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Ben Guerdane – 12 morts et 2 disparus | Comment est-on arrivé là ?

Comment en est-on arrivé à ce que des jeunes de Ben Guerdane voient davantage d’espoir dans une embarcation précaire et la Méditerranée que dans leur propre pays ? C’est la question que pose le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) dans le communiqué suivant, publié le 24 août 2026, où  il exprime sa profonde douleur et sa solidarité avec les familles et les populations de Ben Guerdane et de Zarzis frappées par le naufrage d’une embarcation transportant quinze jeunes Tunisiens qui tentaient de rejoindre l’Italie.

Selon le dernier bilan communiqué par la Direction générale de la Garde nationale, douze corps ont été repêchés, deux personnes restent portées disparues et une seule personne a survécu. Quatorze des quinze personnes à bord étaient originaires de Ben Guerdane et une de Zarzis. L’embarcation avait quitté les côtes le 19 août et a sombré à environ 14 milles marins au large de Zarzis.

Le CRLDHT présente ses condoléances aux familles des victimes et partage l’angoisse de celles qui attendent encore de connaître le sort de leurs enfants. Il demande que les recherches se poursuivent sans interruption jusqu’à ce que les deux derniers disparus soient retrouvés.

Mais cette tragédie ne peut être réduite à un nouveau fait divers de la migration dite irrégulière.

La question n’est pas seulement de savoir comment ces jeunes sont morts. Elle est aussi de comprendre pourquoi des jeunes, âgés pour plusieurs d’entre eux de 18 à 25 ans, ont estimé qu’il ne leur restait d’autre horizon que de prendre la mer au risque de leur vie.

Ben Guerdane : sécurité sans développement

Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui à Ben Guerdane, il faut revenir sur les profondes transformations qu’a connues cette région frontalière au cours de la dernière décennie.

La lutte contre le terrorisme et la sécurisation de la frontière tuniso-libyenne étaient des nécessités incontestables, particulièrement après les événements de mars 2016 : les affrontements d’El Aouija du 2 mars, puis surtout l’attaque de grande ampleur menée par Daech contre Ben Guerdane, le 7 mars 2016.

La population de Ben Guerdane avait alors joué, aux côtés des forces militaires et sécuritaires, un rôle déterminant dans la résistance aux assaillants.

Mais les réponses apportées aux problèmes de la région sont restées principalement sécuritaires, sans véritable politique économique et sociale à la hauteur de ses besoins.

La construction et le renforcement du dispositif militaire frontalier, l’intensification des contrôles et les restrictions apportées aux échanges ont directement affecté l’économie transfrontalière, y compris le commerce informel qui constitue depuis longtemps une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles.

Restreindre cette économie sans construire simultanément des alternatives crédibles revenait à exposer une partie croissante de la population au chômage, à la précarité et à l’absence de perspectives.

À cela s’ajoutent les difficultés persistantes liées au passage frontalier de Ras Jedir, véritable artère économique et sociale de Ben Guerdane. Fermetures, réouvertures, restrictions, difficultés de passage et décisions changeantes ont fragilisé encore davantage les activités dont dépendent de nombreuses familles.

Contrôler les départs ne peut remplacer l’obligation de sauver

Cette tragédie interpelle également les politiques migratoires mises en œuvre par la Tunisie, notamment dans le cadre de sa coopération avec l’Union européenne.

Depuis plusieurs années, des moyens importants sont consacrés au contrôle des côtes, à la surveillance des zones de départ et à l’interception des embarcations. Les dispositifs sont d’abord conçus pour empêcher les départs.

Le CRLDHT rappelle pourtant que la protection de la vie humaine et le sauvetage en mer doivent constituer une priorité absolue.

Comment expliquer que des moyens importants soient mobilisés pour surveiller les côtes, empêcher les départs et intercepter les embarcations, alors qu’un bateau transportant quinze personnes peut disparaître et qu’un survivant peut rester près de deux jours en mer avant d’être découvert par un navire commercial ?

