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TRIBUNE – Souveraineté numérique : des investissements technologiques à la valeur ajoutée nationale, à l’épreuve du PLF 2027 et du sommet Russie-Afrique

La fin du mois d’octobre 2026 place la Tunisie devant deux séquences qui, bien que différentes, interrogent une même ambition : transformer les priorités nationales en capacités économiques durables.

À Tunis, l’examen parlementaire du projet de loi de finances pour 2027 (PLF 2027) ouvre une nouvelle étape dans la définition des arbitrages budgétaires de l’État. À Moscou, la participation de la cheffe du gouvernement au troisième Sommet Russie-Afrique inscrit la Tunisie dans une rencontre consacrée notamment à la souveraineté, aux infrastructures, à l’énergie, aux technologies, à l’innovation et au capital humain.
Ces deux rendez-vous ne produisent pas les mêmes décisions. Le premier engage le débat sur l’affectation des ressources publiques ; le second peut ouvrir des perspectives de coopération économique et technologique. Leur rapprochement soulève néanmoins une question commune : quelles capacités la Tunisie veut-elle construire, avec quelles ressources et pour quels résultats ?
Cette interrogation est particulièrement pertinente pour les infrastructures numériques. Fibre optique, réseaux 5G, capacités de calcul haute performance et centres de données ne constituent pas seulement des équipements techniques. Ils mobilisent des financements, de l’énergie, des compétences et des ressources d’exploitation. Leur intérêt doit donc être apprécié à partir de leur contribution au développement économique.

Le PLF 2027 : au-delà du volume des investissements

Le projet de budget de l’État pour 2027 s’inscrit dans un contexte de contraintes financières et de besoins importants en matière de développement. L’examen parlementaire ne peut se limiter à la discussion des montants et des mesures proposées. Il doit également permettre d’interroger la cohérence des priorités, leur faisabilité et les résultats attendus.
La même exigence devrait guider les investissements numériques. Le déploiement d’un réseau, la construction d’un centre de données ou l’acquisition d’une capacité de calcul ne constituent pas, en eux-mêmes, une performance économique. Ils représentent des moyens dont l’utilité dépend des services qu’ils rendent possibles et des activités qu’ils permettent de développer.
Une infrastructure peut être techniquement réussie tout en restant insuffisamment utilisée. Un équipement peut être opérationnel sans améliorer sensiblement la productivité des entreprises. Une plateforme peut être disponible sans réduire les délais administratifs, faciliter l’accès au financement ou améliorer les services rendus aux citoyens.
L’enjeu consiste donc à relier chaque investissement à un besoin clairement identifié, à une population ou à un secteur bénéficiaire, à des objectifs mesurables et à une responsabilité de mise en œuvre. Il ne s’agit pas de ralentir la modernisation, mais de garantir que les ressources engagées produisent des effets proportionnés à leur coût.

Le coût réel d’une infrastructure numérique

La souveraineté numérique est souvent abordée sous l’angle de la propriété des infrastructures ou de la localisation des données. Ces dimensions sont importantes, mais elles ne suffisent pas à établir l’autonomie réelle d’un pays.
Un centre de données installé sur le territoire national peut rester dépendant de technologies importées, de pièces de rechange disponibles à l’étranger, de compétences rares ou de contrats de maintenance dont les conditions limitent la marge de décision locale. La localisation physique ne garantit donc pas, à elle seule, la maîtrise opérationnelle.
L’évaluation économique doit intégrer l’ensemble du cycle de vie : investissement initial, consommation électrique, refroidissement, connectivité, maintenance, cybersécurité, renouvellement des équipements, formation et fin de vie. Elle doit aussi tenir compte des exigences de continuité de service et de la capacité à faire évoluer les installations.
La question énergétique mérite une attention particulière. Des infrastructures de calcul et de stockage performantes nécessitent une alimentation fiable et des dispositifs de refroidissement adaptés. Dans un pays confronté à des contraintes énergétiques, leur dimensionnement doit être cohérent avec les ressources disponibles et les priorités nationales.
Cela implique de comparer plusieurs scénarios : capacité propre ou mutualisée, construction immédiate ou montée en charge progressive, exploitation publique ou partenariat encadré, recours à des ressources nationales ou à des prestataires externes. Le bon choix n’est pas nécessairement celui qui maximise la capacité installée, mais celui qui répond durablement aux besoins au meilleur coût global.

