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Et si la Tunisie cessait enfin de confier ses eaux usées à la mer ?

Instruit par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

De la cuisine familiale aux stations d’épuration, chaque litre d’eau suit un trajet qui finit trop souvent sur le littoral. Alors que les plages tunisiennes subissent une pression croissante et que le pays manque d’eau, une autre doctrine devient possible : économiser à la source, séparer les rejets domestiques et industriels, traiter à un niveau élevé, puis transférer et réutiliser l’eau épurée à l’intérieur du pays. Il ne s’agit pas de déplacer la pollution, mais de cesser de considérer la mer comme l’exutoire naturel de nos villes.

La mer tunisienne n’est pas seulement une frontière géographique. Elle est un patrimoine, une mémoire collective, une source de nourriture, un espace de travail et l’un des rares lieux où toutes les catégories sociales peuvent encore se rencontrer. Elle soutient la pêche, le tourisme, les loisirs familiaux et une part essentielle de l’identité nationale. Pourtant, nous continuons à lui confier une fraction de ce que nos maisons, nos villes et nos industries ne parviennent pas à gérer correctement. Nous avons fini par regarder le littoral comme l’extrémité naturelle du réseau d’assainissement, comme si la mer était une conduite sans fin capable de diluer les erreurs humaines.

Or la mer ne fait pas disparaître la pollution. Elle la transforme, la déplace avec les courants, la concentre parfois dans les sédiments et finit toujours par nous la rendre : odeurs, algues, plages déconseillées, poissons raréfiés, conflits avec les pêcheurs, dégradation paysagère et risques sanitaires. En juin 2026, le ministère tunisien de la Santé a déconseillé la baignade dans 49 points du littoral sur 539 sites surveillés, contre 28 l’année précédente. La majorité des zones contrôlées demeure conforme, mais la hausse est suffisamment nette pour rappeler que le problème ne relève plus de l’accident isolé. Il se forme au croisement de la densité urbaine, de réseaux vieillissants, de stations saturées, d’activités industrielles et de rejets transportés par les oueds, les canaux ou les conduites.

Le trajet invisible de l’eau : de la maison au rivage

La crise commence bien avant la plage. Chaque jour, dans le silence ordinaire des cuisines, des salles de bain et des buanderies, l’eau entre dans les maisons, sert, nettoie, emporte, puis disparaît dans les canalisations. Une fois évacuée, elle semble ne plus nous concerner. Pourtant, ce trajet invisible relie directement nos gestes domestiques aux réseaux d’assainissement, aux stations d’épuration, aux nappes phréatiques, aux oueds et, finalement, à la mer. L’eau gaspillée ou chargée de produits difficiles à traiter ne s’efface pas, elle augmente les volumes à collecter, alourdit les coûts de traitement et accroît la probabilité d’un rejet insuffisamment épuré.

La question ne se limite d’ailleurs pas aux litres consommés. Les huiles versées dans l’évier, les lingettes jetées dans les toilettes, les détergents agressifs, les désinfectants utilisés sans mesure, les restes chimiques et les microplastiques compliquent le travail des stations. Ce qui quitte la maison rejoint un système qui n’a pas toujours la capacité de tout retenir. La sobriété domestique ne relève donc pas uniquement de l’économie sur la facture, elle constitue le premier niveau de prévention environnementale.

Quand l’assainissement ne suit plus

L’assainissement est une chaîne : collecter, transporter, traiter, contrôler, puis rejeter ou réutiliser. En théorie, l’eau quitte la maison, rejoint un réseau ou une installation individuelle, passe par une station et retourne au milieu naturel dans des conditions acceptables. En pratique, cette chaîne peut se rompre à chaque étape. Dans les zones non raccordées, des fosses mal dimensionnées, rarement vidangées ou installées sur des sols inadaptés peuvent contaminer les nappes. Dans les villes, les conduites fissurées, les canalisations obstruées, les branchements illicites et l’urbanisation rapide exercent une pression permanente sur des réseaux parfois dépassés.

