Lese-Ansicht

Snapshot : Mûriers centenaires massacrés à la médina de Tunis

Qui a pris la décision de détruire les mûriers de la rue de la Driba dont, désormais, il ne reste plus que des moignons ?

Pourtant, ces arbres centenaires paraient tout un quartier, restent liés à la vénérable Rachidia voisine et donnaient leur ombre généreuse aux passants et aux riverains ?

Pourquoi ce massacre ? Est-ce la ville qui a liquidé ces arbres à la tronçonneuse ou bien les édiles ont-ils simplement laissé faire ?

Triste réalité qui vient ôter à la médina des arbres qui sont une partie de son identité.

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Everyday Tunisians : Salah, le robavecchia de la rue Kahia

Il arpente les rues de la médina, chante à tue-tête et attend que les portes s’entrouvrent pour négocier ses marchandises. Salah Ayari, originaire de Makthar, est l’un des derniers robavecchia de la médina de Tunis.

Toujours gai, il récite des poèmes à qui veut bien l’entendre et sait parler chiffons avec les dames du quartier. Sa poussette devant lui, il rayonne entre Bab Souika et Halfaouine, rêve des montagnes de Bargou et des terroirs de Siliana.

Il échange des vieilles fringues contre des verres et des bibelots, marchande fermement et tente de dénicher la bonne affaire qui lui fera gagner plus que l’ordinaire. Salah ne se lasse jamais des poèmes qu’il connaît par cœur et des ruelles qu’il sillonne à longueur d’année.

Comme un lutin, il sautille d’une houma à l’autre, toujours précédé d’un sonore « robavecchia », son sésame pour toutes les portes de la médina.

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Everyday Tunisians : Monia à l’orée des souks

Entre la mosquée Youssef Dey, l’hôpital Aziza Othmana et le souk des bijoutiers, Monia tient un stand dont elle a hérité l’emplacement, de sa mère Halima, qui a longtemps officié en ces lieux.

Monia propose aux passants, de l’eau, des bonbons, du tabac, des parfums et une multitude d’objets qui trouvent toujours preneur. Appréciée de tous, elle n’hésite jamais à se lancer dans une conversation ou prodiguer ses conseils aux infirmières, aux lycéens et aux artisans du coin.

Avant elle, sa mère avait joué le même rôle de proximité. À l’image d’une matrone antique, Halima dont le visage était tatoué et le maintien altier, rayonnait sur le voisinage, constituant un passage obligé pour le brin de causette et les petits achats.

Fidèle à la mémoire de sa mère, Monia continue à creuser dans le même sillon. Tous les jours elle est à son poste, contre la porte verte des souks, là où elle décline au quotidien, tout son art de la proximité.

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Everyday Tunisians : Jalel et les parfums d’antan

Jalel El Benna travaille dans la plus attachante des boutiques dans les souks de Tunis. À la confluence des Attarine et des Ghrablia, ce parfumeur est installé dans le souvenir de son aïeul dont le portrait illumine les céans.

Des colonnes tout droit jaillies de l’Antiquité portent le poids de cette boutique immémoriale dont la même famille tient les rênes depuis deux siècles.

Fondée par Hadj Mohamed Khemiri, l’échoppe ne paie pas de mine. Pourtant, Tahar Haddad ou Aboul Kacem Chebbi venaient s’y asseoir à l’ombre de la vénérable Zitouna.

Depuis son plus jeune âge, Jalel a fréquenté ces lieux où il passait après l’école ou durant les vacances. Initié au monde du parfum par son grand-père, il collectionne les vieux flacons et quelques onguents.

Entouré d’effluves, il accueille amis et clients tout en cultivant son jardin secret aux portes grandes ouvertes. Un peu de l’âme de la médina se niche dans cette boutique à la fois lumineuse, fanée et immortelle.

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Snapshot : Joueurs de dames à la Hafsia

En flânant dans la médina de Tunis, je rencontre toujours les mêmes joueurs de dames qui, ponctuels, s’installent à la rue Lagha, à la confluence de plusieurs boutiques des friperies de la Hafsia.

