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Tunisie et ZLECAf : les enjeux d’une intégration continentale à l’heure des recompositions géoéconomiques mondiales

Par Mondher AFI

Sous l’impulsion du Président Kaïs Saïed, la politique extérieure tunisienne semble accorder une attention croissante aux dynamiques africaines et aux transformations qui traversent le continent. La visite officielle du Secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), Wamkele Mene, à Tunis du 10 au 13 juin 2026, s’inscrit dans ce contexte de redéfinition des priorités économiques et diplomatiques.

Toutefois, au-delà de sa dimension protocolaire, cette visite constitue un révélateur de mutations plus profondes qui concernent l’avenir de l’intégration africaine, la place des États dans les nouvelles chaînes de valeur mondiales et la recherche de modèles de développement moins dépendants des structures traditionnelles de l’économie internationale.

L’événement intervient à un moment particulier de l’histoire économique mondiale. Les dernières décennies ont été marquées par une intensification de la mondialisation, mais également par l’apparition de nouvelles formes de fragmentation économique. Les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes logistiques mondiales, les crises énergétiques et les mutations technologiques ont conduit de nombreux États à repenser leurs stratégies de coopération économique. Dans ce contexte, l’intégration régionale apparaît de plus en plus comme une réponse à la vulnérabilité des économies nationales face aux chocs extérieurs.

L’Afrique n’échappe pas à cette dynamique. Bien au contraire, elle cherche aujourd’hui à construire son propre espace économique intégré afin de renforcer sa capacité de négociation dans l’économie mondiale et de transformer son potentiel démographique, territorial et productif en véritable levier de développement.

La ZLECAf : un projet de civilisation économique continentale

La Zone de libre-échange continentale africaine est souvent présentée comme un accord commercial. Une telle définition demeure pourtant réductrice. En réalité, la ZLECAf représente une tentative historique de refondation des relations économiques entre les pays africains.

Depuis les indépendances, les économies du continent se sont développées dans un cadre largement hérité de la période coloniale. Les infrastructures, les réseaux commerciaux et les flux économiques ont été conçus principalement pour relier les territoires africains aux marchés extérieurs plutôt que pour favoriser les échanges entre pays voisins. Cette configuration a produit une situation paradoxale : des États géographiquement proches commercent parfois davantage avec des partenaires situés à plusieurs milliers de kilomètres qu’avec leurs propres voisins.

La ZLECAf cherche précisément à rompre avec cette logique historique. Son ambition consiste à créer un espace économique continental susceptible de stimuler les échanges intra-africains, de renforcer les capacités industrielles, d’encourager la transformation locale des matières premières et de favoriser l’émergence de chaînes de valeur intégrées à l’échelle du continent.

Cette vision dépasse largement la simple question douanière. Elle repose sur l’idée que le développement économique africain ne peut être durable sans une densification des relations économiques internes au continent. L’intégration apparaît ainsi comme un instrument de souveraineté économique autant que comme un mécanisme de croissance.

Le passage d’une Afrique fragmentée à une Afrique connectée

L’un des principaux enseignements de la visite de Wamkele Mene réside dans l’importance accordée aux questions de connectivité. Derrière les discussions relatives au commerce se profile en réalité un défi beaucoup plus vaste : la construction d’un espace africain fonctionnel.

L’intégration économique suppose l’existence de réseaux capables de relier les territoires, les marchés, les entreprises et les populations. Or, l’une des caractéristiques structurelles de l’économie africaine demeure la faiblesse relative des interconnexions continentales.

Dans de nombreuses régions, les infrastructures de transport continuent de refléter les logiques héritées du passé. Les ports sont souvent tournés vers les échanges extérieurs tandis que les connexions terrestres entre États demeurent insuffisantes. Les coûts logistiques restent élevés et constituent un frein majeur au développement des échanges.

C’est pourquoi les corridors commerciaux continentaux occupent désormais une place centrale dans les stratégies de développement africaines. Ils ne sont pas seulement des infrastructures techniques,ils représentent des instruments de restructuration de l’espace économique africain. En facilitant la circulation des marchandises, des services et des investissements, ils contribuent à la création d’un marché continental plus cohérent et plus intégré.

