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STRATÉGIE – INFLUENCE : de la compétence à l’influence, le capital humain, « Software » de la souveraineté tunisienne

L’élection simultanée de trois magistrats tunisiens au sein de trois juridictions internationales distinctes a été saluée, à juste titre, comme un succès pour notre diplomatie. Pourtant, réduire cet événement à une simple fierté corporatiste ou à une réussite protocolaire serait une erreur de lecture stratégique.

Dans un monde interconnecté où la puissance ne se mesure plus seulement au « Hardware » (ressources énergétiques, poids démographique, puissance militaire), cette triple consécration rappelle une vérité fondamentale : le capital humain hautement qualifié est le véritable « Software » de la souveraineté tunisienne.

 

La guerre invisible des normes et de la doctrine

Nous vivons une époque où les États ne s’affrontent plus uniquement sur des terrains physiques, mais à travers la production de normes, de standards technologiques, de cadres juridiques et de doctrines financières. C’est ce que les analystes nomment le soft-power institutionnel. Être assis à la table où se tranchent les litiges internationaux ou se dessinent les régulations de demain n’est pas un luxe d’apparat ; c’est une nécessité impérieuse pour un pays comme la Tunisie.

La présence de nos experts au plus haut niveau international offre à notre pays un avantage invisible mais décisif : une capacité d’écoute, de compréhension avancée et d’assimilation des grilles de lecture mondiales avant que celles-ci ne nous soient imposées sous forme de contraintes exogènes.

Le « Label Tunisie », forgé historiquement sur l’excellence de son école républicaine, de ses ingénieurs, de ses financiers et de ses juristes, reste notre valeur refuge sur l’échiquier mondial. Mais une compétence reconnue n’est qu’un potentiel ; elle ne devient une force que lorsqu’elle est transformée en stratégie d’influence.

 

Au-delà du prestige : structurer une « Diplomatie des compétences »

Pour que ces succès individuels deviennent des leviers collectifs, la Tunisie doit dépasser la politique des opportunités ponctuelles pour bâtir une véritable diplomatie des compétences. Cela implique une approche méthodique en trois étapes :

  • La cartographie et le ciblage : Identifier de manière prospective les instances internationales clés (tribunaux arbitraux, commissions de régulation de l’IA, comités de normalisation énergétique) où les intérêts de la Tunisie de demain vont se jouer.
  • Le portage institutionnel : Soutenir activement, par l’appareil d’État, la candidature de nos hauts cadres (publics comme privés) à ces postes stratégiques. Placer un ingénieur à l’UIT (Union internationale des télécommunications) ou un cadre financier dans les structures nationales et internationales du secteur bancaire ne la cède en rien à l’importance de nommer un ambassadeur.
  • Le retour d’expérience : Créer des passerelles d’échange pour que l’expertise acquise par nos élites à l’international vienne innerver, moderniser et relever le niveau de performance de notre administration publique en Tunisie.

 

Le paradoxe du capital humain : le retenir pour mieux l’exporter

Cette projection internationale réussie met toutefois en lumière le grand paradoxe tunisien. Comment pouvons-nous ambitionner de rayonner à l’extérieur par nos compétences alors que nos structures publiques nationales peinent à les retenir, à les valoriser et à leur offrir des cadres incitatifs ?

La fuite des cerveaux – qu’elle concerne nos ingénieurs informaticiens, nos médecins ou nos cadres financiers – est souvent vécue comme une hémorragie passive. La diplomatie des compétences propose une inversion de paradigme : transformer cette émigration subie en une diaspora d’influence organisée. Mais pour que ce modèle soit durable, il faut impérativement réformer la gouvernance de nos propres institutions, moderniser leurs grilles managériales et offrir à nos talents des défis à la hauteur de leur potentiel, ici même, en Tunisie.

 

L’influence permanente, pas l’événementiel

La souveraineté d’une nation au XXIe siècle ne se décrète pas ; elle se construit chaque jour par sa capacité à peser sur le cours des idées et des règles. L’élection de nos magistrats prouve que la Tunisie a la matière grise pour concevoir, structurer et diriger.

Alors que le pays trace ses grandes orientations de développement, nous devons nous rappeler que l’investissement dans l’intelligence, la numérisation des processus et la formation d’une élite technocratique de premier plan ne sont pas des postes de dépenses optionnels. Ce sont nos meilleures armes de négociation internationale.

La Tunisie n’a peut-être pas les moyens de dicter sa loi par le poids de son économie de marché, mais elle a le devoir de s’imposer par la force de sa doctrine et la brillance de ses cadres. C’est cela, l’un des fondements essentiels de la souveraineté à l’ère moderne.

