❌

Lese-Ansicht

Le Togo, nouvelle porte atlantique de la Russie

En un an et demi, le Togo est passé du statut de pays périphérique à celui de nœud de la logistique russe en Afrique de l’Ouest. On aurait tort d’y voir un hasard ou la simple «diplomatie multivectorielle» d’un petit État. On peut y voir une opération réfléchie du Kremlin, qui suit un schéma déjà rodé ailleurs : d’abord un accord, puis des navires, ensuite des soldats et, pour finir, du béton. (Photo: Port autonome de Lomé).

Moussa Traore *

Le Togo, c’est une bande de terre étroite coincée entre le Ghana et le Bénin. Environ neuf millions d’habitants, une petite armée, une économie modeste. Mais le pays possède ce qui manque à ses voisins, un port en eau profonde. Lomé est le 4e port à conteneurs d’Afrique, et c’est bien lui qui intéresse Moscou. La démocratie ou l’idéologie n’ont pas grand-chose à voir là-dedans.

L’accord qui ouvre la porte

Les bases juridiques ont été posées en 2025. La Russie et le Togo ont signé un accord de coopération militaire à Lomé en mars, l’ont formalisé à Moscou en avril, et la Douma l’a ratifié en octobre. Le texte prévoit l’échange de renseignements, des ventes d’armes, des exercices conjoints et l’autorisation pour les navires russes de faire escale à Lomé. Selon Le Monde, Moscou a obtenu un accès aux ports et aux infrastructures du pays pour sa marine et son aviation.

Officiellement, il s’agit d’aider le Togo à lutter contre les djihadistes. Dans le nord du pays, les attaques se multiplient et le gouvernement cherche des partenaires, c’est un fait. Pour Moscou, l’antiterrorisme sert surtout d’emballage. Des clauses sur l’hydrographie et les escales de navires de guerre ne servent pas à grand-chose contre des combattants dans la savane. Pour qui veut un point d’appui permanent sur l’Atlantique, en revanche, elles valent de l’or.

En mars 2026, le ministre russe de la Défense Andreï Belooussov s’est d’ailleurs déplacé en personne à Lomé, et il y a été question du port. Un ministre de la Défense ne traverse pas la Méditerranée et le Sahara pour une photo protocolaire. Il fallait s’attendre à du concret après cette visite. On n’a pas attendu longtemps.

«Mikhaïl Britnev» : du papier au blindage

À l’été 2026, l’accord a cessé d’être un bout de papier. Le 9 juillet, le cargo russe «Mikhaïl Britnev», visé par des sanctions américaines, a accosté à Lomé. Les analystes de Critical Threats parlent de la première livraison militaire russe par voie maritime au Togo.

Le trajet mérite qu’on s’y arrête, car toute la méthode y est. D’après BBC Verify, le navire a quitté Baltiisk le 18 juin puis franchi la Manche, escorté par le grand navire de débarquement «Alexandre Chabaline». Une fois la Manche passée, il a coupé son AIS et n’est réapparu qu’à Lomé. La veille de son arrivée, il affichait encore Dakar comme destination.

Il transportait, semble-t-il, 29 véhicules blindés, dont des BMP-2, des BMP-3, des BTR-82 et des Tigr. Le 25 juillet, un convoi russe arrivait à Bamako après être passé de Lomé par Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso. Le Togo n’était donc pas la destination finale. Il a servi de porte d’entrée vers le Sahel.

Jusque-là, ce rôle revenait à Conakry, en Guinée, qui a reçu au moins cinq cargaisons d’armes russes depuis janvier 2025. Les sources divergent sur une éventuelle escale du Britnev à Conakry cette fois-ci. Peu importe au fond. Ce qui compte, c’est que la Russie ouvre délibérément un deuxième canal. Un port, on peut le bloquer par la pression ou par un coup d’État. Avec deux, c’est beaucoup plus compliqué. Sous sanctions, Moscou a appris à doubler ses circuits logistiques, et elle applique ici la leçon.

Une logistique fantôme, transpondeur coupé

Le Britnev n’a rien d’un cas isolé. Quelques jours après son départ du Togo, des analystes repéraient un autre navire russe, le Baltic Leader, le long des côtes ouest-africaines.

En octobre 2026, Dossier Center, la Süddeutsche Zeitung, Delfi et d’autres médias ont publié une enquête commune. On y apprend qu’à bord du Britnev voyageaient des passagers, probablement sous de fausses identités. Les journalistes ont aussi identifié trois rouliers, l’Adler, l’Ascalon et le Baltic Leader, exploités par MG-Flot, une société sous sanctions. En route vers l’Afrique, ils coupaient régulièrement leur AIS.

C’est ce qui inquiète le plus. Ces cargos transportent du matériel, déplacent des hommes et testent au passage la solidité du régime de sanctions. Quant à l’escorte militaire dans la Manche, elle s’adresse clairement à l’Europe : n’y touchez pas. Pour l’instant, le message passe.

