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Sur la voie publique : des aberrations au quotidien 

Durant la journée et dans plusieurs artères de la capitale, des scènes aberrantes se passent et se répètent devant le citoyen piéton qui trouve du mal à les accepter, étant donné qu’il n’aura jamais imaginé de les voir et de les vivre, parfois dangereusement.

Pour traverser une rue, d’un trottoir à l’autre, et même si cette rue est à sens unique, ce citoyen doit impérativement prendre toutes ses précautions pour ne pas finir à la morgue. Après avoir tiré sa révérence sur le coup! Car il doit regarder dans les deux sens pour éviter d’être fauché par un vélo ou une moto dont le conducteur roule très vite et en sens inverse, en toute «sécurité». Cela est d’ailleurs devenu une chose commune et une évidence chez une catégorie de citoyens qui devraient être… déchus de leur citoyenneté, eh oui, pour des mois ou des années pour la simple raison qu’ils devraient la mériter au concret. Enfreindre la loi et provoquer des accidents mortels avec préméditation est un acte passible d’une peine d’emprisonnement et d’une amende. D’un autre côté et sur le trottoir, les bicyclettes et les motos peuvent surgir de partout, puisque les messieurs qui les utilisent ne prennent pas la peine d’en descendre, car ils continuent leur chemin, qu’ils auraient dû faire à pied, toujours sur l’engin jusqu’à arriver tranquillement à leur boutique ou magasin. Un non-respect total envers autrui ! Qui fera mieux en termes d’incivisme?

Le «rapide» est devenu plus lent

Le pauvre citoyen se retrouve souvent à traverser un passage étroit et de fortune qui a échappé à l’invasion d’une rue, pourtant assez large au départ, par les vendeurs ambulants installés confortablement et par le débordement sur le trottoir et sur la chaussée de plusieurs articles à bon marché que les propriétaires revendent dans leur boutique ou magasin. Et il est un autre détail qu’on retrouve dans certaines artères de la capitale où l’on est contraint à marcher sur la chaussée, étant donné que le petit trottoir n’existe plus, emprunté depuis des années par les boutiques qui préfèrent revendre dehors pour attirer la clientèle et gagner beaucoup plus de fric qu’en situation réglementaire. Sur un autre plan, le citoyen lambda peut être surpris par une file d’attente dans une rue. Il s’aperçoit au plus vite qu’il s’agit de l’Administration rapide, créée par la municipalité depuis plusieurs années pour alléger les attentes devenues interminables pour obtenir un papier officiel. Et tellement ce service rapide est couru par les citoyens qu’il est devenu beaucoup plus lent que celui de la voie normale où l’on gagne chaque guichet d’un service ou d’un autre par ticket d’attente et parfois bien installé sur une chaise dans une salle climatisée été comme hiver. L’Administration rapide se révèle en tant que service lent où il faut avoir des nerfs d’acier et une très bonne santé pour rester debout durant près d’une heure pour aspirer à être servi. Sinon, on ira se reposer par terre en face du lieu en attendant son tour. Un véritable supplice. 

Des abris-bus lamentables et sans chaises

Il est regrettable de trouver dans les rues et les avenues de Tunis des stations de bus dans un piteux état. Et si elles existent, elles sont dépourvues de leurs chaises. La condamnation à rester debout est donc inévitable pour les usagers de tous les bus. La saleté n’y est pas en reste et l’attente est tellement longue qu’on se dit qu’il vaudrait mieux aller à pied pour gagner du temps et pour éviter de risquer de tomber malade. Et le plus aberrant dans tout cela est que ces abris-bus ont été ravagés par les citoyens eux-mêmes et que d’un autre côté, les sociétés de transport ne les ont pas réparés. Un tableau représentant une situation aberrante et insupportable pour le commun des citoyens qui voudrait vivre dans une atmosphère saine et belle.

Lotfi BEN KHELIFA 

 

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PLF 2027 : les priorités sociales du gouvernement

Conformément à l’article 42 de la loi organique du budget, qui fixe au 15 octobre au plus tard le délai de dépôt du projet de loi de finances, le gouvernement a transmis le projet de loi de finances pour l’année 2027 à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).

Composé de 70 articles dans sa version transmise à l’ARP, le PLF 2027 s’inscrit dans les orientations stratégiques définies par le gouvernement dans le cadre du Plan de développement 2026-2030.

Parmi les axes prioritaires mis en avant dans la présentation du PLF 2027, figure ainsi la consolidation du rôle social de l’État, associée au renforcement de l’inclusion économique. Cette orientation se traduit notamment par le renforcement de la protection sociale, le soutien aux régimes de sécurité sociale et l’appui au système de santé.

20 millions de dinars pour les catégories vulnérables et à revenu limité

Dans le cadre du renforcement du soutien social et de la promotion de l’inclusion économique, l’article 17 du PLF 2027 prévoit la création d’une ligne de financement d’un montant de 20 millions de dinars, mobilisée sur les ressources du Fonds national de l’emploi, au profit des catégories vulnérables et à revenu limité.

Cette enveloppe est destinée à l’octroi de crédits sans intérêt, d’un montant maximal de 10.000 dinars par bénéficiaire, afin de financer des activités dans l’ensemble des secteurs économiques.

«Le dispositif couvrira la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2027, les crédits étant remboursables sur une durée maximale de six ans, dont une année de grâce», indique le document.

Par ailleurs, le projet prévoit le maintien, pendant deux ans à compter de la création du projet et de son entrée en activité, des avantages accordés dans le cadre du programme «Amen Social» aux bénéficiaires ayant obtenu des crédits au titre de cette ligne de financement.

Renforcement du financement destiné aux personnes handicapées

Dans la continuité des mesures visant à favoriser l’inclusion économique des personnes handicapées, l’article 18 du PLF 2027 prévoit, d’une part, la prolongation de la période d’application du dispositif de financement qui leur est destiné et, d’autre part, le renforcement des ressources qui lui sont allouées.

À cet effet, le texte propose de modifier l’article 22 de la loi n° 2024-48 du 9 décembre 2024, portant loi de finances pour l’année 2025, tel que modifié et complété par l’article 34 de la loi n° 17 de 2025 du 12 décembre 2025, portant loi de finances pour 2026.

Plus précisément, la période initialement fixée du 1er janvier 2025 au 31 décembre 2027 serait prolongée jusqu’au 31 décembre 2028.

En parallèle, le projet prévoit l’affectation d’une enveloppe supplémentaire de 5 millions de dinars, prélevée sur les ressources du Fonds national de l’emploi, au profit de la ligne de financement destinée aux personnes handicapées.

Il convient de rappeler que le dispositif initial prévoyait une enveloppe de 5 millions de dinars destinée à l’octroi de crédits sans intérêt, plafonnés à 10.000 dinars par crédit, pour financer des activités dans tous les secteurs économiques. Par ailleurs, ce mécanisme prévoit des modalités de remboursement sur une durée maximale de huit ans, dont deux années de grâce.

Soutien aux régimes de sécurité sociale 

S’agissant du soutien aux régimes de sécurité sociale, le gouvernement prévoit des mesures visant à régler certaines dettes croisées entre les établissements publics et à alléger leurs charges fiscales.

À ce titre, l’article 52 du PLF2027 prévoit l’abandon des pénalités de contrôle et de retard de recouvrement afférentes aux créances fiscales prises en charge par les receveurs des finances au 31 décembre 2026 et dues par la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale (CNRPS).

Dans le même axe, le projet prévoit également des mesures relatives à la régularisation de la situation de quatre établissements publics à l’égard de la CNRPS. Il s’agit de l’Office des Terres Domaniales (OTD), la Société Nationale des Chemins de Fer Tunisiens (SNCFT), la Société des Transports de Tunis (TRANSTU) et la Société Nationale de Cellulose et de Papier Alfa (SNCPA).

Prolongation des mesures fiscales en faveur de la PCT

Quant au soutien au système de santé, il constitue un autre volet des mesures annoncées par le gouvernement dans le cadre du PLF 2027.

À ce titre, l’article 25 du PLF 2027 prévoit la prorogation, jusqu’au 31 décembre 2027, des mesures de soutien à la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) prévues par l’article 34 de la loi de Finances pour 2025.

Ces mesures consistent, d’une part, à réduire à 0% le taux des droits de douane applicables aux médicaments importés par la PCT disposant d’un similaire fabriqué localement et relevant des positions tarifaires 30.03 et 30.04 du tarif des droits de douane. D’autre part, elles prévoient la suspension de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) applicable à ces mêmes médicaments.

Nouha MAINSI

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40 MD pour reconstituer le cheptel bovin : l’État prend enfin le taureau par les cornes

Le projet de loi de finances 2027 prévoit de nouvelles mesures visant à reconstituer le cheptel bovin et à soutenir les petits éleveurs, afin de mettre fin de manière durable aux pénuries de lait et à la contraction critique de l’offre de viandes rouges, qui menacent l’un des piliers de la sécurité alimentaire nationale. Le texte stipule la révision à la hausse des crédits alloués au programme de reconstitution du cheptel lancé en 2025. La disposition figurant à l’article 32 de la loi de Finances de 2025, qui prévoyait l’allocation de 10 millions de dinars au titre de l’année 2025, a été annulée et remplacée par l’affectation de crédits d’un montant d’environ 40 millions de dinars provenant des ressources du Fonds de développement de la compétitivité dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche. La mise en œuvre de ce programme s’étendra sur une période de quatre ans, du 1er janvier 2027 au 31 décembre 2030.

La nouvelle enveloppe a été répartie selon deux axes principaux. Il s’agit, en premier lieu, d’un montant de 35 millions de dinars décaissés sous forme de subventions exceptionnelles pour soutenir l’autofinancement des petits éleveurs de bovins, leur permettant ainsi d’obtenir des prêts bancaires sur les ressources propres des banques afin de financer l’acquisition de génisses gestantes. Selon le nouveau texte, cette acquisition concerne les génisses produites dans des centres agréés par le ministère de l’Agriculture et dédiés à l’élevage de génisses de race pure nées localement ou les génisses gestantes importées conformément aux cahiers des charges établis à cet effet.

Un montant de 5 millions de dinars sera d’autre part décaissé sous forme de subvention exceptionnelle directe pour soutenir les petits éleveurs dans le domaine du financement de l’élevage des génisses gestantes et des vaches primipares de race pure, dans le cadre du même programme de reconstitution et de préservation du cheptel.

Dans le même contexte, l’article 36 du projet de loi de finances 2027 clarifie le champ d’application de l’avantage fiscal relatif à l’alimentation des veaux. La mention du produit «poudre de lait écrémé destinée à l’alimentation des veaux», figurant dans l’article 80 de la loi de Finances pour 2026, a été remplacée par une formulation plus large, à savoir «préparations utilisées pour l’alimentation des animaux».

 

Un déclin estimé entre 20 à 35%

 L’objectif de cette modification est d’élargir la base des produits bénéficiant de l’avantage fiscal pour inclure diverses préparations d’aliments d’allaitement complémentaires pour veaux, contribuant ainsi à la réduction des coûts d’élevage et encourageant les éleveurs à préserver le cheptel.

Le cheptel bovin tunisien connaît depuis plusieurs années un déclin ininterrompu, qui a été à l’origine de pénuries récurrentes de produits laitiers et d’une flambée des prix des viandes rouges. Le cheptel bovin national a subi une contraction estimée entre 20% et 35% depuis 2019, qui trouve en grande partie son origine dans la succession de plusieurs années de sècheresse et de raréfaction des ressources hydriques. Outre ces aléas climatiques, la filière des viandes rouges a subi les contrecoups de l’envolée des coûts des intrants consécutive aux tensions géopolitiques internationales et à la hausse des tarifs du transport maritime. La hausse excessive des prix des aliments pour bétail a fragilisé l’équilibre financier des petites et moyennes exploitations. Criblés de dettes et largement déficitaires, de nombreux éleveurs ont fini par jeter l’éponge et par liquider massivement leurs troupeaux, dont les femelles reproductrices.

Le même réflexe de survie a touché les élevages ovins, causant une chute d’environ 60% de la production des viandes rouges comparativement aux niveaux des années 80 du siècle dernier, selon la Chambre syndicale nationale des bouchers, rattachée à l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA).

Les professionnels de la filière estiment cependant que d’autres mesures doivent être prises pour donner du sang neuf au secteur. Il s’agit notamment de la mise en place d’un recensement national précis et numérisé des cheptels ovin et bovin pour adapter les quotas d’approvisionnement et garantir un ciblage efficace pour les aides de l’État et l’adoption de sanctions plus sévères en ce qui concerne l’abattage précoce des génisses et des agnelles ainsi que l’abattage anarchique hors des structures réglementées, afin de préserver le renouvellement naturel et la base productive des troupeaux.

Walid KHEFIFI

 

 

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Le droit des peuples, socle de la diplomatie tunisienne : une position constante face à l’épreuve du Moyen-Orient

Par Ahmed NEMLAGHI

La déclaration de l’ambassadeur et représentant permanent de la Tunisie auprès de l’Organisation des Nations unies à New York, Nabil Ammar, devant le Conseil de sécurité s’inscrit dans une ligne diplomatique régulièrement réaffirmée par le président de la république, Kaïs Saïed : le droit du peuple palestinien à disposer de lui-même ne peut être effacé par la force, le temps ou les rapports de puissance. La Tunisie défend l’établissement d’un État palestinien indépendant et pleinement souverain sur l’ensemble du territoire palestinien, avec Al-Qods pour capitale. Cette position a été réitérée à plusieurs reprises par le chef de l’État et par les représentants de la diplomatie tunisienne.

Pour Kaïs Saïed, la question palestinienne ne saurait être réduite à une succession de négociations, de cessez-le-feu provisoires ou d’arrangements sécuritaires. Elle renvoie à une exigence de justice : reconnaître au peuple palestinien ses droits nationaux et mettre fin aux conditions qui empêchent leur exercice effectif.

Cette approche explique la place accordée, dans le discours tunisien, à la condamnation des violences contre les civils, aux déplacements forcés et à l’appropriation des terres palestiniennes. Elle s’accompagne du refus de toute solution qui conduirait à faire supporter aux Palestiniens le prix d’un règlement élaboré sans garantie de leurs droits.

La portée politique de cette position réside dans la distinction qu’elle établit entre une accalmie militaire et une paix durable. Un cessez-le-feu peut réduire les pertes humaines et permettre l’acheminement de l’aide, mais il ne résout pas, à lui seul, la question des droits nationaux, du territoire et de l’autodétermination. Pour Tunis, la recherche de la paix doit donc s’accompagner d’une réponse politique à ces questions fondamentales.

L’intervention de Nabil Ammar insiste sur la contradiction entre la poursuite des opérations militaires et les principes du droit international ainsi que de la Charte des Nations unies. Elle met en cause l’incapacité de la communauté internationale à garantir les droits du peuple palestinien, malgré les appels répétés à la cessation des violences.

Cette critique rejoint l’un des axes de la diplomatie défendue par Kaïs Saïed : les règles internationales ne peuvent avoir de véritable portée si leur application dépend de la puissance des États concernés ou de leurs alliances. La crédibilité du système multilatéral repose sur la cohérence entre les principes proclamés et les actes accomplis.

La question palestinienne devient ainsi un test pour les Nations unies. Si la protection des civils, le respect de la souveraineté des peuples et le règlement pacifique des différends constituent des principes fondamentaux, leur efficacité dépend de la capacité des institutions internationales à agir lorsqu’ils sont gravement mis à l’épreuve.

Dans cette perspective, l’appel tunisien à révéler les crimes commis, à les condamner et à assurer réparation aux victimes ne relève pas uniquement d’une démarche mémorielle ou morale. Il renvoie également à la nécessité de préserver les mécanismes de responsabilité et de justice. La reconnaissance des souffrances ne saurait remplacer l’établissement des faits, pas plus que la condamnation politique ne peut se substituer aux procédures juridiques compétentes.

La position tunisienne souligne ainsi que la paix ne peut être durable si elle repose sur l’effacement des victimes ou sur l’absence de responsabilité. Elle suppose que les violations soient examinées conformément au droit applicable et que les victimes puissent obtenir justice.

L’expérience tunisienne du colonialisme comme référence

Nabil Ammar a également rappelé que l’histoire tunisienne, marquée par le colonialisme, la violence et l’humiliation, renforce la détermination du pays à défendre les droits des Palestiniens. Cette référence historique constitue un élément important de la lecture que Kaïs Saïed fait des relations internationales.

L’expérience de la lutte pour l’indépendance nourrit une conception selon laquelle aucun peuple ne devrait être privé de son droit à choisir librement son avenir. Elle confère à la solidarité avec les Palestiniens une dimension historique et politique, tout en inscrivant la position tunisienne dans une réflexion plus large sur la liberté des peuples et le refus de la domination.

