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Programme « Raidet » : ouverture des candidatures du 5 septembre au 5 octobre 2026

Le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a rappelé ce vendredi l’ouverture des candidatures du 5 septembre courant au 5

octobre prochain, à l’intention des femmes et des jeunes filles ayant des idées de projets et souhaitant créer ou développer leur projet dans le cadre du programme national pour l’entrepreneuriat féminin et l’investissement « Raidet » 2026.

Le ministère de la Famille a ajouté dans un communiqué que la candidature doit obligatoirement se faire par le biais d’une inscription et du dépôt d’un dossier complet via la plateforme numérique du programme national pour l’entrepreneuriat féminin et l’investissement www.raidet.tn, le dossier et les documents requis devant être déposés conformément aux procédures approuvées.

Le programme s’adresse aux femmes et aux jeunes filles souhaitant lancer de nouveaux projets ou développer des projets existants, dans le cadre de la plateforme « Raidet » dédié au soutien de l’entrepreneuriat féminin et de l’investissement.

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Tunisie : Dans sept gouvernorats, seules 18 % des femmes ont un compte bancaire

L’accès aux services financiers reste très inégal en Tunisie. Dans sept gouvernorats du Centre et du Sud, seules 18 % des femmes interrogées disposent d’un compte bancaire, tandis que ces territoires ne concentrent que 12 % du réseau bancaire national.

Ces chiffres ressortent d’une étude publiée le 22 septembre 2026 par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l’Observatoire de l’inclusion financière (OIF), consacrée à l’inclusion financière des femmes et des jeunes.

L’étude porte sur Kairouan, Gabès, Médenine, Tataouine, Gafsa, Tozeur et Kébili. Elle analyse à la fois l’offre de services financiers et les comportements des populations, notamment en matière d’accessibilité, de coût, de connaissance des produits et de confiance envers les institutions.

Il convient toutefois de distinguer bancarisation et accès plus large aux services financiers : 41 % des femmes interrogées disposent d’un compte auprès d’une institution financière formelle. Dans le détail, 18 % possèdent un compte bancaire et 27 % un compte postal.

Un réseau bancaire encore peu présent

Les sept gouvernorats étudiés comptent 256 agences bancaires, soit seulement 12 % des 2 064 agences recensées à l’échelle nationale.

Cette faible couverture contribue, selon l’étude, au maintien de pratiques financières informelles, notamment l’épargne à domicile et les mécanismes communautaires de solidarité.

Les difficultés ne se limitent toutefois pas à la proximité des agences. Le manque de ressources financières, le coût des services, la complexité de certains produits et la méfiance envers les institutions constituent également des obstacles importants.

L’étude relève notamment que 51 % des femmes interrogées citent le manque de ressources financières parmi les facteurs d’exclusion. Parmi celles qui travaillent, 58 % déclarent un revenu mensuel inférieur à 500 dinars.

Le recours aux espèces reste par ailleurs extrêmement répandu : 98 % des femmes interrogées utilisent le cash.

Le PNUD et l’OIF plaident ainsi pour des produits plus simples, transparents et adaptés aux revenus modestes, ainsi que pour un renforcement de l’éducation financière et de l’accompagnement.

Une caravane dans les sept gouvernorats

Une campagne doit désormais prolonger cette étude sur le terrain. À partir d’octobre 2026, une caravane itinérante parcourra les sept gouvernorats concernés.

Elle réunira banques, institutions de microfinance, assurances et opérateurs de services financiers numériques. Des accompagnements personnalisés, animations pédagogiques et simulations pratiques seront proposés aux femmes et aux jeunes.

L’initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Green Economy: Women’s Economic Empowerment in Tunisia » (GEWEET), financé par le gouvernement du Canada.

Selon le PNUD, cette démarche rejoint également les priorités du Plan de développement 2026-2030, notamment l’autonomisation économique des catégories vulnérables et le soutien aux micro et très petites entreprises.

Lire aaussi:

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Cinéma | La 7ᵉ édition du festival « Regards de Femmes » célèbre l’espoir du 3 au 7 octobre

Placé sous le signe de la formule emblématique de Fairouz, « Oui… il y a de l’espoir », le Festival International du Film de Femmes « Regards de Femmes » tiendra sa 7ᵉ édition du 3 au 7 octobre 2026 à Nabeul et Hammamet.