Il y a plus troublant encore. D’après Critical Threats, un cargo russe avait déjà tenté d’exporter par Lomé du concentré d’uranium nigérien, sans succès. Des armes qui montent vers le Sahel, des matières premières censées redescendre vers la côte : on est loin de l’aide désintéressée. Cela ressemble plutôt à un modèle d’affaires, la sécurité contre les ressources.

Le prix à payer pour le Togo

Les navires ne racontent qu’une partie de l’histoire. Un premier groupe d’officiers de l’Africa Corps est arrivé à Lomé en janvier 2026 pour préparer le déploiement. On estime aujourd’hui leur nombre à 300 ou 350 militaires dans le pays. Ils appartiennent à la structure qui a pris la relève de Wagner.

Regardons le Mali voisin. En avril 2026, l’Africa Corps a dû se retirer de Kidal en abandonnant du matériel sur place. Quand la Russie promet la «sécurité» à un gouvernement africain, il s’agit souvent de celle du régime plus que de celle de la population. Les analystes de Critical Threats écrivent d’ailleurs sans détour que le président Faure Gnassingbé pourrait chercher auprès de Moscou ce type de soutien.

On a le sentiment que la société togolaise le perçoit. La présence de troupes étrangères fait déjà débat, et le 21 juillet, trois partis d’opposition ont réclamé une discussion publique. Le signal est faible, mais il compte. Tant qu’on en débat, il reste une chance de s’arrêter avant que le Togo ne devienne un second Mali.

Du blindage au béton

L’étape suivante a déjà commencé, et elle est commerciale. Fin octobre 2026, en marge du sommet Russie-Afrique, le vice-ministre russe des Transports a discuté avec le Togo de l’attribution à des entreprises russes d’une parcelle non aménagée du port de Lomé et de la construction d’un nouveau terminal. Une ligne régulière de conteneurs de la Russie vers le Togo, puis par la route jusqu’à Ouagadougou, est aussi à l’étude.

Le vice-Premier ministre Andreï Nikitine assure que Moscou a bien avancé sur un corridor Russie-Afrique de l’Ouest passant par Lomé vers le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Dès mars, l’ambassadeur russe évoquait l’idée de faire de Lomé un hub logistique, et même celle d’une voie ferrée.

C’est pour cela que l’on peut considérer cette étape comme la plus dangereuse. Un accord militaire peut sauter avec un changement de pouvoir. Un terminal détenu en propre ou loué pour des décennies, beaucoup moins. Il offre un accès légal à une infrastructure où l’on décharge sans témoins gênants. Le canal militaire se cache derrière une façade civile, et les sanctions perdent presque toute prise.

Ce que cela signifie pour le Togo et la région

Pour le Togo, le marché est déséquilibré. Le pays reçoit des armes, des instructeurs et une protection pour ses dirigeants. La Russie, elle, obtient une porte d’entrée sur toute une région. Et les djihadistes y gagnent un prétexte de plus pour traiter le Togo en ennemi.

Tout tourne autour de la dépendance. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger n’ont pas d’accès à la mer, et Lomé est pour eux la principale porte maritime. Si la Russie contrôle un terminal dans ce port, elle aura la main sur l’approvisionnement des trois juntes. Cela est plus inquiétant que n’importe quel contingent, parce que celui qui tient la route fixe les règles.

Le Togo reste pourtant différent de ses voisins sahéliens. Il est toujours membre de la Cedeao, coopère avec la France et attire aussi l’intérêt américain pour le même port. Lomé joue l’équilibre et profite de la concurrence entre puissances. Mais cet équilibre est fragile. Des soldats au sol et un terminal sur le quai pèsent plus lourd que des visites diplomatiques.

Pour la région, c’est une nouvelle fissure. Le Togo devient une passerelle entre la Cedeao et l’Alliance des États du Sahel, entièrement tournée vers Moscou. Une passerelle peut favoriser la réconciliation. Elle peut aussi permettre à l’influence russe de descendre du Sahel vers le golfe de Guinée. La seconde hypothèse est plus probable.

Le scénario sahélien se répétera-t-il au Togo ?

Le modèle russe en Afrique est connu. Il a été rodé en Centrafrique, où Wagner protégeait le président en échange de concessions minières et où la mine d’or de Ndassima est passée d’un propriétaire canadien à une société liée au groupe. Le schéma a ensuite été reproduit au Sahel, après les coups d’État au Mali en 2020, au Burkina Faso en 2022 et au Niger en 2023. À chaque fois, la France est poussée vers la sortie, les instructeurs russes arrivent, puis viennent les ressources. Au Mali, cela a abouti à une raffinerie d’or en partenariat avec un conglomérat russe.

Qu’y ont gagné ces pays ? Selon la Rand, la sécurité s’est dégradée dans tous les pays où l’Africa Corps est présent, et le nombre de victimes des djihadistes a atteint des records. Le Mali et le Burkina Faso paient en plus le personnel russe sur leur propre budget. Pas plus de sécurité, donc, mais des régimes qui tiennent, et une Russie qui encaisse.

