Le triplé de Lionel Messi lors de la victoire de l’Argentine face à l’Algérie (3-0), mardi 17 juin 2026, ne suffit pas à faire taire la controverse. Une action impliquant la star argentine et le défenseur Aïssa Mandi suscite en effet de vives réactions.
À la 32e minute, Messi s’est rendu coupable d’une intervention dangereuse sur le défenseur algérien. Les ralentis montrent une semelle qui, aux yeux de nombreux observateurs, aurait pu justifier un carton rouge direct. Pourtant, ni l’arbitre ni le VAR n’ont estimé nécessaire de sanctionner le capitaine argentin d’une exclusion.
La décision arbitrale a immédiatement alimenté les débats sur les réseaux sociaux et dans les émissions spécialisées. Plusieurs consultants ont considéré que le geste relevait d’une faute grave susceptible de mettre en danger l’intégrité physique du joueur algérien, tandis que d’autres ont jugé la sanction maximale excessive.
Cette séquence prend une dimension particulière au regard de la suite de la rencontre. Resté sur le terrain, Messi a signé un triplé retentissant et porté l’Albiceleste vers un succès important dans le groupe J du Mondial 2026.
Pour les supporters algériens, le sentiment d’injustice demeure. Beaucoup estiment que l’issue de la rencontre aurait pu être différente si l’Argentine avait été réduite à dix joueurs dès la première période. La polémique autour de cette action devrait ainsi continuer d’alimenter les discussions bien après le coup de sifflet final.
Décidément, les Argentins ont le ciel avec eux. Après la «main de Dieu» de Maradona, c’est le «pied» de son Messie qui lui ouvre le chemin du paradis.
Messi est certes le meilleur joueur au monde, mais est-ce une raison pour qu’il ait droit à un traitement spécial, quitte à ce que des arbitres outrepassent les règles pour ne pas sanctionner ses fautes ? Comme quoi, on ne donne qu’aux riches. Surtout dans le monde du ballon rond, où les pauvres n’ont que leurs yeux pour pleurer.
Le récent blocage par les autorités italiennes d’une cargaison de crevettes rouges tunisiennes a poussé des pêcheurs spécialisés dans la capture de ce crustacé, l’une des pêcheries les plus prisées de Méditerranée, à organiser un sit-in devant le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche à Tunis, pour exiger une intervention urgente des autorités suite aux difficultés rencontrées pour exporter vers l’Union européenne, notamment vers l’Italie.
La décision italienne serait liée au dépassement présumé des quotas autorisés pour ce produit, avec des conséquences jugées graves par les acteurs du secteur, en particulier dans les ports du nord du pays, à commencer par Ghar El Melh, dans le gouvernorat de Bizerte.
Pêcheurs et exportateurs appellent le gouvernement tunisien à intervenir auprès des autorités italiennes et européennes pour résoudre la situation et protéger le secteur.
Selon les opérateurs, le quota alloué à la Tunisie ne reflète pas la capacité de production réelle du pays. Des sources estiment la production tunisienne de crevettes rouges à environ 400 tonnes et dénoncent le manque de concertation avec les pêcheurs et les exportateurs lors de la fixation des limites appliquées.
Le problème a également pris une dimension technique et diplomatique. Dans une circulaire datée du 5 juin, le ministère italien de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et des Forêts (Masaf) a informé les opérateurs de la filière pêche que le quota international CGPM 2026 alloué à la Tunisie pour la crevette rouge (Aristaeomorpha foliacea) avait été dépassé.
Selon le Masaf, le quota 2026, limité à 36 000 kilogrammes, était épuisé au 15 mai, tandis que les certificats de capture validés par les autorités tunisiennes et destinés au marché européen atteignaient au moins 50 960 kilogrammes, soit un excédent de plus de 41,5 %.
Le rapport italien cite la réglementation européenne contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée et met en garde contre le risque de refus à la frontière ou d’interdiction d’importation pour les cargaisons validées après épuisement du quota.
Le ministère italien a également indiqué l’ouverture d’un canal de coopération avec les autorités tunisiennes afin de clarifier les certifications contestées.
Pour la filière tunisienne, le risque est immédiat : blocage des marchandises, coûts logistiques accrus, pertes commerciales et possible réduction des débouchés sur l’un de ses principaux marchés.
Les exportateurs craignent également des répercussions sur l’emploi et l’investissement dans le secteur de la pêche, un secteur fortement dépendant de l’accès aux marchés européens.
Cette affaire s’inscrit dans le cadre des mesures plus larges adoptées par la Commission générale des pêches pour la Méditerranée, un organe de la FAO, afin de renforcer la gestion durable des stocks de poissons et de crustacés d’eaux profondes en Méditerranée centrale.
Pour la Tunisie, cependant, le différend revêt désormais une dimension économique et sociale : les pêcheurs réclament un réexamen du dossier et une solution rapide pour éviter qu’un conflit sur les quotas ne dégénère en crise structurelle pour l’un des secteurs de la pêche les plus rentables du pays.
Dans un message diffusé suite à l’observation d’un requin bleu près des plages de Menzel Temime, dans le gouvernorat de Nabeul, un incident qui a suscité l’attention et l’inquiétude sur les réseaux sociaux tunisiens ces derniers jours, le WWF Afrique du Nord a indiqué que cette espèce est non dangereuse pour l’homme et qu’il s’agit de sensibiliser plutôt qu’attiser la peur le public à l’orée de la saison des bains de mer.
Selon l’organisation environnementale, le requin bleu (Prionace glauca) est une espèce pélagique qui vit généralement en haute mer, notamment en Méditerranée. Mais l’animal ne considère pas l’homme comme une proie. Son régime alimentaire se compose principalement de petits poissons et de calmars. Les experts le décrivent comme un requin généralement timide et prudent, qui a tendance à s’éloigner lorsqu’il perçoit une présence humaine.
Reconnaissable à son corps élancé et à la coloration bleue intense de sa partie dorsale, le requin bleu est un grand migrateur et peut occasionnellement s’approcher des côtes pour des raisons naturelles, telles que la présence de bancs de poissons, l’action des courants marins ou la recherche d’eaux plus fraîches, précise WWF.
L’association TunSea, qui a réagi à plusieurs signalements le long des côtes tunisiennes, a également appelé les habitants au calme, soulignant que le passage occasionnel de cette espèce près des côtes ne constitue pas en soi une anomalie ni un signe de risque accru pour les baigneurs.
Cette observation peut aussi être interprétée comme un indicateur positif de l’état de l’écosystème marin, estime WWF. Selon l’organisation environnementale, la présence de grands prédateurs demeure un facteur important pour l’équilibre des chaînes alimentaires et la biodiversité en Méditerranée. Elle rappelle, par ailleurs, que le requin bleu est une espèce vulnérable à la pression de la pêche, notamment aux prises accessoires dans les palangres et autres engins ciblant les espèces pélagiques.
À l’échelle mondiale, le requin bleu est classé comme quasi menacé, tandis qu’en Méditerranée, sa situation est considérée comme beaucoup plus grave. Le déclin progressif des requins et des raies dans la région est considéré par les spécialistes comme l’un des signes les plus inquiétants de la perte de biodiversité marine, dans un bassin soumis à une forte pression de la pêche, à la pollution, au trafic maritime et au changement climatique.
En cas d’observation près des plages, le WWF recommande de ne pas tenter d’approcher, de toucher, de poursuivre ou d’encercler l’animal pour prendre des photos ou des vidéos. Restez calme, éloignez-vous sans mouvements brusques et, si le requin semble désorienté, blessé ou échoué, signalez-le aux autorités compétentes, aux associations environnementales ou aux garde-côtes.
Le message final des experts est clair : la mer est l’habitat naturel de ces espèces, tandis que les humains n’y sont que des visiteurs.
L’observation à Menzel Temime, loin d’être un motif d’inquiétude, doit être interprétée comme une opportunité de renforcer l’éducation à l’environnement et la protection de la biodiversité marine tunisienne et méditerranéenne.
Quelque 4 735 migrants subsahariens en situation irrégulière ont bénéficié du programme de retour volontaire mis en place en Tunisie depuis le début des opérations, le 7 juillet 2025, jusqu’au 14 juin 2026.
Cette information a été communiquée par l’agence de presse Tap, citant le superviseur général du camp situé au kilomètre 21 d’El Amra, dans le gouvernorat de Sfax.
Le directeur du camp a indiqué que 226 migrants subsahariens devaient bénéficier d’un rapatriement volontaire vers leur pays d’origine entre le samedi 13 juin et le mardi 16 juin 2026.
Le camp accueille actuellement 574 migrants en situation irrégulière dans le cadre du projet d’intervention humanitaire pour le retour volontaire. Les personnes présentes sur place attendent la finalisation des procédures de rapatriement ou la confirmation de leurs dates de vol.
Un nouveau groupe de migrants en provenance des gouvernorats de Nabeul et de Sousse est attendu dans ce même camp. Des dossiers individuels seront constitués et transmis aux ambassades des pays concernés, étape indispensable à la délivrance ou à la vérification des documents de voyage.
Une source de tension sociale
La question migratoire demeure l’une des principales sources de tension pour la Tunisie, en particulier dans la région de Sfax, devenue ces dernières années un point névralgique pour les départs irréguliers vers l’Italie et pour la présence de migrants subsahariens bloqués sur le territoire tunisien.
Ce programme s’inscrit dans la stratégie tunisienne de gestion des migrations irrégulières et est présenté par les autorités comme un mécanisme humanitaire et volontaire, piloté par le ministère de l’Intérieur avec la participation d’organisations internationales et du Croissant-Rouge tunisien.
Le centre El-Amra est devenu ces derniers mois le principal point de ralliement des migrants cherchant à retourner dans leur pays d’origine suite au renforcement des contrôles sur les routes terrestres et maritimes vers l’Europe.
Cette initiative complète le programme de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui a organisé ces dernières semaines des retours assistés supplémentaires depuis la Tunisie vers plusieurs pays africains.
Selon des données publiées par la presse, l’OIM a facilité le retour de plus de 2 700 migrants depuis début 2026, tandis que les autorités entendent intensifier leurs opérations tout au long de l’année. Elles présentent le retour volontaire comme un outil humanitaire et administratif de gestion des migrations irrégulières, en coordination avec les structures nationales et les pays d’origine.
Cependant, la question reste suivie de près par les organisations humanitaires et les observateurs internationaux, qui insistent sur la nécessité de garantir des retours pleinement volontaires, des conditions dignes dans les centres d’accueil temporaires et des mesures de réintégration dans les pays d’origine.
Il est également à noter que pour quelques milliers de migrants rapatriés chaque année, combien d’autres pénètrent chaque jour en Tunisie à travers les frontières algériennes et libyennes. Leur chiffre exact n’est pas connu alors que leur présence dans plusieurs régions, y compris dans certains quartiers de Tunis, est devenue massive et suscite des réactions de rejet de la part de la population locale.
La solution à ce fléau n’est clairement pas la transformation de la Tunisie en un pays de résidence obligée ou choisie par des centaines de milliers de migrants irréguliers empêchés de rejoindre l’Europe.
Lorsqu’un enfant de la diaspora tunisienne choisit de ne pas porter le maillot national et jubile après avoir marqué deux fois contre la Tunisie, comme l’a fait l’international suédois d’origine tunisienne Yasin Ayari (photo), lundi dernier, en Coupe du Monde Fifa 2026, il est inutile de vouloir le blâmer, même si cela peut choquer. Le véritable enseignement est ailleurs : il est grand temps de remettre les pendules à l’heure et de moderniser la relation entre notre pays et sa diaspora. Les liens avec les nouvelles générations de Tunisiens de l’étranger ne peuvent plus être considérés comme acquis.