Pensé comme un espace de résistance créative, de rêve et de dialogue, le rendez-vous invite cette année le public à explorer le cinéma comme une lanterne face à l’obscurité, portant la parole et le regard singulier des réalisatrices d’ici et d’ailleurs.

Oui… il y a de l’espoir.

Ces mots de Fairouz donnent le ton de la 7ᵉ édition du Festival International du Film de Femmes « Regards de Femmes », qui se tiendra du 3 au 7 octobre 2026 à Nabeul et Hammamet.

L’espoir, c’est croire que la lumière peut encore passer à travers les fissures. C’est chercher, même au cœur des moments les plus sombres, un chemin qui nous guide. C’est garder en nous une place pour les rêves.
Au cinéma, l’espoir n’est pas seulement un mot. Il prend vie dans une image, dans une histoire, dans une émotion… et parfois, il devient une mémoire que l’on garde longtemps.

Avec « Regards de Femmes », nous continuons à créer des espaces pour rêver, échanger et faire entendre des voix différentes. Des espaces où le cinéma nous invite simplement à regarder autrement, à aller au-delà de ce que l’on croit déjà connaître.
Parce qu’il reste toujours une place pour l’espoir.

Photographie : Inès Yahiaoui
Portrait : Amal Faïdi

Communiqué

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Femmes et jeunes tunisiens face aux services financiers : le cash reste roi

L’« Étude sur l’inclusion financière des femmes et des jeunes en Tunisie », menée par l’Observatoire de l’inclusion financière (OIF) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans sept gouvernorats du Centre et du Sud, montre que 41 % des femmes et 41 % des jeunes interrogés disposent d’un compte dans une institution financière formelle. Le manque de ressources, la méfiance envers les institutions et la préférence pour l’argent liquide figurent parmi les principaux freins identifiés par l’enquête, qui a couvert les gouvernorats de Kairouan, Gabès, Médenine, Tataouine, Gafsa, Tozeur et Kébili.

Ces constats reposent sur deux échantillons distincts, marqués tous deux par une forte précarité économique. Celui des femmes compte 1 457 répondantes, majoritairement âgées de 25 à 49 ans, dont 33 % de diplômées universitaires. Un profil que l’étude qualifie de surreprésenté par rapport à la population cible. 45 % d’entre elles sont sans emploi et 35 % sans revenu. Celui des jeunes réunit 1 179 personnes âgées de 18 à 30 ans, équitablement réparties entre hommes et femmes, dont 35 % d’étudiants et 23 % de sans emploi. L’étude précise que ses résultats qualitatifs reflètent des perceptions individuelles, à considérer comme des tendances d’ensemble plutôt que comme des données représentatives de l’ensemble de la population.

Un accès à la banque, mais peu d’usage réel

Chez les femmes, le taux de 41 % se décompose en 18 % de comptes bancaires, 27 % de comptes postaux et seulement 0,3 % de comptes détenus auprès d’un établissement de paiement. Par ailleurs, 33 % des femmes interrogées ont contracté un crédit auprès d’une banque ou d’une institution de microfinance et 16 % disposent d’un contrat d’assurance en cours, hors couverture de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie.

Du côté des jeunes, l’accès à un compte formel passe principalement par La Poste (27 %), souvent par obligation administrative liée au versement d’une bourse ou de frais universitaires, plutôt que par choix personnel. L’usage des autres services financiers reste marginal : 8 % des jeunes détiennent un wallet, 17 % une assurance non obligatoire et 92 % n’ont jamais contracté de crédit formel. Ce que l’étude décrit comme une adoption passive et fonctionnelle des services.

