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Bourguiba entre histoire et littérature

Il y a quelques semaines, je publiais dans ces colonnes une tribune consacrée à Habib Bourguiba, à l’occasion des soixante-dix ans de l’indépendance. J’y proposais une lecture en trois images : le bâtisseur de l’État, le despote éclairé, la figure mémorielle disputée. Trois prismes pour tenter de saisir un homme qui continue, un quart de siècle après sa mort, de structurer notre rapport au politique et à l’histoire. Peu après, le séminaire organisé à Beït al-Hikma autour de l’œuvre romanesque d’Amira Ghenim m’a conduit à relire cette démarche avec un regard différent, non pour la remettre en cause, mais pour en mesurer les bords, les limites, et ce qu’elle laisse nécessairement dans l’ombre.

Abdelhamid Largueche *

L’historien et le romancier ne font pas le même travail. Mais ils ne font pas non plus un travail opposé. Ils habitent deux régimes de vérité distincts, qui se complètent sans jamais se confondre.

Ce que l’histoire peut faire

Lorsque j’écrivais que les trois images de Bourguiba ne doivent pas être pensées comme des catégories séparées mais comme les dimensions d’une même réalité historique complexe, je formulais une ambition proprement historienne : tenir ensemble la grandeur et les contradictions d’un homme d’État, articuler ce qui paraît inconciliable, restituer la logique interne d’une époque sans l’anachronisme du jugement rétrospectif.

C’est le propre de la discipline. L’historien travaille sur les faits, les archives, les séries documentaires, les traces que les événements laissent dans le temps. Il cherche à comprendre comment les choses se sont passées, pourquoi elles ne pouvaient peut-être pas se passer autrement, et ce qu’elles ont produit de durable ou de fragile.

Cette démarche a une exigence : la distance. Non pas l’indifférence ; l’historien n’est pas une machine, mais le refus de se laisser emporter par l’émotion ou la mémoire au point de perdre la rigueur du regard.

C’est une force. C’est aussi une contrainte.

Ce que la littérature seule peut atteindre

Amira Ghenim, dans ‘‘Les grands hommes meurent en avril’’, ne cherche pas à établir ce qui s’est passé. Elle cherche à faire sentir comment cela a été vécu. Ce n’est pas la même chose.

Là où mes trois images de Bourguiba sont des catégories analytiques, des outils pour penser, la romancière construit une présence : multiple, contradictoire, irréductible à toute synthèse. Son Bourguiba n’est pas une thèse sur Bourguiba. Il est la façon dont Bourguiba a traversé les corps, les silences, les mémoires intimes des gens qui l’ont côtoyé ou subi, admiré ou redouté.

Mohamed Rajaa Farhat, de son côté, restitue dans sa pièce de théâtre ‘‘Le dernier cachot’’ une voix, celle d’un homme qui continue à se raconter lui-même dans la solitude et la défaite. Ce Bourguiba-là n’est pas un objet d’analyse. Il est un sujet qui résiste à la réduction, qui affirme encore son «je» quand tout le reste lui a été retiré.

Ces deux œuvres ne viennent pas corriger ou compléter ce que l’historien aurait mal fait. Elles font autre chose. Elles donnent accès à une dimension de l’expérience historique que l’archive ne contient pas : l’intériorité des êtres, la texture émotionnelle du temps vécu, les contradictions que les hommes portent sans les résoudre.

Là où l’histoire reconstitue les structures, la littérature habite les failles.

Un dialogue sans hiérarchie

Ce que le séminaire de Beït al-Hikma a mis en lumière, et ce que la confrontation entre ma tribune d’historien et ces deux œuvres littéraires permet de formuler clairement, c’est ceci : nous n’avons pas à choisir entre l’histoire et la littérature pour comprendre Bourguiba, ni pour comprendre ce que la Tunisie fait de son passé.

Ces deux formes de connaissance ne sont pas en concurrence. Elles ne se valident pas non plus mutuellement, comme si l’une avait besoin de l’autre pour être légitime. Elles sont simplement différentes, et cette différence est précieuse.

