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Santé mentale : névrose sociale et crise de mal-être

Un rapport publié le 5 novembre 2025 par le fournisseur de données américain Country Cassette révèle que 4,9% des Tunisiens, soit plus de 586 mille personnes sur une population de 11,972 millions d’habitants selon le dernier recensement général de la population et de l’habitat (novembre 2024), souffrent de troubles dépressifs. Ce taux est bien plus élevé que la moyenne mondiale de 3,9%.
Toujours selon le même rapport, la Tunisie se classe ainsi au 48e rang à l’échelle mondiale en matière de prévalence de la dépression, bien loin des pays fortement exposés à cette maladie comme l’Ukraine qui occupe la première position mondiale, avec un taux de prévalence de 6,3% de la population, les Etats-Unis (5,9%), le Brésil (5,8%) et la Grèce (5,7%).

Des malades mentaux circulent dans le public
Pas mal de Tunisiens (hommes et femmes) atteints de troubles mentaux, parfois majeurs, circulent parmi les gens dans les artères de la capitale, en criant et en parlant seuls, parfois en riant à gorge déployée sans raison apparente. Ces scènes sont devenues courantes chez nous. Ce ne sont pas des voyous ni des clochards ni des vagabonds non plus, mais bel et bien des personnes souffrant d’un traumatisme psychique ou d’une quelconque névrose hystérique. On les voit chaque jour, du matin au soir, hiver comme été, faisant le va-et-vient tout le long de l’avenue Habib Bourguiba et ce, dans l’indifférence totale des piétons. Tantôt ils sont la risée de certains passants, tantôt ils inspirent la pitié et la compassion, mais ils alimentent souvent la peur, notamment chez les femmes et les enfants. L’on se demande pourquoi ce grand nombre d’individus atteints de maladies mentales ne sont pas pris en charge par les services psychiatriques. Pourtant, il existe une loi (n° 92-83 du 3 août 1992), relative à la santé mentale et aux conditions d’hospitalisation en raison de troubles mentaux.
Ces âmes errantes sont-elles plus nombreuses qu’avant ? Ce n’est pas difficile de le savoir, puisque leur nombre augmente chaque jour davantage, surtout durant ces dernières années, notamment après la Révolution de 2011. Si la Révolution a eu des apports substantiels, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle a eu des effets négatifs sur la santé mentale de certaines gens. Ainsi, le nombre des personnes souffrant de troubles psychologiques est en croissance depuis janvier 2011. De tels cas se sont multipliés surtout avec la pandémie de la Covid-19 et la crise socio-économique qui s’est installée dans notre pays depuis quelques années. C’est à cause de ces évènements très marquants qu’on s’est aperçu que la santé mentale de pas mal de Tunisiens s’est dégradée.

Des chiffres inquiétants
En l’absence de chiffres officiels récents sur la santé mentale des gens en Tunisie, nous pouvons nous fier à une étude faite en 2022 dans les quartiers populaires de plusieurs villes tunisiennes par l’ONG International Alert, qui a révélé que les 18-29 ans crient leur mal-être, estimant que leur santé mentale est mauvaise, voire très mauvaise, plombés par une crise sanitaire et économique sans fin. Toujours selon la même étude, on apprend que plus d’un quart des hommes sondés estiment avoir besoin de consulter un spécialiste. 8% des personnes qui se sont exprimées souffrent de maladies chroniques, alors que la majorité d’entre eux ne dispose toujours pas d’une protection sociale.
Par ailleurs, les psychiatres de l’Hôpital Errazi constatent qu’après 2011, le nombre de consultations a augmenté de 25%. En effet, cet hôpital a accueilli depuis cette date des milliers de patients souffrant de troubles psychiques. Cela est sans doute relié aux déceptions et aux désillusions ressenties par une bonne part des citoyens à qui on avait promis monts et merveilles lors de la Révolution de 2011. Sûrement, les promesses trompeuses et creuses faites par les différents gouvernements «révolutionnaires» étaient à l’origine des déprimes et des maladies mentales de bon nombre de citoyens chez nous. Certains analystes expliquent la situation par la récurrence de la crise économique qui engendre des dépressions, des états de stress post-traumatique. Ajoutons à cela la paupérisation d’une bonne couche de la société qui a souffert et souffre encore de la cherté de la vie, du taux élevé de l’inflation et de la dégradation du pouvoir d’achat.

Prévenir vaut mieux que guérir
Ce phénomène n’est pas propre à la Tunisie. En effet, selon des études menées par l’Organisation mondiale de la santé, il s’avère que «pendant la première année de pandémie, les taux de dépression et d’anxiété ont augmenté d’un quart dans le monde». Des recherches approfondies ont aussi indiqué que les personnes, en particulier les hommes, connaissant chômage, paupérisation et difficultés familiales, courent un risque significativement plus élevé de subir des troubles mentaux, comme la dépression, l’alcoolisme et le suicide, que les personnes à l’abri de ces problèmes. La Tunisie ne peut pas être à l’abri de ces retombées de la crise sanitaire et économique connue par le monde. En effet, dans un pays où le taux de chômage des jeunes dépasse facilement les 15%, selon les dernières données publiées par l’Institut National de la Statistique (INS), où l’investissement n’a pas augmenté d’un iota et où la crise socio-économique s’exaspère, il est normal que les citoyens soient touchés dans leur santé mentale. Et dire que seulement 2% du budget de la santé est consacré à la santé mentale, si bien qu’il est difficile pour l’Etat de prendre en charge tous les cas des maladies mentales. Mais jusqu’à quand ?
Consciente de la gravité du phénomène, l’Association Tunisienne de la Promotion et Prévention en Santé Mentale a mené plusieurs fois des campagnes de sensibilisation au stress, rappelant que «le stress peut nous submerger, mais rappelez-vous que vous pouvez le gérer». Pour ce faire, l’Association a publié des astuces sur les façons de gérer les situations stressantes dans notre quotidien. De même, cette Association a entamé depuis 2021 un projet baptisé «SafeSpace» qui vise une diffusion et une vulgarisation de la culture de la santé mentale. Le reste revient au gouvernement qui doit prendre en charge un nombre de plus en plus important de Tunisiens souffrant de troubles mentaux. La santé mentale serait-elle encore mal en point en Tunisie ?