Hakim Tounsi *
Pendant longtemps, la Tunisie a su mettre en place des mesures innovantes et attractives pour maintenir le lien avec ses ressortissants à l’étranger. La FCR, notamment, a constitué en son temps une avancée importante et un signal fort adressé à la diaspora. Mais le monde a changé, notre diaspora aussi. Les recettes d’hier ne suffisent plus à répondre aux réalités et aux attentes d’aujourd’hui.
L’exemple récent d’un joueur binational tuniso-suédois ayant choisi de défendre les couleurs de la Suède et d’inscrire deux buts face à la Tunisie lors d’une Coupe du monde illustre parfaitement cette réalité.
Les enfants de la diaspora construisent, légitimement, leur parcours, leurs réussites et parfois même leur sentiment d’appartenance dans leurs pays de résidence. Leur attachement à la Tunisie ne peut donc être considéré comme acquis, ni se transmettre automatiquement de génération en génération.
Renforcer le lien avec sa diaspora
Depuis plusieurs années, j’alerte sur le risque de voir une partie des nouvelles générations de Tunisiens nés ou ayant grandi à l’étranger s’éloigner progressivement de leur pays d’origine si la Tunisie ne repense pas en profondeur sa manière d’entretenir et de renforcer le lien avec sa diaspora.
C’est précisément pour cette raison que je plaide depuis des années en faveur d’une relation moderne, équilibrée et mutuellement bénéfique entre la Tunisie et sa diaspora. Une relation fondée non seulement sur l’attachement au pays et les attentes légitimes de la nation, mais aussi sur le respect, la confiance, la reconnaissance des compétences, des aspirations et de la volonté de contribuer de nos compatriotes établis à l’étranger.
Si le patriotisme demeure un facteur important de cohésion, il ne peut à lui seul garantir la pérennité de ce lien. La relation entre la Tunisie et sa diaspora doit également reposer sur des intérêts partagés, des opportunités réciproques et un véritable partenariat gagnant-gagnant. C’est à cette condition que l’attachement au pays continuera de se transmettre et de se renforcer au fil des générations.
Cela suppose également de moderniser certaines politiques publiques qui concernent directement les Tunisiens de l’étranger : l’enseignement de la langue arabe, les conditions de mobilité entre la Tunisie et les pays de résidence, la simplification des démarches administratives, l’encouragement des jeunes générations à découvrir leur pays d’origine ainsi qu’une meilleure prise en compte de la contribution économique, sociale et culturelle de la diaspora dans les choix stratégiques de la nation.
Il est également temps de passer d’une logique principalement fondée sur les contrôles et les contraintes à une logique d’incitation, de confiance et de partenariat. À titre d’exemple, plutôt que de multiplier les formalités et les justificatifs, la Tunisie pourrait imaginer de nouveaux mécanismes encourageant le rapatriement de devises, l’investissement productif et la création de valeur par les Tunisiens de l’étranger.
La FCR et la loi de 1972 ont, chacune à leur époque, constitué des outils innovants qui ont contribué à créer une dynamique économique et à renforcer les liens avec les Tunisiens établis à l’étranger.
L’enjeu aujourd’hui n’est pas de reproduire ces dispositifs à l’identique, mais de retrouver le même esprit d’innovation en concevant de nouveaux programmes adaptés aux réalités du XXIe siècle : avoirs fiscaux liés à l’investissement productif, encouragement de l’investissement dans les régions, développement de zones d’activités ouvertes aux initiatives de la diaspora, ou encore mécanismes favorisant les partenariats entre les compétences des Tunisiens du monde et les acteurs économiques locaux.
L’objectif n’est pas de faire un cadeau à la diaspora. L’objectif est de créer une dynamique gagnant-gagnant dans laquelle le pays bénéficie de davantage d’investissements, d’activité économique, d’emplois et de recettes, tandis que les Tunisiens de l’étranger trouvent un intérêt concret à renforcer leurs liens avec leur pays d’origine. Les grandes réussites économiques naissent souvent d’idées simples, audacieuses et adaptées à leur époque. La Tunisie a su faire preuve d’innovation hier ; elle doit retrouver cette capacité aujourd’hui.
En tant que Tunisiens engagés, nous mettons notre expérience et notre expertise au service de notre pays, convaincus que la valorisation des talents de la diaspora et la mise en place d’un véritable partenariat stratégique permettront de renforcer durablement les liens avec les Tunisiens du monde et de prévenir leur éloignement progressif.
Avec la précieuse contribution de mon ami Naoufel Zayadi, nous avons notamment formulé plusieurs propositions visant à réformer et moderniser l’enseignement de la langue arabe destiné aux enfants de la diaspora dans leurs pays d’accueil. À ce jour, ces propositions n’ont malheureusement donné lieu à aucune mise en œuvre concrète.
Les droits civiques des binationaux
Par ailleurs, je continue de considérer que la suppression de certains droits civiques des Tunisiens binationaux sous le mandat de Kaïs Saïed, notamment l’interdiction de se présenter aux élections locales, constitue une erreur qu’il conviendra de corriger. Une nation forte est une nation qui rassemble toutes ses compétences, où qu’elles se trouvent, plutôt qu’une nation qui les éloigne.
La question de la diaspora est un enjeu stratégique majeur pour la Tunisie. Elle mérite d’être appréhendée comme une richesse nationale à part entière, suivie, valorisée et intégrée dans la réflexion publique. C’est pourquoi j’appelle à davantage de réflexion, de concertation et de retenue avant toute promulgation de loi ou prise de décision susceptible d’affaiblir les liens avec nos compatriotes à l’étranger et, à terme, de porter atteinte aux intérêts supérieurs de notre pays.
* Economiste, fondateur et dirigeant du tour opérateur Otentic en France.
À quoi aurait servi cette guerre d’Iran ? À part à renforcer les éléments les plus radicaux du régime de la République islamique et à renforcer la mainmise des Gardiens de la révolution sur le pays, elle n’a pas servi à grand-chose. Il n’y a eu que des dégâts sur les plans géopolitique, énergétique et économique. Tout cela pour aboutir à un statu quo ante, c’est-à-dire à la situation du 27 février, le jour précédant le déclenchement de la guerre. Les fanfaronnades de Trump ont accouché d’un sauve qui peut !(Photo : La réouverture du détroit d’Ormuz est devenue pratiquement l’unique objectif – et l’unique « gain » américain – de la guerre contre l’Iran).
Imed Bahri
L’annonce par le président Donald Trump d’un accord avec l’Iran met fin à une guerre coûteuse mais laisse le régime en place et reporte la question nucléaire à de futures négociations, a écrit Michael Birnbaum, correspondant du Washington Post à la Maison-Blanche, ajoutant que Trump a entamé la guerre en promettant un changement de régime pour finalement aboutir à la réouverture du détroit d’Ormuz !
Le président américain a lancé la fin de sa guerre contre l’Iran dimanche : «Navires du monde, démarrez vos moteurs, que le pétrole coule!» Mais cette nouvelle fanfaronnade ne trompe plus personne. L’homme est dans ses petits souliers.
Retour au statu quo
Le régime iranien restant au pouvoir, Trump s’est félicité du retour au statu quo du 27 février, la veille de l’attaque américano-israélienne contre l’Iran.
Ce retour à une forme de statu quo était bien loin des objectifs initiaux de la guerre qui avait commencé par un engagement à faire tomber le régime.
Après les frappes qui ont tué le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, aux premières heures de la guerre, Trump a déclaré aux Iraniens que le moment était venu de reprendre le contrôle de leur pays. Cependant, le soulèvement n’a pas eu lieu. Ces derniers mois, les dirigeants iraniens ont fait preuve de résilience face aux attaques féroces de la plus puissante armée de l’histoire. Ils ont fermé le détroit d’Ormuz, paralysant les marchés mondiaux de l’énergie, et ont creusé le fossé entre Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au point que le président américain a profité de la célébration de son 80e anniversaire pour dénoncer publiquement son allié israélien.
En promouvant l’accord qui a mis fin aux combats, Trump et ses principaux conseillers ont affirmé que l’Iran s’était engagé à ne pas se doter de l’arme nucléaire. Mais les dirigeants iraniens, qui ont pris des engagements similaires depuis des décennies, ont indiqué dimanche que les difficiles négociations concernant leur programme nucléaire étaient toujours en cours et ne débuteraient pas avant la levée du blocus naval américain de leurs ports.
En l’absence de détails sur l’accord et face aux incertitudes persistantes concernant le nucléaire, les experts estiment qu’il est prématuré d’évaluer pleinement l’héritage d’un conflit qui a duré cinq semaines et demie de combats intenses, suivies de plus de deux mois d’une trêve fragile ayant épuisé les réserves mondiales de pétrole.
Cependant, l’approche de Trump a changé. Au lieu d’exhorter les Iraniens à renverser leurs dirigeants, il privilégie désormais la négociation avec le régime honni. Le président a exclu toute action militaire susceptible de compromettre la paix, comme il l’a fait dimanche avec le Premier ministre israélien.
Dans une interview accordée au Wall Street Journal dimanche, Trump a déclaré avec sa mauvaise foi légendaire : «En ce qui concerne un changement de régime, je n’y ai jamais été intéressé», ajoutant que les dirigeants iraniens actuels sont «le troisième groupe avec lequel nous avons traité et le plus raisonnable jusqu’à présent».
Trump et ses partisans affirment que la guerre a été un succès majeur, ayant éliminé de nombreux hauts responsables, porté un coup dur au programme nucléaire déjà fragilisé et décimé la marine du pays.
Le vice-président J.D. Vance a déclaré dimanche à Fox News : «Si les Iraniens respectent cet accord, cela changera fondamentalement le Moyen-Orient pour les 50 prochaines années. Cette région du monde est dans un état déplorable depuis toujours».
Toutefois, certains experts du Moyen-Orient restent sceptiques, même avec un accord visant à mettre fin aux combats et à rouvrir le détroit d’Ormuz.
«Si cet accord est appliqué tel quel, il laissera un régime répressif aux commandes en Iran, avec la plupart des moyens qu’il utilise pour menacer la région : missiles balistiques, drones et un réseau régional de groupes mandataires certes faibles mais néanmoins dangereux au Liban, en Irak et au Yémen», a déclaré Brian Katulis, chercheur au Middle East Institute.
«Trump a en quelque sorte reculé. Il savait qu’il n’y avait pas d’options militaires viables, il a donc dû parvenir à un accord et les deux camps crieront victoire. C’est ce que nous verrons dans les quatre ou cinq prochains jours», a ajouté Katulis.
Alors que Trump vantait les mérites de son accord, certains de ses plus fervents partisans, membres de la coalition des faucons anti-Iran, se demandaient si la fin des combats était la meilleure solution. L’animateur radio Mark Levine écrivait sur X : «Cela fait des jours que je me demande pourquoi nous, le peuple, ne pouvons pas consulter ce fichu mémorandum d’entente ?»
Levine, qui avait discuté à plusieurs reprises de l’Iran avec Trump durant son second mandat, a ajouté : «Franchement, je n’ai jamais rien vu de tel. Si ce mémorandum doit apporter la paix alors qu’il soit rendu public».
Le sénateur Lindsey Graham, un proche allié de Trump et le plus fervent soutien d’Israël au Congrès, a questionné les termes de l’accord, exprimant une «certaine inquiétude» quant aux différences entre les versions iranienne et américaine.
Dans un message publié sur X, où il décrivait Vance comme «l’architecte de l’accord» et écrivait : «Conformément à notre loi, tout accord nucléaire avec l’Iran sera soumis au Congrès pour examen et vote. J’ai hâte d’examiner la version finale».
