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Phosphates : L’Algérie passe à la vitesse supérieure, la Tunisie face à un nouveau concurrent

L’Algérie est-elle en train de préparer une nouvelle bataille régionale autour des phosphates et des engrais ? Les annonces faites mercredi 12 août 2026 donnent en tout cas un signal clair : Alger veut passer rapidement de l’exploitation de ses réserves minières à une véritable industrie intégrée des engrais, avec l’ambition de se positionner sur les marchés régionaux et internationaux.

À Alger, deux contrats stratégiques ont été signés dans le cadre du projet de phosphates intégré. Le premier porte sur la réalisation des infrastructures portuaires à Annaba avec la société chinoise China Harbour Engineering Company (CHEC). Le second concerne les installations du projet sur les sites de Bled El Hadba, à Tébessa, et d’Oued Kebrit, à Souk Ahras, avec l’italienne Saipem.

Le projet repose sur quatre maillons : l’extraction du phosphate à Bled El Hadba, son enrichissement, sa transformation chimique à Oued Kebrit et un ensemble d’infrastructures logistiques comprenant notamment les voies ferrées et l’extension du port d’Annaba.

Une accélération qui change la donne

Ce qui attire particulièrement l’attention est le calendrier annoncé par les autorités algériennes. Le recours à une formule « Fast Track » doit permettre de réduire les délais de réalisation. Alger prévoit ainsi de commencer la production de phosphate enrichi dès le premier trimestre 2027, puis de passer à la production d’engrais au quatrième trimestre de la même année.

L’ambition est considérable. Le projet algérien repose sur des réserves exploitables estimées à 840 millions de tonnes et vise à terme une production annuelle de 10,5 millions de tonnes de phosphate brut.

L’objectif n’est donc pas simplement de vendre davantage de minerai. L’Algérie cherche à construire une chaîne de valeur complète, allant de la mine jusqu’aux engrais et aux produits chimiques dérivés.

C’est précisément sur ce terrain que la question tunisienne se pose.

La Tunisie conserve une longueur d’avance… mais avec un handicap

La Tunisie possède une longue expérience dans le secteur et dispose déjà d’une industrie de transformation du phosphate et de production d’engrais. Mais cette position historique est aujourd’hui fragilisée par la faiblesse persistante de la production minière.

Selon le ministère tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, la production de phosphate a atteint 3,04 millions de tonnes en 2024, contre 2,9 millions en 2023. Elle reste donc très éloignée des niveaux enregistrés avant 2011 : la Tunisie produisait environ 8,2 millions de tonnes en 2010.

Le gouvernement tunisien ambitionne de porter cette production à 14 millions de tonnes à l’horizon 2030. Mais cette remontée doit encore se concrétiser sur le terrain.

C’est là que le projet algérien peut devenir stratégique.

Si l’Algérie parvient effectivement à respecter son calendrier 2027 et à atteindre progressivement les volumes annoncés, elle disposera d’un avantage majeur : une nouvelle capacité industrielle construite dès le départ autour d’une chaîne intégrée, avec des infrastructures minières, chimiques, ferroviaires et portuaires conçues pour fonctionner ensemble.

Un concurrent, mais pas encore un « nouveau Maroc »

Il faut toutefois éviter de présenter l’Algérie comme le prochain géant mondial du phosphate.

Aujourd’hui, le paysage régional reste dominé par le Maroc, qui possède une industrie des engrais beaucoup plus développée. Une analyse de Deloitte souligne notamment l’avance marocaine dans les produits fertilisants à plus forte valeur ajoutée, tandis que la Tunisie reste pénalisée par une capacité limitée et une production irrégulière. L’Algérie, de son côté, reste encore largement absente du marché des engrais phosphatés exportés.

Lire aussi : Tunisie : Le phosphate vise 9,4 millions de tonnes en 2035, après une décennie de panne

Le projet annoncé cette semaine pourrait justement permettre à Alger de commencer à combler ce retard.