Hechmi KHALLADI

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Entre patriotisme, ambition et devoir national : porter haut les couleurs de la Tunisie

Par Ahmed NEMLAGHI

À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde de football, le Président de la République Kaïs Saïed a adressé un message fort de mobilisation et de confiance aux membres de l’équipe nationale tunisienne, appelés à défendre les couleurs du pays sur la scène internationale.
Recevant dimanche dernier au palais de Carthage l’ensemble des joueurs, du staff technique et des responsables de la délégation tunisienne avant leur départ pour la compétition mondiale, le Chef de l’État a insisté sur la portée nationale de cette participation et sur la responsabilité qui incombe à chaque joueur appelé à porter le maillot tunisien.

Dans une allocution empreinte de patriotisme et de détermination, Kaïs Saïed a rappelé que les sportifs tunisiens ne représentent pas uniquement une équipe de football, mais toute une nation, son histoire et les aspirations de son peuple.
Dès le début de son intervention, le Président de la République a tenu à rappeler aux joueurs l’importance symbolique de leur mission. «Vous représentez la Tunisie», a insisté le Chef de l’État, soulignant que chaque joueur doit garder à l’esprit qu’il porte le drapeau national et qu’il se bat pour le hisser haut «sur tous les cieux». À travers cette formule, Kaïs Saïed a voulu mettre l’accent sur la dimension patriotique du sport et sur le rôle fédérateur que joue l’équipe nationale dans l’imaginaire collectif tunisien. Pour lui, chaque apparition des «Aigles de Carthage» sur la scène mondiale engage l’image du pays tout entier et reflète la capacité des Tunisiens à relever les défis avec courage et persévérance. Le Chef de l’État a également appelé les joueurs à faire preuve d’abnégation, de discipline et d’esprit de sacrifice afin d’être à la hauteur des attentes du peuple tunisien, particulièrement attaché à son équipe nationale et à son parcours dans les grandes compétitions internationales.

Une compétition sous le signe du défi
Au cours de cette rencontre, Kaïs Saïed a insisté sur la nécessité de dépasser la logique de la simple participation symbolique. «Le temps de la participation pour la participation est révolu», a-t-il déclaré, appelant l’ensemble de la délégation tunisienne à adopter un véritable esprit de défi et une volonté constante de victoire.
Selon lui, la Tunisie doit désormais aborder les compétitions internationales avec ambition et confiance, loin de toute mentalité défaitiste ou résignée. Le Président de la République a ainsi exhorté les joueurs à entrer dans cette Coupe du monde avec la conviction qu’ils sont capables de rivaliser avec les meilleures sélections et d’écrire une nouvelle page de l’histoire du football tunisien.
Cette approche traduit une vision plus large fondée sur la valorisation de l’effort, de la persévérance et de la confiance dans les capacités nationales. Pour Kaïs Saïed, la réussite sportive constitue aussi le reflet d’un état d’esprit collectif fondé sur la détermination et le refus de l’échec comme fatalité.

«La culture de la défaite est plus grave que la défaite elle-même»
Parmi les passages les plus marquants de son allocution figure l’affirmation selon laquelle «la culture de la défaite est plus grave que la défaite elle-même».
À travers cette phrase, le Président de la République a voulu souligner que le principal danger ne réside pas dans un revers sportif ponctuel, inhérent à toute compétition, mais dans l’installation d’un état d’esprit marqué par le doute et la résignation.
Le Chef de l’État a ainsi exhorté chaque membre de la délégation tunisienne à accomplir sa mission avec une détermination sans faille, un esprit conquérant et une foi inébranlable dans les capacités tunisiennes. Selon lui, la confiance en soi demeure une condition essentielle de la réussite, aussi bien dans le domaine sportif que dans les autres secteurs de la vie nationale. Cette idée revient régulièrement dans les discours présidentiels, où Kaïs Saïed insiste souvent sur la nécessité de restaurer la confiance collective et de valoriser les compétences tunisiennes.

Le sport comme miroir de la nation
Au-delà du football, cette rencontre au palais de Carthage a également permis au Président de la République d’évoquer la portée symbolique du sport dans la construction de l’identité nationale.
Kaïs Saïed est revenu sur plusieurs étapes marquantes de l’histoire des participations tunisiennes dans les compétitions internationales, aussi bien dans les disciplines collectives qu’individuelles. Il a rappelé que de nombreux sportifs tunisiens ont réussi, au fil des décennies, à impressionner le monde par leurs performances et leur capacité à se dépasser malgré des moyens parfois limités.
Ces réussites, a-t-il souligné, demeurent profondément ancrées dans la mémoire populaire et constituent des sources de fierté pour les Tunisiens.
Le Président de la République a notamment insisté sur le fait que les grandes victoires sportives dépassent souvent leur dimension compétitive pour devenir des moments d’unité nationale, capables de rassembler les citoyens autour d’un même sentiment d’appartenance et d’espoir.
Dans un contexte économique et social difficile, les performances de l’équipe nationale représentent ainsi, pour de nombreux Tunisiens, un motif de fierté collective et une occasion de faire rayonner l’image du pays à l’étranger.