L’Iran sait obtenir des concessions
Les dirigeants iraniens ont déclaré dimanche que les termes de l’accord ne seraient pas rendus publics avant sa signature vendredi 19 juin. Cette décision, bien que visant à protéger l’accord des pressions extérieures, pourrait également accroître le risque de son effondrement, les négociateurs s’efforçant toujours d’en finaliser les détails.
Les responsables politiques iraniens ont évité d’aborder la question nucléaire dimanche, se démarquant nettement de la position adoptée par les États-Unis. Ils ont laissé entendre qu’un allègement significatif des sanctions serait nécessaire avant qu’ils n’acceptent des concessions substantielles sur ce sujet.
Les négociateurs doivent désormais discuter de l’arrêt de l’enrichissement d’uranium ainsi que du sort des stocks actuels d’uranium hautement enrichi de l’Iran qui ont été constitués par Téhéran après le retrait de Trump de l’accord nucléaire conclu sous l’administration Obama en 2018.
«L’Iran sait comment prolonger ces négociations et tenter d’obtenir des concessions au passage», a écrit Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël lors de la signature de l’accord nucléaire de 2015. «Il était possible qu’aucun accord ne soit conclu et que tout accord obtenu soit pire que ce que nous aurions pu obtenir par la voie diplomatique avant la guerre», a-t-il ajouté.
Shapiro a abordé également une autre question sensible : «L’ouverture du détroit d’Ormuz est le principal résultat de cet accord. L’Iran a transformé un levier théorique en un levier réel et puissant, imposant de lourdes pertes à l’économie mondiale et inquiétant fortement le président Trump».
Soixante-dix ans après les indépendances du Maroc et de la Tunisie, le colloque international «Décolonisations et mémoires des indépendances maghrébines (1956–2026)», tenu à Paris les 8 et 9 juin 2026, a constitué un moment majeur de réflexion historique sur les héritages coloniaux et leurs prolongements contemporains. Accompagné de l’exposition «Décolonisations en miroir : France/Afrique du Nord (1930–1970)», cet événement scientifique a proposé une lecture croisée des trajectoires de la France, de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie.
Abdelhamid Larguèche *
Plus qu’une simple commémoration, cette rencontre a invité à penser les décolonisations comme des processus connectés, où les histoires des deux rives de la Méditerranée demeurent profondément imbriquées.
Au début des années 1930, l’empire colonial français atteint son extension maximale. L’Exposition coloniale internationale de 1931 à Paris célèbre alors la puissance impériale et diffuse un imaginaire fondé sur la mission civilisatrice et la hiérarchie des peuples.
Les cartes coloniales, les affiches de propagande et les représentations exotiques du Maghreb révèlent une géographie politique façonnée par la domination européenne. Ces images participaient à une entreprise plus vaste : naturaliser l’ordre colonial et effacer les réalités historiques et culturelles des sociétés colonialisées. Pourtant, cet âge d’or impérial portait déjà les germes de sa propre contestation.
Paris, laboratoire des nationalismes maghrébins
Paradoxalement, la capitale française devient également le lieu où se forgent les élites anticoloniales. Étudiants, intellectuels et militants maghrébins y élaborent les premiers discours nationalistes modernes. Parmi les figures majeures émergent Abdelaziz Thaalbi, Habib Bourguiba ou encore Messali Hadj, dont les parcours témoignent de l’interconnexion des espaces politiques méditerranéens
En Tunisie, la publication de ‘‘La Tunisie martyre’’ de Thaalbi en 1920 marque un tournant majeur du nationalisme moderne. La fondation du Destour puis du Néo-Destour structure progressivement la revendication souveraine. C’est à Paris que se forgent les idées de souveraineté qui renverseront l’ordre impérial.
Au Maroc, le Dahir berbère de 1930 cristallise les résistances contre le protectorat. En Algérie, Messali Hadj fonde l’Étoile nord-africaine (ENA) dès 1926 à Paris, ouvrant la voie au nationalisme indépendantiste algérien.
L’Étoile nord-africaine, dirigée par Messali Hadj, revendique l’indépendance de l’Algérie et la défense des droits des Nord-Africains. Elle marque la naissance d’un nationalisme organisé parmi les colonialisés vivant en France.
La Seconde Guerre mondiale bouleverse l’ordre colonial. Les soldats maghrébins participent à la libération de la France, mais les promesses d’égalité restent sans lendemain.
Le 8 mai 1945 constitue un tournant majeur : alors que l’Europe célèbre la victoire sur le nazisme, les massacres de Sétif et Guelma annoncent la crise définitive de l’empire colonial. Ces événements marquent l’effondrement de l’illusion réformiste et ouvrent l’ère des guerres d’indépendance.
Guerres de libération et naissance des souverainetés
Entre 1954 et 1962, le Maghreb connaît des trajectoires différenciées vers l’indépendance. L’Algérie s’engage dans une guerre longue et violente qui transforme profondément la société française elle-même.
En Tunisie, l’indépendance obtenue en 1956 sous la conduite de Bourguiba ne met pas immédiatement fin à la présence française. La bataille de Bizerte de 1961 et l’évacuation des bases militaires en 1963 pachèvent la souveraineté nationale.
Les indépendances ne mettent pas un terme aux conflits : ceux-ci se déplacent désormais sur le terrain de la mémoire. En France, la guerre d’Algérie demeure longtemps désignée comme les «événements». En Algérie, un récit national héroïque se construit autour du FLN et des martyrs de la révolution.
Peu à peu émergent des mémoires longtemps invisibles : harkis, pieds-noirs, Juifs maghrébins, appelés français ou civils déplacés. L’ouverture des archives transforme aujourd’hui profondément les écritures de l’histoire.
L’exposition rappelle également le rôle fondamental des images dans la décolonisation du regard. Le cinéma maghrébin a constitué un espace essentiel de reconquête symbolique. Des œuvres comme ‘‘La Bataille d’Alger’’ de Gillo Pontecorvo ou ‘‘Chronique des années de braise’’ de Lakhdar Hamina ont contribué à faire de l’histoire coloniale un patrimoine universel de la lutte pour la liberté.
Vers une mémoire partagée ?
Au-delà des blessures et des silences, le colloque a montré que les décolonisations ne relèvent pas seulement du passé : elles constituent un enjeu majeur du présent. Les questions migratoires, la francophonie, les archives, les débats sur les réparations ou les reconnaissances mémorielles continuent de structurer les relations entre la France et le Maghreb.
L’exposition s’achève sur une convictionforte : reconnaître la douleur de l’autre ne signifie pas renoncer à sa propre histoire.Au contraire, cette reconnaissance constitue peut-être la condition d’une mémoire véritablement partagée entre les deux rives de la Méditerranée.
Une marche aura lieu le dimanche 21 juin 2026 à partir du 14h00 et au départ du Métro Barbès à Paris sous le slogan «Mettons un coup K.O. au racisme !», organisée à l’initiative de nombreuses organisations antiracistes, associations de défense des droits humains, syndicats, partis politiques et personnalités engagées en France contre le racisme et pour la défense des valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité.
Les marcheurs dénonceront le racisme sous toutes ses formes, en France comme en Tunisie, et exprimeront leur solidarité avec Saadia Mosbah, condamnée à huit ans de prison, et avec Abdallah Said, détenu depuis plus d’un an et demi dans l’attente de son procès, «en raison de leur engagement en faveur des droits des personnes migrantes et de la solidarité humaine», précisent les organisateurs de la marche.
«Nous voulons également dénoncer les agressions racistes, les violences, les expulsions forcées, les traitements inhumains et les multiples violations des droits fondamentaux dont sont victimes les migrants subsahariens en Tunisie», ajoutent-ils, estimant que «les actes et crimes racistes visant les migrants subsahariens en Tunisie ont atteint un niveau de gravité alarmant» et qu’ils «prospèrent dans un climat d’impunité qui donne à leurs auteurs le sentiment qu’ils peuvent agir sans craindre de poursuites ni de sanctions.»
«La récente diffusion d’une vidéo montrant une femme noire victime d’un viol collectif sous les yeux de son mari a provoqué une profonde indignation. Cet acte d’une extrême gravité illustre jusqu’où peut conduire la déshumanisation de personnes déjà vulnérables. En tant qu’êtres humains, nous ne pouvons accepter que le racisme, la violence et l’impunité deviennent une réalité banalisée», lit-on encore dans l’appel à manifester.
Les associations organisatrices, à savoir le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), l’Association démocratique des Tunisiens en France (ADTF), la Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR) et l’Union des travailleurs immigrés tunisiens (UTIT), dénoncent, également, dans leur appel, «la responsabilité des politiques migratoires menées entre l’Union européenne et la Tunisie.»
«Le soutien politique, financier et sécuritaire apporté par l’Union européenne aux autorités tunisiennes soulève de sérieuses questions quant à la responsabilité de chacun face aux violations des droits humains commises contre les migrants. Aucune politique migratoire ne saurait justifier des atteintes à la dignité humaine ni la remise en cause des droits fondamentaux», écrivent-elles, en soulignant la concomitance entre la signature du mémorandum d’entente entre la Tunisie et l’Union européenne et l’augmentation notable des reconduites à la frontière et des expulsions de ressortissants tunisiens depuis plusieurs États européens.
«Présentée comme un modèle de coopération efficace en matière de contrôle migratoire, la Tunisie est désormais érigée en exemple de réussite d’une politique fondée sur l’externalisation des frontières et l’accélération des retours. Derrière les discours sur la ‘‘gestion des flux migratoires’’, cette approche a pourtant des conséquences humaines, sociales et économiques lourdes pour les personnes concernées. Elle privilégie une logique de fermeture et de renvoi au détriment de la protection des droits fondamentaux, de la dignité des migrants et de la prise en compte des causes profondes des migrations. Nous refusons que la Tunisie serve de vitrine à une politique migratoire qui fait primer les impératifs sécuritaires sur le respect des droits humains», ajoute l’appel à la marche de solidarité avec les victimes du racisme en France, en Tunisie et partout dans le monde et «pour l’égalité des droits et la dignité de toutes les personnes».
L’équipe de France, vice-championne du monde en titre, jouera son premier match du Mondial de la Fifa ce mardi 16 juin 2026 à 20 heures heure française, face au redoutable Sénégal. En attendant de croiser le fer avec l’Irak (lundi 22 juin) et la Norvège (vendredi 26 juin), tout en lorgnant une première place du Groupe 1 théoriquement à sa portée. Mais qui risque de lui être disputée.
Jean-Guillaume Lozato *
On peut être une équipe impressionnante, tout en étant instable et perfectible. C’est la leçon dispensée par la France. Deux titres de championne du monde, le dernier en 2018 en Russie, deux Euros gagnés, une Ligue des Nations. Sans compter les exploits de ses clubs engagés dans les ligues européennes. En haut de l’organigramme : le vénérable Didier Deschamps, aux talents incontestables de meneur d’hommes. Mais derrière cette façade, les inégalités persistent entre le ressenti offensif et celui purement défensif.
Champions du Monde en 2018, vingt ans après le sacre de 1998, l’équipe nationale française demeure une valeur sûre. Cependant, au vu de la Coupe du Monde 2022, il convient de nuancer le propos. En effet, la France est une équipe qui a changé de profil par rapport à celle de l’Euro 2016 et de 2018.
En conservant à l’esprit que le bilan comptable n’avait pas été parfait, et que des erreurs d’arbitrage (deux penalties en faveur des internationaux marocains avaient été «omis» par l’arbitre en demi-finale) lui avaient ouvert la porte d’une finale déstabilisante. Au cours de laquelle un M’Bappé grandiose a compensé les faiblesses techniques de ses coéquipiers ou bien leurs manquements en matière de couverture. Car c’est ça la force des «Bleus» : leur ligne d’attaque tellement exceptionnelle qu’ils forment un des rares effectifs à pouvoir se permettre de jouer en 4-2-4. Toutefois, les attaquants doivent apprendre à fonctionner ensemble plus souvent afin de varier les appels, si on tient compte de l’avertissement récent contre la Côte d’Ivoire en match préparation (1-3).
