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ATB : Le métier bancaire se redresse, la migration vers T24 un mal pour un bien

L’Arab Tunisian Bank a publié ses états financiers intermédiaires arrêtés au 30 juin 2026, accompagnés du rapport d’examen limité de ses commissaires aux comptes. La banque bascule dans une perte nette de 27,595 millions de dinars, contre un bénéfice de 2,567 millions un an plus tôt. Son produit net bancaire progresse pourtant sur la même […]

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TRIBUNE – De la donnée au crédit : quand la banque tunisienne passe à la précision

Dans une première tribune consacrée au renouvellement du business model bancaire tunisien, nous avons posé un constat simple: le cycle 2026-2030 ne peut être abordé avec les seuls réflexes du modèle bancaire traditionnel.

La banque tunisienne doit désormais développer trois capacités : transformer la technologie en efficacité, la donnée en décision et l’innovation en levier de souveraineté économique.

Dans un deuxième temps, nous avons examiné l’infrastructure nécessaire à cette transformation : désenclaver progressivement les Core Banking Systems par des architectures API-first et faire de la gouvernance de la donnée un enjeu stratégique. Car une banque ne peut prétendre décider plus vite, innover davantage ou mieux financer l’économie tunisienne si son patrimoine informationnel reste fragmenté, difficilement exploitable et insuffisamment gouverné. Mais une question demeure : que faire de cette capacité technologique et informationnelle une fois qu’elle est construite ? La réponse se trouve du côté de l’économie réelle tunisienne.

Le véritable test de la transformation numérique ne sera pas le nombre de plateformes déployées, d’applications développées ou de projets informatiques lancés. Il sera beaucoup plus concret : une PME accède-t-elle plus rapidement au financement ? Un entrepreneur dans une région de l’intérieur peut-il mieux faire reconnaître la viabilité de son projet ? Une banque peut-elle mieux distinguer une entreprise temporairement fragile d’une entreprise structurellement risquée ? Un investissement productif peut-il être identifié plus tôt et accompagné plus efficacement ?

La transformation numérique de la banque ne prendra véritablement son sens que lorsqu’elle permettra de répondre à ces questions. C’est là que se joue le passage de la donnée à la bancabilité.

De la banque de produits à la banque des besoins

Pendant longtemps, la relation bancaire tunisienne a été organisée autour d’une logique relativement simple : segmenter la clientèle, concevoir des produits standardisés et les distribuer à différentes catégories de clients. Cette logique reste nécessaire pour assurer la massification et l’efficacité commerciale. Mais elle montre ses limites lorsqu’il s’agit de financer une économie plus diverse, plus fragmentée et confrontée à des besoins de financement différenciés.

Une PME exportatrice de Bizerte, une entreprise touristique de Djerba, une société industrielle de Sfax, une jeune entreprise technologique du Grand Tunis ou un projet agricole de Kairouan ne présentent ni les mêmes cycles d’activité, ni les mêmes risques, ni les mêmes besoins de trésorerie. Les traiter uniquement à travers quelques catégories standardisées peut conduire à une perte d’information économique. Le modèle numérique permet d’aller plus loin.

L’exploitation maîtrisée des données transactionnelles, financières et relationnelles peut permettre à la banque de mieux comprendre la situation réelle de son client, ses flux, ses cycles d’activité, ses besoins de liquidité, sa capacité d’épargne ou encore les moments où une intervention financière peut être pertinente.

La banque peut alors progressivement passer d’une logique de produit à une logique de besoin. Il ne s’agit pourtant pas de transformer chaque interaction bancaire en opération de ciblage commercial. Une personnalisation réduite à multiplier les sollicitations ou les ventes croisées ne constituerait qu’une sophistication technologique du marketing traditionnel.

La véritable rupture consiste à faire en sorte que l’analyse permette de proposer une réponse financière plus pertinente, au moment où elle devient utile pour le client. Le produit bancaire devient ainsi progressivement la conséquence de l’analyse plutôt que son point de départ.

Pour un particulier, cela peut signifier une combinaison plus cohérente entre épargne, financement, paiement et prévoyance. Pour une PME, cela peut conduire à une proposition articulant financement du cycle d’exploitation, investissement, trésorerie, paiement ou couverture des risques. Mais cette personnalisation suppose une condition préalable : connaître suffisamment bien le client sans franchir la frontière entre connaissance utile et surveillance excessive. La valeur de la donnée bancaire ne peut donc être dissociée de la confiance qui autorise son utilisation.

La bancabilité devient une capacité à construire

C’est ici que le débat tunisien sur le financement des PME doit changer de perspective. Le problème ne se résume pas à l’existence ou non de ressources financières. Il existe en amont un autre enjeu : celui de la transformation d’une idée, d’une activité ou d’un projet en une proposition suffisamment structurée pour être analysée par un financeur.

La question est particulièrement sensible pour les PME, les jeunes entreprises et les projets situés dans les régions de l’intérieur. Une activité peut être économiquement viable sans disposer immédiatement de l’ensemble des informations, historiques et indicateurs attendus par un financeur. À l’inverse, un dossier parfaitement présenté ne garantit évidemment pas la viabilité économique du projet.

Entre les deux se trouve un espace d’ingénierie encore insuffisamment exploité : celui de la construction de la bancabilité. L’expérience tunisienne récente autour de l’accès des PME à des financements adaptés rappelle à cet égard une réalité fondamentale : entre le projet et le financement, il existe une chaîne d’ingénierie.

La banque tunisienne peut avoir un rôle beaucoup plus important à jouer dans cette chaîne. Cela ne signifie évidemment pas qu’un algorithme pourrait décréter qu’un projet est « bancable ». La bancabilité demeure une appréciation financière, économique et humaine. La donnée peut réduire l’incertitude ; elle ne supprime ni le risque ni le besoin de jugement. Mieux connaître n’est pas garantir. Mieux scorer n’est pas décider seul. Et mieux analyser ne signifie pas financer sans discernement. L’enjeu est de rendre la décision plus informée, plus rapide et plus traçable.