La réponse traditionnelle consiste à éloigner l’émissaire ou à prolonger une conduite sous-marine. Une telle mesure peut réduire l’exposition immédiate d’une plage, mais elle ne transforme pas le principe général : un rejet au large reste un rejet. Il ne récupère ni l’eau, ni les nutriments, ni l’énergie potentielle des boues. Il déplace le problème hors du champ visuel sans fermer le cycle.

La mer ne doit plus être le dernier maillon

La proposition qui s’impose peut être formulée clairement : la Tunisie devrait organiser progressivement l’assainissement domestique et industriel loin de la mer, en faisant de l’intérieur du pays le lieu du traitement avancé, du stockage sécurisé et de la réutilisation. Il ne s’agit en aucun cas de transporter des eaux sales pour les abandonner dans une autre région. Il s’agit de rompre avec l’idée que le milieu marin constitue la destination ordinaire des effluents, même après un traitement partiel.

Le schéma doit être une chaîne complète et fermée. Les eaux domestiques seraient soumises à un traitement secondaire performant, puis à un traitement tertiaire adapté aux usages prévus : filtration, désinfection, réduction des matières en suspension, maîtrise de l’azote et du phosphore et contrôle des contaminants. Les eaux industrielles, plus complexes, devraient être séparées autant que possible et prétraitées à la source. Une station municipale ne peut pas être tenue de neutraliser indifféremment des solvants, des colorants, des métaux lourds et des effluents domestiques. L’industrie polluante doit assumer le coût réel de sa production, conformément au principe pollueur-payeur.

Les pôles intérieurs ne seraient pas nécessairement des infrastructures gigantesques. Plusieurs plateformes régionales pourraient être reliées aux grands bassins urbains et industriels. Chacune associerait une station modernisée, des réservoirs étanches, des lagunes de maturation contrôlées lorsque la géologie le permet, un laboratoire de suivi, des capteurs et un réseau de distribution vers des usages identifiés. L’eau épurée pourrait alimenter des cultures autorisées, des fourrages, des plantations forestières, des pépinières, des espaces verts, le nettoyage urbain, certains procédés industriels, des réserves contre les incendies ou, dans des conditions scientifiques rigoureuses, la recharge contrôlée de certaines nappes.

L’éloignement de la mer deviendrait ainsi un avantage. Il rapprocherait l’eau récupérée des territoires qui en ont besoin. La contradiction actuelle est difficile à défendre : nous rejetons une eau potentiellement valorisable sur la côte tout en pompant davantage dans les barrages et les nappes pour irriguer l’intérieur. Le nouveau modèle relierait deux urgences nationales : sauver la mer et sécuriser l’eau.

Les pays sans littoral prouvent que la mer n’est pas indispensable

Une évidence internationale permet de dépasser l’objection selon laquelle toute grande ville aurait besoin d’un débouché marin. Des pays entiers vivent sans accès à la mer et assurent pourtant l’assainissement de leurs villes et de leurs industries. La Suisse, dépourvue de littoral maritime, raccorde plus de 97% de sa population à une station centrale d’épuration. Elle a renforcé au fil du temps ses exigences de traitement, y compris contre les micropolluants, et considère l’amélioration de la qualité de ses eaux comme l’une des réussites environnementales majeures des dernières décennies.

Dans les régions arides, l’expérience devient encore plus instructive. Windhoek, capitale de la Namibie, transforme depuis 1968 une partie de ses eaux usées en eau potable grâce à un traitement avancé et à une surveillance rigoureuse. L’installation moderne peut produire environ 21.000 mètres cubes par jour et couvrir une part importante des besoins urbains. La leçon pour la Tunisie n’est pas de reproduire immédiatement la réutilisation potable directe. Elle est de comprendre qu’une ville confrontée à une rareté structurelle peut considérer ses eaux usées comme une ressource stratégique plutôt que comme un déchet honteux à éloigner.