Cette référence ne signifie pas que les situations historiques soient identiques. Elle exprime plutôt une conviction : l’indépendance territoriale et politique ne peut être considérée comme pleinement accomplie tant que d’autres peuples restent privés de leurs droits fondamentaux.

Le discours présidentiel relie également cette question à la souveraineté nationale. Dans cette perspective, la Tunisie entend défendre ses choix diplomatiques sans se soumettre aux pressions extérieures, tout en maintenant sa participation aux institutions internationales et en plaidant pour le respect des principes qui les fondent.

La souveraineté ne signifie donc pas le retrait de la scène internationale. Elle suppose, au contraire, la capacité de prendre part aux débats mondiaux, de défendre une position nationale et de rechercher des convergences avec d’autres États sans renoncer à ses principes.

 

Arrêter les opérations militaires et construire une paix durable

En appelant à l’arrêt de toutes les opérations militaires au Moyen-Orient, la Tunisie inscrit la question palestinienne dans une préoccupation régionale plus large. La multiplication des fronts et l’escalade des tensions exposent les populations civiles à des risques supplémentaires et font peser la menace d’une extension des conflits.

Cette position souligne la nécessité de privilégier les voies politiques et diplomatiques. Elle ne dissocie toutefois pas la désescalade régionale du règlement de la question palestinienne. Une paix qui ignorerait les droits du peuple palestinien risquerait de laisser intactes les causes profondes de l’instabilité.

Les chiffres évoqués par Nabil Ammar donnent la mesure de l’urgence humanitaire. Selon son intervention, 1.394 Palestiniens auraient été tués depuis l’annonce du cessez-le-feu en octobre 2025, tandis que le bilan total dépasserait 73.900 morts depuis le début de la guerre. Ces chiffres, attribués au diplomate tunisien, illustrent la gravité de la situation telle que la Tunisie la présente devant le Conseil de sécurité.

L’arrêt des opérations militaires doit, dans ce contexte, aller de pair avec la protection des civils, l’accès durable à l’aide humanitaire et la reconstruction des territoires dévastés. Il doit également ouvrir la voie à un processus politique qui ne réduise pas la paix à une simple suspension des combats.

La diplomatie tunisienne affirme ainsi son soutien aux initiatives susceptibles de mettre fin aux violences et de contribuer au rétablissement de la sécurité régionale. La difficulté reste celle de leur traduction en résultats concrets, dans un contexte où les divergences internationales et les rapports de force entravent la recherche d’un règlement.

 

De la solidarité politique à l’efficacité diplomatique

La constance de la position tunisienne constitue un marqueur de la politique étrangère de Kaïs Saïed. Mais la défense d’une cause sur la scène internationale pose également la question des moyens diplomatiques permettant de faire progresser les objectifs annoncés.

La Tunisie peut contribuer à cette dynamique en poursuivant son action au sein des Nations unies, en renforçant la coordination avec les pays arabes et africains et en soutenant les initiatives conformes au droit international. La diversification des partenariats et le dialogue avec les acteurs internationaux peuvent également servir la recherche d’un consensus en faveur de la protection des civils et de l’exercice des droits palestiniens.

L’enjeu est de transformer la fermeté du discours en capacité d’action : mobiliser les soutiens, favoriser les démarches multilatérales, défendre l’accès humanitaire et maintenir au centre des négociations la question des droits nationaux palestiniens.

Cette exigence ne dépend pas de la seule Tunisie. Elle engage l’ensemble des États qui affirment leur attachement au droit international et à la paix. Elle implique aussi de distinguer les déclarations de principe des résultats effectivement obtenus.

En définitive, l’intervention de Nabil Ammar traduit la volonté de Tunis de maintenir la Palestine au cœur de son action diplomatique et de rappeler que la paix ne saurait être durable sans justice. La ligne défendue par Kaïs Saïed repose sur une idée centrale : les droits d’un peuple ne peuvent être annulés par la force ni devenir une variable d’ajustement des équilibres géopolitiques.

La portée de cette politique se mesurera à sa capacité à contribuer, avec les autres acteurs internationaux, à la cessation des violences, à la protection des populations et à l’émergence d’une solution garantissant aux Palestiniens leurs droits nationaux. Car la crédibilité du droit international, tout comme la perspective d’une paix durable au Moyen-Orient, dépend de la possibilité de faire de ces principes une réalité.

 

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L’héritage des oiseaux

Par Slim BEN YOUSSEF

Une conjecture nous travaille : où se prémédite une frontière ? Qui a donné des bords au ciel, un passeport aux nuages, une juridiction au vent ? Depuis quand la terre doit-elle expier les lignes qu’on lui impute ? Qui a appris au dehors à nous tenir dedans ?

Kafka laisse un homme consumer sa vie devant une porte ouverte. Dans Le Mur, Sartre fait d’une nuit d’attente l’antichambre d’une exécution annoncée. Entre le seuil et les fusils, l’interdit maçonne le vide.

Cruel privilège des lignes : se cantonner à l’imaginaire et disposer des vivants.

La Tunisie et l’Ailleurs s’écrivent des lettres que l’état civil du monde tient pour adultères. L’infranchissable est leur plus délicieuse perversion. La Frontière, leur duègne indiscrète, en a contracté une jalousie de géomètre : dans le délire de son bornage, elle soupçonne les vents de complicité. Et le moindre battement d’ailes donne au ciel des airs coupables.

Sur la page, ma phrase nargue l’endroit où le point fait obstacle. Elle s’aventure, déshabille une rive, se fait l’alibi de deux tourterelles en flagrant délit d’évasion. Au premier point, le blanc se prend déjà pour le maître de ses marges. Il a des pudeurs de bourreau.

Deux signatures se disputent alors l’héritage des oiseaux. L’une, plume en cavale, a l’impatience des étreintes différées. L’autre, exigeant une nationalité au vent, somme le désir d’exhiber son visa. Tandis que les nuages passent sans papiers, deux battements d’ailes se cherchent dans l’aube apatride. Une ligne invisible prolonge l’exil de leurs mains.

Où se tapit une frontière ?

Il est des ponctuations du monde qui rhabillent les étreintes avant même qu’elles aient lieu.

Dans le Berlin de Wenders, un ange s’éprend d’une trapéziste. Pour la rejoindre, il abdique l’éternité, se compromet avec la pesanteur des hommes. Le ciel perd un immortel. La terre gagne une étreinte. L’interdit découvre les voluptés de sa propre défaite.

Qui héritera de la liberté des oiseaux ?

À Istanbul, Diego Rivera et Frida Kahlo s’inventeraient une alcôve par tableaux interposés. À Amsterdam, Picasso soufflerait à un oiseau des envies de poisson. De rive en rive, les caprices de l’air et de l’art conspirent à des rendez-vous sans guet.

Quelque part, une étreinte échappe aux géomètres.

La Frontière avait raison de soupçonner les vents.

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Impact de l’IA sur l’avenir professionnel : la hantise des jeunes 

L’inquiétude des jeunes face à l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur leur avenir professionnel se manifeste dès le choix de leurs études, puis lors du passage des diplômes à l’insertion sur le marché du travail. C’est un phénomène paradoxal : les jeunes diplômés sont les plus grands utilisateurs des outils d’IA au quotidien, mais ils sont aussi parmi les plus lucides sur les capacités d’automatisation de ces technologies. C’est dans ce cadre que l’espace Dharoufa a abrité une conférence-débat sur l’intelligence artificielle et l’avenir de nos jeunes. Les échanges avec les jeunes ont duré plus de quatre heures, tant les questions étaient nombreuses, concrètes et riches. Parents, jeunes, informaticiens, comptables : chacun est venu avec ses préoccupations et son expérience.

L’horizon de l’emploi s’assombrit. Tout le monde a un avis sur la question. Les uns pensent que l’intelligence artificielle va détruire des millions d’emplois de cols blancs dans le monde, les autres s’attendent à ce que, comme beaucoup de technologies jusqu’ici, elle détruise des postes mais à ce qu’elle en crée d’autres, nouveaux, qui restent à inventer. Mais quels effets mesurables l’intelligence artificielle a-t-elle déjà eus sur le marché du travail ? Les lycéens et étudiants craignent de s’engager dans des cursus pour des métiers voués à disparaître ou à être fortement automatisés (juridique, comptabilité, rédaction, support client, programmation junior).  À l’approche du diplôme et du 1er emploi, la crainte s’installe, c ‘est le moment de rupture le plus aigu. L’inquiétude porte moins sur une vague de licenciements immédiats que sur la fermeture des portes d’entrée dans la vie active (postes «junior», stages, premiers CDI). Face au décalage avec les formations : Près de 60% des étudiants estiment que les formations académiques ne vont pas assez vite pour les préparer aux usages et compétences exigés par le marché transformé par l’IA. Près de 1 jeune sur 2 (50%) craint que l’IA ne remplace directement le métier auquel il se prédestine. Cela ne signifie pas que tous les métiers disparaîtront, mais aucun ne peut se considérer à l’abri. Il semble que l’IA générative a déjà des effets sur l’embauche des jeunes diplômés. Les tâches les plus faciles à automatiser comme la rédaction de rapports, de synthèses ou encore de supports analytiques sans réorganiser totalement l’entreprise sont faites par l’IA, et les premières victimes sont les jeunes.

Les entreprises réduisent ainsi les besoins en personnel entrant, sans provoquer de suppressions de postes immédiates. Ces tâches étant désormais prises en charge par l’IA, de nombreuses entreprises réduisent leurs recrutements de profils débutants. Un seul collaborateur expérimenté aidé d’une IA peut aujourd’hui abattre le travail de deux ou trois profils juniors, ce qui resserre l’entonnoir des recrutements. Même en Tunisie, les premiers effets de l’IA sur le marché du travail pourraient bien commencer à se faire sentir. Lesjeunes diplômés des grandes écoles ont plus de mal à trouver un emploi. C’est un signal faible, mais à surveiller : l’impact de l’IA générative s’annonce par un gel des embauches des plus diplômés car leurs tâches sont le plus aisément automatisables. Aucun jeune n’est préparé à ce parcours semé d’embûches. Les écoles endossent-elles une certaine responsabilité ? «Elles ne nous préviennent pas. Elles devraient nous former différemment, en intégrant des compétences comme l’IA, pour que l’on puisse se démarquer», note Mohamed Ali, étudiant en informatique.

Face à cette déconvenue, certains jeunes envisagent des reconversions, quitte à se détourner de leur passion. Seif a opté pour une voie plus sûre : «Je commençais à m’intéresser à l’IA. Ce n’est pas une passion, mais c’est le métier d’avenir».

Comment se préparer à un marché du travail tendu qui coïncide avec l’émergence de l’IA?

Pour émettre son avis là-dessus, Mondher, ingénieur en télécom, ne mâche pas ses mots. Il estime que le chômage chez les jeunes diplômés «pourrait facilement atteindre les 30% dans les deux prochaines années, pointant du doigt l’essor des agents IA dans les entreprises. L’IA va perturber beaucoup de ces types d’emploi», a-t-il averti, ajoutant que pour lui, il s’agit d’«une crise». Les universités sont-elles en train de former des diplômés pour un marché qui n’existe plus ? Faut-il repenser le cursus informatique pour le centrer sur l’orchestration des outils d’IA plutôt que sur la production de code ? Quelles études ferons-nous lorsque certaines étapes du raisonnement pourront être assistées par des machines ? L’IA va-t-elle remplacer les futurs diplômés ? Va-t-elle rendre inutiles leurs études? L’universitaire Naceur Ammar n’est pas de cet avis : «Je ne pense pas que l’IA rende les ingénieurs inutiles. En revanche, elle va profondément transformer leur métier. Une partie du travail pourra être automatisée : génération de code, calculs, simulations, documentation, recherche de solutions techniques ou optimisation de certains paramètres. Mais le métier d’ingénieur ne consiste pas simplement à exécuter des calculs.

Un ingénieur doit comprendre un problème réel, prendre en compte des contraintes techniques, économiques, humaines et environnementales, évaluer les risques, faire des choix et assumer la responsabilité de ces choix. Une intelligence artificielle peut proposer plusieurs solutions. Il faut encore quelqu’un capable de déterminer laquelle est réellement réalisable, sûre, pertinente et adaptée au contexte. Les études d’ingénieur ne vont donc pas devenir inutiles. Elles devront probablement évoluer en mettant davantage l’accent sur ce que l’IA remplace difficilement, soit la compréhension scientifique, la capacité de modélisation, la créativité, l’esprit critique, le jugement et la capacité à résoudre des problèmes complexes. L’ingénieur de demain sera certainement un ingénieur qui saura travailler avec l’intelligence artificielle. Mais celui qui se contentera d’accepter automatiquement les réponses de l’IA sans les comprendre sera beaucoup plus vulnérable». Mais comme le souligne l’ingénieur Hatem Smine, «chacun doit commencer à utiliser l’IA, dans son propre métier, dès maintenant. C’est en pratiquant que l’on découvre ses possibilités, ses limites et les choix qu’elle nous oblige à faire».

 Kamel BOUAOUINA

 

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Quand les coefficients décident de ce qui compte à l’école

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Sur un bulletin scolaire, un coefficient paraît bien innocent. Un chiffre placé à côté d’une matière, une règle de calcul, rien de plus. Pourtant, il dit quelque chose à l’élève et à sa famille : certaines notes pèseront davantage que d’autres. Très vite, cette différence de poids peut devenir une différence de considération. On travaille ce qui rapporte le plus à la moyenne. On reporte le reste à plus tard, quand il restera du temps. Et ce temps, justement, manque souvent.

Je voudrais interroger cette logique au primaire et au collège. À ces âges, l’école doit-elle déjà installer une hiérarchie entre les savoirs, entre les aptitudes, entre les manières de découvrir le monde ? Pourquoi ne pas donner le même coefficient à toutes les matières ? La proposition peut sembler trop simple. Elle mérite pourtant mieux qu’un sourire indulgent. Derrière elle se trouve une certaine idée de l’enfant : un être en construction, dont les possibilités ne devraient pas être réduites trop tôt aux disciplines qui pèsent le plus lourd dans un calcul.

Il ne s’agit évidemment pas de diminuer l’importance des mathématiques ni celle des langues. Un enfant doit apprendre à lire avec assurance, à écrire clairement, à compter et à raisonner. Mais il doit aussi comprendre son environnement, regarder une œuvre, écouter, créer, bouger et apprendre à vivre avec les autres. Cette formation ne comporte pas un centre noble entouré d’activités accessoires. Elle forme un ensemble, parfois fragile, dont chaque partie aide les autres à tenir.

Le bulletin enseigne lui aussi

L’école transmet des connaissances par ses programmes. Elle transmet également des valeurs par son organisation. Le temps réservé à une matière, les moyens accordés à son enseignement et la place qu’elle occupe dans l’évaluation composent un message. Lorsqu’une discipline compte peu dans la moyenne, on peut affirmer qu’elle est importante ; le bulletin, lui, semble parfois raconter autre chose. Les enfants perçoivent cette contradiction, même sans pouvoir la formuler.

Dans une famille soucieuse de réussite scolaire, privilégier les matières les plus fortement pondérées peut paraître raisonnable. Il faut préparer les contrôles, surveiller les résultats, éviter une mauvaise moyenne. Pourquoi consacrer autant d’efforts à une activité dont la note changera à peine le résultat final ? Ce raisonnement n’a rien d’absurde. Il répond aux règles proposées. C’est précisément pour cette raison que ces règles méritent discussion : elles peuvent conduire une famille attentive à restreindre, sans le vouloir, la formation de son enfant.

La question touche aussi notre manière de parler de l’école en Tunisie. Lorsqu’on oppose des matières dites principales à des matières dites secondaires, on ne décrit pas seulement une organisation pédagogique. On suggère une échelle de valeur. Le dessin, la musique ou l’éducation physique peuvent alors être considérés comme des pauses entre les apprentissages sérieux. Or dessiner demande de regarder. Jouer ensemble suppose d’écouter. Une activité sportive oblige à respecter une règle, à maîtriser un geste et à reconnaître la présence de l’autre. Ce sont des apprentissages à part entière.

Un coefficient ne détermine pas, à lui seul, tout ce qui se passe dans une classe. Un enseignant peut donner une grande valeur à une matière faiblement pondérée. Une famille peut encourager toutes les curiosités. Il reste que la pondération établit une incitation : elle rend certains efforts plus rentables que d’autres au regard de la moyenne. Au début de la scolarité, est-ce vraiment le message que nous voulons privilégier ?