Au Togo, on retrouve la même logique, en version adoucie. Pas de junte en rupture avec l’Occident, pas de putsch. Il y a en revanche le long règne de la famille Gnassingbé, la menace djihadiste dans le nord et l’envie d’avoir un protecteur qui ne pose pas de questions gênantes. On s’attend donc à ce que l’influence russe progresse par étapes.

La logistique d’abord, qui est déjà en marche : rotations régulières, terminal en propre, ligne de conteneurs jusqu’à Ouagadougou. Viendra ensuite la protection du pouvoir, l’Africa Corps devenant peu à peu le garant de sa stabilité, comme à Bangui ou à Ouagadougou.

Puis les ressources et l’énergie. La première commission intergouvernementale Russie-Togo, cet automne, a déjà mis les mines, la métallurgie et l’énergie à l’ordre du jour, et des entreprises russes proposent des centrales à turbines à gaz. Le Togo est connu pour ses phosphates. Je ne serais pas surpris qu’ils deviennent le prochain sujet de négociation.

Enfin l’information. Au Sahel, le Kremlin s’est appuyé sur Africa Initiative, un média employant d’anciens de Wagner. On peut s’attendre à voir le même discours sur la «décolonisation» s’installer dans l’espace médiatique togolais.

Le scénario sahélien va-t-il se répéter à l’identique ? Peut-être pas. Le Togo dépend trop du commerce avec le reste du monde pour rompre avec l’Occident. Mais Moscou n’en demande pas tant. Un contrôle discret du port et un pouvoir loyal qui ne s’intéresse pas trop aux cargaisons lui suffisent. Ce modèle à demi visible pourrait bien se révéler le plus durable de tous ceux que la Russie a bâtis en Afrique.

* Chercheur en histoire des relations internationales à l’Université Luiss Guido Carli, expert auprès du quotidien italien Corriere della Sera.

L’article Le Togo, nouvelle porte atlantique de la Russie est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Crise du carburant au Niger: l’Algérie envoie 53 camions-citernes pour renforcer l’approvisionnement

 

Dans un contexte de tensions persistantes sur l’approvisionnement en carburant, le Niger a réceptionné dimanche un important convoi en provenance d’Algérie. Une cinquantaine de camions-citernes transportant 1,6 million de litres d’essence sont arrivés à Agadez, dans le nord du pays.

En provenance de la raffinerie de Sbaa, dans la wilaya d’Adrar, au centre-sud de l’Algérie, le carburant a été réceptionné au dépôt régional d’Agadez. Le ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini, et l’ambassadeur d’Algérie au Niger, Saadi Ahmed, ont pris part à la cérémonie, aux côtés de plusieurs responsables administratifs et institutionnels.

Le ministre Hamadou Tini a attribué les difficultés actuelles d’approvisionnement en essence et en gasoil à une crise mondiale, alimentée par les conflits, les perturbations logistiques et la volatilité des prix. Les échanges ont également porté sur les modalités de transport et de sécurisation du carburant à travers le Sahara.

De son côté, l’ambassadeur d’Algérie à Niamey a expliqué que l’envoi du convoi répondait aux difficultés d’approvisionnement en carburant auxquelles fait face le Niger. Il a indiqué que l’envoi du carburant avait été décidé par le président Abdelmadjid Tebboune, sans sollicitation officielle préalable de Niamey. Il a par ailleurs abordé l’état des relations entre les deux pays, ainsi que les perspectives de leur partenariat.

Si l’arrivée de ce convoi peut soulager temporairement le marché du carburant à Agadez, elle ne permet pas, à elle seule, de répondre aux difficultés structurelles d’approvisionnement du Niger. La longueur des circuits logistiques et l’exposition aux fluctuations des prix internationaux restent des facteurs de vulnérabilité. L’évolution de la distribution au cours des prochaines semaines permettra de mesurer l’effet réel de cette livraison sur la disponibilité du carburant dans le pays.

L’article Crise du carburant au Niger: l’Algérie envoie 53 camions-citernes pour renforcer l’approvisionnement est apparu en premier sur Managers.

  •  

Jusqu’où ira la lune de miel entre l’Algérie et le Niger ?

À la période de tensions a succédé celle de l’apaisement et aujourd’hui place à la lune de miel entre Alger et Niamey. Le Niger est un vaste pays situé au cœur de la région du Sahel entre le Tchad et le Mali et qui partage des frontières d’environ mille kilomètres avec l’Algérie. Le 26 octobre dernier, l’Algérie avait décidé d’envoyer des unités de l’Armée nationale populaire (ANP) au Niger après avoir obtenu l’aval des deux chambres du Parlement.

Imed Bahri

Les autorités algériennes ont justifié cette mesure par la nécessité de protéger les intérêts vitaux du pays au Niger en particulier les investissements énergétiques et les infrastructures pétrolières. Sur un autre plan, le président Abdelmadgid Tebboune vient de décider d’envoyer 1,6 million de litres d’essence à son voisin du sud qui en a cruellement besoin.

