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Route de la Soie : le berger Adnen Helali porte le message de Sammama à Daghestan, Kalmoukie, Astrakhan et Mongolie

 La Tunisie a marqué une présence exceptionnelle au sein de la Caravane de la Route de la Soie organisée par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), à travers la participation de l’écrivain et acteur culturel et environnemental Adnen Helali. Celui-ci a représenté la Tunisie et le monde arabe en tant qu’unique participant arabe à cette initiative internationale réunissant experts, responsables et acteurs de terrain venus de plusieurs régions du monde. La première étape de la caravane s’est déroulée en Turquie, à travers les villes d’Erzurum, Malatya, Gaziantep et Antalya, sur les traces des anciennes routes empruntées pendant des siècles par les caravanes de la Route de la Soie.

Au cours de ces différentes étapes, Adnen Helali a pris part à des rencontres, des conférences et des visites de terrain consacrées à la protection des terres, à la lutte contre la désertification et au soutien des communautés rurales et pastorales. Le forum officiel organisé à Antalya a constitué un moment fort de la participation tunisienne. Adnen Helali y a présenté l’expérience du Djebel Semmama comme un modèle associant culture, développement local et préservation de l’environnement. Il a notamment mis en lumière les initiatives portées par les communautés montagnardes pour transformer les défis sociaux et environnementaux en projets de création, de résilience et de vie. Cette expérience a suscité un vif intérêt parmi les participants et les représentants des organisations internationales présents, au point d’être citée lors de la tribune officielle de la caravane comme une expérience inspirante en matière de développement durable.

Un voyage à travers le temps et les cultures

Dans sa phase russe, la caravane a pu poursuivre  son parcours à travers la République du Daghestan, la République de Kalmoukie et la région d’Astrakhan. Les participants y ont découvert diverses expériences liées à la gestion des pâturages, à la restauration des terres dégradées et au développement des économies locales fondées sur les ressources naturelles. Ils ont également visité plusieurs sites emblématiques situés sur les anciens axes de la Route de la Soie entre l’Europe et l’Asie. Au cours de cette tournée, la participation tunisienne a été largement saluée par plusieurs ministres de l’Agriculture et responsables locaux des républiques russes visitées. La délégation onusienne chargée de la caravane a également souligné la contribution remarquable d’Adnen Helali dans la valorisation de l’expérience des communautés montagnardes tunisiennes et dans la promotion du rôle de la culture au service du développement durable et de la protection des terres.

Cette participation revêt une importance particulière puisqu’elle représente la seule présence tunisienne et arabe au sein de la Caravane de la Route de la Soie. Elle a permis de mettre en lumière l’une des expériences les plus originales de la Tunisie dans les domaines de la culture, de l’environnement et du développement local, devant des délégations et des experts venus de nombreux pays. Elle a également constitué une occasion de faire connaître les initiatives portées par les régions montagneuses tunisiennes et leur capacité à contribuer aux réflexions mondiales sur l’avenir des terres, des pâturages et des communautés rurales. Cette présence remarquée a été couronnée par le renouvellement de l’invitation adressée à Adnen Helali pour participer aux prochaines étapes de la Caravane de la Route de la Soie à travers l’Asie centrale, la Chine et la Mongolie.

L’expérience du Djebel Semmama est la seule à avoir bénéficié d’une telle continuité tout au long du parcours de la caravane, alors que les autres initiatives internationales n’ont été associées qu’à une seule étape. Cette distinction témoigne de l’intérêt suscité par l’expérience tunisienne et confirme sa capacité à porter la voix des montagnes, des bergers et des communautés locales dans l’une des plus importantes initiatives internationales consacrées à l’avenir de la terre et de l’humanité.

Des montagnes du Semmama aux steppes d’Asie, Adnen Helali a ainsi porté un message affirmant que la culture peut bâtir des ponts entre les peuples et que la voix des bergers et des habitants des montagnes a toute sa place dans les grands forums internationaux consacrés à l’avenir de l’Homme et de la planète, devenant ainsi un véritable ambassadeur des montagnes tunisiennes sur les chemins de la Route de la Soie

                                  Kamel Bouaouina

 

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192 projets numériques annoncés pour les 5 prochaines années : la digitalisation des services publics est-elle sur la bonne voie ?

Après une première phase globalement réussie, il s’agit, aujourd’hui, d’accélérer la dématérialisation des services publics en Tunisie. Pour y parvenir, le gouvernement vient d’annoncer le lancement de 192 projets numériques pour les cinq prochaines années. Pourvu que toutes les composantes de ce mégaprojet suivent convenablement…

Après le déploiement, en 2024, des premières applications de la plateforme nationale d’interopérabilité reliant cinq ministères, le gouvernement a donné son feu vert pour enclencher la deuxième phase du projet qui vise la numérisation complète des services publics en Tunisie. La bonne nouvelle vient d’être diffusée depuis Tallinn, la capitale de l’Estonie, où siège Cybernetica, l’architecte en chef du grand chantier de la numérisation des services publics en Tunisie.

Cybernetica a ainsi annoncé sur son site web la signature d’un contrat avec les ministères tunisiens des Technologies de la Communication et de l’Économie et de la Planification, lançant officiellement la Phase 2 de la Plateforme Nationale d’Interopérabilité.

Cette plateforme vise à interconnecter les systèmes informatiques des administrations et institutions publiques tunisiennes pour permettre l’échange de données en temps réel, sans que le citoyen ou l’entreprise ait à fournir plusieurs fois la même information à l’État.

Au cours de cette deuxième phase du projet qui doit s’étendre jusqu’à fin 2027, l’objectif est de faciliter l’intégration de la plateforme dans l’ensemble des ministères et de renforcer les capacités de tous les acteurs pour exploiter pleinement le potentiel de la plateforme notamment pour la création des services ciblés et personnalisés.

En tant que pilier essentiel de la gouvernance électronique, la plateforme nationale d’interopérabilité devrait favoriser le développement d’une vaste gamme de services numériques et ouvrir de nouvelles perspectives pour un impact socio-économique positif.

Renforcer les fondations de la Phase 1

La première phase du projet a consisté à interconnecter cinq ministères et institutions publiques via la plateforme UXP (Unified eXchange Platform) de Cybernetica, la même infrastructure au cœur du modèle e-Estonia. Cette phase a commencé en 2024. Son architecture décentralisée permet l’échange de données inter-systèmes en temps réel, avec chiffrement de bout en bout et authentification mutuelle, sans stockage centralisé.

Selon Moez Kamoun, l’expert associé chez PwC Tunisie, partenaire du projet, cette phase a été «un excellent exercice» qui a permis de tirer plusieurs leçons, de cartographier les silos de données de l’administration, de former les équipes locales et de lever les blocages réglementaires liés au partage interinstitutionnel. «Nous abordons la Phase 2 avec beaucoup plus de sérénité et d’engagement de la part de toutes les parties prenantes», a-t-il ajouté, ce qui est plus que réconfortant.

Une prometteuse seconde phase

Cette nouvelle étape étend la plateforme à six institutions au cœur de l’activité économique : le Registre National des Entreprises (RNE), l’Instance Tunisienne de l’Investissement (TIA), l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation (APII), le Centre de Promotion des Exportations (CEPEX), le ministère des Finances et la Banque centrale de Tunisie.

Le déploiement est financé par la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) et le Secrétariat d’État suisse à l’Économie (SECO), dans le cadre de leur programme de réforme sectorielle. Les délais de parachèvement du projet sont prévus pour 2027.