À Amman, la station d’As-Samra traite les effluents de plusieurs millions d’habitants, prend en charge environ 70% des eaux usées du pays et contribue à l’irrigation en aval. Elle récupère également de l’énergie grâce au biogaz et à l’hydraulique. Dans chaque cas, la géologie, les coûts et les usages diffèrent, mais le principe demeure : la mer est une option géographique, pas une obligation technique.

Une idée originale, déjà présente dans la réflexion tunisienne

Faire de l’éloignement du littoral un principe national donne à cette proposition sa force politique. Elle n’est pourtant pas une rêverie détachée des réalités tunisiennes. Le ministère de l’Environnement a déjà mentionné une étude de faisabilité portant sur le transfert des eaux usées traitées du Grand Tunis vers des zones de réutilisation à l’intérieur du pays. Des documents officiels ont évoqué des destinations comme Zaghouan ou Kairouan pour l’irrigation et la recharge des nappes. L’intuition existe donc depuis longtemps : une partie de l’eau produite sur le littoral peut avoir une seconde vie à l’intérieur.

Ce qui manque est le passage de l’étude à la doctrine, puis de la doctrine au projet. Une idée ne transforme le réel que lorsqu’elle entre dans un calendrier, un budget, un territoire et un système de contrôle. La nouvelle doctrine pourrait tenir en trois règles : la mer ne doit plus recevoir ce qui peut être traité et réutilisé ; les rejets industriels doivent être prétraités avant d’entrer dans le réseau public ; chaque mètre cube épuré doit être affecté à un usage ou à un milieu récepteur clairement défini, surveillé et justifié.

Transformer l’assainissement en moteur de développement intérieur

Le premier bénéfice serait agricole. Une eau épurée de qualité constante peut sécuriser certaines cultures autorisées, soutenir les fourrages, les arbres forestiers, les pépinières et les ceintures vertes. Elle ne remplacera pas toute l’eau conventionnelle et ne convient pas à tous les usages. Mais elle peut réduire la pression sur les nappes et offrir une ressource plus prévisible. Cette réussite exige des contrats clairs, une tarification accessible, une garantie de qualité et un accompagnement agronomique. Aucun agriculteur ne peut accepter durablement une eau dont la composition change sans information.

Le bénéfice le plus visible resterait toutefois littoral. Moins de rejets signifie moins de pression bactérienne et chimique, moins d’eutrophisation, moins de conflits avec les pêcheurs et davantage de chances de rendre certaines plages aux habitants. La restauration prendra du temps, car les sédiments et les écosystèmes conservent la mémoire de la pollution. Mais l’arrêt progressif des apports est la première condition de toute guérison.

Commencer au Nord, mesurer, corriger et étendre

Le Nord constitue un terrain logique pour une première expérimentation. Le Grand Tunis concentre de grands volumes d’eaux usées, des stations à moderniser, des zones côtières fragilisées et, à distance raisonnable, des territoires agricoles susceptibles d’utiliser une partie de l’eau récupérée. Le choix exact ne devrait toutefois pas être imposé depuis un bureau. Il doit résulter d’une étude multicritère portant sur la topographie, la géologie, les nappes, la distance, l’énergie, les vents, les villages voisins, les terres disponibles, les besoins agricoles et les risques d’inondation.

Le pilote devrait porter sur un volume maîtrisable. Une conduite fermée transférerait l’eau après traitement avancé vers un site intérieur sécurisé. Le réseau pourrait alimenter un réservoir, quelques exploitations volontaires, une plantation forestière et, éventuellement, une zone humide expérimentale. Les industries raccordées seraient identifiées et soumises à des normes de prétraitement. Des capteurs mesureraient en continu les paramètres essentiels, tandis qu’un laboratoire indépendant réaliserait des contrôles réguliers.

La gouvernance devrait réunir l’ONAS, les ministères concernés, les communes, les universités, les agriculteurs, les industriels, les associations et les représentants des habitants. Une autorité indépendante devrait pouvoir suspendre la distribution en cas de non-conformité. Les citoyens proches du site ne doivent pas découvrir le projet lorsque les travaux commencent. Ils doivent participer au choix, connaître les risques, comprendre les bénéfices et disposer d’un mécanisme de plainte.

