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L’Italie à l’honneur au BigTech Africa 2026 à Tunis

L’intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud, l’innovation industrielle, les startups, les investissements et la coopération technologique seront au cœur de la troisième édition de BigTech Africa, organisé par TPM Events sous le patronage du ministère des Technologies de la communication, qui se tiendra les 13 et 14 octobre 2026 à la Cité de la Culture de Tunis.

L’événement se veut une plateforme panafricaine dédiée à la transformation numérique, aux investissements et à la coopération technologique.

Selon TPM Events, l’édition 2026 table sur 4 000 participants qualifiés, 100 experts et intervenants, 40 investisseurs internationaux et des représentants de 20 pays, avec un programme comportant un millier de rencontres B2B.

Parmi les thèmes abordés figurent l’IA souveraine, la cybersécurité, le cloud africain, la GovTech, la FinTech, la GreenTech, l’Industrie 4.0 ainsi que la confrontation entre l’IA générative et la DeepTech industrielle.

L’ICE-Agenzia (Agence italienne pour le commerce extérieur) sera présente avec un «Punto Italia» (Espace Italie) dédié à la promotion de l’écosystème national de l’innovation ; y seront présentées des initiatives telles que Labinnova, Terna Innovation Zone et Innovatech, ainsi que les activités d’incubateurs et d’accélérateurs italiens. Cet espace prévoit également des temps forts consacrés à la formation, au réseautage et à la présentation de projets et de compétences issus du système italien.

Le 14 octobre, de 14h25 à 15h25, la scène principale («Main Stage ») accueillera une table ronde intitulée «L’Italie comme pont pour l’innovation Italie-Afrique : dialogue entre institutions, innovation en entreprise et écosystème des startups», modérée par Bernard Prevete, directeur du bureau de l’ICE à Tunis. Parmi les intervenants figurent notamment Paolo Anselmo (président de l’Italian Business Angels Network), Luigi Giorgi (Terna), Marco D’Angelo (InnovUp et beeco), Francesco Gavanna (Fintech District) et Viera Schioppetto (CIES). Le débat portera sur l’établissement de partenariats entre l’Italie et l’Afrique dans les domaines du mentorat, de l’investissement, de l’incubation et du transfert de compétences.

Cette présence italienne s’inscrit dans le cadre d’un événement visant à faire de Tunis un carrefour entre les écosystèmes technologiques africains, européens et internationaux, en favorisant la mise en relation d’institutions, d’entreprises, de startups, d’investisseurs et de centres d’innovation.

Pour l’Italie, BigTech Africa constitue ainsi une opportunité de renforcer la coopération économique et technologique avec la Tunisie et, plus largement, avec les marchés africains émergents dans le secteur de l’innovation numérique.

I. B.

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Tunisie – Sécurité routière : Des patrouilles en civil pourront désormais verbaliser

La Direction de la police de la circulation expérimente depuis environ une semaine un nouveau dispositif reposant sur des patrouilles d’agents en civil chargées de constater et de verbaliser les infractions routières. L’objectif est de renforcer le contrôle dans les zones où les infractions se multiplient, notamment durant les heures de pointe.

Le colonel Rachid Rachikou, directeur de la police de la circulation au ministère de l’Intérieur, a expliqué que cette expérimentation intervient dans le cadre de l’évaluation régulière de la situation routière et des comportements des usagers.

Selon lui, durant les périodes de forte circulation, les agents en uniforme sont principalement mobilisés aux carrefours et sur les principaux axes afin de fluidifier le trafic. Certains conducteurs profiteraient ainsi de l’absence d’agents en uniforme dans d’autres secteurs pour commettre des infractions.

Le nouveau dispositif prévoit donc le déploiement d’agents en civil dans les points identifiés comme étant particulièrement concernés par les infractions. Ces agents peuvent constater l’infraction et la documenter par des photographies, avant que le procès-verbal ne soit établi et transmis automatiquement au contrevenant.

Les images peuvent également être utilisées comme éléments de preuve en cas de contestation de l’infraction par le conducteur.

Un dispositif provisoire avant la généralisation des caméras

Le responsable a précisé que le recours aux photographies prises par les agents constitue une mesure transitoire, dans l’attente de l’achèvement du déploiement des caméras de surveillance destinées à détecter automatiquement les infractions routières.

Rachid Rachikou a également affirmé que le recours à des patrouilles en civil pour constater les infractions est prévu par la loi. L’objectif est de maintenir le respect du Code de la route, y compris dans les zones où les agents en uniforme ne sont pas présents.

Le déploiement de ces patrouilles est organisé selon un programme hebdomadaire établi par la direction des opérations, qui détermine les secteurs nécessitant un contrôle renforcé.

L’expérimentation a notamment concerné le Centre urbain Nord vendredi dernier, où un nombre important d’infractions a été relevé. Samedi, les opérations se sont concentrées sur plusieurs rues de la capitale, notamment pour contrôler les infractions liées au stationnement.

Cette nouvelle approche intervient alors que les autorités cherchent à renforcer le contrôle des comportements routiers et à élargir la surveillance au-delà des seuls points de présence habituels des agents de la circulation.

Projet d’amendement du Code de la route

Le durcissement des sanctions avait déjà été annoncé par Sami Rachikou en 2025. Le projet d’amendement du Code de la route prévoyait notamment le retrait du permis pour certaines infractions graves, avec des durées pouvant atteindre plusieurs mois en fonction du dépassement de la vitesse autorisée, ainsi que le recours aux nouvelles technologies pour constater les infractions.

Ces mesures s’inscrivent dans la Stratégie nationale multisectorielle de sécurité routière 2025-2034. Celle-ci repose sur cinq axes et prévoit 168 projets et actions, avec notamment le développement des infrastructures, la sécurité des usagers, la sécurité des véhicules et l’amélioration des interventions après les accidents. L’objectif affiché est de réduire progressivement les accidents, jusqu’à une baisse de 50 % à l’horizon 2034.

L’urgence de ces mesures apparaît dans les dernières statistiques de l’Observatoire national de la sécurité routière. Au 1er octobre 2026, la Tunisie comptabilisait 3.616 accidents de la route, 1.029 décès et 4.692 blessés depuis le début de l’année. Par rapport à la même période de 2025, le nombre d’accidents a diminué de 13,43 % et celui des blessés de 15,22 %, mais le nombre de décès reste supérieur de 10,76 %.

Lire aussi : Accidents de la route : La vitesse n’est plus la première cause, mais reste la plus meurtrière

Les données de l’ONSR montrent également que l’inattention et le manque de vigilance demeurent les principales causes d’accidents. Au 27 septembre, elles étaient à l’origine de 1.078 accidents, devant la vitesse, impliquée dans 768 accidents. En revanche, la vitesse demeure le premier facteur associé aux accidents mortels, avec 374 décès enregistrés à cette date.