L’argent liquide, réflexe dominant face aux services formels

Chez les femmes, l’enquête identifie quatre principaux facteurs d’exclusion financière :

  • Le manque de ressources financières, cité par 51 % des répondantes.
  • Le manque de confiance envers certaines institutions, avec un taux de méfiance atteignant 22 % pour les institutions de microfinance.
  • La peur de l’endettement ou des frais cachés et la perception de la complexité des services, notamment pour les produits d’assurance jugés compliqués par 45 % des femmes.
  • L’absence d’obligation de détenir un compte pour percevoir son salaire conduit par ailleurs 55 % des femmes actives à continuer de percevoir leur rémunération en espèces.

Ces obstacles se déclinent en quatre registres. Sur le plan économique, cette précarité déjà relevée dans l’échantillon se traduit concrètement : parmi les femmes qui travaillent, 58 % perçoivent un revenu mensuel inférieur à 500 dinars tunisiens. Sur le plan socioculturel, la préférence pour le cash (98 %), l’épargne à domicile et la dépendance vis-à-vis du mari ou d’un autre membre masculin de la famille pour la gestion financière sont pointées comme des freins. Sur le plan psychologique, des expériences passées vécues ou observées nourrissent une méfiance qui freine l’adoption des services. Tandis que 45 % des femmes restent neutres ou incertaines vis-à-vis des services numériques. Enfin, sur le plan environnemental, uniquement 32 % des femmes en milieu rural estiment pouvoir atteindre une institution financière en moins de 15 minutes, contre 54 % en milieu urbain.

Chez les jeunes :

  • L’étude désigne la faible autonomie économique comme le frein principal . En effet, 90 % des jeunes actifs déclarent un revenu mensuel inférieur à 1 500 dinars et 70 % des jeunes non bancarisés expliquent leur situation par ce manque d’autonomie financière.
  • Sur le plan socioculturel, 99 % des jeunes utilisent le cash, perçu comme plus simple et sans frais. Et certains expriment l’idée que « la banque c’est pour les riches ».
  • Sur le plan psychologique, 46 % des jeunes ne font pas confiance aux services numériques pour gérer leur argent. Alors que 75 % n’ont jamais demandé de crédit, souvent par peur de l’endettement ou par refus culturel.
  • Sur le plan environnemental, 30 % des jeunes en milieu rural mettent plus de 30 minutes pour atteindre une institution financière.

L’enquête relève une exception notable dans l’utilisation des produits financiers entre hommes et femmes : les institutions de microfinance, où les femmes représentent la majorité de la clientèle. À l’échelle nationale, 6 % des femmes sont clientes d’une institution de microfinance contre 4,5 % des hommes. Ce taux atteint 10 % dans le Sud-Ouest (Gafsa, Kébili et Tozeur), dépassant la moyenne nationale de 9,2 %; contre 3,5 % dans le Sud-Est et 7 % dans le Centre-Ouest.

Une même carence en agences bancaires sur tout le territoire ciblé

Au niveau territorial, l’étude documente une couverture bancaire limitée : les banques n’y disposent que de 256 agences, soit 12 % du réseau bancaire national qui en compte 2 064 au total.  Les agents de paiement restent quant à eux sous-représentés, avec une densité oscillant entre sept agents pour 100 000 habitants à Tataouine contre 33 à Tozeur. L’étude signale également que dans le Sud-Ouest, les taux de bancarisation des femmes (16 %) sont nettement inférieurs à la moyenne nationale (33 %).

L’étude indique qu’en 2024, une circulaire a temporairement plafonné les frais de gestion des comptes bancaires à 36 dinars par an, contre 68 dinars auparavant, pour les clients dont le revenu mensuel est inférieur à 1 500 dinars. De même qu’elle a instauré la gratuité des cartes bancaires pour une durée d’un an. Les institutions de microfinance, si elles jouent un rôle clé pour l’inclusion des populations exclues du système bancaire, appliquent des taux d’intérêt moyens de 31 %, contre 9,5 % pour les banques. Ce qui limite selon les auteurs l’accès aux financements.

Des produits taillés pour les jeunes, presque absents pour les femmes

En outre, l’enquête constate que la plupart des institutions financières proposent des produits spécifiquement dédiés aux jeunes. A savoir : 17 banques sur 23, La Poste, deux institutions de microfinance sur neuf, ainsi que la Banque Tunisienne de Solidarité. En revanche, les produits destinés spécifiquement aux femmes restent rares, limités à quelques acteurs .