Le journal londonien arabophone Al-Quds al Arabie a indiqué que le Niger a réceptionné une cinquantaine de camions-citernes chargés d’essence en provenance d’Algérie représentant une cargaison totale d’environ 1600 tonnes. Cette opération vise à atténuer les tensions sur le marché des produits énergétiques à Niamey, dans un contexte marqué par un rapprochement croissant entre les deux pays tant sur le plan économique que sécuritaire. Ce rapprochement s’est récemment concrétisé par la décision de l’Algérie d’envoyer des unités de son armée au Niger afin de protéger les intérêts communs et les infrastructures énergétiques de la Sonatrach opérant au nord du Niger.

Selon l’agence de presse officielle algérienne, la cérémonie de réception du convoi transportant environ 1,6 million de litres d’essence s’est déroulée au dépôt régional de carburant de la ville d’Agadez dans le nord du Niger. Étaient présents le ministre nigérien du Pétrole Mahamane Sani Mahamadou, le gouverneur de la région le général Boulama Issa Ibrahim l’ambassadeur d’Algérie au Niger Ahmed Sadi ainsi que la directrice générale de la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep) et des responsables administratifs locaux.

Cet arrivage intervient alors que le Niger fait face à des difficultés d’approvisionnement en produits pétroliers, notamment en essence et en gasoil, sur fond de perturbations des chaînes logistiques mondiales et de volatilité des prix de l’énergie. Le ministre nigérien du Pétrole a souligné que les tensions observées en matière d’approvisionnement s’inscrivent dans une crise mondiale marquée par des conflits et des perturbations affectant les chaînes d’approvisionnement, ajoutant que cette opération témoigne de la nature des relations qui unissent les deux pays. 

Le tracé du gazoduc transaharien Nigéria-Niger,-Algérie-Europe qu’Alger cherche à sécuriser au Niger.

Faire face aux menaces transfrontalières, et quoi encore ?

Selon l’ambassadeur d’Algérie à Niamey, la décision d’envoyer cette cargaison a été prise après que le président Tebboune a été informé des difficultés rencontrées par le Niger en matière d’approvisionnement en carburant. Le chef de l’État a alors décidé, comme l’a indiqué le diplomate, d’organiser cet envoi en urgence sans même que les autorités nigériennes n’en aient fait la demande tout en facilitant, accélérant et sécurisant les aspects logistiques liés au transport.

Cette initiative s’inscrit dans une série d’actions ayant marqué les relations algéro-nigériennes ces derniers mois, notamment dans les domaines de l’énergie, de la défense et de la sécurité. Elle intervient dans un contexte marqué par les défis auxquels est confrontée la région du Sahel ainsi que par des inquiétudes croissantes liées aux activités de groupes armés et aux menaces transfrontalières.

Par ailleurs, le 26 octobre dernier, l’Algérie avait décidé d’envoyer des unités de l’Armée nationale populaire au Niger après avoir obtenu l’aval des deux chambres du Parlement. Cette décision s’appuie sur un mécanisme constitutionnel introduit lors de la révision de la Constitution en 2020, lequel autorise le déploiement d’unités militaires à l’étranger, sous réserve de l’approbation des deux tiers des membres de chaque chambre parlementaire.

Les autorités algériennes ont justifié cette mesure par la nécessité de protéger les intérêts vitaux du pays au Niger —en particulier les investissements énergétiques et les infrastructures pétrolières— compte tenu de la situation sécuritaire dans la région.

Le groupe algérien Sonatrach détient des investissements dans le secteur des hydrocarbures au Niger notamment dans la zone de Koufra située à proximité de la frontière algérienne. En outre, les deux pays sont liés par le projet de gazoduc transsaharien qui vise à acheminer du gaz nigérian (du Nigéria) à travers le Niger jusqu’en Algérie pour ensuite être exporté vers les marchés européens et internationaux.

Présence militaire algérienne dans la ville d’Arlit

À la suite de cette décision, des rapports médiatiques ont fait état, le 30 octobre dernier, de l’arrivée d’un premier convoi militaire algérien dans la ville d’Arlit, au nord-ouest du Niger, une zone connue pour ses activités d’extraction d’uranium. L’agence Reuters, citant plusieurs sources, a confirmé l’arrivée de ce convoi, alors même que les autorités algériennes n’ont pas révélé l’effectif des unités déployées, les modalités de leur déploiement ni les détails de leurs missions sur le terrain.

Cette décision marque une évolution dans la politique sécuritaire de l’Algérie, pays qui s’en tenait traditionnellement au principe de non-envoi de ses forces militaires à l’étranger, une possibilité désormais ouverte par la révision constitutionnelle de 2020 sous réserve de conditions et de procédures spécifiques. Cette initiative s’inscrit dans un contexte marqué par les défis sécuritaires auxquels sont confrontés les pays du Sahel —notamment le Niger, le Mali et le Burkina Faso— où sévissent des groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique ainsi que des réseaux de criminalité organisée et de contrebande transfrontalière.

