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Écoles tunisiennes : Des mesures renforcées contre la violence scolaire en 2027

Le projet de budget économique 2027 prévoit plusieurs mesures destinées à améliorer les conditions de scolarisation en Tunisie, notamment le renforcement du transport scolaire, la poursuite des programmes de lutte contre le décrochage et la prévention de la violence dans les établissements. L’objectif affiché est également de favoriser l’inclusion scolaire et d’améliorer les services destinés aux élèves.

Décrochage et violence : les dispositifs renforcés

Le programme « Établissements éducatifs plus sécurisés » doit se poursuivre afin de prévenir et de combattre la violence en milieu scolaire. Les mesures annoncées comprennent le renforcement de la plateforme d’écoute et de l’Observatoire Aïn, ainsi que l’amélioration de la sécurisation des établissements.

Une conférence nationale consacrée aux nouveaux phénomènes et comportements sera également organisée pour renforcer la prévention des pratiques susceptibles de perturber la vie scolaire.

En parallèle, le programme de la deuxième chance sera maintenu pour lutter contre le décrochage, avec l’ouverture prévue d’une nouvelle section à Mahdia. Le dispositif doit aussi permettre de repérer les élèves menacés d’échec scolaire et de mettre en œuvre des actions adaptées.

L’inclusion des apprenants à besoins spécifiques figure parmi les autres priorités. Elle passera notamment par l’élaboration d’un guide pédagogique, l’amélioration des méthodes d’enseignement, une plateforme numérique de suivi des élèves concernés et une meilleure coordination avec les centres spécialisés.

Repas scolaires et transport : des moyens supplémentaires

Le programme prévoit de fournir des repas froids à près de 300.000 élèves et des repas chauds à 4000 autres. Les cantines scolaires devraient pouvoir accueillir environ 133.000 élèves, dont 68.000 demi-pensionnaires et 25.000 internes. La capacité totale des internats est estimée à 51.100 places.

Un projet pilote prévoit par ailleurs la préparation de repas sains à partir de produits locaux dans les gouvernorats de Siliana, de Kairouan et de Nabeul. La préparation doit être assurée à proximité des établissements concernés par des ouvrières agricoles affiliées à des organisations professionnelles. Le programme comprend également la création de fermes pédagogiques durables et des actions en faveur de la santé physique et psychologique des élèves.

Concernant le transport scolaire, l’acquisition de 73 nouveaux bus est annoncée, en complément des 95 déjà disponibles. Le transport en milieu rural doit aussi être renforcé grâce à la collaboration avec des transporteurs sous contrat.

Une administration scolaire plus numérique

Le projet prévoit de poursuivre l’amélioration des infrastructures scolaires, de développer les pôles éducatifs et de garantir la disponibilité des manuels et des cahiers subventionnés, tout en maintenant leurs prix et leur qualité.

La modernisation de l’administration reposera sur un système d’information intégré permettant un suivi en temps réel, un système numérique unifié pour l’éducation et un référentiel national de qualité. Les services numériques liés aux inscriptions à distance, à la mobilité du personnel et aux services scolaires doivent également être développés.

Enfin, une plateforme de suivi des projets d’infrastructure scolaire est prévue pour améliorer leur gestion et leur gouvernance. Dans l’enseignement supérieur, les orientations pour 2026-2030 mettent l’accent sur la qualité, l’innovation, les compétences technologiques et l’adaptation aux mutations économiques.

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Éducation : une légère baisse du décrochage scolaire attendue dans les collèges et lycées en 2026-2027

Le taux d’abandon scolaire dans les collèges et les lycées passerait de 7,1% en 2025-2026 à 7 % au cours de l’année scolaire 2026-2027, tandis qu’il resterait stable à 0,5 % dans le cycle primaire, selon le document relatif au projet de budget économique pour 2027.

D’après la même source, le ministère de l’éducation œuvre à généraliser progressivement le programme de l’École de la deuxième chance, avec l’ouverture prévue d’une nouvelle antenne régionale à Mahdia d’ici la fin de l’année en cours et ce, après l’ouverture de deux antennes à Béja et à Nabeul au cours de l’année scolaire précédente.

Ce programme vise, en effet, à favoriser la réintégration des élèves ayant abandonné leurs études.

Par ailleurs, les statistiques du ministère de l’éducation font état d’une évolution du nombre d’établissements scolaires, qui a atteint 6 160 au cours de l’année scolaire 2025-2026. Ces établissements accueillent 2,3 millions d’élèves, dont 56 mille enfants en année préparatoire, 1,15 million d’écoliers et 1,11 million de collégiens et lycéens.

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Abandon scolaire : la plaie saignante de l’éducation nationale 

L’école publique tunisienne, jadis socle de la promotion sociale et symbole de la construction de l’État moderne, affronte aujourd’hui une crise d’une ampleur inédite. Chaque année, près de 100.000 élèves désertent prématurément les salles de classe sans obtenir le moindre diplôme ni la moindre qualification professionnelle. Ce phénomène massif d’abandon ne constitue pas seulement un drame individuel pour des dizaines de milliers de familles, il s’impose comme une véritable hémorragie nationale qui fragilise le tissu socio-économique du pays et alimente l’exclusion sociale. Pourtant, le cadre juridique tunisien est sans équivoque, puisque la Loi d’orientation sur l’éducation stipule formellement que l’éducation proclame l’obligation de l’éducation pour tous les enfants âgés de 6 à 16 ans. Entre le droit théorique et la réalité du terrain, le fossé n’a pourtant jamais été aussi profond. Le dernier recensement général de la population et de l’habitat publié par l’Institut national de la statistique (INS), apporte un éclairage d’une grande précision sur la scolarité des enfants appartenant à la tranche d’âge 6-16 ans. D’après ces données démographiques, si 95,5% des enfants de cette tranche d’âge demeurent globalement intégrés dans le parcours scolaire, 3,5% ont définitivement abandonné l’école et 1% n’y ont tout simplement jamais été inscrits.

