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Le diabète en Tunisie : quand le sucre devient une question nationale

Il y a des maladies qui entrent dans une société comme un accident, avec le bruit de l’urgence, la peur immédiate, les chiffres quotidiens et les discours officiels. Et puis il y a celles qui avancent lentement, presque poliment, sans fracas, sans images spectaculaires. Le diabète appartient à cette deuxième catégorie. Il ne fait pas toujours tomber brutalement, il s’installe. Il ne crie pas, il use. Il ne frappe pas seulement les corps, il révèle aussi une manière de vivre, de manger, de travailler, de se déplacer, de s’inquiéter et parfois de se négliger.
En Tunisie, le diabète n’est plus une affaire strictement médicale. Il est devenu un fait social. Il traverse les familles, les quartiers, les conversations de pharmacie, les laboratoires d’analyses, les régimes commencés le lundi et abandonnés le jeudi, les boîtes de médicaments rangées dans les cuisines. La Fédération internationale du diabète estime qu’en 2024, environ 1,39 million d’adultes vivaient avec le diabète en Tunisie, soit une prévalence proche de 16% chez les adultes. Ses projections évoquent près de 1,9 million d’adultes concernés à l’horizon 2050 si la tendance se poursuit.

Une maladie qui avance sans bruit
Ce qui rend le diabète particulièrement inquiétant, c’est précisément sa discrétion. Beaucoup de personnes peuvent vivre des années avec une glycémie élevée sans ressentir de douleur suffisante pour consulter. Le corps compense, s’adapte, puis finit par envoyer la facture : troubles de la vision, reins fragilisés, fatigue chronique, hypertension, atteintes cardiovasculaires, plaies qui cicatrisent mal. La maladie, que l’on croyait abstraite parce qu’elle se lit dans une analyse de sang, devient alors concrète, parfois brutale.
Il faut pourtant refuser deux erreurs symétriques. La première consiste à banaliser le diabète, comme s’il suffisait de «prendre un comprimé» et de continuer exactement la même vie. La seconde consiste à culpabiliser les malades, comme si chacun était seul responsable de son état. Entre ces deux simplifications, il existe une vérité plus exigeante : le diabète est à la fois une responsabilité individuelle et un problème collectif. Chacun peut agir sur ses choix, mais tous les choix ne sont pas également faciles quand le pouvoir d’achat baisse, que le temps manque et que les espaces de marche disparaissent.
Dans nos villes et nos villages, la transformation des habitudes est visible. On marche moins. On mange plus vite. On achète davantage de produits transformés. On boit trop souvent sucré. Le pain blanc, les pâtisseries, les boissons gazeuses et les repas trop riches ne sont pas seulement des plaisirs, ils deviennent, lorsqu’ils s’installent dans la répétition, une architecture silencieuse de la maladie. Les habitudes alimentaires sont aussi des habitudes économiques, culturelles et familiales.

Le prix invisible de nos habitudes
La Tunisie vit, comme beaucoup de pays, une transition sanitaire paradoxale. Nous avons gagné contre certaines maladies infectieuses, amélioré l’espérance de vie, développé un réseau de soins, formé des médecins compétents. Mais nous sommes entrés dans l’âge des maladies chroniques, celles qui ne se résolvent pas par une campagne ponctuelle ni par un traitement de quelques jours. L’Organisation mondiale de la santé a rappelé en 2024 que les cas de diabète dans le monde avaient fortement augmenté au cours des dernières décennies, dépassant les 800 millions d’adultes selon les nouvelles estimations publiées avec The Lancet.
Cette progression n’est pas seulement une question de médecine. Elle interroge notre modèle de vie. Que vaut une société qui soigne de plus en plus, mais qui prévient encore trop peu ? Que vaut un système qui rembourse le médicament, mais laisse souvent l’éducation nutritionnelle à la marge ? Que vaut une ville où l’on parle de santé publique, mais où marcher devient parfois difficile, dangereux ou simplement désagréable ? La prévention ne peut pas être réduite à des slogans affichés une fois par an. Elle doit devenir une politique de tous les jours.
Dans une famille tunisienne, le diabète modifie l’organisation de la vie. On adapte les repas, on surveille les analyses, on s’inquiète pour un parent qui refuse le contrôle, on découvre le prix des examens, on mesure le poids des rendez-vous. Les personnes âgées oscillent entre acceptation et lassitude. Les jeunes adultes, parfois déjà concernés par le surpoids, repoussent le dépistage parce qu’ils ne se sentent pas encore «malades».
Le grand danger est là : attendre les complications pour croire à la maladie. Or le diabète devrait être pensé comme une alerte précoce, non comme une condamnation. Dépister, ce n’est pas dramatiser, c’est gagner du temps. Marcher, bouger, réduire le sucre, dormir mieux, contrôler son poids, consulter régulièrement : ces gestes peuvent sembler modestes, mais ils constituent une véritable politique du corps.

Réapprendre à prévenir
Le ministère tunisien de la Santé a rappelé, à l’occasion de la Journée mondiale du diabète, l’importance du diagnostic, de la prévention, du traitement et du suivi pour éviter les complications. La stratégie nationale de prévention des maladies non transmissibles a également intégré des actions de dépistage du diabète, de l’hypertension et de l’obésité, ainsi que des initiatives de sensibilisation auprès de la population. Mais le défi dépasse les textes et les campagnes. Il s’agit de faire entrer la prévention dans l’école, l’entreprise, les municipalités, les médias, les familles.
Prévenir le diabète en Tunisie, ce n’est pas importer un discours froid, rempli d’interdictions. C’est parler aux gens dans leur langue quotidienne. C’est expliquer sans humilier. C’est montrer qu’un couscous peut être équilibré, qu’une marche après le dîner peut être un acte de santé, qu’un enfant qui bouge est un adulte que l’on protège, qu’un contrôle de glycémie n’est pas un signe de faiblesse mais de lucidité. Les médecins ne peuvent pas tout faire seuls. Une société qui produit des maladies chroniques doit apprendre à produire aussi des environnements favorables à la santé.
Il faudrait, pour cela, sortir de la logique de l’urgence permanente. Nous attendons souvent que le corps s’abîme pour le prendre au sérieux. Nous attendons la complication, l’hospitalisation, l’ordonnance lourde, la peur. Pourtant, la vraie modernité sanitaire n’est pas seulement dans les machines, les cliniques et les nouveaux traitements. Elle est dans cette capacité collective à éviter une partie de ce qui peut être évité.
Le diabète nous oblige donc à regarder la Tunisie autrement. Non pas seulement à travers ses hôpitaux, mais à travers ses cuisines, ses trottoirs, ses écoles, ses supermarchés, ses rythmes de travail et ses inégalités. Il nous rappelle que la santé n’est pas un secteur isolé, mais une manière d’organiser la vie commune. Et si cette maladie silencieuse mérite aujourd’hui un débat public plus fort, c’est parce qu’elle dit quelque chose de nous : de nos excès, de nos fragilités, mais aussi de notre capacité à changer. Le diabète n’est pas une fatalité nationale. Il peut devenir le point de départ d’une nouvelle culture de prévention, plus humaine, plus simple et plus proche des réalités tunisiennes.

Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

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Santé mentale : névrose sociale et crise de mal-être

Un rapport publié le 5 novembre 2025 par le fournisseur de données américain Country Cassette révèle que 4,9% des Tunisiens, soit plus de 586 mille personnes sur une population de 11,972 millions d’habitants selon le dernier recensement général de la population et de l’habitat (novembre 2024), souffrent de troubles dépressifs. Ce taux est bien plus élevé que la moyenne mondiale de 3,9%.
Toujours selon le même rapport, la Tunisie se classe ainsi au 48e rang à l’échelle mondiale en matière de prévalence de la dépression, bien loin des pays fortement exposés à cette maladie comme l’Ukraine qui occupe la première position mondiale, avec un taux de prévalence de 6,3% de la population, les Etats-Unis (5,9%), le Brésil (5,8%) et la Grèce (5,7%).

Des malades mentaux circulent dans le public
Pas mal de Tunisiens (hommes et femmes) atteints de troubles mentaux, parfois majeurs, circulent parmi les gens dans les artères de la capitale, en criant et en parlant seuls, parfois en riant à gorge déployée sans raison apparente. Ces scènes sont devenues courantes chez nous. Ce ne sont pas des voyous ni des clochards ni des vagabonds non plus, mais bel et bien des personnes souffrant d’un traumatisme psychique ou d’une quelconque névrose hystérique. On les voit chaque jour, du matin au soir, hiver comme été, faisant le va-et-vient tout le long de l’avenue Habib Bourguiba et ce, dans l’indifférence totale des piétons. Tantôt ils sont la risée de certains passants, tantôt ils inspirent la pitié et la compassion, mais ils alimentent souvent la peur, notamment chez les femmes et les enfants. L’on se demande pourquoi ce grand nombre d’individus atteints de maladies mentales ne sont pas pris en charge par les services psychiatriques. Pourtant, il existe une loi (n° 92-83 du 3 août 1992), relative à la santé mentale et aux conditions d’hospitalisation en raison de troubles mentaux.
Ces âmes errantes sont-elles plus nombreuses qu’avant ? Ce n’est pas difficile de le savoir, puisque leur nombre augmente chaque jour davantage, surtout durant ces dernières années, notamment après la Révolution de 2011. Si la Révolution a eu des apports substantiels, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle a eu des effets négatifs sur la santé mentale de certaines gens. Ainsi, le nombre des personnes souffrant de troubles psychologiques est en croissance depuis janvier 2011. De tels cas se sont multipliés surtout avec la pandémie de la Covid-19 et la crise socio-économique qui s’est installée dans notre pays depuis quelques années. C’est à cause de ces évènements très marquants qu’on s’est aperçu que la santé mentale de pas mal de Tunisiens s’est dégradée.

Des chiffres inquiétants
En l’absence de chiffres officiels récents sur la santé mentale des gens en Tunisie, nous pouvons nous fier à une étude faite en 2022 dans les quartiers populaires de plusieurs villes tunisiennes par l’ONG International Alert, qui a révélé que les 18-29 ans crient leur mal-être, estimant que leur santé mentale est mauvaise, voire très mauvaise, plombés par une crise sanitaire et économique sans fin. Toujours selon la même étude, on apprend que plus d’un quart des hommes sondés estiment avoir besoin de consulter un spécialiste. 8% des personnes qui se sont exprimées souffrent de maladies chroniques, alors que la majorité d’entre eux ne dispose toujours pas d’une protection sociale.
Par ailleurs, les psychiatres de l’Hôpital Errazi constatent qu’après 2011, le nombre de consultations a augmenté de 25%. En effet, cet hôpital a accueilli depuis cette date des milliers de patients souffrant de troubles psychiques. Cela est sans doute relié aux déceptions et aux désillusions ressenties par une bonne part des citoyens à qui on avait promis monts et merveilles lors de la Révolution de 2011. Sûrement, les promesses trompeuses et creuses faites par les différents gouvernements «révolutionnaires» étaient à l’origine des déprimes et des maladies mentales de bon nombre de citoyens chez nous. Certains analystes expliquent la situation par la récurrence de la crise économique qui engendre des dépressions, des états de stress post-traumatique. Ajoutons à cela la paupérisation d’une bonne couche de la société qui a souffert et souffre encore de la cherté de la vie, du taux élevé de l’inflation et de la dégradation du pouvoir d’achat.

Prévenir vaut mieux que guérir
Ce phénomène n’est pas propre à la Tunisie. En effet, selon des études menées par l’Organisation mondiale de la santé, il s’avère que «pendant la première année de pandémie, les taux de dépression et d’anxiété ont augmenté d’un quart dans le monde». Des recherches approfondies ont aussi indiqué que les personnes, en particulier les hommes, connaissant chômage, paupérisation et difficultés familiales, courent un risque significativement plus élevé de subir des troubles mentaux, comme la dépression, l’alcoolisme et le suicide, que les personnes à l’abri de ces problèmes. La Tunisie ne peut pas être à l’abri de ces retombées de la crise sanitaire et économique connue par le monde. En effet, dans un pays où le taux de chômage des jeunes dépasse facilement les 15%, selon les dernières données publiées par l’Institut National de la Statistique (INS), où l’investissement n’a pas augmenté d’un iota et où la crise socio-économique s’exaspère, il est normal que les citoyens soient touchés dans leur santé mentale. Et dire que seulement 2% du budget de la santé est consacré à la santé mentale, si bien qu’il est difficile pour l’Etat de prendre en charge tous les cas des maladies mentales. Mais jusqu’à quand ?
Consciente de la gravité du phénomène, l’Association Tunisienne de la Promotion et Prévention en Santé Mentale a mené plusieurs fois des campagnes de sensibilisation au stress, rappelant que «le stress peut nous submerger, mais rappelez-vous que vous pouvez le gérer». Pour ce faire, l’Association a publié des astuces sur les façons de gérer les situations stressantes dans notre quotidien. De même, cette Association a entamé depuis 2021 un projet baptisé «SafeSpace» qui vise une diffusion et une vulgarisation de la culture de la santé mentale. Le reste revient au gouvernement qui doit prendre en charge un nombre de plus en plus important de Tunisiens souffrant de troubles mentaux. La santé mentale serait-elle encore mal en point en Tunisie ?