Le coût sera inévitablement opposé à la proposition. Il faudra des conduites, des pompes, des stations modernisées, des laboratoires et une maintenance rigoureuse. Mais le coût pertinent n’est pas seulement celui du chantier. Il faut lui comparer celui de l’inaction : plages perdues, maladies, recul de la pêche, affaiblissement touristique, pompage excessif des nappes, conflits sur l’eau et restauration future des écosystèmes. Une infrastructure écologique paraît chère lorsque les dégâts qu’elle évite restent hors des comptes.

De la maison à la réforme nationale

L’État ne peut toutefois demander aux citoyens d’être exemplaires si les réseaux fuient, si les stations saturent ou si les analyses restent opaques. La gouvernance est décisive : cartographier les réseaux, identifier les branchements illicites, publier les résultats, sanctionner les rejets non conformes et aider les ménages modestes et les petites activités à se mettre aux normes.

La Tunisie n’a plus les moyens de perdre en même temps sa mer et son eau douce. Elle ne peut pas réclamer de nouveaux barrages, de nouveaux forages ou davantage de dessalement tout en rejetant vers le littoral une eau qui pourrait, après traitement, irriguer, refroidir, nettoyer, reverdir ou soutenir certaines réserves. Continuer ainsi reviendrait à payer deux fois : d’abord pour collecter et traiter imparfaitement l’eau usée, ensuite pour produire une nouvelle eau destinée aux besoins que la première aurait pu satisfaire.

Commençons par un pôle pilote dans le Nord. Modernisons une station, séparons réellement les rejets industriels, transférons une eau déjà épurée vers un site intérieur sécurisé, distribuons-la à des usages identifiés, valorisons les boues et contrôlons chaque étape. Puis mesurons honnêtement les résultats. Si l’expérience réussit, d’autres pôles pourront être conçus autour de Sousse, Monastir, Sfax, Gabès ou d’autres bassins, chacun adapté à sa géographie et à ses besoins.

La mer tunisienne n’est pas un égout sans fond. La protéger ne consiste pas à nettoyer le sable au début de l’été ni à repousser les conduites de quelques centaines de mètres. Cela exige de repenser tout le chemin de l’eau, depuis la maison et l’usine jusqu’à la station, puis depuis la station jusqu’au champ, à l’arbre, à l’industrie ou au réservoir. Chaque litre a un trajet, chaque fuite a un coût et chaque rejet a une destination. Les pays sans littoral l’ont compris par nécessité. La Tunisie doit le comprendre par intelligence : ce qui peut redevenir une ressource ne doit plus être abandonné à la mer.

De l’évacuation à la circularité

Pendant longtemps, l’assainissement a été pensé comme une simple évacuation : éloigner les eaux sales des habitations pour réduire les odeurs et les maladies. Cette première étape fut un progrès sanitaire majeur, mais elle reposait sur une illusion : ce qui disparaissait de la vue semblait réglé. Avec l’urbanisation et la croissance des volumes, une deuxième étape s’est imposée : il ne suffisait plus d’évacuer, il fallait traiter. Aujourd’hui, une troisième étape devient nécessaire : réduire à la source, séparer les rejets, traiter à un niveau élevé, contrôler, réutiliser et attribuer à chaque mètre cube une destination utile. L’histoire de l’assainissement doit ainsi passer de la culture de l’éloignement à celle de la circularité.

Du cercle vicieux au cercle vertueux

Le cercle vicieux suit cinq maillons : consommation excessive et produits polluants dans les foyers ; hausse des volumes et de la charge des eaux usées ; réseaux vétustes ou saturés ; stations dépassées ; rejets partiellement traités vers les oueds et le littoral. Le cercle devient vertueux lorsque chaque niveau agit : sobriété domestique, prétraitement industriel, entretien des réseaux, traitement tertiaire, transfert sécurisé, réutilisation contrôlée, valorisation des boues et publication transparente des résultats. La proposition d’assainir loin de la mer n’est donc pas un simple déplacement géographique, elle change la finalité de tout le système.



