oxygène et de sources de motivation. Il sonne à son heure pour replacer l’investissement, en chute libre, au cœur des préoccupations et de l’action gouvernementale, pour évacuer au plus vite nuages, attentisme et climat délétère, qui sont de nature à refroidir l’ardeur entrepreneuriale.

Le TIF 2026, de par son ambition, c’est plus qu’un appel d’air dans le ciel chargé du pays. C’est notre planche de salut dans un contexte mondial marqué par les tensions, l’explosion des prix, les guerres et les bouleversements géopolitiques. Il est chargé de signes, de symboles et de sens. Il brise d’abord un tabou, et ce n’est pas le moindre de sa signification, né d’un effroyable malentendu. Il met fin à une terrible confusion aux retombées peu recommandables et très préjudiciables pour le pays. Il apporte un cinglant démenti aux agitprops, les va-t-en-guerre contre toute forme d’investissements étrangers. Lesquels se sont emparés à tort du mot d’ordre « compter sur nous-mêmes » pour monter sur leurs grands chevaux, sabre au clair, pour fustiger, torpiller, cibler les IDE et toute forme de financement extérieur, dans l’espoir de les faire capoter : allez savoir pourquoi.

 

Le TIF 2026, de par son ambition, c’est plus qu’un appel d’air dans le ciel chargé du pays. C’est notre planche de salut dans un contexte mondial marqué par les tensions, l’explosion des prix, les guerres et les bouleversements géopolitiques.

 

Le TIF 2026 réaffirme avec subtilité notre attachement aux investissements étrangers et notre volonté d’accentuer notre insertion dans les chaînes d’approvisionnement et de valeur mondiales. Il met un point final aux gesticulations d’apprentis sorciers qui se sont récemment bruyamment  manifestés à l’occasion d’octroi, dans les règles de l’art et tout à l’avantage du pays, de concessions photovoltaïques à des sociétés étrangères. On ne comprend rien à ce déluge d’hostilité, d’incivilité et d’indécence, alors que le pays en tire un énorme bénéfice. Ils voulaient faire croire, contre toute évidence, que le pays n’a plus la maîtrise de son destin, qu’il capitule, mettant ainsi en péril notre souveraineté nationale alors que la réalisation de ces projets par ces mêmes sociétés – une goutte d’eau dans l’océan du Sahara tunisien – vise essentiellement à renforcer notre souveraineté énergétique, autant dire notre souveraineté nationale. Et ce n’est pas, une fois de plus, le moindre mérite du TIF 2026 que de remettre les pendules des IDE à l’heure d’une compétition internationale aux relents guerriers. N’en déplaise aux pseudo-experts dont la vacuité morale et intellectuelle mènera au naufrage de l’économie et à un suicide collectif.

Venons-en maintenant aux faits. L’organisation du TIF 2026 est certes nécessaire mais pas suffisante, elle ne saurait à elle seule constituer le point de départ d’une reprise de l’investissement et d’un redressement de l’économie nationale qui a nettement régressé sur le plan régional et mondial. Elle n’a d’efficacité que si elle est conçue et perçue comme l’aboutissement final, l’ultime étape d’un programme global de réformes structurelles à l’effet de délester l’économie de ses poids morts, de ses coûts cachés, de ses dysfonctionnements et de ses incohérences. Ultime objectif : améliorer autant que faire se peut l’environnement des entreprises et le climat des affaires. Il n’est aucun facteur qui ne soit à ce point déterminant : sécurité juridique de l’investissement, stabilité fiscale, législation du travail en ligne avec la marche du monde… C’est peu dire qu’il faut libérer les entreprises de l’emprise et des griffes de la bureaucratie administrative, qui n’envisage la révolution numérique qu’avec parcimonie et à dose homéopathique.

 

L’organisation du TIF 2026 est certes nécessaire mais pas suffisante, elle ne saurait à elle seule constituer le point de départ d’une reprise de l’investissement et d’un redressement de l’économie nationale qui a nettement régressé sur le plan régional et mondial.

 

De quoi avons-nous besoin pour nous attirer la sympathie, accélérer et renforcer l’accueil et l’installation d’investisseurs et de pourvoyeurs de fonds étrangers? Sans nul doute d’un apaisement général, d’un véritable consensus autour de la notion de valeur travail. Syndicat-patronat-État, même combat. Besoin aussi de construire sur des bases saines la confiance sans laquelle il serait vain d’espérer un réarmement industriel.

De quoi avons-nous besoin pour dissiper scepticisme, doute et hésitation des marchés et des investisseurs ? Sans doute aussi d’un mode de gouvernance qui scelle la réconciliation entre investissement privé et public, entre marché et État, qui donne plus de crédibilité au PPP toujours au point mort. Le principe de précaution de l’Administration et son cortège d’incertitude sont passés par là.