Hechmi KHALLADI

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Entre patriotisme, ambition et devoir national : porter haut les couleurs de la Tunisie

Par Ahmed NEMLAGHI

À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde de football, le Président de la République Kaïs Saïed a adressé un message fort de mobilisation et de confiance aux membres de l’équipe nationale tunisienne, appelés à défendre les couleurs du pays sur la scène internationale.
Recevant dimanche dernier au palais de Carthage l’ensemble des joueurs, du staff technique et des responsables de la délégation tunisienne avant leur départ pour la compétition mondiale, le Chef de l’État a insisté sur la portée nationale de cette participation et sur la responsabilité qui incombe à chaque joueur appelé à porter le maillot tunisien.

Dans une allocution empreinte de patriotisme et de détermination, Kaïs Saïed a rappelé que les sportifs tunisiens ne représentent pas uniquement une équipe de football, mais toute une nation, son histoire et les aspirations de son peuple.
Dès le début de son intervention, le Président de la République a tenu à rappeler aux joueurs l’importance symbolique de leur mission. «Vous représentez la Tunisie», a insisté le Chef de l’État, soulignant que chaque joueur doit garder à l’esprit qu’il porte le drapeau national et qu’il se bat pour le hisser haut «sur tous les cieux». À travers cette formule, Kaïs Saïed a voulu mettre l’accent sur la dimension patriotique du sport et sur le rôle fédérateur que joue l’équipe nationale dans l’imaginaire collectif tunisien. Pour lui, chaque apparition des «Aigles de Carthage» sur la scène mondiale engage l’image du pays tout entier et reflète la capacité des Tunisiens à relever les défis avec courage et persévérance. Le Chef de l’État a également appelé les joueurs à faire preuve d’abnégation, de discipline et d’esprit de sacrifice afin d’être à la hauteur des attentes du peuple tunisien, particulièrement attaché à son équipe nationale et à son parcours dans les grandes compétitions internationales.

Une compétition sous le signe du défi
Au cours de cette rencontre, Kaïs Saïed a insisté sur la nécessité de dépasser la logique de la simple participation symbolique. «Le temps de la participation pour la participation est révolu», a-t-il déclaré, appelant l’ensemble de la délégation tunisienne à adopter un véritable esprit de défi et une volonté constante de victoire.
Selon lui, la Tunisie doit désormais aborder les compétitions internationales avec ambition et confiance, loin de toute mentalité défaitiste ou résignée. Le Président de la République a ainsi exhorté les joueurs à entrer dans cette Coupe du monde avec la conviction qu’ils sont capables de rivaliser avec les meilleures sélections et d’écrire une nouvelle page de l’histoire du football tunisien.
Cette approche traduit une vision plus large fondée sur la valorisation de l’effort, de la persévérance et de la confiance dans les capacités nationales. Pour Kaïs Saïed, la réussite sportive constitue aussi le reflet d’un état d’esprit collectif fondé sur la détermination et le refus de l’échec comme fatalité.

«La culture de la défaite est plus grave que la défaite elle-même»
Parmi les passages les plus marquants de son allocution figure l’affirmation selon laquelle «la culture de la défaite est plus grave que la défaite elle-même».
À travers cette phrase, le Président de la République a voulu souligner que le principal danger ne réside pas dans un revers sportif ponctuel, inhérent à toute compétition, mais dans l’installation d’un état d’esprit marqué par le doute et la résignation.
Le Chef de l’État a ainsi exhorté chaque membre de la délégation tunisienne à accomplir sa mission avec une détermination sans faille, un esprit conquérant et une foi inébranlable dans les capacités tunisiennes. Selon lui, la confiance en soi demeure une condition essentielle de la réussite, aussi bien dans le domaine sportif que dans les autres secteurs de la vie nationale. Cette idée revient régulièrement dans les discours présidentiels, où Kaïs Saïed insiste souvent sur la nécessité de restaurer la confiance collective et de valoriser les compétences tunisiennes.

Le sport comme miroir de la nation
Au-delà du football, cette rencontre au palais de Carthage a également permis au Président de la République d’évoquer la portée symbolique du sport dans la construction de l’identité nationale.
Kaïs Saïed est revenu sur plusieurs étapes marquantes de l’histoire des participations tunisiennes dans les compétitions internationales, aussi bien dans les disciplines collectives qu’individuelles. Il a rappelé que de nombreux sportifs tunisiens ont réussi, au fil des décennies, à impressionner le monde par leurs performances et leur capacité à se dépasser malgré des moyens parfois limités.
Ces réussites, a-t-il souligné, demeurent profondément ancrées dans la mémoire populaire et constituent des sources de fierté pour les Tunisiens.
Le Président de la République a notamment insisté sur le fait que les grandes victoires sportives dépassent souvent leur dimension compétitive pour devenir des moments d’unité nationale, capables de rassembler les citoyens autour d’un même sentiment d’appartenance et d’espoir.
Dans un contexte économique et social difficile, les performances de l’équipe nationale représentent ainsi, pour de nombreux Tunisiens, un motif de fierté collective et une occasion de faire rayonner l’image du pays à l’étranger.

«La Tunisie est capable d’émerveiller le monde»
Poursuivant son intervention, Kaïs Saïed a affirmé que la Tunisie demeure capable de surprendre et d’impressionner la scène internationale à condition de conserver la confiance en ses potentialités.
«La Tunisie est encore capable d’émerveiller le monde tant qu’elle conserve une foi profonde et inébranlable en sa capacité à relever les différents défis», a-t-il déclaré devant les joueurs et les membres du staff technique.
À travers cette affirmation, le Chef de l’État a cherché à insuffler un sentiment de confiance et de responsabilité aux joueurs appelés à représenter le pays lors de cette compétition mondiale.
Pour lui, la réussite ne dépend pas uniquement des moyens matériels ou des circonstances extérieures, mais également de la force morale, de la volonté et de la capacité à croire en ses propres compétences.
Ce discours s’inscrit dans une logique où le sport devient également un vecteur de mobilisation nationale et un symbole de la capacité du pays à surmonter les difficultés.

«Écrire l’histoire»
Concluant son allocution, Kaïs Saïed a tenu à rappeler que les grandes compétitions sportives ne se résument pas uniquement aux chiffres ou aux résultats inscrits sur un tableau d’affichage.
«Le tableau d’affichage peut certes briller par un résultat, mais l’essentiel demeure ce qui sera inscrit en lettres d’or sur le tableau de l’Histoire», a affirmé le Président de la République.
À travers cette formule, le Chef de l’État a voulu souligner que certaines participations restent gravées dans la mémoire collective non seulement par les victoires obtenues, mais également par le courage, l’engagement et l’esprit de dépassement dont font preuve les équipes nationales.
Il a ainsi appelé les «Aigles de Carthage» à tout donner sur le terrain afin d’inscrire leur parcours parmi les grandes pages du sport tunisien et d’offrir au peuple tunisien des moments de joie et de fierté.

De fortes attentes populaires
Cette réception au palais de Carthage intervient alors que l’enthousiasme commence à gagner les supporters tunisiens avant le début de la compétition mondiale.
Dans les rues, les cafés et les espaces publics, les discussions autour de la sélection nationale, des choix tactiques et des chances de qualification occupent déjà une place importante dans le quotidien des Tunisiens.
Le football demeure en effet le sport le plus populaire du pays et les performances de l’équipe nationale constituent souvent un facteur de rassemblement dépassant les clivages politiques, sociaux ou régionaux.
Les supporters espèrent voir les «Aigles de Carthage» réaliser un parcours honorable et démontrer que la Tunisie demeure capable de rivaliser avec les grandes nations du football mondial.

Une mission qui dépasse le sport
À travers cette rencontre avec l’équipe nationale, Kaïs Saïed a cherché à donner à cette participation mondiale une dimension qui dépasse le simple cadre sportif.
Le Président de la République a placé cette aventure sous le signe du patriotisme, de la responsabilité et de la volonté de réussir. Son message aux joueurs était clair : défendre les couleurs tunisiennes avec honneur, discipline et détermination afin de faire rayonner le pays sur la scène internationale.
Alors que les «Aigles de Carthage» s’apprêtent à quitter Tunis pour rejoindre la compétition mondiale, tous les regards se tournent désormais vers cette équipe appelée à porter les espoirs d’un peuple entier.
Car au-delà des résultats sportifs, la Coupe du monde représente aussi, pour les Tunisiens, une occasion de rappeler que leur pays demeure capable de relever les défis, d’écrire son histoire et de faire entendre sa voix parmi les nations.

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Vacances d’été : loyers à prix brûlants, pieds dans l’eau ou pas 

L’été est déjà là et en pareille période, les parents pensent déjà à prévoir une bonne «Khleaâ» (villégiature) pour eux et leurs enfants pendant les deux mois de vacances scolaires pour quelques jours, une semaine, deux semaines ou un mois. L’occasion pour la famille de profiter des beaux jours d’été en bord de mer. Mais on peut toujours en rêver aujourd’hui les yeux fermés ou grands ouverts.

Car la vraie villégiature d’antan n’existe plus depuis des dizaines d’années. Elle est devenue impossible d’atteindre à cause des prix exorbitants des loyers affichés pour l’été par les propriétaires qui défient et ignorent la réalité sociale des Tunisiens moyens. Les familles, à ressources financières moyennes ou limitées, en subissent les conséquences. Ces prix surréalistes, qui s’élèvent parfois à plusieurs millions pour un seul mois de location, n’ont pas cessé d’augmenter, d’année en année. Résultats des courses, ici pour voir la mer et s’y baigner, les gens se contentent de gagner les plages les plus proches de leur lieu d’habitation pour nager et parfois rentrer au plus vite.

Cela se passe donc aux antipodes de l’ancienne et de la nouvelle situation générée par un vent de folie mercantiliste. Et si on a créé sous nos cieux des logements sociaux et d’autres formules pour les familles à revenus bas, on n’a pas songé au détail des vacances estivales (par exemple), moment idoine pour le repos, durant les congés payés pour repartir du bon pied. Les familles fuient étrangement et paradoxalement aujourd’hui et durant l’été les maisons, les appartements et les chambres d’hôtels pour passer, amèrement et malheureusement, de mauvaises vacances (qu’on se le dise) dans la canicule diurne et nocturne de la ville. Cela engendre chez eux une attitude de mécontentement et d’hypersensibilité à toute chose négative. Car dans la vie, on ne vit pas que pour le travail, la bouffe et le sommeil. Le repos, le farniente et les instants de joie de vivre, en dehors de la monotonie de la vie quotidienne, sont également nécessaires pour un développement sain de l’organisme.

Y a-t-il une solution envisageable ?
Nous ne savons pas trop pourquoi les prix des loyers affichés pour l’été ont atteint des degrés inimaginables, sachant que cela serait dû à l’augmentation de tout ce que consomme le citoyen tunisien au niveau des produits et des services. Si bien que le prix de location pour un mois d’une maisonnette correspondait à son prix de vente, quelques dizaines d’années auparavant. Tout a augmenté, certes, et augmente de jour en jour. Mais il est des détails que l’entendement ne peut admettre. Les prix de location en saison hivernale n’ont rien à voir avec ceux en saison estivale. Ils correspondent, en effet, à ceux du quart du prix affiché pour l’été. Et là, comme dirait l’autre : «Je vais me taire un peu». Le gain facile est là et c’est un commerce juteux que les propriétaires ne peuvent abandonner de si peu. Et il arrive que les lieux à louer restent fermés durant tout l’été, n’ayant pas bénéficié d’une baisse du prix initial. Serait-ce là un signe d’une certaine méchanceté et d’ignorance de la part des propriétaires ? On pourrait accepter toutes leurs «folies» si le citoyen avait tous les moyens financiers pour en bénéficier. Sans même songer audit prix. Mais dans la réalité, tout se passe autrement.

Lotfi BEN KHELIFA

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Malek Sassi Boughzala (coach parental) : l’arrivée d’un premier enfant fait naître une maman. L’arrivée d’un deuxième enfant fait souvent naître une nouvelle famille

Si tu as déjà connu cette sensation de devenir transparente à l’arrivée de ton enfant, c’est que tu es probablement une maman. Si tu ne connais pas cette sensation, sache que beaucoup de mamans autour de toi la connaissent très bien.Lorsqu’un enfant naît, il reçoit des cadeaux, des visites et toute l’attention de son entourage. On surveille son poids, son sommeil, ses premiers sourires, ses premiers mots. On s’émerveille de chaque étape de son développement. Mais le carnet de suivi de la santé physique et mentale de la maman, quelqu’un l’a vu passer ?Car il ne s’agit pas seulement de lui préparer de la soupe, du zrir et du fenugrec ! Quoique, personnellement, je valide totalement ces pépites, mais si et seulement si l’environnement qui va avec soutient lui aussi la maman, les parents !