La proximité géographique peut renforcer la concurrence

Pour la Tunisie, le sujet est d’autant plus important que les deux pays évoluent sur des marchés proches : Afrique du Nord, Méditerranée et marchés africains d’engrais.

L’Algérie dispose en outre d’un atout industriel particulier : ses ressources en gaz naturel peuvent être intégrées à la chaîne de production des engrais azotés, tandis que le phosphate fournit la base des engrais phosphatés. Les autorités algériennes présentent précisément cette combinaison comme un élément permettant de développer une industrie chimique intégrée et de diversifier les exportations hors hydrocarbures.

Autrement dit, Alger ne cherche pas seulement à devenir producteur de phosphate. Elle veut utiliser ses ressources minières et énergétiques pour devenir producteur de produits transformés.

Le signal d’alerte pour Tunis

La véritable menace pour la Tunisie ne serait donc pas que l’Algérie produise davantage de phosphate brut. Elle résiderait dans sa capacité à devenir un fournisseur régulier d’engrais compétitifs sur les mêmes marchés.

La situation actuelle montre d’ailleurs que la Tunisie possède encore des débouchés dans la région : en 2024, elle a exporté vers l’Algérie pour près de 19,4 millions de dollars de phosphates de calcium relevant de la catégorie concernée par les statistiques commerciales internationales.

Mais demain, une partie de cette relation commerciale pourrait évoluer si l’Algérie développe ses propres capacités de transformation.

Une course contre la montre pour la Tunisie ?

L’annonce algérienne ne signifie donc pas que la Tunisie est immédiatement dépassée. Elle signifie plutôt que le temps où son avance historique dans le phosphate suffisait à lui garantir une position régionale est révolu.

La Tunisie dispose encore d’un savoir-faire industriel, d’infrastructures existantes et d’une expérience ancienne dans la transformation du phosphate. Mais son véritable défi est désormais de transformer son potentiel minier en production régulière et compétitive.

L’équation est simple : l’Algérie accélère pour construire sa filière ; la Tunisie cherche encore à relancer la sienne.

Si Alger respecte son calendrier et parvient à faire fonctionner l’ensemble de sa chaîne industrielle à partir de 2027, elle pourrait alors devenir un concurrent sérieux de la Tunisie sur le marché régional des phosphates et surtout des engrais.

La concurrence ne se joue donc pas encore aujourd’hui. Mais elle pourrait se jouer beaucoup plus clairement dès 2027.

Parallèlement à cette stratégie industrielle, l’Algérie cherche également à reconstruire et à renforcer son secteur touristique, avec l’objectif de mieux valoriser son littoral, son patrimoine et son potentiel saharien. Cette volonté de diversifier l’économie dépasse donc les seuls hydrocarbures et les activités minières : Alger cherche à développer plusieurs secteurs exportateurs et à renforcer son attractivité auprès des investisseurs et des visiteurs étrangers.


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Après la visite de Kaïs Saïed à Gabès, la Présidence évoque le démantèlement d’unités

Deux jours après la visite de Kaïs Saïed à Gabès, la Présidence de la République a annoncé que des unités seraient démantelées selon « une stratégie claire ». Le communiqué ne précise toutefois ni les installations concernées ni le calendrier de l’opération.

Cette annonce a été faite à l’issue d’une réunion tenue mercredi 12 août 2026 au palais de Carthage. Le chef de l’État a reçu le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, également chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Salah Zouari, ainsi que le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar.

Une stratégie encore non détaillée

Selon le communiqué de la Présidence, Kaïs Saïed a affirmé que « les unités seront démantelées selon une stratégie claire » et que les établissements et entreprises publics poursuivront leurs activités.

La Présidence ne désigne pas explicitement les unités visées. La TAP, qui a relayé le communiqué jeudi matin, parle pour sa part des « unités concernées », sans fournir davantage de précisions.

Cette formulation intervient immédiatement après un passage consacré à la visite présidentielle à Gabès, région où, selon les propos rapportés de Kaïs Saïed, « l’environnement a été assassiné ». Cet enchaînement établit un lien contextuel avec le dossier industriel de Gabès, sans que le communiqué ne nomme formellement le Groupe chimique tunisien.

