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London Tech Week 2026 ouvre ses portes aux startups tunisiennes

La Tunisie sera présente à la London Tech Week 2026, l’un des plus grands rendez-vous européens de l’innovation, du 8 au 12 juin au centre Olympia de Londres. Un pavillon national y sera dédié, ont annoncé la Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie (CONECT), sa branche CONECT International, et la Chambre de commerce tuniso-britannique (TBCC), qui ouvrent les candidatures pour intégrer la délégation officielle.

Événement phare de la tech en Europe, la London Tech Week, réunira cette année plus de 50 000 participants et 600 conférenciers internationaux, dont Jensen Huang, PDG de Nvidia. Placée sous le signe de la « nouvelle révolution industrielle portée par l’intelligence artificielle », la manifestation accueillera la Tunisie sur son Pavillon n°121.

Cet espace permettra aux startups et PME tunisiennes de rencontrer des investisseurs de premier plan, de nouer des partenariats mondiaux et de promouvoir leur savoir-faire ainsi que leurs innovations disruptives.

Cette mission économique bénéficie du soutien d’un large réseau institutionnel : l’ambassade de Tunisie à Londres, l’ambassade britannique à Tunis, FIPA-Tunisia et ATUGE UK.

Pour maximiser l’impact de la participation tunisienne, les startups et PME innovantes sélectionnées recevront un appui financier et opérationnel de haut niveau via le projet « Innovative SMEs & Startups », financé par le Groupe de la Banque mondiale et mis en œuvre par la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) Tunisie, en partenariat avec Smart Capital.

Selon les données publiées sur les réseaux sociaux de la CONECT, cette participation vise à renforcer l’attractivité de l’écosystème technologique tunisien et à accélérer l’internationalisation de ses compétences.

Les entreprises, opérateurs économiques et startups souhaitant rejoindre la délégation sont invités à soumettre leur candidature sans délai, par voie électronique, auprès de la TBCC (info@tbcc.org.tn) ou de la CONECT International (coordination.fr@conectinternational.com).

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Quand l’impression 3D s’invite au bloc opératoire. La promesse de ZCare en Tunisie

À 34 ans, Haythem Zouaoui a décidé de ne plus laisser de place au hasard derrière le scalpel. Le CEO de Zcare propose une innovation qui permet littéralement de toucher du doigt la solution avant même d’entrer au bloc opératoire. Sa startup ne se contente pas de fournir du matériel, elle offre une véritable répétition générale grâce à l’impression 3D.

Longtemps limités à des clichés en deux dimensions pour planifier leurs gestes, les chirurgiens passent désormais à une ère physique. En transformant les données d’un scanner ou d’une IRM en un organe palpable, Zcare permet aux médecins de s’exercer sur une réplique exacte du patient. Cette approche sur mesure change la donne pour des interventions complexes, notamment dans la chirurgie tumorale où l’anatomie est souvent imprévisible. Le gain n’est pas seulement technologique, il est aussi vital pour le patient car cette préparation millimétrée réduit considérablement le temps passé sous anesthésie. La précision obtenue permet de minimiser les risques d’infection et de limiter les pertes sanguines durant l’acte. Pour illustrer ce saut qualitatif, une opération ainsi anticipée peut nécessiter seulement deux poches de sang au lieu de trois habituellement. Sur le plan économique, Zcare marque aussi des points en évitant aux structures de santé des investissements colossaux. Contrairement à des systèmes de neuronavigation qui coûtent entre trois et quatre millions de dinars, cette aide chirurgicale est accessible sans achat de matériel lourd par les cliniques ou les hôpitaux. Cette agilité permet à la startup de s’imposer comme pionnière dans la région MENA, avec des collaborations déjà actives en Égypte et en Arabie Saoudite. L’entreprise mise également sur une sécurité exemplaire avec une certification ISO 13485 garantissant l’anonymisation et l’archivage des données médicales sur plus de dix ans. Alors que Zcare lorgne désormais sur le marché européen, l’équipe investit massivement dans la recherche et le développement pour passer des maquettes physiques aux hologrammes grâce à la réalité virtuelle.

Au-delà de la performance commerciale, Haythem Zouaoui voit dans cette réussite un enjeu de souveraineté nationale. En développant ces dispositifs médicaux localement, la Tunisie réduit sa dépendance aux importations et renforce son autonomie sanitaire. Zcare ne se contente donc pas de suivre la technologie, elle dessine les contours d’une médecine tunisienne plus sûre et plus indépendante.

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Africa’s Fastest-Growing Companies 2026 : la Tunisie entre dans le Top 5 africain avec six entreprises classées

La Tunisie fait son entrée parmi les cinq pays africains les plus représentés dans le classement «Africa’s Fastest-Growing Companies 2026», publié par le Financial Times et Statista. Six entreprises tunisiennes figurent cette année dans le Top 130 des sociétés africaines ayant enregistré la plus forte croissance entre 2021 et 2024.  La Tunisie occupe ainsi la 5e place africaine en nombre d’entreprises classées, derrière l’Afrique du Sud (51 entreprises), le Kenya (17), le Nigeria (16) et l’île Maurice (12). Plus de 9 000 sociétés africaines ont été évaluées pour cette édition, mais seules 130 ont été retenues.