Parce qu’une maman n’a pas « juste eu un bébé ». Elle n’a pas juste besoin de produire du lait pour le nourrir. Une femme qui accouche d’un bébé accouche aussi de la mère qui dormait en elle. Elle accouche parfois de blessures anciennes qui refont surface. Elle enterre sur la table d’accouchement une partie de son quotidien, de ses habitudes et de ses priorités pour en faire naître d’autres. Une version d’elle-même qu’elle a à peine le temps de quitter qu’une nouvelle version est déjà en train de naître.

Et pourtant, beaucoup de femmes vont passer des mois, parfois des années, à chercher celles qu’elles étaient avant, et je ne parle pas que de la taille ! Comme si l’objectif était de retrouver l’ancienne version d’elles-mêmes. Alors que le chemin le plus sain est souvent ailleurs. Il consiste à faire le deuil  pour laisser émerger une nouvelle version, plus riche, plus profonde, plus adaptée à ses ambitions. Une version qui demande à être découverte avec patience, foi et confiance plutôt qu’avec lutte et résistance.Et elle n’est pas la seule à devoir s’adapter à cette nouvelle version d’elle-même. Son conjoint découvre une nouvelle femme, âme et corps. Son enfant, quant à lui, attend de mieux se connaître à travers le regard et la présence de parents qui se cherchent eux-mêmes en même temps.

Une nouvelle charge mentale

Certaines femmes se découvrent plus sensibles, plus inquiètes, plus fortes aussi. Elles peuvent ressentir une joie immense le matin et se sentir dépassées, coupables ou épuisées quelques heures plus tard. Cette période n’est pas seulement une transition vers des nuits plus courtes et des journées hachées. C’est aussi une transition vers une responsabilité nouvelle, une charge mentale nouvelle et une vigilance permanente. Cette charge est souvent sous-estimée par l’entourage, mais parfois aussi par la maman elle-même, simplement parce que personne n’en parle vraiment.

Alors certaines femmes regardent autour d’elles et se disent : « La honte… Je suis la seule à vivre ça. Je ne suis pas assez pour être maman, la maman de cet enfant. » Alors que non. Elles sont nombreuses. Très nombreuses.

Je pense qu’il est essentiel de mettre des mots sur ce vécu et de le reconnaître. D’abord pour permettre à la maman de le reconnaître en elle-même, de l’accepter et de construire dessus une plus belle réalité. Ensuite pour permettre à son entourage de la soutenir efficacement.

Avant de parler de solutions, d’organisation, de retour au travail ou d’équilibre familial, il me semble essentiel de reconnaître cette vérité. Parce que beaucoup de femmes n’ont pas d’abord besoin qu’on leur explique comment mieux gérer leur temps. Elles ont besoin qu’on mette des mots sur ce qu’elles vivent, sans attente ni comparaison. Elles ont besoin d’entendre que leurs pensées parfois déconcertantes et leurs émotions intenses sont légitimes et normales, qu’elles ne sont pas seules, qu’elles ne sont pas faibles et surtout qu’elles ne sont pas folles. Car parfois, le premier remède n’est pas une solution. Le premier remède, c’est de se sentir comprise. Comme les autres et différente des autres en même temps.

En Tunisie, malgré tous les défis que rencontrent les jeunes parents, nous avons conservé quelque chose que je trouve précieux. Lorsqu’un bébé naît, il est rare qu’une famille laisse complètement seule une jeune maman. Une mère prépare un plat, fait le ménage, une sœur passe donner un coup de main ou accompagne les devoirs des autres enfants, une tante apporte les corbeilles pour organiser les affaires du bébé, une voisine prend des nouvelles, une grand-mère s’installe quelques jours.

Derrière ces gestes se cache une idée profondément juste : lorsqu’un enfant naît, une famille entière devrait prendre soin de celle qui vient de lui donner naissance, l’aider dans cette transition et lui transmettre les bonnes pratiques dans les meilleures conditions pour qu’elle puisse ensuite s’envoler de ses propres ailes.Et pourtant, même avec les meilleures intentions du monde, certaines maladresses se glissent souvent dans cette période déjà fragile.

La première consiste à s’occuper du bébé à la place de la maman plutôt que de s’occuper de la maman elle-même. Bien sûr qu’un parent a parfois besoin de souffler quelques minutes. Mais la maman a surtout besoin de présence auprès de son bébé pour apprendre à le connaître, créer un lien avec lui, découvrir ses mimiques, ses pleurs, son rythme et ses besoins. Cette rencontre a besoin de temps. Elle a besoin d’un vide fertile où la mère et l’enfant peuvent apprendre à se découvrir en tête à tête, en peau à peau. On ne vient donc pas aider machinalement. On ne vient pas appliquer à la lettre un rituel.  On ne vient pas faire ce qui nous a manqué dans notre propre accouchement. On vient à l’écoute de ce dont cette maman a réellement besoin, dans ses peurs à elle, dans ses doutes à elle, dans son histoire à elle.

La deuxième maladresse consiste à ne pas faire attention à ce que l’on raconte devant elle. « Il sera comme son frère. » « Il deviendra coléreux comme son père. » « Tu verras, ta vie va changer. » « Celui-là sera plus difficile. » Derrière ces phrases souvent anodines se cachent parfois les inquiétudes de la personne qui parle, ses comparaisons ou ses projections. Elles parlent davantage de celui qui les prononce que de cet enfant qui vient de naître et dont cette maman n’a pas besoin. J’ai envie de proposer une règle très simple : si tu penses que ce que tu vas dire aide cette maman, dis-le. Sinon, si tu as le moindre doute, bois ton jus au lieu de parler. Tu sentiras moins le malaise du silence et tu éviteras peut-être d’alourdir le sac à dos déjà bien rempli de cette famille.

La troisième maladresse consiste à écarter le papa au lieu de l’aider à prendre sa place. Sous prétexte qu’il travaille, qu’il fait les courses ou qu’il gère l’extérieur de la maison, on oublie parfois qu’un père est lui aussi en train de naître. Plus les autres prennent sa place, plus il peut avoir du mal à trouver la sienne. Et même si la maison est remplie de monde, la maman ressentira souvent ce vide. Car personne ne peut remplacer la place particulière qu’occupe un père auprès de son enfant et de sa compagne.

Parfois, le plus beau cadeau que l’on puisse faire à une jeune mère, c’est déjà de lui offrir un vrai cadeau à elle. Pas seulement à son bébé. C’est de lui apporter un repas, lui remplir son verre d’eau, lancer une machine à laver, lui permettre de fermer les yeux pendant une heure, s’occuper ponctuellement de son aîné ou simplement, et surtout, l’écouter sans lui offrir un catalogue de conseils, de remarques ou de comparaisons.

Aîné : comment l’aider à accueillir son petit frère ou sa petite sœur

En parlant de l’aîné justement…L’arrivée d’un premier enfant fait naître une maman. L’arrivée d’un deuxième enfant fait souvent naître une nouvelle famille.J’aime souvent utiliser cette image : imaginez trois personnes assises autour d’une table. Lorsqu’une quatrième personne arrive, personne ne quitte la table. Pourtant, tout le monde doit bouger un peu sa chaise. Chacun ajuste sa place pour permettre à l’autre de trouver la sienne. Et cela prend du temps.L’arrivée d’un deuxième enfant ressemble beaucoup à cela. Le bébé cherche sa place. L’aîné cherche sa place. La maman cherche sa place. Le papa cherche sa place. Et parfois même les grands-parents et l’entourage doivent réajuster la leur.Pendant des mois, parfois des années, l’aîné a grandi avec certaines habitudes, certaines attentions et certaines certitudes. Puis un jour, quelque chose change. Derrière ce que nous appelons souvent « jalousie » se cache bien souvent une question beaucoup plus profonde :« Est-ce qu’il reste encore une place pour moi ? Laquelle au juste ?»C’est là que la culpabilité s’invite souvent chez la maman. Celle de regarder son aîné et de penser : « Je ne suis plus aussi disponible qu’avant. » Puis de regarder son bébé et de penser exactement la même chose.

Alors laisse-moi te livrer un secret.

Le besoin principal du grand n’est pas que tu restes exactement la même maman dans des conditions complètement différentes. Son besoin principal est de trouver sa nouvelle place et que tu l’aides à la trouver sans trop de dégâts.Et cette place commence à se construire bien avant la naissance. Pendant la grossesse, aidons le à réduire l’écart entre l’image qu’il se fait de l’arrivée du bébé et la réalité qu’il va vivre. Répondons à ses questions. Accueillons ses émotions. Et si cela ne nous vient pas naturellement, cela s’apprend.Lorsqu’un enfant dit : « J’ai peur qu’il arrive quelque chose à maman », évitons le : « N’aie pas peur. »

Privilégions plutôt :

« Tu t’inquiètes. Je comprends. C’est normal. Tout cela est nouveau pour toi. Tu peux me poser tes questions. Je peux te raconter ce que les médecins en pensent. Je peux aussi te prendre dans mes bras. Nous pouvons prier ensemble. »Et si une larme vient, elle a toute sa place.Puis viennent les premières semaines. Celles où l’enfant vérifie une chose essentielle, souvent maladroitement, avec une sensibilité qui nous semble excessive et des comportements qui nous paraissent parfois bien étranges :« Est-ce que j’ai encore une place ici ? Si oui, laquelle ? »Mon secret pour cette période tient en un mot : le jeu.Les temps de jeu où la maman est disponible à 100 % pour son ou ses aînés.

Quand le bébé dort, évitons autant que possible :« Quand ton frère dormira, je jouerai avec toi. »Essayons plutôt :« Dans trente minutes, je pourrai jouer quinze minutes avec toi. Quinze minutes rien que toi et moi. Je te laisse réfléchir au jeu que tu aimerais choisir et finir tes devoirs d’ici là. »Bien sûr, cela demande d’anticiper et de  prévoir le relais si le bébé se réveille. Bref, d’avoir un plan B.Durant cette période, privilégions tout ce qui nourrit la relation entre la maman et l’aîné. Les jeux. Les câlins. Les moments de complicité. Les petits rituels. Déléguons momentanément les moments plus tendus comme les devoirs si c’est le vas chez vous. Parce qu’au fond, l’aîné n’a pas besoin d’entendre cent fois qu’il est toujours aimé.Il a besoin de le vivre.Et le jeu est son langage principal.C’est souvent à travers lui qu’il entendra le message le plus important :« Tu as toujours une sacrée place dans cette nouvelle configuration. »

Trouver sa place dans une nouvelle famille demande du temps. Trouver sa place dans une nouvelle organisation de vie aussi. Car pendant que certains parents commencent à peine à prendre leurs marques, une autre réalité se rapproche déjà : la reprise du travail.Oui, le congé maternité est court. Oui, les attentes de la société existent. Oui, les parents n’ont pas toujours le choix. Mais à force de regarder ce qu’on ne peut pas changer, on oublie parfois de préparer ce qu’on peut influencer.

Lorsque l’on sait que le retour au travail approche, l’énergie peut facilement être absorbée par les inquiétudes : qui va garder le bébé ? Est-ce le bon choix ? Est-ce trop tôt ? Que vont penser les autres ? Est-ce que mon enfant va souffrir de cette séparation ?Je propose à la maman  et au papa aussi  de tourner ces questions dans un autre sens pour pouvoir avancer.

« Si je décide de reprendre le travail, comment puis-je profiter au mieux des moments passés avec mon enfant le matin, le soir et les week-ends ? Quelles tâches puis-je déléguer pour préserver mon énergie et ma disponibilité émotionnelle ? Puis-je décaler certains horaires ? Les réduire temporairement ? M’organiser autrement le week-end et le faire savoir à ma famille ? Quels sujets ai-je besoin d’aborder avec mon partenaire pour avancer dans la sérénité et la transparence ?Si je choisis un certain mode de garde, qu’est-ce qui me fait réellement peur ? Une éducation différente de la mienne ? Le manque de sécurité ? Le regard des autres ? »

 Alors attendre d’une grand-mère, d’une nounou ou d’une éducatrice qu’elle reproduise exactement notre manière de faire est souvent une source de frustration.Si des doutes persistent, si certaines inquiétudes prennent trop de place, il est parfois plus utile d’en parler à un professionnel plutôt que de porter seule ces questions pendant des semaines ou des mois jusqu’à ce qu’elles se transforment en fatigue, en tensions ou en maux de tête.

                                                     Kamel Bouaouina

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Quand le sport des enfants devient un privilège

Il fut un temps où l’association sportive de quartier représentait beaucoup plus qu’un simple lieu d’entraînement. Elle était une porte ouverte, parfois la seule, vers un rêve possible. Un enfant y entrait avec un ballon usé, des chaussures modestes, une énergie débordante, et cette conviction silencieuse que le talent pouvait encore parler plus fort que l’argent. Le terrain était un espace de mélange social, de discipline et d’espérance. On y apprenait à courir, à tomber, à se relever, à respecter l’entraîneur, l’adversaire et le groupe. On y apprenait aussi que le sport pouvait sauver un enfant de la rue de l’ennui, du décrochage, parfois même d’un destin déjà écrit par la pauvreté.