«La Tunisie est capable d’émerveiller le monde»
Poursuivant son intervention, Kaïs Saïed a affirmé que la Tunisie demeure capable de surprendre et d’impressionner la scène internationale à condition de conserver la confiance en ses potentialités.
«La Tunisie est encore capable d’émerveiller le monde tant qu’elle conserve une foi profonde et inébranlable en sa capacité à relever les différents défis», a-t-il déclaré devant les joueurs et les membres du staff technique.
À travers cette affirmation, le Chef de l’État a cherché à insuffler un sentiment de confiance et de responsabilité aux joueurs appelés à représenter le pays lors de cette compétition mondiale.
Pour lui, la réussite ne dépend pas uniquement des moyens matériels ou des circonstances extérieures, mais également de la force morale, de la volonté et de la capacité à croire en ses propres compétences.
Ce discours s’inscrit dans une logique où le sport devient également un vecteur de mobilisation nationale et un symbole de la capacité du pays à surmonter les difficultés.

«Écrire l’histoire»
Concluant son allocution, Kaïs Saïed a tenu à rappeler que les grandes compétitions sportives ne se résument pas uniquement aux chiffres ou aux résultats inscrits sur un tableau d’affichage.
«Le tableau d’affichage peut certes briller par un résultat, mais l’essentiel demeure ce qui sera inscrit en lettres d’or sur le tableau de l’Histoire», a affirmé le Président de la République.
À travers cette formule, le Chef de l’État a voulu souligner que certaines participations restent gravées dans la mémoire collective non seulement par les victoires obtenues, mais également par le courage, l’engagement et l’esprit de dépassement dont font preuve les équipes nationales.
Il a ainsi appelé les «Aigles de Carthage» à tout donner sur le terrain afin d’inscrire leur parcours parmi les grandes pages du sport tunisien et d’offrir au peuple tunisien des moments de joie et de fierté.

De fortes attentes populaires
Cette réception au palais de Carthage intervient alors que l’enthousiasme commence à gagner les supporters tunisiens avant le début de la compétition mondiale.
Dans les rues, les cafés et les espaces publics, les discussions autour de la sélection nationale, des choix tactiques et des chances de qualification occupent déjà une place importante dans le quotidien des Tunisiens.
Le football demeure en effet le sport le plus populaire du pays et les performances de l’équipe nationale constituent souvent un facteur de rassemblement dépassant les clivages politiques, sociaux ou régionaux.
Les supporters espèrent voir les «Aigles de Carthage» réaliser un parcours honorable et démontrer que la Tunisie demeure capable de rivaliser avec les grandes nations du football mondial.

Une mission qui dépasse le sport
À travers cette rencontre avec l’équipe nationale, Kaïs Saïed a cherché à donner à cette participation mondiale une dimension qui dépasse le simple cadre sportif.
Le Président de la République a placé cette aventure sous le signe du patriotisme, de la responsabilité et de la volonté de réussir. Son message aux joueurs était clair : défendre les couleurs tunisiennes avec honneur, discipline et détermination afin de faire rayonner le pays sur la scène internationale.
Alors que les «Aigles de Carthage» s’apprêtent à quitter Tunis pour rejoindre la compétition mondiale, tous les regards se tournent désormais vers cette équipe appelée à porter les espoirs d’un peuple entier.
Car au-delà des résultats sportifs, la Coupe du monde représente aussi, pour les Tunisiens, une occasion de rappeler que leur pays demeure capable de relever les défis, d’écrire son histoire et de faire entendre sa voix parmi les nations.

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Jalel Ben Khaled (Ex-handball de l’EST et international tunisien) : «Sans actions tangibles, l’avenir de la petite sphère s’annonce brumeux»

L’invité de ce dimanche est un ex-international et joueur de handball de l’Espérance Sportive de Tunis. C’est un pur «Sang et Or» qui a laissé de très beaux souvenirs à ses supporters. Dans la présente interview, on passera en revue son parcours en tant que joueur et technicien et ses ambitions pour les années à venir. Une interview qui tombe à pic puisque c’est l’assemblée générale élective de la FTHB. Entretien. 

– Pour commencer, votre parcours avant de devenir joueur de handball…
– Je suis né à Bab Souika, mais à l’âge d’un an, on a déménagé pour aller du côté de la Banlieue nord, au Kram plus précisément. J’y ai vécu toute ma jeunesse jusqu’à mon mariage. Pour les études, j’ai fait l’école des sœurs à Carthage présidence, qui est devenue aujourd’hui l’IHEC. Après l’école française, j’ai fait l’école tunisienne de Salammbô. Apres le Bac, je suis allé en France, plus précisément à Lyon pour faire un DESS en électronique et electro-technique. Et j’ai également joué au handball.

– Vos premiers pas en handball ?
– J’ai commencé à pratiquer le handball au sein de la grande école qu’est Al Hilal. Il faut dire que c’est un club qui s’apparente à une famille. Mon père m’y emmenait car il était un des responsables du club avant d’en devenir le président. J’étais sur les terrains de handball dès mon jeune âge et dès que j’ai atteint l’âge d’avoir une licence, ma carrière a commencé. C’est un grand club qui a été entraîné par Hédi Malek et qui a vu de grands noms porter son maillot à l’instar de Naceur Jeljeli, Raouf Ben Samir, Youssef Kortbi. Personnellement, j’ai joué avec les seniors alors que j’étais encore cadet. Mais j’ai très vite quitté le club car je suis parti très jeune en France dès l’obtention du baccalauréat.

– Pourquoi le handball et pas un autre sport ?
– Cela s’est fait naturellement. Disons que le handball s’est imposé à moi et ne m’a point laissé la possibilité de choisir. Comme je viens de vous le dire, mon père était responsable puis président d’Al Hilal et j’étais sur le terrain tout petit, à regarder les autres jouer avant de faire comme eux. En outre, toute la famille a joué au handball. Mes sœurs, mes cousins et cousines et on considérait Al Hilal comme notre famille.