Le renforcement des contrôles intervient donc alors que la Tunisie enregistre une situation paradoxale : moins d’accidents et moins de blessés, mais davantage de morts qu’à la même période de l’année précédente. Le recours aux patrouilles en civil vient ainsi compléter un dispositif qui doit progressivement intégrer les caméras, les radars et de nouvelles dispositions réglementaires afin de renforcer la constatation et la sanction des comportements dangereux.

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Quel rôle pour la Tunisie dans la gestion de la crise en Libye ?

La nouvelle dynamique diplomatique autour de la Libye place la Tunisie devant une question qui dépasse la seule politique étrangère : comment éviter qu’une évolution extérieure ne se transforme en vulnérabilité intérieure ? (Photo: Poste frontalier de Ras Jedir).

Abdelwaheb Ben Moussa *

Les États-Unis cherchent à rapprocher les autorités de l’Est et de l’Ouest libyens, à favoriser l’unification des institutions et à ouvrir la voie à des élections nationales. La Turquie, l’Égypte et les puissances européennes poursuivent parallèlement leurs propres objectifs. Cette recomposition peut contribuer à stabiliser la Libye. Elle peut aussi modifier les équilibres sécuritaires, économiques et diplomatiques autour de la Tunisie.

Il serait toutefois réducteur de considérer cette séquence comme une simple rivalité entre puissances. Le véritable enjeu pour Tunis est de savoir si elle dispose de suffisamment de marges de manœuvre pour tirer profit d’une éventuelle stabilisation libyenne, absorber ses effets négatifs et défendre ses intérêts lorsque les décisions se prennent ailleurs.

La souveraineté ne consiste pas à ne dépendre de personne. Elle consiste à disposer de suffisamment de ressources, de partenaires, de compétences et d’instruments pour que la dépendance ne devienne pas une vulnérabilité subie. C’est à cette aune qu’il faut apprécier la nouvelle stratégie américaine en Libye.

Ne pas confondre stabilisation et solution automatique

La première réaction devrait être pragmatique. Pourquoi la Tunisie rejetterait-elle une initiative susceptible de rapprocher les Libyens et de mettre fin à une division qui nourrit l’insécurité ? Après des années d’échec, toute avancée vers l’unification des institutions et l’organisation d’élections mérite d’être encouragée. Washington dispose de canaux de discussion et d’une capacité d’influence que Tunis ne possède pas.

Mais une stabilisation annoncée ne constitue pas encore une stabilité acquise. Un accord politique peut rester fragile, une coordination sécuritaire peut demeurer incomplète et une réunification institutionnelle peut ne pas produire d’autorité effective sur l’ensemble du territoire. Les effets réels d’un règlement se mesureront moins aux déclarations qu’à la capacité des institutions libyennes à contrôler les frontières, à garantir la circulation et à prévenir les crises locales.

La Tunisie n’a donc aucun intérêt à s’opposer par principe à l’initiative américaine. Elle doit la soutenir lorsqu’elle favorise un processus inclusif, libyo-libyen et placé dans un cadre multilatéral. Mais elle doit aussi se préparer à plusieurs scénarios, y compris celui d’une transition incomplète, d’une stabilisation partielle ou d’un nouvel équilibre dominé par des acteurs extérieurs.

La souveraineté tunisienne commence ici : ne pas confondre l’espoir d’une solution avec la disparition du risque.

La frontière, premier canal de transmission du risque

Pour la Tunisie, la Libye n’est pas un dossier diplomatique lointain. Elle constitue une réalité économique, sociale et sécuritaire quotidienne. Les régions du Sud vivent au rythme des échanges transfrontaliers, des mouvements de personnes et de l’activité du poste de Ras Jedir. Chaque fermeture, chaque tension locale et chaque changement dans le rapport de force libyen se répercute immédiatement sur les familles, les commerçants et les entreprises des deux côtés de la frontière.

On pourrait considérer Ras Jedir comme un problème bilatéral et administratif, distinct des grandes négociations géopolitiques. Ce serait une erreur. La frontière est précisément le point où les arrangements politiques libyens deviennent une réalité tunisienne. Si l’unification institutionnelle ne garantit pas une autorité stable sur les postes-frontières, une chaîne de commandement identifiable et des règles commerciales prévisibles, elle restera incomplète du point de vue tunisien.

La Tunisie doit donc traiter la frontière comme une infrastructure stratégique. Cela suppose de sécuriser les accès, moderniser les procédures douanières, améliorer la traçabilité des flux et maintenir des canaux permanents avec les autorités locales libyennes.

La lutte contre les trafics doit être renforcée, mais elle ne peut pas se traduire par une fermeture indiscriminée qui pénaliserait les populations et l’économie légale.

La maîtrise du risque ne consiste pas à supprimer les échanges. Elle consiste à rendre les échanges plus transparents, plus prévisibles et moins dépendants des rapports de force locaux.

Une éventuelle stabilisation de la Libye pourrait relancer les échanges et soutenir l’économie du Sud tunisien. Mais cette opportunité ne se concrétisera pas automatiquement. Si le commerce transfrontalier reste informel, concentré sur quelques points de passage et dépendant de décisions sécuritaires imprévisibles, la Tunisie continuera à subir les crises au lieu de bénéficier de la reprise.

Il faut donc construire des amortisseurs économiques : développer des plateformes logistiques, renforcer les entreprises locales, formaliser une partie des échanges et créer des mécanismes de soutien pour les opérateurs touchés par les fermetures temporaires. La diversification des débouchés est également indispensable. Les régions frontalières ne peuvent pas dépendre d’un seul passage, d’un seul marché ou d’une seule configuration politique à Tripoli.

La question n’est pas de réduire le lien avec la Libye. Elle est de faire en sorte que ce lien devienne une force économique organisée plutôt qu’une dépendance exposée à chaque tension.

La neutralité comme capacité de choix

Tunis a raison de préserver une position équilibrée à l’égard des différents acteurs libyens. Dans un pays encore divisé, choisir prématurément un camp réduirait sa marge de manœuvre et exposerait ses intérêts à un changement de rapport de force.

Mais la neutralité n’a de valeur que si elle permet de choisir. Une neutralité passive risque de transformer la Tunisie en simple observatrice d’un processus conduit par Washington, Ankara, Le Caire et les institutions internationales. Elle conserverait ses relations avec tout le monde, mais pèserait réellement sur personne.

La réponse ne consiste pas à multiplier les déclarations de souveraineté. Elle consiste à renforcer les instruments qui donnent un contenu à cette souveraineté : expertise sur les questions frontalières, capacité de négociation, coordination interinstitutionnelle, présence diplomatique régulière en Libye et propositions concrètes sur la sécurité et le commerce.

La Tunisie ne peut pas imposer une solution. Elle peut toutefois rendre certaines solutions plus crédibles et certaines dérives plus coûteuses. Sa proximité géographique, ses relations avec l’Ouest libyen et son expérience des échanges transfrontaliers lui donnent une utilité spécifique. Encore faut-il la convertir en influence.

