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La Tunisie et sa diaspora | Remettre les pendules à l’heure

Lorsqu’un enfant de la diaspora tunisienne choisit de ne pas porter le maillot national et jubile après avoir marqué deux fois contre la Tunisie, comme l’a fait l’international suédois d’origine tunisienne Yasin Ayari (photo), lundi dernier, en Coupe du Monde Fifa 2026, il est inutile de vouloir le blâmer, même si cela peut choquer. Le véritable enseignement est ailleurs : il est grand temps de remettre les pendules à l’heure et de moderniser la relation entre notre pays et sa diaspora. Les liens avec les nouvelles générations de Tunisiens de l’étranger ne peuvent plus être considérés comme acquis.

Hakim Tounsi *

Pendant longtemps, la Tunisie a su mettre en place des mesures innovantes et attractives pour maintenir le lien avec ses ressortissants à l’étranger. La FCR, notamment, a constitué en son temps une avancée importante et un signal fort adressé à la diaspora. Mais le monde a changé, notre diaspora aussi. Les recettes d’hier ne suffisent plus à répondre aux réalités et aux attentes d’aujourd’hui.

L’exemple récent d’un joueur binational tuniso-suédois ayant choisi de défendre les couleurs de la Suède et d’inscrire deux buts face à la Tunisie lors d’une Coupe du monde illustre parfaitement cette réalité.

Les enfants de la diaspora construisent, légitimement, leur parcours, leurs réussites et parfois même leur sentiment d’appartenance dans leurs pays de résidence. Leur attachement à la Tunisie ne peut donc être considéré comme acquis, ni se transmettre automatiquement de génération en génération.

Renforcer le lien avec sa diaspora

Depuis plusieurs années, j’alerte sur le risque de voir une partie des nouvelles générations de Tunisiens nés ou ayant grandi à l’étranger s’éloigner progressivement de leur pays d’origine si la Tunisie ne repense pas en profondeur sa manière d’entretenir et de renforcer le lien avec sa diaspora.

C’est précisément pour cette raison que je plaide depuis des années en faveur d’une relation moderne, équilibrée et mutuellement bénéfique entre la Tunisie et sa diaspora. Une relation fondée non seulement sur l’attachement au pays et les attentes légitimes de la nation, mais aussi sur le respect, la confiance, la reconnaissance des compétences, des aspirations et de la volonté de contribuer de nos compatriotes établis à l’étranger.

Si le patriotisme demeure un facteur important de cohésion, il ne peut à lui seul garantir la pérennité de ce lien. La relation entre la Tunisie et sa diaspora doit également reposer sur des intérêts partagés, des opportunités réciproques et un véritable partenariat gagnant-gagnant. C’est à cette condition que l’attachement au pays continuera de se transmettre et de se renforcer au fil des générations.

Cela suppose également de moderniser certaines politiques publiques qui concernent directement les Tunisiens de l’étranger : l’enseignement de la langue arabe, les conditions de mobilité entre la Tunisie et les pays de résidence, la simplification des démarches administratives, l’encouragement des jeunes générations à découvrir leur pays d’origine ainsi qu’une meilleure prise en compte de la contribution économique, sociale et culturelle de la diaspora dans les choix stratégiques de la nation.

Pour une logique de confiance et de partenariat

Il est également temps de passer d’une logique principalement fondée sur les contrôles et les contraintes à une logique d’incitation, de confiance et de partenariat. À titre d’exemple, plutôt que de multiplier les formalités et les justificatifs, la Tunisie pourrait imaginer de nouveaux mécanismes encourageant le rapatriement de devises, l’investissement productif et la création de valeur par les Tunisiens de l’étranger.

La FCR et la loi de 1972 ont, chacune à leur époque, constitué des outils innovants qui ont contribué à créer une dynamique économique et à renforcer les liens avec les Tunisiens établis à l’étranger.

L’enjeu aujourd’hui n’est pas de reproduire ces dispositifs à l’identique, mais de retrouver le même esprit d’innovation en concevant de nouveaux programmes adaptés aux réalités du XXIe siècle : avoirs fiscaux liés à l’investissement productif, encouragement de l’investissement dans les régions, développement de zones d’activités ouvertes aux initiatives de la diaspora, ou encore mécanismes favorisant les partenariats entre les compétences des Tunisiens du monde et les acteurs économiques locaux.

L’objectif n’est pas de faire un cadeau à la diaspora. L’objectif est de créer une dynamique gagnant-gagnant dans laquelle le pays bénéficie de davantage d’investissements, d’activité économique, d’emplois et de recettes, tandis que les Tunisiens de l’étranger trouvent un intérêt concret à renforcer leurs liens avec leur pays d’origine. Les grandes réussites économiques naissent souvent d’idées simples, audacieuses et adaptées à leur époque. La Tunisie a su faire preuve d’innovation hier ; elle doit retrouver cette capacité aujourd’hui.

En tant que Tunisiens engagés, nous mettons notre expérience et notre expertise au service de notre pays, convaincus que la valorisation des talents de la diaspora et la mise en place d’un véritable partenariat stratégique permettront de renforcer durablement les liens avec les Tunisiens du monde et de prévenir leur éloignement progressif.