Lors de sa visite à Gabès, le 10 août, Kaïs Saïed avait évoqué dans une vidéo le démantèlement des unités devenues obsolètes ou qui ne sont plus en état de fonctionner. Il avait également indiqué que cette opération pourrait prendre plusieurs années.

Le président avait distingué ces installations des unités ayant été réparées afin d’empêcher les émissions polluantes. Il n’avait donc pas annoncé le démantèlement de toutes les unités du complexe. Des militants écologistes de Gabès réclament, de leur côté, le démantèlement de l’ensemble des installations, qu’ils considèrent comme polluantes.

Lire aussi: Gabès : Les militants répondent à Kaïs Saïed et réclament le démantèlement de toutes les unités

La lutte contre les réseaux de corruption mise en avant

Au cours de la réunion, Kaïs Saïed a également présenté le démantèlement des réseaux de corruption comme une condition préalable à la satisfaction des revendications populaires dans les différentes régions.

D’après la Présidence, le chef de l’État a accusé ces réseaux de chercher à attiser les tensions, notamment par des incendies, des coupures d’eau et d’électricité ou des entraves à l’accès aux services administratifs. Le communiqué ne fournit pas d’éléments précis sur ces faits.

Kaïs Saïed a enfin assuré suivre quotidiennement la situation dans toutes les régions. Il a estimé que les différents dossiers, malgré des degrés de gravité variables, nécessitaient une approche globale agissant sur leurs causes comme sur leurs conséquences.

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Tunisie | Que peut-on sérieusement attendre de la visite de Saïed à Gabès ?

Les solutions pratiques au problème de la pollution industrielle à Gabès et de ses conséquences sur l’environnement et la santé des habitants, notamment la hausse des affections respiratoires, des cancers et d’autres maladies, tardent à être mises en œuvre et les nombreuses visites des responsables politiques dans la région n’ont pas été suivies d’une amélioration notable de la situation. Au contraire : les Gabésiens, se sentant sacrifiés, s’impatientent et le font tapageusement savoir.  

Latif Belhedi

Le président Kaïs Saïed a effectué, hier soir, lundi 10 août 2026, une «visite surprise» dans le gouvernorat de Gabès, au sud-est de la Tunisie, pour faire le point sur la situation environnementale de la région et constater sur place les problèmes majeurs dont se plaignent les habitants, en particulier la pollution industrielle induite par les usines du Groupe chimique tunisien (GCT), qui produisent des engrais chimiques et rejettent quotidiennement dans l’air, le sol et la mer des tonnes de déchets chimiques très nocifs pour la santé et l’économie de la région.

Au cours de cette visite M. Saïed a souligné, selon l’agence officielle Tap, la nécessité d’adopter des «mesures immédiates et efficaces pour s’attaquer aux sources de pollution et en limiter les conséquences sur la population et l’environnement». Selon la même source, le président a réaffirmé que la situation environnementale à Gabès devait être traitée par une «intervention globale, capable d’agir tant sur les sources de la pollution que sur ses répercussions», tout en parlant de «solutions structurelles à long terme». L’objectif, a-t-il expliqué, est de mettre fin aux causes de l’urgence environnementale plutôt que de se limiter à en gérer les effets.

La «Tchernobyl de la Méditerranée»

A Gabès, ville de la côte sud-est de la Tunisie historiquement connue pour son oasis maritime, où prospéraient l’agriculture, la pêche et le tourisme, la situation environnementale et sanitaire a atteint un stade critique. Surnommée la «Tchernobyl de la Méditerranée», la région subit depuis des décennies l’impact de l’industrie lourde des phosphates.

L’origine de la crise environnementale de Gabès remonte à 1972, avec l’installation du pôle industriel du GCT, destiné à la transformation des phosphates en acide phosphorique et en engrais destinés à l’exportation.