– D’Al Hilal vous êtes parti en France pour une expérience professionnelle avant de revenir en Tunisie. Pourquoi n’êtes-vous pas resté du côté de l’Hexagone ?
– C’est une bonne question. Pour être franc, j’ai un peu regretté. C’est le destin. Beaucoup m’ont demandé pourquoi je ne suis pas resté en France. Peut-être parce que j’étais bien en Tunisie. Ce que vous ne savez pas, c’est que le maire de Vénissieux m’avait même proposé de me préparer pour avoir la nationalité française et voulait que je reste avec le club de cette commune, mais ça n’a pas abouti. Il faut dire que mon père ne voulait pas en entendre parler et n’admettait pas de voir son fils obtenir la nationalité française. Et puis, il y a l’Espérance, l’engouement du public, j’étais très jeune encore et cela a suffi pour me pousser à revenir en Tunisie. C’est finalement sans regrets car de mon temps, il n’y avait pas d’argent dans le monde du handball en Tunisie comme en France. Ce n’est qu’après que les choses ont changé. Quoi qu’il en soit, ce fut une belle expérience et je peux me vanter d’avoir joué avec des internationaux français de l’époque, ceux qu’on appelait les Barjots qui ont remporté le championnat du monde en Islande. J’en citerai Latou, Meunier, Gaël Monthurel, Patrick Lepetit. Quand je suis rentré en Tunisie, j’ai joué contre eux. Ils ont beaucoup progressé et fait de la France une des plus grandes nations de handball et cela s’est fait sous la houlette de Constantini. On peut dire que j’ai connu la France d’avant-Constantini et d’après-Constantini et on devrait s’en inspirer.

– Comment avez-vous atterri à Vénissieux ?
– Vous allez en rire. J’étais parti en France pour mes études et comme le terrain d’entraînement était près de chez moi, j’allais, assez souvent, regarder cette équipe s’entraîner. Un jour, en l’absence du gardien, on m’a proposé de le supplanter et depuis, c’est parti. C’est un concours de circonstances extraordinaire. Je ne devais même pas rester dans cette ville car je devais partir pour Lille. Ils m’ont inscrit à l’université et officiellement recruté. Dans un journal de Lyon qu’on appelle «Le Progrès», on disait de moi : «Le joueur qui a vu de la lumière dans la salle est rentré». Ce fut une belle expérience puisque en quatre ans, nous avons atteint la ligue 1 après avoir fait la division trois, puis deux, 1B et enfin 1A. Plusieurs clubs m’ont sollicité en France, mais j’ai toujours dit non car j’étais bien à Vénissieux. C’est un club qui ressemble un peu à Al Hilal.

– Un aperçu succinct sur votre parcours sous les couleurs de l’Espérance ?
– De 1988 à 1996. Je vous laisse faire le compte, une période où j’ai tout gagné. Je ne saurais vous dire combien de titres, mais nous avons dominé le handball en Tunisie pendant quelques années. Je ne peux qu’être satisfait de mon long parcours avec l’Espérance.

– Vous étiez, vous et le regretté Habib Yagouta, les leaders du groupe. Cela a facilité la tâche de toute l’équipe, j’imagine ?
– Absolument. Moi, je haranguais mes coéquipiers sur le terrain et Habib s’occupait des vestiaires. Le comportement des joueurs vis-à-vis du club ? Personnellement, à mes débuts, il m’a fait comprendre dans quel club j’évoluais en me reprenant après m’avoir vu poser le maillot sur le sol pour ne pas salir mes pieds. Évidemment, c’était dans le vestiaire après la douche. Il m’a clairement fait savoir que le maillot du club est sacré. C’était ça le grand Habib. Qu’il repose en paix.

– Son départ a attristé toute la Tunisie. Quel souvenir gardez-vous d’un des meilleurs gardiens de handball en Tunisie ?
– C’est un être exceptionnel et aimé de tous. Tous les autres clubs, sans exception, l’appréciaient beaucoup. On a beaucoup joué ensemble à l’Espérance comme en équipe nationale et durant les stages, nous étions toujours dans la même chambre. Il me manque beaucoup.

– Avez-vous été contacté par un autre club tunisien avant de porter le maillot «sang et or»?
– Oui. Le Club Africain a voulu m’engager et m’a contacté à travers Raouf Ben Samir. Je devais rencontrer Azouz Lasram à Paris. Ça ne s’est pas fait et ça ne pouvait pas aboutir car je suis espérantiste et toute la famille est espérantiste.

– Votre meilleur souvenir avec l’Espérance…
– Le meilleur souvenir, c’est la finale de la coupe de Tunisie remportée. C’est un souvenir inoubliable car ce jour-là, nous n’étions pas bons. Notre adversaire a mené au score durant tout le match, mais nous avons su nous imposer dans les dernières minutes. Et c’est ce qui rend cette coupe encore plus belle.

– Et votre plus mauvais souvenir ?
– Indéniablement notre défaite devant notre public à la salle Zouaoui en finale de la Coupe d’Afrique devant le Zamalek d’Égypte.

– Une idée sur votre parcours en équipe nationale…
– J’ai porté le maillot national de 1988 à 1995. D’ailleurs, cette année restera gravée dans ma mémoire. C’est l’année de ma dernière coupe du monde en Islande et nous avons perdu contre la Croatie aux tirs au but. Sinon, j’ai participé aux Jeux méditerranéens, à la Coupe d’Afrique et même si nous n’avions pas porté de titres, nous étions toujours en finale. Je dois rappeler que la Tunisie a remporté le titre africain en 1994, mais on m’avait écarté de l’équipe de Tunisie pour des raisons que j’ignore encore aujourd’hui. Je suis revenu en 1995 pour participer au Championnat du monde.

– Après ce parcours, avez-vous des regrets ?
– Pas vraiment. J’ai toujours tout donné sans tricher et, en équipe nationale comme à l’Espérance, j’étais un leader. Le jour où j’ai senti que physiquement je n’étais plus capable de faire ce que j’ai toujours fait, j’ai décidé d’arrêter et de mettre un terme à ma carrière. Je me rappelle que c’était après une finale perdue contre le Club Africain.

