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Tensions autour de la question migratoire : Les signaux d’alerte se multiplient en Tunisie

La question des migrants subsahariens continue d’alimenter une tension grandissante en Tunisie, dans un climat marqué par la circulation massive de vidéos violentes sur les réseaux sociaux, l’absence de données officielles précises et la multiplication des discours contradictoires autour de la situation sur le terrain.

Depuis plusieurs semaines, de nombreuses séquences relayées sur Facebook, TikTok et d’autres plateformes montrent des agressions visant des migrants subsahariens dans différentes régions du pays. D’autres vidéos, largement partagées également, montrent des altercations impliquant des migrants accusés par certains internautes de menaces, de provocations ou d’actes de violence contre des Tunisiens. Dans plusieurs cas, l’authenticité, la date ou le contexte exact de ces contenus restent difficiles à vérifier, alimentant un climat de tension et de méfiance généralisée.

Un risque réel de dégradation de la situation

Des ONG tunisiennes et internationales alertent de leur côté sur un risque réel de dégradation de la situation. Des associations évoquent une montée des discours haineux et de la désinformation autour de la migration irrégulière, estimant que les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans l’exacerbation des tensions. Le média Nawaat évoquait récemment « une spirale de violences et de désinformation » autour de la question migratoire en Tunisie.

Parallèlement, les autorités tunisiennes mettent régulièrement en avant les opérations de retour volontaire menées avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Selon des chiffres relayés en mars 2026, plus de 21 000 migrants subsahariens auraient bénéficié du programme de retour volontaire depuis 2022.

Toujours selon ces données, 1 262 migrants auraient quitté la Tunisie via ce mécanisme depuis le début de l’année 2026, tandis que le gouvernement ambitionnerait d’atteindre 10 000 retours volontaires cette année. Les autorités tunisiennes insistent régulièrement sur leur refus de voir la Tunisie devenir « une terre d’installation » pour les migrants en situation irrégulière.

Plusieurs zones d’ombre persistent

Mais malgré ces annonces, plusieurs zones d’ombre persistent. Aucun chiffre officiel consolidé n’existe actuellement concernant le nombre exact de migrants subsahariens présents sur le territoire tunisien. Les estimations varient fortement selon les sources, tandis que les données officielles demeurent fragmentaires.

Cette absence de statistiques précises contribue à alimenter les spéculations et les tensions dans l’opinion publique. Sur les réseaux sociaux, certaines publications évoquent une « explosion » du nombre de migrants, tandis que d’autres dénoncent une instrumentalisation politique et médiatique du dossier.

La situation rappelle également les graves tensions enregistrées à Sfax en 2023 après la mort d’un Tunisien lors d’affrontements avec des migrants subsahariens. Ces événements avaient été suivis de violences, d’expulsions et d’importantes opérations sécuritaires.

Le climat reste extrêmement fragile

Plusieurs observateurs estiment aujourd’hui que le climat reste extrêmement fragile. Entre pression migratoire, crise économique, saturation des réseaux sociaux par les contenus polarisants et manque de communication chiffrée claire, le dossier migratoire demeure l’un des sujets les plus explosifs en Tunisie.

Dans ce contexte, ONG et acteurs de la société civile appellent à éviter les amalgames et les campagnes de haine, tout en réclamant davantage de transparence sur les chiffres réels de la migration irrégulière, les conditions de vie des migrants et les mécanismes de retour volontaire actuellement en place.

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Extension de l’aéroport Tunis-Carthage : un choix stratégique qui interroge

Le gouvernement tunisien a officiellement tranché concernant l’avenir de l’Aéroport international de Tunis-Carthage. Il a dévoilé hier son projet d’extension, sans toutefois aborder la nature de son financement.

La décision annoncée officiellement hier en conseil des ministres a clarifié une fois pour toutes les grandes orientations de l’Etat pour ce qui concerne le futur de l’aéroport Tunis-Carthage, première porte d’entrée dans le pays par voie aérienne avec 60 % du trafic tous aéroports confondus.

Il n’y aura donc pas de nouvel aéroport à construire comme cela avait été évoqué, de même que l’option de délocalisation vers l’Aéroport international d’Enfidha-Hammamet n’est de toute évidence plus à l’ordre du jour.