Avec la précieuse contribution de mon ami Naoufel Zayadi, nous avons notamment formulé plusieurs propositions visant à réformer et moderniser l’enseignement de la langue arabe destiné aux enfants de la diaspora dans leurs pays d’accueil. À ce jour, ces propositions n’ont malheureusement donné lieu à aucune mise en œuvre concrète.

Les droits civiques des binationaux

Par ailleurs, je continue de considérer que la suppression de certains droits civiques des Tunisiens binationaux sous le mandat de Kaïs Saïed, notamment l’interdiction de se présenter aux élections locales, constitue une erreur qu’il conviendra de corriger. Une nation forte est une nation qui rassemble toutes ses compétences, où qu’elles se trouvent, plutôt qu’une nation qui les éloigne.

La question de la diaspora est un enjeu stratégique majeur pour la Tunisie. Elle mérite d’être appréhendée comme une richesse nationale à part entière, suivie, valorisée et intégrée dans la réflexion publique. C’est pourquoi j’appelle à davantage de réflexion, de concertation et de retenue avant toute promulgation de loi ou prise de décision susceptible d’affaiblir les liens avec nos compatriotes à l’étranger et, à terme, de porter atteinte aux intérêts supérieurs de notre pays.

* Economiste, fondateur et dirigeant du tour opérateur Otentic en France.

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Yasin Ayari, le prodige aux deux patries qui fait chavirer le Mondial

À seulement 22 ans, Yasin Ayari est devenu en quelques heures l’un des visages de cette Coupe du monde. Auteur d’un doublé retentissant lors de la large victoire de la Suède face à la Tunisie (5-1), le jeune milieu de…

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Mondial 2026 | Chronique d’un naufrage tunisien

La déroute de l’équipe de Tunisie de football, ce lundi 15 juin 2026, dans son premier match de la Coupe du Monde de football, face à la Suède, perdu par le score historiquement humiliant de 1-5, n’a pas surpris beaucoup de Tunisiens.

Latif Belhedi

Cette déroute, que beaucoup d’entre nous appréhendaient sans oser le dire ouvertement de peur d’être taxés de manque de patriotisme, est celle d’un pays qui est en train de perdre ses repères, de dilapider ses acquis et de s’enfoncer dans une crise globale dont le football n’est que l’une des facettes, la plus visible pour le grand public.

Cette défaite annoncée, qui en dit long sur l’ampleur de la crise où se morfond le pays depuis 2011, nous renvoie, également, un triste signal : c’est un joueur suédois d’origine tunisienne, Yasin Ayari, qui, en marquant le premier et le cinquième but de son équipe, a scellé l’humiliante défaite de l’équipe dont il aurait pu ou dû, dans l’ordre normal des choses, porter le maillot.

La barque prend de l’eau de partout

Yasin Ayari, qui s’est gardé de célébrer son premier but en Coupe du Monde et s’en est presque excusé, est à l’image de ces dizaines de milliers de médecins, d’ingénieurs et de hauts cadres qui, face au manque d’opportunités et de reconnaissance, ont préféré quitter le pays pour aller monnayer leur talent à l’étranger, et personne ne peut sérieusement les en blâmer. Et pour cause : lorsque le salut collectif devient inaccessible et que la barque commence à prendre de l’eau de partout, c’est le salut individuel qui s’impose comme l’unique solution.

En encaissant un premier but dès la 7e minute et un second 23 minutes plus tard, qui plus est, sur des fautes défensives primaires (même le sobre et rigoureux Ellyes Skhiri s’y était mis lui aussi), on facilite énormément la tâche des adversaires. D’ailleurs, ces derniers, techniques, rapides et rugueux, n’ont pas eu à se dépenser outre mesure pour imposer leur suprématie sur tous les compartiments de jeu. Aidés en cela par le coaching catastrophique de Sabri Lamouchi qui a aggravé la gabegie régnant au sein de l’équipe par des choix tactiques douteux (une défense avec trois axiaux, qui jouent pour la première fois ensemble… pour encaisser à la fin 5 buts !) et des changements dénués de toute logique.

Une responsabilité collective

Il ne fallait pas tant pour que la défaite s’alourdit d’un douloureux sentiment d’impuissance et d’humiliation. Jamais, en effet, les Aigles de Carthage n’ont volé aussi bas, et la faute n’incombe pas seulement aux joueurs et au staff technique : elle est partagée par tous les responsables et à tous les niveaux. Car cette déroute n’a pas commencé aujourd’hui, on en a vu les prémices depuis plusieurs années, mais on n’a rien fait pour essayer de remettre de la rigueur et de l’ordre là où règne le copinage, le bricolage et le replâtrage.

La Tunisie a encore deux autres matches à jouer au premier tour de la compétition contre le Japon (dimanche 21 juin) et les Pays-Bas (vendredi 26 juin), deux équipes autrement plus techniques, plus rapides et plus rugueuses sur le plan physique. Si le passage au second tour, rêve caressé par les Tunisiens depuis leur première participation au Mondial en 1978, est devenu quasiment impossible, on peut encore espérer des coéquipiers de Hannibal Mejbri qu’ils sauvent l’honneur de la nation en jouant mieux, en marquant des buts ou, au moins, en perdant avec plus de panache.

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