Les objectifs déclarés incluent la réduction des délais et coûts des procédures administratives pour les entreprises, l’amélioration du classement de la Tunisie dans l’indice de développement du e-gouvernement des Nations unies, et la réduction du recours aux processus papier.

Le tout s’inscrit dans la stratégie «Tunisia Digital 2025» et le plan de développement 2026-2030, dans le cadre duquel le gouvernement tunisien a annoncé 192 projets de digitalisation des services publics.

Les entreprises devront disposer d’une identité numérique : Mobile ID pour les personnes physiques, DigiGo pour les personnes morales. C’est la première échéance opérationnelle publiquement communiquée dans le cadre de ce chantier, et elle concerne directement l’ensemble des entreprises tunisiennes.

D’ailleurs, on commence à récolter ce qu’on a semé depuis 2024. Le signe le plus tangible de cette dynamique vient du RNE lui-même : l’institution a annoncé sur Facebook qu’à partir du 1er juillet 2026, le dépôt de dossiers sera exclusivement électronique.

En modernisant la prestation de services et en améliorant la maturité numérique des institutions publiques, le projet ambitionne de faire évoluer les mentalités dans le secteur public pour adopter une approche centrée sur les utilisateurs professionnels et particuliers. L’objectif est d’accélérer la modernisation administrative à travers la dématérialisation complète des services publics avec 192 projets numériques annoncés pour la période 2026-2030.

Un partenaire très performant

Il y a lieu de rappeler que l’entreprise Cybernetica, qui est l’un des acteurs ayant contribué à la transformation technologique qui a fait de l’Estonie l’un des pays les plus digitalisés au monde, a parachevé en 2025, la première phase du déploiement de la plateforme nationale d’interopérabilité en Tunisie. Il était question dans un premier temps, de mettre en place la solution d’échange des données sécurisée (la plateforme Unifited eXchange Platform, UXP) dans un groupe restreint d’institutions formé de cinq ministères tunisiens.

Parallèlement à la mise en œuvre technique, Cybernetica a assuré le transfert de l’expertise nécessaire pour renforcer les compétences des différents acteurs tunisiens qui veilleront sur la bonne marche de la plateforme et son déploiement à plus grande échelle.

Il y a lieu également de souligner que les solutions développées par Cybernetica et qui constituent aujourd’hui le socle de la digitalisation des services publics en Tunisie avaient déjà été déployées dans plus de 12 pays à travers le monde, notamment en Ukraine, au Japon, au Bénin, en Namibie, au Groenland et aux Bahamas.

La balle est, à présent, dans les pieds de notre administration qui n’aura plus d’excuses pour maintenir une bureaucratie qui a fait beaucoup de mal au développement rapide du pays.

Kamel ZAIEM

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Quand Facebook devient une pharmacie sans comptoir

Il fut un temps où le médicament appartenait à un lieu, à une parole et à une responsabilité. On entrait dans une pharmacie, on remettait une ordonnance, on posait une question, et l’on recevait, avec la boîte, un minimum de conseils. Aujourd’hui, une partie de ce monde se déplace vers les écrans. Sur Facebook, entre une annonce de vêtements, une vidéo de cuisine et une polémique du jour, apparaissent des publications qui promettent de soigner plus vite, moins cher, sans attente et sans médecin. Comprimés pour maigrir, crèmes miraculeuses, antibiotiques vendus «en privé», injections rares, produits importés : tout circule dans un marché parallèle où l’urgence du malade rencontre l’habileté du vendeur.
Le problème n’est pas seulement que Facebook héberge des annonces douteuses. Il est plus profond : il tient à la transformation de la maladie en opportunité commerciale immédiate. La peur de souffrir, la honte de consulter, le manque d’argent, les délais médicaux, la méfiance envers les institutions, tout cela crée un terrain favorable à une nouvelle forme de commerce sanitaire. Dans ce commerce, la phrase rassurante remplace le diagnostic, l’image de la boîte remplace la traçabilité, le commentaire enthousiaste remplace l’étude médicale, et le message privé remplace l’ordonnance. On n’achète plus seulement un médicament, on achète une promesse, parfois une illusion, parfois un danger.
Ce phénomène dépasse les frontières nationales. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que les produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés touchent toutes les régions du monde, et qu’au moins un produit médical sur dix dans les pays à revenu faible ou intermédiaire est de qualité inférieure ou falsifié. Derrière la petite annonce anodine, il existe donc un marché mondial, organisé et rentable, qui profite de la fragilité des patients. Interpol a encore signalé, en 2026, la saisie de millions de doses de produits pharmaceutiques illicites dans une opération internationale. Le trafic de médicaments n’est pas une exception marginale, c’est une économie criminelle installée.
Ce qui rend Facebook particulièrement sensible, c’est la confusion des espaces. Nous y sommes entre amis, voisins, membres d’un groupe local. Un produit publié dans un groupe de quartier paraît moins inquiétant qu’un site inconnu. Un vendeur qui répond vite, promet la discrétion, parle notre langue et connaît nos difficultés, inspire parfois plus confiance qu’une institution lointaine. C’est là que réside le piège : la proximité numérique fabrique une fausse intimité, et cette intimité affaiblit la vigilance.

Le médicament n’est pas un produit comme les autres
On peut acheter un téléphone d’occasion sur Facebook et accepter le risque qu’il fonctionne mal. On peut commander une montre, un parfum et découvrir ensuite que la qualité n’est pas au rendez-vous. Mais un médicament engage le corps, les organes, le sang, parfois la vie. Il peut interagir avec un traitement déjà pris. Il peut être contre-indiqué pour une femme enceinte, un enfant, une personne âgée, un malade du cœur, du foie ou des reins. Il peut être inutile si la dose est trop faible, dangereux si la dose est trop forte, mortel si la substance n’est pas celle annoncée. L’Agence française du médicament avertit que les produits achetés hors circuit légal peuvent exposer à un sous-dosage, à un surdosage ou à une substance potentiellement toxique.
Or, sur Facebook, ces nuances disparaissent derrière une rhétorique simple : «testé», «efficace», «original», «disponible», «livraison rapide». Le vocabulaire commercial devient plus fort que le vocabulaire médical. Le témoignage remplace l’examen. La photo avant/après, surtout pour les produits amaigrissants ou dermatologiques, devient une preuve émotionnelle. Et lorsque la souffrance est intime — poids, sexualité, douleurs chroniques, fertilité, anxiété — le patient cherche parfois moins la sécurité que la discrétion. Les trafiquants le savent. Ils ne vendent pas seulement un produit, ils vendent l’évitement du regard médical.
Il faut aussi reconnaître que ceux qui achètent ne sont pas toujours naïfs. C’est parfois parce que le système officiel leur paraît lent, coûteux ou inaccessible. C’est parfois parce qu’un médicament manque, qu’une consultation est reportée, que la douleur ne supporte pas les délais. La critique des ventes sauvages ne doit donc pas se transformer en mépris du malade. Il faut condamner le trafic sans humilier ceux qui y tombent. Derrière chaque achat risqué, il y a souvent une inquiétude sincère et une solitude sanitaire.
Je comprends votre fatigue devant les rendez-vous médicaux interminables et les prospections répétées. Je comprends que votre prostate vous gâche les nuits, que ces douleurs vous inquiètent, que ces boutons au visage vous gênent dans votre vie sociale, parfois même dans votre désir de séduire ou de vous sentir bien dans votre peau. Mais il faut le dire clairement : céder à l’automédication peut devenir plus ennuyeux, plus dangereux et plus lourd de conséquences que les symptômes eux-mêmes. Un médicament pris sans avis médical ne soigne pas toujours ; parfois, il masque, retarde, complique, ou aggrave silencieusement ce que l’on croyait résoudre.