Le schéma retenu est celui d’une extension des infrastructures existantes avec la réalisation d’un nouveau terminal d’une capacité de 11,5 millions de passagers, portant la capacité globale à 18,5 millions (contre une surcapacité de 7,2 de voyageurs actuellement) en plus de la rénovation de l’actuel terminal pour porter sa capacité à 7 millions de passagers.

Une orientation qui, si elle répond de toute évidence à une logique budgétaire évidente, soulève néanmoins plusieurs interrogations de fond.

Une décision avant tout économique ?

Tout porte à croire que le choix retenu repose essentiellement sur des considérations financières et des impératifs de rationalisation des dépenses publiques. L’extension apparaît comme la solution la moins coûteuse à court terme.

Mais cette approche privilégie-t-elle une vision stratégique à long terme ? Certains observateurs estiment que les conséquences des arbitrages actuels risquent d’être reportées sur les générations futures, notamment si le choix arrêté s’avérait inadapté.

Les professionnels du tourisme laissés en marge : Autre point sensible : l’absence de consultation élargie des acteurs du tourisme et du voyage. Les professionnels du secteur, en première ligne avec leurs partenaires internationaux et leurs clients, disposent pourtant d’une lecture fine des tendances du marché, des attentes des compagnies aériennes et de l’évolution des flux touristiques.

Leur expertise aurait pu enrichir le débat stratégique autour d’une consultation appelée à fixer les enjeux de compétitivité de la destination Tunisie.

La question de la gouvernance et de la qualité de service : Au-delà des infrastructures, plusieurs voix s’interrogent sur les méthodes de gestion actuelles au sein de l’aéroport. Les critiques portent notamment sur des processus jugés peu flexibles et insuffisamment orientés vers l’expérience passager.

Sans réforme structurelle de la gouvernance et des pratiques opérationnelles, une extension physique suffira-t-elle à améliorer la qualité de service ?

L’angle mort de la législation aérienne : Peu de débats publics ont également porté sur le cadre réglementaire de l’aviation civile. Or, la législation actuelle impose encore des restrictions notamment sur les droits de trafic, un facteur déterminant dans l’attractivité d’une plateforme aéroportuaire.

Le dossier de l’Open Sky semble par ailleurs avoir été relégué au second plan, alors même qu’une clause prévoit que l’aéroport de Tunis-Carthage bénéficie d’une période de « protection » de cinq ans. Une situation qui continue d’alimenter les interrogations sur la stratégie d’ouverture du ciel tunisien.

Et le rôle de Tunisair dans cette nouvelle configuration ?

La question de l’adaptation de l’aéroport aux besoins spécifiques de la compagnie nationale, Tunisair, demeure également posée. Le futur terminal a-t-il été pensé comme un véritable levier de croissance pour son trafic, avec des infrastructures alignées sur la nature de son réseau et ses ambitions de développement ?

La réponse à cette question sera déterminante pour la compétitivité de la compagnie et, par extension, pour le positionnement régional de Tunis.

Les riverains face à l’augmentation du trafic

Enfin, un point majeur semble peu abordé : l’impact sur les habitants de Tunis et des zones limitrophes. Les quartiers des Berges du Lac, de La Soukra ou encore de l’Ariana, situés dans le périmètre aéroportuaire et sous les axes de servitude aéronautique (couloirs d’approche et de décollage), pourraient voir les nuisances sonores s’intensifier proportionnellement à l’augmentation du mouvement des avions.

Les riverains ont-ils été consultés ? Des mesures d’atténuation sont-elles prévues dans les plans futurs ? L’argument stipulant que les avions sont moins bruyants évoqués par certains est particulièrement maigre.

Une vision à clarifier

L’extension de l’aéroport Tunis-Carthage constitue indéniablement un choix structurant pour l’avenir du transport aérien tunisien. Mais au-delà des chiffres et des capacités annoncées, c’est une vision globale qui est attendue : gouvernance modernisée, cadre réglementaire adapté, intégration des besoins des compagnies, concertation avec les professionnels et prise en compte des impacts environnementaux.

Car un aéroport n’est pas seulement une infrastructure. C’est un outil stratégique au service d’un pays, de son économie et de ses citoyens. Et dans ce dossier, à l’heure où cet article est publié, aucune information n’a filtré sur le budget consacré et sur sa provenance. L’information officielle s’est limitée à indiquer que le projet entre dans le cadre du Plan de développement 2026-2030.

©Destination Tunisie

 

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