La nouvelle architecture sécuritaire libyenne impliquera nécessairement des partenaires extérieurs. La Tunisie a besoin de coopération avec la Libye, l’Algérie, les institutions internationales et, sur certains dossiers, les États-Unis et la Turquie. Refuser cette coopération au nom d’une souveraineté abstraite serait irréaliste. Mais coopérer ne signifie pas accepter une architecture conçue ailleurs. Si les priorités sécuritaires sont définies principalement par Washington ou Ankara, Tunis pourrait se retrouver devant des décisions déjà prises concernant la surveillance des frontières, la présence étrangère, la lutte contre les trafics ou la gestion des migrations.

Il faut ici appliquer le même principe que dans les relations économiques : la diversification n’est pas le rejet d’un partenaire, mais la condition d’un partenariat plus équilibré. La Tunisie doit parler avec tous les acteurs qui comptent, éviter de dépendre d’un seul canal et faire en sorte que les engagements sécuritaires soient transparents, ciblés et compatibles avec ses intérêts propres.

La souveraineté moderne ne signifie pas l’autarcie. Elle signifie pouvoir choisir ses dépendances.

Le cadre régional : un instrument, pas un substitut à la stratégie tunisienne

La Tunisie ne dispose ni du poids militaire de la Turquie, ni de la profondeur stratégique de l’Égypte, ni des ressources diplomatiques des États-Unis. Elle peut toutefois compenser cette faiblesse relative par une diplomatie de coalition. Le mécanisme de concertation avec l’Algérie et l’Égypte doit devenir un instrument opérationnel, et non rester un cadre de déclarations générales.

Les divergences entre les trois pays sont réelles. L’Algérie regarde prioritairement vers sa profondeur sahélienne et ses impératifs de sécurité. L’Égypte est davantage attentive à l’Est libyen. La Tunisie est directement exposée à l’Ouest, à Ras Jedir et aux flux transfrontaliers. Cette différence de perspective ne condamne pas la concertation ; elle impose de lui donner un agenda limité et concret.

Sécurité des frontières, continuité des passages, lutte contre les trafics, échanges d’informations et soutien à un processus politique inclusif peuvent constituer ce socle commun. Tunis doit toutefois y défendre sa propre voix et ne pas se fondre dans une position régionale uniforme.

La Tunisie a souvent abordé le dossier libyen sous l’angle de la prévention : empêcher l’instabilité de franchir la frontière, limiter les effets économiques des crises et éviter de s’impliquer dans les rivalités libyennes. Cette prudence était compréhensible. Elle ne suffit plus dans une phase où de nouveaux équilibres sont en train de se former.

Certains objecteront que Tunis doit d’abord résoudre ses propres difficultés économiques et institutionnelles avant de prétendre jouer un rôle régional. Mais la question libyenne n’est pas un luxe diplomatique. Elle touche directement la sécurité, le commerce, l’emploi, les migrations et la stabilité des régions frontalières. Investir dans une politique libyenne plus structurée relève donc de la protection des intérêts fondamentaux du pays.

Tunis doit passer d’une diplomatie de réaction à une diplomatie d’initiative. Cela implique de proposer un agenda tunisien pour la frontière, de défendre une solution politique inclusive, de diversifier les partenariats et de faire de la stabilité de Ras Jedir un intérêt régional reconnu par tous.

La Tunisie n’a pas vocation à imposer une solution à la Libye. Elle a en revanche le devoir de ne pas laisser d’autres acteurs définir seuls un règlement qui touchera directement sa sécurité, son économie et sa cohésion sociale.

La neutralité peut rester le principe directeur de la politique tunisienne. Mais elle doit être une neutralité engagée, organisée et capable de produire des résultats. Dans la nouvelle séquence libyenne, la véritable faiblesse de la Tunisie ne serait pas de manquer de puissance. Ce serait de confondre la retenue avec l’effacement.

La souveraineté tunisienne ne se proclamera pas au moyen d’une rupture avec ses partenaires. Elle se construira par des frontières mieux administrées, des échanges mieux organisés, des alliances diversifiées et une capacité accrue à transformer la proximité géographique en influence politique et économique.

Face aux recompositions libyennes, Tunis ne doit ni choisir un protecteur ni prétendre pouvoir agir seule. Elle doit construire les marges de manœuvre qui lui permettront de dialoguer avec tous, de dépendre de plusieurs et de subir moins.

* Ingénieur informaticien, cadre de banque publique.

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Il y a 41 ans | La Tunisie faisait condamner Israël à l’Onu

Il y a 41 ans, jour pour jour… Le 4 octobre 1985, le Conseil de sécurité condamna l’agression israélienne contre le siège de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Hammam Chott, dans la banlieue sud de Tunis. Un témoignage vécu à New York…

Noureddine Mezni * 

Le 4 octobre 1985, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 573 (1985), à la suite de la plainte déposée par la Tunisie contre Israël, après l’acte d’agression commis contre sa souveraineté et son intégrité territoriale, «en violation flagrante de la Charte des Nations unies et du droit et des normes de conduite internationaux».

La résolution condamnant l’agression israélienne fut adoptée par quatorze voix, sans aucune voix contre, avec une seule abstention : celle des États-Unis.

Cette résolution revêtait une importance particulière puisqu’elle constituait la première résolution du Conseil de sécurité condamnant explicitement l’agression israélienne contre le territoire tunisien.

Je venais, à cette époque, d’être nommé Représentant adjoint de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) auprès de l’Onu. J’ai donc vécu cet événement historique au siège des Nations unies, à New York.

Une position américaine qui avait suscité la consternation

J’étais chargé de préparer le texte de l’intervention de mon organisation devant le Conseil de sécurité, réuni pour examiner cette agression israélienne.

Je n’oublierai jamais la fierté que j’avais ressentie en recevant les directives de l’administration centrale de l’OCI, dont le siège était alors à Jeddah, pour préparer ce texte. C’était la première tâche de cette importance qui m’était confiée dans le cadre de mes nouvelles fonctions.

Ce qui m’avait le plus choqué, en suivant de près l’extraordinaire couverture médiatique de l’agression israélienne par les chaînes de télévision américaines, était le soutien public et immédiat de la Maison-Blanche à Israël, qui avait qualifié son opération d’«acte légitime d’autodéfense», après l’assassinat, revendiqué par la Force 17, unité d’élite de l’OLP, de trois civils israéliens à bord de leur yacht, au large des côtes chypriotes.

Israël avait ainsi violé la souveraineté de la Tunisie, pourtant amie de longue date des États-Unis, et tué des dizaines de civils, Tunisiens et Palestiniens.

Le président Habib Bourguiba et plusieurs de ses alliés européens avaient alors exercé de fortes pressions sur l’administration américaine afin qu’elle reconsidère sa position initiale.