Une base ne se construit pas à moitié

Nous demandons souvent à l’école de former des élèves capables de réfléchir par eux-mêmes. Cette ambition exige une base scientifique, linguistique, artistique et physique. La culture scientifique apprend à poser une question, à chercher une explication, à distinguer ce que l’on observe de ce que l’on suppose. Les langues donnent les moyens de nommer cette observation, de raconter, de discuter et de comprendre une pensée différente de la sienne. Rien de tout cela ne devrait être tenu pour facultatif.

L’éducation artistique ouvre un autre travail, tout aussi nécessaire. Elle invite à chercher une forme, à essayer, à reprendre, à accepter qu’une réponse ne soit pas toujours unique. Un dessin ne se réduit pas à sa beauté supposée. Il engage une intention, une attention aux proportions, une manière d’occuper l’espace. La musique demande une écoute et une présence. Ce ne sont pas des luxes réservés aux enfants qui auraient déjà terminé leurs devoirs importants.

Le corps mérite lui aussi une place pleine dans l’éducation. L’élève ne vient pas à l’école avec sa seule mémoire. Il y vient avec sa fatigue, son énergie, sa timidité, ses maladresses et son besoin de mouvement. L’éducation physique peut lui apprendre à connaître ses possibilités, à progresser sans se comparer constamment au plus habile, à coopérer et à accepter une limite. Réduire cette matière à une note de performance serait une erreur. La traiter comme un simple défoulement en serait une autre.

Ces domaines se rencontrent davantage qu’on ne le pense. Décrire une expérience mobilise la langue. Comprendre un rythme fait appel à l’attention et à l’organisation. Expliquer les règles d’un jeu demande de la précision. Il ne faut pas, pour autant, défendre les arts ou le sport uniquement parce qu’ils pourraient améliorer les résultats dans d’autres matières. Ils ont aussi leur valeur propre. Un enfant a le droit de découvrir ce qui l’émeut et ce qui lui permet de se sentir capable.

Au primaire, puis au collège, cette découverte devrait rester ouverte. Les goûts ne sont pas tous fixés, les facilités ne sont pas toutes visibles. Une difficulté momentanée ne dit pas ce que deviendra un élève. Une réussite artistique ou sportive peut être un point d’appui, sans dispenser du travail dans les autres disciplines. Pourquoi fermer symboliquement certaines portes avant même que l’enfant ait eu le temps de les pousser ?

Le même coefficient pour un autre message

Attribuer le même coefficient à toutes les matières signifierait que chacune participe pleinement à la formation commune. La famille n’aurait plus à lire dans la pondération une invitation à négliger un domaine. L’élève comprendrait que l’on attend de lui un engagement dans l’ensemble de ses apprentissages. Il ne s’agirait pas de prétendre que toutes les disciplines se ressemblent, mais de reconnaître qu’à ce niveau de formation aucune ne mérite d’être reléguée.

On objectera que certaines matières occupent davantage d’heures ou servent de support à beaucoup d’autres. L’objection est sérieuse. La maîtrise de la lecture, notamment, conditionne l’accès à de nombreux apprentissages. Mais le temps nécessaire pour enseigner une discipline et son poids dans une moyenne répondent à deux questions différentes. On peut consacrer davantage d’heures à la langue ou aux mathématiques tout en accordant une considération égale aux autres composantes de l’éducation. L’égalité des coefficients n’impose pas l’uniformité des horaires.

Une autre inquiétude mérite d’être entendue : une bonne note dans une matière pourrait-elle masquer une difficulté importante ailleurs ? Oui, une moyenne peut masquer des écarts, avec des coefficients égaux comme avec des coefficients différents. C’est une limite du calcul lui-même. Il faut donc regarder les résultats par matière, préciser les acquis et repérer ce qui demande un accompagnement. Un enfant qui lit difficilement doit être aidé, même si sa moyenne générale est satisfaisante. Aucune pondération ne remplace ce regard.

L’égalité proposée ne doit pas non plus transformer chaque activité en nouvelle source de pression. Il serait regrettable de donner plus de poids aux arts ou au sport pour y installer une course supplémentaire aux notes. L’objectif est d’élargir la formation, pas d’élargir l’angoisse. L’évaluation doit tenir compte des apprentissages effectivement proposés, des progrès et des critères que l’élève peut comprendre. Elle ne devrait pas confondre une aptitude initiale avec le mérite scolaire.

Changer le calcul ne suffira pas

Il serait facile d’annoncer des coefficients identiques et de considérer le problème réglé. Ce serait aller trop vite. Une matière ne devient pas pleinement reconnue parce qu’une case du bulletin a changé. Elle a besoin d’un enseignement réel, d’un temps respecté, de conditions convenables et d’enseignants soutenus dans leur travail. L’égalité affichée perdrait son sens si certaines disciplines restaient les premières sacrifiées lorsqu’une difficulté d’organisation apparaît.

Il faut également penser aux différences entre les enfants. Tous ne disposent pas, chez eux, du même espace, du même matériel ni des mêmes occasions de pratiquer une activité. L’école ne peut demander à une famille de compenser systématiquement ce qu’elle ne propose pas elle-même. Donner un poids égal à une discipline suppose donc de garantir autant que possible des conditions d’apprentissage équitables. Sinon, une intention généreuse pourrait produire une injustice supplémentaire.

Cette réflexion nous ramène à la fonction de la note. Elle doit aider à situer un apprentissage, à reconnaître une progression et à signaler une difficulté. Elle devient moins utile lorsqu’elle absorbe toute la conversation entre l’école et la famille. À force de demander combien l’enfant a obtenu, on oublie parfois de demander ce qu’il a compris, ce qu’il sait désormais faire et ce qui l’empêche encore d’avancer. Une moyenne rassure ou inquiète rapidement. Elle explique peu.

Je défends donc l’idée d’un même coefficient pour toutes les matières au primaire et au collège comme un choix éducatif à discuter sérieusement, avec les enseignants et les familles. Cette égalité devrait s’accompagner d’une évaluation attentive, d’un soutien aux apprentissages fondamentaux et d’une place effective pour les arts et l’éducation physique. Elle ne résoudrait pas toutes les difficultés de l’école. Elle pourrait toutefois corriger un message dont nous mesurons mal la portée : celui qui apprend très tôt à l’enfant que certains savoirs comptent à peine.

L’orientation et les spécialisations auront leur temps. Avant cela, l’école commune doit donner à chacun de quoi comprendre, s’exprimer, créer et agir. Nous ne savons pas encore quelles rencontres, quelles découvertes ou quels efforts feront grandir tel élève. Il serait dommage que son bulletin lui ait déjà indiqué où il ne valait pas la peine de chercher.



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Loi de Finances 2027 : la dignité du citoyen au cœur des priorités

Justice sociale, allègement de la pression fiscale, réponse aux besoins essentiels et soutien à l’investissement : à travers les orientations annoncées pour la loi de Finances 2027, le président de la République entend faire du budget de l’État un instrument au service du citoyen, de la réduction des inégalités et du développement national. Reste à traduire ces ambitions en mesures concrètes, capables d’améliorer durablement les conditions de vie des Tunisiens.

La préparation de la loi de Finances 2027 s’inscrit dans une orientation que le président de la République, Kaïs Saïed, présente comme une rupture avec les approches économiques qui, selon lui, ont privilégié les équilibres comptables au détriment des besoins réels de la population. Lors du Conseil des ministres du 13 octobre 2026, le chef de l’État a insisté sur la nécessité de placer les attentes des citoyens au centre des choix budgétaires, en accordant une attention particulière à la justice sociale, à la fiscalité, à l’investissement et aux exigences du développement.

Derrière ces orientations se dessine une conception du rôle de l’État : celui-ci ne doit pas se limiter à gérer les ressources publiques et à veiller aux grands équilibres financiers. Il lui revient également de garantir les conditions d’une vie digne, de réduire les disparités et de faire en sorte que les richesses nationales profitent à l’ensemble de la population.

La loi de Finances 2027 est ainsi appelée à traduire cette ambition dans les choix fiscaux, les dépenses publiques et les priorités économiques. Pour les Tunisiens, l’enjeu est de savoir dans quelle mesure ces engagements se répercuteront sur leur pouvoir d’achat, leur emploi et leur accès aux services essentiels.

La première promesse portée par le discours présidentiel est celle d’une plus grande justice sociale. Elle repose sur l’idée que les décisions budgétaires doivent tenir compte des difficultés quotidiennes des ménages, notamment ceux dont les revenus sont les plus modestes et qui subissent directement la hausse du coût de la vie.

Dans cette perspective, la loi de Finances ne saurait être considérée comme un simple document technique destiné à déterminer les recettes et les dépenses de l’État. Elle constitue un choix de société, puisqu’elle définit les catégories qui contribuent au financement des politiques publiques, celles qui en bénéficient et les secteurs auxquels les moyens disponibles sont affectés.

L’objectif affiché est de mieux répartir les charges et les ressources, en veillant à ce que les catégories les plus fragiles ne supportent pas une part disproportionnée de l’effort national. Cette orientation implique de porter une attention particulière aux salaires, aux pensions, à l’emploi, aux mécanismes de protection sociale et aux services publics dont dépend une large partie de la population.

La justice sociale ne peut cependant se réduire à des déclarations de principe. Elle suppose des mesures budgétaires cohérentes, des ressources suffisantes et des mécanismes de suivi permettant de vérifier que les décisions prises bénéficient effectivement aux citoyens auxquels elles sont destinées.

Alléger la pression fiscale et préserver les ressources de l’État

La fiscalité constitue un autre enjeu majeur de la loi de Finances 2027. Pour de nombreux Tunisiens, la pression fiscale pèse sur les revenus et limite la capacité des ménages à faire face aux dépenses courantes. Les entreprises, notamment les petites et moyennes structures, doivent également composer avec des charges susceptibles de freiner leur activité, leurs investissements et leurs perspectives de recrutement.

L’orientation présidentielle invite ainsi à rechercher une fiscalité plus équitable, mieux adaptée aux capacités contributives et davantage tournée vers la mobilisation des ressources là où elles échappent encore à la collectivité.

Une telle démarche suppose de lutter contre l’évasion fiscale, de réduire les circuits informels et de renforcer le respect des obligations fiscales. L’enjeu est de ne pas faire reposer l’essentiel du financement public sur les contribuables déjà soumis à l’impôt, alors que d’autres activités peuvent échapper, en partie ou en totalité, à leurs obligations.

L’élargissement de l’assiette fiscale et l’amélioration du recouvrement pourraient contribuer à dégager des ressources supplémentaires sans multiplier mécaniquement les prélèvements sur les mêmes catégories. Ils exigent toutefois une administration fiscale plus efficace, des procédures plus lisibles et des garanties de traitement équitable.

L’allègement de la pression fiscale ne peut, de son côté, être dissocié de la situation des finances publiques. L’État doit disposer des moyens nécessaires pour financer les services collectifs, honorer ses engagements et soutenir les politiques sociales. La difficulté consiste donc à concilier deux impératifs : réduire les charges injustement ressenties par les citoyens et préserver les ressources indispensables à l’action publique.

La promesse sera d’autant plus crédible que les mesures retenues préciseront clairement les catégories concernées, les allègements envisagés et les modalités de compensation des recettes éventuellement perdues.

 

L’investissement, condition de la création de richesses et d’emplois

La justice sociale ne peut durablement reposer sur la seule redistribution des ressources existantes. Elle dépend également de la capacité de l’économie à créer des richesses, à développer les activités productives et à offrir des emplois stables.

C’est pourquoi la loi de Finances 2027 est appelée à accorder une place importante à l’investissement. L’objectif consiste à encourager les initiatives économiques, à faciliter la création et le développement des entreprises et à améliorer les conditions dans lesquelles les investisseurs peuvent concrétiser leurs projets.

Pour les petites et moyennes entreprises, qui constituent un élément essentiel du tissu économique national, la simplification des procédures, la prévisibilité des règles et l’accès au financement représentent des conditions déterminantes. Un environnement économique plus favorable pourrait soutenir la production, favoriser l’innovation et renforcer la capacité des entreprises à recruter.

Cette orientation concerne également les régions qui disposent de ressources humaines, agricoles, industrielles ou touristiques insuffisamment valorisées. Le développement ne peut rester concentré dans les zones déjà les mieux équipées. Il doit permettre aux territoires de mobiliser leurs propres potentialités, de diversifier leurs activités et de retenir leurs compétences.

L’investissement doit ainsi être envisagé non seulement sous l’angle de la croissance, mais aussi au regard de ses effets sociaux : nombre et qualité des emplois créés, amélioration des revenus, dynamisation des régions et réduction des inégalités territoriales.

Encore faut-il que les orientations budgétaires soient accompagnées de mécanismes efficaces. Les incitations financières, à elles seules, ne suffisent pas si les obstacles administratifs persistent, que les projets demeurent difficiles à financer ou que les infrastructures nécessaires font défaut.

L’une des exigences qui se dégagent des orientations présidentielles est la nécessité de rapprocher les politiques publiques des besoins concrets de la population. Les disparités entre les régions demeurent un défi majeur, qu’il s’agisse de l’accès aux soins, de la qualité des établissements scolaires, des transports, de l’approvisionnement en eau ou de la disponibilité des infrastructures.

La loi de Finances constitue, à cet égard, un instrument déterminant. La répartition des investissements publics et le financement des équipements collectifs peuvent contribuer à corriger les déséquilibres territoriaux, à condition que les crédits annoncés se traduisent par des projets réalisés et des services effectivement améliorés.

Les citoyens attendent des réponses tangibles : des établissements de santé capables de répondre à leurs besoins, des écoles disposant des moyens nécessaires, des routes et des transports adaptés, ainsi que des perspectives d’emploi pour les jeunes. Ces attentes ne relèvent pas de revendications secondaires. Elles touchent directement à l’égalité des chances et à la confiance dans les institutions.

La priorité accordée aux régions défavorisées doit donc se mesurer à l’aune des résultats obtenus. Il ne suffit pas d’inscrire des crédits dans un budget, encore faut-il garantir leur utilisation dans les délais, la bonne exécution des projets et la transparence dans la gestion des fonds publics.

Cette exigence renvoie également à la responsabilité de l’administration. Les décisions budgétaires ne produisent leurs effets que si les structures chargées de les mettre en œuvre disposent des moyens nécessaires et assument pleinement leurs missions.

 

Le citoyen au-delà des chiffres

Au cœur des orientations annoncées, figure une idée essentielle : les indicateurs économiques ne prennent tout leur sens qu’à travers leurs conséquences sur la vie des citoyens. La croissance, les recettes fiscales, les dépenses publiques et les équilibres budgétaires sont indispensables à l’évaluation de la situation économique, mais ils ne suffisent pas à rendre compte du vécu des ménages.

Pour une famille, la réussite d’une politique économique se mesure aussi à sa capacité à couvrir ses dépenses, à accéder aux soins, à assurer la scolarité de ses enfants et à envisager l’avenir avec davantage de sécurité. Pour un jeune diplômé, elle se traduit par la possibilité de trouver un emploi correspondant à ses compétences. Pour un entrepreneur, elle dépend de la capacité à développer son activité dans un cadre stable et prévisible.

La loi de Finances 2027 devra donc être appréciée au regard de ses effets concrets. Les mesures annoncées permettront-elles de soulager les ménages ? Contribueront-elles à réduire les inégalités ? Favoriseraient-elles l’investissement productif et l’emploi ? Les régions les moins développées bénéficieront-elles de moyens à la hauteur de leurs besoins ?

Ces questions sont déterminantes, car elles permettent de distinguer les objectifs affichés des résultats effectivement obtenus.

À travers les orientations présentées pour la loi de Finances 2027, Kaïs Saïed entend réaffirmer une conception de l’action publique fondée sur la souveraineté nationale, la justice sociale et la responsabilité de l’État envers les citoyens. La fiscalité, l’investissement et la répartition des ressources sont appelés à servir une même ambition : faire du développement économique un moyen d’améliorer les conditions de vie et non une finalité détachée des réalités sociales.

Cette ambition comporte néanmoins une exigence essentielle : la mise en œuvre. La justice fiscale doit se traduire par une répartition plus équitable des charges ; le soutien à l’investissement doit produire des emplois et des activités durables ; la solidarité nationale doit se concrétiser par des services publics accessibles et une réduction mesurable des disparités régionales.

Le budget de 2027 sera ainsi évalué moins à la portée des déclarations qui l’accompagnent qu’à la cohérence des mesures adoptées et aux résultats obtenus. Pour les Tunisiens, la promesse centrale demeure celle d’un État qui protège, investit et répartit plus équitablement les ressources collectives.