Au fil des décennies, l’activité industrielle a eu un impact majeur sur l’environnement, notamment par le rejet en mer d’importantes quantités de phosphogypse — un résidu du traitement des phosphates contenant, entre autres, des métaux lourds, du fluor et des éléments radioactifs — ainsi que par des émissions atmosphériques de dioxyde de soufre, d’ammoniac et de composés fluorés.

La pollution a également affecté les ressources en eau, en raison de l’exploitation progressive des nappes phréatiques par le complexe industriel et de ses conséquences sur l’écosystème de l’oasis côtière.

La situation est revenue au cœur de l’actualité après des épisodes de forte pollution atmosphérique ayant provoqué, depuis septembre dernier, des intoxications et des hospitalisations : selon des sources locales, plus de 120 personnes ont nécessité des soins pour des symptômes tels que des difficultés respiratoires, des évanouissements ainsi que des irritations oculaires et des voies respiratoires.

La population au bord de la crise de nerfs

Par ailleurs, des associations écologistes et des militants organisent régulièrement des marches de protestation, à Gabès mais aussi à Tunis, devant le siège du GCT, pour dénoncer les conséquences de la pollution industrielle sur la santé des populations locales, notamment l’augmentation des pathologies respiratoires, des cancers et d’autres maladies.

Le mouvement écologiste «Stop Pollution» a organisé de nombreuses mobilisations pour réclamer la fin de la pollution industrielle et la délocalisation des installations du GCT. La pression croissante de la population a replacé la question environnementale de Gabès parmi les priorités de l’agenda institutionnel national. Kaïs Saïed avait déjà chargé un groupe de travail d’élaborer des propositions pour répondre en urgence à la crise environnementale dans la région. Le rapport final et les recommandations du groupe avaient été présentés au président en janvier 2026. Mais on attend toujours des mesures concrètes pour faire face au fléau de la pollution industrielle à Gabès.

Certaines annonces ont été faites ces derniers mois pour calmer la colère des habitants, mais elles sont davantage des déclarations d’intention que des décisions exécutives. Et les Gabésiens qui avaient espéré voir la visite du chef de l’Etat d’hier soir s’accompagner de la mise en route de mesures concrètes de lutte contre la pollution et ses conséquences socio-économiques en ont finalement eu pour leur frais. Beaucoup ont d’ailleurs scandé d’une seule voix au passage du président : «Le peuple veut le démantèlement des unités industrielles», détournant ainsi, ironiquement, le slogan de la campagne présidentielle de Saïed en 2019 : «Le peuple veut».

Jusque-là, on ne peut pas dire que les cris de détresse des Gabésiens ont été entendus ou que les visites des responsables dans la région aient été suivies d’une amélioration de leur situation. Il faut dire que pour l’Etat tunisien, la marge de manœuvre est très étriquée : la crise financière qu’il traîne depuis 2011 ne lui permet pas de se passer des recettes des exportations d’engrais chimiques. C’est la quadrature du cercle, en somme.

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Phosphate tunisien : Washington veut mobiliser 100 millions de dollars, avec la Chine en toile de fond

La subvention américaine de 1,5 million de dollars annoncée cette semaine doit financer un programme visant à mobiliser plus de 100 millions de dollars de capitaux privés américains autour de PhosCo Ltd. Le document complet prévoit une participation américaine de 30 à 40 % dans la société australienne et affiche l’objectif d’empêcher l’entrée d’« entreprises publiques non marchandes » dans le projet, une formulation qui renvoie à la rivalité avec la Chine sans jamais la nommer.

La publication diffusée le 6 août par l’ambassade des États-Unis à Tunis présentait l’initiative « Safeguarding U.S. Critical Minerals Supply Chains-Tunisia » comme un programme destiné à soutenir l’investissement privé transparent dans le phosphate tunisien.

Le document complet de l’appel à candidatures, publié sur Grants.gov sous la référence DFOP0019505 et consulté par Webdo, révèle une opération d’une portée beaucoup plus importante. La subvention, comprise entre un million et 1,536 million de dollars, doit financer un dispositif chargé d’attirer des investisseurs privés américains dans le projet phosphatier développé par PhosCo Ltd.