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Tunisie | Record des signalements de coupures d’eau en juillet

L’Observatoire tunisien de l’eau a indiqué que la Tunisie a franchi une étape critique d’urgence hydrique, alors que les températures grimpent et que l’été atteint son pic, sur fond d’une augmentation des signalements concernant les problèmes d’approvisionnement en eau.

L’Observatoire a précisé que le mois de juillet écoulé a enregistré un nombre record de 608 signalements — le chiffre le plus élevé depuis le début de l’année —, reflétant l’aggravation récente des problèmes liés à l’eau. Le gouvernorat de Nabeul arrive en tête de liste avec 65 signalements, suivi de celui de Monastir (62) et de Mahdia (51).

Le gouvernorat de Sousse occupe la quatrième place avec 49 signalements, suivi de Sfax (42) et de Médenine (41).

La Société nationale d’exploitation et de distribution de eaux (Sonede) justifie ces coupures par les pannes qui surviennent dans son réseau en raison de la vétusté des équipements et des canalisations, dont certains remontent aux années 1980 et 1990.

Les déficits financiers cumulés par cette entreprise publique et sa mauvaise gouvernance chronique expliquent cette situation dont souffrent les citoyens dans pratiquement toutes les régions du pays.

Avec un mois d’août qui se profile plus chaud que d’habitude, en raison du réchauffement climatique, les citoyens ne sont pas au bout de leur peine. Jusqu’à quand va se poursuivre cette torture générale à laquelle sont soumis les Tunisiens du fait de l’incompétence et de l’inanité de leurs dirigeants ?

I. B.

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Tunisie : 25 % de l’eau potable perdue dans des réseaux vieillissants et plus de 100 000 compteurs SONEDE hors service

La SONEDE fait face à une accumulation de contraintes structurelles qui fragilisent sa capacité à assurer un service d’eau potable régulier et durable. Vieillissement des réseaux, pertes importantes et insuffisance des investissements pèsent désormais sur la performance de l’opérateur public.

Dans une déclaration exclusive à L’Économiste Maghrébin, Houcine Rhili, expert en ressources hydriques, estime que près de 25 % de l’eau potable injectée dans les réseaux se perdent avant d’atteindre les consommateurs. Il évoque également plus de 100 000 compteurs d’eau défectueux, révélateurs des pressions techniques et financières auxquelles est confrontée la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE).

Selon lui, la situation actuelle de l’entreprise publique est le résultat de plusieurs décennies de choix publics qui n’ont pas suffisamment accompagné l’évolution des besoins. « Depuis 1995-1996, l’État s’est progressivement retiré du financement des infrastructures hydrauliques », explique l’expert. Tout en estimant que cette évolution a contribué à fragiliser un service pourtant stratégique pour la sécurité hydrique du pays.

Un réseau vieillissant à l’origine de pertes considérables

L’un des principaux défis auxquels fait face la SONEDE concerne aujourd’hui l’état de son réseau de distribution. Selon Houcine Rhili, 20 % des conduites d’eau potable en Tunisie dépassent désormais les 50 ans, un âge largement supérieur à leur durée optimale d’exploitation.

Cette vétusté se traduit par une multiplication des défaillances techniques et par des pertes importantes tout au long du parcours de distribution. Les infrastructures anciennes nécessitent des opérations régulières de maintenance et de renouvellement. Alors que les capacités d’investissement de l’entreprise restent limitées.

Au-delà des problèmes liés à la quantité, l’état des réseaux soulève également la question de la qualité perçue de l’eau distribuée. L’expert précise toutefois que l’eau fournie par la SONEDE demeure conforme aux normes tunisiennes de potabilité. Les différences observées par les citoyens sont davantage liées aux caractéristiques de l’eau, notamment dans certaines régions où la salinité est plus élevée.