C’est dans la vie quotidienne, dans le pouvoir d’achat, dans l’accès aux services essentiels et dans les perspectives offertes aux jeunes que se mesurera, en définitive, la portée réelle de cette loi de Finances.

 

 

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Assurance maladie : les cliniques privées alertent sur l’explosion des impayés de la CNAM 

La discorde s’immisce jour après jour dans les relations entre la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) et les prestataires de soins privés. Après les pharmaciens d’officine, les médecins de libre pratique, les biologistes et les fabricants de dispositifs médicaux, les cliniques privées montent aujourd’hui au créneau pour dénoncer une situation financière intenable liée à l’accumulation des impayés de la CNAM.

«Les dettes de la Caisse nationale d’assurance maladie envers les cliniques privées ne cessent de gonfler. Elles dépassent aujourd’hui 200 millions de dinars et mettent nos trésoreries sous une pression sans précédent», s’est alarmé le président de la Chambre syndicale nationale des cliniques privées, Boubaker Zakhama, dans une déclaration accordée au «Temps».

«La caisse a cessé de verser le moindre millime aux cliniques privées depuis plus de huit mois. Cette rupture unilatérale et prolongée des paiements commence à faire ses premières victimes concrètes sur le terrain : une clinique privée a dû mettre la clé sous la porte ces derniers jours, tandis que la grande majorité de ses consœurs naviguent dangereusement à vue, et se trouvent au bord de la faillite pure et simple», a-t-il révélé.

Pourtant, ces établissements de soins se trouvent pris dans un étau paradoxal. D’un côté, ils ont l’obligation légale et éthique de prendre en charge les patients couverts par la CNAM, garantissant ainsi l’accès aux soins pour tous les citoyens sans discrimination. De l’autre, ils doivent faire face à un mur de contraintes financières insurmontables. Boubaker Zakhama souligne à ce titre le contraste saisissant et injuste de la situation. «Alors que la CNAM a fermé complètement le robinet des paiements, l’administration fiscale et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) se montrent d’une rigueur inflexible. Elles n’accordent aucune clémence ni délai lorsqu’il s’agit de recouvrer les impôts ou la part patronale des cotisations sociales, aggravant davantage la lente agonie financière des cliniques privées», s’est-il offusqué.

Pour comprendre l’origine de cette crise systémique, il faut remonter à l’année 2015. À cette époque, un choix stratégique gouvernemental a consisté à réorienter une part substantielle des cotisations sociales encaissées par la CNAM vers la CNSS et la CNRPS. L’objectif affiché était de combler les déficits de ces deux caisses de sécurité sociale et d’assurer le versement des pensions de retraite. Toutefois, cette décision a provoqué une saignée de liquidités au sein de l’organisme chargé de gérer le régime national d’assurance maladie, compromettant durablement sa capacité à honorer ses engagements vis-à-vis des prestataires de soins.

Le dernier rapport publié par le ministère des Finances sur les entreprises publiques au début de 2024 révélait déjà l’ampleur de la crise de liquidités qui touche la CNAM : les dettes cumulées de la CNSS et de la CNRPS envers cette caisse atteignaient la somme colossale de 8,787 milliards de dinars à la clôture de 2022. Un chiffre qui a inexorablement enflé au cours des dernières années.

Une réaction en chaîne qui ébranle l’ensemble de l’édifice sanitaire

Cette carence chronique en liquidités engendre une réaction en chaîne dévastatrice qui ébranle l’ensemble de l’édifice sanitaire national. Faute de percevoir leurs créances, les différents maillons de la chaîne, qu’il s’agisse de la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT), des fournisseurs de matériel médical ou des laboratoires pharmaceutiques, s’enlisent dans des impayés croissants.

L’onde de choc n’épargne aucun intervenant du secteur libéral. Début septembre, la Chambre syndicale nationale des entreprises de dispositifs et équipements médicaux exprimait déjà sa vive inquiétude face aux tensions de trésorerie asphyxiantes, mettant en garde contre le risque imminent d’une pénurie généralisée de matériel dans les structures publiques. Du côté de la médecine libérale, le Syndicat tunisien des médecins libéraux (STML) avait sonné la mobilisation depuis l’été dernier pour dénoncer l’allongement intenable des délais de règlement dans le cadre du système du tiers payant. Les créances des médecins de première ligne ont ainsi atteint près de 80 millions de dinars, plongeant les praticiens dans une crise de liquidité aiguë.

Le constat est rigoureusement identique chez les biologistes du secteur privé. Ces derniers réclament depuis des mois le règlement immédiat d’arriérés affichant des retards de cinq à six mois. Pour le syndicat des biologistes, cette situation constitue une entorse manifeste à la convention sectorielle, plaçant les laboratoires dans l’incapacité absolue de s’acquitter de leurs obligations fiscales et sociales, tout en menaçant la sécurité et la qualité des prestations offertes aux malades. Même son de cloche chez les pharmaciens d’officine, qui ont brandi à plusieurs reprises la menace de suspendre le tiers payant avant d’aboutir à des compromis de dernière minute.

Face à cette détérioration généralisée, les tentatives de «rafistolage» menées ces dernières années par les autorités compétentes peinent à inverser la tendance. Si le gouvernement avait injecté, fin 2025, un financement exceptionnel de 290 millions de dinars pour soulager la trésorerie des hôpitaux publics et apurer une partie des dettes de la Pharmacie centrale, ces mesures conjoncturelles restent insuffisantes face à l’ampleur du déficit structurel des caisses sociales. Pour les professionnels de santé, l’unique issue salvatrice réside dans la réforme de l’ensemble des régimes de protection sociale (régimes de retraite, régime d’assurance maladie, allocations familiales, etc.) pour restaurer les équilibres financiers de la CNSS et de la CNRPS.

«La situation financière déplorable de la CNAM n’est que le miroir réfléchissant des défaillances du système national de protection sociale. Aucune solution ne sera durable si l’on ne s’attaque pas aux vraies racines du mal», conclut Boubaker Zakhama.

Walid KHEFIFI

 

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Devoirs à domicile :quand les inégalités sociales s’invitent dans la réussite scolaire

Dans les foyers tunisiens, la journée scolaire ne s’achève pas toujours à la sortie des classes. Une fois rentrés à la maison, les élèves doivent souvent reprendre leurs cahiers, réviser leurs leçons, terminer des exercices ou préparer les évaluations du lendemain. Une routine devenue tellement ordinaire qu’elle semble indissociable de la réussite scolaire. Pourtant, derrière cette pratique se cache une réalité bien plus complexe. Tous les enfants ne disposent pas des mêmes conditions pour travailler à domicile, ni du même accompagnement familial.

Entre les parents qui peuvent consacrer plusieurs heures au suivi scolaire de leurs enfants et ceux qui, faute de temps, de moyens ou de connaissances, peinent à les aider, les devoirs à la maison risquent de devenir un facteur supplémentaire d’inégalités. En Tunisie, où la réussite scolaire demeure une préoccupation majeure pour les familles, cette question mérite une attention particulière. Car si l’école est censée offrir à tous les élèves les mêmes chances d’apprendre et de progresser, une partie du travail demandé en dehors de la classe repose sur des ressources qui varient considérablement d’un foyer à l’autre.

Quand la réussite scolaire dépend aussi du milieu familial

Sur le papier, les devoirs à domicile poursuivent un objectif pédagogique légitime. Ils permettent de consolider les acquis, de développer l’autonomie de l’élève et de l’habituer à un travail régulier. Mais leur efficacité dépend largement des conditions dans lesquelles ils sont réalisés. Dans certaines familles, les enfants bénéficient d’un environnement favorable. Ils disposent d’un espace calme, de fournitures adaptées, d’une connexion Internet et, surtout, de parents capables de les accompagner. Ces derniers peuvent expliquer une consigne, corriger un exercice ou aider à surmonter une difficulté. Lorsque cela ne suffit pas, le recours à un enseignant particulier constitue une solution supplémentaire. A l’inverse, d’autres élèves doivent composer avec des conditions beaucoup moins favorables. Dans les logements exigus, où plusieurs membres d’une même famille partagent les mêmes espaces, trouver un endroit tranquille pour étudier peut relever du défi. À cela s’ajoutent parfois l’absence d’équipements numériques, les contraintes financières ou l’indisponibilité des parents.

Les différences ne sont pas uniquement économiques. Le niveau d’instruction des parents joue également un rôle déterminant. Une mère ou un père ayant poursuivi des études supérieures pourra généralement accompagner plus facilement son enfant dans certaines matières qu’un parent dont le parcours scolaire a été interrompu précocement. Cette situation ne traduit évidemment pas un manque d’intérêt pour l’éducation, mais révèle les limites d’un système qui suppose implicitement que chaque famille possède les compétences nécessaires pour prolonger le travail de l’enseignant. La question devient encore plus sensible lorsque les devoirs exigent des explications qui n’ont pas été suffisamment assimilées en classe. L’élève qui dispose d’une aide extérieure pourra surmonter l’obstacle, tandis que celui qui travaille seul risque d’accumuler les incompréhensions. Progressivement, les écarts se creusent, non pas nécessairement en raison de différences de capacités, mais parce que les possibilités d’accompagnement ne sont pas les mêmes.

Les cours particuliers, une réponse qui accentue les disparités

Cette réalité contribue à expliquer la place importante qu’occupent les cours particuliers dans le paysage éducatif tunisien. Pour de nombreuses familles, ils ne représentent plus seulement un soutien destiné aux élèves en difficulté, mais un moyen de suivre le rythme des programmes, de préparer les examens et de préserver les chances de réussite. Le phénomène soulève cependant une contradiction fondamentale. Lorsque la maîtrise des connaissances dépend de plus en plus d’un accompagnement payant, l’égalité des chances promise par l’enseignement public se trouve fragilisée. Les familles disposant de revenus confortables peuvent multiplier les séances de soutien dans différentes matières. D’autres doivent effectuer des sacrifices financiers pour offrir à leurs enfants quelques heures supplémentaires d’apprentissage. Quant aux ménages les plus modestes, ils peuvent être contraints d’y renoncer complètement.

Dans un contexte marqué par la pression sur le pouvoir d’achat, les dépenses éducatives constituent ainsi une charge supplémentaire pour les parents. Les frais de transport, les fournitures scolaires, les équipements et les cours particuliers viennent alourdir un budget familial déjà sollicité par les dépenses essentielles. Cette situation peut également nourrir une forme de compétition scolaire précoce. Dès les premières années de l’enseignement, certains enfants suivent un rythme particulièrement chargé, alternant journées de classe, devoirs à domicile et séances de soutien. Le temps consacré au repos, au jeu et aux activités personnelles se réduit, alors même que ces moments participent pleinement à leur développement. Il serait toutefois réducteur de considérer que tous les devoirs à domicile sont inutiles ou que les cours particuliers constituent systématiquement un problème. Des exercices adaptés, raisonnables et réalisables de manière autonome peuvent favoriser l’apprentissage. La difficulté apparaît lorsque le travail demandé dépasse les capacités de l’élève à le réaliser seul et transfère aux familles une responsabilité pédagogique qu’elles ne sont pas toutes en mesure d’assumer.

Repenser les devoirs pour garantir l’égalité des chances

Face à ces disparités, une interrogation s’impose : l’école doit-elle continuer à faire dépendre une partie de la réussite des élèves de leur environnement familial ? La question ne consiste pas nécessairement à supprimer tous les devoirs, mais plutôt à réfléchir à leur nature, à leur volume et à leur finalité. Un exercice destiné à vérifier la compréhension d’une leçon ne devrait pas nécessiter systématiquement l’intervention d’un adulte ou d’un professeur particulier. De même, le travail à domicile devrait rester proportionné à l’âge de l’enfant et au temps dont il dispose après sa journée scolaire. Une meilleure organisation du travail personnel au sein des établissements pourrait constituer une piste de réflexion. Des séances d’étude encadrées, des dispositifs de soutien gratuits et une attention particulière aux élèves rencontrant des difficultés permettraient de limiter la dépendance à l’accompagnement familial. Cette réflexion renvoie également aux conditions d’enseignement. Lorsque les classes sont chargées, que les programmes sont denses et que les enseignants disposent de peu de temps pour accompagner individuellement les élèves, une partie des difficultés peut se retrouver reportée sur le travail à domicile. Réduire les inégalités suppose donc aussi de renforcer les moyens permettant aux enfants de comprendre et d’assimiler les connaissances pendant les heures de classe. Il importe par ailleurs de distinguer l’implication des parents de leur capacité à enseigner. Encourager un enfant, s’intéresser à ses résultats, valoriser ses efforts et maintenir un dialogue avec ses enseignants constituent des formes essentielles d’accompagnement. En revanche, demander implicitement aux familles de réexpliquer quotidiennement les cours revient à leur attribuer une mission pour laquelle elles ne disposent pas nécessairement du temps ou des compétences requis. L’enjeu dépasse finalement la seule question des devoirs. Il touche à la fonction même de l’école publique, dont l’une des missions fondamentales consiste à réduire les inégalités de départ plutôt qu’à les reproduire.

En Tunisie, où l’éducation a longtemps représenté un puissant levier de promotion sociale, cette problématique prend une dimension particulière. La réussite d’un enfant ne devrait pas être conditionnée par le revenu de ses parents, leur niveau d’instruction ou leur disponibilité après une journée de travail. Les devoirs à la maison peuvent contribuer à l’apprentissage, mais ils ne doivent pas devenir un mécanisme de sélection sociale invisible. Car lorsque deux élèves quittent la même salle de classe avec les mêmes exercices, ils ne rentrent pas nécessairement chez eux avec les mêmes possibilités de les réussir. Et c’est précisément dans cet écart, souvent ignoré, que peut commencer une partie des inégalités scolaires.

Leila SELMI

 

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Investissement : entre dynamisme économique et justice sociale

 Par Ahmed NEMLAGHI

Réformes législatives, simplification administrative, modernisation des infrastructures et ouverture sur les partenaires étrangers : la politique de dynamisation de l’investissement engagée sous la présidence de Kaïs Saïed s’inscrit dans une ambition plus large de transformation du modèle de développement. L’objectif affiché est de libérer l’initiative économique, de stimuler l’investissement productif et de créer des emplois, sans renoncer au rôle social de l’État ni à l’exigence d’un développement plus équilibré entre les régions.

L’investissement constitue l’un des principaux leviers de la croissance, de la création d’emplois et de la modernisation de l’économie. Mais, dans la vision économique défendue par le président de la République, il ne saurait être considéré comme une fin en soi. Sa finalité doit également être appréciée à l’aune de sa contribution à la justice sociale, à la valorisation des ressources nationales et à l’amélioration des conditions de vie des citoyens.

Cette approche se reflète dans les orientations du Plan de développement 2026-2030, qui associe stimulation de l’investissement, développement des secteurs à forte valeur ajoutée, réduction des disparités territoriales et consolidation de la dimension sociale de l’État.

Le climat des affaires représente un enjeu majeur pour la capacité de la Tunisie à attirer les capitaux, encourager l’entrepreneuriat et renforcer la compétitivité de ses entreprises. Les lourdeurs administratives, la multiplication des procédures et les délais d’autorisation peuvent freiner les initiatives et renchérir le coût des projets.

La volonté de réviser le cadre législatif de l’investissement s’inscrit dans cette problématique. Le 31 décembre 2025, un conseil ministériel restreint a examiné un nouveau projet de loi sur l’investissement, présenté comme un instrument destiné à accompagner l’évolution de l’économie et à soutenir un modèle de développement fondé sur la justice sociale et l’équité.

Cette orientation prolonge les efforts engagés pour améliorer l’environnement des entreprises, notamment à travers la loi n° 2019-47 du 29 mai 2019 relative à l’amélioration du climat des affaires. Ce texte met notamment l’accent sur la simplification de la création d’entreprises, l’accès au financement, le partenariat public-privé et la gouvernance des sociétés.

L’enjeu est désormais de faire évoluer le cadre juridique en fonction des besoins des investisseurs et des réalités économiques. Simplifier ne signifie pas supprimer les règles nécessaires à la transparence ou à la protection de l’intérêt général. Il s’agit plutôt de rendre les démarches plus lisibles, de réduire les délais injustifiés et de garantir une application cohérente des textes.

Une réforme efficace doit ainsi offrir aux investisseurs une visibilité suffisante sur les procédures, les obligations et les conditions de réalisation de leurs projets. La stabilité et la prévisibilité du cadre réglementaire constituent des éléments déterminants dans les décisions d’investissement à long terme.

Une administration plus efficace et plus accessible

La simplification administrative est indissociable de la modernisation de l’État. La digitalisation des services, la circulation des informations entre les administrations et la réduction des formalités redondantes peuvent faciliter les démarches des entreprises et améliorer la qualité du service public.