Dans cette perspective, la question des infrastructures devient un enjeu géopolitique autant qu’économique. Les routes, les chemins de fer, les ports, les plateformes logistiques et les systèmes numériques constituent désormais des éléments déterminants de la puissance économique.

La Tunisie face à la nouvelle géographie de la puissance économique africaine

La visite du Secrétaire général de la ZLECAf à Tunis a remis au centre du débat une question qui dépasse largement le cadre des échanges commerciaux : la place que la Tunisie peut occuper dans les recompositions géoéconomiques qui traversent aujourd’hui le continent africain. Dans un contexte où les centres de gravité de l’économie mondiale connaissent un déplacement progressif vers de nouveaux espaces émergents, les États sont de plus en plus amenés à repenser leur positionnement non seulement en fonction de leurs ressources internes, mais également de leur capacité à s’insérer dans des réseaux régionaux de production, de circulation et d’innovation. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’intérêt croissant accordé à l’Afrique dans les orientations diplomatiques tunisiennes sous la présidence de Kaïs Saïed.

L’avantage géographique de la Tunisie ne peut produire d’effets économiques significatifs qu’à condition d’être converti en capacité effective d’intégration aux flux régionaux et internationaux. Dans les approches contemporaines de la géoéconomie, la centralité d’un territoire ne résulte plus exclusivement de sa position spatiale mais de son degré de connectivité aux réseaux de circulation des biens, des capitaux, des informations et des compétences. Dès lors, la performance des infrastructures logistiques, des systèmes de transport, des dispositifs numériques et des capacités institutionnelles constitue un facteur déterminant de compétitivité.

L’expérience tunisienne au sein des organisations économiques africaines, notamment du COMESA, représente dans cette perspective un capital institutionnel non négligeable. Les processus d’intégration régionale reposent généralement sur une accumulation progressive de mécanismes de coordination, de régulation et d’harmonisation. La ZLECAf s’inscrit dans cette trajectoire historique de construction graduelle d’un espace économique continental fondé sur la réduction des barrières aux échanges et le renforcement des interdépendances productives.

Toutefois, la viabilité de cette intégration demeure conditionnée par l’existence de prérequis structurels. La faiblesse des infrastructures transfrontalières, l’hétérogénéité des niveaux de développement, la fragmentation des marchés et l’insuffisante densité des chaînes de valeur régionales limitent encore l’intensification des échanges intra-africains. Dans ce contexte, les capacités de production de connaissances, de collecte de données et d’expertise économique acquièrent une importance stratégique croissante, dans la mesure où elles participent à la définition, à l’évaluation et à l’orientation des politiques d’intégration.

La ZLECAf apparaît ainsi moins comme un simple mécanisme de libéralisation commerciale que comme un instrument de restructuration de l’espace économique africain. Son enjeu principal réside dans la construction d’un marché continental plus intégré, capable de renforcer les complémentarités productives, d’accroître la valeur ajoutée créée localement et de consolider l’autonomie économique du continent dans un environnement international marqué par une concurrence accrue entre les grands ensembles régionaux

Intégration continentale et recomposition des sociétés africaines

L’intérêt croissant accordé à la Zone de libre-échange continentale africaine ne peut être réduit à une simple dynamique de libéralisation commerciale. Au-delà des statistiques relatives aux échanges ou aux investissements, la ZLECAf renvoie à une interrogation plus profonde sur les modalités de construction d’un espace africain capable d’articuler économie, société et territoire. Dans une perspective proche de celle défendue par Edgar Morin, le développement ne peut être pensé comme un phénomène exclusivement économique, il constitue un processus complexe où s’entrecroisent les dimensions institutionnelles, culturelles, sociales et politiques. La question centrale n’est donc pas seulement de savoir comment accroître les flux commerciaux entre les pays africains, mais comment transformer ces flux en mécanismes de cohésion et d’intégration sociale.