Don de matériel militaire algérien au Niger

L’Algérie avait, par ailleurs, intensifié sa coopération militaire avec Niamey. Ces dernières semaines, le président Tebboune a reçu le ministre d’État, ministre de la Défense nationale du Niger, le général d’armée Salifou Mody, qui a mené des entretiens avec des responsables algériens portant sur la coopération en matière de défense et de sécurité. Il a également été reçu par le chef d’état-major de l’armée algérienne, le général d’armée Saïd Chengriha, dans le cadre de consultations visant à renforcer les relations militaires entre les deux pays.

En août dernier, l’Algérie a fait don de matériel militaire à l’armée nigérienne comprenant quatre hélicoptères, des munitions, des pièces de rechange ainsi que des équipements destinés à la maintenance et au soutien logistique. La même période a également été marquée par des mouvements militaires algériens en direction du Niger notamment l’envoi de quatre avions de combat de type Soukhoï Su-30 accompagnés d’un avion de ravitaillement en vol. 

Ce rapprochement actuel met fin à une période de tensions qui a caractérisé les relations entre les deux pays au cours de l’année écoulée. Ces tensions faisaient suite à la crise provoquée par l’abattage d’un drone malien près de la frontière algérienne suivi d’accusations portées par le Mali contre l’Algérie. Par la suite, le Niger a rappelé son ambassadeur en Algérie, en réaction à la position adoptée par les pays de l’Alliance des États du Sahel face à ces événements. Toutefois, les contacts politiques et militaires ultérieurs ont permis de réactiver les canaux de coopération entre Alger et Niamey.

L’Algérie et le Niger partagent une frontière terrestre d’environ mille kilomètres ce qui rend la situation sécuritaire dans les deux pays étroitement liée en particulier dans les zones désertiques où circulent des individus, transitent des réseaux de contrebande et opèrent des groupes armés. Le Niger revêt également une importance stratégique pour l’Algérie en raison de sa place dans les projets énergétiques régionaux —au premier rang desquels figure le projet de gazoduc transsaharien— ainsi que des investissements algériens dans le secteur des hydrocarbures.

Sur le plan politique, le président Tebboune a souligné, dans un message adressé à l’occasion du 72e anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne, que «l’habilitation constitutionnelle et le consensus institutionnel relatifs à la coopération avec le Niger s’inscrivent dans la volonté de préserver les intérêts vitaux de l’Algérie et reflètent une approche proactive au sein de la stratégie de sécurité nationale compte tenu de la situation actuelle dans la région». Il a par ailleurs lié cette démarche à la préservation de la stabilité, un objectif pour lequel l’Algérie mobilise ses ressources et ses capacités, en vertu d’une décision politique souveraine. 

Le rapprochement entre les deux pays s’est également étendu à la dimension symbolique et culturelle. Dimanche, la télévision nationale nigérienne a diffusé le film historique ‘‘La Bataille d’Alger’’ du réalisateur italien Gillo Pontecorvo sur sa chaîne Télé Sahel à l’occasion de la commémoration du 1er novembre 1954. Produit en 1966, le film retrace une phase de la lutte de libération nationale en dépeignant les affrontements survenus dans la Casbah d’Alger entre les combattants du Front de libération nationale (FLN) et l’armée coloniale française au cours des années 1956 et 1957 ainsi que les sacrifices et la mobilisation populaire qui y furent associés. Cette œuvre est considérée comme une référence mondiale en matière de stratégies de guérilla et de combat urbain.

L’article Jusqu’où ira la lune de miel entre l’Algérie et le Niger ? est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Un sommet Russie-Afrique avec vue sur la Méditerranée

Deux jours durant, Vladimir Poutine s’est adressé à l’Afrique. C’est pourtant l’Europe qui était censée entendre. L’Afrique est-elle en train de basculer du côté russe ? On ne peut pas l’affirmer. Le sommet de Moscou en dit davantage sur l’évolution de la stratégie du Kremlin que sur un éventuel changement de camp du continent. Les gouvernements africains ont appris depuis longtemps à traiter avec tout le monde à la fois : ils empruntent à la Chine, cherchent des débouchés en Europe, achètent des drones à la Turquie, lèvent des fonds dans le Golfe, et obtiennent céréales et protection de la Russie.

Amadou Diarra *

Le troisième sommet Russie-Afrique s’est achevé le 29 octobre 2026 exactement comme le Kremlin l’avait mis en scène : une déclaration, un plan d’action jusqu’en 2029, une photo de famille sous les lustres du Grand Palais du Kremlin. La télévision russe y a vu le triomphe de la «majorité mondiale». Les agences occidentales ont surtout retenu une participation en demi-teinte. Les deux lectures sont justes, mais aucune ne répond à la vraie question : pourquoi Moscou se donne-t-elle tant de mal, alors que la guerre qu’elle mène se joue ailleurs ?

La réponse, me semble-t-il, tient en une seule ligne de la déclaration finale.