Sur la base du croisement des analyses de l’offre et de la demande, l’étude propose trois axes de recommandations couvrant les quatre phases du parcours d’inclusion financière que sont la connaissance, la compréhension, l’adoption et l’usage, puis la fidélisation. Le premier axe porte sur une communication ciblée et contextualisée, adaptant les messages et les formats aux réalités des publics visés. Le deuxième recommande de renforcer l’éducation financière et l’accompagnement de proximité, via des dispositifs pédagogiques accessibles tels que des vidéos courtes, des ateliers ou des démonstrations sur le terrain. Le troisième appelle à améliorer la relation client et le traitement des recours, en travaillant sur l’accueil, l’écoute, le suivi et l’information sur les droits et protections, afin de restaurer une confiance durable chez les profils les plus marqués par ce vécu. Les auteurs précisent que cette stratégie devrait reposer sur une action collective coordonnée entre les acteurs financiers, combinant un cadre national commun et des déploiements ciblés au niveau des gouvernorats.

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L’héritage de Fatema Mernissi rencontre le cinéma québécois

Du 28 septembre au 3 octobre, le Festival international du film de femmes de Salé, aux portes de Rabat, rend hommage à Fatema Mernissi et met le cinéma québécois à l’honneur. Pour sa 19ᵉ édition, le festival fait dialoguer la…

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Étude sur l’inclusion financière des femmes et des jeunes en Tunisie

Le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), en partenariat avec l’Observatoire de l’Inclusion Financière et le ministère de l’Économie et de la Planification, avec l’appui financier du Canada, a publié aujourd’hui, mardi 22 septembre 2026, une ‘‘Etude sur l’inclusion financière des femmes et des jeunes en Tunisie’’.

L’étude analyse les déterminants de l’inclusion financière des femmes et des jeunes dans les gouvernorats du Sud, à savoir Kairouan, Gabès,
Médenine, Tataouine, Gafsa, Tozeur et Kébili, et de Kairouan.

Combinant une analyse de l’offre et de la demande de services financiers, elle explore les questions d’accessibilité, de coût, de connaissances financières, ainsi que les perceptions et la confiance envers les institutions financières.

En s’appuyant sur des données qualitatives et quantitatives collectées sur le terrain, l’étude met en lumière les principaux freins et leviers d’action pour renforcer l’accès et l’usage des services financiers formels. Elle fournit des recommandations destinées à orienter les acteurs clés de l’inclusion financière, notamment en matière de produits financiers et d’actions de sensibilisation afin de promouvoir une inclusion financière plus inclusive et durable en Tunisie.

«Ce travail dresse un état des lieux rigoureux de l’offre de services financiers et des comportements de la demande, avec une attention particulière portée aux femmes et aux jeunes. Ces régions présentent des disparités documentées avec précision dans cette étude : une couverture bancaire représentant à peine 12% du réseau national, des taux de bancarisation féminine qui tombent à 18%, une prévalence persistante de l’informel qui traduit une préférence comportementale et culturelle», note Raja Dahman, la directrice générale de l’Observatoire de l’Inclusion Financière dans son introduction. Elle ajoute : «Cette étude est conçue pour outiller les décideurs publics, les acteurs de l’écosystème ainsi que les chercheurs pour le développement de nouvelles stratégies centrées sur les besoins réels des populations ciblées dans le cadre du programme national d’éducation financière 2023-2027. Elle s’inscrit dans une démarche de dialogue continu avec l’ensemble des parties prenantes, dont le soutien a été déterminant dans sa conduite.»

Télécharger l’étude.

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Congélation des ovocytes : quand la médecine rencontre le désir de retarder la maternité

Par Mona BEN GAMRA 

Dans la pénombre tamisée d’une salle d’attente à Tunis, Nadia, 29 ans, réajuste le pli de son écharpe, les doigts tremblants. Il y a encore deux semaines, son quotidien oscillait entre ses responsabilités de cadre administrative et ses projets de vie. Puis le verdict est tombé, brutal, sans appel : cancer du sein. Un diagnostic qui glace le sang, mais qui s’est immédiatement accompagné d’un second choc, plus sourd et plus intime. Avant d’engager la chimiothérapie, son oncologue l’a mise en garde : les traitements toxiques risquent de détruire irréversiblement sa réserve ovarienne.