Bourguiba, ami de l’Occident et en particulier des États-Unis d’Amérique, menaça de rompre les relations diplomatiques de Tunis avec Washington au cas où le gouvernement américain opposait son veto à la résolution.

Clovis Maksoud et le «temps gagné»

Des négociations serrées se déroulaient au moment même où le Conseil de sécurité était réuni pour débattre de cette agression. La ferme condamnation de l’opération israélienne par plusieurs capitales européennes, dès les premières heures, ainsi que l’intervention de Bourguiba auprès de son homologue américain, Ronald Reagan, avaient finalement porté leurs fruits.

La délégation tunisienne présente dans la salle du Conseil de sécurité, conduite par Béji Caïd Essebsi, alors ministre des Affaires étrangères, attendait avec impatience l’issue de ces démarches.

Pendant cette attente, et afin de gagner du temps avant l’arrivée des instructions de Washington à son représentant au Conseil de sécurité, l’ambassadeur Walter Vernon, la délégation tunisienne avait demandé à l’ambassadeur de la Ligue arabe auprès de l’Onu, le professeur Clovis Maksoud, d’«allonger» au maximum le discours qu’il était en train de prononcer devant les membres du Conseil.

Le représentant de l’organisation panarabe, parfait anglophone, excella au cours de cette intervention, dont une grande partie fut improvisée pour la circonstance. Il réussit ainsi à retenir l’attention de l’ensemble des membres du Conseil jusqu’à l’arrivée de la réponse de la Maison-Blanche.

Washington avait finalement demandé à son représentant de s’abstenir, permettant ainsi l’adoption de la résolution 573 condamnant l’agression israélienne.

Une scène que je n’ai jamais oubliée

Je me souviens également d’une scène qui m’avait particulièrement marqué ce jour-là.

Benjamin Netanyahu, alors représentant permanent d’Israël auprès des Nations unies, avait, immédiatement après l’adoption de la résolution, déchiré le document portant le projet de résolution, dans un geste spectaculaire qui avait surpris la salle du Conseil de sécurité.

Cette scène est restée gravée dans ma mémoire, tant elle témoignait de la tension qui régnait autour de cette résolution historique.

Quarante et un ans plus tard, je garde encore le souvenir très précis de cette journée passée au siège des Nations unies à New York : une journée où, pour la première fois, je me retrouvais directement au cœur d’un dossier majeur porté devant le Conseil de sécurité dans le cadre de mes nouvelles fonctions internationales.

Un événement historique dans les annales du Conseil de sécurité des Nations unies, que j’ai eu le privilège de vivre de l’intérieur.

* Consultant en diplomatie publique internationale et en communication, ancien porte-parole du président de la Commission de l’UA.

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Cybersécurité : quel coût pour l’aide américaine à la Tunisie ?

Alors que le pouvoir tunisien revendique depuis plusieurs années une ligne souverainiste et une volonté de réduire les dépendances extérieures, la coopération sécuritaire avec Washington continue de s’intensifier. En matière de cybersécurité, cette coopération vient de franchir un nouveau cap…

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Les Etats-Unis livrent des équipements de sécurité à la Tunisie

Les États-Unis ont remis à la Tunisie des équipements de sécurité d’une valeur de près d’un million de dollars, destinés à la Direction générale des unités d’intervention et à la Direction générale de la Garde nationale, toutes deux rattachées au ministère de l’Intérieur. (Photo: Ansa).

La remise a été effectuée par l’ambassadeur des États-Unis à Tunis, Bill Bazzi, dans le cadre de l’Anti-Terrorism Assistance Program (ATA), le programme du département d’État américain visant à former et à renforcer les capacités opérationnelles des forces de sécurité des pays partenaires.

L’ambassade des États-Unis en Tunisie a annoncé la nouvelle, précisant que ces équipements serviront notamment à renforcer les capacités de formation des agents ainsi que les programmes de certification dans les domaines de la gestion de crise et des compétences spécialisées en matière de sécurité.

L’initiative, a souligné l’ambassade, vise à renforcer les capacités tunisiennes et, plus largement, la sécurité régionale.

Cette annonce a également été relayée par le Service de sécurité diplomatique (Diplomatic Security Service) du département d’État.

Le programme ATA, créé par le Congrès américain en 1983, constitue l’un des principaux outils dont dispose Washington pour fournir une formation et des équipements de lutte antiterroriste aux unités spécialisées des forces de l’ordre des pays partenaires.

La Tunisie participe par ailleurs au programme Spear, géré par le Service de sécurité diplomatique, qui est consacré à la préparation d’unités d’intervention en cas de crise.

Ce nouvel apport s’inscrit dans le cadre d’une coopération sécuritaire bien établie entre Tunis et Washington. En décembre 2025, les États-Unis avaient déjà livré à la Tunisie, toujours via le programme ATA, des équipements de lutte antiterroriste pour une valeur d’environ 1,4 million de dollars.

Dans le domaine maritime, deux patrouilleurs de classe Island, issus de la Garde côtière américaine, étaient également entrés en service en 2025 ; ils sont destinés à la surveillance des frontières maritimes ainsi qu’à la lutte contre les trafics illicites, la criminalité organisée et les menaces terroristes.

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Justice économique : l’intelligence artificielle, un levier pour les PME, mais pas sans garanties

Accès des PME aux services juridiques et administratifs : l’IA pourrait le faciliter; mais son déploiement exige des garanties indispensables. C’est ce qu’indiquent les participants à un forum, ce 1er octobre.  

L’intégration de l’intelligence artificielle pourrait constituer un levier de justice économique, en ouvrant plus largement aux entreprises, et tout particulièrement aux PME, les services juridiques et administratifs. Tel est le constat qui ressort du forum « L’IA au service de la justice économique », se déroulant ce jeudi, à Tunis. Son déploiement ne peut toutefois s’envisager sans les garanties indispensables à un usage responsable de ces technologies.

L’événement a été organisé conjointement par l’Institut de La Haye pour l’Innovation du Droit (HiiL) et le Registre National des Entreprises (RNE). Représentants des secteurs public et privé, experts en intelligence artificielle et en transformation numérique, ainsi que représentants de startups y ont pris part.

Les débats : services aux entreprises et protection des données

Les discussions ont porté essentiellement sur le rôle de la technologie dans l’amélioration des services destinés aux entreprises. La simplification des procédures d’enregistrement et d’accompagnement a été abordée. Tout comme l’examen de l’exploitation des données et de l’IA pour accélérer les traitements et rehausser la qualité des prestations.

Les échanges ont été également vifs sur la protection des données personnelles, la cybersécurité, la transparence, l’éthique et la préservation du rôle central de la décision humaine.