Le drame de Ben Guerdane ravive inévitablement le souvenir du naufrage de Zarzis de septembre 2022. Quatre ans plus tard, les familles restent mobilisées pour connaître toute la vérité sur la disparition de l’embarcation, les conditions des recherches et la gestion des dépouilles.

Une nouvelle tragédie survient aujourd’hui dans la même région maritime et pose à nouveau la question des enseignements réellement tirés de Zarzis et de l’efficacité des dispositifs de recherche et de sauvetage.

Mais cette responsabilité ne s’arrête pas aux frontières tunisiennes. Les politiques migratoires européennes portent également une part de responsabilité dans les drames et les disparitions en Méditerranée. La lutte contre les départs ne peut continuer à primer sur la protection des vies, tandis que des milliers de personnes meurent ou disparaissent en mer et que leurs familles restent parfois des années sans savoir ce qu’elles sont devenues.

Silence politique et réponse policière

À ce jour, aucune prise de parole publique significative du gouvernement ou de la Présidence de la République sur cette tragédie, ses causes et la situation de Ben Guerdane n’est à relever.

La Garde nationale communique sur les opérations de recherche et indique qu’elles font l’objet d’un suivi au plus haut niveau. Mais cela ne remplace pas une parole politique adressée aux familles et à la population.

Ce silence contraste avec la réponse apportée aux manifestations qui ont éclaté à Ben Guerdane. Pendant deux nuits, des habitants et des jeunes sont descendus dans la rue. Leur mobilisation exprimait d’abord l’angoisse devant la disparition des leurs, puis plus largement le chômage, les difficultés de Ras Jedir, les projets de développement bloqués et l’absence de perspectives.

Face à cette colère, les forces de sécurité sont intervenues, ont chargé des manifestants et fait usage de gaz lacrymogène.

Le contraste est saisissant : silence politique face au drame et à ses causes, intervention policière lorsque la colère s’exprime dans la rue.

Établir les responsabilités

L’enquête judiciaire ouverte est indispensable, mais elle ne peut se limiter aux organisateurs de la traversée et aux éventuels passeurs. Elle doit aussi établir les circonstances du naufrage, la chronologie des alertes et des recherches, les moyens de surveillance et de sauvetage mobilisés et les éventuelles responsabilités, y compris institutionnelles. Un bilan des mesures prises depuis le naufrage de Zarzis de 2022 doit également être rendu public. Les familles ont droit à la vérité.

Le CRLDHT appelle parallèlement à une révision profonde des politiques concernant les régions frontalières, particulièrement Ben Guerdane et Ras Jedir, ainsi que des politiques migratoires tunisiennes et européennes, afin que le sauvetage et la protection des vies disposent des moyens nécessaires.  

Les douze victimes ne sont pas seulement des «migrants irréguliers». Ce sont des jeunes Tunisiens qui cherchaient une possibilité de vivre autrement. Quand le commerce frontalier se réduit sans alternative, que le chômage et les restrictions s’accumulent et que tout horizon se ferme, la mer finit par apparaître comme une issue, au risque de devenir un tombeau.

Une question demeure : comment en est-on arrivé à ce que des jeunes de Ben Guerdane voient davantage d’espoir dans une embarcation précaire et la Méditerranée que dans leur propre pays ?

Communiqué.

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Parti des Travailleurs | Solidarité avec les familles des victimes «barques de la mort»

Le Parti des Travailleurs estime que la persistance des incidents liés à l’immigration irrégulière et les tragédies qui en découlent reflètent le désespoir et l’absence de perspectives auxquels sont confrontés les jeunes, sur fond de politiques de marginalisation, de chômage et de pauvreté.

Dans un communiqué publié ce lundi 24 août 2026, le parti de gauche dirigé par Hamma Hammami a présenté ses condoléances aux familles des victimes du naufrage d’une embarcation de migrants en situation irrégulière au large de Zarzis — un drame ayant entraîné la mort de plusieurs personnes, alors que les recherches se poursuivent pour retrouver les disparus.

