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Alerte contre les espèces invasives dans les eaux tunisiennes

L’abondance actuelle de crevettes dans le golfe de Gabès, dans le sud-est de la Tunisie, constitue une opportunité économique pour les pêcheurs et un avantage pour les consommateurs, grâce à une forte baisse des prix. Toutefois, ce phénomène en dissimule un autre, plus complexe et potentiellement préoccupant : la propagation progressive d’espèces marines invasives qui altèrent les équilibres écologiques de la Méditerranée.

L’alerte, donnée par l’association TunSea pour la science participative, spécialisée dans la protection du milieu marin, invite à ne pas se limiter à constater l’abondance de crustacés sur les marchés, mais à chercher à comprendre les transformations qui s’opèrent dans les eaux tunisiennes.

Depuis l’ouverture de la saison de pêche dans le golfe de Gabès, le 16 octobre, d’importantes quantités de crevettes ont inondé les marchés — notamment à Sfax et dans les régions du sud — entraînant une baisse sensible des prix, qui sont tombés, dans certains cas, à environ 6 dinars le kilogramme.

Ce phénomène s’explique par l’intensification des captures et par la présence d’espèces non indigènes désormais installées dans l’écosystème marin local. Selon TunSea, la situation actuelle rappelle la prolifération du crabe bleu (Portunus segnis), qui, entre 2013 et 2014, a commencé à se répandre rapidement dans les eaux du golfe de Gabès. Surnommé initialement «Daech» par les pêcheurs en raison de sa voracité et des dégâts qu’il causait aux filets et aux prises, ce crustacé a fini par devenir une ressource commerciale, grâce au développement d’activités de transformation et d’exportation, soutenues notamment par la FAO.

Plusieurs espèces de crevettes introduites dans les eaux tunisiennes

Il s’agit là d’un exemple d’adaptation économique qui, souligne l’association, ne saurait toutefois être reproduit avec toutes les espèces invasives. Plusieurs espèces de crevettes introduites sont désormais présentes dans les eaux tunisiennes, notamment la crevette blanche (Metapenaeus monoceros), originaire de l’Indo-Pacifique, et la crevette brune nord-américaine (Penaeus aztecus), dont la propagation dans le golfe de Gabès est attestée par des études scientifiques. Si leur présence peut favoriser les activités de pêche, elle soulève toutefois des interrogations quant à une éventuelle concurrence avec les espèces autochtones pour la nourriture et les habitats. Les effets écologiques précis restent encore à approfondir. Par ailleurs, TunSea a précisé que l’origine exotique d’une crevette n’implique pas, en soi, de risques pour la santé des consommateurs.

L’association attire également l’attention sur l’apparition et la prolifération de méduses non indigènes, dont certaines pourraient poser problème à la faune marine. Ces dernières semaines, TunSea a notamment signalé la présence de nombreux spécimens de Phyllorhiza punctata — une méduse originaire du Pacifique occidental — le long des plages du golfe de Tunis. Cette présence pourrait perturber les chaînes alimentaires marines, bien qu’aucun impact significatif n’ait encore été constaté dans la zone.

Invasion d’algues, de plantes et d’organismes étrangers

Toutefois, souligne TunSea, une menace plus insidieuse réside dans l’invasion silencieuse d’algues, de plantes et d’autres organismes étrangers aux écosystèmes méditerranéens ; ces espèces sont capables de modifier les habitats naturels, de concurrencer les espèces locales et d’altérer la biodiversité, sans pour autant apporter le moindre avantage économique.

Ce phénomène a d’ailleurs déjà été documenté par des travaux scientifiques portant sur les macroalgues introduites le long des côtes tunisiennes. D’où l’appel lancé par l’association en faveur d’un renforcement du suivi scientifique des espèces exotiques, de l’étude de leur impact sur les ressources halieutiques et de l’élaboration de stratégies de préservation de la biodiversité marine.

Pour TunSea, l’abondance des crevettes constitue donc à la fois une bonne nouvelle sur le plan économique et un indicateur des changements en cours en Méditerranée, dans un contexte marqué, entre autres, par le réchauffement des eaux.

En fin de compte, conclut l’association, la véritable question n’est pas tant de savoir quel est le prix actuel d’un kilogramme de crevettes, mais plutôt de comprendre ce qui se passe dans les eaux tunisiennes et quelles espèces les peupleront dans dix ou vingt ans.

I. B.

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Crevettes en Tunisie : l’association TunSea rassure les consommateurs

L’association TunSea pour les sciences participatives a affirmé que les crevettes actuellement disponibles sur les marchés tunisiens, y compris certaines espèces exotiques, ne sont pas dangereuses pour la santé humaine du seul fait qu’elles ne sont pas originaires des eaux tunisiennes. Elle appelle à vérifier les informations diffusées sur les réseaux sociaux avant de les relayer.

Cette mise au point intervient alors que la saison de pêche des crevettes a débuté le 16 octobre dans le golfe de Gabès. L’ouverture de la saison s’est accompagnée d’une abondance de l’offre et d’une baisse des prix, notamment à Sfax et dans plusieurs régions du Sud. Cette situation a également suscité des interrogations sur l’origine des quantités disponibles et leur sécurité sanitaire.

Dans un communiqué publié dimanche, l’association a indiqué que les informations circulant sur les réseaux sociaux, qui associent la présence de ces espèces à l’aquaculture ou à l’arrivée de navires étrangers, ainsi que les allégations relatives à une éventuelle contamination radioactive, ne reposent sur aucune preuve scientifique ni sur des résultats d’analyses en laboratoire fiables permettant de les confirmer.

L’association précise que les eaux tunisiennes abritent des espèces locales et d’autres introduites, qui se sont adaptées au milieu marin. Parmi elles figurent notamment les crevettes blanches et les crevettes roses exotiques.

Elle souligne que le caractère exotique d’une espèce renvoie à son origine géographique et à sa présence en dehors de son habitat naturel. Cette caractéristique ne signifie pas, à elle seule, que l’espèce est toxique ou impropre à la consommation humaine.

L’association rappelle toutefois que le respect des règles de sécurité alimentaire demeure essentiel. Les crevettes étant des produits de la mer particulièrement périssables, leur conservation nécessite le maintien de la chaîne du froid depuis la pêche jusqu’à la vente, ainsi que le respect des règles d’hygiène, de transport, de stockage et de contrôle sanitaire.

Enfin, TunSea recommande de privilégier les informations communiquées par les autorités compétentes et les institutions scientifiques et de recherche, tout en évitant de relayer des informations non vérifiées susceptibles d’alimenter les inquiétudes des consommateurs.

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