Une participation américaine de 30 à 40 % visée

L’objectif fixé par le département d’État est de mobiliser plus de 100 millions de dollars de capitaux privés américains afin de permettre à des investisseurs de prendre une participation de 30 à 40 % dans PhosCo Ltd.

Les 100 millions de dollars ne constituent donc ni une aide américaine ni un investissement déjà garanti. Il s’agit de la cible assignée à l’organisation qui remportera l’appel à candidatures.

Le programme doit également favoriser entre 15 et 25 millions de dollars d’exportations américaines d’équipements et soutenir entre 75 et 125 emplois industriels aux États-Unis. Sa mise en œuvre doit durer entre 18 et 24 mois, avec un démarrage envisagé le 1er octobre 2026.

L’organisation retenue devra identifier des fonds de capital-investissement, des financeurs institutionnels et des investisseurs stratégiques susceptibles d’investir directement dans PhosCo. Elle pourra constituer des espaces sécurisés d’échange de documents, organiser des présentations aux investisseurs et accompagner les procédures de vérification financière et juridique.

Elle devra également coordonner son action avec l’International Development Finance Corporation américaine et d’autres institutions financières pour étudier des solutions combinant capitaux privés, prêts et instruments de réduction des risques.

Un seul financement est officiellement prévu, même si le département d’État se réserve la possibilité d’en accorder jusqu’à deux, selon les candidatures reçues et les fonds disponibles.

PhosCo et le bassin phosphatier du Nord-Ouest au centre du programme

Le document américain identifie explicitement PhosCo Ltd comme la société au cœur de l’opération. Cette entreprise australienne cotée à la Bourse de Sydney développe le projet Gasaat dans la région de Kasserine.

Le NOFO présente PhosCo comme détenteur des droits de développement du « Northwest Mineral Basin » et évoque un gisement de 146 millions de tonnes de phosphate susceptible d’être exploité pendant une cinquantaine d’années.

Ce chiffre correspond cependant à une estimation antérieure. PhosCo fait désormais état d’une ressource de 166,6 millions de tonnes pour Gasaat, après l’intégration de nouvelles découvertes.

Selon le document américain, plus de 285 millions de dollars de financements provenant de banques internationales de développement seraient déjà engagés dans les infrastructures ferroviaires et de traitement de la région. Cette somme est présentée comme un élément réduisant les risques pour les futurs investisseurs, mais elle reste à recouper auprès des institutions financières concernées.

Le programme prévoit aussi un accompagnement juridique pour la préparation d’accords de coentreprise et de contrats d’achat à long terme. Un troisième volet porte sur l’analyse économique des sous-produits issus du traitement du phosphate, notamment le cadmium et d’autres éléments susceptibles d’être valorisés.

La Chine non citée, mais clairement en toile de fond

La dimension géopolitique apparaît dans l’objectif officiel du programme : établir une chaîne d’approvisionnement durable en phosphate tout en empêchant l’entrée d’« entreprises publiques non marchandes ».

Le NOFO ne cite ni la Chine ni aucune entreprise chinoise. Cette formulation s’inscrit toutefois dans la doctrine américaine sur les minerais critiques, qui oppose les investissements privés occidentaux aux entreprises publiques soutenues par des puissances concurrentes. Dans ce contexte, la Chine apparaît comme la principale puissance visée, même si ce rapprochement demeure une interprétation du document.

Le montage retenu confirme l’implication directe de Washington. L’accord prendra la forme d’un « Cooperative Agreement », permettant au gouvernement américain d’approuver la sélection des investisseurs, des institutions financières et des conseillers techniques.

Les autorités américaines devront également donner leur accord écrit sur certains documents techniques, commerciaux et juridiques avant leur transmission aux partenaires tunisiens, ainsi que sur le format des rencontres organisées avec les investisseurs.

Le document fixe enfin une stratégie de sortie précise : le soutien américain doit s’achever après 18 à 24 mois, une fois des capitaux américains installés dans PhosCo, les normes techniques américaines intégrées au projet et les premiers contrats d’achat à long terme conclus.