Le Parti des Travailleurs a également exprimé son soutien aux revendications des manifestants à Ben Guerdane, dont les enfants ont été victimes du naufrage, appelant à remédier à la précarité économique et sociale dont souffre la région, d’autant plus qu’une part importante de l’activité économique locale dépend du commerce transfrontalier via le poste-frontière de Ras Jedir.

Le parti a dénoncé ce qu’il considère comme le recours des autorités à une approche purement sécuritaire pour gérer les protestations, en l’absence d’une vision globale de développement pour remédier à la situation de la région. Il a également appelé les autorités régionales et centrales à assumer leurs responsabilités en luttant contre les réseaux de trafic d’êtres humains qui exploitent la vulnérabilité des migrants et les poussent à emprunter les «barques de la mort».

Le PT a salué les manifestations de solidarité entre les habitants de Zarzis et de Ben Guerdane, y voyant le reflet d’un esprit de solidarité populaire et de la capacité des Tunisiens à faire face aux crises.

Enfin, le PT a réitéré son rejet des accords migratoires conclus avec l’Union européenne, en juillet 2023, estimant qu’ils transforment la Tunisie en gardien des frontières sud de l’Europe, alors même que la migration irrégulière continue de faire des victimes en Méditerranée.

I. B.

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Naufrage au large de Zarzis : Le bilan atteint 12 morts, deux personnes toujours disparues

Le bilan du naufrage d’une embarcation au large de Zarzis s’est alourdi à douze morts, selon une actualisation de la Direction générale de la Garde nationale. Sur les 15 occupants du bateau, un seul a survécu tandis que deux personnes restent portées disparues. Les recherches se poursuivent alors qu’une enquête judiciaire a également été ouverte pour déterminer les circonstances du drame.

Neuf corps repêchés dimanche

Les opérations de recherche menées au large de Zarzis ont permis de récupérer neuf corps supplémentaires dimanche, après trois dépouilles repêchées la veille.

Le bilan atteint ainsi douze morts, sur les quinze personnes qui se trouvaient à bord de l’embarcation. Une personne a été secourue et deux autres restent introuvables.

Les unités mobilisées poursuivent les opérations de ratissage en mer afin de localiser les deux personnes portées disparues. Plusieurs moyens avaient été engagés depuis le début des recherches, notamment des unités maritimes ainsi que des moyens aériens.

Un survivant, deux disparus

Le nouveau bilan permet désormais d’établir une répartition précise des quinze occupants : 12 décès, un survivant et deux disparus.

Cette actualisation marque une nette évolution par rapport aux premières informations communiquées après le naufrage. L’article initial publié par Webdo faisait notamment état de deux corps retrouvés et de douze personnes portées disparues avant les nouvelles opérations de récupération.

Les recherches restent donc en cours et pourraient encore faire évoluer le bilan définitif.

Une enquête judiciaire ouverte

Parallèlement aux opérations de recherche, le parquet a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire à la suite du naufrage.

Confirmée par le porte-parole officiel de la Direction générale de la Garde nationale, Houssem Eddine Jebabli, cette procédure porte sur des faits liés au franchissement clandestin des frontières maritimes ayant entraîné la mort.

L’enquête doit notamment permettre d’établir les circonstances précises du naufrage et de déterminer les éventuelles responsabilités liées à cette traversée clandestine.

Les recherches se poursuivent

Alors que le bilan humain s’alourdit, les autorités poursuivent les opérations pour tenter de retrouver les deux personnes encore portées disparues.

Les familles concernées sont informées de l’évolution des recherches, tandis que les dépouilles récupérées font l’objet des procédures nécessaires avant leur remise aux familles.

Ce nouveau drame vient une nouvelle fois illustrer les risques auxquels sont exposées les personnes qui prennent la mer à bord d’embarcations précaires dans l’espoir de rejoindre l’Europe.

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