La France a les moyens de marquer rapidement, ce qui la rend impressionnante d’imprévisibilité comme lors de l’obtention de sa médaille d’argent en 2022 (au terme d’un 0-3 converti en 3-3). Cela pourrait la favoriser face à des adversaires comme l’Allemagne ou la Croatie, l’Argentine ou l’Espagne, les Pays-Bas ou la Turquie. Mais la faire sombrer devant le Maroc et le Portugal, et sans que beaucoup s’y attendent vraiment face à des équipes comme l’Algérie, l’Équateur ou les États-Unis.
Les scénarios possibles
Sur un football international en ébullition, le couvercle français peut tout aussi bien résister, que maîtriser sa trajectoire pour se placer correctement sur orbite. Il peut aussi sauter et ne plus se montrer maître de son destin. Les «Bleus» sont capables du meilleur comme du pire, à l’image de la plupart des footballeurs engagés dans cette compétition.
En se lançant dans une hypothèse globale, à mi-chemin entre l’évidence d’une première place et la surprise désagréable de l’élimination au premier tour, il est probable d’assister à un magnifique 2-2 avec la Norvège dans ce qui pourrait se révéler comme la finale de la poule. Avec un synopsis plausible du duel entre Kylian Mbappé et Erling Haaland auteurs chacun d’un doublé, et d’un but encaissé sur corner pour chacune des défenses. En admettant deux victoires face au Sénégal et à l’Irak, cela se jouera à la différence de buts pour les deux formations afin d’atteindre la première place du groupe. Or, la première et la troisième place seraient peut-être aussi avantageuses l’une que l’autre. Si l’on se base sur le fait que la France pourrait tout à fait se voir contester par des équipes hors Europe, alors une victoire étriquée 2-1 contre l’Irak tout à fait plausible contre un hypothétique succès contre le Sénégal si elle sait faire abstraction des facteurs psychologiques hérités de la déconvenue de 2002, la placerait dauphine de la Norvège (ou du Sénégal ?).
Dans ce cas, une deuxième place l’exposerait à tous les dangers devant le style de jeu pratiqué par la Côte d’Ivoire, l’Équateur. Ou le Maroc qui, cette année, ne ratera pas l’occasion de se venger de 2022.
Ne pas laisser Upamecano seul à l’arrière
Par conséquent, la France aura tout intérêt à terminer première de sa poule. Elle devra prendre garde également à ne pas laisser seul à l’arrière le taulier indispensable Dayot Upamecano, seul défenseur aux compétences très complètes.
L’équipe française actuelle est représentative de la Coupe du monde et vice-versa. Mais cela signifie-t-il pour autant que la compétition de 2026 est taillée sur mesure pour la formation guidée par Didier Deschamps ?
New-York a baptisé récemment une de ses artères «Thierry Henry Street». En plein cœur du quartier mythique de Manhattan, cette rue temporaire «special football world cup» se situe à l’angle de la cinquantième rue et de la sixième avenue. Un lieu qui pourra se transformer en espace de festivités comme en un mur des lamentations.
En 1986, s’était produit le phénomène de la «main de Dieu», avec Diego Maradona. Pour l’ultime seuil à franchir en qualifications pour le Mondial 2010, le sésame avait été arraché par la «main de Thierry Henry» devenu plus tard une star de la MLS, plus injustement conspué que remercié par ses compatriotes. Dans ce Manhattan où la finance est reine, la «main invisible» d’Adam Smith ne manquerait pas de s’en mêler…
On attendait leur démission collective ; ils nous sortent un nouveau lapin du chapeau. Non contents d’avoir infligé une humiliation historique à 12 millions de Tunisiens par la gabegie qu’ils ont instaurée au sein de la sélection nationale, les membres de la Fédération tunisienne de football (FTF) démettent Sabri Lamouchi de ses fonctions d’entraîneur pour le remplacer pour le reste de la Coupe du monde par un autre technicien français : Hervé Renard.Là où nous en sommes, on aurait mieux fait de jeter notre dévolu sur Sidi Belhassen Chedly.
Latif Belhedi
C’est le président de la FTF, Moez Nasri, qui a annoncé le scoop hier soir, lundi 15 juin 2026, à la télévision publique, quelques heures après la lourde défaite des coéquipiers de Hannibal Mejbri face à la Suède (1-5) à Monterrey au Mexique, pour leur entrée en lice en Coupe du Monde.
Le technicien français, très connu en Afrique, arrive donc ce mardi au chevet d’une équipe de Tunisie à l’agonie. Il aura juste le temps de discuter avec des joueurs très mal en point, de leur remonter un tant soit peu le moral et de les préparer aux deux prochains matches contre le Japon, dimanche 21 juin, et les Pays-Bas, vendredi 26 juillet. Objectif de cette opération de sauvetage : éviter aux Aigles de Carthage de se faire manger tout crus par les ogres japonais et hollandais. Que c’est triste Tunis !
Hervé Renard sera le 4e coach de l’équipe de Tunisie de football en quatre ans, après Jalel Kadri (2022-2024), Sami Trabelsi (2025-2026) et Sabri Lamouchi (2026), qui n’aura tenu, lui, que quelques semaines.
Quel gâchis tout de même ! Et pour quel résultat ! Dix buts encaissés en à peine une semaine lors des deux derniers matches joués : contre la Belgique en amical et contre la Suède en Coupe du Monde. Et ces messieurs de la FTF, les Moez Nasri (président), Hussein Jenayah (vice-président), Zied Jaziri et autres Samir Chammam, ci-devant directeurs techniques, qui sont les premiers responsables de cette déroute, continuent de sévir en s’en sortant à chaque fois avec une pirouette. Et la dernière en date s’appelle Hervé Renard qui n’a sans doute pas de baguette magique, et il est peu probable qu’il puisse faire remonter la pente à une équipe à genou. Véritable prédateur du football, il va pouvoir alimenter son compte bancaire de quelques millions d’euros en deux semaines et, cerise sur le gâteau, ajouter une Coupe de Monde à son palmarès. Déjà qu’il fait parler de lui depuis ce matin dans les médias du monde entier.
Les dindons de la farce dans tout cela ? Nous autres Tunisiens qui supportons encore l’amateurisme de ces bons à rien, au lieu de les mettre tous à la porte !
À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, un nom circule de plus en plus au sein du Parti démocrate, celui du sénateur de Géorgie Jon Ossoff. Le jeune homme de 39 ans est passé ces derniers mois du statut de sénateur influent à celui de candidat sérieux à la présidentielle de 2028, selon les militants, les commentateurs et les stratèges politiques. Il a fait de la lutte contre l’affairisme véreux et la corruption du clan Trump son cheval de bataille. Il s’est illustré également par sa ferme opposition à la guerre génocidaire israélienne de Gaza.
Imed Bahri
Michelle Goldberg a retracé le parcours politique d’Ossof dans le New York Times, saluant ses prises de position contre le président Donald Trump, son engagement contre la corruption et affirmant. Nombreux sont ceux qui souhaitent le voir se présenter à la primaire démocrate pour l’élection présidentielle de 2028, affirme-t-elle.
Si Ossoff est réélu sénateur de Géorgie, il deviendra immédiatement l’un des principaux candidats à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2028, estime le journaliste Mehdi Hasan, cité par le même journal.
Un candidat attrayant
Jon Ossoff est un homme politique démocrate américain de premier plan, de confession juive, actuellement sénateur de Géorgie qui a vu sa notoriété exploser sur la scène politique américaine.
Il est actuellement en campagne pour un second mandat au Sénat lors des élections de mi-mandat et les sondages indiquent qu’il est en tête.
Ossoff est né en 1987 et il avait seulement 33 ans lors de sa première élection fin 2020. Il est le plus jeune sénateur depuis l’élection de l’ancien président Joe Biden au Sénat en 1972.
Le parcours d’Ossoff fait de lui un candidat attrayant pour de nombreux démocrates. Jeune homme politique, originaire du Sud, il représente un État souvent républicain et est un père de famille dont l’épouse Alicia Kramer est une gynécologue-obstétricienne de renom. Ils ont deux jeunes filles.
Le fait qu’il soit un élu du sud est très important et symbolique car le sud est devenu au fil du temps la chasse gardée des Républicains et le symbole de l’affaiblissement des Démocrates. Ces derniers doivent reconquérir le sud s’ils souhaitent revenir au pouvoir.
Le secret d’une popularité montante
Goldberg pense que les attaques incessantes d’Ossoff contre le président, ainsi que son insistance sur la corruption et les abus de pouvoir au sein de l’administration actuelle, figurent parmi les principales raisons de sa popularité auprès des démocrates.
Les discours d’Ossoff lors de sa campagne de réélection en Géorgie étaient moins axés sur ses rivaux républicains que sur des attaques contre Trump et son clan qu’il appelle «la mafia de Mar-a-Lago».
Des extraits vidéo de ses discours ont alimenté une nouvelle vague de spéculations quant à son avenir politique.
Plus précisément, les discours d’Ossoff s’articulent généralement autour de deux thèmes principaux. D’une part, la dénonciation des failles et de la corruption au sein du système politique américain et d’autre part, la présentation d’une vision nationale multiethnique et libérale, en opposition à la rhétorique nationaliste de l’administration actuelle.
Parmi les citations citées par Goldberg figure sa déclaration à ses partisans : «Notre grandeur nationale ne provient ni du sang ni des gènes mais de nos idées». Elle estime que ce type de rhétorique vise à reconquérir un récit national américain fédérateur.
Contre la corruption et l’autoritarisme
Avant son entrée en politique, il a notamment dirigé une société spécialisée dans la production de documentaires et d’enquêtes sur la corruption et les violations des droits de l’homme.
Il a supervisé des enquêtes sur les crimes de l’État islamique, la corruption dans le sport africain et d’autres affaires d’abus de pouvoir.
Ossof estime que ces expériences ont façonné sa vision de la politique. Il affirme que sa conviction que la corruption est au cœur de l’oppression et de la tyrannie est antérieure à son engagement public et que son expérience dans les enquêtes sur les crimes de guerre et les violations des droits de l’homme lui a démontré le lien étroit entre corruption et autoritarisme.
Un Juif opposé à la politique d’Israël
Outre son opposition à la corruption, Ossof bénéficie d’une popularité particulière au sein des cercles démocrates grâce à sa position sur Israël. Juif, il est aussi un critique virulent de la politique israélienne, ce qui lui permet de rallier diverses factions au sein du parti.
Il souligne qu’il n’est pas antisioniste et qu’il est attaché à «la sécurité et au bien-être du peuple israélien» mais qu’il est aussi un fervent critique de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza.
En 2024, Ossoff figurait parmi les 19 seuls sénateurs à avoir soutenu une résolution présentée par le sénateur Bernie Sanders demandant l’arrêt de certaines livraisons d’armes américaines à Israël. Il a ainsi bravé les pressions de l’administration Biden qui s’opposait à une telle mesure.
Lors d’une intervention au Sénat à cette époque, Ossoff a déclaré que le peuple américain était légitimement choqué par le manque d’attention porté à la vie des civils palestiniens innocents. Il a ajouté qu’un grand nombre d’enfants à Gaza avaient été tués ou grièvement blessés, des blessures qui auraient pu être évitées.
Goldberg soutient que cette position centriste lui confère un avantage politique rare car il est difficile pour les partisans d’Israël de l’accuser d’antisémitisme et pour les critiques de l’administration Biden de le tenir responsable des politiques qui ont conduit au nombre élevé de victimes civiles à Gaza.