La confiance ne se remplace pas par un message privé
La réponse ne peut pas être seulement policière. Bien sûr, il faut contrôler, signaler, supprimer les pages frauduleuses, poursuivre les vendeurs, coopérer avec les plateformes. Mais la bataille est aussi culturelle. Nous devons réapprendre que le médicament a besoin d’un cadre, non par bureaucratie, mais parce que le corps humain n’est pas un terrain d’expérimentation improvisée. La pharmacie, le médecin, l’ordonnance, la notice, le numéro de lot, la chaîne de conservation, tout cela peut sembler lourd, mais c’est précisément cette lourdeur qui protège. Une boîte sortie d’un sac, livrée sans facture et vendue par message privé, peut ressembler à une solution ; elle est surtout une rupture de toutes les garanties.
Pour les lecteurs ordinaires, quelques réflexes doivent devenir simples. Un médicament sur ordonnance ne doit pas être acheté auprès d’un particulier ou d’une page Facebook. Un produit miracle, très cher ou anormalement bon marché, doit éveiller le doute. Une promesse de guérison rapide, sans effets secondaires, sans consultation, est déjà un signal d’alerte. Il faut se méfier des vendeurs qui pressent, qui demandent de passer en message privé, qui refusent de donner une provenance claire. En cas de doute, le pharmacien reste l’un des interlocuteurs les plus accessibles.
Mais au-delà des conseils pratiques, cette question nous oblige à interroger notre rapport contemporain à la santé. Nous voulons tout rapidement : l’information, le diagnostic, le traitement, la livraison. Les réseaux sociaux ont habitué nos esprits à confondre disponibilité et vérité. Parce qu’un produit est visible, nous croyons qu’il existe légalement. Parce qu’il est recommandé, nous croyons qu’il est sûr. Parce qu’il est livré vite, nous croyons qu’il répond à notre urgence. Or la santé demande parfois l’inverse : ralentir, vérifier, demander conseil, accepter qu’un médicament ne soit pas adapté à tous.
Le médicament vendu sur Facebook est donc plus qu’un fait divers numérique. Il révèle une époque où la confiance se fragmente, où les institutions peinent à parler clairement, où le commerce pénètre les zones les plus vulnérables de l’existence. Il ne s’agit pas de diaboliser Internet : les réseaux peuvent informer, orienter, sensibiliser. Mais lorsque le médicament quitte le circuit contrôlé pour devenir une marchandise clandestine, la technologie cesse d’être un outil et devient un risque. Une société digne de ce nom ne laisse pas ses citoyens chercher la guérison dans l’ombre des groupes privés. Elle construit des soins accessibles, des pharmacies fiables, une information claire et une éducation sanitaire patiente. Car face à la maladie, l’être humain n’a pas seulement besoin d’un produit, il a besoin de confiance, de compétence et de protection.

Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

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Jalel Ben Khaled (Ex-handball de l’EST et international tunisien) : «Sans actions tangibles, l’avenir de la petite sphère s’annonce brumeux»

L’invité de ce dimanche est un ex-international et joueur de handball de l’Espérance Sportive de Tunis. C’est un pur «Sang et Or» qui a laissé de très beaux souvenirs à ses supporters. Dans la présente interview, on passera en revue son parcours en tant que joueur et technicien et ses ambitions pour les années à venir. Une interview qui tombe à pic puisque c’est l’assemblée générale élective de la FTHB. Entretien. 

– Pour commencer, votre parcours avant de devenir joueur de handball…
– Je suis né à Bab Souika, mais à l’âge d’un an, on a déménagé pour aller du côté de la Banlieue nord, au Kram plus précisément. J’y ai vécu toute ma jeunesse jusqu’à mon mariage. Pour les études, j’ai fait l’école des sœurs à Carthage présidence, qui est devenue aujourd’hui l’IHEC. Après l’école française, j’ai fait l’école tunisienne de Salammbô. Apres le Bac, je suis allé en France, plus précisément à Lyon pour faire un DESS en électronique et electro-technique. Et j’ai également joué au handball.

– Vos premiers pas en handball ?
– J’ai commencé à pratiquer le handball au sein de la grande école qu’est Al Hilal. Il faut dire que c’est un club qui s’apparente à une famille. Mon père m’y emmenait car il était un des responsables du club avant d’en devenir le président. J’étais sur les terrains de handball dès mon jeune âge et dès que j’ai atteint l’âge d’avoir une licence, ma carrière a commencé. C’est un grand club qui a été entraîné par Hédi Malek et qui a vu de grands noms porter son maillot à l’instar de Naceur Jeljeli, Raouf Ben Samir, Youssef Kortbi. Personnellement, j’ai joué avec les seniors alors que j’étais encore cadet. Mais j’ai très vite quitté le club car je suis parti très jeune en France dès l’obtention du baccalauréat.

– Pourquoi le handball et pas un autre sport ?
– Cela s’est fait naturellement. Disons que le handball s’est imposé à moi et ne m’a point laissé la possibilité de choisir. Comme je viens de vous le dire, mon père était responsable puis président d’Al Hilal et j’étais sur le terrain tout petit, à regarder les autres jouer avant de faire comme eux. En outre, toute la famille a joué au handball. Mes sœurs, mes cousins et cousines et on considérait Al Hilal comme notre famille.

– D’Al Hilal vous êtes parti en France pour une expérience professionnelle avant de revenir en Tunisie. Pourquoi n’êtes-vous pas resté du côté de l’Hexagone ?
– C’est une bonne question. Pour être franc, j’ai un peu regretté. C’est le destin. Beaucoup m’ont demandé pourquoi je ne suis pas resté en France. Peut-être parce que j’étais bien en Tunisie. Ce que vous ne savez pas, c’est que le maire de Vénissieux m’avait même proposé de me préparer pour avoir la nationalité française et voulait que je reste avec le club de cette commune, mais ça n’a pas abouti. Il faut dire que mon père ne voulait pas en entendre parler et n’admettait pas de voir son fils obtenir la nationalité française. Et puis, il y a l’Espérance, l’engouement du public, j’étais très jeune encore et cela a suffi pour me pousser à revenir en Tunisie. C’est finalement sans regrets car de mon temps, il n’y avait pas d’argent dans le monde du handball en Tunisie comme en France. Ce n’est qu’après que les choses ont changé. Quoi qu’il en soit, ce fut une belle expérience et je peux me vanter d’avoir joué avec des internationaux français de l’époque, ceux qu’on appelait les Barjots qui ont remporté le championnat du monde en Islande. J’en citerai Latou, Meunier, Gaël Monthurel, Patrick Lepetit. Quand je suis rentré en Tunisie, j’ai joué contre eux. Ils ont beaucoup progressé et fait de la France une des plus grandes nations de handball et cela s’est fait sous la houlette de Constantini. On peut dire que j’ai connu la France d’avant-Constantini et d’après-Constantini et on devrait s’en inspirer.