Plongés dans le jeu, entourés de spectateurs qui commentent à haute voix les mouvements des dames, les deux protagonistes sont plongés dans leur partie et font corps avec le jeu.

Les maîtres du recyclage

Ici, tout est recyclé : une planche de fortune a été repeinte avec le nombre de cases qu’il faut et des capsules en plastique servent de pièces.

Tout est aussi concentration puisque les deux joueurs, avant chaque geste, prennent leur temps à la manière des grands maîtres internationaux.

Un simple jeu devient une véritable cérémonie et aussi un spectacle de rue que j’admire toujours avec l’impression de goûter à mes propres madeleines.

Une cérémonie et plein de madeleines

Car ces joueurs de dames me renvoient au temps lointain de l’enfance lorsque nous utilisions les mêmes damiers avec des capsules de boissons gazeuses qui étaient placées à l’endroit et à l’envers sur nos planches tout aussi rudimentaires.

Et l’attroupement qui se forme inéluctablement évoque en moi les petites foules qui entouraient et encourageaient les joueurs de flipper ou de baby-foot.

Images d’Épinal locales surgies au coin d’une rue, ces rencontres impromptues disent beaucoup de nous et à leur manière, mesurent le temps qui passe.

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Everyday Tunisians : Walid, les encens et Sidi Mahrez

Au plus proche du mausolée de Sidi Mahrez, dans un cagibi d’où émanent effluves et senteurs, Walid partage son savoir-faire et sa croyance indéfectible en la baraka du saint-patron de Tunis.

Entouré d’encens, de gomme arabique et de henné, il mélange les herbes et les ésotérismes. Son tour de main lui vaut la reconnaissance des pélerins et aussi de petits miracles tissés au quotidien.

Walid est au service de la zaouia voisine et de ses nombreux visiteurs. Il sait que chacun de ses gestes suscitera des vagues de ferveur et fait de son mieux pour honorer la sainteté et les bénédictions qu’elle engage.

Au fond de son réduit si plein d’énergies et d’effluves sacrés, Walid veille à sa manière et conjugue les louanges au ciel aux vapeurs d’encens qui l’entourent et le hissent au plus haut de l’ardeur.

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Snapshot : Andalouse et austère, la mosquée Al Ichbilli rayonne sur Souk El Blat

Fondée au dixième siècle puis remaniée par les Andalous arrivés à Tunis, la mosquée Al Ichbilli porte bien son nom : le patronyme d’un Sévillan désigné par sa ville d’origine.

Ce sont en effet les Andalous qui ont rehaussé ce sanctuaire qui se trouve à l’angle de la rue du Trésor et de Souk El Blat, le marché des herboristes.

D’aspect austère, cette mosquée conjugue son identité historique et un caractère d’oratoire desservant plusieurs quartiers andalous de la médina de Tunis.

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Snapshot – Tunis : Les façades fanées de la rue Boukhris

Au tournant du vingtième siècle, plusieurs maisons bourgeoises sont nées à la rue Boukhris, entre le Morkadh, la Rahba et Ras Eddarb.

À l’époque, ces demeures offraient un modèle architectural novateur en dessinant des façades inspirées de la mode des Arabisances.

Des façades à préserver dans tout le quartier

Relativement fanées, nécessitant une stratégie de restauration, ces demeures appartiennent toujours à des familles de la bourgeoisie tunisoise.

Certaines, dans le quartier, accueillent désormais des maisons d’hôtes. D’autres attendent une rénovation qui pourrait leur rendre leur lustre perdu.

En tout état de cause, ces façades ne laissent pas indifférent et, alors que le Mois du Patrimoine est dédié à l’architecture, elles mériteraient une réflexion collective sur leur importance patrimoniale.

