Israël survivra-t-il à quatre années de plus sous Netanyahu ?
A l’ouverture des bureaux de vote, ce mardi 27 octobre 2026, une chose doit être claire : quatre années de plus avec le gouvernement actuel constituent une perspective terrifiante pour Israël, estime l’auteur de cet article paru le journal israélien Haaretz du 25 octobre 2026. **
Gideon Levy *

Donald Trump a déjà livré le premier mauvais présage : une victoire de Benjamin Netanyahu, a promis le président états-unien, serait immédiatement suivie d’une nouvelle guerre contre l’Iran. Cela devrait suffire à terrifier tous les Israéliens raisonnables et à les empêcher de dormir.
Difficile d’imaginer pire désastre qu’un nouveau cycle d’affrontements absurdes avec Téhéran, mais la liste des catastrophes qui se profilent est bien plus longue et bien plus effrayante.
La guerre comme seule promesse
Que Trump pense pouvoir renforcer le soutien à Netanyahu en promettant un nouveau cycle d’affrontements est profondément déprimant. Dans les dernières années du règne de Netanyahu, la guerre est devenue la seule promesse proposée. C’est le premier dommage irréversible que la droite a infligé à Israël par l’intermédiaire des grands médias : banaliser la promesse de guerre.
Quatre années de plus laisseront une empreinte indélébile sur le visage d’Israël. À leur terme, on peut le craindre, la publication de ces mots sera peut-être interdite. Peut-être Haaretz lui-même sera-t-il interdit.
Une loi interdisant de critiquer les soldats israéliens est déjà à l’étude. La prison pour «Naza» et Haaretz. Faire de toute remise en question du bien-fondé du sionisme un délit pénal grave est dans les tuyaux. Nous y sommes presque : il ne manque qu’un mandat. Accordez-le-leur et vous verrez. Le coup de force du gouvernement poursuivra sa course, avec davantage de succès cette fois. Une défaite électorale du camp du changement mettra à genoux le mouvement de protestation contre Netanyahu.
Tous les bons à rien, les politiciens corrompus et racistes, reviendront au pouvoir, avec une détermination encore plus grande. La victoire ne fera qu’aiguiser leur appétit.
Si le fiasco du 7 octobre et les guerres de vengeance sur plusieurs fronts qui ont suivi, toutes aussi absurdes les unes que les autres, ne suffisent pas à faire tomber Netanyahu et son gouvernement de droite, alors rien ne les fera jamais tomber. Si l’incroyable succession d’échecs du gouvernement, des transports à l’éducation en passant par la police, ne permet pas de lui porter le coup fatal qui le ferait s’écrouler, alors nous saurons tous que les Israéliens méritent ce gouvernement et que ce gouvernement mérite les Israéliens.
Il est tout simplement impossible de comprendre comment les partis de la coalition au pouvoir parviennent ne serait-ce qu’à franchir le seuil électoral, comment ils peuvent avoir la moindre chance de l’emporter de nouveau.
Le changement véritablement spectaculaire viendra de la communauté internationale. Elle en a assez. Jusqu’à présent, c’étaient les organisations de la société civile, presque partout, qui en avaient assez d’Israël. Encore un mandat de ce genre, et les gouvernements les rejoindront et passeront à l’offensive. Israël sera mis à genoux. Tous ceux qui demandent : «À quoi nous sert le reste du monde, de toute façon ?» tomberont des nues.
C’est là que réside le grand espoir, bien sûr, mais le prix sera insupportable. Les plans d’action sont déjà dans les tiroirs, prêts à en être sortis. Essayez donc de voir comment réagiront l’Europe et les Etats-Unis après quatre nouvelles années de Netanyahu ; quatre nouvelles années au cours desquelles Israël aura fait un pied de nez arrogant au monde entier et à l’exigence commune qui l’unit : que les Palestiniens obtiennent leurs droits.
La vie sous sanctions sera bien plus dure qu’on ne l’imagine ici. Elles toucheront le destin, le portefeuille, la dignité et la liberté de chaque Israélien. Elles seront d’autant plus sévères qu’elles succéderont à des décennies de retenue et de patience dont aucun État voyou n’a jamais bénéficié à un tel degré. Elles déferleront comme un torrent libérateur. Après des années vécues à l’ombre de la Shoah, des sentiments de culpabilité légitimes et de leur exploitation cynique par Israël, des mensonges présentant Israël comme la seule démocratie et comme un pays qui aspire à la paix, la grande explosion surviendra, et elle fera mal.
La fin de l’immunité d’Israël
Fini David contre Goliath, fini le «peuple élu», l’unique victime de l’histoire. À la place, un État voyou d’apartheid qui maltraite des milliers de détenus emprisonnés sans procès, perpètre des pogroms contre des innocents, a commis un génocide à Gaza et dont le premier ministre est recherché par la Cour pénale internationale de La Haye.
Une victoire de la droite annoncera la fin de l’immunité d’Israël. Cela aussi est une perspective dont on peut se réjouir, mais, là encore, pas du lourd tribut qui sera exigé.
Derrière le rideau des isoloirs, face aux bulletins de tous les partis, même avec les convictions de droite les plus ultranationalistes, la soif de vengeance contre les Arabes et le sentiment dominant de supériorité absolue, il est essentiel, cette fois, de se souvenir aussi du prix à payer. Cette fois, ça va nous coûter cher.
* Journaliste et écrivain israélien, membre de la direction du quotidien Haaretz
** Le titre e le intertitres sont de la rédaction.
L’article Israël survivra-t-il à quatre années de plus sous Netanyahu ? est apparu en premier sur Kapitalis.