Des capacités numériques au service de l’économie réelle

Le critère décisif reste l’usage. La fibre et la 5G peuvent soutenir l’industrie, l’agriculture, la logistique, le tourisme, la santé, l’éducation et les services financiers. Mais leur impact dépend de l’existence d’applications concrètes, de la couverture effective des territoires, de la qualité des services et de la capacité des entreprises à intégrer ces technologies dans leurs processus.
Un investissement numérique devrait ainsi être associé à des résultats observables : réduction des délais de traitement, amélioration de la qualité des services, diminution des coûts opérationnels, accès élargi aux marchés, création d’activités nouvelles ou augmentation de la productivité.
Le calcul haute performance, par exemple, ne devrait pas être envisagé uniquement comme un équipement prestigieux. Sa pertinence dépend des usages qu’il peut soutenir dans la recherche, l’ingénierie, la santé, l’agriculture, l’industrie ou les services publics. La question n’est pas seulement de disposer d’une capacité de calcul, mais de savoir qui pourra l’utiliser, à quelles conditions et pour produire quelle valeur.
Cette approche permettrait également de mieux articuler les investissements numériques avec les besoins des petites et moyennes entreprises, qui ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour accéder aux technologies avancées. Des infrastructures mutualisées, accompagnées de services accessibles et d’un soutien à l’adoption, peuvent parfois produire davantage d’effets qu’une capacité coûteuse réservée à un nombre limité d’utilisateurs.

Le capital humain : condition de la maîtrise technologique

Aucune infrastructure ne peut produire durablement ses effets sans les femmes et les hommes capables de la concevoir, de l’exploiter, de la sécuriser et de la faire évoluer. La disponibilité de compétences en réseaux, cybersécurité, cloud, systèmes énergétiques, données et intelligence artificielle devient ainsi une composante du coût réel des investissements. Former des spécialistes sans leur offrir de perspectives professionnelles adaptées, ou acquérir des équipements dont l’exploitation dépend durablement de prestataires extérieurs, réduit la portée de l’effort financier.
La politique d’investissement devrait donc intégrer dès le départ un volet consacré aux compétences : besoins prévisionnels, formation initiale et continue, coopération entre universités et entreprises, transfert de savoir-faire et parcours professionnels. La mobilisation des compétences tunisiennes établies à l’étranger peut compléter cet effort, à condition de créer des formes de coopération qui permettent de transmettre des connaissances et de développer des activités sur le territoire national. La rétention des talents ne relève pas uniquement de la politique de formation. Elle dépend aussi de la qualité des projets, de la capacité à confier des responsabilités, des perspectives d’évolution et de l’existence d’un environnement professionnel permettant de mettre les compétences en pratique.

Russie-Afrique : juger les partenariats à leurs résultats

Le troisième Sommet Russie-Afrique ouvre un espace de dialogue sur la coopération économique, les infrastructures, l’énergie, les technologies et l’éducation. Pour la Tunisie, l’intérêt de telles rencontres doit être apprécié à partir des possibilités concrètes qu’elles peuvent faire émerger. La diversification des partenaires peut élargir les options technologiques et économiques du pays. Mais aucune coopération ne devrait être évaluée sur la seule base de l’origine du fournisseur, de l’annonce d’un investissement ou du montant d’un accord.
Les critères pertinents sont plus exigeants : quelles compétences seront transférées ? Quelle part de la conception, de l’intégration et de la maintenance pourra être assurée localement ? Les conditions financières sont-elles soutenables sur la durée ? Les entreprises tunisiennes pourront-elles participer à la chaîne de valeur ? Les équipements seront-ils compatibles avec les architectures existantes et les exigences de sécurité ? Le partenariat renforcera-t-il la capacité de décision nationale ou créera-t-il de nouvelles dépendances ?
Ces questions valent pour tous les partenaires, sans distinction. La coopération internationale devient un levier de souveraineté lorsqu’elle augmente la capacité du pays à choisir, à exploiter, à maintenir et à faire évoluer ses propres infrastructures. Il convient toutefois de distinguer les perspectives ouvertes par un sommet des engagements effectivement conclus. Les retombées d’une rencontre diplomatique ne peuvent être appréciées qu’à partir de projets identifiés, de conditions contractuelles connues et de résultats vérifiables.

