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Tanit, la divinité phénicienne continue de résonner en Tunisie

Le Tanit est un symbole qui traverse l’histoire tunisienne depuis plus longtemps que de nombreuses dynasties, plus longtemps que de nombreuses conquêtes, plus longtemps que Carthage elle-même Il a survécu dans les mémoires après la destruction de la cité antique par les troupes romaines en 146 av. J.-C.

Paolo Paluzzi

Il s’agit d’un triangle surmonté d’une ligne et d’un disque, parfois accompagné d’un croissant de lune, d’une main levée ou de symboles astraux.

Pour les archéologues, c’est le «signe de Tanit». Dans la Tunisie contemporaine, il est une présence discrète mais tenace : sur les stèles des musées, dans les boutiques d’artisanat, sur les pendentifs en argent, dans les réinterprétations graphiques qui transforment l’ancienne divinité punique en un emblème culturel et identitaire.

Tanit était la grande déesse de Carthage, au cœur d’une religion qui mêlait héritage phénicien, racines nord-africaines et imagerie méditerranéenne. Son nom est associé à Baal Hammon, divinité masculine du panthéon punique, avec lequel elle formait le couple sacré le plus important de la cité. Des ex-voto découverts à Carthage et sur d’autres sites puniques la désignent comme «Dame Tanit», une formule qui suggère son rang, son prestige et son rôle protecteur.

Figure énigmatique de la Méditerranée antique

Déesse mère, divinité de la fertilité, figure céleste et peut-être lunaire, Tanit incarnait diverses fonctions : protéger la cité, assurer la fertilité et veiller sur le passage de la vie et de la mort. C’est précisément cette pluralité qui fait d’elle l’une des figures les plus énigmatiques de la Méditerranée antique.

Contrairement aux divinités grecques et romaines, dont les récits ont été contés par les poètes, les historiens et les mythographes, Tanit n’a pas laissé un corpus narratif aussi riche. Nous la connaissons principalement à travers des inscriptions, des stèles, des objets votifs, des monnaies et des artefacts disséminés en Tunisie, en Algérie, en Sardaigne, en Sicile, à Ibiza et dans les principaux musées européens. Son image n’est pas un simple visage, mais un système de symboles : le triangle, la ligne horizontale, le disque, le croissant de lune, les bras stylisés. Un langage simple, presque abstrait, qui a favorisé sa pérennité visuelle.

Sur le site archéologique de Carthage, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, le nom de Tanit réapparaît, notamment dans le contexte du Tophet, un espace sacré et funéraire situé dans le quartier de Salammbô, près des anciens ports puniques. Des urnes, des cippes et des stèles dédiées à Tanit et à Baal Hammon y ont été découverts. C’est l’un des sites les plus controversés de l’archéologie méditerranéenne. Certains chercheurs pensent que le Tophet est lié à des pratiques de sacrifices d’enfants, également mentionnées dans des sources gréco-romaines hostiles à Carthage. D’autres estiment que les urnes contenaient principalement les restes d’enfants morts avant ou peu après leur naissance, déposés dans un espace séparé pour des raisons religieuses et rituelles.

La prudence reste de mise : le sujet est lourd de conséquences historiques, morales et propagandistes, et les sources antiques ont souvent été écrites par des ennemis de la cité punique.

Une divinité à la fois urbaine et cosmique

Ces questions mises à part, le Tophet témoigne de l’importance de Tanit dans la vie religieuse carthaginoise. Elle n’était pas une figure marginale, mais une divinité publique et familière, à la fois urbaine et cosmique, associée à la protection de la communauté et à l’espoir de sa pérennité. Sa présence sur les stèles votives témoigne d’une relation directe entre les fidèles et la déesse : offrandes, prières, demandes de faveurs, remerciements.

Dans cette perspective, Tanit appartenait non seulement aux temples, mais aussi à la vie quotidienne d’une cité marchande ouverte sur la mer, carrefour de langues, de biens, de croyances et de pouvoirs.

La chute de Carthage n’’a pas complètement effacé ce monde symbolique. Rome a anéanti le pouvoir politique carthaginois, puis a reconstruit la ville en tant que colonie et centre romain de l’Afrique proconsulaire, mais des formes de religiosité punique ont continué à se sédimenter, à se transformer et à se fondre avec d’autres cultes.

En Afrique du Nord, de nombreuses pratiques anciennes n’ont pas disparu brutalement : elles ont changé de nom, de contexte et de justification. La tradition tunisienne, par exemple, transmet «Omek Tangou» ou «Omek Tannou», invoquée dans certains rituels ruraux pour demander la pluie. Le lien direct avec Tanit doit être considéré avec prudence, mais la similitude du nom et la fonction maternelle et propitiatoire montrent comment la mémoire populaire peut préserver et réinterpréter des traces très anciennes.

Une féminité enracinée dans l’identité tunisienne

C’est ici que Tanit devient une figure du récit méditerranéen, et non un simple thème archéologique.Sa figure unit Carthage et la Tunisie moderne, le sacré et l’artisanat, le musée et la médina, la recherche scientifique et le folklore. Son symbole, aujourd’hui souvent réinterprété comme une incarnation de la protection, de la féminité, de l’enracinement et de l’identité tunisienne, a perdu sa signification cultuelle originelle, mais non sa force évocatrice.