« On m’a parlé de survie, de protocole, de rémission. Mais au milieu de cette tempête, la seule pensée qui m’a accrochée à la vie, c’est l’idée de pouvoir être mère un jour », confie Nadia, la voix nouée par l’émotion. « Quand le médecin m’a expliqué qu’on pouvait congeler mes ovocytes avant de démarrer la chimie, j’ai vu une lueur d’espoir. Puis est venue la douche froide : les démarches, les incertitudes, la bureaucratie et le sentiment de courir contre la montre alors que mon corps se bat déjà contre la maladie. »

Le parcours de Nadia n’est pas un cas isolé. Il incarne le drame silencieux de milliers de jeunes femmes tunisiennes prises au piège entre les avancées technologiques de la médecine moderne, l’évolution rapide des structures sociales et un cadre juridique qui peine à épouser son époque.

Une médecine de pointe face au défi du temps

La technique existe pourtant bel et bien sur le sol national, bénéficiant d’une expertise reconnue à l’échelle régionale. « La congélation des ovocytes, c’est une procédure médicale pour conserver des ovocytes pour les utiliser par la suite pour concevoir », rappelle le Dr Béchir Zouaoui, ancien professeur agrégé en gynécologie-obstétrique. « Le concept s’est développé avec l’évolution technologique de la vitrification, c’est-à-dire le choc de froid pour conserver les ovocytes. Donc la vitrification passe d’une température ambiante à une température qui est très basse, rapidement. Ça permet de conserver la qualité des ovocytes, et la dévitrification nous permet de récupérer les ovocytes tels qu’ils ont été congelés. Et c’est le grand avantage ».

Sur le plan purement sanitaire, la préservation de la fertilité pour motif médical constitue une pratique validée. « Ce qui est nouveau, c’est la préservation de la fertilité qui existe depuis quelques années, une dizaine ou 15 ans, dans les hôpitaux et le secteur privé », précise le Dr Zouaoui. « Ce sont des femmes dont la fertilité risque d’être touchée par les traitements de la maladie, essentiellement le cancer du sein, les hémopathies… C’est une prise en charge documentée, réglementée. Les centres de PMA le font, cela dépend du médecin, ce n’est pas interdit par la loi. Je le fais dans mon centre de PMA pour certains cas ».

Cependant, le facteur biologique demeure impitoyable. Comme le souligne le spécialiste : « On congèle ce qu’on a recueilli. La femme ne peut donner que ce qu’elle a. Si elle a une bonne réserve ovarienne, on peut stimuler. Tout dépend de son âge et de sa réserve. À 45 ans, c’est déjà trop tard. L’idéal est d’avoir environ 20 ovocytes par cycle pour espérer un bébé. La procédure en elle-même est assez courte, et la conservation d’année en année reste limitée à 5 ans, sans frais supplémentaires ».

 

Le dilemme juridique : entre indication médicale et choix sociétal

Si Nadia entre théoriquement dans le cadre dérogatoire de l’exception médicale, l’accès à la congélation d’ovocytes se heurte à des verrous réglementaires stricts, particulièrement pour les femmes célibataires. Maître Habib Salaani, avocat, apporte un éclairage précis sur l’état du droit tunisien : « La législation tunisienne en vigueur ne prévoit pas, à ce jour, la possibilité pour une femme non mariée de procéder à une autoconservation de ses ovocytes pour convenance personnelle, en l’absence d’une indication médicale. La loi tunisienne n° 2001-93 du 7 août 2001 relative à la médecine de la reproduction encadre en effet la conservation des gamètes dans un cadre médical et thérapeutique. La question demeure donc posée pour les femmes qui souhaitent préserver leur fertilité en raison de leur âge, de leur parcours personnel ou de leur projet de vie, sans pathologie ni traitement médical susceptible d’altérer leur fertilité ».