Une stratégie nationale axée sur l’éthique et la souveraineté

À l’ouverture du forum, Slim Ben Jrad, directeur général de la gouvernance et anticorruption à la Présidence du gouvernement, a souligné l’importance croissante du numérique et de l’intelligence artificielle dans la transformation des structures administratives et la stimulation de la justice économique.

« La transition technologique, bien qu’essentielle pour l’avenir de l’économie, doit s’accompagner d’une stratégie nationale inclusive axée sur l’éthique et la souveraineté », estime le responsable.

Les risques potentiels liés à ces innovations, tels que les biais algorithmiques et les menaces pour la vie privée, exigent par ailleurs, précise Slim Ben Jrad, une régulation et des cadres de gouvernance adaptés. Sa conclusion : « L’intelligence artificielle demeure un outil d’assistance au service de l’humain et ne saurait en aucun cas remplacer la responsabilité décisionnelle. »

Le barreau appelle à anticiper la transition

Pour le bâtonnier de l’Ordre national des avocats, Boubaker Bethabet, l’intelligence artificielle, bientôt désignée comme l’intelligence supérieure, s’impose comme une réalité incontournable et omniprésente. Face à cette transition, le secteur de la justice et la profession d’avocat doivent impérativement se préparer afin de préserver leurs valeurs fondamentales.

Le bâtonnier a mis également l’accent sur la nécessité de financements publics adéquats et de réflexions profondes pour orienter ces transformations. Son intervention s’est achevée par un plaidoyer en faveur d’une vulgarisation des technologies; et ce, afin de garantir des prises de décision éclairées à tous les niveaux de l’État.

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La Tunisie renforce son expertise en cybersécurité avec l’appui américain

Les États-Unis et la Tunisie entendent renforcer leur coopération dans le domaine de la cybersécurité, avec un accent particulier sur la résilience des systèmes numériques face aux menaces émergentes.

Cette volonté a été réaffirmée lors d’une rencontre tenue le 29 septembre à l’ambassade des États-Unis à Tunis entre l’ambassadeur Bazzi et l’expert américain en cybersécurité M.K. Palmore.

Fort de 35 ans d’expérience au sein du Corps des Marines des États-Unis, du FBI ainsi que de Palo Alto Networks et Google Cloud, M.K. Palmore est en Tunisie pour partager son expertise en matière de cybersécurité et de résilience numérique.

Ses échanges avec différents acteurs tunisiens portent notamment sur les moyens de renforcer la sécurité des infrastructures numériques et de tirer parti des solutions proposées par les entreprises américaines.

Les discussions couvrent plusieurs secteurs stratégiques, notamment la santé, la finance et les télécommunications, dans l’objectif de contribuer à un environnement numérique plus sûr et plus résilient.

L’ambassade américaine souligne par ailleurs l’importance de l’adoption de normes communes élevées, considérées comme un levier pour faciliter la coopération entre les entreprises tunisiennes et américaines dans le domaine de la cybersécurité.

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Tunisie | Décret-loi n°54, de la sanction à la confiance numérique ?

La publication, le 30 septembre 2026, d’un nouveau texte modifiant l’article 24 du décret-loi n°54 du 13 septembre 2022 relatif aux infractions liées aux systèmes d’information et de communication apporte une évolution importante au dispositif applicable à certaines publications et communications numériques. Le nouveau texte remplace les dispositions précédentes de l’article 24 et en modifie notamment le régime des sanctions.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Sans entrer dans l’interprétation juridique du texte, il est possible d’en relever un élément particulièrement visible : pour les faits visés par les deux premiers paragraphes de l’article 24, la première infraction est désormais sanctionnée par une amende de 10 000 à 20 000 dinars, alors que l’ancienne rédaction prévoyait notamment une peine d’emprisonnement. En cas de récidive, le nouveau texte prévoit six mois d’emprisonnement et 50 000 dinars d’amende. Les sanctions sont également doublées lorsque la personne visée est un agent public ou une personne assimilée.

Au-delà de ces modifications, cette évolution invite à regarder une question plus large : comment construire un environnement numérique fondé à la fois sur la liberté d’usage, la responsabilité, la sécurité et la confiance ?

En quelques années, les réseaux et systèmes d’information sont devenus bien davantage que des outils de communication. Ils sont désormais au cœur des échanges économiques, des services administratifs, des relations professionnelles, de l’information, du commerce électronique et des interactions sociales.

Une information publiée en ligne peut être consultée instantanément par un nombre considérable de personnes. Une donnée personnelle peut circuler bien au-delà de son contexte initial. Une erreur peut être reproduite automatiquement. Un contenu peut être modifié, amplifié ou réutilisé sans que son auteur initial en maîtrise les conséquences.

Dans cet environnement, la confiance devient une composante essentielle de l’économie numérique. Elle concerne la fiabilité des informations, la protection des données, la sécurité des systèmes, l’identification des utilisateurs, mais aussi la capacité de chacun à apprécier la qualité d’un contenu avant de le transmettre.

De la diffusion de l’information à la responsabilité numérique

Le nouveau texte continue de viser notamment la production, la diffusion, la transmission ou la préparation intentionnelle de fausses informations, données ou rumeurs ainsi que certains documents fabriqués, falsifiés ou faussement attribués, dans les conditions définies par l’article 24. Il vise également certaines utilisations de données personnelles ou de faits inexacts lorsqu’elles poursuivent notamment des objectifs portant atteinte aux droits d’autrui ou à la réputation d’une personne.

Ces dispositions montrent une réalité qui dépasse la seule question des sanctions : la transformation numérique accroît la responsabilité liée à la production et à la circulation de l’information.

Cette responsabilité devient encore plus importante avec la généralisation des outils d’intelligence artificielle (IA).

La création d’un texte, d’une image ou d’un contenu audiovisuel peut aujourd’hui être largement automatisée. Cette évolution apporte des possibilités considérables pour l’éducation, les entreprises, l’administration et la création de contenu. Elle soulève également une question très concrète : comment vérifier une information lorsque sa production devient de plus en plus rapide et facilement reproductible ?

La réponse ne relève pas uniquement des textes. Elle passe aussi par les compétences numériques.

La culture numérique ne devrait plus être limitée à la maîtrise des outils. Savoir utiliser une plateforme, publier un contenu ou interagir avec une application constitue désormais seulement une première étape. Il devient tout aussi important de savoir identifier une source, vérifier une information, distinguer un fait d’une interprétation, reconnaître un contenu manipulé et mesurer les conséquences potentielles de sa diffusion.

Cette compétence concerne les citoyens, mais également les entreprises et les administrations. Dans une organisation, une information erronée peut affecter une décision commerciale, un processus opérationnel ou une relation avec un client. Une donnée mal interprétée peut produire une décision inadaptée. Un contenu généré automatiquement peut être repris sans vérification et entrer dans un processus professionnel.

La transformation numérique impose donc progressivement une nouvelle forme de discipline : la vérification de l’information avant son utilisation ou sa diffusion.