La subvention de 1,5 million de dollars apparaît ainsi comme le levier initial d’une opération plus large, mêlant investissements privés, exportations industrielles et sécurisation géopolitique d’une ressource désormais considérée comme stratégique.

Document source : NOFO officiel DFOP0019505 NB. Pour consulter le NOFO complet, ouvrir l’onglet « Related Documents », déployer le dossier « Full Announcement – Information for Applicants », puis télécharger le fichier « TUNISIA PhosCo_ FY26 – Notice of Funding Opportunity 06242026.pdf ». Le document est également contenu dans l’archive ZIP proposée dans cette rubrique.

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Phosphates : Un plan de modernisation de 110 millions d’euros pour relancer la production de la CPG

L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a adopté, mardi, avec 58 voix pour, 13 voix contre et 9 abstentions, un projet de loi portant approbation de l’accord de garantie, conclu entre la République tunisienne et la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), le 3 novembre 2025 au profit de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG). Ce financement, composé d’un crédit de 110 millions d’euros (l’équivalent de 371 millions de dinars) et d’un don de 7 millions d’euros, vise à moderniser les équipements de la compagnie, renforcer ses capacités de production et améliorer ses performances environnementales.

Un programme pour renouveler les équipements miniers

Le projet prévoit l’acquisition de nouveaux équipements destinés aux activités d’extraction et de transport du phosphate, notamment des engins modernes de forage et des moyens logistiques adaptés aux besoins de la CPG.

Lire aussi : Tunisie : Le phosphate vise 9,4 millions de tonnes en 2035, après une décennie de panne

L’objectif est d’augmenter les capacités opérationnelles de la compagnie et de permettre une reprise durable de la production nationale de phosphate, un secteur stratégique pour l’économie tunisienne.

Un volet environnemental au cœur du projet

Le financement de la BERD prévoit également l’installation d’une unité de filtration à haute pression destinée au traitement et à la réutilisation des eaux usées.

Cette composante environnementale doit permettre de réduire la consommation des ressources hydriques souterraines, d’améliorer la gestion des rejets industriels et d’inscrire l’activité de la CPG dans une démarche conforme aux exigences de la transition verte.

La relance d’un secteur stratégique

Accordé directement à la CPG avec la garantie de l’État tunisien, le crédit sera remboursé sur une période de 10 ans, dont trois années de grâce, tandis que la durée d’exécution du projet est fixée à trois ans.

Lire aussi : Phosphates : Omar Bouzouada prend les commandes de la CPG et du GCT

À travers cet investissement, les autorités ambitionnent de restaurer la compétitivité de la compagnie, d’améliorer sa gouvernance et de renforcer son attractivité auprès des investisseurs. La reprise du secteur des phosphates devrait également contribuer à accroître les exportations, générer davantage de recettes en devises et soutenir les finances publiques.

Un défi majeur pour retrouver la place historique du phosphate tunisien

La modernisation de la CPG intervient dans un contexte marqué par le recul de la production de phosphate au cours des dernières années. La compagnie, longtemps considérée comme l’un des principaux moteurs économiques du pays, doit désormais relever le défi de la productivité, de la stabilité sociale et de la modernisation industrielle afin de retrouver une place compétitive sur les marchés internationaux.

En juin dernier, un plan d’investissement estimé à près de 2,7 milliards de dinars avait été présenté jeudi devant la Commission des finances et du budget du Conseil national des régions et des districts, alors que la CPG et le GCT restent confrontés à des difficultés financières, logistiques et industrielles persistantes. L’objectif est d’autant plus ambitieux que la production moyenne de phosphates de la dernière décennie n’a pas dépassé 3,2 à 3,4 millions de tonnes par an, très loin des niveaux d’avant 2011 lorsque la production atteignait environ 8,2 millions de tonnes par an.

La production de phosphate devrait atteindre environ 4,5 millions de tonnes en 2026. Toutefois, plusieurs contraintes continuent de peser sur l’activité, notamment les difficultés de transport et l’insuffisance des ressources en eau utilisées pour le lavage du phosphate.

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