L’historien pose la question : que s’est-il réellement passé, et selon quelle logique ?

Le romancier pose une autre question : comment cela a-t-il été vécu, et que reste-t-il de cette expérience dans les mémoires et dans les corps ?

Ces deux questions méritent d’être posées ensemble. Non pas pour les fondre en une réponse unique, mais parce que chacune éclaire ce que l’autre ne peut pas voir.

Il y a dans cette complémentarité quelque chose qui dépasse le seul cas Bourguiba. C’est une manière de concevoir la connaissance du passé : non pas comme un domaine réservé à une seule discipline, mais comme un espace partagé où les savoirs se croisent sans se dominer.

La mémoire comme chantier commun

À soixante-dix ans de l’indépendance, la Tunisie n’a pas fini de lire son propre passé. La figure de Bourguiba en est le signe le plus visible : elle continue de susciter des débats, des œuvres, des prises de position, des controverses. Elle est vivante, au sens fort, c’est-à-dire encore capable de déranger, d’interroger, de diviser.

C’est une chance, non un problème.

Une société qui ne discute plus ses origines, qui a figé son récit fondateur en monument intouchable, a cessé de se penser elle-même.

La Tunisie contemporaine, en relisant Bourguiba à travers l’histoire académique, le théâtre, le roman, le débat public, montre qu’elle est encore en mesure de s’interroger sur ce qu’elle a été, et donc sur ce qu’elle veut devenir.

Dans ce chantier collectif, l’historien et le romancier ont chacun leur place. Non pas l’un au-dessus de l’autre, ni l’un à la suite de l’autre, mais côte à côte, chacun portant la partie de la vérité que l’autre ne peut pas atteindre seul.

C’est peut-être cela, en définitive, la leçon la plus durable de ce moment intellectuel que nous traversons : apprendre à travailler ensemble, sans effacement ni rivalité, dans le respect de ce que chaque forme de connaissance peut et ne peut pas faire.

Bourguiba nous y invite, malgré lui, lui qui avait si peu le goût du partage.

* Historien.

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Everyday Tunisians : Quand Abdessatar veille sur Sidi Chérif

À la Goulette, le mausolée de Sidi Chérif accueille tous les visiteurs de la cité balnéaire de la banlieue nord de Tunis. Entre le fort de la Karraka et le port de la ville, au cœur d’un carrefour vital, la zaouia de Sidi Chérif veille sur la Goulette.

Ce saint personnage est le protecteur de la Goulette. Ses faits d’armes remontent au temps lointain où Espagnols et Ottomans se disputaient le contrôle de la Goulette.

Abdessatar Chérif est le digne descendant du saint personnage. Historien de la Goulette, ancien membre du Conseil municipal, homme d’ouverture, il veille sur la zaouia de l’ancêtre en exigeant gardien des rituels.

Au jour le jour, Abdessatar s’assure de la bonne tenue du sanctuaire dont il prépare tout au long de l’année, l’emblèmatique kharja du mois de septembre. Veilleur vigilant à la confluence des cultures, Abdessatar symbolise la persévérance au service d’une lignée, une ville, un pays. Et aussi toute la fierté d’être Goulettois.

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Patrimoine : Le plus important des monuments de la Carthage romaine se trouve encore sous terre

Où se trouve aujourd’hui le cirque de Carthage, un monument antique qui pouvait contenir 50.000 spectateurs ?

Ce cirque de Carthage était considéré comme le deuxième en importance dans le monde du deuxième et troisième siècle.

Enseveli sous les quartiers du vingtième siècle

Le cirque de Carthage se trouvait au sud-ouest de la ville. Son emplacement est clairement identifié et des campagnes de fouilles y ont eu lieu à partir de 1982 avec l’appui de chercheurs allemands puis américains.

Ces fouilles ont permis d’dentifier plusieurs éléments de ce cirque qui se trouve aujourd’hui sous-terre, recouverts par les quartiers édifiés dans la proche périphérie de Carthage autour de 1970.