Pour les petites et moyennes entreprises, qui disposent souvent de moyens humains et financiers limités, la complexité administrative peut représenter une charge particulièrement lourde. Des procédures plus simples et des interlocuteurs clairement identifiés peuvent leur permettre de consacrer davantage de ressources à la production, à l’innovation et au développement commercial.

La transformation numérique doit toutefois s’accompagner d’une amélioration réelle du fonctionnement administratif. Une procédure dématérialisée qui reproduit les mêmes lenteurs qu’une démarche papier ne résout pas le problème de fond. La modernisation suppose donc de revoir les circuits de décision, de responsabiliser les structures concernées et d’évaluer les délais de traitement.

L’objectif est de construire une relation plus efficace entre l’État et les opérateurs économiques, dans laquelle la puissance publique facilite les initiatives conformes à la loi tout en veillant au respect des règles et à la protection de l’intérêt collectif.

L’attractivité économique ne se mesure pas uniquement au volume des capitaux mobilisés, elle dépend également de la nature des projets financés, de leur capacité à créer de la valeur et de leur contribution à l’emploi.

La politique défendue par Kaïs Saïed accorde une place importante à l’investissement productif, à l’innovation et aux activités à forte valeur ajoutée. Cette orientation vise à renforcer les capacités de l’économie nationale, à améliorer sa compétitivité et à favoriser la création d’emplois décents, notamment pour les jeunes et les diplômés de l’enseignement supérieur.

La question essentielle consiste à rapprocher les investissements des besoins réels de l’économie. Les projets doivent contribuer à élargir les capacités de production, à développer les compétences, à réduire certaines dépendances extérieures et à ouvrir de nouveaux débouchés aux entreprises tunisiennes.

Les petites et moyennes entreprises occupent, à cet égard, une place importante. Leur développement peut favoriser la diversification du tissu économique et soutenir l’emploi dans des secteurs variés. Mais leur croissance nécessite un meilleur accès au financement, un accompagnement technique et juridique ainsi qu’un environnement dans lequel l’initiative est encouragée sans être entravée par des obstacles disproportionnés.

Les sociétés communautaires s’inscrivent également dans cette recherche d’un développement plus ancré dans les territoires. En valorisant les ressources locales et en favorisant l’initiative collective, elles peuvent contribuer à créer des activités économiques là où les investissements traditionnels demeurent insuffisants. Leur réussite dépendra néanmoins de leur gouvernance, de leur viabilité et de leur capacité à accéder aux marchés.

Le développement régional, une priorité stratégique

L’un des défis structurels de l’économie tunisienne réside dans les écarts de développement entre les régions. La concentration des infrastructures, des activités et des opportunités dans certains pôles limite les possibilités d’emploi et d’initiative dans d’autres territoires.

Le Plan de développement 2026-2030 entend répondre à cette situation en accordant une attention particulière aux régions les moins développées, à l’amélioration des infrastructures et à la qualité des services de base. Il prévoit également de soutenir l’émergence de nouveaux pôles de croissance et de renforcer l’attractivité territoriale.

Cette orientation est déterminante pour la politique d’investissement. Les entreprises ne choisissent pas leur implantation sur la seule base des incitations financières. Elles tiennent également compte de l’état des routes, de la disponibilité de l’eau et de l’énergie, de l’accès aux marchés, des compétences disponibles et de la qualité des services publics.

L’investissement public peut alors jouer un rôle d’entraînement, en créant les conditions nécessaires à l’implantation d’activités privées. Cette complémentarité ne signifie pas que l’État doit se substituer aux entreprises, mais qu’il peut réduire les obstacles structurels qui empêchent certains territoires de valoriser leur potentiel.

L’approche ascendante retenue pour l’élaboration du Plan 2026-2030, à partir des propositions des conseils locaux, régionaux et de districts, vise par ailleurs à rapprocher la planification des besoins exprimés sur le terrain.  Son efficacité dépendra de la capacité à transformer ces propositions en projets financés, réalisables et suivis dans le temps.

La diplomatie économique constitue un autre levier de la dynamisation de l’investissement. Les relations avec les partenaires étrangers peuvent favoriser les échanges commerciaux, les transferts de compétences, l’accès aux marchés et la mobilisation de capitaux destinés à des projets productifs.

Dans cette perspective, la recherche d’investissements étrangers peut contribuer à renforcer les capacités industrielles et technologiques du pays. Elle suppose toutefois une stratégie qui identifie les secteurs prioritaires, favorise les partenariats créateurs de valeur et veille à ce que les retombées économiques bénéficient effectivement à l’économie nationale.

Cette ouverture doit être conciliée avec la souveraineté économique défendue par Kaïs Saïed. L’objectif n’est pas de s’isoler des échanges internationaux, mais de rechercher des coopérations qui répondent aux priorités nationales et renforcent les capacités du pays. Les partenariats extérieurs peuvent être utiles lorsqu’ils favorisent la production, l’emploi, la formation et le transfert de savoir-faire.

L’attractivité de la Tunisie dépendra donc autant de la qualité de ses relations économiques que de la crédibilité de son environnement juridique, de la disponibilité des infrastructures et de la capacité de ses institutions à accompagner les projets.

Croissance et État social : une articulation décisive

La politique d’investissement défendue par le président de la République pose une question centrale : comment concilier l’encouragement de l’activité économique avec la protection sociale et une répartition plus équitable des richesses ?

Dans les orientations gouvernementales, l’État social demeure une dimension stratégique du modèle de développement. La croissance est appelée à soutenir l’emploi, à renforcer les systèmes de protection sociale et à améliorer l’accès aux services essentiels. Le Plan 2026-2030 entend ainsi rapprocher les objectifs économiques des impératifs sociaux et territoriaux.

Cet équilibre ne peut toutefois reposer sur les seules déclarations de principe. Il exige des investissements capables de produire des emplois durables, une gestion rigoureuse des ressources publiques et une évaluation des effets des politiques engagées. Il suppose également que les entreprises évoluent dans un cadre prévisible, respectueux des droits des investisseurs comme de ceux des travailleurs.

Le défi est donc double : créer davantage de richesses et veiller à ce que leur production contribue à l’amélioration des conditions de vie. La justice sociale ne s’oppose pas nécessairement à la compétitivité, elle peut au contraire en renforcer les fondements lorsque l’investissement développe les compétences, réduit les inégalités territoriales et ouvre de nouvelles possibilités économiques.

La stratégie de dynamisation de l’investissement s’articule autour de plusieurs leviers complémentaires : réforme du cadre juridique, simplification administrative, modernisation des infrastructures, soutien à l’investissement productif et ouverture sur les partenaires internationaux. Elle s’inscrit dans une conception du développement qui entend associer croissance, souveraineté économique et justice sociale.

Sa réussite se mesurera cependant à des résultats concrets : des projets effectivement réalisés, des entreprises renforcées, des emplois durables créés et des régions qui bénéficient davantage de l’activité économique. La qualité de l’accompagnement administratif, la stabilité des règles et l’évaluation des réformes seront essentielles pour atteindre ces objectifs.

Au fond, l’enjeu de la politique d’investissement portée par Kaïs Saïed est de faire de l’initiative économique un instrument de développement collectif. L’État est appelé à faciliter la création de richesses et à préparer les conditions de l’investissement, tout en préservant sa responsabilité sociale. C’est dans la capacité à faire converger ces deux exigences, dynamisme économique et justice sociale, que se jouera la portée du modèle de développement recherché.



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Proposition de loi relative à la régularisation de la situation des puits agricoles non autorisés : le ministère propose des amendements

L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a organisé, lundi 12 octobre 2026, une journée d’étude consacrée à la proposition de loi relative à la régularisation de la situation des puits agricoles profonds non autorisés.

À cet effet, le président de la Commission de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et hydrique et de la pêche de l’ARP, Omar Ben Omar, a indiqué que cette proposition de loi vise notamment à faire face à l’ampleur croissante du phénomène des puits agricoles non autorisés.

«En effet, certains agriculteurs se trouvent contraints de recourir au puits non autorisé en raison des difficultés rencontrées pour obtenir les autorisations nécessaires, notamment à cause de la bureaucratie administrative et de la complexité des procédures», a-t-il expliqué.

Le député a souligné qu’à l’issue de cette journée d’étude, la proposition de loi devrait être soumise à la séance plénière.

Il a ainsi rappelé que cette initiative fait suite à l’adoption de l’article 81 de la loi de Finances pour l’année 2025, qui prévoit la régularisation de la situation des puits anarchiques. «Toutefois, cet article n’a pas été mis en application», a-t-il précisé.

Le nombre de puits est passé de 246 en 2010 à plus de 3.000 en 2025 

De son côté, le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, représenté par le directeur général des ressources hydrauliques, Issa Hlimi, a révélé, lors de cette journée d’étude, que le nombre de puits est passé de 246 en 2010 à plus de 3.000 en 2025, sans compter les puits qui n’ont pas été recensés.

S’agissant des répercussions négatives des puits anarchiques, il a notamment évoqué, sur les plans économique et social, l’augmentation des coûts de pompage et de l’énergie, les conflits entre les exploitants, ainsi que les difficultés liées au contrôle des volumes d’eau prélevés et à leur répartition équitable.

Sur le plan environnemental, il a mis en garde contre la dégradation des écosystèmes oasiens, le recul de la biodiversité, l’affaissement des sols dans le Sud tunisien et la pollution des ressources en eau.

S’agissant des ressources hydriques, il a indiqué que les puits anarchiques contribuent à la baisse du niveau des nappes souterraines, à l’assèchement des anciens puits de surface et à l’intrusion d’eau salée dans les nappes d’eau douce, notamment dans les zones côtières.

«Le volume des ressources en eaux souterraines renouvelables s’élève à 2,5 milliards de mètres cubes», a-t-il déclaré.

Concernant le cadre juridique régissant les eaux souterraines, le responsable a rappelé que celles-ci constituent un domaine public soumis aux dispositions du Code des eaux. 

«L’exploitation des eaux souterraines nécessite une autorisation préalable du ministre chargé des ressources hydrauliques. Cette autorisation ne confère pas un droit de propriété sur l’eau, mais définit les conditions de son utilisation», a-t-il expliqué.

Il a également précisé que l’administration peut refuser une demande lorsque celle-ci risque de compromettre l’équilibre des ressources hydriques. En cas d’infraction ou de risque pour ces ressources, elle peut ordonner la fermeture ou le comblement du puits ou encore limiter le débit de prélèvement. 

Raccourcir le délai d’application

Il convient de rappeler que la proposition de loi présentée par l’ARP comprend quatre articles définissant les conditions et les modalités de régularisation de la situation des puits agricoles non autorisés.

Le premier article prévoit la régularisation des puits agricoles non autorisés creusés avant le 10 décembre 2024, moyennant le paiement d’une redevance de 3.500 dinars, selon des conditions et des procédures fixées par arrêté du ministre chargé des Ressources hydrauliques. Le texte fixe au 31 décembre 2027 la date limite de dépôt des demandes de régularisation.

Le deuxième article prévoit le rejet systématique des demandes comportant des informations erronées, tandis que le troisième article stipule que la décision de régularisation est annulée en cas de manquement du bénéficiaire à ses obligations. Le quatrième article prévoit l’abrogation des dispositions de l’article 81 de la loi n° 48 de 2024 du 9 décembre 2024, relative à la loi de Finances pour l’année 2025.

Toutefois, lors de la journée d’étude, les représentants du ministère de l’Agriculture ont proposé des amendements à cette proposition de loi.

Le premier amendement vise à étendre le champ de la régularisation aux puits agricoles non autorisés creusés jusqu’au 31 décembre 2024, au lieu du 10 décembre de la même année. 

Par ailleurs, le ministère propose de remplacer la date limite du 31 décembre 2027 par un délai maximal d’un an à compter de la publication de l’arrêté du ministre chargé des ressources hydrauliques pour le dépôt des demandes de régularisation.

Nouha MAINSI



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Sociétés communautaires : pour une économie de la justice sociale

 Par Ahmed NEMLAGHI

Présentées comme un levier de développement régional, de création d’emplois et de valorisation des ressources locales, les sociétés communautaires occupent une place particulière dans la vision économique du président de la République, Kaïs Saïed. Le Conseil ministériel restreint présidé par la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, à la Kasbah, remet au centre du débat les conditions nécessaires pour faire de ce modèle un instrument concret de justice sociale et de développement.

La question économique ne se résume pas à la croissance des indicateurs ou à l’accroissement des investissements, elle renvoie également à la manière dont les richesses sont produites, réparties et mises au service de la collectivité. C’est autour de cette préoccupation que s’inscrit le projet des sociétés communautaires, auquel Kaïs Saïed entend donner une place dans la transformation du modèle de développement tunisien.

En consacrant un conseil ministériel restreint à l’amélioration de leur gouvernance, à la simplification des procédures de création et au renforcement de leur accompagnement, le gouvernement reconnaît que l’avenir de ces structures dépend autant de leur potentiel économique que de la capacité de l’administration à leur offrir un environnement favorable.

Les sociétés communautaires s’inscrivent dans une approche qui entend rapprocher l’activité économique des besoins des territoires et de leurs populations. Leur vocation est de permettre à des personnes réunies autour d’un projet commun de mobiliser les ressources disponibles, de développer une activité productive et de créer des emplois au bénéfice de leur région.

Cette orientation rejoint la conception de Kaïs Saïed selon laquelle le développement doit être davantage ancré dans les réalités locales et contribuer à réduire les disparités entre les régions. Il ne s’agit pas seulement de créer de nouvelles structures économiques, mais de favoriser une participation collective à la production de richesses, en donnant aux populations la possibilité de devenir actrices de leur développement.

Dans cette perspective, les sociétés communautaires peuvent offrir une voie complémentaire aux formes traditionnelles d’entrepreneuriat. Elles sont notamment susceptibles de réunir des compétences, des moyens et des ressources qui, pris isolément, ne permettraient pas toujours de concrétiser un projet viable.

L’enjeu consiste à faire émerger des activités adaptées aux spécificités territoriales : valorisation des produits agricoles, transformation des matières premières, services, artisanat, activités environnementales ou projets liés aux potentialités régionales. Le choix des secteurs doit toutefois répondre à une analyse sérieuse des besoins, des débouchés et des capacités réelles de chaque structure.

La justice sociale par la création de richesses

La justice sociale constitue l’un des fondements politiques mis en avant par le président de la République. Dans cette conception, elle ne saurait se limiter à la redistribution des revenus après la création des richesses. Elle suppose également d’élargir les possibilités de participer à leur production et de permettre aux régions de mieux tirer profit de leurs ressources.

Les sociétés communautaires prennent leur sens dans cette articulation entre activité économique et finalité sociale. En encourageant l’initiative collective, elles sont appelées à contribuer à la création d’emplois, à l’intégration économique des jeunes et à une meilleure valorisation des potentialités locales.

Pour les régions confrontées au chômage, au manque d’investissements ou à l’insuffisance des débouchés, le développement de projets productifs peut représenter une possibilité de diversification économique. Il peut aussi contribuer à limiter la dépendance à l’égard d’activités concentrées dans les grands centres urbains, à condition que les projets disposent des moyens nécessaires pour fonctionner durablement.

La portée sociale de ce modèle ne se mesurera donc pas au seul nombre de sociétés créées. Elle dépendra du nombre d’emplois durables générés, de la qualité des revenus distribués, de la viabilité des activités et de leur capacité à produire des effets positifs sur l’économie locale.

La place accordée aux jeunes dans cette orientation répond à une difficulté persistante : l’écart entre les aspirations professionnelles, les qualifications disponibles et les possibilités d’emploi dans plusieurs régions du pays.

Les sociétés communautaires peuvent ouvrir des perspectives à des porteurs de projets désireux de travailler collectivement à la création d’une activité. Elles peuvent aussi favoriser l’acquisition de compétences pratiques et rapprocher la formation des besoins économiques locaux.

Mais l’initiative ne peut, à elle seule, résoudre le problème du chômage. Pour devenir un véritable outil d’insertion, ce modèle doit s’appuyer sur des projets économiquement viables, une formation adaptée, un accès aux équipements et aux financements ainsi que des débouchés commerciaux identifiés.

C’est dans ce contexte que la recommandation du conseil ministériel visant à mettre en place un dispositif intégré de formation et d’accompagnement revêt une importance particulière. L’appui doit couvrir l’ensemble du parcours : conception du projet, étude de faisabilité, création juridique, gestion, production, commercialisation et développement de l’activité.

Une société communautaire ne peut se consolider durablement sur la seule base de l’enthousiasme de ses fondateurs. Elle a besoin de compétences, d’une organisation rigoureuse et d’une stratégie capable de résister aux contraintes du marché.