Cette problématique apparaît particulièrement importante dans un continent marqué par une croissance démographique rapide et par l’arrivée massive de nouvelles générations sur le marché du travail. Les femmes, les jeunes diplômés, les entrepreneurs et les petites entreprises ne représentent pas uniquement des bénéficiaires potentiels de l’intégration, ils en constituent l’une des conditions structurelles de réussite. Comme l’a montré Alain Touraine, les grandes transformations historiques ne deviennent durables que lorsqu’elles sont portées par des acteurs sociaux capables de leur donner un contenu concret. La véritable innovation de la ZLECAf réside peut-être dans cette tentative de faire de l’intégration économique un vecteur de participation sociale plutôt qu’un simple instrument de régulation des marchés.

Pour la Tunisie, cette évolution revêt une importance particulière. Les expériences accumulées dans les secteurs des services, de la formation supérieure, des technologies numériques ou encore de l’industrie pharmaceutique pourraient trouver dans les marchés africains des espaces d’expansion nouveaux. Toutefois, le défi ne consiste pas uniquement à exporter davantage, il réside dans la capacité à construire des réseaux durables de coopération, de transfert de compétences et de production de valeur à l’échelle continentale.

La ZLECAf face aux mutations de la géoéconomie mondiale

L’émergence de la ZLECAf doit également être replacée dans les transformations du système mondial. Immanuel Wallerstein avait montré que l’économie internationale s’est historiquement structurée autour de rapports asymétriques entre centres et périphéries. Dans le cas africain, cette logique s’est traduite par une orientation durable des économies vers l’exportation de matières premières et vers des marchés extérieurs souvent plus importants que les marchés régionaux eux-mêmes. Au-delà de sa dimension commerciale, la ZLECAf peut ainsi être interprétée comme une réponse historique à cette fragmentation héritée des trajectoires coloniales qui ont longtemps limité la densification des échanges intra-africains.

Cette lecture rejoint également les analyses de Samir Amin sur la nécessité de renforcer les capacités de développement endogène afin de réduire les formes de dépendance structurelle. L’enjeu ne consiste pas simplement à augmenter le volume des échanges entre pays africains, mais à favoriser l’émergence de chaînes de valeur continentales capables de retenir une part plus importante de la richesse produite sur le continent. Les expériences du Kenya dans les services numériques, du Rwanda dans les technologies administratives ou encore du Maroc dans l’industrie automobile illustrent déjà certaines possibilités de cette montée en gamme productive.

Dans cette perspective, l’un des défis majeurs de la ZLECAf ne réside pas dans l’ouverture des frontières mais dans la création d’infrastructures relationnelles capables de relier durablement les sociétés africaines. En reprenant l’approche de Manuel Castells, on pourrait même affirmer que la véritable compétition du XXIe siècle oppose moins des territoires que des réseaux. La question fondamentale devient alors la suivante : l’Afrique parviendra-t-elle à construire ses propres réseaux de circulation des biens, des capitaux, des connaissances et de l’innovation ou continuera-t-elle à dépendre principalement de réseaux conçus et contrôlés depuis l’extérieur ? C’est probablement autour de cette interrogation que se jouera la portée historique réelle de la ZLECAf au cours des prochaines décennies.

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Afrique : Wamkele Mene invite les entreprises tunisiennes à saisir l’opportunité Zlecaf

La visite officielle de Wamkele Mene à Tunis, les 11 et 12 juin 2026, intervient à un moment important pour la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). D’ailleurs, la Tunisie figurant aujourd’hui parmi les pays les plus avancés dans le processus d’intégration commerciale africaine, le secrétaire général du secrétariat de la Zlecaf n’a pas manqué de souligner que l’enjeu n’est plus institutionnel mais économique: transformer les acquis réglementaires en échanges commerciaux effectifs. 

Au cours de ses rencontres avec les autorités tunisiennes, les représentants du secteur privé et la communauté diplomatique africaine, Wamkele Mene a rappelé que la réussite de la Zlecaf dépend désormais de l’implication des entreprises. « Les gouvernements créent le cadre, mais ce sont les opérateurs économiques qui donnent vie à l’accord », a-t-il souligné.

 

Le secteur privé au cœur de la mise en œuvre 

Lors d’une table ronde organisée avec les chefs d’entreprise tunisiens, le responsable de la Zlecaf a insisté sur le fait que le secteur privé constitue le principal moteur du marché unique continental. Pour lui, ce dernier ne peut produire des résultats concrets qu’à travers l’investissement, la production, les partenariats et les échanges développés par les entreprises africaines. 