La donnée comme infrastructure de bancabilité

C’est ici que les deux premières transformations – architecture et donnée – trouvent leur justification économique. Une banque tunisienne disposant de données fiables, réconciliées, accessibles et gouvernées peut progressivement construire des modèles permettant de mieux apprécier la réalité économique de ses clients. Pour une PME, cela peut signifier une lecture plus dynamique des flux, des encaissements, des paiements, des cycles d’exploitation, de la saisonnalité ou des besoins de trésorerie. Cela peut aussi permettre de mieux distinguer deux situations souvent confondues : l’absence d’information et l’absence de capacité de remboursement. Cette distinction est essentielle.

Une entreprise peut être difficile à évaluer parce que son information est incomplète, sans être nécessairement économiquement fragile. À l’inverse, une information abondante ne transforme pas un modèle économique fragile en projet viable. La donnée ne remplace donc ni l’analyse humaine, ni l’étude du projet, ni la connaissance du terrain. Elle permet en revanche d’enrichir considérablement cette analyse. Que se passe-t-il lorsque la donnée elle-même est incomplète, ancienne ou erronée ?

La réponse ne peut pas être de demander davantage de données à tout prix. Elle doit commencer par leur gouvernance : qualité, origine, réconciliation, traçabilité, mise à jour et contrôle des usages. Un modèle sophistiqué alimenté par une donnée médiocre ne produit pas une décision intelligente ; il industrialise simplement l’erreur. Pour les banques tunisiennes, la qualité de la donnée doit donc devenir un chantier aussi important que sa quantité.

La bancabilité cesse alors d’être uniquement un état présenté par le demandeur de crédit. Elle devient aussi une capacité que la banque peut contribuer à construire. Cette évolution est particulièrement importante pour les jeunes entreprises, les entrepreneurs des régions et les PME dont l’activité économique est réelle mais dont la capacité à produire une information financière immédiatement exploitable demeure limitée. Mais la technologie ne doit pas créer une nouvelle fracture. Une PME peu digitalisée ne doit pas devenir automatiquement une PME mal financée.

L’enjeu consiste précisément à croiser les sources d’information disponibles, à accompagner la formalisation et à conserver une capacité d’analyse humaine pour les situations que les modèles statistiques appréhendent mal. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de financer davantage. Il est de mieux identifier ce qui mérite de l’être et de mieux accompagner ce qui doit encore devenir finançable.

Vers la « banque de précision »

Cette transformation ouvre une nouvelle perspective sur le business model bancaire tunisien. Après la banque de masse et la segmentation traditionnelle, l’étape suivante pourrait être celle d’une banque capable de construire une proposition de valeur presque individualisée.

Une banque de précision ne signifie pas une banque qui surveille davantage ses clients. Elle signifie une banque qui exploite mieux, et de manière responsable, l’information dont elle dispose pour répondre plus précisément à leurs besoins. Pour le client, cette évolution pourrait se traduire par une relation moins fondée sur le catalogue de produits et davantage sur la résolution de situations financières concrètes.

Pour une PME, elle pourrait permettre de passer d’une offre standard de crédit à une véritable ingénierie financière : financement du besoin en fonds de roulement, investissement, trésorerie, paiements, accompagnement de la croissance ou couverture des risques. Mais cette ambition comporte un risque évident : celui de transformer la personnalisation en automatisation intégrale. Or, un client n’est pas la somme de ses transactions.

Un entrepreneur peut traverser une phase exceptionnelle. Une entreprise touristique peut connaître une forte saisonnalité. Une exploitation agricole dépendre d’un cycle climatique. Une activité industrielle être affectée temporairement par un choc externe. Une PME exportatrice subir une variation de ses marchés.

Un historique de données reflète le passé ; il ne préjuge pas mécaniquement de l’avenir. La banque de précision doit donc être une banque augmentée par la donnée, et non une banque remplacée par l’algorithme. L’intelligence artificielle peut détecter, rapprocher, prédire et alerter. Elle doit cependant rester inscrite dans une chaîne de décision gouvernée et responsable, particulièrement lorsque l’accès au financement est en jeu.

Valoriser la donnée sans vendre le client

La question de la valorisation de la donnée mérite également d’être précisée. La valorisation ne doit pas être comprise comme la vente des données personnelles des clients. La véritable valeur économique se situe d’abord dans la capacité de la donnée à produire de l’intelligence et de nouveaux services.

La chaîne de valeur pourrait être résumée ainsi : Donnée → connaissance → personnalisation → décision → valeur.

Une banque tunisienne peut valoriser sa donnée en améliorant ses décisions de crédit, en réduisant ses coûts opérationnels, en détectant plus rapidement les risques, en personnalisant ses offres ou en développant de nouveaux services à valeur ajoutée.

Dans les cadres juridiquement autorisés, des données correctement anonymisées ou agrégées peuvent également contribuer à construire des services analytiques destinés aux entreprises et aux écosystèmes économiques.

La question stratégique n’est donc pas : « Combien vaut notre base de données ? » Elle est plutôt : « Combien de valeur économique sommes-nous capables de créer à partir de données fiables, gouvernées et utilisées de manière responsable ? »

La monétisation ne constitue ainsi qu’une modalité éventuelle de la valorisation. Dans de nombreux cas, la valeur la plus importante sera indirecte : une meilleure décision de crédit, un meilleur accompagnement, une diminution des coûts, une réduction du risque ou une expérience client réellement utile. Autrement dit, la banque peut valoriser économiquement la donnée sans faire de la donnée personnelle elle-même une marchandise.

De l’intelligence client à l’intelligence économique

La transformation peut encore aller plus loin. Une banque dispose d’une vision privilégiée des flux économiques : entreprises, ménages, secteurs, territoires, investissement, consommation et commerce.

En Tunisie, cette capacité d’observation prend une importance particulière dans un contexte où la réduction de l’informalité, l’amélioration du financement de l’investissement productif, le développement régional et la meilleure orientation de l’épargne constituent des enjeux économiques majeurs. Une fois agrégée, anonymisée et correctement gouvernée, l’information bancaire peut contribuer à produire une forme d’intelligence économique utile à l’écosystème.

La banque pourrait ainsi progressivement devenir non seulement un intermédiaire financier, mais également une infrastructure d’information économique. Elle pourrait mieux identifier les secteurs en croissance, les besoins de financement émergents, les tensions de trésorerie, les opportunités régionales et les chaînes de valeur insuffisamment financées. Cette capacité peut contribuer à l’exécution du Plan de Développement 2026-2030.