Simplifier les procédures et améliorer la gouvernance

Le conseil ministériel restreint a également examiné les difficultés administratives rencontrées par ces entreprises et les moyens d’y remédier. Ce volet est essentiel, car la multiplication des démarches, les délais ou l’absence d’interlocuteurs clairement identifiés peuvent freiner la concrétisation des projets.

La simplification administrative doit permettre aux porteurs de projets de consacrer davantage de temps et de moyens à leur activité productive. Elle suppose des procédures lisibles, une coordination efficace entre les services publics et un accompagnement accessible, notamment dans les régions où l’offre de conseil économique demeure limitée.

Toutefois, l’allègement des formalités ne doit pas se faire au détriment de la transparence ou de la bonne gestion. La gouvernance constitue une condition de crédibilité pour les sociétés communautaires : répartition claire des responsabilités, suivi des ressources, contrôle des dépenses et évaluation régulière des résultats doivent accompagner leur développement.

La recommandation de mettre en place des mécanismes d’évaluation est donc déterminante. Pour mesurer l’efficacité de l’accompagnement public, il faudra pouvoir apprécier les résultats obtenus, repérer les difficultés persistantes et ajuster les dispositifs en fonction des besoins réels des entreprises.

L’une des orientations retenues lors de la réunion consiste à encourager les sociétés communautaires à investir de nouveaux secteurs et marchés porteurs, notamment dans les domaines à forte valeur ajoutée et à dimension stratégique, en cohérence avec le Plan de développement 2026-2030.

Cette démarche est importante pour éviter que les projets ne se limitent à des activités de faible rentabilité ou à des marchés déjà saturés. La valorisation des ressources locales peut produire davantage de bénéfices lorsqu’elle s’accompagne de transformation, d’innovation, d’amélioration de la qualité et d’une véritable stratégie commerciale.

Une production agricole peut, par exemple, gagner en valeur lorsqu’elle est transformée ou commercialisée sous une forme répondant aux attentes du marché. De même, des ressources régionales encore insuffisamment exploitées peuvent soutenir des activités nouvelles, pourvu que les investissements, les compétences et les débouchés soient réunis.

Il ne s’agit pas de disperser les initiatives dans tous les secteurs, mais d’identifier les activités pour lesquelles chaque territoire possède des atouts réels. La réussite du modèle dépendra de cette capacité à concilier ambition sociale et rationalité économique.

De l’ambition politique à la viabilité économique

Le modèle des sociétés communautaires traduit une volonté de faire de l’initiative collective un instrument de développement et de justice sociale. Sa cohérence avec les orientations de Kaïs Saïed tient à cette recherche d’un lien plus direct entre les ressources des régions, la création de richesses.

Mais une ambition politique ne devient une réussite économique que si elle se traduit par des résultats durables. Les entreprises doivent pouvoir accéder aux compétences, aux équipements, au financement et aux marchés indispensables à leur activité. Elles doivent également bénéficier d’un accompagnement qui respecte leur autonomie et leur permette de prendre des décisions adaptées à leur environnement.

L’État a, dans ce processus, un rôle déterminant : simplifier, former, conseiller, faciliter l’accès aux opportunités économiques et évaluer les résultats. Il ne peut cependant se substituer à la viabilité des projets ni à la qualité de leur gestion.

Le défi consiste ainsi à faire des sociétés communautaires des acteurs économiques capables de créer de la valeur, plutôt que de simples structures administratives bénéficiant d’un soutien ponctuel. Leur pérennité sera le meilleur indicateur de leur contribution au développement régional.

En définitive, la portée du projet défendu par Kaïs Saïed se mesurera à sa capacité à transformer l’initiative collective en emplois stables, les ressources locales en richesses durables et la promesse de justice sociale en améliorations tangibles pour les citoyens. La simplification des procédures et le renforcement de l’accompagnement constituent des étapes importantes. La réussite dépendra désormais de la qualité des projets, de leur gouvernance et de leur aptitude à s’inscrire durablement dans l’économie nationale.

 

 

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Marché des véhicules électriques : une croissance sur les chapeaux de roue 

Longtemps perçu comme une petite niche réservée à une élite ultra-aisée et freiné par des barrières douanières et fiscales dissuasives, le marché de la mobilité électrique en Tunisie connaît un véritable tournant. Le secteur de la mobilité bas carbone accélère à un rythme inédit depuis le début de l’année en cours, transformant profondément le paysage automobile national. Selon les dernières données publiées par la Chambre nationale des concessionnaires et des constructeurs automobiles, les ventes des quatre-roues éco-responsables ont explosé les compteurs. Alors que le marché n’avait enregistré qu’environ 600 véhicules électriques écoulés sur l’ensemble de l’année 2025, la barre des 1.100 unités vendues a été franchie durant les quatre premiers mois de 2026, ce qui confirme l’appétit grandissant des automobilistes tunisiens pour les technologies propres.

«La demande augmente aussi bien pour les véhicules 100% électriques que pour ceux hybrides», a souligné Brahim Debbache, le président de la chambre rattachée à l’Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA).

Selon lui, la «phase de forte croissance ne fait que commencer». Le syndicat patronal s’attend, en effet, à ce que le nombre de véhicules à faibles émissions qui devraient être commercialisées sur l’ensemble de l’année en cours s’approche de 4.000 unités, avec l’arrivée de nouvelles marques et la hausse des commandes passées auprès des marques ayant déjà pignon sur rue. À ce rythme, l’objectif de 50.000 véhicules électriques vendus par an en 2030 fixé par les autorités devrait être atteint facilement, alors que le secteur des transports représente environ 30% de la consommation finale d’énergie du pays et plus d’un quart de ses émissions de gaz à effet de serre.

Le principal catalyseur de cette dynamique réside incontestablement dans la volonté des pouvoirs publics de verdir le parc automobile tunisien et de renforcer l’efficacité énergétique dans un secteur des transports particulièrement énergivore à l’heure où la facture des carburants pèse lourdement sur les finances publiques. Au premier semestre 2026, les subventions aux carburants ont atteint 2,427 milliards de dinars, représentant 69,62% du total des dépenses de subvention de l’État tunisien.

Le directeur de l’efficacité énergétique dans le secteur du transport à l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), Abdelhamid Gannouni, rappelle que le démarrage en trombe que connaît le secteur de la mobilité électrique est le fruit du renforcement progressif des mesures incitatives adoptées dans les dernières lois de finances. «Les voitures électriques bénéficient actuellement d’une exonération totale des droits de douane, qui ont été ramenés de 30% à 0%. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a été abaissée de 19 à 7%, tandis que la taxe de circulation a été réduite de 50%», a-t-il détaillé dans une vidéo publiée récemment par l’agence.

Éliminer deux angles morts pour débloquer le potentiel du secteur

À cela s’ajoute l’adoption d’un nouveau mode de calcul de la puissance fiscale. Auparavant pénalisées par les formules des moteurs thermiques, les voitures électriques sont désormais classées de manière juste, allant de 2 ou 3 chevaux fiscaux jusqu’à 7 CV pour les modèles de plus grande taille. Ces mesures ont provoqué une onde de choc positive sur les grilles des prix des concessionnaires. Une voiture électrique autrefois commercialisée aux alentours de 100.000 dinars s’affiche désormais à près de 58.000 dinars, soit une baisse spectaculaire de plus de 40%, avec des fourchettes tarifaires globales oscillant entre 45.000 et 65.000 dinars pour les citadines.

D’autre part, la levée des freins administratifs, notamment la sortie des voitures électriques du système restrictif des quotas, a permis d’inonder le marché d’une offre beaucoup plus riche et diversifiée. Le nombre de modèles proposés en Tunisie a ainsi grimpé d’une quinzaine il y a deux ans à plus de 60 modèles aujourd’hui.

Le principal frein à une croissance plus rapide du marché réside cependant dans le déficit d’infrastructures. Le déploiement des points de recharge se fait actuellement beaucoup plus rapidement que le virage vers l’électrique, car on a jusqu’ici mis la charrue avant les bœufs.

Le réseau national de bornes demeure embryonnaire et profondément inégalitaire. La grande majorité des stations fonctionnelles se concentre dans le Grand Tunis et les grandes villes situées sur le littoral.

À mesure que le parc grandit, la structuration d’un cadre réglementaire et technique régissant l’activité de recharge publique et privée devient une priorité absolue. Les données de l’ANME révèlent qu’environ 90% des recharges s’effectuent dans la sphère privée (à domicile ou sur le lieu de travail), tandis que 10% seulement se font dans des bornes publiques. Dans ce dernier segment, la recharge rapide en courant continu ne représente que 3% des opérations, démontrant que l’usage quotidien s’appuie d’abord sur une routine de recharge nocturne ou stationnaire.

L’autre obstacle qui empêche les ventes des véhicules électriques à passer à la vitesse supérieure concerne l’absence d’un service après-vente et le déficit de compétences spécialisées dans la maintenance. Passer du moteur thermique au bloc électrique exige une transformation radicale des compétences. La mécanique traditionnelle cède ici la place à la mécatronique de haute tension, à la gestion électronique avancée et à la manipulation de systèmes de stockage d’énergie complexes. Actuellement, en dehors des ateliers officiels de quelques concessionnaires pionniers, les mécaniciens indépendants et les centres d’entretien de quartier sont totalement dépourvus des formations et des outillages de sécurité requis. En cas de panne complexe ou de sinistre sur le circuit électrique du véhicule, le consommateur se retrouve face à un vide technique inquiétant.

Ce n’est qu’en éliminant ces angles morts qu’on pourrait faire des véhicules hybrides et électriques les rois de la route de demain. 

Walid KHEFIFI

 

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Migration clandestine vers l’Italie : les raisons d’une chute spectaculaire des départs depuis la Tunisie

La situation de la migration clandestine (ou irrégulière) entre la Tunisie et l’Italie est en train de connaître un tournant majeur en 2026, marqué par une chute spectaculaire des traversées depuis les côtes tunisiennes. Cette dynamique en recul n’est pas fortuite puisqu’elle résulte, avant tout, du renforcement drastique des contrôles sécuritaires et géopolitiques dans la région, aussi bien en Tunisie qu’en Italie.

En se fiant aux données et chiffres récents publiés par les autorités compétentes dans les deux pays, le nombre de prétendants à la migration clandestine est en nette baisse. Ces données officielles compilées en octobre 2026 confirment une tendance amorcée dès 2025. Une chute de plus de 56% des arrivées globales de migrants sur les côtes italiennes au cours des dix premiers mois de 2026. Cette baisse atteint même des proportions historiques de près de 80% pour la seule route tunisienne par rapport aux années records (comme 2023).

L’Algérie donne l’impression de prendre la relève puisqu’elle est en train de supplanter la Tunisie comme point de départ principal au Maghreb, tandis que la Libye a repris la tête des départs de la route de la Méditerranée centrale.

C’est dire que derrière cette baisse globale, les flux migratoires en provenance du Maghreb connaissent des évolutions contrastées : les départs depuis la Tunisie poursuivent leur recul, tandis que ceux en provenance d’Algérie affichent une progression notable.

Cette évolution intervient dans un contexte de durcissement de la politique migratoire de l’Union européenne, marqué notamment par l’accélération des expulsions, le renforcement des contrôles aux frontières et le projet de mise en place de centres de retour dans des pays tiers.

Une forte tendance à la baisse

Selon les chiffres arrêtés au 15 octobre de chaque année et relayés par l’ancien député Majdi Karbai, l’Italie a enregistré 24.092 arrivées de migrants au cours des dix premiers mois de 2026, contre 54.965 durant la même période de 2025 et 54.129 en 2024. Cette baisse de 56,2% sur un an ramène les arrivées à leur niveau le plus bas sur la période considérée depuis 2024.

Le Bangladesh reste le principal pays d’origine des migrants arrivés sur les côtes italiennes, malgré une forte diminution des flux. Le nombre de ressortissants bangladais recensés est ainsi passé de 16.175 en 2025 à 5.794 en 2026.

Toutefois, c’est la recomposition des flux migratoires en provenance d’Afrique du Nord qui retient particulièrement l’attention. Alors que les arrivées depuis la Tunisie poursuivent leur baisse, celles en provenance d’Algérie progressent sensiblement, témoignant d’une évolution des routes migratoires empruntées pour rejoindre la péninsule italienne.

D’après les données présentées par Majdi Karbai, la Tunisie occupait la troisième place parmi les pays d’origine en 2024, avec 7.158 arrivées, soit près de 13% du total. Sa position s’est ensuite dégradée en 2025, année durant laquelle elle est passée à la huitième place avec 1.519 arrivées. Au cours des dix premiers mois de 2026, 1.275 arrivées en provenance de Tunisie ont été recensées.

En deux ans, le nombre d’arrivées depuis la Tunisie a ainsi chuté de 82,2%. Cette baisse confirme le recul marqué de cette route migratoire, longtemps considérée comme l’un des principaux axes de départ vers les côtes italiennes.

Les raisons d’un coup d’arrêt forcé

Le tarissement des flux s’explique principalement par la mise en application des accords passés entre le gouvernement italien de Giorgia Meloni, l’Union européenne et les autorités tunisiennes. Des accords qui ont permis de passer à la vitesse supérieure en termes de contrôle plus serré avec l’entrée en vigueur des actions suivantes :

*externalisation des contrôles : la Garde nationale tunisienne a intensifié ses opérations maritimes et terrestres, bloquant des dizaines de milliers de départs directement depuis ses plages (comme à Sfax, Mahdia ou Kélibia) ; *démantèlement des camps des migrants subsahariens : les autorités tunisiennes ont mené de vastes opérations d’évacuation des camps de fortune (notamment dans la région d’El-Amra), 

*durcissement des règles de retour : le 1er octobre 2026, le Conseil de l’UE a validé de nouvelles directives facilitant le renvoi des personnes sans droit de séjour, ouvrant la voie à la création de «centres de retour» hors-UE, une pratique discutable que la Tunisie cherche toujours à assouplir.

Et si la «harga» touche encore les jeunes Tunisiens qui rêvent toujours d’améliorer leur situation sociale, la majorité des personnes bloquées en Tunisie ou arrivant en Italie par cette route sont originaires d’Afrique subsaharienne (Guinée, Côte d’Ivoire, Mali, Soudan) et d’Asie du Sud (Bangladesh, Pakistan).

D’autres facteurs ont également contribué à cette chute, principalement la coopération entre les autorités tunisiennes et l’Organisation internationale des migrations (OIM), le bras de l’ONU qui organise des «retours volontaires» des migrants vers leur pays d’origine. Grâce à ce travail en commun, ils sont plus de cinq mille migrants sahariens à rentrer dans leurs pays d’origine alors qu’ils planifiaient de rejoindre clandestinement les côtes italiennes.

Parallèlement à ces mesures de plus en plus serrées pour freiner la migration clandestine, l’Italie et la Tunisie tentent de promouvoir des canaux régulés. Le mécanisme italien du «Décret Flussi» organise le recrutement de milliers de travailleurs tunisiens qualifiés (notamment dans l’agriculture et le BTP), bien que les lourdeurs bureaucratiques européennes continuent de pousser certains candidats vers la clandestinité.

Kamel ZAIEM

 

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Comment faire évoluer l’exercice du pharmacien pour apporter davantage au patient ?

Les journées  Pharmaceutiques du CROPA organisées le week end dernier à Korba , qui en sont aujourd’hui à leur 12e édition, constituent un rendez-vous régulier réunissant pharmaciens, universitaires, professionnels de santé et experts autour de problématiques directement liées à la pratique quotidienne et aux transformations de la profession.Dans ce cadre, Dr Yosri Guiras,ancien Président du Conseil Régional de l’Ordre des Pharmaciens de l’Ariana a animé une table ronde intitulée :« Faire évoluer l’officine : clinique, outils numériques, initiatives de terrain »  où comment faire évoluer notre exercice pour apporter davantage au patient ?L’officine est aujourd’hui devenue une véritable petite entreprise. Le pharmacien doit gérer les stocks, les commandes, les ruptures, les tiers payants, l’administratif, les équipes et de nombreuses autres contraintes. Toutes ces missions sont nécessaires, mais elles peuvent progressivement l’éloigner de ce qui constitue l’une de ses principales valeurs ajoutées : la relation avec le patient.

