Faute de munitions, Washington rationne sa défense antimissile au Moyen-Orient
Et si la première puissance militaire mondiale commençait à manquer de munitions ? Après près de cinq mois de guerre contre l’Iran, les États-Unis seraient contraints de rationner leurs missiles intercepteurs Patriot, faute de stocks suffisants. Une situation qui fragilise également le parapluie de sécurité dont dépendent les alliés de Washington au Moyen-Orient.
Mystère. Comment expliquer que, pour la deuxième nuit consécutive, aucun bombardement américain n’ait été signalé en Iran, à l’aube de ce dimanche 26 juillet ? Contrairement aux apparences, il ne s’agirait pas d’une pause stratégique décidée par Donald Trump afin de laisser une chance aux négociations avec Téhéran – « En fait, on leur parle en ce moment », a-t-il dit au sujet des dirigeants iraniens. « Je pense qu’ils deviennent de plus en plus sérieux au fil des jours, peut-être pour une raison évident », a-t-il ajouté, en allusion aux bombardements américains. Mais, d’après plusieurs médias américains dont le New York Times, qui cite deux sources proches du dossier, cette accalmie s’expliquerait par une réalité bien plus embarrassante pour l’administration Trump. En effet, après près de cinq mois de conflit, les forces armées américaines seraient confrontées à une pénurie préoccupante de munitions. Un constat aussi surprenant qu’inattendu pour la première puissance militaire mondiale !
Interceptions sélectives ?
Le cas des missiles intercepteurs Patriot illustre à lui seul l’ampleur des difficultés auxquelles est confrontée l’armée américaine. Faute de disposer de stocks suffisants de ce système de défense antiaérienne et antimissile, conçu pour intercepter les missiles balistiques, les missiles de croisière et les aéronefs ennemis, le Pentagone est désormais contraint de rationner son utilisation.
Il en résulte que les forces américaines ne réservent plus leurs tirs qu’aux projectiles iraniens représentant une menace directe pour leurs propres intérêts. En d’autres termes, ils procèdent à des interceptions sélectives, laissant davantage exposés ceux qui visent les alliés des États-Unis dans le Golfe.
Ainsi, deux hauts responsables américains, s’exprimant sous couvert d’anonymat, confirment que les officiers chargés de la défense antimissile ont désormais reçu pour consigne de rationner leurs précieux intercepteurs. Ceux-ci ne sont tirés qu’en cas de menace jugée critique. Autrement dit, si un missile ou un drone iranien est considéré comme incapable d’atteindre les forces américaines, de causer des dégâts majeurs aux infrastructures stratégiques des États-Unis ou de mettre en danger leurs alliés régionaux, il n’est tout simplement pas intercepté.
Pis. Selon les informations de NBC News, les forces américaines seraient même allées jusqu’à laisser certains missiles iraniens atteindre leur cible lorsque les militaires avaient eu le temps d’évacuer les installations ou de se mettre à l’abri. Cette stratégie d’interception sélective, dictée par la nécessité de préserver des stocks de munitions devenus critiques, consiste à n’engager les défenses qu’en présence d’une menace jugée majeure. La plupart des projectiles ainsi laissés passer sont considérés par les services de renseignement comme peu dangereux et frappent des bâtiments évacués ou des secteurs dépourvus de personnel américain. Cette approche n’est toutefois pas infaillible. Les pertes humaines enregistrées à plusieurs reprises sur des bases américaines rappellent que les évaluations militaires peuvent se révéler erronées et qu’aucun calcul de risque n’offre de garantie absolue.
Dégâts collatéraux
A signaler que cette politique de rationnement des missiles intercepteurs américains n’est toutefois pas sans conséquences pour les alliés de Washington. Le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Irak ont ainsi vu une partie des frappes iraniennes échapper aux défenses antimissiles. Ces attaques ont notamment endommagé plusieurs infrastructures énergétiques ainsi que des usines de dessalement au Koweït au cours des derniers jours. Une situation d’autant plus préoccupante que ces pays reposent largement sur le parapluie sécuritaire des États-Unis, soit par la présence directe des forces américaines, soit par les systèmes de défense et les munitions que Washington leur fournit pour protéger leur territoire.
Des munitions à des prix exorbitants
Or, le Patriot figure parmi les plus coûteux au monde. A titre d’exemple, une batterie complète dépasse le milliard de dollars. Tandis que chaque missile intercepteur vaut entre 3 et 4 millions de dollars. La production de cette arme par la société Lockheed Martin était d’environ 500 missiles par an en 2024 et de 620 en 2025, avec un objectif fixé à 650 missiles par an d’ici 2027. Toujours selon le New York Times, qui cite des estimations internes et des responsables du Congrès, le Pentagone a déjà utilisé plus de 1 200 missiles intercepteurs Patriot depuis le début du conflit, ramenant les stocks à un niveau jugé préoccupant.
A signaler d’autre part qu’un officier supérieur de l’armée de l’air ukrainienne a indiqué à The Times que jusqu’à huit missiles intercepteurs Patriot avaient été tirés contre une seule cible. Cette même source a également fait état de cas où des missiles SM-6, dont le coût unitaire est estimé à environ 6 millions de dollars, avaient été utilisés pour détruire des drones Shahed valant environ 70 000 dollars !
Rappelons enfin que le problème ne date pas d’hier. Dès le début du mois de mars, alors que l’affrontement direct avec l’Iran n’en était qu’à ses débuts, la question des stocks de munitions inquiétait déjà Washington comme ses alliés du Golfe. En effet, confrontés aux premières vagues de frappes massives de Téhéran, les stocks ont fondu comme neige au soleil, révélant les limites d’un arsenal pourtant réputé inépuisable.
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