L’essentiel de la déclaration de Moscou reprend le vocabulaire déjà entendu à Sotchi et à Saint-Pétersbourg : multipolarité, réforme du Conseil de sécurité de l’Onu, «ordre mondial juste». Mais au milieu de ces formules convenues figure un paragraphe condamnant la «saisie illégale d’avoirs souverains». Il n’apporte rien aux États africains : personne n’a gelé leurs réserves. Celles de la Russie, en revanche, le sont, et pour l’essentiel en Europe. Le Kremlin peut désormais brandir ce texte dans son bras de fer avec l’Union européenne (UE) et affirmer que des dizaines de pays du continent sont derrière lui.

C’est là, à mon sens, toute la logique de l’exercice. Moscou recevait l’Afrique, mais c’est à Bruxelles qu’elle adressait la facture.

La monnaie de la Russie

L’argent ne joue ici qu’un rôle secondaire. Les échanges entre la Russie et l’Afrique ont atteint environ 27 milliards de dollars l’an dernier, contre 348 milliards pour la Chine et 395 milliards pour l’UE. En 2019,  Poutine promettait 40 milliards ; l’objectif n’a jamais été atteint, alors il en a simplement annoncé un nouveau : 50. Ce commerce est en outre presque entièrement à sens unique. Sur ces 27 milliards, l’Afrique a acheté pour 22,7 milliards de produits russes et n’en a vendu à la Russie que pour 4,4 milliards. Pour un agriculteur ou un industriel du textile africain, un tel partenaire n’a pas grand-chose à offrir.

Moscou paie donc dans une autre monnaie : des armes, des instructeurs, de la protection. Elle a déjà signé des accords de coopération militaro-technique avec 45 pays africains. En marge du sommet, l’Éthiopie s’est entendue sur l’achat d’avions de chasse russes. Même le nouveau «dialogue permanent» avec l’Afrique porte sur l’antiterrorisme et la «sécurité de l’information», pas sur le commerce.

Le problème de ce produit, c’est qu’il protège les dirigeants mieux que les pays. Le Sahel, où l’Africa Corps russe soutient trois juntes militaires, compte aujourd’hui parmi les régions les plus meurtrières du continent. Selon Chatham House, la violence extrémiste y faisait en moyenne 927 morts par an entre 2016 et 2019 ; entre 2022 et 2025, plus de dix mille. En avril, des séparatistes touaregs alliés à des groupes liés à Al-Qaïda ont tué le ministre malien de la Défense et chassé les mercenaires russes de Kidal. La ville a été reprise en octobre. L’idée que Moscou garantit la stabilité sera plus difficile à reconquérir.

Ceux qui sont venus, et les autres

Le plus révélateur, à ce sommet, ce sont les absences. Cet été, Sergueï Lavrov s’est rendu en personne à Niamey pour transmettre l’invitation de Poutine aux présidents du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Assimi Goïta a fait le déplacement, ce qui se comprend : sans les militaires russes, son régime aurait eu bien du mal à tenir cette année. Le capitaine Ibrahim Traoré, en revanche, dont le portrait circule sur les réseaux sociaux pro-russes de Dakar à Nairobi, est resté chez lui et s’est fait représenter par son Premier ministre. Rescapé d’au moins cinq tentatives de coup d’État, il avait ses raisons de ne pas quitter Ouagadougou. Reste qu’au Kremlin, on n’a sans doute guère apprécié que l’admirateur le plus célèbre de la Russie en Afrique fasse l’impasse sur son grand rendez-vous africain.

Au total, 21 chefs d’État ont fait le voyage, alors que le Kremlin en avait d’abord annoncé 22. Ils étaient 17 à Saint-Pétersbourg en 2023 et 43 à Sotchi en 2019. Pour un pays sous sanctions, le résultat est honorable. Pour un pays qui se présente comme l’alternative à l’Occident, il est maigre.

La vraie carte : la Libye

Pour savoir où la présence russe en Afrique touche réellement l’Europe, il ne faut regarder ni vers Moscou ni même vers le Sahel, mais vers la Libye. Après la chute d’Assad, la Russie a perdu ses arrières confortables en Syrie et a déplacé son centre de gravité vers l’est libyen, sous l’aile du maréchal Khalifa Haftar. D’après Tearline, un projet de l’Agence nationale de renseignement géospatial américaine, les Russes construisent, financent et font fonctionner des infrastructures sur six bases aériennes libyennes, dont Al-Joufra, Al-Khadim et Brak al-Chati. De là, les avions repartent vers le sud : Mali, Burkina Faso, Centrafrique. Toute la «sécurité sahélienne» que vend Moscou repose, en pratique, sur des pistes libyennes.