Aujourd’hui, cette image s’efface peu à peu. Les associations sportives en Tunisie fonctionnent de plus en plus comme des structures privées, presque comme des sociétés indépendantes. Elles engagent leurs entraîneurs, fixent leurs horaires, organisent leurs catégories, communiquent comme des académies modernes et demandent aux parents des mensualités régulières. Sur le papier, rien de choquant : l’encadrement coûte de l’argent, les entraîneurs doivent être rémunérés, les équipements doivent être entretenus et les déplacements doivent être financés. Mais la question est aussi sociale. Que devient le sport lorsqu’il cesse d’être une passerelle vers l’intégration pour devenir un service payant réservé à ceux qui peuvent suivre ?
Car derrière les discours sur la formation, l’éducation sportive et la détection des talents, une réalité plus dure s’installe. Beaucoup de familles modestes n’osent même plus pousser la porte d’un club. Elles savent déjà que l’inscription, les mensualités, la tenue, les chaussures et parfois les frais annexes pèseront trop lourd sur un budget familial déjà fragile. Le rêve sportif de l’enfant se retrouve alors arrêté non par manque de talent, non par manque de volonté, mais par manque d’argent. On ne lui dit pas toujours directement : «Tu n’as pas ta place». On lui fait simplement comprendre que l’accès a un prix.

Le terrain public, le bénéfice privé
Ce qui rend cette situation encore plus problématique, c’est que ces associations exploitent souvent des infrastructures existantes, mises à disposition ou facilitées par les autorités locales. Des terrains municipaux, des salles publiques, des vestiaires et des espaces construits avec l’argent de la collectivité deviennent le cadre d’activités dont l’accès dépend ensuite de la capacité des parents à payer. Il y a là une contradiction profonde. Si l’infrastructure est publique, qu’elle appartient symboliquement à tous les citoyens, comment accepter que des enfants du même quartier en soient exclus parce que leurs parents ne peuvent pas régler une mensualité ?
Bien sûr, il ne s’agit pas de diaboliser les associations sportives. Beaucoup font un travail sérieux, parfois avec peu de moyens. Beaucoup d’entraîneurs donnent de leur temps, de leur énergie et de leur cœur. Beaucoup de dirigeants se battent pour faire vivre des structures fragiles. Mais il faut avoir le courage de regarder le problème dans son ensemble. Quand une association bénéficie de la tolérance, du soutien ou des infrastructures des autorités locales, elle ne peut pas se comporter uniquement comme une structure commerciale fermée sur sa logique financière. Elle porte aussi une responsabilité sociale. Elle agit dans un espace commun. Elle touche à l’enfance, à la jeunesse, à l’éducation et à l’égalité des chances.
Le sport n’est pas un luxe, il est une école parallèle. Pour certains enfants, il est même plus efficace que bien des discours moraux. Un terrain bien encadré peut éloigner un adolescent de la violence, de la marginalisation ou de la perte de confiance. Dans les quartiers défavorisés, il ne manque pas de talents. Ce qui manque souvent, ce sont les passerelles et les adultes capables de dire : cet enfant ne paiera pas, mais il jouera, parce qu’il a le droit d’essayer.

Redonner sa chance au talent
Il est donc urgent de penser à un mécanisme simple, clair et durable : toute association sportive bénéficiant d’une infrastructure publique ou d’un appui local devrait réserver un nombre déterminé de places gratuites à des enfants issus de familles défavorisées. Pas comme une faveur ni une opération de communication, mais comme un engagement normal. Ce serait une forme de retour à la collectivité. Si la ville offre le terrain et facilite l’activité, alors l’association doit à son tour ouvrir une partie de ses portes à ceux que le marché exclut.
Une telle mesure ne ruinerait pas les associations. Elle pourrait être organisée intelligemment, avec des critères transparents, en coordination avec les écoles, les municipalités, les maisons de jeunes ou les services sociaux locaux. Dans chaque catégorie d’âge, quelques places pourraient être réservées gratuitement. Les enfants concernés seraient sélectionnés selon deux critères simples : la situation sociale et la motivation sportive. L’objectif n’est pas seulement de chercher le futur champion, mais aussi d’offrir à des enfants une discipline, un cadre, une appartenance et une chance.
On demande aux jeunes d’être disciplinés, ambitieux, éloignés des mauvaises fréquentations, mais on leur ferme les lieux où cette discipline peut se construire. On se plaint de la rue, puis on rend le club inaccessible. On regrette la perte des valeurs, puis on transforme l’éducation sportive en produit commercial. On admire les grands sportifs quand ils réussissent, mais on oublie que beaucoup d’entre eux viennent de milieux simples, de quartiers ordinaires, parfois difficiles. Avant d’être des stars, ils étaient des enfants qui avaient seulement besoin qu’un adulte leur dise : «Viens, tu peux jouer.»
Le talent n’habite pas seulement les familles capables de payer. Il ne choisit ni l’adresse, ni le revenu des parents, ni la marque des chaussures. Il apparaît parfois dans une ruelle poussiéreuse, sur un terrain vague, dans une cour d’école, chez un enfant silencieux que personne ne remarque. Une politique sportive juste doit aller chercher ce talent-là. Elle doit le protéger de l’exclusion précoce. Car lorsqu’un enfant comprend très tôt que son rêve dépend de l’argent de ses parents, il n’abandonne pas seulement un sport. Il perd aussi une partie de sa confiance dans la justice sociale.
Il faut donc remettre du sens dans le fonctionnement de nos associations sportives. Elles peuvent continuer à percevoir des mensualités de ceux qui peuvent payer, car leur équilibre financier en dépend. Mais elles doivent aussi assumer une mission d’ouverture. Une association sportive n’est pas une salle privée de loisir. Elle travaille avec des enfants, pas avec de simples clients. Et un enfant ne devrait jamais être réduit à cette phrase brutale : «Tu payes ou tu ne joues pas». Le sport tunisien progressera lorsqu’il redeviendra capable d’accueillir ceux qui n’ont rien d’autre que leur talent et leur volonté. Offrir quelques places gratuites n’est pas un geste secondaire. C’est une manière de réconcilier le sport avec sa vocation première : former, rassembler et donner une chance.

Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

 

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Route de la Soie : le berger Adnen Helali porte le message de Sammama à Daghestan, Kalmoukie, Astrakhan et Mongolie

 La Tunisie a marqué une présence exceptionnelle au sein de la Caravane de la Route de la Soie organisée par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), à travers la participation de l’écrivain et acteur culturel et environnemental Adnen Helali. Celui-ci a représenté la Tunisie et le monde arabe en tant qu’unique participant arabe à cette initiative internationale réunissant experts, responsables et acteurs de terrain venus de plusieurs régions du monde. La première étape de la caravane s’est déroulée en Turquie, à travers les villes d’Erzurum, Malatya, Gaziantep et Antalya, sur les traces des anciennes routes empruntées pendant des siècles par les caravanes de la Route de la Soie.

Au cours de ces différentes étapes, Adnen Helali a pris part à des rencontres, des conférences et des visites de terrain consacrées à la protection des terres, à la lutte contre la désertification et au soutien des communautés rurales et pastorales. Le forum officiel organisé à Antalya a constitué un moment fort de la participation tunisienne. Adnen Helali y a présenté l’expérience du Djebel Semmama comme un modèle associant culture, développement local et préservation de l’environnement. Il a notamment mis en lumière les initiatives portées par les communautés montagnardes pour transformer les défis sociaux et environnementaux en projets de création, de résilience et de vie. Cette expérience a suscité un vif intérêt parmi les participants et les représentants des organisations internationales présents, au point d’être citée lors de la tribune officielle de la caravane comme une expérience inspirante en matière de développement durable.

Un voyage à travers le temps et les cultures

Dans sa phase russe, la caravane a pu poursuivre  son parcours à travers la République du Daghestan, la République de Kalmoukie et la région d’Astrakhan. Les participants y ont découvert diverses expériences liées à la gestion des pâturages, à la restauration des terres dégradées et au développement des économies locales fondées sur les ressources naturelles. Ils ont également visité plusieurs sites emblématiques situés sur les anciens axes de la Route de la Soie entre l’Europe et l’Asie. Au cours de cette tournée, la participation tunisienne a été largement saluée par plusieurs ministres de l’Agriculture et responsables locaux des républiques russes visitées. La délégation onusienne chargée de la caravane a également souligné la contribution remarquable d’Adnen Helali dans la valorisation de l’expérience des communautés montagnardes tunisiennes et dans la promotion du rôle de la culture au service du développement durable et de la protection des terres.

Cette participation revêt une importance particulière puisqu’elle représente la seule présence tunisienne et arabe au sein de la Caravane de la Route de la Soie. Elle a permis de mettre en lumière l’une des expériences les plus originales de la Tunisie dans les domaines de la culture, de l’environnement et du développement local, devant des délégations et des experts venus de nombreux pays. Elle a également constitué une occasion de faire connaître les initiatives portées par les régions montagneuses tunisiennes et leur capacité à contribuer aux réflexions mondiales sur l’avenir des terres, des pâturages et des communautés rurales. Cette présence remarquée a été couronnée par le renouvellement de l’invitation adressée à Adnen Helali pour participer aux prochaines étapes de la Caravane de la Route de la Soie à travers l’Asie centrale, la Chine et la Mongolie.

L’expérience du Djebel Semmama est la seule à avoir bénéficié d’une telle continuité tout au long du parcours de la caravane, alors que les autres initiatives internationales n’ont été associées qu’à une seule étape. Cette distinction témoigne de l’intérêt suscité par l’expérience tunisienne et confirme sa capacité à porter la voix des montagnes, des bergers et des communautés locales dans l’une des plus importantes initiatives internationales consacrées à l’avenir de la terre et de l’humanité.

Des montagnes du Semmama aux steppes d’Asie, Adnen Helali a ainsi porté un message affirmant que la culture peut bâtir des ponts entre les peuples et que la voix des bergers et des habitants des montagnes a toute sa place dans les grands forums internationaux consacrés à l’avenir de l’Homme et de la planète, devenant ainsi un véritable ambassadeur des montagnes tunisiennes sur les chemins de la Route de la Soie

                                  Kamel Bouaouina

 

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192 projets numériques annoncés pour les 5 prochaines années : la digitalisation des services publics est-elle sur la bonne voie ?

Après une première phase globalement réussie, il s’agit, aujourd’hui, d’accélérer la dématérialisation des services publics en Tunisie. Pour y parvenir, le gouvernement vient d’annoncer le lancement de 192 projets numériques pour les cinq prochaines années. Pourvu que toutes les composantes de ce mégaprojet suivent convenablement…

Après le déploiement, en 2024, des premières applications de la plateforme nationale d’interopérabilité reliant cinq ministères, le gouvernement a donné son feu vert pour enclencher la deuxième phase du projet qui vise la numérisation complète des services publics en Tunisie. La bonne nouvelle vient d’être diffusée depuis Tallinn, la capitale de l’Estonie, où siège Cybernetica, l’architecte en chef du grand chantier de la numérisation des services publics en Tunisie.

Cybernetica a ainsi annoncé sur son site web la signature d’un contrat avec les ministères tunisiens des Technologies de la Communication et de l’Économie et de la Planification, lançant officiellement la Phase 2 de la Plateforme Nationale d’Interopérabilité.

Cette plateforme vise à interconnecter les systèmes informatiques des administrations et institutions publiques tunisiennes pour permettre l’échange de données en temps réel, sans que le citoyen ou l’entreprise ait à fournir plusieurs fois la même information à l’État.

Au cours de cette deuxième phase du projet qui doit s’étendre jusqu’à fin 2027, l’objectif est de faciliter l’intégration de la plateforme dans l’ensemble des ministères et de renforcer les capacités de tous les acteurs pour exploiter pleinement le potentiel de la plateforme notamment pour la création des services ciblés et personnalisés.

En tant que pilier essentiel de la gouvernance électronique, la plateforme nationale d’interopérabilité devrait favoriser le développement d’une vaste gamme de services numériques et ouvrir de nouvelles perspectives pour un impact socio-économique positif.

Renforcer les fondations de la Phase 1

La première phase du projet a consisté à interconnecter cinq ministères et institutions publiques via la plateforme UXP (Unified eXchange Platform) de Cybernetica, la même infrastructure au cœur du modèle e-Estonia. Cette phase a commencé en 2024. Son architecture décentralisée permet l’échange de données inter-systèmes en temps réel, avec chiffrement de bout en bout et authentification mutuelle, sans stockage centralisé.

Selon Moez Kamoun, l’expert associé chez PwC Tunisie, partenaire du projet, cette phase a été «un excellent exercice» qui a permis de tirer plusieurs leçons, de cartographier les silos de données de l’administration, de former les équipes locales et de lever les blocages réglementaires liés au partage interinstitutionnel. «Nous abordons la Phase 2 avec beaucoup plus de sérénité et d’engagement de la part de toutes les parties prenantes», a-t-il ajouté, ce qui est plus que réconfortant.

