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Grève des taxis : réformer le transport non régulier sans sacrifier la justice sociale

La grève générale observée lundi dernier par les professionnels du transport public non régulier a une nouvelle fois mis en lumière les profondes difficultés que traverse ce secteur stratégique. De 5 heures à 21 heures, les taxis individuels, les taxis collectifs, les taxis touristiques, les véhicules de louage ainsi que le transport rural ont été appelés à suspendre leur activité sur l’ensemble du territoire.

Selon la Fédération nationale du transport relevant de l’UTICA, le mouvement a connu un taux de participation élevé, traduisant le malaise grandissant d’une profession confrontée à une dégradation continue de ses conditions d’exercice.

Des revendications de nature réglementaire et législative
Intervenant sur les ondes d’une radio de la place, le vice-président de la Fédération nationale du transport, Moez Sellami, a estimé que la mobilisation s’était déroulée conformément aux prévisions. Il a réaffirmé la volonté des professionnels de parvenir à une solution négociée avec les autorités, tout en soulignant que leurs revendications sont essentiellement de nature législative et réglementaire. Au premier rang de ces revendications figure la révision des tarifs du transport public non régulier. Une augmentation avait été annoncée pour le premier trimestre 2026 avant d’être reportée au mois de juin, sans qu’aucune décision définitive ne soit finalement adoptée. Pour les représentants du secteur, ce nouveau report est devenu difficilement acceptable. Leurs arguments reposent sur une réalité économique incontestable. Depuis plusieurs années, les coûts d’exploitation n’ont cessé de progresser. Le prix des carburants, les dépenses d’entretien, le coût des pneumatiques, des pièces de rechange, des assurances, des réparations mécaniques ainsi que les charges fiscales pèsent lourdement sur la rentabilité de l’activité. Beaucoup de professionnels estiment aujourd’hui que les tarifs en vigueur ne couvrent plus les coûts réels du service rendu.
À cette augmentation des charges s’ajoute une concurrence de plus en plus importante, l’apparition de nouvelles formes de mobilité, ainsi que la diminution du nombre de courses dans certaines régions. Pour nombre de chauffeurs, la rentabilité quotidienne s’est considérablement réduite, mettant parfois en péril leur capacité à rembourser les crédits contractés pour l’acquisition ou le renouvellement de leurs véhicules. Pour la Fédération, il ne s’agit donc pas d’une simple revendication corporatiste mais d’une nécessité économique destinée à assurer la survie même du secteur. Comme l’a rappelé Moez Sellami, «personne ne peut prétendre que ces revendications ne le concernent pas», y compris les organisations professionnelles qui n’ont pas participé au mouvement.

Toute augmentation a un impact sur le budget des citoyens
Cependant, cette lecture du dossier ne saurait être la seule. Car derrière les difficultés des transporteurs se trouvent également celles des citoyens, qui subissent eux aussi une dégradation continue de leur pouvoir d’achat. Depuis plusieurs années, les ménages tunisiens sont confrontés à une hausse sensible du coût de la vie. Les dépenses alimentaires, les frais de logement, les soins de santé, l’éducation, l’énergie et les transports absorbent une part croissante des revenus familiaux, alors même que les salaires évoluent beaucoup plus lentement. Pour de nombreux travailleurs, étudiants, retraités ou demandeurs d’emploi, le taxi constitue parfois le seul moyen de transport disponible lorsque les réseaux publics sont insuffisants. Toute augmentation des tarifs risque donc d’avoir un impact immédiat sur leur budget quotidien. Le problème dépasse ainsi largement la seule question des intérêts des transporteurs. Il renvoie à une problématique plus globale, celle de l’équilibre économique d’un service public indispensable dans un contexte de fortes tensions sociales. Une augmentation uniforme des tarifs pourrait certes soulager momentanément les professionnels, mais elle risquerait également d’aggraver les difficultés financières des usagers et de réduire encore davantage la fréquentation des taxis, créant ainsi un cercle vicieux dont personne ne sortirait véritablement gagnant.