– Comment avez-vous atterri à Vénissieux ?
– Vous allez en rire. J’étais parti en France pour mes études et comme le terrain d’entraînement était près de chez moi, j’allais, assez souvent, regarder cette équipe s’entraîner. Un jour, en l’absence du gardien, on m’a proposé de le supplanter et depuis, c’est parti. C’est un concours de circonstances extraordinaire. Je ne devais même pas rester dans cette ville car je devais partir pour Lille. Ils m’ont inscrit à l’université et officiellement recruté. Dans un journal de Lyon qu’on appelle «Le Progrès», on disait de moi : «Le joueur qui a vu de la lumière dans la salle est rentré». Ce fut une belle expérience puisque en quatre ans, nous avons atteint la ligue 1 après avoir fait la division trois, puis deux, 1B et enfin 1A. Plusieurs clubs m’ont sollicité en France, mais j’ai toujours dit non car j’étais bien à Vénissieux. C’est un club qui ressemble un peu à Al Hilal.

– Un aperçu succinct sur votre parcours sous les couleurs de l’Espérance ?
– De 1988 à 1996. Je vous laisse faire le compte, une période où j’ai tout gagné. Je ne saurais vous dire combien de titres, mais nous avons dominé le handball en Tunisie pendant quelques années. Je ne peux qu’être satisfait de mon long parcours avec l’Espérance.

– Vous étiez, vous et le regretté Habib Yagouta, les leaders du groupe. Cela a facilité la tâche de toute l’équipe, j’imagine ?
– Absolument. Moi, je haranguais mes coéquipiers sur le terrain et Habib s’occupait des vestiaires. Le comportement des joueurs vis-à-vis du club ? Personnellement, à mes débuts, il m’a fait comprendre dans quel club j’évoluais en me reprenant après m’avoir vu poser le maillot sur le sol pour ne pas salir mes pieds. Évidemment, c’était dans le vestiaire après la douche. Il m’a clairement fait savoir que le maillot du club est sacré. C’était ça le grand Habib. Qu’il repose en paix.

– Son départ a attristé toute la Tunisie. Quel souvenir gardez-vous d’un des meilleurs gardiens de handball en Tunisie ?
– C’est un être exceptionnel et aimé de tous. Tous les autres clubs, sans exception, l’appréciaient beaucoup. On a beaucoup joué ensemble à l’Espérance comme en équipe nationale et durant les stages, nous étions toujours dans la même chambre. Il me manque beaucoup.

– Avez-vous été contacté par un autre club tunisien avant de porter le maillot «sang et or»?
– Oui. Le Club Africain a voulu m’engager et m’a contacté à travers Raouf Ben Samir. Je devais rencontrer Azouz Lasram à Paris. Ça ne s’est pas fait et ça ne pouvait pas aboutir car je suis espérantiste et toute la famille est espérantiste.

– Votre meilleur souvenir avec l’Espérance…
– Le meilleur souvenir, c’est la finale de la coupe de Tunisie remportée. C’est un souvenir inoubliable car ce jour-là, nous n’étions pas bons. Notre adversaire a mené au score durant tout le match, mais nous avons su nous imposer dans les dernières minutes. Et c’est ce qui rend cette coupe encore plus belle.

– Et votre plus mauvais souvenir ?
– Indéniablement notre défaite devant notre public à la salle Zouaoui en finale de la Coupe d’Afrique devant le Zamalek d’Égypte.

– Une idée sur votre parcours en équipe nationale…
– J’ai porté le maillot national de 1988 à 1995. D’ailleurs, cette année restera gravée dans ma mémoire. C’est l’année de ma dernière coupe du monde en Islande et nous avons perdu contre la Croatie aux tirs au but. Sinon, j’ai participé aux Jeux méditerranéens, à la Coupe d’Afrique et même si nous n’avions pas porté de titres, nous étions toujours en finale. Je dois rappeler que la Tunisie a remporté le titre africain en 1994, mais on m’avait écarté de l’équipe de Tunisie pour des raisons que j’ignore encore aujourd’hui. Je suis revenu en 1995 pour participer au Championnat du monde.

– Après ce parcours, avez-vous des regrets ?
– Pas vraiment. J’ai toujours tout donné sans tricher et, en équipe nationale comme à l’Espérance, j’étais un leader. Le jour où j’ai senti que physiquement je n’étais plus capable de faire ce que j’ai toujours fait, j’ai décidé d’arrêter et de mettre un terme à ma carrière. Je me rappelle que c’était après une finale perdue contre le Club Africain.

– Comment avez-vous géré votre après-carrière ?
– Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer car j’ai beaucoup voyagé. J’ai profité de la vie et je me suis complètement éloigné du monde du handball pendant cinq à six ans. Et puis en 2004, j’ai été contacté par Slim Chiboub pour une réunion avec Sayed Ayari et Mohamed Sabbagh. L’intention était de relancer l’équipe senior qui a perdu le titre arabe et concédé une défaite en championnat devant le Club Africain avec un score large. Je suis devenule délégué de l’Espérance avec la grande équipe composée de Hmam, Bousnina, Jerou et autres. Cette année, on avait remporté le doublé et c’est avec Aziz Zouhir comme président qui avait succédé à Slim Chiboub. Comme ça me prenait beaucoup de temps, ça m’a donné des idées, je me suis mis à entraîner et j’ai commencé avec les cadets de l’Espérance.

– Vous êtes donc passé de l’autre côté de la barrière. Vous êtes devenu entraîneur et on vous a vu briller beaucoup plus à l’étranger qu’en Tunisie. Pourquoi ?
– J’ai entraîné Béni Khiar, Jendouba, Kairouan. J’ai fait l’adjoint d’Alain Porte en équipe nationale. En 2011, on m’a écarté car on me considérait comme un proche de Slim Chiboub. Et pourtant, nous avions remporté le championnat d’Afrique en Égypte. Ce qui n’était pas évident. Alors, j’ai préféré aller au Qatar. Et pour répondre à votre question, à part l’Espérance, quelle autre équipe pourrais-je entraîner ? Certainement pas le Club Africain ou l’Etoile car ça fonctionne comme ça en Tunisie. Aucune formation jouant les premiers rôles ne fera appel à mes services car je suis Espérantiste, comme vous ne verrez jamais un Etoilé à la tête de l’Espérance ou du Club Africain. C’est pour cela qu’on quitte le pays pour tenter notre chance ailleurs. Pour terminer, j’ai réussi là où je suis passé. En Libye, au Koweït, en équipe nationale ou au Maroc. J’ai toujours bien fait.

– Et pourquoi pas l’Espérance ?
– J’ai fait le directeur technique des jeunes et j’ai fait un travail remarquable. Mais être à l’aise chez les seniors est un peu difficile. Peut-être que ma façon de voir les choses et mon caractère ne correspondent pas aux critères exigés.

– Pourquoi pas un parcours comme celui de Sebki ?
– Écoutez, si j’ai des choses à dire, je le ferai devant la personne intéressée et pas sur les colonnes des journaux ou à la radio et il y a beaucoup à dire. A propos de l’Egyptien, ses résultats sont logiques car les moyens humains mis à sa disposition, ainsi que potentiel humain sont considérables. Quand on peut compter sur des ailiers comme Boughanmi et Toumi comme ailiers gauches, Maaref, Becha et Ben Hassine comme arrières gauches, Ben Salah et Abdelli comme demi-centres, Jaffeli, Jallouz et tant d’autres, sans oublier Sfar et Nemli comme gardien, on n’a pas le droit de perdre. La vie est ainsi faite. Des fois, tu es servi par la chance et Sebki l’a été. Tant mieux pour lui.

