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Percée historique de l’extrême droite en Allemagne : Poutine et Trump s’en frottent les mains 

La poussée de l’extrême droite record dans l’Est de l’Allemagne crée un séisme politique qui pourrait aussi faire les affaires du Kremlin et de Washington.

Analyse.

 

L’Allemagne s’est réveillée, lundi 7 septembre 2026, avec une gueule de bois carabinée. Bien qu’annoncée depuis des semaines dans les sondages, la victoire du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) dans les élections régionales en Saxe-Anhalt, l’un des länders les plus pauvres de l’ex-Allemagne de l’Est, a pris de cours la classe politique, y compris le flamboyant Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt. Lequel revendique un « mandat très clair pour gouverner », mais reconnaît portant que son parti ne dispose pas de majorité.

Une victoire tronquée

Une victoire électorale, certes, mais pas encore les clés du pouvoir puisque l’AfD n’a pas remporté la majorité absolue des scrutins. Son score lui permet d’obtenir 39 sièges sur 83 au Parlement régional, soit 3 sièges de moins que les 42 nécessaires pour gouverner seule.

 

Lire aussi: Allemagne : l’extrême droite s’impose en Saxe-Anhalt avec 44 % des voix

 

A noter à ce propos que jusqu’ici tous les autres partis ont exclu de coopérer avec l’AfD, sauf le BSW, un petit mouvement de gauche dont certaines positions sur l’immigration ou la guerre en Ukraine se rapprochent de celles du parti d’extrême droite. Ce parti populiste, avec ses cinq députés, devrait jouer un rôle clé dans la séquence politique, puisque qu’il s’est dit prêt à coopérer avec l’AfD sans, pour le moment, accepter une coalition.

Faut-il rappeler enfin que contrairement à d’autres formations d’extrême droite en Europe, l’AfD n’a jamais cherché à se « dédiaboliser ». Son programme pour la Saxe-Anhalt propose notamment de supprimer le droit fondamental à l’asile, d’exclure des écoles les élèves handicapés et les enfants de réfugiés, de promouvoir « la famille traditionnelle, composée du père, de la mère et du plus grand nombre possible d’enfants », ou de réviser l’enseignement de l’histoire pour en finir avec le « masochisme national » et la « perpétuation d’une névrose » autour du nazisme.

La gifle

Mais c’est surtout le score historique de l’AfD lors de ces  élections régionales en Saxe-Anhalt qui résonne comme une véritable gifle pour la classe politique allemande. Selon les résultats encore provisoires, arrêtés à 3h21 le 7 septembre, le parti d’extrême droite a recueilli 43,8 % des suffrages, reléguant très loin derrière lui la CDU du chancelier Friedrich Merz, qui ne décroche que 17,2 %. Les sociaux-démocrates du SPD, les Verts et la gauche radicale Die Linke ont recueilli respectivement 9,3 %, 8,9 % et 8,6 %. 5 % des scrutins sont allés à la gauche radicale anti-migrant du BSW. Tandis que les libéraux du FDP sont quant à eux éjectés du Parlement avec 2,6 % des voix.

En effet, le parti de l’extrême droite réalise la plus grande progression de l’histoire de la République fédérale allemande, avec un score en hausse de 23 points par rapport à 2021, traduisant ainsi l’ampleur du séisme politique qui confirme, scrutin après scrutin, l’enracinement de l’AfD dans cet ancien bastion de l’Allemagne de l’Est.

Autre indicateur de l’importance de ce scrutin régional : la mobilisation exceptionnelle des électeurs. Dans ce Lander de 2,1 millions d’habitants de l’ex-Allemagne de l’Est, quelque 1,7 million d’électeurs — soit environ 3 % du corps électoral allemand — se sont rendus aux urnes. Avec 77,8 % de participation, le scrutin enregistre une hausse spectaculaire de 17,5 points par rapport à 2021 et atteint ainsi le niveau de participation le plus élevé jamais enregistré en Saxe-Anhalt depuis la réunification allemande.

Friedrich Merz fragilisé

S’exprimant devant la presse à l’issue d’une réunion de la direction de la CDU, le chancelier Friedrich Merz a qualifié la défaite de son parti aux élections régionales de revers majeur.

« Nous sommes tous profondément choqués », a-t-il avoué, reconnaissant que le parti ne s’attendait pas à un tel résultat, « la plus lourde défaite électorale subie par la CDU depuis des décennies ». Il a par ailleurs appelé au respect des « valeurs de la Constitution ». Tout en soulignant que l’alternance politique faisait partie de la démocratie mais que certains principes ne pouvaient être remis en cause.