La recherche d’une solution durable suppose une approche plus globale
Une première piste consisterait à procéder à une révision objective de la structure des coûts du secteur afin de déterminer, sur des bases économiques transparentes, le niveau réel des tarifs nécessaires à son équilibre financier. Parallèlement, les pouvoirs publics pourraient examiner des mécanismes d’accompagnement permettant d’alléger certaines charges supportées par les professionnels. Des facilités fiscales ciblées, des crédits préférentiels pour le renouvellement du parc automobile, des mesures d’encouragement à l’acquisition de véhicules moins énergivores ou encore une révision de certaines taxes pourraient contribuer à améliorer la rentabilité sans faire peser exclusivement l’effort sur les usagers. La modernisation du secteur constitue également un enjeu majeur. La généralisation des outils numériques, des applications de réservation, des systèmes de paiement électronique et d’une meilleure organisation des stations permettrait d’améliorer la qualité du service tout en optimisant les recettes. De leur côté, les citoyens attendent également une amélioration des prestations : ponctualité, disponibilité, qualité de l’accueil, sécurité, transparence des tarifs et respect des règles professionnelles. Toute réforme tarifaire gagnerait ainsi en acceptabilité si elle s’accompagnait d’un engagement réciproque en faveur d’une amélioration du service rendu.

Repenser l’ensemble de la politique nationale de mobilité
Plus largement encore, cette crise rappelle l’urgence de repenser l’ensemble de la politique nationale de mobilité. Le transport public collectif demeure insuffisant dans plusieurs régions, ce qui accroît mécaniquement la dépendance des citoyens à l’égard des taxis et du transport non régulier. Le développement des transports collectifs urbains et interurbains, leur modernisation et une meilleure complémentarité entre les différents modes de déplacement constituent des leviers essentiels pour réduire durablement les tensions. Le dialogue demeure, dans ce contexte, la seule voie susceptible de concilier les intérêts parfois divergents des différentes parties. Les revendications des professionnels sont légitimes lorsqu’elles visent à préserver la viabilité économique de leur activité. Les préoccupations des usagers le sont tout autant lorsqu’elles traduisent les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés des millions de citoyens. La véritable réponse ne peut donc résider dans une opposition entre transporteurs et usagers, mais dans une politique publique capable de prendre simultanément en considération les impératifs économiques des professionnels, la protection du pouvoir d’achat des ménages et l’intérêt général.
L’enjeu dépasse finalement la seule question des tarifs. Il concerne la construction d’un modèle de mobilité plus équilibré, plus performant et plus équitable. C’est à cette condition que les réformes pourront répondre aux attentes des transporteurs sans compromettre les droits des citoyens à un service de transport accessible, de qualité et financièrement supportable. Une telle approche s’inscrit dans la recherche d’un équilibre entre justice sociale, efficacité économique et continuité du service public, trois objectifs qui doivent demeurer au cœur des politiques publiques.

Ahmed NEMLAGHI

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Tunisie | Grève du transport public non régulier

La grève du secteur du transport public non régulier — taxis individuels, taxis collectifs, taxis touristiques, véhicules de transport interurbain (louages) — se poursuivra ce lundi 13 juillet 2026 jusqu’à 21 heures, pour protester contre ce que les grévistes qualifient de persistance de la politique de procrastination et de non-respect, par le ministère du Transport, des accords conclus avec les opérateurs du secteur.

Intervenant sur Diwan FM, Moez Sellami, vice-président de la Fédération nationale du transport, relevant de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), la principale centrale patronale, a expliqué que ce mouvement a été engagé parce que les autorités sont revenues, pour la deuxième fois, sur leurs engagements de résoudre les questions en suspens — notamment les engagements initialement formalisés dans le procès-verbal de la réunion du 22 janvier.