Car un plan de développement ne se finance pas uniquement par des enveloppes budgétaires. Il nécessite aussi la capacité du système financier à identifier, sélectionner, accompagner et suivre les projets qui doivent transformer les orientations publiques en activité économique.

La donnée bancaire peut contribuer à cette chaîne d’exécution. Mais cette intelligence économique ne doit pas être confondue avec une prétention à tout prévoir. Les données bancaires décrivent une partie de l’économie ; elles n’en constituent pas une représentation exhaustive. Le véritable progrès ne consiste donc pas à faire parler davantage les données, mais à leur faire dire quelque chose de suffisamment fiable pour améliorer une décision réelle.

La personnalisation ne doit pas devenir une nouvelle discrimination

Si les modèles deviennent capables de différencier toujours plus finement les clients, une autre question apparaît : comment éviter que cette précision ne produise des exclusions invisibles ? Un modèle peut reproduire les biais contenus dans les données qui l’alimentent. Une décision statistiquement cohérente peut donc devenir économiquement contestable si elle pénalise systématiquement certaines catégories de clients ou certains territoires. La réponse réside dans la gouvernance : qualité des données, tests de biais, explicabilité, auditabilité, supervision humaine, traçabilité des décisions et possibilité de réexamen.

La banque de précision doit ainsi être aussi une banque de responsabilité. La technologie ne doit pas renforcer mécaniquement les asymétries existantes ; elle doit contribuer à les réduire.

Une transformation progressive et mesurable

Toutes les banques tunisiennes disposent-elles des moyens financiers, humains et technologiques nécessaires ? La réponse ne peut certainement pas être un appel à multiplier les grands projets informatiques. Le risque serait de remplacer une dette technologique par une nouvelle accumulation de projets complexes, coûteux et difficilement maîtrisables. La transformation doit donc être progressive, modulaire et orientée vers des résultats mesurables.

Il ne s’agit pas de construire immédiatement la banque parfaite. Il s’agit de commencer par les cas d’usage où la donnée et l’automatisation produisent une valeur démontrable : réduction des délais de crédit, amélioration de la qualité des données, détection précoce des risques, automatisation de certaines tâches, meilleure connaissance des PME ou personnalisation de services réellement utiles.

L’approche API-first défendue dans la deuxième tribune prend ici tout son sens : elle permet d’ajouter progressivement des capacités sans imposer nécessairement une reconstruction totale du système bancaire. La transformation devient alors un processus d’ingénierie plutôt qu’un grand soir technologique.

De l’intelligence client à la souveraineté économique

Plus la banque tunisienne s’appuie sur la donnée et l’intelligence artificielle, plus les exigences de gouvernance deviennent importantes. La qualité des données, leur sécurité, leur confidentialité, la maîtrise des fournisseurs technologiques, l’explicabilité des modèles et la capacité à auditer les décisions deviennent des conditions de confiance. La souveraineté numérique ne consiste toutefois pas à tout produire localement. Elle consiste à conserver la capacité de comprendre, contrôler, auditer, reverser et sécuriser les fonctions critiques.

Pour la place bancaire tunisienne, cette question dépasse donc largement le périmètre des directions informatiques. La maîtrise des données financières, des architectures, des contrats technologiques, des compétences et des fonctions critiques participe directement à la capacité du système financier à accompagner les choix économiques du pays.

Une banque qui dépend d’une technologie externe mais conserve la maîtrise de ses données, de ses architectures, de ses contrats, de ses modèles et de ses compétences n’est pas dans la même situation qu’une banque qui externalise progressivement sa capacité de décision. La souveraineté devient ainsi une question de maîtrise des dépendances, autant que de localisation des infrastructures.

Le véritable test du cycle 2026-2030

Le cycle 2026-2030 offre ainsi au secteur bancaire tunisien une occasion de dépasser la seule transformation numérique. Le véritable objectif n’est pas d’avoir davantage d’applications, davantage de données ou davantage d’intelligence artificielle.

Il est de construire une chaîne cohérente : une infrastructure ouverte, une donnée gouvernée, une intelligence maîtrisée, une connaissance plus fine des clients, des produits mieux adaptés et un financement mieux orienté vers l’économie réelle.

C’est cette chaîne qui permettra de passer de la banque qui traite des transactions à la banque qui comprend les trajectoires économiques. Et c’est également à cette aune que devrait être mesurée la réussite de la transformation bancaire : non seulement par le nombre de projets numériques réalisés, mais par ce qu’ils permettent réellement d’améliorer.

Combien de temps avons-nous gagné dans l’accès au financement ? Combien de projets économiquement viables avons-nous réussi à rendre bancables ? Combien de PME avons-nous mieux accompagnées ? Combien d’entreprises des régions avons-nous réussi à mieux intégrer aux circuits de financement ? Combien de risques avons-nous mieux anticipés ? Combien de ressources avons-nous orientées vers l’investissement productif ?

Et surtout : quelle part de la transformation numérique se traduit réellement par une meilleure exécution des priorités économiques du pays ? La question centrale n’est finalement pas de savoir si la banque tunisienne sera numérique. Elle le sera. La véritable question est de savoir si elle saura transformer cette puissance numérique en intelligence financière, cette intelligence en propositions de valeur individualisées, et cette capacité d’analyse en financement concret de l’économie réelle.

Après avoir repensé son business model et modernisé son infrastructure, la banque tunisienne doit désormais franchir un troisième seuil : faire de la donnée non seulement un actif stratégique, mais un moteur de bancabilité, de création de valeur et de souveraineté économique.

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L’opposition tunisienne cherche à faire front commun avant la marche du 17 octobre

À neuf jours d’une mobilisation nationale annoncée à Tunis, syndicats, organisations de la société civile, mouvements sociaux régionaux et désormais huit partis politiques tentent de fédérer des revendications jusque-là dispersées. Emploi, pouvoir d’achat, libertés publiques et détenus politiques devraient se…

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Diaspora tunisienne : le cap historique des 2 milliards d’euros franchi à fin septembre

Les Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) confirment une fois de plus le rôle crucial de la diaspora comme pilier financier de la Tunisie.

Ainsi, à la fin du mois de septembre 2026, les transferts de la diaspora ont franchi la barre symbolique des 2 milliards d’euros (soit 6 893 millions de dinars). C’est ce que font ressortir les chiffres de la Banque centrale de Tunisie (BCT). Il s’agit d’une hausse remarquable de près de 5 % par rapport à la même période en 2025 (6 563 MDT). Les TRE injectant 330 millions de dinars supplémentaires dans l’économie nationale en seulement un an.