A noter que cette défaite de la CDU risque de fragiliser davantage Friedrich Merz, déjà fortement impopulaire, et sa grande coalition entre les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates du SPD. Celui-ci avait affirmé dès 2018 vouloir « diviser par deux » l’électorat du parti d’extrême droite. Mais en un an et demi, aucun des grands problèmes de l’Allemagne n’a été résolu : croissance économique faible, hausse de la dette publique…

Réactions

En Italie, le vice-Premier ministre, Matteo Salvini, a salué sur X la victoire du parti d’extrême droite. Il a déclaré que ce succès « met en lumière la forte demande de changement » et montre qu’« une autre Europe est possible ».

Pour sa part, le dirigeant de Vox en Espagne, Santiago Abascal, a qualifié ce résultat de « grande espérance pour l’Allemagne et pour l’Europe ».

En France, le député du Rassemblement national (RN), Jean-Philippe Tanguy, a déclaré sur BFMTV qu’il prenait « acte d’un vote populaire de ras-le-bol face à des partis du système qui ne gèrent pas l’immigration, l’économie, les prix de l’énergie ». Tout en rappelant que son parti avait rompu avec l’AfD. Le RN, qui est en quête de légitimité et de normalisation, a en effet pris ses distances avec le parti allemand à la radicalité assumée.

Pour Donald Tusk, Premier ministre polonais, « seuls les idiots ou les traîtres peuvent se réjouir du triomphe de l’AfD en Allemagne ». Même inquiétude côté français, via la voix du ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, pour qui « nous vivons avec ce résultat un moment grave en Europe », exhortant à « entendre avec humilité les colères, les inquiétudes, les peurs et y répondre ».

Au final, qui sont les véritables gagnants du scrutin de dimanche ? En premier lieu, Vladimir Poutine. Car voir l’extrême droite progresser dans la première puissance économique européenne ne peut que servir les intérêts du Kremlin, alors que l’AfD réclame la levée des sanctions contre Moscou, la fin du soutien militaire à Kiev et la reprise des achats de gaz russe.

Mais le président russe n’est pas le seul à pouvoir se réjouir de cette poussée. Donald Trump y trouve également son compte. Depuis son retour à la Maison Blanche, son camp dénonce régulièrement ce qu’il présente comme l’ostracisation des droites nationalistes européennes et défend l’AfD comme une force politique injustement exclue du pouvoir.

La percée électorale du parti allemand vient ainsi conforter un discours qui conteste ouvertement le cordon sanitaire imposé à l’extrême droite en Europe.

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Allemagne : l’extrême droite s’impose en Saxe-Anhalt avec 44 % des voix

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a remporté, dimanche 6 septembre, une victoire historique aux élections régionales en Saxe-Anhalt, avec 44 % des voix, devant les conservateurs de la CDU du chancelier Friedrich Merz; et ce, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.

Avec 44 % des suffrages, l’AfD a plus que doublé son score de 2021, lorsqu’elle avait obtenu 20,8 %. La CDU, qui gouvernait la Saxe-Anhalt depuis 2002, subit en revanche un revers spectaculaire, son score tombant à environ 18,5 %, contre 37,1 % lors du précédent scrutin.

Le parti dirigé localement par Ulrich Siegmund, âgé de 35 ans, n’a toutefois pas obtenu la majorité absolue lui permettant de gouverner seul. La formation devra donc composer avec un paysage politique où les principaux partis allemands refusent jusqu’ici toute coalition avec elle.

La participation, particulièrement élevée, aurait atteint 77 %, selon la chaîne publique ZDF. Pour M. Siegmund, ce résultat constitue néanmoins un événement historique et une première étape vers les ambitions nationales de l’AfD, notamment en vue des élections fédérales de 2029…

Pour Marcel Fratzscher, président de l’Institut allemand de recherche économique, le scrutin représente avant tout « un vote de défiance » envers le gouvernement fédéral. Merz est confronté à une forte impopularité alors que ses réformes destinées à relancer une économie allemande en difficulté peinent encore à convaincre.

Le chancelier avait lui-même averti qu’une victoire de l’AfD pourrait nuire à la Saxe-Anhalt et décourager les investisseurs étrangers. Le parti d’extrême droite est désormais crédité de 28 % au niveau national, contre 20 % pour les conservateurs selon un récent sondage INSA.

Immigration, Russie et remise en cause de l’euro

La progression de l’AfD repose notamment sur une ligne dure en matière d’immigration. Le parti réclame un renforcement massif des restrictions migratoires et propose notamment des classes séparées pour les enfants de réfugiés.

Son programme prévoit également une refonte du service public audiovisuel, la promotion de valeurs jugées plus traditionnelles, davantage d’enseignement du russe dans les écoles et l’arrêt de la construction de nouveaux parcs éoliens. Sur le plan international, l’AfD défend un rapprochement avec la Russie, une réduction du soutien à l’Ukraine et la sortie de l’euro…

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