Un opposant à la «classe Epstein»
Goldberg soutient qu’Ossoff fonde son discours politique sur l’idée que la lutte contre la corruption est le moyen le plus efficace de contrer les tendances autoritaires.
Elle cite le politologue Adam Bonica qui estime que la colère populaire face à la corruption a contribué à la chute de gouvernements et de dirigeants dans plusieurs pays et que les mouvements anticorruption sont capables d’unir divers segments de la société.
Ossoff tente d’appliquer cette approche aux États-Unis en se concentrant constamment sur les questions de corruption et de trafic d’influence.
Par exemple, il fait fréquemment référence à ce qu’il appelle la «classe Epstein», en allusion aux réseaux d’argent et d’influence associés au milliardaire américain Jeffrey Epstein accusé de trafic sexuel de mineures et qui incluent des personnalités des partis républicain et démocrate.
Son objectif, modifier la nature du débat politique
Malgré le buzz médiatique autour de son nom, Ossoff insiste sur le fait qu’il n’a aucune intention de se présenter à la présidence. Il a qualifié les discussions de plus en plus fréquentes à ce sujet de «malédiction» qui détourne l’attention des élections de mi-mandat qu’il juge plus importantes actuellement.
Goldberg rappelle que les hommes politiques américains nient souvent leurs ambitions présidentielles des années avant d’annoncer leur candidature. Elle cite l’exemple de l’ancien président Barack Obama qui a refusé d’évoquer la présidence lors de sa campagne pour le Sénat en 2004 avant de devenir président des États-Unis.
Goldberg conclut qu’Ossoff tente de modifier la nature du débat politique aux États-Unis. Au lieu de l’affrontement traditionnel entre la droite et la gauche, il cherche à faire de la corruption l’alpha et l’oméga du débat politique.
C’est précisément pour cette raison qu’un nombre croissant de démocrates le considèrent comme un potentiel futur leader du parti. S’il parvient à remporter un nouveau mandat en Géorgie, surtout avec une avance confortable, il pourrait subir une pression croissante de la part des dirigeants et des sympathisants du parti pour se lancer dans la course présidentielle, qu’il le souhaite ou non.
Une nation ne découvre jamais le jour exact où elle s’est trompée d’avenir. Il n’y a ni sirène, ni effondrement. Les budgets continuent d’être votés, les routes d’être inaugurées et les gouvernements d’annoncer la croissance. Puis, un matin, elle constate que ses jeunes partent, que ses ressources sont transformées ailleurs, que ses entreprises ne maîtrisent aucune technologie décisive et que le monde avance désormais sans elle. Rien ne s’est véritablement écroulé. Mais tout s’est déplacé.
Yahya Ould Amar *
Il existe ainsi, dans la vie des nations, deux espèces d’erreurs. Les premières sont bruyantes — un coup d’État, une dévaluation, un défaut souverain, une guerre. Elles ont une date, un responsable ; on les juge et, parfois, on les répare. Les secondes ne font aucun bruit. Elles n’ont ni date ni coupable. Ce sont les erreurs de trajectoire, ces inflexions imperceptibles par lesquelles un pays cesse d’aller là où il croyait aller. Ce sont, de très loin, les plus coûteuses. Car on ne se remet pas aisément de ce que l’on n’a pas vu se produire.
Au tournant des années 1960, la Corée du Sud et le Ghana affichaient un revenu par habitant comparable, des structures économiques voisines, des perspectives que les experts du moment jugeaient, plutôt favorables au second. Deux générations plus tard, ils n’habitent plus le même siècle. Ils n’ont pas couru sur la même route à des vitesses différentes, ils ont pris, à un carrefour invisible, deux routes distinctes, vers deux destinations distinctes. La distance qui les sépare aujourd’hui n’est pas un retard. C’est une divergence. Et la première chose à comprendre, pour une nation qui veut se développer, c’est que ces deux mots – retard et divergence – ne désignent pas la même chose.
Notre vocabulaire politique ne dispose, pour penser l’échec, que du mot retard — comme s’il n’existait qu’une seule route, et que le développement consistât à la parcourir plus ou moins vite. Or il faut distinguer trois grandeurs que ce mot unique recouvre et confond.
Il y a le retard véritable, on est sur le bon chemin, simplement en arrière, et l’effort rattrape la distance. Il y a le décrochage, la distance ne se résorbe plus, elle s’accroît parce que celui qui est devant accélère à mesure qu’il avance. Et il y a la bifurcation, on n’est plus sur le même chemin du tout, on se dirige vers une autre destination, et le verbe «rattraper» a cessé d’avoir un sens.
Une bifurcation nationale devient, pour le jeune diplômé, un emploi qui n’existe pas ; pour l’entrepreneur, une technologie qu’il faut importer et un financement inaccessible ; pour la famille, la conviction que l’avenir de ses enfants commence ailleurs.
Les erreurs de trajectoire descendent toujours des tableaux macroéconomiques vers les existences. Elles deviennent de l’émigration, du déclassement, de la dépendance et, finalement, une perte collective de confiance dans la possibilité même du progrès.
Aujourd’hui, la prochaine divergence ne séparera pas les pays qui possèdent des ressources de ceux qui n’en possèdent pas, mais ceux qui auront appris à les transformer, à organiser les données, à maîtriser l’énergie et à intégrer les technologies nouvelles de ceux qui continueront à n’en exporter que la matière brute.
Les fenêtres de l’histoire ne restent jamais ouvertes
La tragédie des nations qui manquent leur développement n’est presque jamais d’avoir pris du retard. C’est d’avoir pris une bifurcation pour un retard — d’avoir cru qu’il leur suffisait de marcher plus vite sur une route qui, en réalité, ne menait nulle part où elles voulussent aller.
Cette confusion serait sans gravité si le monde était linéaire. Dans un monde linéaire, un écart de quinze ans reste un écart de quinze ans. Mais la frontière du développement — l’ensemble des capacités, des institutions, des complexités productives qu’il faut maîtriser pour demeurer une économie souveraine et prospère — ne se déplace pas à vitesse constante. Elle s’éloigne en accélérant.
Le seuil pour entrer dans le club des nations qui comptent s’élève plus vite qu’une économie lente ne peut le gravir. Ce que l’on nomme «l’avantage du retardataire», cette idée chère à Gerschenkron selon laquelle on peut sauter des étapes en empruntant aux pionniers leurs technologies déjà mûries, demeure vrai — mais seulement pour qui saisit le moment précis d’une mutation ou rupture. Le même basculement qui permet au tard-venu de bondir est celui qui, manqué, creuse l’écart pour de bon. Les fenêtres ouvrent dans les deux sens.
Car le développement n’arrive pas en flux continu. Il arrive par fenêtres. Il y a la fenêtre démographique — ces quelques décennies où une population compte beaucoup plus de bras actifs que de bouches dépendantes, dividende que l’Asie de l’Est a converti en miracle économique et que tant d’autres ont laissé se refermer sur une jeunesse sans emploi, devenue facteur d’instabilité. Il y a la fenêtre géopolitique — ces moments où le réagencement des chaînes de valeur mondiales, la recomposition des alliances, la nouvelle convoitise pour certaines ressources critiques offrent à un pays une place à prendre, qu’un autre prendra s’il hésite. Il y a la fenêtre financière — ces phases où le capital cherche des rendements et accepte des risques qu’il refusera demain. Chacune de ces fenêtres s’ouvre, demeure entrebâillée quelques années, puis se referme.
Et la théorie économique nous dit pourquoi cette temporalité est implacable. Il existe, dans le développement, des seuils critiques. En deçà d’un certain niveau d’investissement coordonné — cette impulsion d’ensemble, massive et simultanée, que Rosenstein-Rodan appelait le «big push», celle-là seule qui fait basculer une économie de son mauvais équilibre vers le bon (Murphy, Shleifer et Vishny) et lui permet d’échapper à la trappe où, sinon, elle s’enlise (Azariadis et Drazen) —, l’économie retombe inexorablement vers son équilibre bas, et chaque effort ultérieur est absorbé par la gravité du mauvais bassin d’attraction donc n’aura aucun effet.
La fenêtre, c’est précisément la durée pendant laquelle le seuil est franchissable. La manquer, ce n’est pas arriver en retard, c’est être condamné à un autre destin, où l’on consacrera désormais toute son énergie non plus à avancer, mais à ne pas sombrer.
Il faut alors s’interroger sur ce que produit le mauvais chemin. Une trajectoire qui ne fabrique que ce qui peut être substitué ou contourné est une trajectoire sans souveraineté. Le pays qui ne vend au monde que des matières premières indifférenciées, détient une forme de levier, certes — mais le levier le plus fragile qui soit, car il existe toujours un autre gisement, un produit de remplacement, une route alternative. La véritable puissance ne réside pas dans la possession d’une ressource, mais dans la maîtrise d’un goulet d’étranglement enchâssé dans des capacités et des institutions que l’on ne peut ni copier ni délocaliser du jour au lendemain.
La rente brute s’évapore au premier choc de prix ou au premier embargo ; la capacité accumulée demeure. Se tromper de trajectoire, pour une nation riche en ressources, c’est confondre ces deux choses — prendre la rente pour de la puissance, et constater un matin qu’elle ne fixe plus rien, ni ses prix, ni ses lois, ni son avenir, suspendu1e au bon vouloir de marchés et de puissances pour qui elle n’est jamais qu’un levier.
Comment les décisions raisonnables fabriquent une catastrophe
Une nation ne se trompe pas d’avenir le jour où elle prend une mauvaise décision ; elle s’en détourne lorsque toutes ses décisions raisonnables cessent de composer une direction.
Alors pourquoi des nations dérivent-elles ainsi vers des destins que personne ne souhaitait ? Il y a deux coupables. Les uns désignent l’extérieur — l’héritage colonial, la détérioration des termes de l’échange, les conditionnalités des bailleurs, les règles que les puissances imposent aux autres après s’en être affranchies, le libre-échange prêché avec un protectionnisme pratiqué. Les autres désignent l’intérieur — la prédation des élites, la corruption, la faiblesse de l’État et la confiscation des institutions. Ces deux réponses sont vraies, et toutes deux insuffisantes, car elles supposent une volonté, un dessein, un responsable. Or la vérité est qu’on ne décide jamais de se tromper de trajectoire.
La bifurcation commence lorsqu’on reporte une réforme scolaire parce que ses résultats n’apparaîtront qu’après le prochain mandat ; on exporte la matière brute parce que la transformer exige une énergie, une logistique et des compétences qui n’existent pas encore ; on disperse l’investissement entre cent projets visibles plutôt que d’en concentrer les moyens sur dix transformations décisives. Chaque arbitrage paraît prudent. Leur accumulation organise pourtant l’impuissance.
Chaque ministère optimise son budget annuel, chaque gouvernement son horizon électoral, chaque programme d’ajustement son équilibre comptable, chaque rente son statu quo — et chacune de ces décisions est, prise isolément, défendable. C’est leur somme qui est une catastrophe. Les exemples sont nombreux, une banque parfaitement solvable peut être emportée en une journée. Il suffit que chaque déposant, voyant les autres affluer au guichet, juge prudent de retirer ses fonds avant eux. Chacun a raison — mieux vaut être le premier servi que le dernier ruiné. Mais comme tous ont raison en même temps, ils vident en quelques heures des coffres qui eussent tenu un siècle. Nul n’a fauté, c’est la somme des décisions sensées qui a provoqué la faillite.
L’horizon des incitations qui gouvernent les acteurs — cinq ans, un cycle budgétaire, une saison de financement — est désespérément plus court que la constante de temps de la transformation, qui se compte en décennies. Un système d’incitations bâti pour le court terme ne peut pas, même peuplé d’hommes intelligents et probes, valoriser le franchissement d’un seuil dont les bénéfices n’apparaîtront que dans vingt ans.