C’est de toute évidence, un bol d’air pour l’économie tunisienne à deux niveaux. Tout d’abord, cela constitue un soutien direct aux ménages. En effet, dans un contexte économique sous tension, ces envois de fonds soutiennent directement le pouvoir d’achat des familles restées au pays. De même qu’ils dynamisent la consommation ainsi que l’investissement, notamment dans l’immobilier.

Dans un second temps, cela renforce le matelas des réserves en devises. Au final, aux côtés du tourisme et des exportations, la diaspora demeure l’une des principales sources d’incrément en devises. Contribuant ainsi à consolider les avoirs nets du pays et à stabiliser le dinar face à l’euro, mais aussi face au dollar.

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Aéronautique: Pursuit Aerospace agrandit son site de Tunis de 40%

Un troisième bâtiment, 40% de superficie supplémentaire et plus de 1 000 emplois à terme. Pursuit Aerospace accélère le développement de son implantation tunisienne, spécialisée dans la fonderie de précision pour l’industrie aéronautique. Lancé le 3 septembre, le projet doit être achevé au second semestre 2027.

Le site de Tunis dépassera alors 140 000 pieds carrés, soit près de 13 000 m². L’extension doit surtout augmenter les capacités de production en fonderie et permettre au groupe d’ajouter plusieurs opérations directement sur place. 

Source: US Embassy.

Pursuit Aerospace fabrique à Tunis des composants complexes en alliages de nickel et de cobalt selon le procédé de fonderie à cire perdue, ou investment casting. Ces pièces sont destinées notamment aux motoristes aéronautiques, un marché où les exigences de précision et de qualité sont particulièrement élevées.

Pour accompagner l’augmentation des volumes, le nouveau bâtiment accueillera davantage de fours et de capacités sur les lignes de fabrication des carapaces céramiques. Le groupe pourra ainsi répondre aux besoins de ses clients actuels et prendre en charge de nouvelles productions.

L’extension va également modifier le périmètre des opérations réalisées en Tunisie. Pursuit Aerospace prévoit d’y intégrer l’usinage des pièces après la fonderie ainsi que certains traitements spéciaux. Une partie supplémentaire du processus de fabrication sera donc effectuée sur le site de Tunis.

Ben Adams, président et directeur commercial de Pursuit Aerospace, indique que ces investissements doivent permettre d’augmenter les capacités de fonderie du site et d’y développer de nouvelles compétences techniques.

Cette expansion intervient alors que le groupe poursuit également son développement dans la fonderie à l’international. En août 2026, Pursuit Aerospace a finalisé l’acquisition de Creasey Castings Limited au Royaume-Uni, spécialisée dans la fonderie de précision de pièces en magnésium et en aluminium. Cette opération porte à six le nombre d’acquisitions réalisées par le groupe depuis 2023.

 

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Philakids | La Poste émet 4 timbres dédiés à l’égalité des chances à l’école

Emission d’une série de quatre timbres-poste sur le thème « École pour tous : Inclure les élèves ayant des besoins spéciaux à l’école et lutter contre le harcèlement »

La Poste Tunisienne a émis lundi 5 octobre 2026, une série de quatre timbres-poste sur le thème « École pour tous : Inclure les élèves ayant des besoins spéciaux à l’école et lutter contre le harcèlement ».

Ces timbres-poste ont été conçus dans le cadre de la manifestation « Philakids », organisée en partenariat avec le ministère de l’Éducation et le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées.

Cette initiative visent à sensibiliser à l’importance d’un environnement scolaire inclusif et sûr, fondé sur l’acceptation de la différence et l’égalité des chances, à favoriser le vivre-ensemble au sein de l’école et à bannir toute forme de harcèlement et de discrimination.

Ces timbres-poste ainsi que les autres produits philatéliques réalisés à cette occasion sont disponibles à la vente, depuis hier, dans tous les bureaux de poste et via Internet à travers le site dédié.

Communiqué

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Salon “ArtiCrea”: 85 MD à l’export, quels nouveaux marchés pour l’artisanat tunisien?

Poterie de Sejnane, céramique, bijoux, textile, cuir, bois ou encore cosmétiques. La diversité des produits exposés au salon professionnel des métiers d’art “ArtiCrea” rappelle la richesse des savoir-faire artisanaux tunisiens.

Cette 3e édition veut toutefois aller au-delà de la mise en valeur du patrimoine. Elle s’ouvre pour la première fois à des invités étrangers, avec la participation de représentants du Canada, de Malte et de la Suède, ainsi que d’acheteurs et de journalistes internationaux, selon les propos relayés par l’agence TAP. La poterie de Sejnane figure parmi les exemples cités par Leïla Msallati, directrice générale de l’Office national de l’artisanat tunisien (ONAT). De nouvelles créations ont été développées dans le cadre d’un programme de coopération de six mois. Une démarche qui permet de travailler sur de nouveaux produits tout en conservant le savoir-faire qui caractérise cette production artisanale. Cette ouverture trouve écho dans les résultats enregistrés à l’export. 

Leïla Msallati a indiqué que les exportations du secteur ont atteint environ 85 millions de dinars à fin août 2026, en hausse de 3 % par rapport à la même période de 2025. Elles représentent, selon elle, près de 2 % de la valeur totale des exportations tunisiennes. “Le marché américain reste la première destination des exportations tunisiennes de produits artisanaux”, déclare-t-elle. La participation, pour la première fois, de la Chambre de commerce tuniso-américaine à ArtiCrea reflète d’ailleurs l’intérêt porté à ce marché. Pour l’ONAT, la présence de professionnels étrangers doit notamment contribuer à multiplier les contacts commerciaux et à renforcer l’accès des artisans tunisiens aux marchés extérieurs. 

Notons que cette édition d’ArtiCrea a rassemblé 228 entreprises artisanales venues de différentes régions du pays. Selon les données communiquées par l’ONAT, 60% d’entre elles sont dirigées par des femmes et 40 % par des diplômés de l’enseignement supérieur.