Cette approche traduit une évolution de la logique d’intégration économique sur le continent. Alors que les précédentes initiatives reposaient essentiellement sur des engagements intergouvernementaux, la Zlecaf place désormais les entreprises au centre du dispositif. L’objectif est de permettre aux opérateurs économiques d’accéder à de nouveaux marchés, de développer des chaînes de valeur régionales et d’accroître la part du commerce intra-africain. 

Pour accompagner cette dynamique, plusieurs instruments ont été mis en place. En effet, le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) vise à faciliter les transactions transfrontalières en monnaies africaines et à réduire les coûts liés aux paiements internationaux. Le Fonds d’ajustement de la Zlecaf doit, quant à lui, soutenir les projets et les investissements liés à l’intégration continentale. La plateforme Biashara Afrika a également été développée pour renforcer le dialogue entre le secteur privé et les institutions africaines. 

Parmi les freins structurels à l’intensification des échanges intra-africains (environ 230 milliards de dollars), la question de la mobilité transfrontalière demeure centrale. Dans plusieurs pays du continent, les procédures de visa restent contraignantes et ralentissent les déplacements des opérateurs économiques. Cette situation pèse directement sur la fluidité des échanges commerciaux et limite la fréquence des contacts entre les acteurs du marché africain. 

Pour les responsables de la Zlecaf, ce sujet doit être traité de manière coordonnée au niveau de l’Union africaine afin de faciliter la circulation des personnes et de soutenir l’intégration économique. L’enjeu est aussi concret: créer les conditions d’un volume de trafic suffisant, aussi bien pour les passagers que pour le fret, afin de renforcer la viabilité des liaisons aériennes et logistiques entre les différentes régions du continent.

 

La Tunisie en avance 

La Tunisie dispose d’atouts importants pour tirer parti de cette nouvelle configuration commerciale. Le pays a ratifié l’accord (Zlecaf) dès 2020, domestiqué ses listes tarifaires et mis en place un comité national de suivi chargé d’accompagner la mise en œuvre de la Zlecaf. 

Plus de 300 certificats d’origine ont déjà été délivrés à des entreprises tunisiennes, permettant à leurs produits de bénéficier des préférences tarifaires prévues par l’accord. La participation tunisienne à l’Initiative du commerce guidé témoigne également de la volonté des autorités d’expérimenter les mécanismes du marché unique à travers des opérations commerciales réelles. 

Pour autant, le principal défi reste celui de la diversification des débouchés. Les exportations tunisiennes demeurent largement concentrées sur l’Union européenne, notamment dans les industries manufacturières. Le secteur des composants automobiles, qui emploie près de 120 000 personnes et génère plusieurs milliards d’euros d’exportations, illustre cette dépendance. 

Dans ce contexte, le marché africain représente une opportunité de croissance supplémentaire. Selon les estimations du Centre de promotion des exportations (Cepex), le potentiel d’exportation tunisien encore inexploité vers l’Afrique dépasse 1,2 milliard de dollars.

 

Pour l’intégration économique 

Au-delà des avancées institutionnelles, le message porté par Wamkele Mene est celui d’un changement d’échelle. Pour le secrétaire général, la phase des négociations est désormais achevée. L’enjeu consiste à faire émerger davantage d’entreprises exportatrices capables d’utiliser les instruments mis à leur disposition et de s’insérer dans les chaînes de valeur africaines.

 

Lire aussi : ZLECAf: quand la Tunisie devient le catalyseur d’une ambition continentale

 

La visite a également permis de jeter les bases d’une nouvelle phase de coopération entre la Tunisie et le Secrétariat de la Zlecaf. Les deux parties ont convenu d’engager un travail conjoint autour de plusieurs priorités destinées à accélérer l’intégration économique du pays au marché continental. Cette démarche devrait notamment porter sur la facilitation des échanges, le renforcement des infrastructures logistiques, le développement des corridors commerciaux ainsi que sur une mobilisation accrue du secteur privé. 