Il n’y a pas de méchant dans cette histoire. Il y a un système qui répond correctement à des incitations qui n’étaient pas à la mesure de l’enjeu. C’est une vérité que personne ne veut entendre, car si elle est juste, il n’y a personne à haïr, et les peuples ont besoin de haïr quelqu’un.
Les nations évaluent minutieusement leurs projets, mais presque jamais la direction dans laquelle leur addition les entraîne. Il leur faut donc des institutions qui contrôlent la dépense et des institutions qui interrogent la trajectoire future.
Le déplacement intellectuel qu’exige notre époque est donc de passer de la question «qui est coupable ?» à la question «quelles institutions peuvent donner au temps long le pouvoir de résister aux intérêts du présent ?».
Choisir sa route avant que la dérive ne la choisisse
Mais il manquerait encore l’essentiel, ce que l’économie ne sait pas produire : le courage et la vision.
Le courage politique consiste à agir lorsque le danger est encore contestable, lorsque les preuves sont incomplètes et lorsque le coût de l’anticipation est immédiat tandis que son bénéfice demeure invisible. L’environnement politique n’est jamais prêt. La frontière du développement exige la lucidité de suspendre ou modifier nos grilles de pensée – puisque le bon sens a prouvé partout ses limites.
Et la vision, ensuite. C’est ici que tant d’élites des nations émergentes ont failli. On sait dire ce que l’on perd ; on excelle dans le diagnostic négatif, dans l’inventaire de ce qui nous échappe. Mais on n’a jamais su offrir une vision positive — une image désirable de la destination, un avenir pour lequel il vaille la peine de consentir des années de privation. Or on ne mobilise pas un peuple par la peur du déclin. On ne lui demande pas d’endurer la dureté de la traversée au seul motif que «sinon, ce sera pire». Il faut lui montrer la rive. Faute de cette vision, le terrain reste libre pour les deux seules passions qui sont la résignation et le ressentiment.
Le développement n’est pas l’accumulation d’agrégats, c’est l’expansion des libertés réelles, l’élargissement de ce qu’un peuple peut être et faire. Voilà la destination qu’il faut savoir nommer — et qu’aucun tableau de bord ne nommera à notre place.
La bonne trajectoire n’est pas celle qui promet le plus fort taux de croissance l’année prochaine ; c’est celle qui accroît, décennie après décennie, ce que la nation sait produire, décider, financer, apprendre et défendre par elle-même.
Enfin, la fenêtre, pour bien des économies émergentes, est encore ouverte, leur démographie demeure favorable, les chaînes de valeur se recomposent, les ressources critiques sont de nouveau convoitées et le monde multipolaire rend aux pays longtemps périphériques une capacité de négociation. Mais cette conjoncture ne constitue pas encore un destin. Elle n’est qu’une possibilité.
Le verbe décisif n’est donc pas «rattraper». Rattraper suppose qu’il n’existe qu’une seule route, un seul modèle, une seule histoire déjà écrite par d’autres et que les nations retardataires n’auraient qu’à rejoindre. Le verbe décisif est «choisir», choisir les capacités que l’on veut faire naître, les dépendances que l’on refuse de léguer, les savoirs que l’on veut inscrire dans la durée, les souverainetés que l’on veut rendre possibles, et la place que l’on entend occuper dans l’architecture mouvante du monde.
Que ceux qui gouvernent songent alors à la marée. Elle ne consulte personne, n’attend aucune majorité, ne revient pas sous la même forme parce qu’un peuple l’a manquée. Elle soulève les barques quelques heures, puis se retire, laissant sur le sable ceux qui confondaient l’attente avec la prudence.
Il faut prendre la mer quand elle est haute, même froide, même incertaine, même dangereuse. Car l’histoire peut pardonner à une nation d’avoir avancé lentement ; elle pardonne rarement à ceux qui, voyant la fenêtre ouverte, auront préféré la sécurité trompeuse du rivage à l’audace d’un destin.
Le 19 juin 2026, à Genève, sera signé un accord qui mettra officiellement fin à la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Les chancelleries salueront l’événement. Les communiqués parleront de paix, de stabilité retrouvée, de victoire de la diplomatie. Mais il faut poser d’emblée la question que ces communiqués n’auront pas le courage de formuler : cette paix, pour qui ?
Abdelhamid Larguèche *
Comme tant de conflits du Proche-Orient avant elle, cette séquence de violence dont on annonce la fin proche ne se conclut pas par la justice, elle se clôt par l’épuisement des belligérants et le calcul froid des grandes puissances. Les armes se taisent avant que les douleurs ne s’apaisent. Et les peuples découvrent, une fois de plus, qu’ils n’étaient pas conviés à la table où leur destin fut négocié. C’est là le visage permanent de ce qu’il faut bien appeler : la paix des puissants.
Le protocole d’Islamabad, tel qu’il se dessine, articulera la sécurité du détroit d’Ormuz, une levée partielle des sanctions économiques contre l’Iran et une reprise des négociations nucléaires avec ce pays. Des médiations pakistanaises et qataries ont joué un rôle déterminant dans ce rapprochement. Mais l’essentiel n’est pas dans les clauses de cet accord, il est dans ce qu’il révèle : un ordre mondial en recomposition profonde, où l’hégémonie américaine n’est plus qu’une puissance parmi d’autres, et où les peuples de la région continuent de payer, de leur sang et de leur avenir, le prix de ces reconfigurations.
La Chine et la fin de l’hégémonie occidentale
Le premier vainqueur est l’Iran. Longtemps présenté comme isolé, étranglé par les sanctions et contraint à la défensive, Téhéran sort de cette séquence en position de force relative. La République islamique n’a pas seulement survécu, elle a imposé ses lignes rouges, en particulier sur le contrôle stratégique du détroit d’Ormuz. Ce n’est pas rien : c’est la consécration d’une puissance régionale que quarante ans de pression n’ont pas réussi à briser.
Derrière l’Iran se profile la vraie grande gagnante de ce tournant : la Chine. Sans tirer un seul coup de feu, Pékin récolte les dividendes d’une stratégie patiente construite sur deux décennies d’investissements en infrastructures, d’échanges énergétiques et de médiations discrètes.
Ce conflit l’illustre avec netteté : nous sommes entrés dans un monde où l’Occident ne dicte plus ses conditions, et où Pékin avance, méthodiquement, sans fracas, vers le centre de l’échiquier mondial.
Les États-Unis obtiennent une stabilisation régionale et la sécurisation des flux énergétiques. Mais il faut le dire clairement : Washington ne négocie plus en maître, il négocie en partenaire contraint. L’ère de l’hyperpuissance américaine, cette parenthèse d’après-guerre froide où l’Amérique imposait l’ordre du monde, est bel et bien refermée. Ce rétrécissement de l’influence américaine n’est pas une parenthèse : c’est une tendance de fond.
L’état sioniste et les limites de la supériorité militaire
L’État sioniste présente un bilan en trompe-l’œil. Il dispose d’une supériorité militaire incontestable, mais les conflits successifs ont démontré une vérité que la force ne peut effacer : il n’existe pas de victoire militaire durable sans solution politique. Chaque opération remporte des batailles et perd la guerre de l’histoire. La domination par les armes ne produit pas la sécurité, elle fabrique des générations de résistance.
Pourtant, comme souvent dans l’histoire, les véritables perdants ne siègent pas dans les salles de négociation.
Le peuple palestinien est, une fois encore, le grand absent de cette paix, et sa principale victime. Depuis des décennies, il paye en sang et en exil le prix des équilibres géopolitiques que d’autres ont décidés en son nom.
Chaque accord régional, chaque cessez-le-feu négocié entre grandes puissances, repousse un peu plus la seule question qui ne disparaîtra pas : celle des droits nationaux et de la dignité d’un peuple privé d’État. Gaza, la Cisjordanie, les camps de réfugiés du Liban et de Jordanie, ces réalités-là ne s’effacent pas d’un traité. Elles attendent.
Un peuple libanais meurtri
Le peuple libanais, lui aussi, sort du cycle de violences profondément meurtri. Le Liban est devenu, depuis trop longtemps, le terrain d’affrontement des ambitions des autres. Que l’on voie dans l’Iran un protecteur ou une tutelle étouffante, le constat demeure : le Liban ne maîtrise plus son propre destin. Il subit des guerres qu’il n’a pas choisies, sur un territoire que d’autres ont transformé en champ de bataille par procuration. C’est là l’une des grandes injustices de cet ordre régional : les petits pays absorbent les conflits des grands.
L’histoire du Moyen-Orient enseigne une leçon que nul ne devrait oublier : les grands arrangements entre puissances se concluent invariablement sur les ruines des peuples. Des Accords Sykes-Picot aux guerres contemporaines, les frontières et les équilibres ont été redessinés depuis les capitales lointaines avant d’être vécus dans la chair des sociétés locales.
Si cet accord se confirme, ce qui semble être le cas, il ne signifiera pas seulement la fin d’une guerre. Il marquera l’entrée officielle dans un nouvel âge géopolitique : monde multipolaire, puissances en recomposition, Occident contraint à la négociation. Mais pour les peuples du Proche-Orient, palestinien, libanais, irakien, syrien, yéménite, ce changement d’ère ne changera rien tant que les grandes puissances continueront de traiter leur sort comme une variable d’ajustement. La véritable question n’est pas de savoir qui gouvernera l’ordre mondial de demain. Elle est de savoir si cet ordre nouveau aura enfin le courage de faire de la dignité des peuples autre chose qu’une clause oubliée dans un accord de chancellerie.
C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de l’artiste tunisien Kamel Raouf Nagati, survenu ce lundi 15 juin 2026. Ses obsèques auront lieu aujourd’hui au cimetière de Jellaz, à Tunis, après la prière du Âsr.
Originaire de Kairouan, le défunt était né à Tunis en 1938. Il a chanté dans plusieurs langues et dans divers pays.
Le défunt a entamé sa carrière artistique à la fin des années 1950 à travers l’émission pour amateurs animée par le journaliste Hamadi Jaziri sur les ondes de la Radio tunisienne. Lauréat du premier prix, il a ensuite poursuivi son parcours artistique entre la Tunisie et le Liban, où il a côtoyé plusieurs figures emblématiques de la scène musicale arabe, parmi lesquelles Halim El Roumi et le célèbre violoniste Abboud Abdelal.
Son répertoire comprend au moins 300 chansons, parmi lesquelles ‘‘Yasmina’’, «Gharou menni ou gharou menha» ou encore «Tamayili ya sabiyya alarrimal», sur des paroles du poète Ridha Khouini.
Je n’ai pas regardé le match Tunisie-Suède, à l’aube de ce lundi 15 juin 2026, terminé sur une lourde défaite tunisienne (1-5) et je m’en félicite. J’y ai gagné une bonne nuit de sommeil. Mais même pris dans les bras de Morphée je ne pouvais m’empêcher de constater que le silence anormal de la rue pendant un match de Coupe du monde de l’équipe nationale, dans un pays qui n’a pas l’habitude de respecter le repos du voisinage, ne présageait pas du meilleur.
Pour tout dire le réveil n’a pas été rude. La qualification de l’équipe tunisienne à la phase finale du Mondial s’avère conforme à ce que beaucoup pensaient déjà depuis qu’elle a été acquise, un pur hasard issu du calendrier des qualifications favorable né d’une vision du monde dépassée partagée par la Fifa.
Il n’est pas normal qu’une grande nation du football comme l’Italie, ou bien dans une moindre mesure le Nigeria et le Cameroun, n’accèdent pas à la phase finale alors que d’autres qui ne le méritent pas se trouvent qualifiés.