– Comment avez-vous géré votre après-carrière ?
– Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer car j’ai beaucoup voyagé. J’ai profité de la vie et je me suis complètement éloigné du monde du handball pendant cinq à six ans. Et puis en 2004, j’ai été contacté par Slim Chiboub pour une réunion avec Sayed Ayari et Mohamed Sabbagh. L’intention était de relancer l’équipe senior qui a perdu le titre arabe et concédé une défaite en championnat devant le Club Africain avec un score large. Je suis devenule délégué de l’Espérance avec la grande équipe composée de Hmam, Bousnina, Jerou et autres. Cette année, on avait remporté le doublé et c’est avec Aziz Zouhir comme président qui avait succédé à Slim Chiboub. Comme ça me prenait beaucoup de temps, ça m’a donné des idées, je me suis mis à entraîner et j’ai commencé avec les cadets de l’Espérance.

– Vous êtes donc passé de l’autre côté de la barrière. Vous êtes devenu entraîneur et on vous a vu briller beaucoup plus à l’étranger qu’en Tunisie. Pourquoi ?
– J’ai entraîné Béni Khiar, Jendouba, Kairouan. J’ai fait l’adjoint d’Alain Porte en équipe nationale. En 2011, on m’a écarté car on me considérait comme un proche de Slim Chiboub. Et pourtant, nous avions remporté le championnat d’Afrique en Égypte. Ce qui n’était pas évident. Alors, j’ai préféré aller au Qatar. Et pour répondre à votre question, à part l’Espérance, quelle autre équipe pourrais-je entraîner ? Certainement pas le Club Africain ou l’Etoile car ça fonctionne comme ça en Tunisie. Aucune formation jouant les premiers rôles ne fera appel à mes services car je suis Espérantiste, comme vous ne verrez jamais un Etoilé à la tête de l’Espérance ou du Club Africain. C’est pour cela qu’on quitte le pays pour tenter notre chance ailleurs. Pour terminer, j’ai réussi là où je suis passé. En Libye, au Koweït, en équipe nationale ou au Maroc. J’ai toujours bien fait.

– Et pourquoi pas l’Espérance ?
– J’ai fait le directeur technique des jeunes et j’ai fait un travail remarquable. Mais être à l’aise chez les seniors est un peu difficile. Peut-être que ma façon de voir les choses et mon caractère ne correspondent pas aux critères exigés.

– Pourquoi pas un parcours comme celui de Sebki ?
– Écoutez, si j’ai des choses à dire, je le ferai devant la personne intéressée et pas sur les colonnes des journaux ou à la radio et il y a beaucoup à dire. A propos de l’Egyptien, ses résultats sont logiques car les moyens humains mis à sa disposition, ainsi que potentiel humain sont considérables. Quand on peut compter sur des ailiers comme Boughanmi et Toumi comme ailiers gauches, Maaref, Becha et Ben Hassine comme arrières gauches, Ben Salah et Abdelli comme demi-centres, Jaffeli, Jallouz et tant d’autres, sans oublier Sfar et Nemli comme gardien, on n’a pas le droit de perdre. La vie est ainsi faite. Des fois, tu es servi par la chance et Sebki l’a été. Tant mieux pour lui.

– Comment avez-vous géré la notoriété ?
– Normalement. Mes amis sont toujours les mêmes. Certes, j’ai plus de facilités dans certaines choses, mais pour le reste, je vis normalement. L’essentiel, c’est d’être une bonne personne et de laisser la meilleure impression ou image car on devient un modèle à suivre et pour cela, il faut donner le bon exemple.

– Si vous deviez faire un parallèle entre le handball d’avant et celui d’aujourd’hui, que diriez-vous ?
– Paradoxalement avant, c’était beaucoup plus rapide et physique. Sans oublier les considérations technico-tactiques. Les exemples de Hmam et Tej sont là pour justifier mes propos et ce sont des joueurs qui ont réussi en Europe. C’est toute une génération qui a réussi à l’étranger dans le haut niveau

– Et donc indéniablement, on a régressé. Pourquoi ?
– Parce que la formation laisse à désirer. Et le bureau fédéral n’a pas voulu comprendre et persiste dans sa mauvaise gestion et à ce rythme-là, on ne pourra pas reconquérir le titre africain. Si rien n’est fait, on aura du mal dans les années à venir à avoir une équipe nationale compétitive. Et puis on confie l’équipe de Tunisie à un entraîneur vacataire. C’est une aberration monstre. Un entraîneur national qui vient à Tunis pour un travail ponctuel et puis s’en va pour entraîner en France. On n’est jamais tombé aussi bas.

– Actuellement, ce sont les élections au sein de la Fédération Tunisienne de Handball. Beaucoup réclament le départ de Karim Helali qui est à la tête de la FTHB depuis un peu plus de dix ans. Et malgré les résultats décevants, il ambitionne de nouveau la présidence de cette fédération. Est-ce logique ?
– Son slogan, c’est la continuité. De quelle continuité parle-t-on ? Il n’y a pas de feuille de route et les décisions sont prises sans demander l’avis de qui que ce soit. On perd beaucoup de temps dans des luttes stériles entre gens du handball et toute cette énergie devrait être employée autrement.

– Des deux candidats en lice, avez-vous une préférence ?
– Oui, j’ai une préférence. Je suis pour le changement. Après douze ans et avec les résultats que vous connaissez, j’estime qu’il est grand temps de changer de bureau. Il faut des idées nouvelles.
(NDLR : la présente interview a été réalisée avant la tenue de l’Assemblée générale élective de la FTHB.)

– Que faut-il faire pour redresser la barre, au moins sur le plan continental car l’Égypte a pris une avance considérable sur nous ?
– Il faut une direction technique forte et digne de ce nom. Un programme clair sur quatre ou cinq ans et éviter d’interférer dans le travail du directeur technique. Il faut une équipe nationale cadette composée de joueurs qui auront à vivre de longues années ensemble. Comme ça, on peut ambitionner de meilleurs résultats et un titre continental.