– Comment avez-vous géré la notoriété ?
– Normalement. Mes amis sont toujours les mêmes. Certes, j’ai plus de facilités dans certaines choses, mais pour le reste, je vis normalement. L’essentiel, c’est d’être une bonne personne et de laisser la meilleure impression ou image car on devient un modèle à suivre et pour cela, il faut donner le bon exemple.

– Si vous deviez faire un parallèle entre le handball d’avant et celui d’aujourd’hui, que diriez-vous ?
– Paradoxalement avant, c’était beaucoup plus rapide et physique. Sans oublier les considérations technico-tactiques. Les exemples de Hmam et Tej sont là pour justifier mes propos et ce sont des joueurs qui ont réussi en Europe. C’est toute une génération qui a réussi à l’étranger dans le haut niveau

– Et donc indéniablement, on a régressé. Pourquoi ?
– Parce que la formation laisse à désirer. Et le bureau fédéral n’a pas voulu comprendre et persiste dans sa mauvaise gestion et à ce rythme-là, on ne pourra pas reconquérir le titre africain. Si rien n’est fait, on aura du mal dans les années à venir à avoir une équipe nationale compétitive. Et puis on confie l’équipe de Tunisie à un entraîneur vacataire. C’est une aberration monstre. Un entraîneur national qui vient à Tunis pour un travail ponctuel et puis s’en va pour entraîner en France. On n’est jamais tombé aussi bas.

– Actuellement, ce sont les élections au sein de la Fédération Tunisienne de Handball. Beaucoup réclament le départ de Karim Helali qui est à la tête de la FTHB depuis un peu plus de dix ans. Et malgré les résultats décevants, il ambitionne de nouveau la présidence de cette fédération. Est-ce logique ?
– Son slogan, c’est la continuité. De quelle continuité parle-t-on ? Il n’y a pas de feuille de route et les décisions sont prises sans demander l’avis de qui que ce soit. On perd beaucoup de temps dans des luttes stériles entre gens du handball et toute cette énergie devrait être employée autrement.

– Des deux candidats en lice, avez-vous une préférence ?
– Oui, j’ai une préférence. Je suis pour le changement. Après douze ans et avec les résultats que vous connaissez, j’estime qu’il est grand temps de changer de bureau. Il faut des idées nouvelles.
(NDLR : la présente interview a été réalisée avant la tenue de l’Assemblée générale élective de la FTHB.)

– Que faut-il faire pour redresser la barre, au moins sur le plan continental car l’Égypte a pris une avance considérable sur nous ?
– Il faut une direction technique forte et digne de ce nom. Un programme clair sur quatre ou cinq ans et éviter d’interférer dans le travail du directeur technique. Il faut une équipe nationale cadette composée de joueurs qui auront à vivre de longues années ensemble. Comme ça, on peut ambitionner de meilleurs résultats et un titre continental.

– Quel est le meilleur joueur tunisien de tous les temps. Plusieurs hésitent entre Khaled Achour et Mounir Jelili. Êtes-vous d’accord ou avez-vous d’autres noms ?
– Ce sont indéniablement deux grands joueurs et deux grands noms du handball tunisien, mais quand j’ai vu jouer Darmoul le week-end dernier, aucun autre joueur n’a atteint son niveau. Il évolue actuellement en Allemagne et devrait atterrir à Stuttgart la saison prochaine. Aucun autre joueur tunisien n’a atteint son niveau sur tous les plans.

– Le meilleur entraîneur tunisien ?
– Les noms sont nombreux et les compétences ne manquent pas. Je pourrais citer Hechmi Razgallah qui vient de nous quitter. Il ne faut pas non plus oublier Hédi Malek, Hamadi Khalladi. Si je devais citer un seul nom, j’opterais pour Hédi Malek.

– Que faites-vous actuellement ?
– Je viens de rentrer de Libye où j’ai entraîné l’Olympique de Zaouia. Une équipe avec laquelle j’ai remporté la Supercoupe et c’est le seul titre dans l’histoire de ce club. Sinon, je suis sur un projet sportif et un autre qui n’a rien à voir avec le sport.

– Quittons un peu le sport pour en savoir un peu plus sur vous. Si vous n’aviez pas eu cette brillante carrière, qu’auriez-vous fait ?
– J’aurais été dans le domaine de mes études. Je serais, peut-être chef d’entreprise, ingénieur ou autre chose, mais j’ai tout laissé tomber pour vivre ma passion. J’en ai fait mon métier et je suis content d’avoir fait des études supérieures car cela m’a aidé à être ou devenir ce que je suis actuellement.

– Je sais qu’un de vos enfants vient de terminer ses études. Ont-ils tenté une expérience sportive ?
– Les deux ont terminé leurs études. Le premier a fait polytechnique au Canada et le deuxième a fait Data science. C’est le domaine de l’intelligence artificielle. Un de mes deux enfants a joué au handball à l’Espérance, sans pourtant percer. Et ce n’est pas parce qu’il n’était pas bon. À l’époque, je n’étais pas à Tunis et les conditions n’étaient pas optimales. Et je ne vais pas en dire plus.

– Un mot sur Jalel Ben Khaled le papa ?
– Un peu papa poule. Peut-être un peu trop. Je me rappelle que j’étais également leur prof. A la maison, je m’occupais de leur éducation, mais de leur apprentissage également. Pour moi, il était hors de question d’avoir recours aux cours particuliers. Fort heureusement, ils me l’ont bien rendu en réussissant leurs études. C’est le meilleur des investissements pour moi. Que mes enfants réussissent leurs études est la chose la plus importante pour moi.

– Que faites-vous de votre temps libre ?
– Pas grand-chose. Du sport, je joue à la belote avec mes amis. Je suis, comme je vous l’ai déjà dit, sur deux projets et ça me prend une grande partie de mon temps.

– Votre ambition est toujours la même ?
– Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Il ne faut jamais baisser les bras et se contenter de rester à la maison. Il faut avoir des projets et essayer de faire des choses. Il faut travailler car l’oisiveté est la pire des choses pour l’être humain et pour la santé. Et tant qu’il y a la santé, le reste suivra…

Un mini-questionnaire pour mieux connaître Jalel
Le principal trait de votre caractère : trop honnête
La qualité que vous désirez chez un homme : charismatique et honnête
La qualité que vous désirez chez une femme : l’humour
La qualité que vous appréciez chez vos amis : la bonne compagnie
Votre principal défaut : trop exigeant et intransigeant pendant le travail
Votre occupation préférée : jouer à la belote contrée
Votre rêve de bonheur : une bonne santé pour moi, ma femme et mes enfants
Ce que vous porteriez sur une île déserte : un parasol
La couleur que vous préférez : le bleu
Été ou hiver : hiver
Le pays où vous désireriez vivre : la Tunisie

 

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Aménagement routier : bientôt la fin du calvaire pour les usagers de la route Kélibia-Menzel Témime 

Entre klaxons stridents et chaleur suffocante, la route régionale MC27, reliant les villes de Menzel Témime et de Kélibia suffoque. L’asphyxie routière atteint parfois des sommets, mettant à rude épreuve les nerfs des usagers des quatre roues. En témoigne le nombre d’accidents qui s’y produisent chaque année, transformant ce segment en un véritable cimetière d’asphalte. Pourtant, les investissements ne manquent pas. Échangeurs flambant neufs, ponts et réhabilitations de voiries ont fleuri ces dernières années le long de la route MC 27 de Nabeul à Korba.