Une prometteuse seconde phase

Cette nouvelle étape étend la plateforme à six institutions au cœur de l’activité économique : le Registre National des Entreprises (RNE), l’Instance Tunisienne de l’Investissement (TIA), l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation (APII), le Centre de Promotion des Exportations (CEPEX), le ministère des Finances et la Banque centrale de Tunisie.

Le déploiement est financé par la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) et le Secrétariat d’État suisse à l’Économie (SECO), dans le cadre de leur programme de réforme sectorielle. Les délais de parachèvement du projet sont prévus pour 2027.

Les objectifs déclarés incluent la réduction des délais et coûts des procédures administratives pour les entreprises, l’amélioration du classement de la Tunisie dans l’indice de développement du e-gouvernement des Nations unies, et la réduction du recours aux processus papier.

Le tout s’inscrit dans la stratégie «Tunisia Digital 2025» et le plan de développement 2026-2030, dans le cadre duquel le gouvernement tunisien a annoncé 192 projets de digitalisation des services publics.

Les entreprises devront disposer d’une identité numérique : Mobile ID pour les personnes physiques, DigiGo pour les personnes morales. C’est la première échéance opérationnelle publiquement communiquée dans le cadre de ce chantier, et elle concerne directement l’ensemble des entreprises tunisiennes.

D’ailleurs, on commence à récolter ce qu’on a semé depuis 2024. Le signe le plus tangible de cette dynamique vient du RNE lui-même : l’institution a annoncé sur Facebook qu’à partir du 1er juillet 2026, le dépôt de dossiers sera exclusivement électronique.

En modernisant la prestation de services et en améliorant la maturité numérique des institutions publiques, le projet ambitionne de faire évoluer les mentalités dans le secteur public pour adopter une approche centrée sur les utilisateurs professionnels et particuliers. L’objectif est d’accélérer la modernisation administrative à travers la dématérialisation complète des services publics avec 192 projets numériques annoncés pour la période 2026-2030.

Un partenaire très performant

Il y a lieu de rappeler que l’entreprise Cybernetica, qui est l’un des acteurs ayant contribué à la transformation technologique qui a fait de l’Estonie l’un des pays les plus digitalisés au monde, a parachevé en 2025, la première phase du déploiement de la plateforme nationale d’interopérabilité en Tunisie. Il était question dans un premier temps, de mettre en place la solution d’échange des données sécurisée (la plateforme Unifited eXchange Platform, UXP) dans un groupe restreint d’institutions formé de cinq ministères tunisiens.

Parallèlement à la mise en œuvre technique, Cybernetica a assuré le transfert de l’expertise nécessaire pour renforcer les compétences des différents acteurs tunisiens qui veilleront sur la bonne marche de la plateforme et son déploiement à plus grande échelle.

Il y a lieu également de souligner que les solutions développées par Cybernetica et qui constituent aujourd’hui le socle de la digitalisation des services publics en Tunisie avaient déjà été déployées dans plus de 12 pays à travers le monde, notamment en Ukraine, au Japon, au Bénin, en Namibie, au Groenland et aux Bahamas.

La balle est, à présent, dans les pieds de notre administration qui n’aura plus d’excuses pour maintenir une bureaucratie qui a fait beaucoup de mal au développement rapide du pays.

Kamel ZAIEM

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Quand Facebook devient une pharmacie sans comptoir

Il fut un temps où le médicament appartenait à un lieu, à une parole et à une responsabilité. On entrait dans une pharmacie, on remettait une ordonnance, on posait une question, et l’on recevait, avec la boîte, un minimum de conseils. Aujourd’hui, une partie de ce monde se déplace vers les écrans. Sur Facebook, entre une annonce de vêtements, une vidéo de cuisine et une polémique du jour, apparaissent des publications qui promettent de soigner plus vite, moins cher, sans attente et sans médecin. Comprimés pour maigrir, crèmes miraculeuses, antibiotiques vendus «en privé», injections rares, produits importés : tout circule dans un marché parallèle où l’urgence du malade rencontre l’habileté du vendeur.
Le problème n’est pas seulement que Facebook héberge des annonces douteuses. Il est plus profond : il tient à la transformation de la maladie en opportunité commerciale immédiate. La peur de souffrir, la honte de consulter, le manque d’argent, les délais médicaux, la méfiance envers les institutions, tout cela crée un terrain favorable à une nouvelle forme de commerce sanitaire. Dans ce commerce, la phrase rassurante remplace le diagnostic, l’image de la boîte remplace la traçabilité, le commentaire enthousiaste remplace l’étude médicale, et le message privé remplace l’ordonnance. On n’achète plus seulement un médicament, on achète une promesse, parfois une illusion, parfois un danger.
Ce phénomène dépasse les frontières nationales. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que les produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés touchent toutes les régions du monde, et qu’au moins un produit médical sur dix dans les pays à revenu faible ou intermédiaire est de qualité inférieure ou falsifié. Derrière la petite annonce anodine, il existe donc un marché mondial, organisé et rentable, qui profite de la fragilité des patients. Interpol a encore signalé, en 2026, la saisie de millions de doses de produits pharmaceutiques illicites dans une opération internationale. Le trafic de médicaments n’est pas une exception marginale, c’est une économie criminelle installée.
Ce qui rend Facebook particulièrement sensible, c’est la confusion des espaces. Nous y sommes entre amis, voisins, membres d’un groupe local. Un produit publié dans un groupe de quartier paraît moins inquiétant qu’un site inconnu. Un vendeur qui répond vite, promet la discrétion, parle notre langue et connaît nos difficultés, inspire parfois plus confiance qu’une institution lointaine. C’est là que réside le piège : la proximité numérique fabrique une fausse intimité, et cette intimité affaiblit la vigilance.

Le médicament n’est pas un produit comme les autres
On peut acheter un téléphone d’occasion sur Facebook et accepter le risque qu’il fonctionne mal. On peut commander une montre, un parfum et découvrir ensuite que la qualité n’est pas au rendez-vous. Mais un médicament engage le corps, les organes, le sang, parfois la vie. Il peut interagir avec un traitement déjà pris. Il peut être contre-indiqué pour une femme enceinte, un enfant, une personne âgée, un malade du cœur, du foie ou des reins. Il peut être inutile si la dose est trop faible, dangereux si la dose est trop forte, mortel si la substance n’est pas celle annoncée. L’Agence française du médicament avertit que les produits achetés hors circuit légal peuvent exposer à un sous-dosage, à un surdosage ou à une substance potentiellement toxique.
Or, sur Facebook, ces nuances disparaissent derrière une rhétorique simple : «testé», «efficace», «original», «disponible», «livraison rapide». Le vocabulaire commercial devient plus fort que le vocabulaire médical. Le témoignage remplace l’examen. La photo avant/après, surtout pour les produits amaigrissants ou dermatologiques, devient une preuve émotionnelle. Et lorsque la souffrance est intime — poids, sexualité, douleurs chroniques, fertilité, anxiété — le patient cherche parfois moins la sécurité que la discrétion. Les trafiquants le savent. Ils ne vendent pas seulement un produit, ils vendent l’évitement du regard médical.
Il faut aussi reconnaître que ceux qui achètent ne sont pas toujours naïfs. C’est parfois parce que le système officiel leur paraît lent, coûteux ou inaccessible. C’est parfois parce qu’un médicament manque, qu’une consultation est reportée, que la douleur ne supporte pas les délais. La critique des ventes sauvages ne doit donc pas se transformer en mépris du malade. Il faut condamner le trafic sans humilier ceux qui y tombent. Derrière chaque achat risqué, il y a souvent une inquiétude sincère et une solitude sanitaire.
Je comprends votre fatigue devant les rendez-vous médicaux interminables et les prospections répétées. Je comprends que votre prostate vous gâche les nuits, que ces douleurs vous inquiètent, que ces boutons au visage vous gênent dans votre vie sociale, parfois même dans votre désir de séduire ou de vous sentir bien dans votre peau. Mais il faut le dire clairement : céder à l’automédication peut devenir plus ennuyeux, plus dangereux et plus lourd de conséquences que les symptômes eux-mêmes. Un médicament pris sans avis médical ne soigne pas toujours ; parfois, il masque, retarde, complique, ou aggrave silencieusement ce que l’on croyait résoudre.

La confiance ne se remplace pas par un message privé
La réponse ne peut pas être seulement policière. Bien sûr, il faut contrôler, signaler, supprimer les pages frauduleuses, poursuivre les vendeurs, coopérer avec les plateformes. Mais la bataille est aussi culturelle. Nous devons réapprendre que le médicament a besoin d’un cadre, non par bureaucratie, mais parce que le corps humain n’est pas un terrain d’expérimentation improvisée. La pharmacie, le médecin, l’ordonnance, la notice, le numéro de lot, la chaîne de conservation, tout cela peut sembler lourd, mais c’est précisément cette lourdeur qui protège. Une boîte sortie d’un sac, livrée sans facture et vendue par message privé, peut ressembler à une solution ; elle est surtout une rupture de toutes les garanties.
Pour les lecteurs ordinaires, quelques réflexes doivent devenir simples. Un médicament sur ordonnance ne doit pas être acheté auprès d’un particulier ou d’une page Facebook. Un produit miracle, très cher ou anormalement bon marché, doit éveiller le doute. Une promesse de guérison rapide, sans effets secondaires, sans consultation, est déjà un signal d’alerte. Il faut se méfier des vendeurs qui pressent, qui demandent de passer en message privé, qui refusent de donner une provenance claire. En cas de doute, le pharmacien reste l’un des interlocuteurs les plus accessibles.
Mais au-delà des conseils pratiques, cette question nous oblige à interroger notre rapport contemporain à la santé. Nous voulons tout rapidement : l’information, le diagnostic, le traitement, la livraison. Les réseaux sociaux ont habitué nos esprits à confondre disponibilité et vérité. Parce qu’un produit est visible, nous croyons qu’il existe légalement. Parce qu’il est recommandé, nous croyons qu’il est sûr. Parce qu’il est livré vite, nous croyons qu’il répond à notre urgence. Or la santé demande parfois l’inverse : ralentir, vérifier, demander conseil, accepter qu’un médicament ne soit pas adapté à tous.
Le médicament vendu sur Facebook est donc plus qu’un fait divers numérique. Il révèle une époque où la confiance se fragmente, où les institutions peinent à parler clairement, où le commerce pénètre les zones les plus vulnérables de l’existence. Il ne s’agit pas de diaboliser Internet : les réseaux peuvent informer, orienter, sensibiliser. Mais lorsque le médicament quitte le circuit contrôlé pour devenir une marchandise clandestine, la technologie cesse d’être un outil et devient un risque. Une société digne de ce nom ne laisse pas ses citoyens chercher la guérison dans l’ombre des groupes privés. Elle construit des soins accessibles, des pharmacies fiables, une information claire et une éducation sanitaire patiente. Car face à la maladie, l’être humain n’a pas seulement besoin d’un produit, il a besoin de confiance, de compétence et de protection.

Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

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Jalel Ben Khaled (Ex-handball de l’EST et international tunisien) : «Sans actions tangibles, l’avenir de la petite sphère s’annonce brumeux»

L’invité de ce dimanche est un ex-international et joueur de handball de l’Espérance Sportive de Tunis. C’est un pur «Sang et Or» qui a laissé de très beaux souvenirs à ses supporters. Dans la présente interview, on passera en revue son parcours en tant que joueur et technicien et ses ambitions pour les années à venir. Une interview qui tombe à pic puisque c’est l’assemblée générale élective de la FTHB. Entretien. 

– Pour commencer, votre parcours avant de devenir joueur de handball…
– Je suis né à Bab Souika, mais à l’âge d’un an, on a déménagé pour aller du côté de la Banlieue nord, au Kram plus précisément. J’y ai vécu toute ma jeunesse jusqu’à mon mariage. Pour les études, j’ai fait l’école des sœurs à Carthage présidence, qui est devenue aujourd’hui l’IHEC. Après l’école française, j’ai fait l’école tunisienne de Salammbô. Apres le Bac, je suis allé en France, plus précisément à Lyon pour faire un DESS en électronique et electro-technique. Et j’ai également joué au handball.

– Vos premiers pas en handball ?
– J’ai commencé à pratiquer le handball au sein de la grande école qu’est Al Hilal. Il faut dire que c’est un club qui s’apparente à une famille. Mon père m’y emmenait car il était un des responsables du club avant d’en devenir le président. J’étais sur les terrains de handball dès mon jeune âge et dès que j’ai atteint l’âge d’avoir une licence, ma carrière a commencé. C’est un grand club qui a été entraîné par Hédi Malek et qui a vu de grands noms porter son maillot à l’instar de Naceur Jeljeli, Raouf Ben Samir, Youssef Kortbi. Personnellement, j’ai joué avec les seniors alors que j’étais encore cadet. Mais j’ai très vite quitté le club car je suis parti très jeune en France dès l’obtention du baccalauréat.