La teneur moyenne en sels minéraux atteint environ 1,4 gramme par litre à l’échelle nationale, mais elle peut monter jusqu’à 1,7 ou 1,8 gramme par litre dans certaines régions intérieures et du Sud, notamment celles alimentées par des ressources souterraines plus chargées.

Mais le principal enjeu reste celui des pertes dans le réseau. Selon Houcine Rhili, 20 à 25 % de l’eau potable injectée dans les canalisations disparaissent avant d’arriver aux consommateurs, soit un volume estimé entre 120 et 130 millions de mètres cubes chaque année.

Pour l’expert, la réduction de ces pertes constitue l’un des leviers les plus efficaces pour améliorer la sécurité hydrique de la Tunisie. La rénovation progressive des réseaux permettrait de récupérer des volumes considérables à un coût inférieur à celui de nouvelles infrastructures de production d’eau.

Plus de 100 000 compteurs défectueux, symptôme d’une crise de moyens

À la fragilité des infrastructures s’ajoutent les difficultés opérationnelles et financières de la SONEDE. Selon Houcine Rhili, l’entreprise publique subit depuis plusieurs années les effets des politiques de restriction budgétaire, notamment à travers le gel des recrutements et la diminution des moyens consacrés à l’investissement.

Cette situation se reflète directement dans la gestion quotidienne du service. L’expert indique que plus de 100 000 compteurs appartenant à la SONEDE seraient actuellement défectueux, selon les informations dont il dispose auprès d’acteurs intervenant dans le secteur.

Ces équipements hors service compliquent le suivi réel des consommations et peuvent conduire à l’établissement de factures basées sur des estimations ou sur d’anciennes données de consommation. Pour Houcine Rhili, cette situation illustre le décalage entre les ambitions affichées de modernisation et les contraintes auxquelles fait face l’entreprise sur le terrain.

Alors que le discours officiel évoque régulièrement l’introduction de compteurs intelligents, l’expert estime que la priorité demeure d’abord le remplacement des équipements existants défaillants et le renforcement des capacités techniques de la SONEFE.

Cette fragilité touche également les nouveaux raccordements. Dans plusieurs régions, des citoyens peuvent attendre de longs mois avant l’installation d’un compteur ou la finalisation d’un branchement. Un délai qui traduit les limites actuelles des moyens disponibles.

Une couverture rurale incomplète et une restructuration nécessaire

Les difficultés de la SONEDE ne concernent pas uniquement les zones urbaines. Dans les régions rurales, une partie importante de la population reste en dehors du système classique de distribution assuré par l’entreprise.

Selon Houcine Rhili, environ 30 % de la population tunisienne, principalement en milieu rural, ne dépend pas directement de la SONEDE pour son approvisionnement en eau potable. Ces habitants sont souvent desservis par des groupements hydrauliques ou des associations d’eau rurales, dont le fonctionnement présente plusieurs limites.

L’expert rappelle que différents rapports de contrôle ont relevé des problèmes de gouvernance, d’endettement et de gestion au sein de certaines structures chargées de l’approvisionnement rural. Il estime que cette organisation fragmentée ne permet pas d’assurer un service équitable et durable sur l’ensemble du territoire.

Il plaide ainsi pour la création d’un cadre institutionnel plus adapté, capable de garantir l’accès à l’eau potable dans les zones rurales au même titre que dans les centres urbains.

Pour Houcine Rhili, la sortie de crise passe nécessairement par une restructuration profonde de la SONEDE afin de lui permettre de retrouver les moyens nécessaires à sa mission première : assurer une distribution régulière, durable et de qualité.

Dans un contexte marqué par le changement climatique, la hausse de la demande et la raréfaction des ressources, l’enjeu n’est plus seulement de mobiliser davantage d’eau, mais aussi de préserver chaque mètre cube disponible. La modernisation des réseaux et le renforcement du service public deviennent ainsi des conditions essentielles de la sécurité hydrique de la Tunisie.

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Incendies de forêt, crise de l’eau, délestages…. Des infrastructures vieillissantes, par moments défaillantes !