Une grille commune pour décider et rendre compte

Le PLF 2027 et les perspectives de coopération internationale invitent finalement à établir une méthode commune d’évaluation des investissements numériques. Cinq questions pourraient structurer cette démarche. Le besoin est-il précisément défini et soutenu par une demande réelle ? Le coût complet, y compris énergétique et humain, a-t-il été évalué sur la durée ? Les compétences et les capacités de maintenance seront-elles disponibles en Tunisie ? Les bénéfices attendus pour les entreprises, les services publics et les citoyens sont-ils mesurables ? Enfin, une instance clairement responsable pourra-t-elle rendre compte des résultats et corriger le projet si les objectifs ne sont pas atteints ?
Cette grille ne remplace ni l’expertise technique ni l’arbitrage budgétaire. Elle les relie à une finalité économique explicite. Elle permet également de comparer des options différentes et d’éviter que la réussite d’un programme soit mesurée uniquement par le nombre de kilomètres de fibre déployés, d’équipements installés ou de plateformes mises en service. La souveraineté numérique ne se décrète pas par l’accumulation d’infrastructures. Elle se construit par la maîtrise de leur fonctionnement, la disponibilité des compétences, la soutenabilité de leur coût et la capacité à transformer les investissements en gains de productivité et en activités créatrices de valeur.

À l’heure où le Parlement examine les choix budgétaires de 2027 et où la Tunisie explore de nouvelles perspectives de coopération, le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le volume des annonces technologiques. Ce sera la part de ces investissements qui se traduira, dans la durée, par des capacités nationales renforcées, des entreprises plus compétitives, des services plus efficaces et une valeur ajoutée effectivement créée en Tunisie.

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Huile d’olive à forte valeur ajoutée : EUKLYDIA, l’IA 100% tunisienne qui valorise chaque dinar

Mieux valoriser chaque kilo d’huile d’olive exporté : c’est le pari d’EUKLYDIA. Dr Oumeima Laifa, sa CEO, dévoile à l’Économiste Maghrébin  sa méthode, ses premiers tests et l’enjeu pour toute la filière.

 

Pourquoi avoir choisi de vous intéresser à la valorisation de l’huile d’olive tunisienne à travers l’intelligence artificielle ?

L’huile d’olive tunisienne représente bien plus qu’un produit d’exportation. Elle porte un savoir-faire, une histoire et une identité nationale. Pourtant, la valeur que nous en tirons ne reflète pas toujours son potentiel. La question n’est donc pas seulement de produire une huile de qualité, mais de savoir comment la positionner, la commercialiser et la vendre dans les meilleures conditions.

EUKLYDIA est le premier cabinet d’intelligence artificielle à aborder cet enjeu non comme un simple problème technique, mais comme une question de valorisation économique et d’identité nationale. Notre modèle est 100 % tunisien : une IA conçue et développée par des ingénieurs tunisiens, qui associe une connaissance globale des marchés à une gouvernance locale. Notre ambition est de mettre la technologie au service d’un objectif concret : permettre aux exportateurs tunisiens de prendre de meilleures décisions, de mieux défendre la valeur de leur huile et de renforcer leur position sur les marchés internationaux.

Pourquoi le passage du vrac au conditionné reste-t-il un enjeu majeur pour la filière ?

Ce passage ne dépend pas uniquement d’une marque ou d’un emballage. Il repose d’abord sur la qualité des décisions de l’exportateur : quels marchés cibler, quels segments de consommateurs privilégier, quel positionnement adopter, à quel prix vendre et comment se différencier de la concurrence.

Une huile peut être excellente sans être commercialisée à son juste potentiel. À l’inverse, une stratégie mieux construite permet de mieux valoriser ses caractéristiques et de capter davantage de valeur. Le conditionnement est donc un levier important, mais il doit s’inscrire dans une stratégie commerciale cohérente, fondée sur des données fiables et une bonne compréhension des marchés.