Organisée par l’ONAT en partenariat avec la Fédération nationale de l’artisanat et la Société des foires internationales de Tunis, la manifestation réunit également plusieurs structures appelées à accompagner les artisans dans leur développement commercial. Le CEPEX, La Poste Tunisienne et l’Office national tunisien du tourisme participent ainsi à l’organisation de cette édition. Au total, 12 institutions publiques et privées contribuent, selon Leïla Msallati, au soutien du secteur de l’artisanat et à la promotion de ses exportations.

Valoriser l’artisanat passe aussi par sa médiatisation

Présent à l’ouverture du salon, le ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Sofiane Tekaya, a échangé avec plusieurs artisans et chefs d’entreprises artisanales sur leurs préoccupations, notamment celles liées au développement de leurs activités, aux conditions de travail et à la commercialisation de leurs produits. D’ailleurs, plusieurs ateliers sont au menu. Ce mardi 6 octobre, le programme d’ArtiCrea prévoit notamment une session dédiée à “Raïdet Store”, la plateforme nationale destinée à la commercialisation des produits des femmes. L’atelier porte sur les possibilités offertes par la plateforme pour promouvoir les produits et élargir leurs débouchés. D’autres sessions aujourd’hui sont consacrées à l’exportation et aux opportunités d’accès aux marchés extérieurs.

Par ailleurs, le ministre a également salué le rôle de l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP) comme partenaire médiatique du secteur du tourisme et de l’artisanat. Il a souligné les efforts de l’agence pour couvrir les principaux événements du secteur et contribuer à faire connaître les produits artisanaux tunisiens, leurs innovations ainsi que les initiatives portées par les artisans.

Cette visibilité concerne aussi les marchés extérieurs. En relayant les créations et les initiatives du secteur en Tunisie comme à l’étranger, la couverture médiatique participe, selon le ministre, à mieux faire connaître la richesse de l’artisanat tunisien.

ArtiCrea se poursuit jusqu’au 11 octobre, de 10h à 19h, au Palais des Expositions du Kram.

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La Poste émet quatre timbres pour une école inclusive et sans harcèlement

La Poste Tunisienne émet, le 5 octobre 2026, une série de quatre timbres-poste sur le thème « École pour tous : Inclure les élèves ayant des besoins spéciaux à l’école et lutter contre le harcèlement ».

Ces timbres-poste ont été conçus dans le cadre de la manifestation « Philakids », organisée en partenariat avec le ministère de l’Éducation et le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées.

Cette initiative vise à sensibiliser à l’importance d’un environnement scolaire inclusif et sûr, fondé sur l’acceptation de la différence et l’égalité des chances, à favoriser le vivre-ensemble au sein de l’école et à bannir toute forme de harcèlement et de discrimination.

Ces timbres-poste ainsi que les autres produits philatéliques réalisés à cette occasion seront disponibles à la vente dans tous les bureaux de poste et via Internet à partir du lundi 5 octobre 2026.

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Le poème du dimanche | ‘‘Le poème m’habite’’ de Amel Ladhibi

Née en 1955 à Soliman, Tunisie, Amel Ladhibi Bent Chadhly, dite Ismahen Khan est poète et nouvelliste.

Professeur de langue et de littérature française, elle publie ses poèmes sur les réseaux sociaux, fait actuellement des recherches sur la poésie japonaise.

Depuis quarante ans, elle écrit, vers, proses et haïkus. Certains de ses textes ont paru dans des recueils collectifs ou des anthologies, comme Gyoshis, avec Taro Alzo ou Haiku Column University.

Tahar Bekri

Terre

Je suis son rivage ultime

Il est mon sol absolu

L’eau iodée

Nos refrains tressent

Nos corps en transe

Nous émergeons

Des vagues de sable

Le feu

Nous nous consumons

Nous déversons nos cendres

Au bord des récifs de corail

Nous sommes feu et flammes éphémères

L’air

Une brise printanière

Parfume nos années

Ses effluves montent en moi

Le poème notre printemps infini

Lumière

Récifs coralliens

Nous méditons

Lune plénière et éclats de lumière

L’homme

Nos cœurs

Infatigables habitacles

D’une passion infinie

Nos corps éphémères

Racontent notre histoire

A fleur de peau

Nos balades aux voûtes

Des ruelles de nos frémissements

Tremblent à chaque tournant

Le poème

Le poème m’habite

Lui mon sol absolu

Et moi sa terre choisie

Le poème nous habite

Nous sommes les fantômes de nos jours

Nous avançons

Sur le fil de l’horizon

Nous inscrivons

Avec des lettres de lumière

Nos initiales

Nos refrains

12/7/2023

(Remerciements à l’auteur)

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Miel Charab Echifa: ce que Easy Export change pour un petit exportateur

Mohamed Bekir, ingénieur réseau de formation et directeur commercial de « Miel Charab Echifa », n’avait pas prévu de faire de l’apiculture son activité. Sa passion pour la ruche s’est renforcée durant son projet de fin d’études, alors qu’il effectuait son stage chez Ooredoo. Les premiers revenus tirés du stage lui ont ensuite permis de financer un voyage au Yémen pour participer à un congrès consacré à l’apiculture. “C’est là que l’aventure a commencé”, raconte-t-il à Managers, en marge de l’événement Easy Export.

L’entreprise développe des produits issus de la ruche et s’intéresse notamment à l’apithérapie. Depuis son lancement, elle réalise également des analyses sur ses produits, notamment autour de l’invertase, une enzyme naturellement présente dans le miel. Son activité peut notamment permettre de vérifier si le miel a subi des transformations ou un chauffage susceptible d’altérer ses caractéristiques. Au départ, l’objectif de Mohamed Bekir était avant tout lié à l’apithérapie et à l’utilisation du miel à des fins thérapeutiques. “Notre premier objectif était de traiter les gens avec le miel”, explique-t-il. L’export est ensuite devenu un autre axe de développement. Selon lui, la Tunisie dispose de ressources végétales et de plantes particulières qui peuvent constituer un atout pour différencier les produits tunisiens et renforcer leur compétitivité sur les marchés étrangers.