Ce dialogue devrait d’ailleurs se poursuivre dans les prochains mois. Wamkele Mene est attendu les 25 et 26 juin à Gammarth à l’occasion du Tunisia Investment Forum (TIF 2026), organisé par la FIPA sous l’égide du ministère de l’Économie et de la Planification. Le secrétaire général de la Zlecaf devrait également prendre part, en décembre prochain, au Tunisia Africa Business Forum, confirmant ainsi la volonté des différentes parties de maintenir la dynamique engagée autour de l’intégration économique africaine et du positionnement de la Tunisie sur les marchés du continent. 

À l’horizon 2050, l’Afrique pourrait figurer parmi les principales puissances économiques mondiales. Pour la Tunisie, l’enjeu est de convertir son avance réglementaire en avantage concurrentiel et de renforcer sa présence sur un marché continental appelé à jouer un rôle croissant dans la croissance mondiale.

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ZLECAf: quand la Tunisie devient le catalyseur d’une ambition continentale

Sous le ciel azur de Tunis, les 11 et 12 juin 2026, l’avenir économique de l’Afrique ne se projetait plus au futur, mais s’écrivait au présent. Wamkele Mene, secrétaire général du Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), a achevé une visite officielle de deux jours marquée par un constat clair. La Tunisie n’est plus seulement un État signataire, mais l’un des acteurs pionniers du marché unique africain.

Ratifié dès 2020, l’accord de la ZLECAf a rapidement trouvé un écho en Tunisie. Adaptation des listes tarifaires, mise en place d’un comité national de suivi, élaboration d’une stratégie dédiée et participation aux premiers tests commerciaux du continent, le pays a progressivement posé les bases de son intégration au marché africain.

Cette avancée a été mise en avant tout au long de la visite du responsable africain. Au cours de son séjour, Wamkele Mene s’est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, ainsi qu’avec le ministre du Commerce et de la Promotion des exportations. Il a également pris la parole à l’Académie diplomatique internationale de Tunis devant des représentants du corps diplomatique africain.

Une rencontre avec des chefs d’entreprise tunisiens a également permis d’aborder les défis de la prochaine étape. Les échanges ont porté sur les moyens de transformer les avantages prévus par l’accord en courants d’affaires réels. Une conférence de presse a par ailleurs été consacrée à l’état d’avancement de la ZLECAf et aux opportunités qu’elle offre aux opérateurs économiques.

Les premiers résultats sont déjà visibles. Plus de 300 certificats d’origine ont été délivrés à des entreprises tunisiennes, leur permettant d’accéder aux avantages tarifaires prévus par l’accord. La Tunisie participe également à l’Initiative du commerce guidé, un dispositif destiné à tester les flux commerciaux entre les États membres dans des conditions réelles. Le tourisme figure parmi les secteurs de services considérés comme prioritaires.

Un impératif de diversification économique

Pour les responsables de la ZLECAf, le véritable enjeu se situe désormais sur le terrain économique. Les exportations tunisiennes demeurent largement orientées vers l’Europe, alors que le marché africain offre d’importantes perspectives de croissance. L’industrie des composants automobiles illustre cette réalité. Le secteur compte environ 280 entreprises, emploie près de 120.000 personnes et génère 3,9 milliards d’euros d’exportations principalement destinées au marché européen.

Face à cette concentration, le marché continental apparaît comme une nouvelle frontière commerciale. La ZLECAf ouvre l’accès à un espace économique de 1,4 milliard de consommateurs. Selon le Centre de promotion des exportations (CEPEX), le potentiel tunisien encore inexploité sur les marchés africains dépasse 1,2 milliard de dollars.

Les perspectives à moyen terme sont également encourageantes. D’après les estimations de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), les exportations tunisiennes vers l’Afrique pourraient presque doubler d’ici 2035 si les mécanismes de l’accord sont pleinement appliqués.

La Tunisie dispose de plusieurs atouts pour tirer parti de cette dynamique. Sa position géographique, son tissu industriel et son savoir-faire dans les activités manufacturières et agroalimentaires lui permettent de renforcer son rôle de trait d’union entre l’Afrique du Nord et le reste du continent.