L’article 6 de la loi de 2001 autorise certes une personne non mariée à congeler ses gamètes à titre exceptionnel en cas de traitement gonadotoxique (chimiothérapie ou radiothérapie). Mais même dans ce cas, ces ovocytes ne pourront être ultérieurement réimplantés que dans le cadre d’un mariage légalement reconnu.

Face à ces limites, le corps médical a pris l’initiative d’impulser le changement. C’est durant son mandat à la présidence de la Société tunisienne de gynécologie-obstétrique (STGO) que le Dr Béchir Zouaoui s’est imposé comme l’un des principaux instigateurs d’une refonte législative. « En Tunisie, on est parmi les premiers dans la PMA dans le monde arabe, en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne », rappelle-t-il. « La loi de l’assistance médicale à la procréation a été mise en place il y a environ 25 ans. Donc l’évolution technologique a évolué et l’évolution sociétale a changé. On a fait le projet de loi en janvier 2022. Cela a pris environ un an ou un an et demi, il a été validé par le Ministère, et on attend l’approbation par l’ARP ».

Ce projet de texte entend adapter les pratiques tout en instaurant des balises éthiques : « Ce qu’on a demandé dans la nouvelle loi, c’est de mettre des garde-fous pour toutes les procédures, surtout les idées sensibles. On a fixé des limites d’âge : à partir de 27 ans pour demander une préservation, et jusqu’à 45 ans comme limite supérieure », explicite le docteur Zouaoui.

 

La transition démographique et la mutation des modèles matrimoniaux

L’urgence d’une révision législative s’inscrit dans un paysage démographique en pleine mutation. Au lendemain de l’indépendance, la Tunisie avait été pionnière en matière de politique de limitation de la natalité et de planification familiale. Cependant, la réalité sociologique contemporaine impose un changement radical de paradigme : la politique publique doit désormais passer d’une logique de restriction à une politique d’accompagnement actif de la fertilité et des choix reproductifs des jeunes couples.

Les chiffres attestent de ce basculement historique. L’indice synthétique de fécondité en Tunisie est tombé à 1,7 enfant par femme en 2023, alors qu’il s’élevait encore à 2,4 en 2016. Cette chute vertigineuse, en deçà du seuil de renouvellement des générations (fixé à 2,1), s’explique par la combinaison du recul significatif de l’âge au premier mariage — qui dépasse aujourd’hui 29 ans pour les femmes — et des transformations structurelles des modes de vie.

Ce phénomène s’aligne sur des tendances globales observées à l’échelle internationale. Lors de la Journée internationale de la population, le Dr Rym Fayala, cheffe de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population) a présenté une étude d’envergure menée dans 73 pays auprès de 100 000 internautes âgés de 18 à 39 ans. Les conclusions sont éloquentes : 90 % des jeunes interrogés déclarent que la stabilité matérielle et la santé constituent leurs objectifs prioritaires dans la vie. Ils expriment un désir réel de se marier et d’avoir des enfants, mais exigent de le faire dans des conditions d’épanouissement optimales.

Najet Araari, chercheuse en sociologie spécialité genre et sexualité à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis (Université de Tunis), analyse cette dynamique : « S’il n’existe pas aujourd’hui d’études formelles démontrant que la société a pleinement intégré cette évolution, la congélation des ovocytes est une solution qui mérite d’être envisagée au regard de la hausse de l’âge moyen au mariage et du choix de certaines femmes de différer leur union ».

Selon la sociologue, cette question touche directement à l’autonomie reproductive : « Il s’agit de donner aux femmes et aux couples la possibilité de disposer d’une vraie marge de choix quant au moment de leur mariage et de leur maternité ». Dans un contexte marqué par le vieillissement progressif de la population tunisienne, permettre de concrétiser un projet d’enfant à un âge plus avancé représente une réponse démographique pertinente, alignant l’épanouissement individuel et l’intérêt collectif.

 

Justice reproductive et accessibilité : Le combat féministe

Au-delà des aspects techniques et sociologiques, la préservation de la fertilité pose la question fondamentale de la justice sociale. Dans le secteur privé, les protocoles de stimulation et de vitrification coûtent plusieurs milliers de dinars, rendant l’intervention prohibitive pour une grande partie des femmes. L’opération peut coûte, en effet,  environ 6000 DT dans le secteur privé et environ 250 DT  à l’hôpital Aziza Othmana . 