L’IA ajoute une nouvelle dimension

L’IA accélère encore cette transformation. Elle peut produire rapidement des contenus, résumer des documents, analyser des données ou assister un collaborateur dans son travail. Mais l’utilisation de ces outils ne supprime pas la nécessité d’une validation humaine lorsque l’information produite doit servir à une décision ou être communiquée à des tiers.

Dans les entreprises, cela implique de définir des règles simples : quelles données peuvent être utilisées avec un outil d’IA ? Qui vérifie le résultat ? Qui valide une information avant sa diffusion ? Comment conserver une trace lorsqu’une production automatisée intervient dans un processus important ?

Ces questions relèvent de la gouvernance numérique. Elles sont particulièrement importantes dans les secteurs où les données sont sensibles et où les décisions peuvent avoir des conséquences économiques significatives.

La même logique existe déjà dans la cybersécurité. La sécurité d’un système ne repose pas uniquement sur la sanction d’un incident après sa survenue. Elle repose également sur la prévention, l’authentification, la gestion des accès, la traçabilité, la surveillance, la sensibilisation des utilisateurs et la capacité à réagir rapidement.

La confiance numérique fonctionne selon une logique comparable. Elle suppose des infrastructures sécurisées, des règles compréhensibles, des pratiques responsables et des utilisateurs suffisamment formés pour identifier les risques.

La question n’est donc pas seulement de savoir comment sanctionner une utilisation problématique du numérique. Elle est aussi de savoir comment réduire les risques en amont.

Vers une culture de la responsabilité numérique

Cette évolution invite ainsi à élargir la réflexion. Le développement du numérique tunisien ne dépendra pas uniquement de la qualité des infrastructures ou de la disponibilité des technologies. Il dépendra également de la qualité des usages.

Une infrastructure numérique performante peut être sous-utilisée si les utilisateurs ne disposent pas des compétences nécessaires. Une donnée abondante peut perdre sa valeur si sa qualité n’est pas maîtrisée. Une technologie d’intelligence artificielle peut produire des gains importants si elle est correctement intégrée aux processus, mais également créer de nouveaux risques si son utilisation n’est pas encadrée.

La confiance devient alors un facteur de performance. Pour les entreprises, elle conditionne l’adoption des services numériques et le développement de nouvelles activités. Pour les administrations, elle influence l’utilisation des services en ligne. Pour les citoyens, elle participe à l’acceptation des nouveaux usages.

La confiance numérique n’est donc pas seulement une question de sécurité. Elle devient progressivement une composante de la transformation économique.

La nouvelle rédaction de l’article 24 apporte une modification précise au cadre applicable à certaines infractions commises au moyen des réseaux et systèmes d’information et de communication. Son application dans le temps et ses conséquences dans les situations concrètes relèvent, naturellement, de l’appréciation des instances compétentes. Mais au-delà de ce texte particulier, une question plus générale mérite d’être posée : quelle culture numérique voulons-nous construire ? Une culture dans laquelle chacun peut communiquer, entreprendre et innover, tout en comprenant que les outils numériques impliquent également des responsabilités. Une culture dans laquelle la donnée est considérée comme un actif qui doit être protégé et correctement utilisé. Une culture dans laquelle l’IA est intégrée comme un outil d’augmentation des capacités humaines, sans faire disparaître la nécessité de vérifier, de comprendre et de décider. Une culture enfin dans laquelle la confiance devient un objectif de gouvernance au même titre que la sécurité, la performance et l’innovation.

Le numérique tunisien entre ainsi dans une nouvelle phase. Après la question de l’accès et des infrastructures vient celle de la qualité des usages. La prochaine étape de la transformation numérique ne consistera peut-être pas seulement à connecter davantage. Elle consistera à créer les conditions permettant de faire davantage confiance aux technologies, aux données et aux usages qui en découlent.

C’est à cette condition que la transformation numérique pourra pleinement devenir un facteur de productivité, d’innovation et de développement.

* Ingénieur informatique, cadre de banque publique.

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L’IA s’invite dans les élections législatives israéliennes

La campagne électorale des élections législatives israéliennes qui doivent se tenir le 27 octobre prochain bat son plein, un scrutin décisif qui s’apparente plus à un référendum pour ou contre le maintien au pouvoir du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et qui doit sceller son avenir politique et judiciaire. Tous les coups sont permis, notamment le recours massif à l’IA d’autant plus que le recours à cette nouvelle technologie demeure l’angle mort de la législation de la plupart des pays et les protagonistes politiques profitent du fait que la réglementation soit encore limitée pour en user et abuser.

Imed Bahri

«La première rencontre en dix ans entre un Premier ministre israélien et le président palestinien a offert une scène historique, les sourires semblaient sincères mais la rencontre n’a pas eu lieu. Pour l’heure, Gadi Eizenkot n’est que le favori des élections israéliennes et non Premier ministre et il n’a pas encore rencontré en personne Mahmoud Abbas, le dirigeant palestinien vieillissant», c’est par ces mots que débute l’enquête de The Economist. 

Les images de ce sommet fictif ont été produites par le Parti sioniste religieux, le parti d’extrême-droite dirigé par Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances et allié du Premier ministre. L’objectif était de convaincre les électeurs qu’Eizenkot, l’ancien général intransigeant qui espère déloger Netanyahu lors des prochaines législatives, est en réalité un dangereux gauchiste prêt à faire des compromis avec les ennemis d’Israël.

En dépit de sa nature truquée, la vidéo est entrée dans l’histoire. Le 26 juillet, Israël est devenu le premier pays à diffuser une publicité électorale enfreignant une loi exigeant un étiquetage clair de tous les supports de campagne produits à l’aide d’intelligence artificielle (IA). La Commission électorale centrale a ordonné au Parti sioniste religieux de la retirer.

Depuis, les mentions indiquant l’utilisation de l’IA sont devenues monnaie courante sur presque tous les écrans.

Toutefois, Karine Nahon, spécialiste israélienne de l’information qui écrit sur la désinformation et les menaces qui pèsent sur la démocratie, affirme : «Le contenu visuel -en l’occurrence les vidéos truquées- n’est pas le principal problème. Il est facile à repérer. Ce qui est bien plus dangereux, c’est la manière dont l’IA est utilisée en coulisses pour déformer l’information, surveiller les électeurs et les manipuler».

Les candidats de tous bords utilisent des techniques de persuasion et de manipulation sophistiquées, optimisées par l’IA.

Israël s’enorgueillit généralement de la manière dont les autres pays adoptent les innovations issues de ses industries d’armement et technologiques. Le même phénomène pourrait-il se produire avec les technologies utilisées dans les campagnes électorales ?

Les partis investissent dans les technologies électorales

La coalition de Netanyahu, qui comprend des partis nationalistes d’extrême droite et des partis religieux, est à la traîne dans les sondages mais le Premier ministre possède un atout majeur : ses partenaires sont unis autour de lui. 