– Quel est le meilleur joueur tunisien de tous les temps. Plusieurs hésitent entre Khaled Achour et Mounir Jelili. Êtes-vous d’accord ou avez-vous d’autres noms ?
– Ce sont indéniablement deux grands joueurs et deux grands noms du handball tunisien, mais quand j’ai vu jouer Darmoul le week-end dernier, aucun autre joueur n’a atteint son niveau. Il évolue actuellement en Allemagne et devrait atterrir à Stuttgart la saison prochaine. Aucun autre joueur tunisien n’a atteint son niveau sur tous les plans.

– Le meilleur entraîneur tunisien ?
– Les noms sont nombreux et les compétences ne manquent pas. Je pourrais citer Hechmi Razgallah qui vient de nous quitter. Il ne faut pas non plus oublier Hédi Malek, Hamadi Khalladi. Si je devais citer un seul nom, j’opterais pour Hédi Malek.

– Que faites-vous actuellement ?
– Je viens de rentrer de Libye où j’ai entraîné l’Olympique de Zaouia. Une équipe avec laquelle j’ai remporté la Supercoupe et c’est le seul titre dans l’histoire de ce club. Sinon, je suis sur un projet sportif et un autre qui n’a rien à voir avec le sport.

– Quittons un peu le sport pour en savoir un peu plus sur vous. Si vous n’aviez pas eu cette brillante carrière, qu’auriez-vous fait ?
– J’aurais été dans le domaine de mes études. Je serais, peut-être chef d’entreprise, ingénieur ou autre chose, mais j’ai tout laissé tomber pour vivre ma passion. J’en ai fait mon métier et je suis content d’avoir fait des études supérieures car cela m’a aidé à être ou devenir ce que je suis actuellement.

– Je sais qu’un de vos enfants vient de terminer ses études. Ont-ils tenté une expérience sportive ?
– Les deux ont terminé leurs études. Le premier a fait polytechnique au Canada et le deuxième a fait Data science. C’est le domaine de l’intelligence artificielle. Un de mes deux enfants a joué au handball à l’Espérance, sans pourtant percer. Et ce n’est pas parce qu’il n’était pas bon. À l’époque, je n’étais pas à Tunis et les conditions n’étaient pas optimales. Et je ne vais pas en dire plus.

– Un mot sur Jalel Ben Khaled le papa ?
– Un peu papa poule. Peut-être un peu trop. Je me rappelle que j’étais également leur prof. A la maison, je m’occupais de leur éducation, mais de leur apprentissage également. Pour moi, il était hors de question d’avoir recours aux cours particuliers. Fort heureusement, ils me l’ont bien rendu en réussissant leurs études. C’est le meilleur des investissements pour moi. Que mes enfants réussissent leurs études est la chose la plus importante pour moi.

– Que faites-vous de votre temps libre ?
– Pas grand-chose. Du sport, je joue à la belote avec mes amis. Je suis, comme je vous l’ai déjà dit, sur deux projets et ça me prend une grande partie de mon temps.

– Votre ambition est toujours la même ?
– Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Il ne faut jamais baisser les bras et se contenter de rester à la maison. Il faut avoir des projets et essayer de faire des choses. Il faut travailler car l’oisiveté est la pire des choses pour l’être humain et pour la santé. Et tant qu’il y a la santé, le reste suivra…

Un mini-questionnaire pour mieux connaître Jalel
Le principal trait de votre caractère : trop honnête
La qualité que vous désirez chez un homme : charismatique et honnête
La qualité que vous désirez chez une femme : l’humour
La qualité que vous appréciez chez vos amis : la bonne compagnie
Votre principal défaut : trop exigeant et intransigeant pendant le travail
Votre occupation préférée : jouer à la belote contrée
Votre rêve de bonheur : une bonne santé pour moi, ma femme et mes enfants
Ce que vous porteriez sur une île déserte : un parasol
La couleur que vous préférez : le bleu
Été ou hiver : hiver
Le pays où vous désireriez vivre : la Tunisie

 

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La galère portugaise sur nos plages :  quand la mer nous rappelle qu’elle n’est pas un décor

Il suffit parfois d’un petit corps bleuté, presque beau, échoué sur le sable, pour que la mer cesse d’être ce paysage familier que l’on croit connaître. La galère portugaise, ou Physalia physalis, signalée récemment sur les côtes tunisiennes, notamment à Tabarka et dans la région de Bizerte, a réveillé une inquiétude légitime chez les baigneurs, les pêcheurs, les plongeurs et les familles qui s’apprêtent à retrouver la plage à l’approche de l’été. Le 27 mai 2026, l’association TunSea a relayé le signalement d’un spécimen dans la région de Tabarka, tout en appelant à la vigilance sans céder à la panique. Depuis mars, le nombre d’individus observés resterait limité, inférieur à une dizaine, selon les informations rapportées. Un autre signalement avait été mentionné le 29 mars 2026 à Sidi Mechreg, dans le gouvernorat de Bizerte. Cette présence n’est donc ni massive ni totalement inédite : l’espèce avait déjà été officiellement enregistrée en Tunisie en 1992. 

Mais la question n’est pas seulement de savoir si la galère portugaise est «nouvelle» ou non. La vraie question est celle de notre rapport à la mer, à ses surprises, à ses déséquilibres, à ses êtres parfois dangereux que nous découvrons souvent par accident. Nous avons longtemps regardé la plage comme un simple espace de loisir, de baignade et de consommation estivale. Or, la mer est un milieu vivant, traversé par des courants, des vents, des migrations, des phénomènes biologiques et climatiques complexes. Ce que nous appelons apparition soudaine n’est souvent que le résultat visible de mouvements invisibles.