En attendant des solutions structurelles, les automobilistes continuent de subir, entre résilience et exaspération, une mobilité urbaine en panne de souffle. Face à cette hécatombe persistante, les pouvoirs publics ont, à maintes reprises, mobilisé des ressources considérables pour lancer des travaux de réhabilitation. Cependant, ces opérations coûteuses n’ont pas permis d’éradiquer le problème à sa racine. Il suffit de voir les malfaçons sur la chaussée, les traces de freinage, les nids de poule, pour être renseigné sur la dangerosité de ce tronçon. Il fallait se déplacer. En cette journée caniculaire, l’odeur des freins règne sur ce tronçon. Il ne s’agit pas d’une route comme les autres. Les usagers ne cachent pas leur inquiétude. Mohamed, un louagiste qui assure la liaison Kélibia-Menzel Témime, confie que «c’est une mauvaise route. Je m’inquiète à chaque passage sur ce tronçon à cause du danger». Avec le démarrage de la saison des moissons et de la récolte de tomate, ce tronçon devient impraticable et très dangereux. «Cette route se caractérise par des bouchons quotidiens qui se forment derrière les semi-remorques, les moissonneuses batteuses, les tracteurs et remorques de transport de tomates souvent en très mauvais état avec des chargements hors normes, des pneus non sécurisés et des systèmes de freinage à risque», souligne Anis.

La lutte contre l’insécurité routière constitue l’une des priorités majeures des autorités régionales. C’est dans ce cadre que la gouverneure de Nabeul, Hana Chouchani, a présidé une réunion de travail au siège de la délégation de Kélibia consacrée au suivi de l’avancement de la troisième phase du projet d’élargissement de la route régionale MC27, reliant les villes de Menzel Témime et de Kélibia en présence du délégué de Kélibia, du directeur régional des équipements, du directeur de l’unité de mise en œuvre du projet et des représentants de l’entreprise chargée des travaux. Au cours de cette réunion, les représentants de la direction régionale des équipements et de l’entreprise contractante ont examiné l’état d’avancement des travaux, notamment à l’entrée de la ville de Kélibia. Un accord a été conclu avec les représentants de la Direction régionale des équipements et l’entrepreneur chargé des travaux afin de mettre à jour le calendrier des travaux. Cet accord prévoit la réduction des délais d’exécution d’une partie du projet et un renforcement des efforts pour achever les travaux. L’entrepreneur s’est engagé à démarrer immédiatement les travaux, à redoubler d’efforts et à augmenter le nombre d’équipes sur le chantier.

Kamel BOUAOUINA

 

 

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La galère portugaise sur nos plages :  quand la mer nous rappelle qu’elle n’est pas un décor

Il suffit parfois d’un petit corps bleuté, presque beau, échoué sur le sable, pour que la mer cesse d’être ce paysage familier que l’on croit connaître. La galère portugaise, ou Physalia physalis, signalée récemment sur les côtes tunisiennes, notamment à Tabarka et dans la région de Bizerte, a réveillé une inquiétude légitime chez les baigneurs, les pêcheurs, les plongeurs et les familles qui s’apprêtent à retrouver la plage à l’approche de l’été. Le 27 mai 2026, l’association TunSea a relayé le signalement d’un spécimen dans la région de Tabarka, tout en appelant à la vigilance sans céder à la panique. Depuis mars, le nombre d’individus observés resterait limité, inférieur à une dizaine, selon les informations rapportées. Un autre signalement avait été mentionné le 29 mars 2026 à Sidi Mechreg, dans le gouvernorat de Bizerte. Cette présence n’est donc ni massive ni totalement inédite : l’espèce avait déjà été officiellement enregistrée en Tunisie en 1992. 

Mais la question n’est pas seulement de savoir si la galère portugaise est «nouvelle» ou non. La vraie question est celle de notre rapport à la mer, à ses surprises, à ses déséquilibres, à ses êtres parfois dangereux que nous découvrons souvent par accident. Nous avons longtemps regardé la plage comme un simple espace de loisir, de baignade et de consommation estivale. Or, la mer est un milieu vivant, traversé par des courants, des vents, des migrations, des phénomènes biologiques et climatiques complexes. Ce que nous appelons apparition soudaine n’est souvent que le résultat visible de mouvements invisibles.

La galère portugaise est souvent prise pour une méduse. Pourtant, elle n’en est pas vraiment une. C’est un siphonophore, c’est-à-dire une colonie d’organismes spécialisés qui vivent ensemble et fonctionnent comme un seul être vivant. Sa partie la plus visible est une sorte de flotteur gonflé, bleu, violet ou rosé, qui reste à la surface de l’eau comme une petite voile. Sous cette poche flottante pendent de longs filaments urticants, parfois très étendus, qui servent à capturer les proies. La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) rappelle que ces tentacules mesurent en moyenne près de dix mètres et peuvent atteindre jusqu’à trente mètres. Ce détail est essentiel : on peut croire être loin de l’animal visible et pourtant toucher ses filaments invisibles sous l’eau. 

Un animal fascinant, mais pas innocent

Il faut résister à deux erreurs opposées : dramatiser au point de transformer nos plages en zones de peur ou banaliser au point de laisser les enfants jouer avec ce qu’ils prennent pour un objet marin curieux. La galère portugaise n’est pas un monstre, mais elle n’est pas inoffensive. Sa beauté est trompeuse. Ses couleurs attirent le regard, son flotteur intrigue, sa forme semble fragile. Pourtant, ses filaments contiennent des cellules urticantes capables d’injecter un venin provoquant une douleur intense, des brûlures cutanées, des marques rouges en forme de lignes ou de stries, des démangeaisons et parfois des réactions plus sérieuses. Les piqûres de galère portugaise peuvent produire des douleurs fortes et des lésions cutanées visibles ; les réactions graves restent rares, mais elles existent, surtout chez les personnes sensibles, les enfants, les personnes âgées ou celles déjà fragilisées. 

Le danger ne disparaît pas lorsque l’animal est échoué. C’est là un point capital. Une physalie morte, ou qui semble morte, peut encore piquer pendant plusieurs heures. Des morceaux de tentacules détachés peuvent également rester dangereux. Il ne faut donc jamais la toucher, ni avec les mains, ni avec un bâton pour s’amuser, ni pour la déplacer, ni pour la photographier de près. La bonne réaction est simple : garder ses distances, prévenir les personnes autour, alerter les surveillants de plage ou les autorités locales lorsqu’elles sont présentes et, si possible, prendre une photo à distance pour permettre le signalement. 

Cette vigilance concerne aussi les animaux domestiques. Un chien peut marcher dessus, la renifler, la lécher ou l’avaler par curiosité. Là encore, la scène peut sembler anodine, mais les conséquences peuvent être douloureuses : inflammation, gonflement, troubles respiratoires ou malaise. La plage n’est pas seulement un espace humain, elle est aussi fréquentée par des animaux qui ne savent pas reconnaître le danger.

Se protéger sans céder à la peur

La première protection est l’information. Savoir reconnaître l’animal, c’est déjà réduire le risque. Il faut retenir l’image d’une petite poche flottante, translucide, bleutée, violacée ou rosée, avec des filaments parfois difficiles à voir. En mer, si l’on aperçoit une physalie ou si plusieurs personnes signalent des piqûres inhabituelles, il vaut mieux sortir de l’eau calmement. Il ne sert à rien de paniquer, de courir ou de provoquer un mouvement collectif désordonné. La mer demande du sang-froid.

