Cavale rocambolesque de Flávio Bolsonaro : le jeu trouble de Trump…
La fuite rocambolesque de Flávio Bolsonaro vers les États-Unis soulève de lourdes interrogations sur le rôle de l’administration Trump. En lui offrant refuge, Washington prend le risque d’un bras de fer diplomatique avec Brasilia.
« Je n’ai jamais pensé à quitter le pays. Je vais rendre mes passeports ». Voilà ce que Flávio Bolsonaro, le candidat malheureux à l’élection présidentielle brésilienne, jurait lundi 26 octobre, la main sur le cœur, avant de prendre la poudre de l’escampette. Lui qui promettait dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux qu’il allait laver son honneur, de se défendre contre « cet outrage » et d’organiser et diriger l’opposition parlementaire au gouvernement Lula dès la reprise au Congrès. De belles déclarations de principe qui contrastent singulièrement avec son exil rocambolesque aux États-Unis, où l’administration Trump s’est empressée de lui ouvrir largement les bras.
Lire aussi – Présidentielle brésilienne : Lula l’emporte, Trump essuie un revers
Les coulisses d’une cavale
En effet, après sa défaite face à Lula, Flávio Bolsonaro a quitté le Brésil pour les États-Unis alors qu’il est visé par deux dossiers hautement inflammables, en l’occurrence des soupçons de corruption, de blanchiment et d’évasion fiscale dans le financement du film Dark Horse, consacré à son père.
Récit d’une fuite digne d’un film d’espionnage dans laquelle l’administration Trump aurait joué un rôle central ; pourtant cette fuite peu glorieuse pourrait coûter cher au clan Bolsonaro, en fragilisant son emprise sur la droite brésilienne et en écornant l’image de « chef » censé tenir bon et ne jamais déserter son poste, contre vents et marées. Mais le mal est fait.
Voyons les faits. Dimanche 25 octobre, le président sortant de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva, a créé la surprise en l’emportant au second tour avec 52 % des voix (4,4 millions de suffrages en plus), barrant la route à Flávio Bolsonaro, que les sondages donnaient favori.
Mais plutôt que d’accepter le verdict des urnes, comme l’exigent la probité morale et la tradition démocratique, Flávio Bolsonaro a choisi la fuite, au mépris des injonctions de la justice brésilienne. Un juge de la Cour suprême lui avait pourtant ordonné de remettre, sous vingt-quatre heures, ses passeports brésilien, diplomatique et italien. Le sénateur de 42 ans s’évapore alors dans la nature avant de réapparaître, mercredi 28 octobre, à l’aéroport d’Opa-Locka, près de Miami, en compagnie de sa femme et de ses deux filles.
Pour ce faire, le fils de l’ancien président brésilien a emprunté un itinéraire digne d’un scénario d’espionnage. Après avoir gagné l’Argentine, il franchit la frontière terrestre muni de documents de voyage en règle, avant d’embarquer à bord d’un jet privé affrété par la compagnie Baires Fly SA à destination de Guayaquil, en Équateur. Une brève escale pour ravitailler l’appareil et l’avion reprend son envol vers les États-Unis.
La main de Washington
Mais quel rôle l’administration américaine a-t-elle réellement joué dans cette fuite, dont les circonstances restent entourées de zones d’ombre ? Washington s’est-il contenté de lui ouvrir ses portes ou a-t-il contribué, en amont, à organiser son départ ? Plusieurs informations de presse évoquent une implication américaine qui pourrait dépasser le simple octroi de visas.
Selon le quotidien brésilien Folha de S. Paulo, des proches de la famille Bolsonaro affirment que le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, aurait joué un rôle actif dans l’opération. Des divergences auraient toutefois opposé des responsables de l’administration américaine sur l’opportunité de soutenir le sénateur brésilien. Si ces informations se confirmaient, elles laisseraient entrevoir une intervention à un niveau politique élevé à Washington.
Un élément est en revanche établi. L’administration Trump a accepté d’accueillir Flávio Bolsonaro et sa famille, en leur accordant des visas américains. Donald Trump a lui-même déclaré que la présence du sénateur aux États-Unis ne lui posait aucun problème. D’après le Washington Post, des responsables brésiliens auraient pourtant tenté de convaincre Washington de ne pas l’accueillir, compte tenu des procédures judiciaires le concernant.
Mais entre l’accueil politique et l’organisation d’une exfiltration, la frontière est de taille. À ce stade, aucune preuve publique solide ne permet d’affirmer que la CIA a participé à la fuite du fils de l’ancien président brésilien. Si le rôle de Marco Rubio est évoqué par des sources de presse, les circonstances exactes de son éventuelle intervention restent à éclaircir. L’hypothèse d’une opération orchestrée par les services de renseignement américains demeure donc, en l’état, non démontrée.
Les liaisons dangereuses
Reste le volet politique de cette affaire. Proches idéologiquement, Donald Trump et le clan Bolsonaro partagent une vision conservatrice et une hostilité commune à l’égard de la gauche. En accueillant Flávio, le président américain offre ainsi un soutien précieux à un allié confronté à des difficultés judiciaires dans son pays. Le sénateur a d’ailleurs remercié publiquement Trump et son administration pour leur accueil, affirmant avoir rejoint les États-Unis pour y être en sécurité.
Toutefois, cette protection pourrait ouvrir un nouveau front entre Washington et Brasilia. Si le gouvernement brésilien venait à établir que les autorités américaines ont facilité la fuite d’un responsable politique soumis à des décisions de justice, l’affaire pourrait être perçue comme une ingérence dans les affaires intérieures du Brésil et une remise en cause de son autorité judiciaire. Elle risquerait également d’exacerber les tensions entre Donald Trump et le président Luiz Inácio Lula da Silva, dont les divergences politiques sont déjà profondes.
Au final, en offrant un refuge à Flávio Bolsonaro, l’administration américaine pourrait ainsi transformer une affaire judiciaire brésilienne en un nouveau bras de fer diplomatique entre Washington et Brasilia. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?
L’article Cavale rocambolesque de Flávio Bolsonaro : le jeu trouble de Trump… est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.