La galère portugaise est souvent prise pour une méduse. Pourtant, elle n’en est pas vraiment une. C’est un siphonophore, c’est-à-dire une colonie d’organismes spécialisés qui vivent ensemble et fonctionnent comme un seul être vivant. Sa partie la plus visible est une sorte de flotteur gonflé, bleu, violet ou rosé, qui reste à la surface de l’eau comme une petite voile. Sous cette poche flottante pendent de longs filaments urticants, parfois très étendus, qui servent à capturer les proies. La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) rappelle que ces tentacules mesurent en moyenne près de dix mètres et peuvent atteindre jusqu’à trente mètres. Ce détail est essentiel : on peut croire être loin de l’animal visible et pourtant toucher ses filaments invisibles sous l’eau. 

Un animal fascinant, mais pas innocent

Il faut résister à deux erreurs opposées : dramatiser au point de transformer nos plages en zones de peur ou banaliser au point de laisser les enfants jouer avec ce qu’ils prennent pour un objet marin curieux. La galère portugaise n’est pas un monstre, mais elle n’est pas inoffensive. Sa beauté est trompeuse. Ses couleurs attirent le regard, son flotteur intrigue, sa forme semble fragile. Pourtant, ses filaments contiennent des cellules urticantes capables d’injecter un venin provoquant une douleur intense, des brûlures cutanées, des marques rouges en forme de lignes ou de stries, des démangeaisons et parfois des réactions plus sérieuses. Les piqûres de galère portugaise peuvent produire des douleurs fortes et des lésions cutanées visibles ; les réactions graves restent rares, mais elles existent, surtout chez les personnes sensibles, les enfants, les personnes âgées ou celles déjà fragilisées. 

Le danger ne disparaît pas lorsque l’animal est échoué. C’est là un point capital. Une physalie morte, ou qui semble morte, peut encore piquer pendant plusieurs heures. Des morceaux de tentacules détachés peuvent également rester dangereux. Il ne faut donc jamais la toucher, ni avec les mains, ni avec un bâton pour s’amuser, ni pour la déplacer, ni pour la photographier de près. La bonne réaction est simple : garder ses distances, prévenir les personnes autour, alerter les surveillants de plage ou les autorités locales lorsqu’elles sont présentes et, si possible, prendre une photo à distance pour permettre le signalement. 

Cette vigilance concerne aussi les animaux domestiques. Un chien peut marcher dessus, la renifler, la lécher ou l’avaler par curiosité. Là encore, la scène peut sembler anodine, mais les conséquences peuvent être douloureuses : inflammation, gonflement, troubles respiratoires ou malaise. La plage n’est pas seulement un espace humain, elle est aussi fréquentée par des animaux qui ne savent pas reconnaître le danger.

Se protéger sans céder à la peur

La première protection est l’information. Savoir reconnaître l’animal, c’est déjà réduire le risque. Il faut retenir l’image d’une petite poche flottante, translucide, bleutée, violacée ou rosée, avec des filaments parfois difficiles à voir. En mer, si l’on aperçoit une physalie ou si plusieurs personnes signalent des piqûres inhabituelles, il vaut mieux sortir de l’eau calmement. Il ne sert à rien de paniquer, de courir ou de provoquer un mouvement collectif désordonné. La mer demande du sang-froid.

Les parents doivent expliquer aux enfants que tout ce qui est beau sur la plage n’est pas forcément un jouet. On ne touche pas un animal marin inconnu. On ne ramasse pas les filaments. On ne les écrase pas. On ne les met pas dans un seau. Dans les zones où un signalement a été fait, les autorités locales, les municipalités, les postes de secours et les associations environnementales devraient afficher des consignes claires : image de l’animal, danger principal, gestes interdits, gestes utiles, numéros à appeler. La prévention ne doit pas rester prisonnière des réseaux sociaux, où l’information circule vite mais souvent sans hiérarchie ni précision.

En cas de contact, le premier réflexe est de sortir de l’eau et de garder son calme. Il ne faut surtout pas frotter la zone touchée, car le frottement peut aggraver la libération du venin. Il faut rincer avec de l’eau de mer, non avec de l’eau douce. L’eau douce peut favoriser l’activation des cellules urticantes restantes. Les filaments visibles doivent être retirés avec précaution, sans les toucher à mains nues, idéalement avec une pince, un objet rigide ou le bord d’une carte. Le NHS (National Health Service) recommande ensuite de plonger la zone touchée dans de l’eau très chaude, supportable mais non brûlante, pendant au moins trente minutes, afin de calmer la douleur. 

Il faut également oublier les «remèdes» populaires. Uriner sur la piqûre, appliquer de l’alcool, frotter avec du sable, mettre de la glace directement ou masser fortement la peau sont de mauvaises idées. Certaines études ont discuté l’usage du vinaigre pour les piqûres de Physalia, mais les recommandations pratiques varient selon les pays et les protocoles locaux. Dans le doute, le citoyen doit suivre les consignes des secouristes et des autorités sanitaires présentes sur place. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut ni improviser ni transformer la victime en terrain d’expérimentation. 

La consultation médicale devient urgente si la douleur est très forte ou persistante, si la piqûre touche le visage, les yeux, la bouche ou la gorge, si la personne présente des difficultés respiratoires, une douleur thoracique, des vomissements, un malaise, des vertiges, une perte de connaissance ou un gonflement important. Dans ces cas, il ne faut pas attendre que «ça passe». Une réaction allergique ou systémique, même rare, peut évoluer rapidement. 

La galère portugaise nous oblige finalement à une maturité collective. Il ne s’agit ni de diaboliser la mer ni de nier les dangers. Il s’agit d’apprendre à vivre avec un environnement vivant, changeant, parfois imprévisible. Nos plages ne seront plus seulement des lieux de détente, elles devront devenir aussi des lieux d’éducation écologique. La mer tunisienne mérite mieux que l’indifférence saisonnière. Elle exige observation, science, prévention et responsabilité. Face à la physalie, la bonne attitude tient en quelques mots : reconnaître, ne pas toucher, signaler, secourir correctement. C’est peu, mais c’est déjà beaucoup.

Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

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Changement climatique et souveraineté alimentaire : la Tunisie doit repenser rapidement sa carte agricole 

Malgré les précipitations appréciables enregistrées durant l’automne et l’hiver écoulés qui ont porté le taux moyen de remplissage des barrages à près de 60% avec un stock hydrique national d’environ 1,3 milliard de mètres cubes, soit un niveau nettement supérieur aux réserves critiques que l’on connaissait à la même période de 2024 et 2025, la situation hydrique globale reste fragile sur le moyen et le long terme. À l’instar des autres pays du Maghreb, la Tunisie est en effet une terre de transition entre les climats méditerranéen et désertique, et ne bénéficie du climat subhumide que sur une étroite bande littorale, alors que plus de 80% de son territoire est exposé aux climats semi-aride et aride. 

Selon les projections climatiques, la raréfaction des ressources hydriques devrait s’intensifier dans les décennies à venir. D’autant plus que les vagues de sécheresse deviendront de plus en plus intenses et les précipitations plus erratiques, dans un contexte global d’accélération du réchauffement climatique. D’après les prévisions des climatologues, la rive sud de la Méditerranée sera exposée à un déplacement des étages bioclimatiques vers le nord, ce qui se traduira par une montée des températures et une diminution des précipitations. Cette région devrait connaître, de ce fait, une augmentation des températures de 3 degrés d’ici à 2050 et de 5 degrés d’ici à 2100, avec des baisses de précipitations allant de 20% à 50% pour ces mêmes horizons. 

Le World Resources Institute (WRI, Institut des ressources mondiales) a également révélé dans une récente étude que la Tunisie figure parmi les 33 pays du monde qui connaîtront un stress hydrique intense à l’horizon 2040. Ce think tank américain spécialisé dans les questions environnementales a identifié les pays qui seront soumis à un stress hydrique très intense, en s’appuyant sur les données du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

«Avec moins de 400 m3 par habitant et par an, la Tunisie est déjà sous le seuil de la pauvreté hydrique (<1000 m3/habitant/an). Cette situation a été aggravée ces dernières années par les effets du dérèglement climatique, la hausse de la demande et la vétusté des infrastructures», souligne Raoudha Gafrej, experte en gestion des ressources hydriques et en adaptation au changement climatique.

Professeur à l’Institut supérieur des sciences biologiques appliquées de Tunis, Gafrej estime que les mesures d’économie d’eau, l’entretien des infrastructures et la mobilisation des ressources hydriques conventionnelles ne sont plus suffisantes, tout en appelant le gouvernement à déclarer «l’état d’urgence hydrique» et à revoir rapidement la carte agricole nationale pour l’adapter aux nouvelles contraintes climatiques. 

 

Limiter les cultures gourmandes en eau 

L’agriculture, qui représente environ 80% de l’utilisation totale de l’eau en Tunisie, repose principalement sur des pratiques d’irrigation souvent inefficaces et intensives en eau. La perte d’eau due à l’évaporation, à des infrastructures d’irrigation obsolètes et à des techniques agricoles inappropriées contribue à une gestion non durable des ressources hydriques. À titre indicatif, on cite une augmentation des superficies dédiées à la culture des tomates de 73% entre 2000 et 2015.

Une étude publiée début mai dernier par la Banque africaine de développement a également souligné cet impératif. «La carte agricole nationale, aujourd’hui largement obsolète, doit être entièrement refondée. Cette refonte doit s’appuyer sur des données actualisées –climat, disponibilité hydrique, typologie des sols, vulnérabilités locales– et prendre la forme d’une plateforme évolutive, alimentée par des données satellitaires, des indicateurs de productivité agricole et des projections climatiques», a précisé cette étude intitulée «Planification, préparation et stratégies de résilience face aux sécheresses». Et d’ajouter : «Au-delà d’un simple outil cartographique, cette carte devra servir de base pour reconfigurer les systèmes de culture en fonction de critères de durabilité écologique et de disponibilité effective des ressources en eau. Elle devra offrir une photographie fidèle de la réalité actuelle, tout en intégrant une vision prospective alignée avec une stratégie agricole nationale claire, tenant compte des tendances climatiques à moyen et long terme, ainsi que des dynamiques socio-économiques locales». Il s’agit, en d’autres termes de limiter les superficies des cultures qui nécessitent d’énormes quantités d’eau telles que les tomates, les fraises, les agrumes, les pastèques et les dattes à la satisfaction des besoins nationaux et d’interdire progressivement l’exportation de ces denrées. 

«Jusqu’à 80% des eaux disponibles en Tunisie sont utilisées pour irriguer 8% seulement des superficies agricoles. D’où la nécessité de revoir la carte de production agricole et d’interdire les cultures très gourmandes en eau. Nous ne pouvons plus exporter notre eau sous forme de produits agricoles. Cette eau doit être dirigée vers notre souveraineté alimentaire», explique Houcine Rehili, expert en développement et en ressources hydriques, recommandant l’octroi de la priorité aux grandes cultures et aux cultures fourragères pour préserver les systèmes de subsistance du pays, tels que le lait, les viandes blanches, les viandes rouges et les céréales.   

Les experts suggèrent d’autre part des investissements massifs dans le dessalement de l’eau de mer et le traitement des eaux usées, ainsi qu’une révision des tarifs de l’eau afin que l’État ne subventionne plus l’eau utilisée dans les hôtels et les usines. 

Dans les périmètres irrigués les plus exposés, l’adoption de systèmes d’irrigation intelligents constitue par ailleurs une mesure clé. L’objectif n’est pas uniquement technologique, il s’agit de bâtir un cadre opérationnel combinant capteurs de terrain, données météorologiques et automatisation, tout en assurant un transfert de compétences vers les agriculteurs. 

Walid KHEFIFI

 

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