Les feux de forêt, qui ont débuté en juin et atteint leur apogée à la mi-juillet, ont été parmi les plus destructeurs de ces dernières années. La Protection civile a indiqué que les pompiers sont intervenus sur près de 600 incendies en 48 heures au plus fort de la crise. Les plus importants incendies se […]

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Trois contrats pour planter des racines tunisiennes au Nigeria

La Tunisie avance ses pions sur le marché africain. Au Nigeria, le Conseil d’Affaires Tuniso-Africain (TABC) vient de franchir une nouvelle étape avec la signature de trois mémorandums d’entente avec l’État de Bauchi. Derrière les signatures, trois projets qui touchent des besoins très concrets du terrain africain: l’énergie solaire, l’accès à l’eau potable et les technologies de pointe.

Selon l’agence TAP, les accords portent sur la construction d’une centrale photovoltaïque de 3 MW, un projet de distribution d’eau potable dans la localité de Dass et la création d’une unité de fabrication de drones. Des secteurs où la demande africaine monte en puissance et où l’expertise tunisienne cherche à trouver sa place.

Cette opération s’inscrit dans le cadre d’une mission économique sectorielle organisée du 12 au 18 juillet au Nigeria par le TABC, en partenariat avec le ministère des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger. La délégation tunisienne a réuni des entreprises membres du Tunisia Consortium for African Development (TUCAD), actives dans l’énergie, l’eau, les infrastructures, les technologies et l’ingénierie.

Sur place, les discussions avec les autorités de l’État de Bauchi ont permis de cibler des projets liés aux priorités locales. Dans cet État fédéré du nord du Nigeria, les besoins en infrastructures restent importants, notamment dans l’accès à l’électricité, la gestion de l’eau et le développement de solutions technologiques adaptées.

Pour les entreprises tunisiennes, l’enjeu dépasse la simple signature d’accords. Il s’agit de transformer un savoir-faire développé en Tunisie en opportunités commerciales sur un continent où les besoins explosent. Les domaines choisis ne sont pas anodins. L’Afrique accélère ses investissements dans les énergies renouvelables, les infrastructures hydrauliques et les technologies industrielles.

Le Nigeria représente un marché stratégique avec plus de 220 millions d’habitants et une économie parmi les plus importantes du continent. Pour les acteurs tunisiens, ce type de partenariat permet d’aller chercher de nouveaux relais de croissance au-delà du marché local.

Avec ces nouveaux projets, le TABC poursuit sa stratégie de rapprochement avec les marchés africains en misant sur une approche de terrain à savoir identifier les besoins, connecter les entreprises et transformer les opportunités en réalisations concrètes. L’objectif? Faire de l’expertise tunisienne un partenaire dans les grands chantiers de développement africains.

 
 

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Tunisie. Eau potable : pourquoi les coupures persistent malgré des barrages mieux remplis ?

À peine l’été et les pics de chaleur s’installent-ils que les Tunisiens renouent avec une inquiétude devenue familière : celle de voir l’eau disparaître des robinets.   De Tunis à Nabeul, en passant par Hammamet, Zaghouan, Sousse, Monastir ou Mahdia,…

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Après les intempéries, des perturbations de l’approvisionnement en eau dans trois gouvernorats

Des perturbations de l’approvisionnement en eau sont attendues dans plusieurs zones du Sahel après la dégradation de la qualité des eaux du barrage de Nebhana à la suite des intempéries. Distribution perturbée à Sousse, Monastir et Mahdia La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) a annoncé, mardi 16 juin 2026, des perturbations...

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Houcine Rhili dénonce des « décisions recyclées » face à l’urgence hydrique 

Alors que le gouvernement a dévoilé, à l’issue d’un conseil ministériel restreint consacré à l’eau, une série de mesures destinées à sécuriser l’approvisionnement en eau potable durant l’été et à accélérer la mise en œuvre de la stratégie nationale de l’eau à l’horizon 2050, l’expert en ressources hydriques Houcine Rhili a vivement critiqué le contenu...

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