« Notre métier ne peut pas se limiter à : « Donnez-moi votre ordonnance… voici vos médicaments. » Entre ces deux phrases doivent pouvoir trouver leur place une question, une explication, un conseil, la détection d’un problème ou la correction d’une mauvaise utilisation d’un traitement.Cette évolution est d’autant plus importante que, dans de nombreux pays, le métier de pharmacien d’officine s’est considérablement transformé ces dernières années. La pharmacie clinique est progressivement entrée dans l’officine à travers des missions clairement définies : entretiens pharmaceutiques, bilans de médication, accompagnement des patients chroniques, vaccination, dépistage ou encore suivi de l’observance. Dans plusieurs systèmes de santé, ces nouvelles missions sont encadrées par des textes et accompagnées d’une rémunération spécifique du pharmacien pour le service rendu au patient.En Tunisie, cette évolution du cadre réglementaire et du modèle de rémunération reste encore à construire. Les pharmaciens d’officine essaient néanmoins de faire évoluer leur pratique avec les moyens dont ils disposent, en développant des initiatives de terrain et en consacrant davantage de temps au conseil et à l’accompagnement du patient, sans qu’il existe encore de véritable cadre réglementaire pour ces nouvelles missions ni d’honoraires spécifiques permettant de reconnaître le temps et l’expertise qui leur sont consacrés.

C’était aussi l’un des messages de cette table ronde en attendant les évolutions réglementaires nécessaires, la profession ne doit pas rester immobile. Il est possible de commencer à faire évoluer nos pratiques, parfois par des actions simples, tout en souhaitant qu’à terme ces nouvelles missions soient officiellement reconnues, organisées et valorisées.

L’éducation thérapeutique du patient

La table ronde a ainsi exploré plusieurs pistes complémentaires.Pr Fatma Sellami, Professeur Agrégée en Pharmacie Clinique, responsable de l’unité de pharmacie clinique à l’Hôpital Charles Nicolle de Tunis et Secrétaire Générale de la STPC, a montré comment l’éducation thérapeutique et la pharmacie clinique peuvent trouver une traduction concrète à l’officine, notamment à travers des interventions courtes et structurées intégrées à la dispensation.Dr Sarah Ben Hmida, pharmacienne d’officine et Présidente d’IPCRG Tunisia, a présenté l’expérience Asthma Right Care, avec des outils permettant au pharmacien de mieux accompagner le patient asthmatique, d’interroger son utilisation des traitements et de vérifier notamment la bonne utilisation des dispositifs d’inhalation.Dr Olfa Sellami, pharmacienne d’officine et ancienne Présidente du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens de Sfax, Sidi Bouzid et Kasserine, a partagé une initiative directement issue du terrain : la réalisation de fiches-conseils destinées aux patients pour mieux les informer et les accompagner dans différentes situations courantes.

Dr Rym Ben Ayed, pharmacienne, consultante et dirigeante de RySolve Healthcare Consulting, certifiée en intelligence artificielle, a présenté les possibilités offertes par l’intelligence artificielle générative à l’officine, mais également les précautions, les règles de confidentialité, les limites de ces outils et la nécessité absolue de conserver la validation du pharmacien.Ces quatre approches, différentes mais complémentaires, ont finalement convergé vers une même idée : faire évoluer l’officine ne signifie pas nécessairement tout révolutionner. Cela peut commencer par des changements simples dans notre manière de délivrer, d’interroger, de conseiller et d’accompagner nos patients, mais aussi par une meilleure utilisation des nouveaux outils à notre disposition. Le fil conducteur que le modérateur Yosri Guiras a  souhaité donner à l’ensemble de la séance peut d’ailleurs se résumer par cette question :« Qu’est-ce que je peux changer, dès lundi matin, dans mon officine, pour apporter davantage à mon patient ? »C’est probablement là que réside l’enjeu essentiel : redonner de la valeur à la dispensation et remettre le pharmacien là où il apporte le plus de valeur, auprès de son patient ».

 

Kamel Bouaouina

 

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Les médicaments falsifiés et contrefaits en Tunisie, une menace majeure pour la santé !

Le marché des médicaments contrefaits est un danger mondial qui n’épargne pas la Tunisie. Ces produits illicites, souvent inefficaces et même dangereux, mettent en péril la santé des patients et touchent à la confiance dans les systèmes de santé. Ce phénomène prend beaucoup d’ampleur malgré les efforts continus des autorités pour le contrer. Les médicaments falsifiés et contrefaits constituent une crise silencieuse et l’une des plus graves menaces sanitaires et économiques mondiales.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 1 médicament sur 10 circulant dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires est de qualité inférieure ou falsifié, une proportion qui atteint près de 50 % pour les produits achetés sur des pharmacies en ligne non réglementées.La Tunisie, porte d’entrée de l’Afrique et en raison de sa proximité avec l’Europe, est particulièrement vulnérable au trafic de médicaments contrefaits. Bien que des efforts considérables aient été déployés pour renforcer la régulation du marché pharmaceutique, les médicaments contrefaits continuent d’infiltrer les circuits de distribution, notamment dans les zones rurales et les marchés informels (marchés noirs).Les médicaments contrefaits sont souvent produits dans des conditions non hygiéniques et non conformes aux normes sanitaires. Ils sont généralement vendus à des prix plus bas, ce qui attire les populations vulnérables à la recherche de traitements abordables. Cependant, ces produits présentent des risques élevés, car ils peuvent être expirés, contenir des ingrédients inactifs, incorrects ou même toxiques, ce qui entraîne des conséquences graves parfois même fatales sur les patients.

Le commerce parallèle de médicaments 

S’il est impossible d’évaluer avec précision l’ampleur du marché clandestin en raison de sa nature occulte, plusieurs indicateurs témoignent d’une évolution préoccupante. Bien qu’il soit difficile d’évaluer avec précision l’ampleur de ce phénomène en raison de son caractère clandestin, les informations recueillies à travers les opérations de contrôle et les signalements des différents partenaires institutionnels montrent que ce trafic tend à se diversifier, notamment à travers le recours croissant aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux

L’Agence observe ainsi une mutation des modes opératoires des trafiquants. Les médicaments et produits de santé illicites ne transitent plus uniquement par les réseaux traditionnels de contrebande. Les réseaux sociaux, les applications de messagerie et les plateformes de commerce électronique sont devenus de véritables vitrines commerciales où les vendeurs promettent des résultats rapides tout en échappant, dans certains cas, aux contrôles.Cette évolution est loin d’être propre en Tunisie. L’Agence nationale du médicament et des produits de Santé (ANMPS) rappelle qu’elle s’inscrit dans une tendance mondiale. Les organisations criminelles exploitent de plus en plus les outils numériques pour commercialiser des médicaments non autorisés, falsifiés ou de provenance inconnue, ne présentant aucune garantie de qualité, de sécurité ou d’efficacité.À l’occasion des 12 Journées Pharmaceutiques du Conseil Régional de l’Ordre des Pharmaciens de l’Ariana (CROPA),

Mehdi Dridi, ancien PDG de la Pharmacie Centrale de Tunisie, est intervenu pour modérer une session scientifique consacrée à la problématique des médicaments de qualité inférieure (substandards) et des médicaments contrefaits / falsifiés. Les échanges avec l’assistance ont porté sur la recrudescence de la circulation de médicaments contrefaits et non conformes aux normes internationales de fabrication, un phénomène qui menace la santé publique et la sécurité sanitaire régionale.L’accent a été mis sur la nécessité d’un contrôle rigoureux de la chaîne d’approvisionnement et sur le rôle central du pharmacien dans la traçabilité et le signalement des produits suspects.La session a souligné l’importance du renforcement du cadre réglementaire et de la collaboration entre les organismes de santé, la Pharmacie Centrale et les pharmaciens d’officine et d’hôpitaux pour garantir la qualité des produits dispensés aux patients.

Dr Sarah Zerei, Assistante hospitalo-universitaire en pharmacologie et cadre supérieur au sein de l’ANMPS (Agence Nationale du Médicament et des Produits de Santé). a indiqué  que « tous les continents sont touchés par la falsification de médicaments . Aucun médicament n’est épargné. .15% des médicaments vendus dans le monde sont falsifiés dont 50% en Afrique et en Asie. Les codes –barres peuvent être copiés et dupliqués sur des emballages  falsifiés. Certains réseaux criminels utilisent l’IA  pour reproduire les emballages authentiques avec une précision redoutable.. L’infrastructure de sérialisation complète  reste très coûteuse pour les PME pharmaceutiques. Les réseaux sociaux, nouveau terrain de jeu des trafiquants«Facebook», «Instagram», «TikTok», «WhatsApp» ou encore certaines plateformes de commerce électronique sont devenus des canaux privilégiés pour la vente illicite de médicaments. Les réseaux sociaux, les applications de messagerie, les sites de commerce électronique et certaines plateformes numériques sont aujourd’hui de plus en plus utilisés pour proposer et vendre des médicaments et produits de santé en dehors des circuits légalement autorisés. Face à ces limites, le rôle de l’ANMPS est important dans la prévention, la détection et la lutte contre les produits sous-standards et falsifiés, ainsi que les évolutions de l’horizon réglementaire tunisien dans ce domaine ».

La santé en danger

Les conséquences de l’utilisation de médicaments contrefaits sont graves. Non seulement ces produits sont inefficaces, mais ils peuvent également causer des effets secondaires nocifs ou mortels. Par exemple, l’utilisation de médicaments contrefaits pour traiter des infections graves peut entraîner des résistances aux antibiotiques, aggravant ainsi le problème de la résistance microbienne.De plus, la présence de ces produits sur le marché  mine la confiance des patients envers le système de santé. Les pharmaciens, souvent le premier contact du patient, se retrouvent dans une position délicate où ils doivent vérifier méticuleusement l’authenticité des médicaments qu’ils vendent tout en rassurant leurs patients.

Les annonces publiées sur Internet mettent souvent en avant des produits présentés comme des solutions rapides pour prendre du poids, maigrir, développer sa masse musculaire, améliorer les performances physiques ou traiter diverses affections.Le problème est que ces produits échappent totalement au circuit pharmaceutique réglementé. Les opérations de saisie relèvent principalement de la police judiciaire, des services des Douanes et des autorités judiciaires.

Le principal danger réside dans l’absence de garanties entourant ces médicaments. Leur circulation en dehors des circuits officiels favorise la présence de médicaments falsifiés, contrefaits ou de qualité non garantie, susceptibles de contenir des substances dangereuses, des dosages incorrects ou même ,des principes actifs sous-dosés, inexistants (remplacés par de la farine, du plâtre ou de la craie), ou toxiques (ex. antigel, peinture au plomb, solvants).L’OMS et l’ONUDC estiment que les faux antipaludiques et antibiotiques sont responsables de la mort de plus de 100 000 à 500 000 personnes par an (notamment des jeunes enfants touchés par le paludisme ou des pneumonies sévères en Afrique subsaharienne). L’échec répété d’un traitement contrefait détruit la confiance des patients envers le système de santé formel, la vaccination et le personnel médical.Les conséquences peuvent être multiples : absence d’efficacité thérapeutique, aggravation de la maladie, retard de prise en charge ou apparition d’effets indésirables parfois sévères. À cela s’ajoutent les conditions de transport et de stockage. La rupture de la chaîne du froid, l’exposition à une chaleur excessive, à l’humidité ou à la lumière peuvent altérer la stabilité des médicaments et réduire leur efficacité. Dans certains cas, cette dégradation peut même entraîner la formation de substances potentiellement toxiques.

 Une mobilisation coordonnée contre les circuits illicites

En Tunisie, la lutte contre les médicaments falsifiés et les circuits illégaux de distribution constitue un enjeu majeur de santé publique et de sécurité nationale. Face à la montée du commerce informel, du marché noir et des ventes non régulées sur internet ou les réseaux sociaux, les autorités tunisiennes ont renforcé leur coordination interinstitutionnelle.Mettre fin aux ventes illégales de médicaments est une priorité pour éviter les risques pour les consommateurs et assurer que chaque médicament soit prescrit et délivré de manière sécurisé.Pour contrer ces réseaux informels, la Tunisie s’appuie sur une stratégie multi-acteurs avec le renforcement de la  traçabilité se renforce et le déploiement de dispositifs de contrôle automatisés et de suivi des lots (de la fabrication/importation jusqu’à la dispensation en pharmacie) pour garantir l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement.

Sarra Zerei  a également abordé les perspectives de renforcement du système de contrôle et de surveillance, notamment à travers une meilleure coordination entre les différents acteurs concernés, précisant que l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANMPS) a mis en place d’un dispositif officiel permettant aux citoyens et aux professionnels de signaler les médicaments et les produits de santé suspects ou contrefaits présentant un emballage inhabituel, un aspect anormal, des effets inattendus après utilisation, ou ceux vendus en dehors des circuits officiels ou à des prix suspects.Deux catégories sont concernées, en l’occurrence les produits non conformes aux normes, notamment des médicaments autorisés mais ne respectant pas les exigences de qualité, et les produits falsifiés ou contrefaits.Les signalements peuvent être effectués via un formulaire électronique sur le site officiel de l’Agence, par e-mail à l’adresse dpm@rns.tn ou par dépôt d’un dossier auprès du bureau d’ordre du ministère de la SantéLes signalements peuvent être anonymes et la confidentialité des données est garantie.L’Agence invite les citoyens à fournir, dans la mesure du possible, le nom du produit, son dosage, son numéro de lot, sa date d’expiration et des photos de l’emballage.Une attention particulière a été accordée aux opportunités offertes par l’intelligence artificielle (IA), notamment pour renforcer la détection des anomalies, l’analyse des données, la surveillance du marché et l’identification précoce des risques liés aux produits sous-standard et falsifiés. Ceci sans oublier les campagnes d’information incitant les citoyens à s’approvisionner exclusivement auprès du réseau officiel des pharmacies d’officine et des structures de santé publiques/privées agréées.

Dr Thouraya Ennaifer, secrétaire générale du Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens de Tunisie (CNOPT), a émis de fermes alertes concernant l’introduction et la prolifération de médicaments contrefaits et issus de circuits parallèles en Tunisie.  Elle a fermement mis en garde contre l’achat de produits de santé sur internet. De nombreux médicaments falsifiés ou non autorisés circulent activement sur les réseaux sociaux en échappant à tout contrôle réglementaire. Ces médicaments entrent illégalement sur le territoire national sans passer par la Pharmacie Centrale de Tunisie. Ils ne subissent donc aucun test de conformité ou de sécurité sanitaire. Le CNOPT rappelle régulièrement que la consommation de ces traitements d’origine inconnue présente des risques mortels ou d’inefficacité thérapeutique grave en raison de dosages incorrects ou de substances toxiques.Elle réaffirme de manière constante que les seules sources d’approvisionnement fiables et totalement sécurisées restent les officines de pharmacie légales et les structures hospitalières agréée

                                            Kamel Bouaouina

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Santé mentale : pourquoi les Tunisiens vivent-ils sous une pression permanente ?

Entre difficultés économiques, exigences professionnelles, responsabilités familiales et incertitudes face à l’avenir, le stress semble occuper une place grandissante dans le quotidien des Tunisiens. Ce qui pouvait autrefois être considéré comme une réaction passagère à une situation difficile tend, pour certaines personnes, à devenir un état presque permanent. Irritabilité, fatigue persistante, troubles du sommeil, difficultés de concentration ou encore tensions musculaires constituent autant de manifestations d’un mal-être qui peut progressivement affecter la qualité de vie. Derrière ces symptômes, souvent banalisés, se pose une véritable question de santé publique : dans quelle mesure les conditions de vie actuelles favorisent-elles l’installation d’un stress chronique au sein de la société tunisienne ?

La pression économique constitue incontestablement l’un des facteurs susceptibles d’alimenter ce phénomène. Pour de nombreux ménages, la gestion du budget familial représente une préoccupation quotidienne. Les dépenses alimentaires, les frais de transport, les charges liées au logement, à la santé ou encore à la scolarité des enfants imposent des arbitrages parfois difficiles. Cette nécessité de calculer constamment ses dépenses peut entretenir un sentiment d’insécurité financière, même chez des personnes disposant d’un revenu régulier. A cette dimension matérielle s’ajoute une charge mentale souvent invisible. Anticiper les dépenses, organiser la vie familiale, répondre aux obligations professionnelles et gérer les imprévus mobilisent une énergie psychologique considérable. Lorsque ces préoccupations s’accumulent sans véritables périodes de récupération, l’organisme peut rester dans un état d’alerte prolongé.

Quand les préoccupations quotidiennes deviennent une source d’épuisement

Le stress constitue, à l’origine, une réaction naturelle de l’organisme face à une difficulté ou à une menace. Il permet de mobiliser rapidement les ressources nécessaires pour faire face à une situation exigeante. Toutefois, lorsque cette réaction se prolonge dans le temps, elle peut perdre son caractère protecteur et devenir préjudiciable à la santé. Sur le plan physiologique, le stress active notamment des mécanismes hormonaux impliquant le cortisol et l’adrénaline. Si ces réactions sont utiles ponctuellement, leur sollicitation répétée peut perturber plusieurs fonctions de l’organisme. Des troubles digestifs, des maux de tête, des tensions musculaires, une fatigue persistante ou des difficultés d’endormissement peuvent ainsi apparaître ou s’aggraver.