– Pourquoi le handball et pas un autre sport ?
– Cela s’est fait naturellement. Disons que le handball s’est imposé à moi et ne m’a point laissé la possibilité de choisir. Comme je viens de vous le dire, mon père était responsable puis président d’Al Hilal et j’étais sur le terrain tout petit, à regarder les autres jouer avant de faire comme eux. En outre, toute la famille a joué au handball. Mes sœurs, mes cousins et cousines et on considérait Al Hilal comme notre famille.

– D’Al Hilal vous êtes parti en France pour une expérience professionnelle avant de revenir en Tunisie. Pourquoi n’êtes-vous pas resté du côté de l’Hexagone ?
– C’est une bonne question. Pour être franc, j’ai un peu regretté. C’est le destin. Beaucoup m’ont demandé pourquoi je ne suis pas resté en France. Peut-être parce que j’étais bien en Tunisie. Ce que vous ne savez pas, c’est que le maire de Vénissieux m’avait même proposé de me préparer pour avoir la nationalité française et voulait que je reste avec le club de cette commune, mais ça n’a pas abouti. Il faut dire que mon père ne voulait pas en entendre parler et n’admettait pas de voir son fils obtenir la nationalité française. Et puis, il y a l’Espérance, l’engouement du public, j’étais très jeune encore et cela a suffi pour me pousser à revenir en Tunisie. C’est finalement sans regrets car de mon temps, il n’y avait pas d’argent dans le monde du handball en Tunisie comme en France. Ce n’est qu’après que les choses ont changé. Quoi qu’il en soit, ce fut une belle expérience et je peux me vanter d’avoir joué avec des internationaux français de l’époque, ceux qu’on appelait les Barjots qui ont remporté le championnat du monde en Islande. J’en citerai Latou, Meunier, Gaël Monthurel, Patrick Lepetit. Quand je suis rentré en Tunisie, j’ai joué contre eux. Ils ont beaucoup progressé et fait de la France une des plus grandes nations de handball et cela s’est fait sous la houlette de Constantini. On peut dire que j’ai connu la France d’avant-Constantini et d’après-Constantini et on devrait s’en inspirer.

– Comment avez-vous atterri à Vénissieux ?
– Vous allez en rire. J’étais parti en France pour mes études et comme le terrain d’entraînement était près de chez moi, j’allais, assez souvent, regarder cette équipe s’entraîner. Un jour, en l’absence du gardien, on m’a proposé de le supplanter et depuis, c’est parti. C’est un concours de circonstances extraordinaire. Je ne devais même pas rester dans cette ville car je devais partir pour Lille. Ils m’ont inscrit à l’université et officiellement recruté. Dans un journal de Lyon qu’on appelle «Le Progrès», on disait de moi : «Le joueur qui a vu de la lumière dans la salle est rentré». Ce fut une belle expérience puisque en quatre ans, nous avons atteint la ligue 1 après avoir fait la division trois, puis deux, 1B et enfin 1A. Plusieurs clubs m’ont sollicité en France, mais j’ai toujours dit non car j’étais bien à Vénissieux. C’est un club qui ressemble un peu à Al Hilal.

– Un aperçu succinct sur votre parcours sous les couleurs de l’Espérance ?
– De 1988 à 1996. Je vous laisse faire le compte, une période où j’ai tout gagné. Je ne saurais vous dire combien de titres, mais nous avons dominé le handball en Tunisie pendant quelques années. Je ne peux qu’être satisfait de mon long parcours avec l’Espérance.

– Vous étiez, vous et le regretté Habib Yagouta, les leaders du groupe. Cela a facilité la tâche de toute l’équipe, j’imagine ?
– Absolument. Moi, je haranguais mes coéquipiers sur le terrain et Habib s’occupait des vestiaires. Le comportement des joueurs vis-à-vis du club ? Personnellement, à mes débuts, il m’a fait comprendre dans quel club j’évoluais en me reprenant après m’avoir vu poser le maillot sur le sol pour ne pas salir mes pieds. Évidemment, c’était dans le vestiaire après la douche. Il m’a clairement fait savoir que le maillot du club est sacré. C’était ça le grand Habib. Qu’il repose en paix.

– Son départ a attristé toute la Tunisie. Quel souvenir gardez-vous d’un des meilleurs gardiens de handball en Tunisie ?
– C’est un être exceptionnel et aimé de tous. Tous les autres clubs, sans exception, l’appréciaient beaucoup. On a beaucoup joué ensemble à l’Espérance comme en équipe nationale et durant les stages, nous étions toujours dans la même chambre. Il me manque beaucoup.

– Avez-vous été contacté par un autre club tunisien avant de porter le maillot «sang et or»?
– Oui. Le Club Africain a voulu m’engager et m’a contacté à travers Raouf Ben Samir. Je devais rencontrer Azouz Lasram à Paris. Ça ne s’est pas fait et ça ne pouvait pas aboutir car je suis espérantiste et toute la famille est espérantiste.

– Votre meilleur souvenir avec l’Espérance…
– Le meilleur souvenir, c’est la finale de la coupe de Tunisie remportée. C’est un souvenir inoubliable car ce jour-là, nous n’étions pas bons. Notre adversaire a mené au score durant tout le match, mais nous avons su nous imposer dans les dernières minutes. Et c’est ce qui rend cette coupe encore plus belle.

– Et votre plus mauvais souvenir ?
– Indéniablement notre défaite devant notre public à la salle Zouaoui en finale de la Coupe d’Afrique devant le Zamalek d’Égypte.

– Une idée sur votre parcours en équipe nationale…
– J’ai porté le maillot national de 1988 à 1995. D’ailleurs, cette année restera gravée dans ma mémoire. C’est l’année de ma dernière coupe du monde en Islande et nous avons perdu contre la Croatie aux tirs au but. Sinon, j’ai participé aux Jeux méditerranéens, à la Coupe d’Afrique et même si nous n’avions pas porté de titres, nous étions toujours en finale. Je dois rappeler que la Tunisie a remporté le titre africain en 1994, mais on m’avait écarté de l’équipe de Tunisie pour des raisons que j’ignore encore aujourd’hui. Je suis revenu en 1995 pour participer au Championnat du monde.

– Après ce parcours, avez-vous des regrets ?
– Pas vraiment. J’ai toujours tout donné sans tricher et, en équipe nationale comme à l’Espérance, j’étais un leader. Le jour où j’ai senti que physiquement je n’étais plus capable de faire ce que j’ai toujours fait, j’ai décidé d’arrêter et de mettre un terme à ma carrière. Je me rappelle que c’était après une finale perdue contre le Club Africain.

– Comment avez-vous géré votre après-carrière ?
– Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer car j’ai beaucoup voyagé. J’ai profité de la vie et je me suis complètement éloigné du monde du handball pendant cinq à six ans. Et puis en 2004, j’ai été contacté par Slim Chiboub pour une réunion avec Sayed Ayari et Mohamed Sabbagh. L’intention était de relancer l’équipe senior qui a perdu le titre arabe et concédé une défaite en championnat devant le Club Africain avec un score large. Je suis devenule délégué de l’Espérance avec la grande équipe composée de Hmam, Bousnina, Jerou et autres. Cette année, on avait remporté le doublé et c’est avec Aziz Zouhir comme président qui avait succédé à Slim Chiboub. Comme ça me prenait beaucoup de temps, ça m’a donné des idées, je me suis mis à entraîner et j’ai commencé avec les cadets de l’Espérance.

– Vous êtes donc passé de l’autre côté de la barrière. Vous êtes devenu entraîneur et on vous a vu briller beaucoup plus à l’étranger qu’en Tunisie. Pourquoi ?
– J’ai entraîné Béni Khiar, Jendouba, Kairouan. J’ai fait l’adjoint d’Alain Porte en équipe nationale. En 2011, on m’a écarté car on me considérait comme un proche de Slim Chiboub. Et pourtant, nous avions remporté le championnat d’Afrique en Égypte. Ce qui n’était pas évident. Alors, j’ai préféré aller au Qatar. Et pour répondre à votre question, à part l’Espérance, quelle autre équipe pourrais-je entraîner ? Certainement pas le Club Africain ou l’Etoile car ça fonctionne comme ça en Tunisie. Aucune formation jouant les premiers rôles ne fera appel à mes services car je suis Espérantiste, comme vous ne verrez jamais un Etoilé à la tête de l’Espérance ou du Club Africain. C’est pour cela qu’on quitte le pays pour tenter notre chance ailleurs. Pour terminer, j’ai réussi là où je suis passé. En Libye, au Koweït, en équipe nationale ou au Maroc. J’ai toujours bien fait.

– Et pourquoi pas l’Espérance ?
– J’ai fait le directeur technique des jeunes et j’ai fait un travail remarquable. Mais être à l’aise chez les seniors est un peu difficile. Peut-être que ma façon de voir les choses et mon caractère ne correspondent pas aux critères exigés.

– Pourquoi pas un parcours comme celui de Sebki ?
– Écoutez, si j’ai des choses à dire, je le ferai devant la personne intéressée et pas sur les colonnes des journaux ou à la radio et il y a beaucoup à dire. A propos de l’Egyptien, ses résultats sont logiques car les moyens humains mis à sa disposition, ainsi que potentiel humain sont considérables. Quand on peut compter sur des ailiers comme Boughanmi et Toumi comme ailiers gauches, Maaref, Becha et Ben Hassine comme arrières gauches, Ben Salah et Abdelli comme demi-centres, Jaffeli, Jallouz et tant d’autres, sans oublier Sfar et Nemli comme gardien, on n’a pas le droit de perdre. La vie est ainsi faite. Des fois, tu es servi par la chance et Sebki l’a été. Tant mieux pour lui.

– Comment avez-vous géré la notoriété ?
– Normalement. Mes amis sont toujours les mêmes. Certes, j’ai plus de facilités dans certaines choses, mais pour le reste, je vis normalement. L’essentiel, c’est d’être une bonne personne et de laisser la meilleure impression ou image car on devient un modèle à suivre et pour cela, il faut donner le bon exemple.

– Si vous deviez faire un parallèle entre le handball d’avant et celui d’aujourd’hui, que diriez-vous ?
– Paradoxalement avant, c’était beaucoup plus rapide et physique. Sans oublier les considérations technico-tactiques. Les exemples de Hmam et Tej sont là pour justifier mes propos et ce sont des joueurs qui ont réussi en Europe. C’est toute une génération qui a réussi à l’étranger dans le haut niveau

– Et donc indéniablement, on a régressé. Pourquoi ?
– Parce que la formation laisse à désirer. Et le bureau fédéral n’a pas voulu comprendre et persiste dans sa mauvaise gestion et à ce rythme-là, on ne pourra pas reconquérir le titre africain. Si rien n’est fait, on aura du mal dans les années à venir à avoir une équipe nationale compétitive. Et puis on confie l’équipe de Tunisie à un entraîneur vacataire. C’est une aberration monstre. Un entraîneur national qui vient à Tunis pour un travail ponctuel et puis s’en va pour entraîner en France. On n’est jamais tombé aussi bas.

– Actuellement, ce sont les élections au sein de la Fédération Tunisienne de Handball. Beaucoup réclament le départ de Karim Helali qui est à la tête de la FTHB depuis un peu plus de dix ans. Et malgré les résultats décevants, il ambitionne de nouveau la présidence de cette fédération. Est-ce logique ?
– Son slogan, c’est la continuité. De quelle continuité parle-t-on ? Il n’y a pas de feuille de route et les décisions sont prises sans demander l’avis de qui que ce soit. On perd beaucoup de temps dans des luttes stériles entre gens du handball et toute cette énergie devrait être employée autrement.

– Des deux candidats en lice, avez-vous une préférence ?
– Oui, j’ai une préférence. Je suis pour le changement. Après douze ans et avec les résultats que vous connaissez, j’estime qu’il est grand temps de changer de bureau. Il faut des idées nouvelles.
(NDLR : la présente interview a été réalisée avant la tenue de l’Assemblée générale élective de la FTHB.)

– Que faut-il faire pour redresser la barre, au moins sur le plan continental car l’Égypte a pris une avance considérable sur nous ?
– Il faut une direction technique forte et digne de ce nom. Un programme clair sur quatre ou cinq ans et éviter d’interférer dans le travail du directeur technique. Il faut une équipe nationale cadette composée de joueurs qui auront à vivre de longues années ensemble. Comme ça, on peut ambitionner de meilleurs résultats et un titre continental.

– Quel est le meilleur joueur tunisien de tous les temps. Plusieurs hésitent entre Khaled Achour et Mounir Jelili. Êtes-vous d’accord ou avez-vous d’autres noms ?
– Ce sont indéniablement deux grands joueurs et deux grands noms du handball tunisien, mais quand j’ai vu jouer Darmoul le week-end dernier, aucun autre joueur n’a atteint son niveau. Il évolue actuellement en Allemagne et devrait atterrir à Stuttgart la saison prochaine. Aucun autre joueur tunisien n’a atteint son niveau sur tous les plans.