Le Dr Hedia Belhadj, présidente du Groupe Tawhida Ben Cheikh (Recherche et Action en Santé des femmes), pose le débat sur le terrain des droits humains et de l’égalité des genres :

« Le Groupe Tawhida Ben Cheikh, une association féministe qui milite pour l’exercice des droits sexuels et reproductifs et le droit de disposer de son corps, fonde son argument sur le droit inaliénable de toutes les femmes de décider quand et combien d’enfants elles souhaitent avoir durant leur vie reproductive. De la même façon que le droit d’avoir accès à des services de qualité de contraception et de bénéficier d’un avortement sécurisé lorsqu’elles le désirent, toutes les femmes ont le droit de concevoir au moment où elles le désirent. La femme, à la différence de l’homme, ne développe plus d’ovocytes après un certain âge et les ovocytes sont de meilleure qualité à un âge jeune, par conséquent la congélation des ovocytes rentre dans le cadre de l’égalité entre les sexes ».

Interrogée sur la nécessité d’une ouverture du cadre légal au-delà de l’indication médicale stricte, le Dr Belhadj se montre catégorique :

« Absolument, la congélation des ovocytes est un outil de l’exercice du choix de la personne de disposer de son corps, qu’elle soit en union ou pas. La restriction de la condition du mariage doit absolument être revue. À l’avenir, si l’âge au mariage continue à augmenter, la procédure devrait être disponible et abordable financièrement à toutes les femmes quel que soit leur statut matrimonial. La Tunisie a des personnes compétentes et des laboratoires qualifiés pour assurer ce service à moindre coût, pourvu que le conditionnement de la congélation soit assuré sur le temps. Une fois ratifiée, la réforme de la loi devrait être mise en pratique dans le cadre des services publics remboursés par la sécurité sociale ».

S’agissant de la baisse de la fécondité et des réticences institutionnelles, elle rappelle la ligne d’action du mouvement :

« La loi n’autorise pas la congélation d’ovocytes pour des raisons sociales pour des motifs de carrière ou en l’absence de partenaire. Mais vu l’augmentation de l’âge au mariage, le droit reproductif se pose pour une partie de la population. La question est donc d’actualité vu le taux de fécondité qui baisse ; toutefois, notre Groupe ne l’aborde que sous l’angle de la justice reproductive et du choix et droit des femmes de décider de la contraception, de l’avortement et de la conception. Le cadre légal actuel se focalise sur les couples mariés mais il est de plus en plus contesté. Le Groupe Tawhida continuera à travailler avec nos partenaires publics et de la société civile pour faire avancer le plaidoyer, l’information et l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive ».

 

Donner du temps à l’espoir

Pour Nadia, l’urgence ne s’embarrasse pas de débats théoriques. Entre deux rendez-vous médicaux, son calendrier se mesure en jours. Dans quelques semaines, la chimiothérapie commencera. Pouvoir congeler ses ovocytes représente son ancre dans la tempête, l’affirmation que la maladie ne dictera pas seule le cours de son existence. Mais il existe aussi d’autres cas de femmes qui préfèrent retarder leur fertilité  alors qu’elles ne sont pas encore mariées. Et c’est là que la médecine et la loi rencontrent le désir de la maternité.  

Alors que le projet de loi révisé dort dans les tiroirs de l’Assemblée des Représentants du Peuple en attente de sa ratification officielle, la réalité du terrain, elle, n’attend pas. Entre la chute des naissances, le désir d’émancipation professionnelle des jeunes femmes, les obstacles économiques et les urgences oncologiques, la Tunisie se trouve à la croisée des chemins. L’exigence est claire : moderniser sa législation sur la santé reproductive pour transformer une prouesse médicale d’exception en un droit accessible, équitable et protecteur de l’avenir de sa jeunesse.