«Netanyahu et ses alliés investissent depuis des années dans les technologies électorales», affirme une source travaillant dans le secteur technologique qui ajoute : «Ils disposent de bases de données très sophistiquées et les partis de son bloc partagent entre eux des informations sur les électeurs».

Ces trois dernières années, le gouvernement israélien a massivement investi dans la guerre psychologique en ligne, utilisant des outils d’IA pour tenter d’influencer les audiences au Moyen-Orient et l’opinion publique en Occident. Certains de ces outils sont désormais utilisés en Israël même.

Le parti d’Eizenkot, Yashar, n’a qu’un an, et l’opposition dans son ensemble reste divisée. Néanmoins, ceux qui aspirent à déloger Netanyahu bénéficient du soutien d’un réseau de groupes de protestation antigouvernementaux profondément ancrés dans la communauté technologique israélienne.

«La plupart des acteurs du secteur technologique soutiennent l’opposition et estiment qu’elle se bat pour son avenir en Israël. Ils riposteront avec la même vigueur», déclare également cet expert du secteur.

Des essaims de bots se faisant passer pour des électeurs humains

Des entreprises technologiques israéliennes ont développé des essaims de bots qui se font passer pour des électeurs humains. Ces bots peuvent orienter les discussions en ligne vers des sujets et des opinions servant les intérêts de ceux qui les contrôlent.

Des bots peuvent également être engagés pour voter dans des sondages en ligne.

Bien que ces sondages ne soient pas statistiquement fiables et ne bénéficient pas de la même crédibilité que les sondages d’opinion traditionnels, ils sont capables de générer des titres susceptibles d’influencer les électeurs indécis.

Encore plus sophistiqués, des avatars virtuels générés par l’IA possèdent de véritables numéros de téléphone et même des cartes de crédit.

Ces avatars peuvent exprimer des opinions complexes et infiltrer des groupes, notamment sur WhatsApp, où les utilisateurs ne s’attendaient auparavant pas à rencontrer des entités artificielles se faisant passer pour de vraies personnes.

Des chatbots sont également utilisés pour engager des discussions politiques avec les électeurs et recueillir une grande quantité d’informations sur leurs préférences.

Les partis politiques utilisent ces informations puis les recoupent avec des données provenant de bases de données qu’ils achètent auprès d’entreprises commerciales qui suivent les achats en ligne et l’historique de recherche des internautes afin d’établir des profils détaillés d’électeurs potentiels.

«L’aspect le plus insidieux des campagnes électorales est l’automatisation de la persuasion», déclare Tehila Schwartz Altschuler, experte en droit et technologies à l’Institut israélien de la démocratie à Jérusalem.

«L’intelligence artificielle collecte la moindre information disponible sur les électeurs, y compris leurs préférences audiovisuelles et musicales. Elle les géolocalise également pour déterminer où ils se trouveront le jour du scrutin», ajoute Schwartz.

Les messages générés par l’IA sont ensuite personnalisés pour chaque électeur, que ce soit sous forme de publicités en ligne, de SMS ou d’appels automatisés de plus en plus réalistes, censés provenir d’un chef de parti ou d’un candidat.

Un journaliste de The Economist raconte avoir récemment reçu un de ces appels et n’avoir réalisé qu’après quelques phrases que son interlocuteur n’était pas un humain mais un agent virtuel.

Les politiciens s’attendent à ce que de nombreux Israéliens, notamment les jeunes, se tournent vers les chatbots pour savoir pour qui voter.

Nir Rosen, directeur de l’ONG FakeReporter, qui lutte contre la désinformation, déclare : «Nous constatons que de faux réseaux créent un large éventail de ressources numériques conçues pour manipuler les algorithmes des chatbots et les moteurs de recherche basés sur l’IA. Une partie de ce contenu inclut de fausses interviews de politiciens mais il mêle également de véritables informations, saturant ainsi les sources d’information sur lesquelles les électeurs s’appuient».

C’est pourquoi les partis politiques s’empressent de publier du contenu sur les plateformes largement utilisées par les chatbots pour collecter des informations.

Un militant politique déclare : «Avant, nous publions tous nos anciens documents sur Reddit car ChatGPT l’utilise».

La frontière entre liberté d’expression et censure est ténue

The Economist précise que le Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien, semble seulement disposé à tenter d’empêcher toute ingérence étrangère bien que ses prérogatives lui permettent d’aller au-delà. La Direction nationale de la cybersécurité, rattachée au cabinet du Premier ministre, ne semble pas non plus disposée à intervenir.

Ainsi, seuls la police, avec ses ressources limitées, et la Commission électorale centrale, avec ses pouvoirs restreints, restent pour surveiller ces nouvelles frontières poreuses.

La Commission électorale peut rendre des décisions et infliger des amendes mais son principal atout actuellement réside dans ses relations avec les géants d’Internet. Ces entreprises se conforment généralement aux demandes de la Commission de suppression des contenus suspects.

Nombre des plus grandes entreprises technologiques mondiales possèdent des centres de recherche en Israël. Elles savent que les partis politiques et les militants d’autres pays analyseront cette élection afin d’en tirer des enseignements applicables ailleurs.

Selon des représentants du gouvernement et des défenseurs de la vie privée, les entreprises technologiques ont, jusqu’à présent, réagi rapidement aux problèmes signalés. Cependant, agir ainsi le jour même du scrutin et rapidement pour empêcher la désinformation ou la manipulation qui influence le vote s’avérera bien plus complexe. Une part importante des informations collectées illégalement sert à mobiliser les électeurs et à les inciter à voter le jour de l’élection qui est un jour férié.

Savoir quels électeurs sont susceptibles de soutenir un parti et ce qu’ils feront pendant leur jour férié confère un avantage considérable aux partis politiques.

Savoir aussi qui est susceptible de voter pour un parti adverse peut également s’avérer utile. Par exemple, des publicités pour des commerces ou des lieux de divertissement situés loin de leur bureau de vote pourraient leur être envoyées ou de fausses informations concernant des troubles dans leur quartier pourraient être diffusées. L’objectif de ces opérations est faire en sorte qu’ils n’aillent pas voter.

La Cour suprême et le président de la Commission électorale centrale ont statué que les observateurs des partis présents dans les bureaux de vote n’auraient pas le droit de communiquer à leurs dirigeants les noms des électeurs ayant déjà voté. Cette pratique, autorisée lors des élections précédentes, constituait un outil essentiel pour le suivi des électeurs le jour du scrutin et pour inciter les sympathisants à se rendre aux urnes.

Cependant, réglementer ces activités s’avère extrêmement complexe. «La frontière entre liberté d’expression et censure est ténue et nous exerçons notre pouvoir discrétionnaire», déclare Dean Livne, directeur général par intérim de la Commission électorale centrale. «Je ne pense pas que nous soyons encore en mesure d’intervenir dans le domaine de l’intelligence artificielle», ajoute-t-il.