Dans une région où les civilisations se sont entremêlées sans jamais s’effacer complètement, Tanit nous rappelle que la mémoire se transmet non seulement par les textes, mais aussi par les formes, les gestes, les amulettes, les noms et les images.

La déesse de Carthage survit car elle n’a pas été emprisonnée par les ruines. Elle a évolué, passant de la pierre votive au bijou, de l’inscription punique au design contemporain, du sanctuaire au récit touristique et culturel. Au fil de ce parcours, elle a cessé d’être un objet de vénération pour devenir un symbole de continuité.

Traduit de l’italien.

D’après Ansamed.

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Fouilles archéologiques à Tozeur : Toute une ville romaine enfouie sous les sables

Les fouilles archéologiques en cours sur le site romain de Kestilia, situé dans la délégation de Degache (gouvernorat de Tozeur), révèlent des avancées significatives qui confirment l’ampleur historique du lieu. Selon le représentant de l’Institut national du patrimoine dans la région, ces travaux mettent en évidence l’existence d’une véritable ville antique, encore largement ensevelie sous le sable.

Menées du 16 mars au 4 avril, ces fouilles s’inscrivent dans un projet de recherche conjoint entre l’Institut national du patrimoine et l’Université de Rome Tor Vergata. Ce programme, étalé sur trois ans (2026-2028), s’inscrit dans le cadre d’une coopération scientifique tuniso-italienne visant à approfondir les recherches entamées depuis 2017. Ces premières investigations avaient déjà permis de mettre au jour une église romaine datant du milieu du IVe siècle ainsi que plusieurs objets et céramiques.

Un ensemble de structures attenantes à l’église

Les nouvelles découvertes concernent un ensemble de structures attenantes à l’église, notamment un espace organisé autour d’une cour rectangulaire, bordée par un bâtiment composé de huit pièces. L’agencement de ces espaces laisse supposer l’existence d’une activité artisanale, probablement liée à la production de plâtre, des traces de combustion de cette matière ayant été relevées à l’intérieur des pièces.

D’autres murs ont également été identifiés au nord de cet ensemble, renforçant l’hypothèse d’un tissu urbain plus vaste. Pour les chercheurs, ces éléments confirment que le site ne se limite pas à un édifice religieux isolé, mais correspond à une agglomération structurée.

Lire aussi : Tunisie-Italie : Valorisation des sites archéologiques du Cap Bon pour stimuler le tourisme

Le projet mobilise une équipe pluridisciplinaire composée de chercheurs, d’enseignants et d’étudiants tunisiens et italiens. Plusieurs axes de travail sont menés en parallèle. Une première équipe se consacre à la poursuite des fouilles et à l’étude des céramiques afin de mieux dater les différentes phases d’occupation du site.

Une deuxième équipe intervient sur la restauration, la conservation et la valorisation du site, tandis qu’un troisième groupe analyse les restes biologiques, notamment les ossements et les vestiges végétaux, pour reconstituer les habitudes alimentaires des populations anciennes.

Etude des cendres et des matériaux brûlés

Enfin, une approche innovante est mise en œuvre à travers l’étude des cendres et des matériaux brûlés, une première pour les sites romains du sud du Maghreb. Cette analyse vise à mieux comprendre les modes de consommation et les activités économiques qui structuraient cette ville antique.

Ces recherches ouvrent ainsi de nouvelles perspectives sur l’histoire du sud tunisien à l’époque romaine, en apportant des données inédites sur l’organisation urbaine, les pratiques artisanales et les dynamiques économiques de la région.

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Don chinois pour aménager le site antique de Ben Arous  

La Tunisie a reçu, durant le mois de mai, un don d’équipements et de matériels de la part de la Chine destiné à l’aménagement et à la valorisation du site archéologique de Ben Arous, en prévision de son ouverture au public à la fin du mois de juillet prochain.

L’annonce a été faite mardi 26 mai 2026 par Nizar Ben Slimane, chercheur à Institut national du patrimoine (INP), cité par Mosaïque FM, ajoutant que ce don s’inscrit dans le cadre de la coopération scientifique et technique entre l’INP et le Centre national de recherche archéologique de Chine. Il marque la phase finale du projet bilatéral lancé après la signature d’un accord de coopération entre les deux institutions à la fin du mois de juin 2023.

Selon Ben Slimane, les équipements fournis permettront d’aménager le parcours de visite à l’intérieur du site et d’installer des panneaux d’orientation et d’information retraçant l’histoire et les différentes composantes archéologiques du lieu. Cette dernière phase a également été précédée par des travaux de restauration visant à protéger les structures mises au jour.

Auparavant, une équipe mixte de chercheurs tunisiens et chinois avait mené des prospections géophysiques, des fouilles stratigraphiques ainsi que des études sur les objets archéologiques découverts afin de déterminer avec précision les différentes périodes d’occupation du site.

Le site archéologique de Ben Arous a été découvert de manière fortuite en 2019, lors des travaux de construction du Complexe culturel et sportif pour la jeunesse, lui aussi financé par la Chine. Il s’étend sur une superficie de 9 000 mètres carrés.

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