Un monument massif avec trois étages

Grosso modo, la façade du cirque de Carthage devait ressembler à celle du grand amphithéâtre d’El Djem. Massif, l’édifice de trois étages avait une arène de cinq cents mètres de long et à peu près cent mètres de large.

Conçu pour les courses de chars, le cirque de Carthage accueillait les auriges et leurs véhicules qui comptaient deux à quatre chevaux chacun. Les courses duraient à peu près une dizaine de minutes et impliquaient une douzaine de chars qui roulaient à vive allure en vue de la victoire.

Aujourd’hui que le cirque repose sous terre, un simple lieu-dit Koudiet el malaab ( la colline du stade ) préserve sa trace dans la toponymie locale.

Les lieux de loisirs de la Carthage romaine

Durant la période romaine, plusieurs lieux de loisirs étaient présents dans le tissu urbain de Carthage.

Plusieurs de ces sites archéologiques ont été préservés et peuvent être visités à l’image de l’amphithéâtre de Carthage ou du Théâtre antique qui continue à accueillir le festival d’été.

D’autres lieux comme l’Odéon ou le stade pour les jeux athlétiques ont été identifiés mais ne sont pas accessibles. Plusieurs temples et thermes existaient également dans la ville. Parmi ces derniers, les imposants Thermes d’Antonin sont encore visibles et ouverts aux visites.

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Patrimoine : Hamzia et Salhia, deux médersas peu connues

Les médersas de Tunis sont nombreuses et parfois peu connues. Si le public est désormais familier avec la Achouria, la Slimania ou Bir Lahjar, d’autres médersas restent dans l’ombre.

C’est le cas par exemple de la medersa Hamzia qui se trouve dans une impasse de souk El Attarine, non loin de la Bibliothèque de la Khaldounia.

Cette medersa a été fondée en 1929 par Hassen Belhadj Hamza et était destinée aux étudiants de la Zitouna, originaires de la ville de Mahdia. L’édifice est actuellement affecté à un des services de l’Institut national du patrimoine.

Également peu connue, la médersa Salhia se trouve à la rue Sidi Ben Arous et héberge le Centre national de communication culturelle, une structure relevant du ministère des Affaires culturelles.

Fondée en 1936 par Mohamed Salhi, cette médersa était destinée à l’hébergement des étudiants de la Zitouna.

Notons que les médersas de Tunis sont des foyers d’étudiants de la Zitouna à l’époque où la Grande mosquée de la capitale était également une université. Aujourd’hui désaffectées, ces anciennes médersas sont utilisées par des institutions culturelles et constituent un patrimoine important dans le tissu historique et monumental de la ville de Tunis.

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La grande mosquée du faubourg sud : À la mémoire de Sidi Béchir Ziri

Il existe dans le quartier de Bab Al Djazira une mosquée qui se trouve à la confluence des rues Bab El Fella et Sidi Béchir. Cette mosquée est fort ancienne car elle a été fondée au quatorzième siècle.

C’est ensuite au dix-septième siècle qu’elle sera restaurée et rénovée par Ali Thabet, l’un des ministres de Youssef Dey. C’est à la fin du dix-neuvième siècle que sera entièrement reconstruit le minaret de cette mosquée qui porte le nom de Sidi Béchir.

Elle doit son nom à Sidi Béchir Ziri, un saint personnage d’origine kabyle qui fonda à Tunis une filiale de la zaouia Rahmania, une confrérie très puissante en Algérie.

Sous le nom de mosquée El Jenaiez

A sa mort, la zaouia où il a été inhumé a donné son nom à la rue puis à la mosquée. Cette mosquée est également connue sous le nom de mosquée El Jenaiez, ce qui signifie mosquée des funérailles.

En effet, les convois mortuaires ont coutume de s’y arrêter sur leur route vers le cimetière du Jellaz pour y réciter la prière des morts.

Il existe dans les parages immédiats plusieurs autres sanctuaires et mosquées à l’instar des zaouias de Sidi Mansour, Sidi Bou Madian ou Sidi Bou Mendil.

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