Mona BEN GAMRA 



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À Tanger, les femmes écrivent la Méditerranée

Du 24 au 27 septembre, les Rencontres Méditerranéennes de Tanger reviennent pour une deuxième édition. Dans la Kasbah et plusieurs lieux de la ville, les voix féminines seront au cœur de quatre jours de rencontres, de lectures, de poésie et…

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Portrait. Il était une fois Halima Hamdane

Conteuse, écrivaine et passeuse d’histoires entre les deux rives de la Méditerranée, Halima Hamdane puise dans les récits de son enfance pour nourrir ses spectacles. Du Maroc aux scènes internationales, son parcours est celui d’une femme qui a fait du…

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Moi, président(e)… Barka Zerouali : « La démocratie doit être une conversation permanente »

Consultante indépendante et fondatrice de l’agence de communication Hope Paris, Barka Zerouali s’est engagée dans la lutte contre les violences faites aux enfants dans le périscolaire, jusqu’à être auditionnée à l’Assemblée nationale et au Sénat. Pour « Moi Présidente »,…

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Le ministère de la Famille lance les journées régionales « Raidet » les 16 et 30 septembre

Le ministère de la famille, de la femme, de l’enfance et des personnes âgées organise, les 16 et 30 septembre courant, les journées régionales « Raidet » dans plusieurs gouvernorats du pays, pour faire connaître le programme « Raidet » et encourager les femmes souhaitant lancer ou développer des projets à adhérer à ce programme d’entrepreneuriat féminin a annoncé, mardi, le ministère.
Le ministère de la famille a souligné, dans son communiqué que l’organisation de ces journées régionales s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la deuxième phase du programme national d’entrepreneuriat féminin « Raidet ».
Selon le ministère, ces journées seront organisées dans les centres régionaux de l’informatique pour enfants dans plusieurs gouvernorats, à l’exception de quatre gouvernorats où ces journées se tiendront au complexe de l’enfance à Hay Ettadhamen (gouvernorat de l’Ariana) au complexe de l’enfance à Kef Ouest (gouvernorat du Kef) à la Maison de la Culture de Zaghouan (gouvernorat de Zaghouan) et au complexe de l’enfance à Hay Ouled Belhadi (gouvernorat de Sidi Bouzid).
Ces journées offriront un espace d’interaction et de réponse aux questions des femmes souhaitant bénéficier du programme, ainsi que des conseils pratiques concernant le processus d’inscription via la plateforme numérique du programme www.raidet.tn les conditions et critères d’éligibilité et les documents requis pour le dossier.
Ces journées, qui se tiendront avec la participation de représentants du ministère et des banques partenaires, permettront également de présenter les structures d’accompagnement et de financement, et d’orienter celles qui souhaitent bénéficier du programme vers les structures appropriées selon la spécificité des projets et la nature des activités.
Il convient de rappeler que le ministère a annoncé, récemment, l’ouverture de la deuxième session de candidature à partir du 5 septembre 2026 au 5 octobre 2026, en faveur des femmes et des filles ayant des idées de projets et souhaitant lancer ou développer leurs projets, dans le cadre du programme national « Raidet » au titre de l’année 2026.

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Moi, président(e)… Fatma Bouvet de la Maisonneuve : « J’abolirais les frontières car l’histoire nous apprend que toute frontière est faite pour être franchie »

Psychiatre, écrivaine et présidente de l’Institut d’Études et d’Actions Citoyennes, Fatma Bouvet de la Maisonneuve porte un regard sans concession sur les fractures de la société française. Après avoir sillonné la France en 2025 pour présenter son dernier ouvrage, cette…

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Tour Eiffel : grève après l’éviction de salariées lors d’une visite

La Dame de fer rouvre ses portes aujourd’hui, après la mobilisation des salariés indignés par la discrimination des employées par un groupe religieux hindou. En bref La tour Eiffel a été fermée le 7 septembre après une journée de grève.…

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Portrait. Sonia Recasens, la curatrice qui bouscule l’art contemporain

Commissaire d’exposition franco-marocaine, Sonia Recasens défend une scène artistique plus inclusive. De ses recherches sur les artistes africaines et arabes à ses combats contre le « greenwashing » et pour une culture plus accessible, la directrice de l’AICA internationale revendique…

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