Le monde professionnel représente également une source importante de pression. Entre objectifs à atteindre, exigences de productivité, instabilité de certains emplois et difficultés à concilier vie privée et vie professionnelle, les salariés peuvent éprouver le sentiment de ne jamais disposer de suffisamment de temps pour récupérer. Les personnes sans emploi ne sont pas épargnées. La recherche prolongée d’un travail, les incertitudes financières et le sentiment de ne pas pouvoir construire sereinement son avenir peuvent favoriser l’anxiété et la perte de confiance en soi. Chez les jeunes diplômés, notamment, le décalage entre les aspirations personnelles et les possibilités d’insertion professionnelle peut constituer une source supplémentaire de souffrance psychologique.

Les femmes peuvent, quant à elles, être confrontées à une accumulation de responsabilités lorsque l’activité professionnelle s’ajoute à une part importante des tâches domestiques et familiales. Cette charge mentale, parfois insuffisamment reconnue, peut contribuer à un épuisement progressif. Il serait néanmoins réducteur d’attribuer le stress uniquement aux difficultés économiques ou professionnelles. Les tensions relationnelles, les problèmes de santé, les responsabilités envers les proches et les événements personnels jouent également un rôle important. Chaque individu possède par ailleurs une sensibilité différente face aux situations stressantes, ce qui explique que leurs conséquences puissent varier considérablement d’une personne à l’autre.

Une souffrance psychologique encore trop souvent banalisée

L’une des principales difficultés réside dans la tendance à considérer le stress comme une composante inévitable de la vie moderne. Beaucoup de personnes finissent par s’habituer à vivre dans un état de tension permanent, sans nécessairement identifier les signaux envoyés par leur organisme. Le manque de sommeil, les réveils nocturnes, les palpitations, les douleurs musculaires ou les difficultés de concentration peuvent être attribués à une simple fatigue. Pourtant, lorsque ces manifestations deviennent fréquentes, elles méritent une attention particulière et, si nécessaire, une évaluation médicale.

Le stress chronique peut également favoriser ou aggraver certains problèmes de santé, notamment l’hypertension artérielle, les troubles anxieux et les symptômes dépressifs. Il peut aussi influencer les comportements quotidiens, en encourageant une alimentation déséquilibrée, une consommation excessive de stimulants ou une diminution de l’activité physique. Un autre obstacle concerne le regard porté sur la santé mentale. Malgré une évolution progressive des mentalités, consulter un psychologue ou un psychiatre peut encore susciter des réticences. Certaines personnes craignent d’être jugées, tandis que d’autres estiment devoir surmonter seules leurs difficultés.

Cette banalisation peut retarder la prise en charge et favoriser l’aggravation des symptômes. Or, reconnaître une souffrance psychologique ne signifie pas nécessairement souffrir d’un trouble psychiatrique. Il s’agit avant tout d’identifier une situation qui affecte le bien-être et qui peut nécessiter un accompagnement adapté. L’accès aux soins représente également un enjeu important. Le coût des consultations, la disponibilité des professionnels et les disparités territoriales peuvent compliquer le recours à un suivi psychologique régulier, particulièrement pour les personnes disposant de ressources limitées.

Faire de la prévention une priorité de santé publique

Face à ces difficultés, la prévention du stress ne peut reposer uniquement sur la responsabilité individuelle. Certes, l’activité physique régulière, un sommeil suffisant, une alimentation équilibrée et des moments de détente contribuent à améliorer la capacité de l’organisme à faire face aux tensions quotidiennes. Les techniques de relaxation, les exercices respiratoires ou encore le maintien de relations sociales de qualité peuvent également jouer un rôle bénéfique. Cependant, ces mesures restent parfois insuffisantes lorsque les principales sources de stress sont directement liées aux conditions de vie. Il apparaît donc nécessaire d’intégrer davantage la santé mentale dans les politiques de prévention, mais également dans les environnements professionnels, scolaires et universitaires.

La sensibilisation pourrait notamment permettre de mieux distinguer le stress ponctuel, qui fait partie de l’existence, du stress chronique, susceptible d’entraîner des conséquences durables. Une meilleure information sur les symptômes et les possibilités de prise en charge contribuerait également à réduire les préjugés entourant les consultations psychologiques. Dans les entreprises, l’amélioration des conditions de travail, la prévention de l’épuisement professionnel et une organisation plus respectueuse des temps de repos constituent des pistes importantes. Dans les établissements scolaires, l’apprentissage de la gestion des émotions et la détection précoce des situations de détresse pourraient contribuer à renforcer la prévention dès le plus jeune âge.

En Tunisie, la question de la santé mentale mérite ainsi d’être abordée au-delà de sa seule dimension médicale. Elle renvoie aussi aux réalités économiques, aux rapports sociaux, aux conditions de travail et à la capacité des individus à envisager l’avenir avec sérénité. Si aucune donnée récente ne permet, à elle seule, d’affirmer que l’ensemble de la population tunisienne connaît une augmentation du stress chronique, la multiplication des facteurs de pression dans la vie quotidienne justifie néanmoins une attention accrue à cette problématique. Car derrière une fatigue que l’on considère parfois comme ordinaire peut se cacher une souffrance bien réelle. Et dans une société où les exigences matérielles et personnelles semblent laisser de moins en moins de place au repos, préserver la santé mentale ne devrait plus être perçu comme un luxe, mais comme une composante essentielle du bien-être individuel et collectif.

Leila SELMI

 

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Éducation et culture : le pari sur l’égalité des chances

Par Ahmed NEMLAGHI

En plaçant l’éducation au rang des composantes de la sécurité nationale, le président de la République défend une vision dans laquelle l’école, la culture et la justice sociale sont étroitement liées. Son entretien, le 8 octobre à Carthage, avec la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, et Mohamed Ali Boughdiri, secrétaire général du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement, remet au premier plan un chantier essentiel : faire du droit à l’éducation une réalité pour tous.

L’éducation ne saurait être réduite à la transmission des connaissances ni la culture cantonnée à une activité réservée à une partie de la société. C’est, en substance, le sens de l’orientation défendue par Kaïs Saïed, qui considère l’école comme un pilier de la construction nationale, de la cohésion sociale et de la préparation des générations futures. La rencontre tenue au palais de Carthage traduit cette approche : l’avenir du système éducatif se joue autant dans les programmes et les méthodes pédagogiques que dans les conditions matérielles d’apprentissage et l’accès à la culture.

En rappelant que l’éducation et l’enseignement font partie intégrante de la sécurité nationale, le chef de l’État leur attribue une portée qui dépasse le cadre scolaire. Il s’agit, dans cette perspective, de former des citoyens capables de comprendre leur environnement, d’exercer leur esprit critique et de participer à la vie collective.

Cette conception repose sur un principe : la solidité d’un pays dépend aussi de la qualité de son système éducatif, de la diffusion du savoir et de la capacité de chaque génération à acquérir les outils nécessaires à son émancipation. La sécurité nationale ne se limite donc pas à ses dimensions traditionnelles. Elle comporte également une dimension humaine, intellectuelle et sociale, dont l’éducation constitue un élément déterminant.

L’inscription du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement dans la Constitution s’inscrit dans cette orientation. Pour Kaïs Saïed, cette consécration institutionnelle traduit la place stratégique accordée à l’éducation dans le projet national. Reste toutefois à donner à cette ambition toute sa portée par des mécanismes de concertation, une vision cohérente et des réformes capables de répondre durablement aux difficultés du secteur.

 

La réussite comme corollaire de l’égalité des chances

L’un des axes majeurs rappelés par le président concerne l’instauration d’un système éducatif national garantissant l’égalité pour tous. Cette ambition renvoie à une question fondamentale : comment assurer à chaque enfant, indépendamment de son milieu social ou de son lieu de résidence, des possibilités comparables d’apprentissage et de réussite ?

L’égalité devant l’éducation ne se résume pas à l’ouverture des portes de l’école. Elle suppose que les élèves disposent de conditions leur permettant de suivre leur scolarité, de développer leurs capacités et de poursuivre leurs études sans être pénalisés par leur situation familiale ou territoriale.

C’est dans ce contexte que prend tout son sens l’appel présidentiel à inculquer, dès la première année du primaire, les principes de liberté, d’émancipation et de justice sociale. L’école est appelée à transmettre des savoirs, mais également à former des citoyens conscients de leurs droits, de leurs responsabilités et de leur place dans la collectivité.

Cette orientation implique de dépasser une conception purement administrative de la démocratisation de l’enseignement. L’enjeu n’est pas seulement de permettre l’accès à l’école, mais de réunir les conditions d’une véritable égalité des chances tout au long du parcours scolaire.

 

Les conditions matérielles, un préalable à la réussite

Le président de la République a également insisté sur la nécessité d’assurer aux élèves le transport, la restauration, l’hébergement dans les internats, les vêtements et les fournitures scolaires, en coordination avec les structures concernées. Ces besoins concrets constituent un volet essentiel de la politique éducative.

Pour les familles confrontées à des difficultés économiques, le coût indirect de la scolarité peut représenter un obstacle important. Les déplacements, les repas et le matériel nécessaire à l’apprentissage pèsent sur les budgets domestiques et peuvent accentuer les inégalités entre élèves.

En mettant ces questions en avant, Kaïs Saïed associe la justice sociale à des réponses qui touchent directement la vie quotidienne des familles. L’objectif affiché est de faire en sorte que les conditions économiques ne déterminent pas, à elles seules, les possibilités de réussite d’un enfant.

Mais cette orientation appelle une mise en œuvre rigoureuse. La disponibilité du transport scolaire, la qualité de la restauration, la capacité d’accueil des internats et l’accès effectif aux fournitures doivent se traduire par des mesures concrètes, suivies et évaluées. C’est à cette échelle que l’ambition de l’égalité des chances pourra être appréciée.

 

La culture, un prolongement naturel de l’école

La place accordée aux clubs culturels dans les établissements scolaires constitue un autre volet significatif de cette vision. En appelant à leur création dans les différentes institutions éducatives, le chef de l’État souligne que l’éducation ne se limite pas aux enseignements dispensés en classe.

La pratique culturelle contribue à l’éveil intellectuel, à la créativité, à l’expression personnelle et à la découverte du patrimoine. Elle peut également favoriser la confiance en soi, le dialogue et le respect des différences. Théâtre, lecture, musique, arts plastiques ou activités patrimoniales offrent autant de possibilités de compléter les apprentissages scolaires.

Le rapprochement entre les secteurs de l’éducation et de la culture prend ici tout son sens. La présence de la ministre des Affaires culturelles à cette rencontre illustre l’importance d’une approche transversale dans laquelle les activités culturelles peuvent accompagner la formation des jeunes et élargir leur accès au savoir.

Pour produire des effets durables, cette ambition nécessite toutefois des moyens, des espaces adaptés, un encadrement compétent et une programmation accessible à tous les élèves. Les clubs culturels ne doivent pas rester une simple annonce, ils sont appelés à devenir des lieux vivants d’apprentissage et de participation.

 

De l’orientation politique aux résultats concrets

En revenant sur les précédentes tentatives de réforme du système éducatif, Kaïs Saïed a exprimé des réserves sur leur portée et leurs motivations. Cette appréciation traduit sa volonté affichée de rompre avec des réformes qu’il juge insuffisantes et de privilégier une transformation plus profonde du système national.

Toutefois, la réussite d’une politique éducative ne se mesure pas uniquement à ses principes ou à ses intentions. Elle dépend aussi de la continuité des décisions, de la mobilisation des ressources, de la coordination entre les institutions et de la capacité à associer les acteurs de terrain à la recherche de solutions.

L’enjeu est donc de faire converger les objectifs éducatifs, les politiques sociales et l’action culturelle autour d’une même exigence : offrir à chaque enfant les moyens d’apprendre, de s’épanouir et de construire son avenir.

La rencontre de Carthage remet ainsi en lumière les grandes lignes d’une vision qui lie souveraineté nationale, justice sociale et formation des générations futures. Sa portée dépendra désormais de la traduction de ces orientations en programmes accessibles, en services effectifs et en améliorations mesurables pour les élèves et leurs familles.

Faire de l’éducation un pilier de la sécurité nationale et de la culture un instrument d’émancipation constitue une ambition de long terme. Le véritable défi consiste à transformer ces principes en une égalité des chances vécue au quotidien, dans chaque école et pour chaque élève.

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Comportements à risque : agir en milieu scolaire

La prévention des comportements à risque en milieu scolaire repose sur une approche globale associant l’école, les familles et les partenaires institutionnels pour instaurer un climat bienveillant et sécurisé. L’objectif est  d’apprendre aux élèves à identifier et à gérer leurs émotions, favoriser l’empathie, la communication non violente et la résolution pacifique des conflits, par exemple via des cours d’empathie dès l’école primaire, créer des espaces de parole et d’écoute (heures de vie de classe, forums de sensibilisation, journées dédiées) et instaurer des programmes de soutien positif pour valoriser les bons comportements et désamorcer les tensions.

C’est dans ce cadre que le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Seniors a organisé une belle action intitulée  «Une heure de prévention» de manière simultanée et unifiée dans les différentes régions. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’approche nationale participative visant à prévenir les comportements à risque, en coordination avec les délégations régionales chargées des affaires de la femme et de la famille ainsi que divers partenaires (ministères, organismes publics et associations concernées). Cet événement offrira un espace de rencontre pour les familles et les élèves, favorisant l’écoute, l’accompagnement, le conseil et la sensibilisation, dans le but d’une prévention participative contre les phénomènes et comportements à risque.

Une heure de prévention dans nos écoles

Plusieurs élèves sont exposés à des risques qui peuvent affecter leur santé, leur bien-être et leur réussite éducative. Ces conduites à risque altèrent le bien-être physique et mental et ont des répercussions sur les relations avec autrui : isolement social, violences, conflits, marginalisation… Sur le plan académique, le parcours scolaire et les résultats peuvent être affectés. Comprendre quels sont les facteurs qui influencent les comportements à risque va permettre d’agir de façon cohérente sur un ensemble de déterminants communs. Prédisposants ou protecteurs, ces facteurs vont accroître ou au contraire prévenir la vulnérabilité des enfants ou des jeunes face à ces conduites. Il peut s’agir de caractéristiques personnelles telles que la capacité à faire face aux événements, à nouer des relations. C’est aussi l’environnement proche, comme la qualité des relations au sein de la famille ou les relations avec les pairs. C’est également l’environnement social, en particulier l’école, son mode d’organisation et les valeurs sociales qu’elle défend et véhicule. La prévention en milieu scolaire regroupe l’ensemble des mesures et actions visant à protéger les élèves et le personnel éducatif contre les risques liés à la vie scolaire. C’est dans ce cadre que des séances de prévention des comportements à risque en milieu scolaire reposent sur plusieurs axes éducatifs, partenariaux et pratiques ont été animées hier  par les enseignants et des psychologues à Tunis, Ben Arous, La Manouba, Bizerte, Siliana, Zaghouan, Béja, Nabeul, Sousse, Monastir, Mahdia, Sfax, Kairouan, Sidi Bouzid, Gabès, Gafsa, Tozeur et Tataouine en vue d’apprendre aux élèves à gérer leurs émotions, à résister à la pression des pairs et à renforcer leur esprit critique tout en les sensibilisant aux dangers du numérique, des addictions, des réseaux sociaux et des cyberviolences.  L’école est le lieu par excellence d’ancrage des programmes de promotion de la santé et de prévention des conduites à risque. Ces initiatives de prévention dans nos écoles  permettent aux enfants d’acquérir des compétences favorables à la santé (développement de compétences sociales, émotionnelles et cognitives) en utilisant des méthodes interactives s’inscrivant dans la durée. Ils favorisent la création d’un environnement propice à leur mise en pratique. Ces comportements, qui sont des facteurs de protection vis-à-vis des comportements à risque, sont aussi des vecteurs de réussite à l’école. Les parents ont un rôle à jouer : sensibiliser leurs enfants  aux comportements à risque et  accompagner le développement de leurs enfants, tout en assurant leur sécurité. Il est crucial de consulter un professionnel de la santé mentale lorsqu’un adolescent affiche de manière répétée des comportements préoccupants ou dangereux si les  tentatives pour l’encourager à une conduite plus saine demeurent inefficaces. La prévention des conduites à risque peut commencer dès l’enfance par l’éducation, la communication ouverte et la promotion de comportements sains. Elle s’effectue à la maison et à l’école.

Kamel BOUAOUINA

 

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