La Fédération avait précédemment suspendu une grève prévue pour le 27 avril dernier, suite à l’intervention de la direction de l’Utica et en vertu de promesses explicites de répondre à ses revendications.

Les principales revendications des professionnels portent sur la nécessité d’accélérer la modification de la loi n° 33 de 2004 et d’élaborer un cahier des charges pour l’utilisation des applications intelligentes, tout en finalisant la réglementation régissant les activités en station, a indiqué Sellami, ajoutant que l’autorité de tutelle avait également manqué à ses engagements concernant les ajustements tarifaires ; initialement prévus pour mars 2026, ces derniers avaient été reportés — avec la promesse d’une mise en œuvre pour le mois de juin dernier — sans qu’aucune mesure concrète n’ait été prise à ce jour.

Le vice-président de la Fédération nationale du transport a dénoncé ce qu’il a qualifié de politique de marginalisation et de négligence de la part du ministre des Transports, soulignant que ce dernier n’avait tenu aucune réunion avec le bureau exécutif de la Fédération depuis sa prise de fonctions pour aborder les préoccupations du secteur.

Le secteur du transport public non régulier compte plus de 55 000 opérateurs et génère plus de 150 000 emplois, a rappelé M. Sellami, tout en appelant à une «approche responsable de ce secteur vital.»

I. B.

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Grève des taxis et louages : L’UGTT refuse de suivre le mouvement

Alors que le secteur du transport public non régulier a décidé d’entrer en grève, les divergences entre les principales organisations représentatives se confirment. Alors que les structures professionnelles ont maintenu leur appel à cesser le travail ce lundi 13 juillet, la Fédération générale du transport de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a invité, au contraire, ses adhérents à poursuivre normalement leurs activités.

Dans un communiqué publié dimanche, la Fédération générale du transport a appelé les travailleurs affiliés au secteur du transport public non régulier à ne pas prendre part au mouvement de grève prévu de 5h à 21h sur l’ensemble du territoire.

L’organisation syndicale estime que la défense des intérêts des travailleurs doit s’inscrire dans le respect des décisions des structures de l’UGTT et dans le cadre d’une action syndicale unifiée et responsable. Elle insiste également sur l’importance de préserver la cohésion de l’organisation syndicale face aux revendications du secteur.

L’UGTT réclame la protection de ses adhérents

Au-delà de son appel à poursuivre le travail, la Fédération générale du transport demande aux autorités de garantir la sécurité de ses adhérents et de prévenir toute forme de harcèlement, de pression ou d’agression en raison de leur choix de ne pas participer à la grève.

Elle assure, par ailleurs, qu’elle apportera un accompagnement juridique et syndical à tout adhérent qui ferait l’objet d’abus dans le cadre de cette mobilisation.

Les organisations professionnelles maintiennent leur mot d’ordre

En face, les représentants des professionnels du transport public non régulier campent sur leur position. La grève nationale reste programmée pour ce lundi dans tous les gouvernorats et concerne les taxis individuels, les taxis collectifs, les taxis touristiques, les véhicules de louage ainsi que le transport rural.

Le premier vice-président de la Fédération nationale du transport relevant de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), Moez Sellami, a affirmé que le mouvement demeurait maintenu. Selon lui, aucune suspension n’est envisagée tant que le ministère du Transport n’aura pas concrétisé les engagements pris envers la profession, notamment en ce qui concerne la révision des tarifs.

Un secteur divisé à la veille de la mobilisation

Cette prise de position de l’UGTT met en évidence des divergences de stratégie entre les représentants des salariés et les organisations professionnelles du secteur. Alors que les premiers privilégient la poursuite de l’activité et le respect des orientations syndicales, les seconds misent sur une grève nationale pour accentuer la pression sur les pouvoirs publics.

Cette division pourrait avoir un impact sur l’ampleur de la mobilisation prévue ce lundi et sur les perturbations attendues dans les services de transport public non régulier à travers le pays.

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