– Le meilleur entraîneur tunisien ?
– Les noms sont nombreux et les compétences ne manquent pas. Je pourrais citer Hechmi Razgallah qui vient de nous quitter. Il ne faut pas non plus oublier Hédi Malek, Hamadi Khalladi. Si je devais citer un seul nom, j’opterais pour Hédi Malek.

– Que faites-vous actuellement ?
– Je viens de rentrer de Libye où j’ai entraîné l’Olympique de Zaouia. Une équipe avec laquelle j’ai remporté la Supercoupe et c’est le seul titre dans l’histoire de ce club. Sinon, je suis sur un projet sportif et un autre qui n’a rien à voir avec le sport.

– Quittons un peu le sport pour en savoir un peu plus sur vous. Si vous n’aviez pas eu cette brillante carrière, qu’auriez-vous fait ?
– J’aurais été dans le domaine de mes études. Je serais, peut-être chef d’entreprise, ingénieur ou autre chose, mais j’ai tout laissé tomber pour vivre ma passion. J’en ai fait mon métier et je suis content d’avoir fait des études supérieures car cela m’a aidé à être ou devenir ce que je suis actuellement.

– Je sais qu’un de vos enfants vient de terminer ses études. Ont-ils tenté une expérience sportive ?
– Les deux ont terminé leurs études. Le premier a fait polytechnique au Canada et le deuxième a fait Data science. C’est le domaine de l’intelligence artificielle. Un de mes deux enfants a joué au handball à l’Espérance, sans pourtant percer. Et ce n’est pas parce qu’il n’était pas bon. À l’époque, je n’étais pas à Tunis et les conditions n’étaient pas optimales. Et je ne vais pas en dire plus.

– Un mot sur Jalel Ben Khaled le papa ?
– Un peu papa poule. Peut-être un peu trop. Je me rappelle que j’étais également leur prof. A la maison, je m’occupais de leur éducation, mais de leur apprentissage également. Pour moi, il était hors de question d’avoir recours aux cours particuliers. Fort heureusement, ils me l’ont bien rendu en réussissant leurs études. C’est le meilleur des investissements pour moi. Que mes enfants réussissent leurs études est la chose la plus importante pour moi.

– Que faites-vous de votre temps libre ?
– Pas grand-chose. Du sport, je joue à la belote avec mes amis. Je suis, comme je vous l’ai déjà dit, sur deux projets et ça me prend une grande partie de mon temps.

– Votre ambition est toujours la même ?
– Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Il ne faut jamais baisser les bras et se contenter de rester à la maison. Il faut avoir des projets et essayer de faire des choses. Il faut travailler car l’oisiveté est la pire des choses pour l’être humain et pour la santé. Et tant qu’il y a la santé, le reste suivra…

Un mini-questionnaire pour mieux connaître Jalel
Le principal trait de votre caractère : trop honnête
La qualité que vous désirez chez un homme : charismatique et honnête
La qualité que vous désirez chez une femme : l’humour
La qualité que vous appréciez chez vos amis : la bonne compagnie
Votre principal défaut : trop exigeant et intransigeant pendant le travail
Votre occupation préférée : jouer à la belote contrée
Votre rêve de bonheur : une bonne santé pour moi, ma femme et mes enfants
Ce que vous porteriez sur une île déserte : un parasol
La couleur que vous préférez : le bleu
Été ou hiver : hiver
Le pays où vous désireriez vivre : la Tunisie

 

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Aménagement routier : bientôt la fin du calvaire pour les usagers de la route Kélibia-Menzel Témime 

Entre klaxons stridents et chaleur suffocante, la route régionale MC27, reliant les villes de Menzel Témime et de Kélibia suffoque. L’asphyxie routière atteint parfois des sommets, mettant à rude épreuve les nerfs des usagers des quatre roues. En témoigne le nombre d’accidents qui s’y produisent chaque année, transformant ce segment en un véritable cimetière d’asphalte. Pourtant, les investissements ne manquent pas. Échangeurs flambant neufs, ponts et réhabilitations de voiries ont fleuri ces dernières années le long de la route MC 27 de Nabeul à Korba.

En attendant des solutions structurelles, les automobilistes continuent de subir, entre résilience et exaspération, une mobilité urbaine en panne de souffle. Face à cette hécatombe persistante, les pouvoirs publics ont, à maintes reprises, mobilisé des ressources considérables pour lancer des travaux de réhabilitation. Cependant, ces opérations coûteuses n’ont pas permis d’éradiquer le problème à sa racine. Il suffit de voir les malfaçons sur la chaussée, les traces de freinage, les nids de poule, pour être renseigné sur la dangerosité de ce tronçon. Il fallait se déplacer. En cette journée caniculaire, l’odeur des freins règne sur ce tronçon. Il ne s’agit pas d’une route comme les autres. Les usagers ne cachent pas leur inquiétude. Mohamed, un louagiste qui assure la liaison Kélibia-Menzel Témime, confie que «c’est une mauvaise route. Je m’inquiète à chaque passage sur ce tronçon à cause du danger». Avec le démarrage de la saison des moissons et de la récolte de tomate, ce tronçon devient impraticable et très dangereux. «Cette route se caractérise par des bouchons quotidiens qui se forment derrière les semi-remorques, les moissonneuses batteuses, les tracteurs et remorques de transport de tomates souvent en très mauvais état avec des chargements hors normes, des pneus non sécurisés et des systèmes de freinage à risque», souligne Anis.

La lutte contre l’insécurité routière constitue l’une des priorités majeures des autorités régionales. C’est dans ce cadre que la gouverneure de Nabeul, Hana Chouchani, a présidé une réunion de travail au siège de la délégation de Kélibia consacrée au suivi de l’avancement de la troisième phase du projet d’élargissement de la route régionale MC27, reliant les villes de Menzel Témime et de Kélibia en présence du délégué de Kélibia, du directeur régional des équipements, du directeur de l’unité de mise en œuvre du projet et des représentants de l’entreprise chargée des travaux. Au cours de cette réunion, les représentants de la direction régionale des équipements et de l’entreprise contractante ont examiné l’état d’avancement des travaux, notamment à l’entrée de la ville de Kélibia. Un accord a été conclu avec les représentants de la Direction régionale des équipements et l’entrepreneur chargé des travaux afin de mettre à jour le calendrier des travaux. Cet accord prévoit la réduction des délais d’exécution d’une partie du projet et un renforcement des efforts pour achever les travaux. L’entrepreneur s’est engagé à démarrer immédiatement les travaux, à redoubler d’efforts et à augmenter le nombre d’équipes sur le chantier.

Kamel BOUAOUINA

 

 

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La galère portugaise sur nos plages :  quand la mer nous rappelle qu’elle n’est pas un décor

Il suffit parfois d’un petit corps bleuté, presque beau, échoué sur le sable, pour que la mer cesse d’être ce paysage familier que l’on croit connaître. La galère portugaise, ou Physalia physalis, signalée récemment sur les côtes tunisiennes, notamment à Tabarka et dans la région de Bizerte, a réveillé une inquiétude légitime chez les baigneurs, les pêcheurs, les plongeurs et les familles qui s’apprêtent à retrouver la plage à l’approche de l’été. Le 27 mai 2026, l’association TunSea a relayé le signalement d’un spécimen dans la région de Tabarka, tout en appelant à la vigilance sans céder à la panique. Depuis mars, le nombre d’individus observés resterait limité, inférieur à une dizaine, selon les informations rapportées. Un autre signalement avait été mentionné le 29 mars 2026 à Sidi Mechreg, dans le gouvernorat de Bizerte. Cette présence n’est donc ni massive ni totalement inédite : l’espèce avait déjà été officiellement enregistrée en Tunisie en 1992. 

Mais la question n’est pas seulement de savoir si la galère portugaise est «nouvelle» ou non. La vraie question est celle de notre rapport à la mer, à ses surprises, à ses déséquilibres, à ses êtres parfois dangereux que nous découvrons souvent par accident. Nous avons longtemps regardé la plage comme un simple espace de loisir, de baignade et de consommation estivale. Or, la mer est un milieu vivant, traversé par des courants, des vents, des migrations, des phénomènes biologiques et climatiques complexes. Ce que nous appelons apparition soudaine n’est souvent que le résultat visible de mouvements invisibles.

La galère portugaise est souvent prise pour une méduse. Pourtant, elle n’en est pas vraiment une. C’est un siphonophore, c’est-à-dire une colonie d’organismes spécialisés qui vivent ensemble et fonctionnent comme un seul être vivant. Sa partie la plus visible est une sorte de flotteur gonflé, bleu, violet ou rosé, qui reste à la surface de l’eau comme une petite voile. Sous cette poche flottante pendent de longs filaments urticants, parfois très étendus, qui servent à capturer les proies. La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) rappelle que ces tentacules mesurent en moyenne près de dix mètres et peuvent atteindre jusqu’à trente mètres. Ce détail est essentiel : on peut croire être loin de l’animal visible et pourtant toucher ses filaments invisibles sous l’eau. 

Un animal fascinant, mais pas innocent

Il faut résister à deux erreurs opposées : dramatiser au point de transformer nos plages en zones de peur ou banaliser au point de laisser les enfants jouer avec ce qu’ils prennent pour un objet marin curieux. La galère portugaise n’est pas un monstre, mais elle n’est pas inoffensive. Sa beauté est trompeuse. Ses couleurs attirent le regard, son flotteur intrigue, sa forme semble fragile. Pourtant, ses filaments contiennent des cellules urticantes capables d’injecter un venin provoquant une douleur intense, des brûlures cutanées, des marques rouges en forme de lignes ou de stries, des démangeaisons et parfois des réactions plus sérieuses. Les piqûres de galère portugaise peuvent produire des douleurs fortes et des lésions cutanées visibles ; les réactions graves restent rares, mais elles existent, surtout chez les personnes sensibles, les enfants, les personnes âgées ou celles déjà fragilisées. 

Le danger ne disparaît pas lorsque l’animal est échoué. C’est là un point capital. Une physalie morte, ou qui semble morte, peut encore piquer pendant plusieurs heures. Des morceaux de tentacules détachés peuvent également rester dangereux. Il ne faut donc jamais la toucher, ni avec les mains, ni avec un bâton pour s’amuser, ni pour la déplacer, ni pour la photographier de près. La bonne réaction est simple : garder ses distances, prévenir les personnes autour, alerter les surveillants de plage ou les autorités locales lorsqu’elles sont présentes et, si possible, prendre une photo à distance pour permettre le signalement. 

Cette vigilance concerne aussi les animaux domestiques. Un chien peut marcher dessus, la renifler, la lécher ou l’avaler par curiosité. Là encore, la scène peut sembler anodine, mais les conséquences peuvent être douloureuses : inflammation, gonflement, troubles respiratoires ou malaise. La plage n’est pas seulement un espace humain, elle est aussi fréquentée par des animaux qui ne savent pas reconnaître le danger.

Se protéger sans céder à la peur

La première protection est l’information. Savoir reconnaître l’animal, c’est déjà réduire le risque. Il faut retenir l’image d’une petite poche flottante, translucide, bleutée, violacée ou rosée, avec des filaments parfois difficiles à voir. En mer, si l’on aperçoit une physalie ou si plusieurs personnes signalent des piqûres inhabituelles, il vaut mieux sortir de l’eau calmement. Il ne sert à rien de paniquer, de courir ou de provoquer un mouvement collectif désordonné. La mer demande du sang-froid.

Les parents doivent expliquer aux enfants que tout ce qui est beau sur la plage n’est pas forcément un jouet. On ne touche pas un animal marin inconnu. On ne ramasse pas les filaments. On ne les écrase pas. On ne les met pas dans un seau. Dans les zones où un signalement a été fait, les autorités locales, les municipalités, les postes de secours et les associations environnementales devraient afficher des consignes claires : image de l’animal, danger principal, gestes interdits, gestes utiles, numéros à appeler. La prévention ne doit pas rester prisonnière des réseaux sociaux, où l’information circule vite mais souvent sans hiérarchie ni précision.

En cas de contact, le premier réflexe est de sortir de l’eau et de garder son calme. Il ne faut surtout pas frotter la zone touchée, car le frottement peut aggraver la libération du venin. Il faut rincer avec de l’eau de mer, non avec de l’eau douce. L’eau douce peut favoriser l’activation des cellules urticantes restantes. Les filaments visibles doivent être retirés avec précaution, sans les toucher à mains nues, idéalement avec une pince, un objet rigide ou le bord d’une carte. Le NHS (National Health Service) recommande ensuite de plonger la zone touchée dans de l’eau très chaude, supportable mais non brûlante, pendant au moins trente minutes, afin de calmer la douleur. 