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Marokko – Fernsehdiplomatie im Sahel: Die politische Dimension der MEDI1TV-Expansion

SNRT und Medi1 RadioDie Vergabe einer landesweiten TV-Lizenz an den marokkanischen Sender in Mali ist kein reines Mediengeschäft. Nach der vollständigen Verstaatlichung des Kanals dient die Expansion als außenpolitisches Instrument, um Rabats Ambitionen in der Krisenregion abzusichern. Tanger / Bamako – Auf den ersten Blick liest sich die Meldung vom 5. Juni 2026 der staatlichen Nachrichtenagentur MAP wie […]

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Saison touristique 2026 en Tunisie : faut-il anticiper une stratégie de crise ?

La guerre au Moyen-Orient réveille de vieux démons: amalgames, peur de voyager, risque d’explosion des coûts du transport aérien. Un type de crise qui ne connaît pas les frontières et qui pourrait impacter lourdement une destination touristique comme la Tunisie.

Passée la phase d’hébétement et d’attentisme provoquée par la conjonction d’un contexte géopolitique explosif au Moyen-Orient et d’un calendrier marqué par le Ramadan, le tourisme tunisien ne peut plus se permettre d’observer. Le temps de la contemplation doit céder la place à celui de l’action.

Car les signaux s’accumulent et convergent: les amalgames, bien connus du secteur, refont surface sur certains marchés émetteurs, alimentant un climat de défiance. Dans ce contexte, le silence et le déni constituent des facteurs aggravants. L’expérience l’a démontré : en matière touristique, l’absence de discours est souvent interprétée comme un aveu de fragilité.

Niveau de booking inquiétant

Les premières remontées de terrain sont préoccupantes. Les niveaux de réservation enregistrés sur plusieurs marchés affichent un net recul par rapport à la même période de l’an dernier. On parle même de certaines annulations. Cette tendance, si elle se confirme, pourrait annoncer une saison estivale sous tension. Le climat anxiogène qui prévaut actuellement agit comme un puissant inhibiteur de la décision de voyage, particulièrement sur les destinations perçues, à tort ou à raison, comme exposées à des risques régionaux.

À cette incertitude s’ajoute une contrainte économique majeure : la hausse des prix de l’énergie. La flambée du baril de pétrole aura mécaniquement un impact sur le transport aérien, avec des répercussions attendues sur les tarifs des billets et des affrètements. Une telle évolution risque d’éroder davantage la compétitivité-prix qui constitue l’atout majeur de la destination tunisienne.

Dans ce contexte, le risque est réel de voir la Tunisie subir, une fois encore, les conséquences d’événements exogènes, comme ce fut le cas lors de la guerre du Golfe en 1991 ou après les attentats du 11 septembre 2001. Ces précédents doivent servir de rappel : l’inaction ou les réponses tardives se paient durablement.

L’Europe du sud comme valeur refuge

Plus préoccupant encore, les arbitrages des clientèles européennes pourraient se faire au détriment de la Tunisie. En période d’incertitude, les flux touristiques ont tendance à se replier vers des valeurs refuges. Les grandes destinations balnéaires du sud de l’Europe, notamment Espagne et Grèce, disposent d’un avantage comparatif en termes de perception de sécurité et de proximité. Positionnées sur un segment similaire, elles pourraient capter une partie des reports de clientèle au détriment de la Tunisie.

Face à cette situation, la mise en place urgente d’un dispositif de veille et de pilotage de crise apparaît indispensable. Un comité dédié, capable d’analyser en temps réel les évolutions de la demande et d’ajuster les réponses, permettrait d’éviter une dégradation incontrôlée de la saison.

Rassurer la clientèle

La stratégie à adopter doit également évoluer en profondeur. Il ne s’agit plus uniquement de promouvoir une destination, mais de rassurer, de démontrer et de créer un lien de proximité avec les marchés. Le tourisme, dans le contexte actuel, ne vend plus seulement un produit ou une expérience : il vend avant tout une tranquillité d’esprit.

Cela implique des actions immédiates et ciblées : renforcer la communication de réassurance, mobiliser les prescripteurs de voyage, intensifier la présence sur les marchés prioritaires et clarifier le positionnement de la destination. Les moyens qui existent doivent être engagés sans délai. Et plus si nécessaire.

Sur le plan du transport aérien, des mesures d’accompagnement devront également être envisagées pour préserver l’accessibilité de la destination, quitte à dépasser certains cadres habituels. L’enjeu est d’éviter une rupture de compétitivité qui serait difficilement rattrapable à court terme. Tourisme et Transport doivent donc converger vers une stratégie unique et concertée.

Attention au bradage

En revanche, une ligne rouge doit être clairement posée : celle du bradage dans l’hôtellerie. Recourir à une baisse massive des prix pour compenser un déficit de demande serait une erreur stratégique. L’histoire du tourisme tunisien a toujours montrer que ces pratiques fragilisent durablement la valeur de la destination et enferment le secteur dans une logique de dépendance dont il est difficile de sortir.

La saison 2026 se joue dès maintenant. L’anticipation, la réactivité et la cohérence des actions seront déterminantes. À défaut, le secteur pourrait se retrouver, une fois encore, en position de subir, contraint de gérer l’urgence plutôt que de maîtriser sa trajectoire.

Hédi HAMDI

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