Les parents doivent expliquer aux enfants que tout ce qui est beau sur la plage n’est pas forcément un jouet. On ne touche pas un animal marin inconnu. On ne ramasse pas les filaments. On ne les écrase pas. On ne les met pas dans un seau. Dans les zones où un signalement a été fait, les autorités locales, les municipalités, les postes de secours et les associations environnementales devraient afficher des consignes claires : image de l’animal, danger principal, gestes interdits, gestes utiles, numéros à appeler. La prévention ne doit pas rester prisonnière des réseaux sociaux, où l’information circule vite mais souvent sans hiérarchie ni précision.

En cas de contact, le premier réflexe est de sortir de l’eau et de garder son calme. Il ne faut surtout pas frotter la zone touchée, car le frottement peut aggraver la libération du venin. Il faut rincer avec de l’eau de mer, non avec de l’eau douce. L’eau douce peut favoriser l’activation des cellules urticantes restantes. Les filaments visibles doivent être retirés avec précaution, sans les toucher à mains nues, idéalement avec une pince, un objet rigide ou le bord d’une carte. Le NHS (National Health Service) recommande ensuite de plonger la zone touchée dans de l’eau très chaude, supportable mais non brûlante, pendant au moins trente minutes, afin de calmer la douleur. 

Il faut également oublier les «remèdes» populaires. Uriner sur la piqûre, appliquer de l’alcool, frotter avec du sable, mettre de la glace directement ou masser fortement la peau sont de mauvaises idées. Certaines études ont discuté l’usage du vinaigre pour les piqûres de Physalia, mais les recommandations pratiques varient selon les pays et les protocoles locaux. Dans le doute, le citoyen doit suivre les consignes des secouristes et des autorités sanitaires présentes sur place. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut ni improviser ni transformer la victime en terrain d’expérimentation. 

La consultation médicale devient urgente si la douleur est très forte ou persistante, si la piqûre touche le visage, les yeux, la bouche ou la gorge, si la personne présente des difficultés respiratoires, une douleur thoracique, des vomissements, un malaise, des vertiges, une perte de connaissance ou un gonflement important. Dans ces cas, il ne faut pas attendre que «ça passe». Une réaction allergique ou systémique, même rare, peut évoluer rapidement. 

La galère portugaise nous oblige finalement à une maturité collective. Il ne s’agit ni de diaboliser la mer ni de nier les dangers. Il s’agit d’apprendre à vivre avec un environnement vivant, changeant, parfois imprévisible. Nos plages ne seront plus seulement des lieux de détente, elles devront devenir aussi des lieux d’éducation écologique. La mer tunisienne mérite mieux que l’indifférence saisonnière. Elle exige observation, science, prévention et responsabilité. Face à la physalie, la bonne attitude tient en quelques mots : reconnaître, ne pas toucher, signaler, secourir correctement. C’est peu, mais c’est déjà beaucoup.

Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

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Deuxième génération du programme national de rénovation urbaine : la volonté y est, mais les constructions anarchiques ont la peau dure 

Il y a quelques jours, la deuxième génération du Programme national de rénovation urbaine a démarré avec les mêmes objectifs pour, essentiellement,  mettre fin aux constructions anarchiques. Or, comme le constatent certains experts, le programme tarde encore à réaliser de bons résultats pour diverses raisons. Qu’en est-il exactement ?

La présidente de l’Agence de réhabilitation et de rénovation urbaine (ARRU) vient d’annoncer le démarrage de la deuxième génération du Programme national de rénovation urbaine. En quoi consiste ce programme et va-t-il, enfin, arriver à «neutraliser» les constructions anarchiques qui, malheureusement, continuent à pousser un peu partout dans le pays.

Lors d’une récente intervention médiatique, la présidente de l’Agence de réhabilitation et de rénovation urbaine, Sondos Beji Kraïem, a détaillé les étapes à venir de la deuxième génération du programme de rénovation urbaine lancé en 2019. Or, avec le retard accumulé pour la première partie de ce grand projet, on ne peut que s’interroger sur les réalisations acquises et sur ce qui reste à faire.

Ce qu’il faut relever, c’est que l’application de ce programme se base sur, en premier lieu, l’aménagement des infrastructures de base (assainissement, évacuation des eaux pluviales, aménagement des routes, éclairage public, etc.), la construction d’équipements collectifs (sportifs, culturels, pour la jeunesse et associatifs), l’amélioration de l’habitat, ainsi que l’aménagement ou la construction d’espaces industriels, économiques et artisanaux, avec la possibilité d’aménager des lotissements destinés à la construction à proximité des quartiers concernés par l’intervention.

Il convient de rappeler, également, que le programme est financé par le budget de l’État, ainsi que par un prêt de l’Agence Française de Développement, un prêt de la Banque européenne et une subvention de l’Union européenne. La première génération a contribué à améliorer la qualité de vie des habitants de 155 quartiers, pour un coût global estimé à environ 650 millions de dinars. Environ 865.000 habitants en ont bénéficié. Les travaux sont actuellement en phase d’achèvement et les conventions de financement ont été finalisées. Du moins sur le papier.

Qu’en sera-t-il de la seconde génération ?

Dans sa deuxième phase, le programme contribuera à la réhabilitation de 160 quartiers situés dans 99 municipalités, abritant environ 907.300 habitants, sur une période de mise en œuvre allant jusqu’en 2028. Le coût total du programme est estimé à environ 819,632 millions de dinars.

Interrogé à ce sujet, l’expert en travaux publics, Rached Mathlouthi, nous apprend que «le programme de réhabilitation et d’intégration des quartiers d’habitation vise à améliorer les conditions de vie des citoyens dans un certain nombre de quartiers résidentiels répartis sur différentes régions du pays». Pour beaucoup d’experts, dont notre interlocuteur, la réhabilitation risque de créer un «appel d’air» : «Si l’État légalise l’informel par l’équipement, il peut involontairement encourager l’anarchie. Les plus informés pensent que pour éviter cette «prime à l’illégalité», l’intervention doit être chirurgicale. Il est crucial d’accompagner ces projets de mesures strictes : surveillance satellitaire des périmètres, sanctions immédiates pour toute nouvelle construction et gel foncier autour des zones traitées. Ainsi, l’offre de parcelles sociales doit être l’unique porte d’entrée. Sans volet répressif et une coordination totale avec la police municipale, la réhabilitation ne sera qu’un pansement temporaire sur une gangrène urbaine tenace, persistent et signent les plus avertis. 

Des lacunes persistantes…

Peut-on, de fait, dire que ce programme est sur la bonne voie ? Selon notre expert, il y a plusieurs lacunes à combler. Le programme national de rénovation urbaine en Tunisie fait face à plusieurs difficultés administratives, techniques et foncières qui ralentissent leur mise en œuvre et limitent leur efficacité. «Les principales difficultés peuvent être résumées sur la base des évolutions de 2025-2026», nous dira le spécialiste Rached Mathlouthi. Et d’ajouter : «Les difficultés sont multiples et portent sur les différentes étapes d’élaboration et de révision des plans d’aménagement urbain qui prennent beaucoup de temps, en particulier lors de la phase de consultation publique et de réception des avis des administrations sectorielles. On constate également des différences de vision entre les municipalités et les administrations sectorielles, ce qui nécessite l’organisation de réunions de travail successives afin de rapprocher les positions. On relève aussi un chevauchement entre les municipalités, à savoir des empiètements au niveau des limites territoriales entre les municipalités qui constituent un obstacle majeur à l’avancement des études d’aménagement.»