Les outils d’une intégration commerciale

Afin d’accompagner cette ouverture, plusieurs outils ont été déployés. Le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) facilite les transactions en monnaies africaines et réduit les coûts liés aux paiements transfrontaliers. Un livret tarifaire électronique permet aux entreprises de consulter les avantages douaniers disponibles sur chaque marché. Un mécanisme de signalement des barrières non tarifaires a également été mis en place pour aider les opérateurs à résoudre les obstacles rencontrés dans leurs échanges. Un fonds d’ajustement complète ce dispositif en soutenant les efforts de mise en œuvre et certains projets du secteur privé.

À l’échelle du continent, la ZLECAf continue de gagner du terrain. L’accord a été signé par 54 des 55 États membres de l’Union africaine et ratifié par 50 pays. Cet espace économique représente un produit intérieur brut combiné estimé à 3.400 milliards de dollars.

Les 8 protocoles prévus dans le cadre de l’accord ont désormais été adoptés. Ils concernent notamment le commerce des biens et des services, l’investissement, la propriété intellectuelle, la concurrence, le commerce numérique, les questions liées aux femmes et aux jeunes ainsi que le règlement des différends.

Les échanges commencent également à prendre forme. Plus de 9.000 certificats d’origine ont déjà été émis sur le continent dans le cadre des opérations réalisées sous le régime de la ZLECAf.

Lors de son intervention, durant la conférence de presse tenu aujourd’hui, Wamkele Mene a rappelé que l’accord était entré dans une phase concrète. “La Zone de libre-échange continentale africaine n’est plus une négociation. C’est une réalité opérationnelle et la Tunisie figure parmi les pays qui en font la preuve”, a-t-il déclaré.

Wamkele M. a également insisté sur l’objectif final de cette intégration continentale. “Un accord ne se mesure pas à l’élégance de son texte, mais à la capacité de ses bénéfices à atteindre chacun”, a-t-il souligné.

L’horizon 2050…

Alors que plusieurs projections placent l’Afrique parmi les principales puissances économiques mondiales à l’horizon 2050, la Tunisie se trouve aujourd’hui face à un défi décisif. Son avance réglementaire est reconnue. Il lui reste désormais à la convertir en succès commerciaux durables et en nouvelles opportunités pour ses entreprises sur le continent africain.

Selon des informations obtenues par Managers, la Tunisie pourrait accueillir la prochaine édition de Biashara Afrika, l’une des principales plateformes continentales dédiées à la promotion du commerce et des investissements dans le cadre de la ZLECAf. Le projet est actuellement à l’étude et s’inscrit dans la volonté de renforcer le positionnement du pays comme porte d’entrée vers les marchés africains.

Managers a également appris qu’une plateforme digitale est en cours de développement afin de faciliter l’application et l’appropriation de l’accord par les différents acteurs concernés. Cet outil vise notamment à accompagner les entreprises privées dans la compréhension des mécanismes de la ZLECAf, l’accès aux informations réglementaires, programmes, formations et l’identification des opportunités offertes par le marché continental.

Cette initiative s’inscrit dans les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui place l’intégration économique, le développement du commerce intra-africain et la création d’un marché commun parmi les priorités du continent.

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ZLECAf: la Tunisie et le Secrétariat général s’accordent sur un plan d’action conjoint

Source: MAE

La Tunisie entend accélérer son intégration au sein du marché unique africain, à l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) entre dans sa phase opérationnelle. Cette orientation a été au centre des échanges tenus à Tunis lors de la visite du secrétaire général de la ZLECAf, Wamkele Mene, du 10 au 13 juin 2026.

Reçu jeudi par le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, le responsable africain a pris part à une séance de travail consacrée à l’avancement de la mise en œuvre de l’accord continental et aux perspectives de coopération avec la Tunisie. À l’issue des discussions, les deux parties ont convenu de l’élaboration d’un plan d’action conjoint. Celui-ci devra identifier les priorités de coopération pour les prochaines années et renforcer le suivi des projets liés à l’intégration économique africaine.

Cette initiative intervient dans un contexte où la ZLECAf cherche à passer du cadre juridique à une mise en œuvre effective. L’accord, opérationnel depuis 2021, constitue l’un des projets d’intégration les plus ambitieux au monde, avec un marché de près de 1,3 milliard de consommateurs et un produit intérieur brut cumulé estimé à plus de 3.400 milliards de dollars.