L’analyse statistique met en évidence une dynamique de genre bien marquée. La non-scolarisation totale concerne 1,1% des garçons contre 0,9% des filles, mais la fracture s’élargit plus nettement au niveau de l’abandon en cours de route. Le taux de décrochage atteint en effet 4,8% chez les garçons, contre 2,1% seulement chez les filles.

Cependant, l’enseignement majeur du recensement général de la population et de l’habitat réside dans l’accélération brutale de l’abandon au fur et à mesure que l’enfant avance en âge. Alors que le taux d’abandon et de non-scolarisation ne dépasse pas 0,5% chez les enfants de 6 à 11 ans, correspondant au cycle primaire, il monte en flèche pour atteindre 6,5% chez les adolescents âgés de 12 à 16 ans. Selon les classifications internationales, ces jeunes se retrouvent ainsi totalement hors du système de l’enseignement, de la formation professionnelle et de toute prise en charge spécialisée, basculant dans la catégorie très vulnérable connue sous l’acronyme anglais des NEET (Neither in Employment, Education or Training – Ni en emploi, ni en études, ni en formation).

Un taux d’achèvement du cycle secondaire en chute libre

L’amplification du phénomène avec l’âge démontre la nécessité impérieuse de renforcer les mécanismes de maintien et de prévention dans l’enseignement collégial et secondaire, en prêtant une attention particulière aux garçons, qui s’avèrent les plus exposés au décrochage précoce. Cette fracture s’inscrit dans une tendance de longue durée mise en lumière par l’Institut Tunisien de la Compétitivité et des Études Quantitatives. La déscolarisation a connu une hausse continue au fil des décennies, passant d’environ 26.000 cas par an lors de l’année scolaire 1984/1985 à 57.613 cas en 1994/1995, avant d’atteindre un sommet critique de 100.000 cas par an durant l’année scolaire 2012/2013. Les chiffres institutionnels récents confirment la persistance du problème, avec une moyenne de 90.000 à 100.000 élèves âgés de 6 à 16 ans qui quittent les bancs des écoles chaque année.

Cette déperdition continue impacte directement la finalisation des parcours d’études. L’enquête nationale sur la situation de la mère et de l’enfant en Tunisie, menée par le ministère de l’Économie et de la Planification avec l’appui du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), révèle qu’un peu plus d’un tiers seulement, soit 34,5% des élèves tunisiens, ont réussi à achever le cycle secondaire en 2023, alors qu’ils étaient 48,7% en 2018. En l’espace de cinq ans, le taux d’achèvement du secondaire a ainsi reculé de plus de 14 points.

Cette chute de l’achèvement traduit d’importantes inégalités territoriales et démographiques. Le taux d’achèvement atteint 41,3% en milieu urbain, contre seulement 22,8% en milieu rural. Sur le plan régional, le Grand Tunis affiche le taux le plus élevé avec 45,2%, tandis que le Centre-Ouest avec 22% et le Nord-Ouest avec 26,9% accusent un retard structurel considérable. La meilleure rétention scolaire des filles se confirme également sur ce terrain, puisque 46,8% d’entre elles mènent à terme le cycle secondaire, contre seulement 25,1% chez les garçons.

La pauvreté, principal catalyseur de la déscolarisation

Le décrochage scolaire ne résulte pas d’une décision individuelle isolée, mais bien d’un engrenage où se cumulent précarité économique, isolement géographique et défaillances pédagogiques. Selon une étude menée par le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) auprès d’un échantillon représentatif de 601 enfants dans les gouvernorats de Monastir, Kasserine et Kairouan, 80% des enfants ayant abandonné l’école sont issus de familles défavorisées. Les gouvernorats affichant les taux de décrochage les plus élevés sont d’ailleurs ceux où la pauvreté est la plus prégnante, à l’image de Kairouan, Kasserine et Sidi Bouzid. Face aux difficultés financières du foyer, 50% des enfants interrogés ont déclaré avoir été contraints de travailler pour aider leurs parents, et plus de la moitié avouent être tentés par l’émigration clandestine.

Le niveau d’instruction parental constitue un autre facteur déterminant, puisque 60% des enfants qui décrochent sont nés de parents n’ayant pas fait d’études ou ayant interrompu leur scolarité très tôt. Dans les régions intérieures, l’éloignement géographique des établissements éducatifs aggrave considérablement la situation. D’après l’enquête du FTDES, 78,3% des élèves se rendent à l’école à pied, et parmi eux, 12,6% doivent effectuer une marche quotidienne comprise entre 30 et 60 minutes. Ces trajets pénibles et parfois insécurisés découragent les familles, en particulier pour la scolarisation des jeunes filles dans les régions les plus reculées.

Les répercussions de cet abandon précoce dépassent largement le cadre éducatif et touchent directement l’équilibre social, économique et sécuritaire du pays. Privés de formation et de qualification, les jeunes décrocheurs accèdent très difficilement à l’emploi formel, se trouvent fortement exposés au chômage de longue durée et courent un risque élevé de marginalisation sociale.

Afin de lutter contre ce phénomène, le ministère de l’Éducation et l’UNICEF ont mis en place le programme de l’École de la deuxième chance, pensé pour accompagner les jeunes déscolarisés afin de les réintégrer dans le système d’enseignement formel ou de les orienter vers la formation professionnelle. Toutefois, ce dispositif demeure encore trop restreint, avec seulement cinq centres opérationnels actuellement sur l’ensemble du territoire national.

Walid KHEFIFI

 

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