Easy Export réduit le coût d’entrée

Miel Charab Echifa figure parmi les premières entreprises à avoir participé à Easy Export. Le programme lui a notamment permis d’explorer de nouveaux débouchés en Europe, au Canada et aux États-Unis. Avant cela, l’entreprise avait déjà réalisé certaines opérations à l’étranger à travers des initiatives personnelles, notamment vers le Yémen. Selon Mohamed Bekir, une opération d’envoi peut atteindre environ 100 dinars. La prise en charge de 50 % des frais de transport dans le cadre d’Easy Export constitue ainsi, selon lui, une solution pour réduire le coût des opérations et faciliter l’accès à l’export.

L’expérience fait également ressortir certaines difficultés. Il arrive qu’un colis soit retourné alors que la vente est déjà réalisée et que le client a payé. La cause? Il évoque les taxes que le destinataire peut devoir régler après l’arrivée du colis. Il souhaiterait que ces taxes puissent être payées en amont lorsque cela est possible, afin de limiter les risques de blocage ou de retour.

Pour Mohamed Bekir, ces contraintes montrent que l’accès aux marchés internationaux ne dépend pas seulement de la capacité d’une entreprise à proposer un produit. Les procédures douanières, les règles fiscales, les coûts logistiques et les modalités d’expédition pèsent également dans la décision de se lancer à l’export. Dans ce contexte, la simplification des démarches et la réduction des coûts peuvent aider davantage de petites entreprises tunisiennes à franchir le pas vers les marchés internationaux.

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Portrait. Camélia Barbachi, la mode en héritage

Après un début de carrière dans le marketing, Camélia Barbachi a choisi de revenir à sa passion première en lançant CHEZ NOUS. Sa marque réinvente le vestiaire tunisien dans un langage contemporain, inclusif et responsable. Distribuée à New York comme…

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Didier Breyton, PDG de Vignal Electronics & Wiring

L’ambition d’une «Silicon Valley tunisienne» à l’épreuve des réalités

Présente en Tunisie depuis près de 40 ans, la filière électronique, acteur reconnu dans le domaine du câblage de cartes électroniques et de fabrication de faisceaux de câbles électriques, a opéré une mutation silencieuse mais spectaculaire. Didier Breyton, pionnier du secteur, décrypte la montée en gamme d’une filière qui est devenue un véritable pôle d’ingénierie avancée. Il dessine la feuille de route d’une industrie résiliente résolue à inventer les champions de demain.

Vous pilotez votre entreprise en Tunisie depuis près de quatre décennies. Quel a été le déclic de cette implantation et comment avez-vous traversé les crises majeures?

L’aventure a commencé en 1987 avec la création du projet familial. Je suis arrivé en Tunisie comme responsable technique dans notre entreprise familiale. Très tôt, au début des années ‘90, nous avons subi de plein fouet la perte de notre principal client. Alors qu’on me suggérait de fermer, j’ai fait le choix de persister. Presque 40 ans plus tard, nous employons une centaine de personnes et nous continuons d’avancer. Initialement, notre implantation répondait à un arbitrage économique classique: produire des cartes électroniques à des coûts compétitifs par rapport à l’Europe, tout en effectuant un transfert de technologie. C’était un pari sur l’avenir.

La loi 72 est souvent présentée comme une aubaine pour les investisseurs étrangers. Quelle est votre grille de lecture sur ce cadre réglementaire?

Il existe, à mon sens, un malentendu sur la manière dont on interprète aujourd’hui les avantages accordés dans le cadre de la loi 72. Les exonérations fiscales mises en place à l’époque n’étaient pas simplement un «cadeau» fait aux investisseurs étrangers. Elles répondaient à une réalité économique: dans un secteur de haute technologie comme l’électronique, la Tunisie ne disposait alors ni de l’écosystème industriel, ni de la chaîne de fournisseurs, ni des compétences spécialisées nécessaires. Il fallait donc compenser le surcoût et le niveau de risque supportés par les premiers investisseurs qui ont contribué, pratiquement ex nihilo, à construire cette chaîne de valeur. Le choix du législateur était d’inciter l’investissement privé pour faire émerger progressivement cet environnement industriel. Aujourd’hui, cet écosystème existe, il s’est densifié et constitue probablement l’un des principaux actifs stratégiques de la filière électronique tunisienne. Un investisseur international sérieux ne regarde plus uniquement les incitations fiscales: il cherche avant tout un écosystème capable de sécuriser et d’accompagner son activité.

Comment l’industrie électronique tunisienne a-t-elle évolué pour passer de la simple sous-traitance à l’ingénierie à haute valeur ajoutée?

La mutation a été exponentielle. À la fin des années ‘80, notre rôle se limitait à maîtriser le savoir-faire de fabrication des cartes électroniques. Il y a environ 15 ans, nous avons assisté à une rupture stratégique: l’émergence des bureaux d’études et de R&D, portés par des ingénieurs tunisiens et étrangers. Le talent et la créativité tunisiens étaient là, mais ils manquaient d’ancrage matériel. Auparavant, fabriquer un prototype nécessitait d’importer des composants de Chine, sans maîtrise technique locale. Aujourd’hui, la chaîne de valeur est complète: de la conception théorique à la plasturgie, la tôlerie fine, les traitements de surface, jusqu’à l’assemblage aux normes internationales. Nous sommes passés du composant basique à l’intégration de produits finis exportables. L’électronique est par définition une industrie de l’ombre: nous sommes au cœur des machines, mais invisibles pour le grand public. Pourtant, nous fabriquons aujourd’hui en Tunisie des robots, des calculateurs pour l’intelligence artificielle, des composants pour voitures et bus autonomes. Lorsque j’en parle aux autorités, elles découvrent souvent l’ampleur de ces réalisations avec étonnement. Il faut le dire clairement: si la Tunisie arrêtait aujourd’hui sa production électronique et de câblage, des pans entiers de l’économie européenne seraient paralysés. La Tunisie ne fait plus seulement de l’assemblage, elle est devenue un maillon stratégique de la compétitivité et de la souveraineté industrielle de l’Europe.

Quel est aujourd’hui le principal frein à l’expansion des champions technologiques tunisiens à l’international?

Le goulot d’étranglement n’est plus technique, il est réglementaire et financier. Il est aberrant qu’aujourd’hui, la commercialisation à l’export, le e-commerce international ou l’accès à des plateformes comme PayPal restent bloqués par des réglementations de change obsolètes. La Tunisie produit une technologie d’excellence, mais s’auto-limite sur le plan commercial par manque de réformes monétaires.