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Dans les pas du piéton de Tunis : Entre Bab Bhar et Sidi Mahrez

Il est trois lieux dans Tunis que je visite dès que je le peux et sans m’annoncer. D’abord, le Marché central; ensuite, la zaouia de Sidi Mahrez et enfin, le lycée Carnot. Je suis comme aimanté par ces trois lieux de vie et de mémoire qui se trouvent sur les deux versants de la ville.

J’ai toujours affirmé à qui voulait bien m’entendre, que Tunis est une ville siamoise. Sans la médina, elle ne serait qu’un bourg français transplanté au Maghreb et sans le centre-ville européen, elle ne serait que l’ombre d’une cité médiévale. L’une ne va pas sans l’autre car Tunis, c’est les deux à la fois, comme deux cœurs dans la même poitrine.

J’aime roder autour de la Porte de France en me disant que ce nom, c’est pour le coté pile, celui qui regardait la statue du cardinal Lavigerie et la rue de l’Église. Le côté face est quant à lui prédestiné à l’appellation Bab Bhar. Ce qui signifie Porte marine et même, puisque les mers communiquent, Porte océane.

Personne ne remarque mes circonvolutions autour de la porte. Elles sont un rituel presque païen qui tour à tour, me permet de passer du seuil d’une ville au terme de l’autre dans un carrousel incertain. Entrer dans la médina. Sortir de la ville européenne. Entrer dans la ville européenne. Sortir de la médina. Indéfiniment, tout en restant dans le corps double de la ville siamoise qui ne saurait être sans son prolongement, sans sa différence qui lui colle à la peau, sans son histoire qui s’écrit sur les murs et les parchemins.

Ce matin, j’ai rencontré un chat siamois dans la ville siamoise. C’est précisément à la rue Sidi Maouia que j’ai croisé cet immigré parmi les chats indigènes. Présence étrange qui suscite tant de questions : d’où vient ce chat qui ne connaît pas encore la topographie des gouttières ? Qui l’a abandonné dans ce lacis de ruelles qui lui sont étrangères ? Comment les autres chats l’ont-ils accueilli ? Comment vit-il son exil ou peut-être son nouveau royaume ?

Je ne sais si les chats sont plus accueillants que leurs maîtres ni si leur vécu dans les rues, fait d’eux des animaux imprévisibles. Je me pose toutes ces questions devant un chat qui ne ressemble à aucun autre, une sorte de métèque au regard bleu et au pelage brillant. Il ne semble ni hostile ni dépaysé mais reste sur ses gardes même si je parviens à le photographier.
Soudain, il s’en va. À vive allure. Me laissant à mes questions sur le vivre-ensemble et mes métaphores qui aimeraient tisser une fable siamoise pour un chat angora au pays des merveilles.

Je me laisse enivrer par les encens qui flottent dans l’air de la rue Sidi Mahrez. Ils se répandent partout comme une onde aérienne, invisible et parfumée, montant dans le ciel et pénétrant partout, de nos sens en éveil aux interstices de nos âmes.

D’un brasero crépitant à l’infini, des senteurs d’encens pour dire la sacralité des lieux et libérer les talismans. Marcher vers les mausolées et y trouver le parfait contrepoint olfactif. Ici, l’encens qui auréole une rue et là-bas, au marché, les parfums de fruits. Comme un pas de deux entre nourritures spirituelles et terrestres, comme une dialectique entre une fraise et le bkhour, un brin de géranium et du jaoui, une feuille de menthe fraîche et l’alchimie d’un encens.

Le parfum du pain. C’est devant le Marché central que Sadok vend son pain tabouna. Chaque jour, il vient de Béni Khalled avec son pain complet à l’ancienne. De forme oblongue, les miches sont plates et fleurent bon les fours des terroirs et leur bois d’olivier. C’est un passage obligé pour les gourmets et ceux qui aiment le goût rustique et la simplicité. Seule touche contraire, ces sachets de plastique qui s’incrustent partout et servent à emballer le pain.

