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Suite au féminicide de Djebel Jelloud : mettre l’expérience concrète en phase avec les lois  

 Par Kamel ZAIEM  

Le crime atroce commis à Djebel Jelloud, dimanche dernier, est venu rappeler que de tels actes, surtout les féminicides, sont en nette progression et menacent, de plus en plus, la société. Face à cet horrible délit, l’Etat fait de son mieux, avec de nouvelles lois et une juridiction à la mesure de ce qui se passe, mais il va falloir revoir beaucoup de choses pour y remédier. Ce crime relance le débat sur l’exécution de la peine capitale et met en exergue la justesse de la vision du chef de l’Etat à ce propos… 

 

Le 1er novembre 2026, une jeune femme, âgée de 22 ans et mère de trois enfants (dont un nourrisson de 40 jours), a été mortellement poignardée à Djebel Jelloud (dans la banlieue sud de Tunis) par son mari. 

Ce crime a secoué l’opinion publique et a relancé le débat sur de tels actes et les juridictions qui doivent les accompagner. 

Sur le plan social, le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a engagé une intervention pour soutenir les enfants mineurs  de la victime et préserver leur identité. Les services régionaux du ministère ont procédé à une évaluation de la situation sociale de la famille, sous la supervision de la justice et en coordination avec les différentes parties concernées. Cette démarche vise à identifier les besoins de la famille et à mettre en place les mesures d’accompagnement nécessaires, notamment pour assurer la prise en charge des enfants et leur apporter un soutien psychologique. 

Dans un communiqué, le ministère a rappelé l’importance du respect des dispositions légales relatives à la protection des données personnelles, en particulier celles prévues par la loi organique n° 63 de 2004. Il a également appelé les utilisateurs des réseaux sociaux et des espaces numériques à préserver l’intérêt supérieur des enfants et à s’abstenir de divulguer leurs données personnelles. A ce propos, le ministère met en garde contre la diffusion de photographies ou d’informations susceptibles de permettre leur identification, y compris de manière indirecte. 

Loin des mesures à caractère social, c’est le phénomène en lui-même qui interpelle. C’est que l’état des lieux de ce genre de crimes, le féminicide, tend à la hausse en Tunisie et enregistre une recrudescence alarmante malgré l’existence d’un cadre législatif avancé, notamment la loi organique n° 2017-58 sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes. 

D’après les chiffres dévoilés par les associations féministes, dont Aswat Nissa (La Voix des Femmes), une forte hausse des cas de féminicides recensés ces dernières années est enregistrée, passant de 6 cas en 2018 à 25 cas en 2023, 29 en 2024 et 30 en 2025. 

Face à l’absence de statistiques centralisées et régulières de la part de l’État, les organisations de la société civile ont mis en place des observatoires et plateformes de documentation pour rendre ces crimes visibles. 

D’autre part, la même association a lancé une plateforme numérique destinée à centraliser et à documenter les féminicides enregistrés dans le pays. L’initiative intervient à la veille de la Journée nationale de la femme, célébrée chaque 13 août en Tunisie à l’occasion de l’anniversaire de la promulgation du Code du statut personnel en 1956. 

La nouvelle plateforme doit ainsi faciliter l’accès aux données pour les chercheurs, les médias et les organisations de la société civile. Aswat Nissa entend également en faire un instrument de documentation et de plaidoyer susceptible de contribuer à l’élaboration de politiques publiques plus efficaces et à une meilleure responsabilisation des institutions face aux violences faites aux femmes. 

 

Que dit la loi 2017-58 ? 

La loi organique n° 2017-58 du 11 août 2017 est une législation tunisienne majeure relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Il s’agit d’une approche globale qui repose sur la prévention, la protection des victimes, la poursuite des auteurs et la prise en charge globale. Elle criminalise toutes les formes de violences fondées sur le genre, qu’elles soient physiques, morales, sexuelles, politiques ou économiques tout comme elle introduit des ordonnances de protection urgentes prononcées par le juge pour sécuriser les victimes et met en place des unités institutionnelles spécialisées. 

Ce qui est encore plus important, c’est que cette loi modifie le code pénal pour alourdir les peines encourues par les agresseurs, prévoyant des peines sévères selon la gravité des faits. 

Or, malgré cette loi organique relative à l’élimination des violences faites aux femmes et saluée à l’époque comme une avancée juridique historique, la Tunisie fait face à une recrudescence inquiétante des féminicides. Ces drames surviennent en dépit d’un arsenal légal censé protéger les femmes et traduisent un climat d’impunité, de négligence et d’indifférence institutionnelle. 

Ce paradoxe, matérialisé par des lois progressistes mais une réalité toujours aussi sanguinaire, soulève une question cruciale : pourquoi, avec un cadre juridique avancé, on échoue encore à protéger les femmes victimes de violences ? L’écart béant entre le droit et son application effective plonge les victimes dans une double tragédie, celle des violences subies et celle de l’inaction des pouvoirs publics.  

Il importe de comprendre les raisons de ce décalage alarmant, afin d’y remédier. C’est que la Tunisie ne manque ni de lois ni d’engagements formels pour protéger ses citoyennes, mais elle échoue à les traduire dans les faits. Le véritable défi est de combler le fossé entre le texte et le terrain. Cela exige un sursaut de volonté politique et un effort coordonné de l’ensemble des acteurs. 

 

Une vision présidentielle pertinente 

Il y a lieu de rappeler que le président Kaïs Saïed a évoqué, à maintes reprises, «la hausse du taux de criminalité en Tunisie», appelant «à contrer avec fermeté ces crimes odieux et à appliquer la loi à tous les criminels».  

D’ailleurs, le chef de l’Etat a toujours appelé les sécuritaires à «redoubler d’efforts afin que ces crimes ne se reproduisent plus». 

Les citoyens, de leur côté, réclament plus de sévérité envers les criminels et les auteurs de ces lâches crimes, appelant à faire usage de toutes les juridictions extrêmes, notamment la peine capitale, lorsqu’il s’agit d’aussi dangereuses dérives sociales et de crimes aussi odieux, surtout au niveau de l’exécution. 

A l’écoute de ses concitoyens, le président Kaïs Saïed s’est déjà exprimé à ce propos, affirmant que la peine capitale doit être exécutée dans les cas extrêmes de la criminalité. 

Le chef de l’Etat s’est fait l’écho de ceux qui réclament la peine de mort, signalant que «celui qui a tué injustement une personne doit être condamné à mort, et le texte est clair là-dessus». Dans l’une de ses déclarations, il a même expliqué son point de vue : «Le coupable devra bénéficier de toutes les conditions de défense, mais s’il s’avère qu’il a commis un ou plusieurs meurtres, je ne pense pas que la solution, comme le prétendent certains, est de ne pas appliquer la peine capitale». 

Il a même rappelé que certains criminels ont commis des meurtres après avoir bénéficié de la grâce. Saïed a précisé que «dans certains pays ayant aboli la peine de mort, le juge ne la prononce pas, mais elle s’applique aux personnes sans justice parfois, lorsqu’ils veulent se débarrasser d’une personne qu’ils considèrent comme étant un danger pour l’ordre public». 

C’est dire que le débat est, encore une fois, relancé… 

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