En termes de compétitivité, comment situez-vous l’offre tunisienne?

La success story de l’électronique tunisienne repose sur un ancrage de 40 ans. La maturité de notre écosystème, la densité de nos bureaux d’études et la réactivité de nos ingénieurs nous donnent une longueur d’avance très claire sur le Maroc dans ce secteur précis. Aujourd’hui, le modèle est tellement mature que certaines entreprises tunisiennes de l’électronique ne se contentent plus d’exporter: elles investissent et créent des filiales à l’étranger. C’est la preuve d’un modèle gagnant-gagnant consolidé qu’il convient désormais de protéger et de propulser.

Sur le plan international, comment situez-vous la Tunisie face au Maroc, à l’Europe de l’Est ou à l’Asie?

Sur le plan purement technique, nous n’avons rien à envier à l’Europe de l’Est, et nous sommes objectivement plus performants que nos concurrents marocains. Le véritable champ de bataille se situe au niveau des coûts logistiques. Aujourd’hui, chaque rupture dans la chaîne logistique détruit de la valeur. Le mot d’ordre pour tout manager doit être la fluidité: comment faire sortir une marchandise de l’usine et la livrer le plus vite possible dans le monde? Pour passer un cap, la Tunisie a un besoin critique d’un port en eau profonde. Sans cette infrastructure majeure, il est impossible d’accueillir un constructeur automobile d’envergure, car les capacités d’expédition par petits navires sont dépassées. C’est tout le sens du pacte que nous avons signé avec les autorités: orienter les investissements publics vers ces infrastructures de désenclavement stratégique.

La bureaucratie et les procédures douanières sont régulièrement pointées du doigt. Comment gérez-vous ces contraintes au quotidien?

La Tunisie reste un paradoxe: à la lourdeur des procédures répond un engagement humain remarquable. Certaines rigidités, comme l’indisponibilité de Tunisie Trade Net le week-end, sont difficilement compatibles avec les exigences du commerce international. Si le système tient, c’est souvent grâce à la mobilisation des collaborateurs et de fonctionnaires engagés. L’urgence est désormais d’achever la digitalisation des procédures, notamment le paiement en ligne des droits.

Au-delà de la logistique, quels sont les verrous réglementaires qui entravent la montée en gamme des entreprises en Tunisie?

Le frein le plus anachronique réside dans la réglementation de la Banque centrale, notamment la Note n°3 de 1983 qui sépare les entreprises en statut «résident» et «non-résident». C’est une hérésie. Nous employons les mêmes compétences, opérons sur le même territoire et servons les mêmes marchés. Cette dualité crée des absurdités: les entreprises résidentes sont pénalisées dans l’achat de composants locaux ou le règlement de fournisseurs, ce qui bride l’intégration locale. De plus, les revirements d’application de ces règles, comme la remise en cause arbitraire des statuts non-résidents après deux ans d’exercice, forcent les dirigeants à des montages juridiques complexes pour maintenir leur activité. Si nous unifiions ces cadres réglementaires, la Tunisie doublerait sa capacité industrielle et son chiffre d’affaires à l’export.

L’intégration de technologies de pointe nécessite souvent le recours à une expertise internationale. Ce transfert de compétences est-il fluide?

Malheureusement non, en raison d’une réforme sociale mal pensée. Depuis 2017, la Tunisie impose aux experts étrangers de cotiser à la CNSS locale (à hauteur de 26% du salaire), sans aucune étude d’impact préalable. C’est un calcul à courte vue: pour obtenir une retraite en Tunisie, il faut cotiser au moins 10 ans. Un expert international venant installer une ligne de production pour 5 ou 6 ans se retrouve à payer une cotisation à fonds perdus, tout en devant maintenir sa couverture dans son pays d’origine. Les entreprises doivent donc assumer une double cotisation sociale suffocante pour attirer des talents à 3 000 euros par mois. De plus, cette règle souffre d’une iniquité flagrante, car des exceptions ont été accordées aux secteurs pétrolier et financier, mais pas à l’industrie technologique. Nous proposons de remplacer cette contrainte par une contribution forfaitaire sur le chiffre d’affaires, afin de préserver l’attractivité du pays pour le transfert de savoir-faire.

Justement, quelles sont les fragilités structurelles qui pèsent sur les sous-traitants et distributeurs tunisiens?

Le problème majeur de cet écosystème est la sous-capitalisation des entreprises. Les distributeurs locaux de consommables et de pièces détachées manquent de fonds de roulement. Par conséquent, ils ne peuvent pas constituer de stocks stratégiques. Lorsqu’un fournisseur local est en rupture, c’est   l’industriel exportateur qui doit reprendre à sa charge l’importation directe, subissant à nouveau des lourdeurs administratives. Aider ces PME à renforcer leur haut de bilan est une urgence transversale, car cette précarité financière pénalise la fluidité de l’ensemble de l’appareil productif national.

Les PME indépendantes rencontrent-elles des difficultés spécifiques pour financer leur modernisation technologique?

C’est un point aveugle de la législation. Dans l’esprit des décideurs, un investisseur étranger est forcément la filiale d’un grand groupe aux reins solides. Or, beaucoup d’entre nous sont des indépendants qui autofinancent leur croissance en réinvestissant la totalité de leurs bénéfices. Depuis la réforme de 2018 sur les comptes PPR (personnes physiques résidentes), la réglementation nous impose de convertir une partie importante de nos dividendes en dinars locaux, restreignant notre capacité à conserver des fonds en devises pour acheter des équipements de pointe à l’étranger. De plus, l’accès au crédit bancaire local reste très verrouillé pour les entreprises non résidentes. C’est un contresens économique: on freine l’investissement de ceux qui veulent moderniser leur outil industriel en Tunisie.

La Tunisie peut-elle ambitionner de dépasser le stade de l’assemblage pour bâtir une véritable industrie de composants à haute valeur ajoutée?

C’est la prochaine étape logique, et nous avons le potentiel pour bâtir une véritable «Silicon Valley tunisienne». Produire des composants exige des investissements lourds, un accès garanti à l’eau et une énergie compétitive. Contrairement au Maroc, la Tunisie possède un vivier exceptionnel d’ingénieurs et de concepteurs déjà matures sur toute la chaîne de valeur. Cette ambition croise une opportunité géopolitique majeure: la fin de l’hyper-mondialisation. Post-Covid, 20 à 30% des donneurs d’ordre européens cherchent à rapatrier leur production d’Asie vers des pays proches. La Tunisie est le partenaire naturel de l’Europe pour ce nearshoring. Les investisseurs internationaux croient toujours au potentiel tunisien, ils attendent simplement des signaux clairs de modernisation réglementaire.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux décideurs et aux acteurs économiques pour conclure?