Compte tenu de la rapidité avec laquelle l’IA évolue, ces derniers pourraient bientôt être contraints de revoir leur position et d’intervenir.

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Cybersécurité en Tunisie : Derrière la visite américaine, un contrat de 524.000 dollars et trois marchés ciblés

La visite en Tunisie de l’expert américain M.K. Palmore dépasse le cadre d’un simple échange sur les cybermenaces. Quelques jours auparavant, un contrat américain de 524.475 dollars consacré au développement des compétences tunisiennes en cybersécurité avait été attribué à MITRE, tandis que Washington évoque désormais ouvertement les secteurs de la santé, de la finance et des télécommunications.

L’ambassade des États-Unis à Tunis a indiqué que M.K. Palmore avait rencontré, le 29 septembre, l’ambassadeur américain afin d’évoquer la construction de systèmes de cybersécurité « sûrs et résilients » et l’adoption de standards communs entre les deux pays.

Selon la représentation américaine, ces standards doivent notamment permettre aux entreprises tunisiennes et américaines de mieux travailler ensemble.

Un contrat américain jusqu’en 2028

Cette visite intervient surtout quelques jours après une opération passée beaucoup plus discrètement.

Les bases de données des marchés publics fédéraux américains font apparaître un contrat de 524.475 dollars attribué le 24 septembre 2026 à The MITRE Corporation pour des « Tunisia Cyber Workforce Development Support Services », soit des services de soutien au développement des compétences tunisiennes en cybersécurité.

Le contrat porte la référence 1333ND26FNB770147. Le National Institute of Standards and Technology (NIST) apparaît comme agence contractante, tandis que le financement est rattaché au Naval Information Warfare Systems Command. Sa période d’exécution peut aller jusqu’au 30 août 2028.

Il s’agit donc d’un programme spécifiquement identifié comme concernant la Tunisie et non d’un financement général consacré à la cybersécurité américaine.

Santé, finance et télécommunications

Le communiqué de l’ambassade donne parallèlement une dimension économique à la visite de Palmore.

L’expert américain doit rencontrer plusieurs interlocuteurs tunisiens pour discuter de la manière dont la Tunisie pourrait bénéficier des solutions de sécurité proposées par les entreprises américaines.

Trois domaines sont explicitement cités : la santé, la finance et les télécommunications.

Il ne s’agit toutefois pas, à ce stade, de l’annonce de contrats commerciaux attribués à des fournisseurs américains. La démarche montre plutôt une volonté de rapprocher les standards, les compétences et les solutions technologiques des deux pays dans des secteurs particulièrement sensibles.

Invité le 29 septembre sur Express FM, Palmore a d’ailleurs directement évoqué les banques, les opérateurs télécoms et les acteurs du paiement électronique tunisiens, estimant qu’une interruption de leurs systèmes pourrait rapidement avoir des conséquences opérationnelles et financières.

Il a également souligné le potentiel des compétences tunisiennes dans les sciences, la technologie et l’ingénierie, allant jusqu’à évoquer la possibilité de collaborer à l’avenir avec des ingénieurs tunisiens au sein de sa propre entreprise, Apogee Global.

Lire aussi: Paiement mobile : La BCT durcit les règles et impose un audit cyber annuel

La Tunisie n’est pas un cas isolé

Un élément montre enfin que Washington semble inscrire cette démarche dans un cadre régional.

Le même 24 septembre, MITRE a obtenu un autre contrat portant sur le « Morocco Cyber Workforce Development Support Services ». Son montant atteint 567.945 dollars et son échéance est également fixée au 30 août 2028.

La concomitance des deux opérations suggère ainsi un programme américain plus large de développement des compétences cyber au Maghreb, parallèlement à la recherche d’une plus grande compatibilité entre standards et solutions de sécurité.

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Près d’un million de dollars d’équipements américains pour renforcer la sécurité en Tunisie

Les États-Unis viennent de renforcer leur appui aux forces de sécurité tunisiennes avec la remise d’équipements d’une valeur de près d’un million de dollars à l’administration générale des unités d’intervention et à l’administration générale de la Garde nationale relevant du ministère de l’Intérieur.

Selon un communiqué de l’ambassade américaine à Tunis, les équipements ont été remis par l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Bill Bazzi, dans le cadre du programme d’assistance américain à la lutte contre le terrorisme.

Le communiqué de l’ambassade américaine ne précise toutefois pas la nature exacte des équipements remis, ni leur répartition entre les différentes unités bénéficiaires. Aucun détail n’a également été communiqué concernant les modalités pratiques de leur utilisation ou les prochaines étapes de ce programme d’assistance.

Formation des agents des forces de l’ordre

Cette aide doit notamment permettre de renforcer les capacités tunisiennes en matière de formation des agents des forces de l’ordre et de leur permettre d’obtenir des certifications dans les domaines de la réponse aux crises et des compétences de sécurité spécialisées. L’objectif affiché est de contribuer à la sécurité de la Tunisie et de la région, tout en assurant la protection des citoyens tunisiens et américains.

Cette nouvelle livraison s’inscrit dans une coopération sécuritaire et militaire tuniso-américaine qui dépasse la seule fourniture d’équipements. Les programmes américains ont, au fil des années, soutenu la formation, la professionnalisation et le développement des capacités tunisiennes dans la lutte contre le terrorisme et la sécurisation des frontières. Un rapport du Congrès américain souligne notamment que l’assistance américaine a contribué aux capacités tactiques et aux réformes institutionnelles des forces tunisiennes, tandis que la Tunisie figure parmi les principaux bénéficiaires africains de certains programmes américains de formation et d’équipement.

Volet important des relations bilatérales

Cette coopération constitue ainsi un volet important des relations bilatérales entre Tunis et Washington. Elle repose notamment sur l’échange d’expertise, la formation, le renforcement des capacités opérationnelles et la coopération face aux menaces sécuritaires régionales. Les États-Unis ont également décrit la coopération avec la Tunisie comme portant sur la sécurité, la stabilité régionale et le partage d’informations.

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Pour la Tunisie, le renforcement de ces capacités intervient dans un environnement régional marqué par les enjeux liés au terrorisme, à la sécurisation des frontières et à la circulation des menaces transnationales. La coopération avec des partenaires internationaux, notamment les États-Unis, constitue dès lors un élément de la stratégie de renforcement des moyens humains, techniques et opérationnels des forces tunisiennes.

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Tribune. Le jour où la guerre a cessé d’avoir une fin – L’ombre longue du 11-Septembre : d’un ordre brisé à un monde en fragments

Vingt-cinq ans après les attentats du 11-Septembre, Younes Abouyoub analyse les bouleversements géopolitiques et politiques provoqués par la « guerre contre le terrorisme ». De l’Irak au monde arabe, de l’érosion du droit international à la montée des logiques autoritaires…

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