En août, le fils du maréchal, Saddam Haftar, était reçu au Kremlin par Vladimir Poutine et le ministre de la Défense, Andreï Belooussov. La suite, le journaliste Sissoko l’a esquissée il y a quelques jours à l’agence italienne Nova : selon lui, Moscou veut couvrir Tobrouk et les bases de Haftar d’un bouclier anti-drones, car elle a besoin de Tobrouk et du ciel au-dessus du flanc sud de l’Otan. Il prend soin de préciser qu’aucun contrat public n’existe et que Rosoboronexport ne divulgue pas ses clients. Mais si ce bouclier voit le jour, l’est libyen dépendra pour des années des techniciens russes. Et la Libye elle-même, prévient Sissoko, risque de passer du statut de pays protégé à celui de cible.

Personne n’a encore vu de missiles pointés de là vers l’Europe, et il ne faut rien exagérer. Il n’empêche : une base russe fortifiée et protégée des drones sur la rive sud de la Méditerranée offre au Kremlin des options dont il se servira au moment de son choix.

Il existe un autre levier, plus discret et peut-être plus dangereux. C’est de Libye que part la route de la Méditerranée centrale vers l’Italie et Malte. Le commissaire européen aux migrations, Magnus Brunner, a ouvertement averti que la Russie pourrait utiliser les migrants comme une arme contre l’Europe. On a déjà vu comment cela fonctionne à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. Au sud, le littoral est bien plus long, et l’influence de l’Europe bien plus faible.

Ni panique, ni complaisance

L’Afrique est-elle donc en train de basculer du côté russe ? Je ne le crois pas. Le sommet de Moscou en dit davantage sur l’évolution de la stratégie du Kremlin que sur un éventuel changement de camp du continent. Les gouvernements africains ont appris depuis longtemps à traiter avec tout le monde à la fois : ils empruntent à la Chine, cherchent des débouchés en Europe, achètent des drones à la Turquie, lèvent des fonds dans le Golfe, et obtiennent céréales et protection de la Russie. Le voyage à Moscou n’est qu’une étape parmi d’autres dans cet agenda.

Pour l’Europe, la consolation est mince. Le Kremlin n’a nul besoin de rallier tout le continent. Quelques points d’appui lui suffisent : des voix à l’Onu contre la saisie de ses avoirs, quelques juntes au Sahel, quelques aérodromes et un port en Libye. Cela suffit pour peser à la fois sur le flanc sud de l’Otan et sur la politique migratoire européenne.

Faute de pouvoir rivaliser avec l’Europe en Afrique comme partenaire commercial, la Russie mise sur une monnaie moins coûteuse : la peur. L’Europe peut répondre avec ce qui manque à Moscou, à savoir l’investissement, le commerce et un engagement sérieux en faveur de la réunification de la Libye. Si elle remet encore cela à plus tard, la Méditerranée méridionale pourrait bien devenir un nouveau front, et Bruxelles s’en apercevra trop tard.

* Eudiant-chercheur marocain installé à Rabat. 

L’article Un sommet Russie-Afrique avec vue sur la Méditerranée est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Sahel | Le come-back de l’Algérie

Face à l’influence régionale grandissante de l’Axe Rabat-Abou Dhabi-Tel Aviv dans les pays du Sahel, Alger qui considère cette espace géographique comme sa sphère d’influence essaye ces derniers temps de prendre des initiatives afin d’améliorer ses relations avec des pays comme le Niger et le Mali qui ont traversée une phase de turbulence ces dernières années. En ouvrant une nouvelle page avec ces pays, l’Algérie entend de nouveau jouer un rôle dans cette région afin de contenir le rôle de plus en plus intense et multiforme de l’Axe concurrent qui l’agace beaucoup et qui a atteint son paroxysme le mois dernier avec la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Abou Dhabi. (Photo : Combattants du Front de libération de l’Azawad à Kidal, au Mali).

Imed Bahri

La revue américaine Foreign Policy a publié une analyse de Nosmot Gbadamosi indiquant que l’Algérie cherche à retrouver son rôle de médiateur dans les questions de sécurité au sein de la région instable du Sahel. Elle suggère qu’Alger pourrait avoir joué un rôle dans la reprise récente de la ville de Kidal par l’armée malienne et ses alliés russes aux dépens des séparatistes touaregs. Ces derniers avaient procédé à un retrait tactique de cette ville stratégique dont ils avaient pris le contrôle en avril.

Ces développements interviennent dans un contexte de reprise des relations bilatérales avec l’Algérie, qui a rouvert son espace aérien à Bamako en juillet, mettant ainsi fin à une rupture de 15 mois. Cette rupture faisait suite à un différend provoqué par l’abattage par l’Algérie d’un drone malien près de leur frontière commune.

L’Algérie, qui constitue la deuxième puissance militaire d’Afrique après l’Égypte, a joué pendant des décennies un rôle de médiateur dans le processus de paix entre les rebelles touaregs et le gouvernement malien.

Ces derniers mois, Alger s’est efforcée de reconquérir ce rôle, ainsi que sa position traditionnelle de médiateur en matière de sécurité au Sahel, alors que les menaces sécuritaires s’intensifient dans toute la région.

Bien qu’elle prône une politique de non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres États, l’Algérie a toujours considéré le Sahel et l’Afrique de l’Ouest comme faisant partie de sa zone d’influence.