Concrètement, comment EUKLYDIA utilise-t-elle l’IA pour accompagner les exportateurs ?

Nous transformons des informations souvent dispersées en une feuille de route directement exploitable. Nous analysons les marchés, les prix, la concurrence, les attentes des consommateurs et les contraintes d’accès aux débouchés visés.

L’objectif est d’aider l’exportateur à identifier les opportunités, les marchés qui correspondent à son produit et les décisions susceptibles d’améliorer son positionnement. L’IA ne remplace pas l’expertise de l’entreprise : elle lui donne des outils supplémentaires pour décider avec plus de précision et d’anticipation.

Quels résultats avez-vous obtenus lors des premiers tests ?

Les premiers tests, menés auprès de deux exportateurs, ont montré des gains compris entre 20 % et 30 %, selon le processus métier concerné. Ces premiers résultats sont encourageants et confirment l’intérêt d’une approche fondée sur les données.

Il faut toutefois distinguer l’amélioration des indicateurs de performance liés aux processus métiers d’une hausse directe et systématique des bénéfices. La rentabilité dépend de plusieurs facteurs : les volumes vendus, les coûts de production et de conditionnement, les prix obtenus et les conditions d’accès aux marchés. Notre objectif est d’aider les exportateurs à mieux maîtriser ces paramètres pour améliorer leurs décisions et leur capacité à créer de la valeur.

Cette technologie est-elle accessible aux PME exportatrices ?

C’est précisément l’enjeu : rendre l’IA utile aux entreprises tunisiennes, quelle que soit leur taille. Les petites et moyennes structures ne disposent pas toujours de services spécialisés capables de collecter, d’analyser et d’interpréter toutes les informations nécessaires à une stratégie d’exportation.

Notre approche vise à rendre ces informations plus accessibles et plus faciles à exploiter. Il s’agit d’offrir aux exportateurs un appui à la décision adapté à leurs besoins, pour mieux évaluer les opportunités, choisir leurs marchés et orienter leurs investissements.

Comment évaluez-vous le retour sur investissement d’une telle solution ?

À partir de résultats concrets : une meilleure adéquation entre le produit et le marché ciblé, une politique de prix plus pertinente, moins de décisions commerciales prises à l’aveugle et une capacité accrue à saisir les opportunités.

Chaque dinar compte. Une amélioration même limitée de la valeur obtenue par kilo peut représenter un enjeu important lorsqu’elle s’applique à des volumes d’exportation significatifs. Mais cette progression doit être mesurée à partir des résultats effectivement obtenus par les entreprises, en tenant compte de leurs coûts et de leurs conditions commerciales.

Comment garantissez-vous la fiabilité des données et la confidentialité des informations des exportateurs ?

La qualité des recommandations dépend directement de la fiabilité des données et de la pertinence de leur interprétation. Il est donc essentiel de structurer les informations, d’en vérifier la cohérence et de tenir compte des spécificités de chaque marché.

La confidentialité est aussi un enjeu central, car les données commerciales peuvent concerner des prix, des clients, des stratégies et des relations d’affaires. La gouvernance des données doit permettre aux entreprises de bénéficier de l’analyse tout en préservant leurs informations sensibles.

Quel potentiel cette approche représente-t-elle pour les exportations tunisiennes d’huile d’olive, notamment vers des segments à forte valeur ajoutée ?

Le potentiel dépasse celui d’une seule entreprise. Si les exportateurs identifient mieux les marchés, affinent leur positionnement et vendent sur des segments à plus forte valeur ajoutée, les effets peuvent se répercuter sur toute la filière.

L’objectif n’est pas de remplacer les atouts historiques de l’huile d’olive tunisienne, mais de mieux les valoriser grâce à la technologie. L’IA peut rapprocher la qualité du produit de la valeur obtenue sur les marchés, à condition de s’accompagner d’une stratégie commerciale claire et d’une exécution rigoureuse.

La question est finalement simple : comment faire en sorte que la qualité de notre huile se traduise davantage dans sa valeur marchande ? C’est à cette question qu’EUKLYDIA entend apporter des éléments de réponse, en mettant une technologie conçue en Tunisie au service des exportateurs tunisiens.

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