Si la Fifa se décidait enfin à établir des poules éliminatoires libres des restrictions géographiques obsolètes issues de la vision coloniale du monde, le ridicule cesserait peut-être de jouer les indésirables. Et les bénéfices réalisés sur les droits TV par la célèbre multinationale du ballon rond s’en trouveraient rehaussés d’autant.
Aujourd’hui, le statut de la femme musulmane demeure l’un des grands lieux de tension de nos sociétés. Il interpelle les intellectuels, dérange les politiques, embarrasse les juristes, divise les familles et traverse silencieusement la vie quotidienne des femmes elles-mêmes. La question paraît simple : la femme doit-elle être définie d’abord par sa citoyenneté ou par une lecture religieuse de son rôle social ? Mais dès qu’on pose cette question, tout devient difficile, car elle touche à ce que les sociétés ont de plus sensible : la foi, l’identité, la famille, l’autorité masculine, la mémoire collective et la peur de perdre une forme de continuité avec le passé.
Zouhaïr Ben Amor *
Dans les sociétés musulmanes, le débat semble souvent bloqué entre deux positions. D’un côté, les courants islamistes ou conservateurs affirment que les textes sont clairs, définitifs, et qu’il n’appartient pas aux hommes de modifier ce que Dieu aurait fixé. De l’autre, les réformateurs soutiennent que les textes doivent être replacés dans leur contexte historique, social et linguistique, et qu’il faut distinguer l’esprit de justice du message religieux des formes juridiques héritées d’une société ancienne. Entre ces deux visions, la femme se trouve souvent prise comme objet de débat plutôt que reconnue comme sujet de droit.
Le piège d’un débat enfermé dans le texte
Le problème n’est pas seulement religieux. Il est aussi politique. Tant que le statut de la femme dépend prioritairement de l’interprétation du texte religieux, son égalité demeure fragile. Elle avance ou recule selon le rapport de force entre les interprètes. Un moment, une lecture moderniste semble possible ; un autre moment, une lecture littéraliste reprend le dessus. La femme devient alors l’otage d’une bataille herméneutique dont elle paie le prix dans sa liberté, son corps, son héritage, son mariage, son divorce, sa mobilité et sa représentation sociale.
Les réformatrices musulmanes ont pourtant accompli un travail considérable. Fatima Mernissi a montré que beaucoup d’interdits attribués à l’islam relevaient aussi de constructions politiques et patriarcales postérieures, notamment autour de la place publique des femmes (Mernissi, 1987). Asma Barlas, de son côté, a défendu l’idée que le Coran ne devait pas être lu à travers les lunettes d’une tradition patriarcale qui confond trop vite autorité masculine et volonté divine (Barlas, 2002). Amina Wadud a également insisté sur la possibilité d’une lecture éthique du texte, attentive à la justice et non à la simple répétition des hiérarchies anciennes (Wadud, 1999).
Mais ces lectures, aussi courageuses soient-elles, se heurtent à une difficulté majeure : elles restent dans l’arène religieuse. Elles discutent le texte avec d’autres interprètes du texte. Elles peuvent convaincre des intellectuels, des croyants ouverts, des militants, parfois des juristes. Mais peuvent-elles garantir durablement l’égalité de toutes les femmes, y compris celles qui ne veulent pas fonder leurs droits sur une interprétation religieuse ? Voilà le nœud du problème.
Car une citoyenne ne devrait pas avoir besoin de prouver que Dieu veut son égalité pour être égale devant la loi. Elle devrait être égale parce qu’elle est citoyenne, parce qu’elle est sujet de droit, parce qu’elle appartient à la communauté politique au même titre que l’homme. Le droit ne peut pas demander à la femme de gagner d’abord une bataille théologique pour obtenir ensuite une reconnaissance civile.
Ce que l’histoire chrétienne nous apprend
L’histoire de la femme dans les sociétés chrétiennes est instructive. Pendant des siècles, l’Europe chrétienne n’a pas été un paradis d’égalité. La femme y fut longtemps mineure juridiquement, dépendante du père puis du mari, exclue du pouvoir politique, tenue à distance de l’université, du patrimoine, de la citoyenneté active. Les textes religieux chrétiens ont souvent servi à légitimer la soumission féminine, comme ailleurs. Il serait donc naïf d’opposer un christianisme naturellement libérateur à un islam naturellement oppressif.
Mais ce qui est remarquable, c’est que l’émancipation des femmes dans les sociétés occidentales ne s’est pas réalisée principalement par une nouvelle lecture de la Bible. Elle s’est faite par la montée du droit civil, par l’école, par le travail salarié, par les luttes féministes, par l’accès à la citoyenneté, par la transformation de l’État, par la sécularisation progressive des institutions. Les femmes n’ont pas attendu que tous les théologiens s’accordent pour leur reconnaître la liberté. Elles ont déplacé la question du terrain religieux vers le terrain politique.
Joan Wallach Scott a bien montré que le féminisme moderne s’est construit dans une tension permanente : les femmes réclamaient l’égalité universelle tout en devant rappeler leur différence dans une société qui les excluait justement au nom de cette différence (Scott, 1996). Simone de Beauvoir, elle, a formulé une vérité devenue centrale : la féminité sociale n’est pas un destin biologique, mais une construction historique (Beauvoir, 1949). Autrement dit, ce que l’on présente comme nature féminine est souvent le produit d’une organisation masculine du monde.
La femme chrétienne ne fut donc pas libérée par un miracle interne du texte religieux. Elle fut libérée, lentement et incomplètement, parce que le religieux cessa d’être la source première du droit commun. L’Église continua d’exister, la foi continua d’habiter les consciences, mais l’État moderne apprit peu à peu à ne plus confondre dogme religieux et citoyenneté.
La loi française de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État est devenue l’un des symboles de cette frontière : elle affirme notamment que la République ne reconnaît ni ne salarie aucun culte.
Cette séparation n’a pas supprimé la religion. Elle a plutôt empêché une religion particulière de gouverner la totalité de la cité. C’est une différence essentielle. La laïcité n’est pas nécessairement l’hostilité à la foi ; elle est d’abord l’organisation politique d’un espace commun où la foi ne peut pas imposer sa loi à ceux qui ne la partagent pas, ni réduire les citoyens à leur appartenance confessionnelle.
Dans le monde musulman, quelques expériences montrent que le droit peut avancer même dans des sociétés attachées à l’islam. La Tunisie, par exemple, a adopté dès 1956 un Code du statut personnel qui a interdit la polygamie et inscrit le divorce dans une procédure judiciaire. Le texte officiel du Code précise que le divorce ne peut avoir lieu que devant le tribunal, et qu’il peut être demandé par le mari ou par la femme. Mais cette avancée n’a pas supprimé toutes les inégalités : la question successorale demeure l’un des lieux les plus résistants de l’ordre patriarcal, puisque certaines dispositions maintiennent une différence entre hommes et femmes dans l’héritage.
Ce paradoxe tunisien est révélateur. Il montre qu’une société peut moderniser le mariage, le divorce, l’espace public, tout en laissant subsister un noyau religieux ou symbolique dans lequel l’égalité devient plus difficile à penser. Le droit avance, mais il s’arrête parfois devant ce qui est présenté comme intouchable. La femme devient alors citoyenne presque entière, mais pas entièrement citoyenne.
C’est ici que le débat sur la laïcité devient décisif. Non pas une laïcité importée comme un slogan, ni une laïcité agressive qui humilie les croyants, mais une laïcité juridique, sobre, protectrice, capable de dire : la foi appartient à la conscience ; la citoyenneté appartient à la loi commune.
Une femme peut être croyante, pratiquante, attachée à sa tradition ; mais ses droits civils ne doivent pas dépendre de l’interprétation religieuse dominante du moment.
L’islamisme refuse souvent cette séparation, car il considère que la société doit être organisée selon une norme religieuse globale. Le réformisme, lui, tente de montrer que l’islam peut être compatible avec l’égalité. Mais la limite du réformisme est qu’il doit toujours convaincre à l’intérieur du religieux. Or, dans l’espace politique, le droit ne peut pas attendre l’unanimité des théologiens. Il doit protéger les personnes, surtout lorsque la tradition devient un instrument de domination.
La laïcité comme protection, non comme arrachement
Il faut ici éviter un malentendu. Défendre la laïcité ne signifie pas demander aux femmes musulmanes de rompre avec leur religion. Ce serait une autre forme de violence symbolique. Beaucoup de femmes veulent être à la fois croyantes et libres, musulmanes et citoyennes, fidèles à une spiritualité et critiques envers les usages patriarcaux de cette spiritualité. La laïcité ne doit pas leur dire : «Choisissez entre votre foi et votre liberté.» Elle doit plutôt garantir que personne ne puisse utiliser la foi pour confisquer leur liberté.
La laïcité véritable ne demande pas au croyant de cesser de croire. Elle demande à l’État de ne pas transformer une croyance en obligation juridique pour tous. Elle protège le croyant contre l’État, mais elle protège aussi le citoyen contre la domination religieuse. C’est pourquoi elle est précieuse dans les sociétés pluralistes. Elle ne règle pas tout, mais elle trace une frontière sans laquelle les droits deviennent négociables.
Olivier Roy a souvent rappelé que la laïcité ne consiste pas à effacer le religieux de la société, mais à organiser sa place dans un espace politique où l’État ne se confond pas avec une vérité religieuse (Roy, 2005). Cette distinction est capitale. Une société peut être culturellement musulmane, majoritairement croyante, attachée à ses rites, à ses fêtes, à ses références ; mais son droit civil peut néanmoins reposer sur la citoyenneté, l’égalité et la liberté de conscience.
La question est donc moins de savoir si l’islam est compatible avec l’égalité que de savoir si l’État accepte de reconnaître la femme comme citoyenne avant de la définir comme épouse, mère, sœur, fille ou croyante. Tant que la femme est pensée d’abord à travers sa fonction familiale ou morale, elle demeure enfermée dans une identité assignée. Tant qu’elle n’est pas reconnue comme individu juridique autonome, l’égalité reste inachevée.
Le débat actuel oppose souvent deux caricatures. Les conservateurs accusent les réformateurs d’occidentaliser la société et de trahir la religion. Les modernistes accusent les conservateurs de vouloir maintenir les femmes dans une minorité permanente. Cette opposition contient une part de vérité, mais elle devient stérile lorsqu’elle empêche de poser la vraie question : qui fait la loi ? Le texte religieux interprété par des autorités masculines ? Ou la volonté générale fondée sur l’égalité des citoyens ?
Il ne s’agit pas de mépriser les textes. Les textes religieux appartiennent à l’histoire spirituelle de millions d’êtres humains. Ils nourrissent les consciences, donnent sens à l’existence, accompagnent les rites de passage, inspirent la morale personnelle. Mais dès qu’ils deviennent source directe d’inégalité juridique, ils cessent d’être seulement des textes de foi ; ils deviennent des instruments de pouvoir.
L’émancipation de la femme musulmane ne peut donc pas dépendre uniquement d’une meilleure interprétation religieuse, même si cette interprétation reste nécessaire dans le champ culturel et spirituel. Elle exige un déplacement politique : passer de la question «Que permet le texte ?» à la question «Que garantit la citoyenneté ?» Ce passage est difficile, car il touche à l’imaginaire collectif. Mais il est indispensable.
Dans les sociétés occidentales, la femme n’a pas été émancipée parce que les traditions chrétiennes auraient soudain reconnu leur erreur. Elle l’a été parce que les femmes ont lutté, parce que les sociétés ont changé, parce que l’État moderne a progressivement séparé le salut des âmes de l’organisation des droits. Ce n’est pas la disparition du religieux qui a libéré la femme ; c’est la limitation de son pouvoir juridique.