La question touarègue et la lutte contre le terrorisme

Intissar Fakir, chercheuse principale et directrice fondatrice du programme Afrique du Nord et Sahel au Middle East Institute, a déclaré : «L’Algérie a toujours perçu le Sahel comme faisant partie de l’espace géopolitique global au sein duquel elle exerce son influence. Il existe de nombreux intérêts communs avec le Mali, notamment en ce qui concerne la question touarègue et la lutte contre le terrorisme».

Selon plusieurs analystes, l’Algérie craint tout particulièrement une extension de la rébellion vers ses régions méridionales au sein de sa propre population touarègue.

Cependant, ces dernières années, face au déclin de son rôle dans la région du Sahel, l’Algérie s’inquiète de plus en plus de la présence de nombreux acteurs étrangers —notamment la Russie et les Émirats arabes unis— qui cherchent à y renforcer leur influence.

«L’Algérie commence à se retrouver largement isolée dans son voisinage», souligne Fakir. Alger a d’ailleurs régulièrement dénoncé le recours du Mali à des mercenaires russes, et ce, malgré ses bonnes relations avec Moscou. Cette situation a conduit le Mali, en 2024, à mettre fin à l’Accord d’Alger, un traité de paix négocié par l’Algérie en 2015 entre le gouvernement malien et une coalition séparatiste menée par les Touaregs de l’Azawad.

Les relations entre l’Algérie et les pays du Sahel se sont davantage dégradées l’an dernier à la suite de l’affaire du drone abattu. Cet incident qui a poussé l’Alliance des États du Sahel (regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger) à rappeler ses ambassadeurs en poste à Alger.

L’Algérie éprouve également une vive inquiétude vis-à-vis d’Abou Dabi. En septembre, elle a rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats, accusant ces derniers d’«actes provocateurs et hostiles» et de déstabiliser la région en soutenant des factions rebelles au Soudan, en Libye et au Sahel.

En juillet, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déclaré, au sujet des Émirats : «Partout où ils mettent les pieds, le sang coule».

Selon les analystes, l’Algérie joue désormais un rôle croissant, tant sur le plan militaire qu’économique, dans les affaires de ses voisins. Cette mutation se manifeste clairement au Niger. En août, l’Algérie a dépêché auprès du gouvernement militaire nigérien quatre avions de combat Soukhoï-30, un avion de ravitaillement en vol et un avion de transport militaire ce qui est une démonstration de force inédite visant à aider les autorités à déjouer une tentative de coup d’État.

Au cours du même mois, Sonatrach, la compagnie énergétique publique algérienne, a entamé des opérations d’exploration sur le gisement pétrolier de Kafra, au Niger, relançant ainsi un projet resté en suspens pendant des années.

Le mois dernier, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a salué l’Algérie, qualifiée d’État frère et voisin, affirmant que le Niger est aujourd’hui «sur pied» grâce au soutien algérien. 

L’Algérie n’est pas le seul pays d’Afrique du Nord à avoir intensifié son implication au Sahel et dans les régions avoisinantes. En 2023, l’Égypte a fourni des équipements militaires au Niger pour appuyer la lutte contre les groupes djihadistes. Par ailleurs, le Nigeria cherche actuellement à conclure un accord avec l’Égypte portant sur le transfert de technologies militaires.

Le prisme de la rivalité entre l’Algérie et le Maroc

Cependant, la principale dynamique en direction de la région émane du Maroc —rival de l’Algérie— qui espère que des relations régionales solides viendront soutenir son plan pour le Sahara occidental. L’Algérie, quant à elle, héberge le Front Polisario, mouvement qui milite pour l’indépendance de ce territoire.

Les relations historiques du Maroc avec les pays d’Afrique de l’Ouest remontent à des siècles mais elles se sont tendues dans les années 1980 en raison d’un soutien croissant à l’indépendance du Sahara occidental. Depuis sa réintégration au sein de l’Union africaine en 2017, Rabat s’est tourné de plus en plus vers la diplomatie économique pour renforcer sa position dans la région.

La construction d’un gazoduc reliant le Nigeria au Maroc devrait débuter au cours des deux prochaines années. Ce projet vise à acheminer le gaz naturel nigérian à travers 12 pays avant qu’il n’atteigne le Maroc, qui se chargera ensuite de l’exporter vers l’Europe. Par ailleurs, le Maroc collabore avec la Mauritanie à des projets visant à relier les pays enclavés du Sahel à l’océan Atlantique via le port marocain de Dakhla situé au Sahara occidental.

Toutefois, selon Fakir, réduire ces évolutions régionales au seul prisme de la rivalité entre l’Algérie et le Maroc serait une simplification excessive. Elle ajoute : «Le Maroc n’est plus le seul acteur impliqué dans la sécurité de la région du Sahel. Par conséquent, toute mesure prise par l’Algérie ne constitue pas nécessairement une réaction au Maroc mais répond plutôt à un ensemble de circonstances changeantes et variées».

L’article Sahel | Le come-back de l’Algérie est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  
❌