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Maladie rare du foie : Des chercheurs tunisiens identifient une nouvelle variante génétique

Une équipe de l’hôpital La Rabta et de l’Université Tunis El Manar, en collaboration avec des partenaires espagnols et français, signe la première série tunisienne consacrée aux déficits primaires de synthèse des acides biliaires, des maladies génétiques rares pouvant entraîner une atteinte hépatique sévère chez l’enfant. Sur six garçons suivis entre 2013 et 2024, trois ont obtenu une rémission complète sous traitement, tandis que trois autres sont décédés avant sa mise en place.

L’étude, acceptée le 10 août 2026 par la revue scientifique Frontiers in Pediatrics, est signée côté tunisien par Mouna Zribi, Safa Khatrouch, Hela Boudabous, Sana Ben Messaoud, Amel Ben Chehida et Mohamed Slim Abdelmoula, de l’Université Tunis El Manar et de l’hôpital La Rabta. Elle associe également Loreto Hierro Llanillo, de l’hôpital La Paz de Madrid, ainsi que Sophie Laplanche et Anne Spraul, en France.

Six enfants suivis, trois décès avant traitement

Les déficits primaires de synthèse des acides biliaires sont des maladies héréditaires rares, à transmission autosomique récessive. Ils perturbent la production des acides biliaires et peuvent provoquer des atteintes du foie ainsi que des troubles de l’absorption des graisses et de certaines vitamines.

Les chercheurs ont étudié six garçons issus de trois familles non apparentées, suivis à La Rabta entre 2013 et 2024. L’apparition de la maladie allait de la période néonatale à l’âge de 8 ans, tandis que le délai entre les premiers symptômes et le diagnostic variait d’un mois et demi à cinq ans.

Les manifestations étaient diverses : trois enfants présentaient une cholestase, quatre une malabsorption et un autre une atteinte hépatique sans cholestase. Certains patients présentaient plusieurs manifestations simultanément.

Une nouvelle variante du gène HSD3B7

Quatre patients présentaient un déficit lié au gène HSD3B7 : trois frères porteurs d’une nouvelle variante homozygote, référencée c.748_760del, et un quatrième frère resté sans variante identifiée malgré des investigations poussées.

Un autre patient présentait une variante déjà connue du gène AKR1D1, référencée c.242A>T.

Cette identification constitue l’un des principaux apports scientifiques de la série tunisienne. Les auteurs montrent également que la maladie peut se manifester différemment d’un enfant à l’autre, y compris au sein d’une même famille.

Trois rémissions complètes sous traitement

L’étude met surtout en évidence l’importance d’une prise en charge suffisamment précoce.

Trois enfants ont reçu de l’acide cholique à des doses comprises entre 6,2 et 13,4 mg/kg/jour. Selon les chercheurs, ils ont obtenu une rémission clinique et biologique complète, maintenue pendant cinq à six années de suivi.

Les trois autres enfants sont décédés d’une insuffisance hépatique avant que ce traitement puisse être instauré.

Ces résultats doivent toutefois être interprétés à l’échelle de la série étudiée : elle ne comprend que six patients et ne permet donc ni d’évaluer la fréquence de ces maladies en Tunisie ni de généraliser les résultats à l’ensemble des patients.

Un diagnostic spécialisé encore difficile

Au-delà de l’identification de la nouvelle variante génétique, les auteurs attirent l’attention sur les difficultés de diagnostic de ces maladies rares.

Leurs manifestations variables peuvent retarder leur identification, tandis que les examens nécessaires reposent sur des analyses spécialisées qui ne sont pas toujours facilement accessibles. L’étude souligne également les difficultés d’accès à certains traitements destinés aux maladies rares.

Cette première série tunisienne fournit ainsi de nouvelles données sur des pathologies encore peu documentées dans le pays et met surtout en évidence l’enjeu du diagnostic précoce : dans les six cas étudiés, les trois enfants ayant reçu le traitement sont restés en rémission durant le suivi, contrairement aux trois patients décédés avant sa mise en place.

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 ‘‘Parfum de mort’’ de Sofiane Bouhdiba | L’odeur entre sociologie et médecine   

Dans son nouvel essai intitulé ‘‘Parfum de mort. Histoire médico-sociale de l’odeur’’ (Editions L’Harmattan, Paris, 30 juillet 2026, 236 pages) Sofiane Bouhdiba, professeur de démographie à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, propose une réflexion documentée et critique sur l’odeur, avec un intérêt particulier pour ses répercussions médico-sociales.

La littérature abonde en œuvres scientifiques, poétiques, théâtrales sur les parfums enchanteurs, merveilleux, paradisiaques, mythiques. Mais l’auteur préfère s’attarder sur les côtés moins connus et plus obscurs des odeurs, une manière de combler un vide littéraire.

Il interroge les miasmes mortifères, les maladies fétides, les odeurs non moins nauséabondes des remèdes, la putréfaction du cadavre, les prétendus démons porteurs de maladies, la mort et ses effluves, qui constituent autant de thématiques liées d’une manière ou d’une autre aux odeurs.

Il interroge l’odeur qui dérange, l’odeur qui rend malade, la maladie qui pue, le défaut d’odorat, qui sont autant de thématiques que Pr Bouhdiba examine dans ce livre qui a au moins le mérite d’être original.

Sa réflexion est organisée autour de trois grandes parties, à peu près équilibrées. La première s’attache à montrer que la mort a indéniablement une odeur. Après une réflexion critique sur l’olfaction et ses incertitudes, l’auteur entre dans le vif du sujet en explorant les liens, pas si évidents ni si naturels, qui ont été établis entre la maladie et sa phase ultime que représente la mort, et l’odeur.

Il montre ainsi, à travers un parcours chronologique de la littérature, que la maladie se manifeste par des odeurs, certaines pathologies étant même spécifiquement malodorantes.

Le malade puant amène à réfléchir sur le mort non moins nauséabond. Réflexion qui débouche naturellement sur l’une des plus étonnantes doctrines de la pensée médicale, qui n’a jamais véritablement disparu : la théorie des miasmes.

La deuxième partie du livre est davantage orientée vers les stratégies d’évitement des odeurs. L’auteur y montre comment les odeurs mortifères ont été évacuées tout au long de l’histoire de l’humanité, donnant lieu à de véritables théories de prophylaxie de l’odeur. Avec un œil critique, il s’attarde sur les difficultés posées par les odeurs mortifères qui s’accumulent dans les espaces clos, tels que les navires, les hôpitaux ou les prisons.

Finalement, la bonne odeur chasse-t-elle la mauvaise ? C’est la question à laquelle Sofiane Bouhdiba tente de proposer quelques éléments de réponse, avant de montrer que l’odeur, qui semble accompagner la mort dans l’imaginaire collectif, peut aussi protéger l’être humain.

Quant à la dernière partie de l’ouvrage, elle est consacrée à la thérapie par l’odeur, qui semble s’être érigée en véritable science. L’olfactométrie, science du diagnostic médical par l’odeur, amène ainsi l’auteur à réfléchir sur l’aromathérapie tant dans le monde occidental que dans la médecine arabo-musulmane.

Dans ce nouvel essai, Sofiane Bouhdiba a aussi voulu adresser un clin d’œil à feu le Professeur Abdelwahab Bouhdiba, son père mais également son professeur et son mentor, qui avait écrit il y a quelques années un livre centré sur les aspects merveilleux de l’odeur en islam.

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