On ne s’avise pas à jouer dans la cour des grands, à vouloir rivaliser avec les meilleurs sans faire valoir une infrastructure et une logistique de tout premier plan. Port en eau profonde dont on n’arrête pas de parler sans jamais le réaliser, liaisons maritimes, aériennes, ferroviaires, et un réseau autoroutier de leur temps. Nos infrastructures sont à des années-lumière des standards mondiaux. On ne peut faire l’économie d’une connectivité à tous égards comparable à celle de nos compétiteurs. À défaut d’en faire la démonstration à l’occasion du TIF 2026, osons au moins l’annoncer avec force conviction, dans l’espoir d’honorer nos engagements.

De quels leviers avons-nous besoin pour soulever et porter au plus haut niveau les investissements à forte intensité technologique et à forte valeur ajoutée, ne serait-ce que pour limiter l’exode des cerveaux ? Sûrement pas de dumping social ou fiscal aux lendemains incertains. Pas plus que d’un code des changes désuet et de réglementation douanière d’une incroyable ambiguïté conçus au seul effet de sanctionner sans discernement, fût-ce de manière souvent peu orthodoxe. Il serait plus pertinent de mettre en avant l’argument de la qualité de vie, notamment dans l’arrière-pays : écoles privées, soins médicaux, loisirs, habitat, mobilité, sécurité… pour stimuler l’appétit des investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers.

 

De quels leviers avons-nous besoin pour soulever et porter au plus haut niveau les investissements à forte intensité technologique et à forte valeur ajoutée, ne serait-ce que pour limiter l’exode des cerveaux ? Sûrement pas de dumping social ou fiscal aux lendemains incertains.

 

Et pour couronner le tout, il faut tout faire pour élever en permanence la courbe de satisfaction des 3 000 entreprises étrangères installées chez nous. Leur enracinement dans le pays sans chercher à se déployer ailleurs pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement est le meilleur message que l’on puisse envoyer en dehors pour valoriser et renforcer l’attractivité du site Tunisie.

Où en sommes-nous de tous ces arguments qui sont autant de supports et de leviers pour repositionner la Tunisie au cœur des chaînes mondiales d’approvisionnement et de valeur ? Le moment s’y prête. Il y a aujourd’hui, au vu du mouvement de recomposition des chaînes de valeur en Europe, une fenêtre d’opportunité pour l’économie tunisienne de monter en gamme et en grade, passer du statut d’atelier à celui d’usine de l’Europe tout en développant nos laboratoires de recherche. Passer du made in Tunisia au made by Tunisia.

En matière d’attractivité, il n’y a pas de mystère, pas plus qu’il n’y a de miracle. Nous avons perdu, ces quinze dernières années, beaucoup de temps qu’il faut rattraper au prix d’une accélération des réformes structurelles, d’une réhabilitation et d’une reconnaissance assumées des chefs d’entreprise nationaux. La crédibilité de l’État est certes déterminante, mais le statut réservé aux capitaines d’industrie locaux, leur notoriété et leur rayonnement à l’international ne le sont pas moins pour attirer les investisseurs et les financiers étrangers. Sans champions nationaux, il ne peut y avoir de puissantes locomotives pour tirer l’ensemble des wagons de l’économie nationale. Plus ils sont nombreux, solides et en confiance, plus grande sera la capacité d’expansion de l’économie. Et plus ils entraîneront dans leur sillage, via des partenariats stratégiques, investisseurs et financiers étrangers. Cela est d’autant plus vrai que les grands groupes privés ont fait preuve d’une extraordinaire résilience quand les entreprises publiques, qui tenaient par le passé le haut du pavé, sont aujourd’hui en état de mort cérébrale.

 

Le jour où il n’y aurait plus de grains de sable à répétition de nature à enrayer la machine de l’investissement, ce jour-là, les investisseurs de tout bord choisiront d’eux-mêmes le site Tunisie…

 

C’est à ces conditions, au prix d’une révolution copernicienne, que le TIF 2026 préparera de nouveau la rentrée de la Tunisie dans le club des pays émergents, en nous faisant prendre un raccourci inéluctable. Qu’on se le dise. Le jour où il n’y aurait plus de grains de sable à répétition de nature à enrayer la machine de l’investissement, ce jour-là, les investisseurs de tout bord choisiront d’eux-mêmes le site Tunisie. D’autant que par son histoire, son passé, son climat, sa centralité aux confins de l’Europe, de l’Afrique et du M.-O., le pays a toujours été dans son rôle de fenêtre sur le monde. Un pays où il fait bon vivre, investir et travailler.

À quand la résurrection ?

L’article TIF 2026 : le rendez-vous de la reconquête économique est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  
❌