Voilà peut-être la leçon la plus importante. Une société peut rester croyante tout en devenant politiquement laïque. Elle peut respecter la religion sans lui confier le destin civil des femmes. Elle peut honorer sa tradition sans faire de cette tradition une prison. Elle peut reconnaître que les textes ont une histoire, mais que la citoyenneté doit avoir un avenir.
La femme musulmane n’a pas besoin d’être sauvée par l’Occident, ni enfermée par les gardiens autoproclamés de l’authenticité. Elle a besoin d’un État qui la reconnaisse pleinement comme sujet de droit. Elle a besoin que sa liberté ne soit pas suspendue à une controverse d’exégètes. Elle a besoin d’une école qui forme l’esprit critique, d’une justice indépendante, d’une loi civile claire, d’une culture politique qui accepte enfin que l’égalité n’est pas une menace contre la société, mais une condition de sa dignité.
La laïcité, dans ce sens, n’est pas une guerre contre Dieu. Elle est une modestie de l’État devant Dieu et devant les hommes. Elle dit simplement : nul ne peut parler au nom du ciel pour diminuer les droits d’un citoyen sur la terre. Et c’est peut-être là, précisément, que commence l’émancipation véritable.
* Universitaire.
Bibliographie
Barlas, Asma. Believing Women in Islam: Unreading Patriarchal Interpretations of the Qur’an. University of Texas Press, 2002.
Beauvoir, Simone de. Le Deuxième Sexe. Gallimard, 1949.
Mernissi, Fatima. Le Harem politique : le Prophète et les femmes. Albin Michel, 1987.
Roy, Olivier. La Laïcité face à l’islam. Stock, 2005.
Scott, Joan Wallach. Only Paradoxes to Offer: French Feminists and the Rights of Man. Harvard University Press, 1996.
Wadud, Amina. Qur’an and Woman: Rereading the Sacred Text from a Woman’s Perspective. Oxford University Press, 1999.
La déroute de l’équipe de Tunisie de football, ce lundi 15 juin 2026, dans son premier match de la Coupe du Monde de football, face à la Suède, perdu par le score historiquement humiliant de 1-5, n’a pas surpris beaucoup de Tunisiens.
Latif Belhedi
Cette déroute, que beaucoup d’entre nous appréhendaient sans oser le dire ouvertement de peur d’être taxés de manque de patriotisme, est celle d’un pays qui est en train de perdre ses repères, de dilapider ses acquis et de s’enfoncer dans une crise globale dont le football n’est que l’une des facettes, la plus visible pour le grand public.
Cette défaite annoncée, qui en dit long sur l’ampleur de la crise où se morfond le pays depuis 2011, nous renvoie, également, un triste signal : c’est un joueur suédois d’origine tunisienne, Yasin Ayari, qui, en marquant le premier et le cinquième but de son équipe, a scellé l’humiliante défaite de l’équipe dont il aurait pu ou dû, dans l’ordre normal des choses, porter le maillot.
La barque prend de l’eau de partout
Yasin Ayari, qui s’est gardé de célébrer son premier but en Coupe du Monde et s’en est presque excusé, est à l’image de ces dizaines de milliers de médecins, d’ingénieurs et de hauts cadres qui, face au manque d’opportunités et de reconnaissance, ont préféré quitter le pays pour aller monnayer leur talent à l’étranger, et personne ne peut sérieusement les en blâmer. Et pour cause : lorsque le salut collectif devient inaccessible et que la barque commence à prendre de l’eau de partout, c’est le salut individuel qui s’impose comme l’unique solution.
En encaissant un premier but dès la 7e minute et un second 23 minutes plus tard, qui plus est, sur des fautes défensives primaires (même le sobre et rigoureux Ellyes Skhiri s’y était mis lui aussi), on facilite énormément la tâche des adversaires. D’ailleurs, ces derniers, techniques, rapides et rugueux, n’ont pas eu à se dépenser outre mesure pour imposer leur suprématie sur tous les compartiments de jeu. Aidés en cela par le coaching catastrophique de Sabri Lamouchi qui a aggravé la gabegie régnant au sein de l’équipe par des choix tactiques douteux (une défense avec trois axiaux, qui jouent pour la première fois ensemble… pour encaisser à la fin 5 buts !) et des changements dénués de toute logique.
Une responsabilité collective
Il ne fallait pas tant pour que la défaite s’alourdit d’un douloureux sentiment d’impuissance et d’humiliation. Jamais, en effet, les Aigles de Carthage n’ont volé aussi bas, et la faute n’incombe pas seulement aux joueurs et au staff technique : elle est partagée par tous les responsables et à tous les niveaux. Car cette déroute n’a pas commencé aujourd’hui, on en a vu les prémices depuis plusieurs années, mais on n’a rien fait pour essayer de remettre de la rigueur et de l’ordre là où règne le copinage, le bricolage et le replâtrage.
La Tunisie a encore deux autres matches à jouer au premier tour de la compétition contre le Japon (dimanche 21 juin) et les Pays-Bas (vendredi 26 juin), deux équipes autrement plus techniques, plus rapides et plus rugueuses sur le plan physique. Si le passage au second tour, rêve caressé par les Tunisiens depuis leur première participation au Mondial en 1978, est devenu quasiment impossible, on peut encore espérer des coéquipiers de Hannibal Mejbri qu’ils sauvent l’honneur de la nation en jouant mieux, en marquant des buts ou, au moins, en perdant avec plus de panache.
C’est l’harmonie entre la science et la tradition, entre la haute technicité et le respect de l’écosystème qui portera le projet de sécurisation de la colline de Sidi Bou Saïd, où se trouve le célèbre village arabo-andalou, un joyau bleu et blanc à préserver pour les futures générations.
Jamel Chaouki Mahdaoui *
Suspendu entre le ciel et le golfe de Tunis, le village mythique de Sidi Bou Saïd, internationalement célèbre pour ses façades immaculées et ses moucharabiehs azur, fait face à un défi silencieux mais redoutable notamment la terrible fragilisation de ses falaises de softs grès et d’argiles.
Conscient de la menace que les caprices géologiques font peser sur ce patrimoine emblématique, le gouvernement tunisien a décidé de passer à la vitesse supérieure.
Le mercredi 10 juin 2026, un comité de pilotage stratégique s’est réuni sous la direction de Slah Zouari, ministre de l’Équipement et de l’Habitat, également chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie.
Cette séance de travail a marqué un tournant décisif dans l’exécution de la décision gouvernementale numéro onze du 26 janvier dernier, inscrivant officiellement la sécurisation de la colline parmi les grands chantiers publics prioritaires de l’État, intégrés au vaste programme national de protection des zones urbaines, du littoral et des infrastructures.
Avec fermeté, les autorités ont exigé la mobilisation immédiate de tous les leviers logistiques et techniques pour que les premiers coups de pioche retentissent dans les prochaines semaines, tout en examinant la première phase d’études scientifiques indispensables à l’élaboration de solutions sur mesure.
Pour diagnostiquer le mal avec une précision chirurgicale, l’État a scellé des alliances clés, notamment avec le Centre national de télédétection pour réaliser des relevés aériens et topographiques de pointe, et avec l’Office national des mines pour concevoir des cartes géologiques et géophysiques détaillées. Ces outils permettront de cartographier les failles et d’identifier les zones prioritaires d’intervention urgente. Mais au-delà du diagnostic, une question fondamentale se pose, à savoir comment soigner cette colline sacrée sans altérer son âme architecturale et paysagère ? Face à ces risques de glissements de terrain exacerbés par l’érosion marine et les infiltrations d’eaux pluviales, l’ingénierie moderne offre aujourd’hui des réponses à la fois puissantes et discrètes, parfaitement adaptées aux exigences d’un site classé.
La première urgence consiste à maîtriser l’eau, le pire ennemi de la stabilité des sols. Avant de consolider la roche, il est impératif de mettre en place un système invisible de drainage profond. En captant les eaux de ruissellement et les nappes souterraines à l’aide de drains sub-horizontaux et de tranchées drainantes dissimulées sous la végétation, on réduit la pression hydrostatique interne qui pousse la falaise vers le vide.
Une fois le sol asséché et stabilisé de l’intérieur, la consolidation physique peut enfin commencer. Pour ce faire, la technique du clouage du sol s’impose comme une évidence. Elle consiste à insérer de longs tirants d’ancrage en acier ou en fibre de verre directement dans la roche stable, créant ainsi une armature interne invisible depuis l’extérieur.
Pour les zones les plus abruptes ou déjà fracturées, l’application de béton projeté par voie humide, teintée dans les nuances ocre et terre cuite naturelles de la colline, permet de sceller la paroi tout en l’intégrant visuellement au paysage.
Harmonie entre la haute technicité et le respect de l’écosystème
Ce traitement de surface est idéalement complété par la pose de filets en acier à haute résistance, ancrés profondément, qui retiennent les blocs rocheux sans dénaturer le panorama que les visiteurs du monde entier viennent admirer depuis le célèbre Café Sidi Chabâane.
Enfin, la nature elle-même doit devenir une alliée à travers le génie biologique. La végétalisation de la falaise avec des essences locales au système racinaire profond et dense, telles que des plantes rampantes et des arbustes méditerranéens adaptés au climat aride et aux embruns salins, offre une double protection. Non seulement ces racines lient les particules de terre superficielles pour empêcher l’érosion due au vent et aux pluies battantes, mais elles redonnent également à la colline son aspect verdoyant d’origine.
C’est précisément cette harmonie entre la haute technicité et le respect de l’écosystème qui portera le projet. Comme l’a rappelé M. Zouari, l’objectif ultime de cette course contre la montre dépasse largement la simple gestion des risques car il s’agit d’une démarche de sauvegarde durable, un devoir de transmission culturelle et architecturale pour que les générations futures puissent, elles aussi, s’émerveiller devant la silhouette intemporelle de Sidi Bou Saïd surplombant la Méditerranée.
L’équipe de Tunisie entrera en lice dans la Coupe du monde de football en rencontrant la Suède, dans le cade du Grupe F, qui comprend aussi le Japon et les Pays-Bas, demain, lundi 15 juin 2026, à 3h00 heure tunisienne, au stade de Monterrey, au Mexique.
Voici la composition probable de l’équipe conduite par Sabri Lamouchi : Mouhib Chamekh, Montassar Talbi, Karim Rekik, Ali Abdi, Yan Valery, Rani Khedira, Ellyes Skhiri, Anis Ben Slimane, Hannibal Mejbri, Elias Saad, Firas Chaouat en pointe.
La rencontre sera arbitrée par l’Argentin Falcon Perez.
Après les deux matches du Qatar et du Maroc qui ont réalisé un nul 1-1 face, respectivement, à la Suisse et au Brésil, les coéquipiers de Hannibal Mejbri vont devoir démarrer la compétition sur une note positive, en évitant la défaite, surtout après le calamiteux 0-5 en amical contre l’Autriche. Selon certains analystes, Amine Ben Hamida sera peut-être aligné, à cet effet, comme un troisième axial. Wait and see…
Un grave accident de la route survenu ce dimanche matin, 14 juin 2026, dans le secteur de Khamassia, délégation de Sidi Aich, gouvernorat de Gafsa, a coûté la vie à trois femmes.
L’accident est survenu lors d’une collision frontale entre un camion transportant des céréales et une voiture, comme l’a confirmé une source médicale de l’hôpital universitaire Houcine Bouzaiane de Gafsa à Diwan FM.
Les corps des trois victimes ont été transportés à la morgue de l’hôpital dans l’attente des formalités légales.
Le parquet a ouvert une enquête afin de déterminer les circonstances et les causes de l’accident.