En parallèle, la prolifération de constructions en dehors du cadre légal, à l’intérieur comme à l’extérieur des zones d’aménagement, complique la mise en œuvre de ce programme. Que faire, alors, pour surmonter ces obstacles ? Selon notre expert, il va falloir adopter de nouvelles méthodes plus pratiques : «Pour assurer la durabilité du projet de rénovation urbaine, il est nécessaire au préalable de mener une réflexion et de mettre en place des méthodes adaptées au contexte local. L’application de la loi est aussi recommandée, voire exigée afin de lutter contre le fléau des constructions anarchiques. Cela demande une surveillance continue, d’autant plus que les nouvelles technologies peuvent aider à le faire de manière plus pertinente».

«Au bout du compte, conclut notre expert, la deuxième génération du programme de rénovation urbaine se trouve à un tournant décisif : soit elle parvient à conjuguer amélioration des conditions de vie et fermeté face à l’illégal, soit elle risque de reproduire les mêmes déséquilibres qu’elle cherche à corriger. L’enjeu n’est plus seulement d’équiper, mais de structurer durablement la ville et d’imposer le respect des règles. Car sans gouvernance rigoureuse ni vision cohérente, la réhabilitation ne fera que repousser le problème, au lieu de le résoudre.

Kamel ZAIEM

 

 

 

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Changement climatique et souveraineté alimentaire : la Tunisie doit repenser rapidement sa carte agricole 

Malgré les précipitations appréciables enregistrées durant l’automne et l’hiver écoulés qui ont porté le taux moyen de remplissage des barrages à près de 60% avec un stock hydrique national d’environ 1,3 milliard de mètres cubes, soit un niveau nettement supérieur aux réserves critiques que l’on connaissait à la même période de 2024 et 2025, la situation hydrique globale reste fragile sur le moyen et le long terme. À l’instar des autres pays du Maghreb, la Tunisie est en effet une terre de transition entre les climats méditerranéen et désertique, et ne bénéficie du climat subhumide que sur une étroite bande littorale, alors que plus de 80% de son territoire est exposé aux climats semi-aride et aride. 

Selon les projections climatiques, la raréfaction des ressources hydriques devrait s’intensifier dans les décennies à venir. D’autant plus que les vagues de sécheresse deviendront de plus en plus intenses et les précipitations plus erratiques, dans un contexte global d’accélération du réchauffement climatique. D’après les prévisions des climatologues, la rive sud de la Méditerranée sera exposée à un déplacement des étages bioclimatiques vers le nord, ce qui se traduira par une montée des températures et une diminution des précipitations. Cette région devrait connaître, de ce fait, une augmentation des températures de 3 degrés d’ici à 2050 et de 5 degrés d’ici à 2100, avec des baisses de précipitations allant de 20% à 50% pour ces mêmes horizons. 

Le World Resources Institute (WRI, Institut des ressources mondiales) a également révélé dans une récente étude que la Tunisie figure parmi les 33 pays du monde qui connaîtront un stress hydrique intense à l’horizon 2040. Ce think tank américain spécialisé dans les questions environnementales a identifié les pays qui seront soumis à un stress hydrique très intense, en s’appuyant sur les données du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

«Avec moins de 400 m3 par habitant et par an, la Tunisie est déjà sous le seuil de la pauvreté hydrique (<1000 m3/habitant/an). Cette situation a été aggravée ces dernières années par les effets du dérèglement climatique, la hausse de la demande et la vétusté des infrastructures», souligne Raoudha Gafrej, experte en gestion des ressources hydriques et en adaptation au changement climatique.

Professeur à l’Institut supérieur des sciences biologiques appliquées de Tunis, Gafrej estime que les mesures d’économie d’eau, l’entretien des infrastructures et la mobilisation des ressources hydriques conventionnelles ne sont plus suffisantes, tout en appelant le gouvernement à déclarer «l’état d’urgence hydrique» et à revoir rapidement la carte agricole nationale pour l’adapter aux nouvelles contraintes climatiques. 

 

Limiter les cultures gourmandes en eau 

L’agriculture, qui représente environ 80% de l’utilisation totale de l’eau en Tunisie, repose principalement sur des pratiques d’irrigation souvent inefficaces et intensives en eau. La perte d’eau due à l’évaporation, à des infrastructures d’irrigation obsolètes et à des techniques agricoles inappropriées contribue à une gestion non durable des ressources hydriques. À titre indicatif, on cite une augmentation des superficies dédiées à la culture des tomates de 73% entre 2000 et 2015.

Une étude publiée début mai dernier par la Banque africaine de développement a également souligné cet impératif. «La carte agricole nationale, aujourd’hui largement obsolète, doit être entièrement refondée. Cette refonte doit s’appuyer sur des données actualisées –climat, disponibilité hydrique, typologie des sols, vulnérabilités locales– et prendre la forme d’une plateforme évolutive, alimentée par des données satellitaires, des indicateurs de productivité agricole et des projections climatiques», a précisé cette étude intitulée «Planification, préparation et stratégies de résilience face aux sécheresses». Et d’ajouter : «Au-delà d’un simple outil cartographique, cette carte devra servir de base pour reconfigurer les systèmes de culture en fonction de critères de durabilité écologique et de disponibilité effective des ressources en eau. Elle devra offrir une photographie fidèle de la réalité actuelle, tout en intégrant une vision prospective alignée avec une stratégie agricole nationale claire, tenant compte des tendances climatiques à moyen et long terme, ainsi que des dynamiques socio-économiques locales». Il s’agit, en d’autres termes de limiter les superficies des cultures qui nécessitent d’énormes quantités d’eau telles que les tomates, les fraises, les agrumes, les pastèques et les dattes à la satisfaction des besoins nationaux et d’interdire progressivement l’exportation de ces denrées. 

«Jusqu’à 80% des eaux disponibles en Tunisie sont utilisées pour irriguer 8% seulement des superficies agricoles. D’où la nécessité de revoir la carte de production agricole et d’interdire les cultures très gourmandes en eau. Nous ne pouvons plus exporter notre eau sous forme de produits agricoles. Cette eau doit être dirigée vers notre souveraineté alimentaire», explique Houcine Rehili, expert en développement et en ressources hydriques, recommandant l’octroi de la priorité aux grandes cultures et aux cultures fourragères pour préserver les systèmes de subsistance du pays, tels que le lait, les viandes blanches, les viandes rouges et les céréales.   

Les experts suggèrent d’autre part des investissements massifs dans le dessalement de l’eau de mer et le traitement des eaux usées, ainsi qu’une révision des tarifs de l’eau afin que l’État ne subventionne plus l’eau utilisée dans les hôtels et les usines. 

Dans les périmètres irrigués les plus exposés, l’adoption de systèmes d’irrigation intelligents constitue par ailleurs une mesure clé. L’objectif n’est pas uniquement technologique, il s’agit de bâtir un cadre opérationnel combinant capteurs de terrain, données météorologiques et automatisation, tout en assurant un transfert de compétences vers les agriculteurs. 

Walid KHEFIFI

 

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