Autour de moi, comme des méduses volantes, des sachets noirs, bleus, blancs ou transparents, virevoltent. Au sol, les stigmates d’une journée s’amoncellent dans des poubelles à même la chaussée. La rue Charles de Gaulle n’est plus ce qu’elle fût. On dirait l’ectoplasme décharné de la belle époque de la Pâtisserie viennoise, du Café de la poste, de Saliba, Attal ou Mangani, du Carnaval de Venise et du Duc de Kent. À quoi sert-il de remuer les nostalgies quand on a toujours du bon pain ?

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Everyday Tunisians : Khadija, au seuil de Dar Lasram

Visage familier, toujours souriante, Khadija incarne l’accueil pour les visiteurs de Dar Lasram, dans la médina de Tunis.

Au seuil de cette demeure patricienne, elle renseigne le public et en quelques mots, indique le chemin à prendre.

Dans le vaste vestibule où débouchent deux volées de marches, Khadija est entourée de portes cloutées, ornées et nimbées de jaune comme le veut la tradition.

Entre la rue du Pacha et le quartier de la Kasbah, elle arpente le passé ottoman et la splendeur hafside de la médina dont elle a appris à sillonner l’histoire et savourer les beautés architecturales.

Fière de sa participation à la sauvegarde de la médina, Khadija en vante les beautés et sait combien il est important de les préserver.

Convaincue que chaque geste compte, elle fait de son mieux pour ancrer cette prise de conscience et à sa manière, élégante et efficace, multiplie les petits pas.

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Snapshot – Tunis : La bien nommée rue des Charcutiers

Est-elle bien nommée ou bien son appellation jure-t-elle avec son nouvel environnement ? Le fait est que la rue des Charcutiers a bel et bien gardé son nom de l’époque où les bouchers maltais étaient nombreux dans cette venelle de la médina de Tunis.

Le nom de cette rue qui relie les deux axes principaux de la médina non loin de Bab Bhar, est traduit par Al Qassabin en arabe. Ce terme qui désigne les bouchers est lui aussi toujours en usage

Les charcutiers de Tunis

Il existait à Tunis de nombreuses charcuteries aussi bien dans la partie basse de la médina que dans les allées du Marché central. La plus connue de ces charcuteries du passé est incontestablement celle qui fut tenue par Borg à la rue des Glacières.

Côté fondouk el ghalla, ils étaient quelques uns situés au bout de l’aile dédiée aux bouchers. Ces charcutiers avaient alors pour spécialité le rôti qu’ils préparaient le dimanche pour les familles qui passaient leur commande en semaine.

Une rue sur les marges du Quartier franc

La rue des Charcutiers se trouve entre la rue de la Kasbah et la rue Ezzitouna. Elle se situe non loin du palais Cardoso et compte parmi les artères qui structuraient l’ancien Quartier franc, autrement dit la partie de la médina où ont vécu les communautés européennes dès le dix-septième siècle.

Une rue parmi tant d’autres qui donnent tout leur charme aux toponymies de la médina.

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Médina de Tunis : Le monument oublié du sultan hafside

En remontant le souk des Parfumeurs, caché au fond d’une impasse à laquelle on accède en gravissant quelques marches, la Midha du Sultan hafside est l’un des monuments historiques les moins connus de Tunis.

Actuellement en restauration, Midhet Al Soltan est une salle d’ablutions édifiée en 1450 par le sultan hafside Abou Amr Othman. Cette midha construite dans la proximité immédiate de la mosquée Zitouna avait pour fonction de permettre au sultan et à sa cour de disposer d’un espace privatif pour leurs ablutions.

Niché au fond d’une impasse, invisible de loin, Midhet Al Soltane est pourtant dotée d’une architecture monumentale.

Sa façade annonce un édifice important. À l’intérieur, une fontaine domine un bassin octogonal qui se trouve dans une cour à ciel ouvert dont les murs sont recouverts de marbre noir et blanc.

Destinée aux ablutions des sultans hafsides, cette midha compte parmi les monuments peu connus de la médina de Tunis.

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