La Tunisie est un pays de paradoxes, mais c’est avant tout une terre de résilience et de solidarité. Quand un industriel rencontre un obstacle, il trouve toujours une volonté humaine pour l’aider à se relever. Il est temps de sortir du déclinisme et de valoriser nos succès. Dans des pays comme la Chine, les réussites industrielles sont diffusées en boucle dans les espaces publics pour inspirer la jeunesse. Faisons de même! Communiquons sur notre excellence technologique, montrons que la Tunisie fabrique des robots, des calculateurs d’IA et des cartes électroniques de niveau mondial. C’est en redonnant de la fierté et une vision d’avenir à nos citoyens que nous transformerons notre potentiel en un leadership économique durable.

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Nouveau programme: les PME auront un diagnostic pour savoir par où commencer

Une entreprise peut vouloir automatiser sa production, intégrer des équipements connectés ou utiliser l’intelligence artificielle. Encore faut-il savoir par où commencer. En Tunisie, un nouvel outil doit justement permettre aux industriels de mesurer leur niveau de préparation au numérique et d’identifier les technologies dont ils ont réellement besoin.

Le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie et l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII), avec l’Union européenne et la GIZ Tunisie, lancent le Label I4.0 et TIMA, pour Tunisian Intelligent Manufacturing Assessment. Le lancement est prévu le 30 septembre à Tunis.

TIMA doit servir de point de départ. L’outil permet d’évaluer la maturité numérique d’une entreprise, d’identifier ses besoins et de mieux définir les prochaines étapes. Il sera disponible dans cinq Centres de compétences à Sousse, Sfax, Bizerte, Sidi Thabet et Monastir.

L’accompagnement ne s’arrête toutefois pas au diagnostic. À travers le HUB Industrie 4.0, les entreprises peuvent ensuite identifier les pistes d’amélioration et tester des solutions sur des projets pilotes, avant de viser le Label I4.0. L’idée est de permettre aux industriels d’avancer étape par étape plutôt que de multiplier les investissements technologiques sans feuille de route claire.

Pour les entrepreneurs et les entreprises technologiques, cette évolution crée aussi de nouveaux besoins à adresser. Automatisation, équipements connectés et intelligence artificielle figurent parmi les domaines déjà concernés par les initiatives développées depuis 2018 avec l’appui de l’Allemagne et de l’Union européenne.

Le sujet dépasse donc la seule digitalisation des usines. À mesure que les industriels cherchent à moderniser leurs activités, les entreprises capables de proposer des solutions adaptées peuvent trouver de nouveaux débouchés. Le diagnostic devient alors un premier lien entre un besoin industriel et une solution technologique.

 

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Mariem Labidi (Azal) : « Je veux être une passerelle »

Azal, projet porté par la chanteuse tunisienne Mariem Labidi, était présent au premier Arabesques Music Forum à Montpellier. Entre musique acoustique, poésie, sagesses soufies, influences méditerranéennes et expérience de l’immigration en Argentine, l’artiste revendique avant tout la transmission. En bref…

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Transport aérien intérieur : la Fédération tunisienne de l’hôtellerie tire la sonnette d’alarme

Dans un communiqué publié ce 27 décembre, la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH) a exprimé sa profonde préoccupation face aux perturbations récurrentes affectant les vols domestiques, notamment ceux desservant Djerba et Tozeur.

La situation du transport aérien intérieur en Tunisie suscite une vive inquiétude au sein des professionnels du tourisme. Retards excessifs, parfois supérieurs à dix heures, annulations de dernière minute : pour la Fédération, ces dysfonctionnements ne peuvent plus être considérés comme de simples incidents ponctuels. Ils traduisent, selon elle, une crise structurelle du transport aérien intérieur, aux répercussions directes sur l’économie nationale et sur l’image de la destination tunisienne à l’échelle internationale.

La FTH rappelle que le transport aérien intérieur constitue un service stratégique et souverain, essentiel à la cohésion territoriale et au bon fonctionnement de l’activité économique et touristique. Son affaiblissement a entraîné, selon l’organisation professionnelle, un véritable isolement de certaines régions. Djerba et Tozeur se retrouvent ainsi, de facto, soumises à une forme de blocus non déclaré, affectant les citoyens dans leur vie quotidienne, tant sur le plan sanitaire que familial et professionnel.

Désorganisation des programmes contractuels

Le secteur touristique figure parmi les premières victimes de cette situation. La Fédération dénonce un coup dur porté aux efforts de promotion du tourisme saharien et du tourisme insulaire, ainsi qu’une désorganisation des programmes contractuels conclus avec les agences de voyages, compromettant la crédibilité de la destination tunisienne auprès des partenaires étrangers.

À cela s’ajoute l’absence d’alternatives viables. Le transport terrestre, souligne la FTH, ne peut raisonnablement se substituer au transport aérien, compte tenu des longues distances et du manque d’infrastructures et d’équipements adaptés.

La Fédération déplore par ailleurs la faiblesse chronique des liaisons aériennes, internes comme internationales, dont souffrent les aéroports de Djerba, Tozeur et d’autres régions de l’intérieur du pays tout au long de l’année. Une situation qui accentue les déséquilibres régionaux et met en péril la pérennité des entreprises touristiques et économiques locales.

Face à ce qu’elle qualifie de situation alarmante, portant atteinte au droit constitutionnel des citoyens à la mobilité et nuisant à la réputation de la Tunisie, la Fédération tunisienne de l’hôtellerie appelle les autorités de tutelle à une intervention immédiate et urgente. Elle exhorte également le gouvernement à prendre des décisions courageuses et structurantes pour réformer en profondeur le secteur du transport aérien et mettre fin à une crise qui ne cesse de s’aggraver.

La FTH avertit enfin que la poursuite de l’inaction face à ces dysfonctionnements menace directement la compétitivité de l’économie nationale et la durabilité du secteur touristique tunisien.

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