Il faut également oublier les «remèdes» populaires. Uriner sur la piqûre, appliquer de l’alcool, frotter avec du sable, mettre de la glace directement ou masser fortement la peau sont de mauvaises idées. Certaines études ont discuté l’usage du vinaigre pour les piqûres de Physalia, mais les recommandations pratiques varient selon les pays et les protocoles locaux. Dans le doute, le citoyen doit suivre les consignes des secouristes et des autorités sanitaires présentes sur place. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut ni improviser ni transformer la victime en terrain d’expérimentation. 

La consultation médicale devient urgente si la douleur est très forte ou persistante, si la piqûre touche le visage, les yeux, la bouche ou la gorge, si la personne présente des difficultés respiratoires, une douleur thoracique, des vomissements, un malaise, des vertiges, une perte de connaissance ou un gonflement important. Dans ces cas, il ne faut pas attendre que «ça passe». Une réaction allergique ou systémique, même rare, peut évoluer rapidement. 

La galère portugaise nous oblige finalement à une maturité collective. Il ne s’agit ni de diaboliser la mer ni de nier les dangers. Il s’agit d’apprendre à vivre avec un environnement vivant, changeant, parfois imprévisible. Nos plages ne seront plus seulement des lieux de détente, elles devront devenir aussi des lieux d’éducation écologique. La mer tunisienne mérite mieux que l’indifférence saisonnière. Elle exige observation, science, prévention et responsabilité. Face à la physalie, la bonne attitude tient en quelques mots : reconnaître, ne pas toucher, signaler, secourir correctement. C’est peu, mais c’est déjà beaucoup.

Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

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Deuxième génération du programme national de rénovation urbaine : la volonté y est, mais les constructions anarchiques ont la peau dure 

Il y a quelques jours, la deuxième génération du Programme national de rénovation urbaine a démarré avec les mêmes objectifs pour, essentiellement,  mettre fin aux constructions anarchiques. Or, comme le constatent certains experts, le programme tarde encore à réaliser de bons résultats pour diverses raisons. Qu’en est-il exactement ?

La présidente de l’Agence de réhabilitation et de rénovation urbaine (ARRU) vient d’annoncer le démarrage de la deuxième génération du Programme national de rénovation urbaine. En quoi consiste ce programme et va-t-il, enfin, arriver à «neutraliser» les constructions anarchiques qui, malheureusement, continuent à pousser un peu partout dans le pays.

Lors d’une récente intervention médiatique, la présidente de l’Agence de réhabilitation et de rénovation urbaine, Sondos Beji Kraïem, a détaillé les étapes à venir de la deuxième génération du programme de rénovation urbaine lancé en 2019. Or, avec le retard accumulé pour la première partie de ce grand projet, on ne peut que s’interroger sur les réalisations acquises et sur ce qui reste à faire.

Ce qu’il faut relever, c’est que l’application de ce programme se base sur, en premier lieu, l’aménagement des infrastructures de base (assainissement, évacuation des eaux pluviales, aménagement des routes, éclairage public, etc.), la construction d’équipements collectifs (sportifs, culturels, pour la jeunesse et associatifs), l’amélioration de l’habitat, ainsi que l’aménagement ou la construction d’espaces industriels, économiques et artisanaux, avec la possibilité d’aménager des lotissements destinés à la construction à proximité des quartiers concernés par l’intervention.

Il convient de rappeler, également, que le programme est financé par le budget de l’État, ainsi que par un prêt de l’Agence Française de Développement, un prêt de la Banque européenne et une subvention de l’Union européenne. La première génération a contribué à améliorer la qualité de vie des habitants de 155 quartiers, pour un coût global estimé à environ 650 millions de dinars. Environ 865.000 habitants en ont bénéficié. Les travaux sont actuellement en phase d’achèvement et les conventions de financement ont été finalisées. Du moins sur le papier.

Qu’en sera-t-il de la seconde génération ?

Dans sa deuxième phase, le programme contribuera à la réhabilitation de 160 quartiers situés dans 99 municipalités, abritant environ 907.300 habitants, sur une période de mise en œuvre allant jusqu’en 2028. Le coût total du programme est estimé à environ 819,632 millions de dinars.

Interrogé à ce sujet, l’expert en travaux publics, Rached Mathlouthi, nous apprend que «le programme de réhabilitation et d’intégration des quartiers d’habitation vise à améliorer les conditions de vie des citoyens dans un certain nombre de quartiers résidentiels répartis sur différentes régions du pays». Pour beaucoup d’experts, dont notre interlocuteur, la réhabilitation risque de créer un «appel d’air» : «Si l’État légalise l’informel par l’équipement, il peut involontairement encourager l’anarchie. Les plus informés pensent que pour éviter cette «prime à l’illégalité», l’intervention doit être chirurgicale. Il est crucial d’accompagner ces projets de mesures strictes : surveillance satellitaire des périmètres, sanctions immédiates pour toute nouvelle construction et gel foncier autour des zones traitées. Ainsi, l’offre de parcelles sociales doit être l’unique porte d’entrée. Sans volet répressif et une coordination totale avec la police municipale, la réhabilitation ne sera qu’un pansement temporaire sur une gangrène urbaine tenace, persistent et signent les plus avertis. 

Des lacunes persistantes…

Peut-on, de fait, dire que ce programme est sur la bonne voie ? Selon notre expert, il y a plusieurs lacunes à combler. Le programme national de rénovation urbaine en Tunisie fait face à plusieurs difficultés administratives, techniques et foncières qui ralentissent leur mise en œuvre et limitent leur efficacité. «Les principales difficultés peuvent être résumées sur la base des évolutions de 2025-2026», nous dira le spécialiste Rached Mathlouthi. Et d’ajouter : «Les difficultés sont multiples et portent sur les différentes étapes d’élaboration et de révision des plans d’aménagement urbain qui prennent beaucoup de temps, en particulier lors de la phase de consultation publique et de réception des avis des administrations sectorielles. On constate également des différences de vision entre les municipalités et les administrations sectorielles, ce qui nécessite l’organisation de réunions de travail successives afin de rapprocher les positions. On relève aussi un chevauchement entre les municipalités, à savoir des empiètements au niveau des limites territoriales entre les municipalités qui constituent un obstacle majeur à l’avancement des études d’aménagement.»

En parallèle, la prolifération de constructions en dehors du cadre légal, à l’intérieur comme à l’extérieur des zones d’aménagement, complique la mise en œuvre de ce programme. Que faire, alors, pour surmonter ces obstacles ? Selon notre expert, il va falloir adopter de nouvelles méthodes plus pratiques : «Pour assurer la durabilité du projet de rénovation urbaine, il est nécessaire au préalable de mener une réflexion et de mettre en place des méthodes adaptées au contexte local. L’application de la loi est aussi recommandée, voire exigée afin de lutter contre le fléau des constructions anarchiques. Cela demande une surveillance continue, d’autant plus que les nouvelles technologies peuvent aider à le faire de manière plus pertinente».

«Au bout du compte, conclut notre expert, la deuxième génération du programme de rénovation urbaine se trouve à un tournant décisif : soit elle parvient à conjuguer amélioration des conditions de vie et fermeté face à l’illégal, soit elle risque de reproduire les mêmes déséquilibres qu’elle cherche à corriger. L’enjeu n’est plus seulement d’équiper, mais de structurer durablement la ville et d’imposer le respect des règles. Car sans gouvernance rigoureuse ni vision cohérente, la réhabilitation ne fera que repousser le problème, au lieu de le résoudre.

Kamel ZAIEM

 

 

 

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Changement climatique et souveraineté alimentaire : la Tunisie doit repenser rapidement sa carte agricole 

Malgré les précipitations appréciables enregistrées durant l’automne et l’hiver écoulés qui ont porté le taux moyen de remplissage des barrages à près de 60% avec un stock hydrique national d’environ 1,3 milliard de mètres cubes, soit un niveau nettement supérieur aux réserves critiques que l’on connaissait à la même période de 2024 et 2025, la situation hydrique globale reste fragile sur le moyen et le long terme. À l’instar des autres pays du Maghreb, la Tunisie est en effet une terre de transition entre les climats méditerranéen et désertique, et ne bénéficie du climat subhumide que sur une étroite bande littorale, alors que plus de 80% de son territoire est exposé aux climats semi-aride et aride. 

Selon les projections climatiques, la raréfaction des ressources hydriques devrait s’intensifier dans les décennies à venir. D’autant plus que les vagues de sécheresse deviendront de plus en plus intenses et les précipitations plus erratiques, dans un contexte global d’accélération du réchauffement climatique. D’après les prévisions des climatologues, la rive sud de la Méditerranée sera exposée à un déplacement des étages bioclimatiques vers le nord, ce qui se traduira par une montée des températures et une diminution des précipitations. Cette région devrait connaître, de ce fait, une augmentation des températures de 3 degrés d’ici à 2050 et de 5 degrés d’ici à 2100, avec des baisses de précipitations allant de 20% à 50% pour ces mêmes horizons. 

Le World Resources Institute (WRI, Institut des ressources mondiales) a également révélé dans une récente étude que la Tunisie figure parmi les 33 pays du monde qui connaîtront un stress hydrique intense à l’horizon 2040. Ce think tank américain spécialisé dans les questions environnementales a identifié les pays qui seront soumis à un stress hydrique très intense, en s’appuyant sur les données du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

«Avec moins de 400 m3 par habitant et par an, la Tunisie est déjà sous le seuil de la pauvreté hydrique (<1000 m3/habitant/an). Cette situation a été aggravée ces dernières années par les effets du dérèglement climatique, la hausse de la demande et la vétusté des infrastructures», souligne Raoudha Gafrej, experte en gestion des ressources hydriques et en adaptation au changement climatique.

Professeur à l’Institut supérieur des sciences biologiques appliquées de Tunis, Gafrej estime que les mesures d’économie d’eau, l’entretien des infrastructures et la mobilisation des ressources hydriques conventionnelles ne sont plus suffisantes, tout en appelant le gouvernement à déclarer «l’état d’urgence hydrique» et à revoir rapidement la carte agricole nationale pour l’adapter aux nouvelles contraintes climatiques. 

 

Limiter les cultures gourmandes en eau 

L’agriculture, qui représente environ 80% de l’utilisation totale de l’eau en Tunisie, repose principalement sur des pratiques d’irrigation souvent inefficaces et intensives en eau. La perte d’eau due à l’évaporation, à des infrastructures d’irrigation obsolètes et à des techniques agricoles inappropriées contribue à une gestion non durable des ressources hydriques. À titre indicatif, on cite une augmentation des superficies dédiées à la culture des tomates de 73% entre 2000 et 2015.

Une étude publiée début mai dernier par la Banque africaine de développement a également souligné cet impératif. «La carte agricole nationale, aujourd’hui largement obsolète, doit être entièrement refondée. Cette refonte doit s’appuyer sur des données actualisées –climat, disponibilité hydrique, typologie des sols, vulnérabilités locales– et prendre la forme d’une plateforme évolutive, alimentée par des données satellitaires, des indicateurs de productivité agricole et des projections climatiques», a précisé cette étude intitulée «Planification, préparation et stratégies de résilience face aux sécheresses». Et d’ajouter : «Au-delà d’un simple outil cartographique, cette carte devra servir de base pour reconfigurer les systèmes de culture en fonction de critères de durabilité écologique et de disponibilité effective des ressources en eau. Elle devra offrir une photographie fidèle de la réalité actuelle, tout en intégrant une vision prospective alignée avec une stratégie agricole nationale claire, tenant compte des tendances climatiques à moyen et long terme, ainsi que des dynamiques socio-économiques locales». Il s’agit, en d’autres termes de limiter les superficies des cultures qui nécessitent d’énormes quantités d’eau telles que les tomates, les fraises, les agrumes, les pastèques et les dattes à la satisfaction des besoins nationaux et d’interdire progressivement l’exportation de ces denrées. 

«Jusqu’à 80% des eaux disponibles en Tunisie sont utilisées pour irriguer 8% seulement des superficies agricoles. D’où la nécessité de revoir la carte de production agricole et d’interdire les cultures très gourmandes en eau. Nous ne pouvons plus exporter notre eau sous forme de produits agricoles. Cette eau doit être dirigée vers notre souveraineté alimentaire», explique Houcine Rehili, expert en développement et en ressources hydriques, recommandant l’octroi de la priorité aux grandes cultures et aux cultures fourragères pour préserver les systèmes de subsistance du pays, tels que le lait, les viandes blanches, les viandes rouges et les céréales.   

Les experts suggèrent d’autre part des investissements massifs dans le dessalement de l’eau de mer et le traitement des eaux usées, ainsi qu’une révision des tarifs de l’eau afin que l’État ne subventionne plus l’eau utilisée dans les hôtels et les usines. 

Dans les périmètres irrigués les plus exposés, l’adoption de systèmes d’irrigation intelligents constitue par ailleurs une mesure clé. L’objectif n’est pas uniquement technologique, il s’agit de bâtir un cadre opérationnel combinant capteurs de terrain, données météorologiques et automatisation, tout en assurant un transfert de compétences vers les agriculteurs. 

Walid KHEFIFI

 

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