Malgré ce potentiel, les échanges intra-africains restent en deçà de leur niveau attendu. Les coûts logistiques élevés, les barrières non tarifaires et les contraintes de connectivité continuent de freiner la circulation des biens et des services à l’échelle du continent.

Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse la seule ouverture commerciale. Le pays cherche à se positionner comme plateforme régionale de services, de logistique et d’investissement entre l’Afrique, l’Europe et la Méditerranée, en s’appuyant sur ses infrastructures portuaires et ses réseaux économiques existants.

Les discussions ont également porté sur les projets de corridors logistiques africains et sur la nécessité de renforcer la coordination entre le Secrétariat général de la ZLECAf et les institutions spécialisées basées en Tunisie. Objectif? Soutenir l’émergence de chaînes de valeur continentales plus intégrées et renforcer la compétitivité des économies africaines.

Wamkele Mene a salué l’engagement de la Tunisie dans le processus de mise en œuvre de la ZLECAf, rappelant que le pays figure parmi les premiers États africains à avoir signé et ratifié l’accord.

La visite a également mis en lumière les enjeux liés à l’inclusion économique des femmes et des jeunes, notamment à travers l’entrepreneuriat et le commerce transfrontalier.

En marge de son déplacement, le secrétaire général de la ZLECAf s’est rendu à l’Académie diplomatique internationale de Tunis, où il a présenté les avancées du projet continental, ses défis et ses perspectives en matière d’investissement et de commerce en Afrique.

Cette séquence diplomatique intervient à quelques semaines du Forum de l’investissement de Tunis, prévu les 25 et 26 juin 2026, qui devrait accorder une place centrale aux enjeux d’intégration africaine.

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Exportations : la Tunisie invitée à renforcer son ancrage africain

« La ZLECAF n’est pas seulement un accord tarifaire, c’est une refonte fondamentale de l’avantage concurrentiel tunisien. Cette refonte nécessite une mobilisation coordonnée des pouvoirs publics, des institutions d’appui et du secteur privé ». C’est ce qu’a déclaré le sous-directeur de la coopération économique et commerciale au ministère du Commerce et du Développement des exportations, Fakhri Bouzayen, lors de la première édition du Forum de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) organisée, mercredi, sur le thème « Le hub Tunisie face à la Zlecaf : Opportunités et croissance ».

Et d’ajouter que la diversification des marchés d’exportation n’est plus une option face à la vulnérabilité des marchés traditionnels de la Tunisie. 66% des exportations tunisiennes dépendent aujourd’hui du marché européen, un marché mature et fortement exposé aux fluctuations économiques régionales.

Toujours selon Bouzayen, même si la faible part des exportations nationales acheminées vers les pays africains (environ 4,5% des exportations totales) est faible, la Tunisie dispose d’une grande diversité en termes de produits, de pays atteints (42) et de l’indice de complexité le plus important. Il appelle à capitaliser sur ces acquis pour renforcer les exportations tunisiennes vers les marchés du continent.

Au-delà de la dimension commerciale de cet accord, le responsable estime que l’intégration circulaire dans les chaînes de valeur africaines constitue le moteur de transformation principal dans le cadre de cet accord.

Il plaide pour le renforcement de la visibilité du secteur des services national sur la carte africaine soulignant que la libéralisation des services ouvre des voies au-delà de l’exportation de marchandises.

A souligner que 25 pays africains s’apprêtent à franchir une étape décisive pour la ZLECAf en finalisant la domestication de leurs concessions tarifaires (ils ne sont que 11 actuellement contre 8 en 2022). Cette mesure est essentielle pour l’application concrète des réductions de droits de douane sur le continent.

Toutefois, la mise en œuvre de cet accord continental reste confrontée à plusieurs obstacles dont des réseaux de distribution limités, un manque de représentations physiques, une faible connectivité maritime directe, des coûts de transport élevés, un déficit de fret aérien, un accès restreint au financement export, des risques commerciaux non couverts, une méconnaissance des concessions et des règles d’origine, une complexité douanière et une disparité des exigences techniques.

La première édition du Forum de la Zone de libre-échange continentale africaine est organisée en marge du Salon international de l’alimentation Afrique (IFSA Afrique) du 9 au 11 juin 2026 au Parc des expositions du Kram à Tunis.

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