Le classement 2026 est largement dominé par les secteurs de la fintech, des services numériques et de la technologie. Parmi les entreprises arrivées en tête figurent notamment des sociétés égyptiennes, nigérianes, kényanes et sud-africaines spécialisées dans les paiements digitaux, les services financiers et les solutions technologiques.

Le Top 10 comprend notamment:

  1. Thndr (Égypte) – fintech
  2. Entreprise technologique sud-africaine
  3. Société kényane de services numériques
  4. Entreprise nigériane de fintech
  5. Groupe africain de services financiers
  6. Société technologique panafricaine
  7. Heirs Life Assurance (Nigeria)
  8. Entreprise spécialisée dans les paiements digitaux
  9. Société de services numériques
  10. Entreprise opérant dans les technologies financières

 

Six entreprises tunisiennes distinguées

Les entreprises tunisiennes retenues couvrent plusieurs secteurs stratégiques de l’économie nationale, allant du numérique à l’industrie pharmaceutique.

Les six sociétés tunisiennes classées sont :

GOMYCODE (74e), spécialisée dans l’EdTech et la formation numérique ; Hannibal Lease (84e), active dans les services de leasing ; MS Solutions (92e), spécialisée dans les technologies de paiement ; Sotetel (99e), opérant dans les télécommunications ;  Unimed (103e), groupe pharmaceutique ;  Land’Or (111e), entreprise agroalimentaire.

Cette présence tunisienne illustre particulièrement la progression des entreprises technologiques et financières locales sur le marché africain. Trois des six sociétés tunisiennes classées évoluent dans les secteurs de la fintech, des technologies de paiement et de l’EdTech.

Pour établir ce classement, le Financial Times et Statista ont pris en compte les entreprises africaines indépendantes ayant enregistré une forte croissance organique de leur chiffre d’affaires, passé d’au moins 100 000 dollars en 2021 à plus de 1,5 million de dollars en 2024.

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LegalPlace lève 70 millions d’euros et rachète Legalstart pour accélérer sa domination

La legaltech française LegalPlace vient de lever 70 millions d’euros et de racheter son concurrent historique Legalstart. Cette double opération marque un tournant majeur dans la structuration du marché des services juridiques aux entrepreneurs en France.

Dix ans après sa création, la plateforme, spécialisée dans la création et la gestion d’entreprises, attire des investisseurs de premier plan, dont XAnge, Eurazeo et Move Capital. Il convient de noter que cette levée intervient quatre ans après un précédent tour de table de 20 millions d’euros, traduisant une accélération nette de sa trajectoire.

L’acquisition de Legalstart permet au nouvel ensemble de couvrir près de 20% des créations d’entreprises en France, positionnant LegalPlace comme un acteur incontournable, à un niveau comparable à celui de Qonto sur le segment des services aux PME et indépendants. Ce rapprochement s’inscrit dans une dynamique de consolidation face à une concurrence de plus en plus structurée. À travers cette opération, LegalPlace ambitionne de devenir un véritable guichet unique de l’entrepreneur, en intégrant l’ensemble des services administratifs, juridiques et à terme comptables au sein d’une seule plateforme.

Fondée en 2016 par Racem Flazi, Mehdi Ouchallal et Samuel Goldstein, l’entreprise compte désormais près de 500 collaborateurs et vise un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros dès 2026. Pour y parvenir, elle prévoit d’enrichir sa plateforme avec de nouvelles fonctionnalités, dont un service de création d’entreprise instantanée et un agent basé sur l’intelligence artificielle capable de gérer comptabilité et formalités.

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Startups Mena: 150 millions de dollars levés en avril 2026

Après une forte baisse en mars, le financement des startups au Moyen-Orient et en Afrique du Nord repart à la hausse en avril 2026. Les levées de fonds atteignent 150 millions de dollars à travers 27 opérations. Cela représente une hausse importante d’un mois à l’autre. Mais sur un an, le recul reste marqué avec une baisse de 42%.

Cette situation montre une reprise, mais elle reste fragile. Les investisseurs reviennent, mais ils restent prudents. Une grande partie des financements se fait sous forme de dette. Ce type de financement permet de réduire les risques. Les investisseurs évitent encore les engagements trop importants en capital.

L’activité reprend, mais elle reste limitée. Les investissements se concentrent sur quelques opérations importantes. Les jeunes startups continuent d’attirer des financements, mais avec des montants plus faibles. Les grandes levées de fonds deviennent rares.

Les Émirats arabes unis confirment leur place de leader dans la région. Ils attirent plus de la moitié des investissements. L’Arabie saoudite et l’Égypte suivent. D’autres marchés comme Oman, Bahreïn et le Qatar montrent aussi des signes de reprise.

La fintech reste le secteur le plus attractif. Elle attire la majorité des financements. Le e-commerce revient après une baisse en mars. Les services en ligne et la foodtech continuent d’intéresser les investisseurs.

Les startups B2B dominent le marché. Elles attirent plus de capitaux que les startups B2C. Les investisseurs préfèrent les modèles avec des revenus stables et prévisibles.

Les startups fondées par des femmes réapparaissent dans les levées de fonds. Mais leur part reste faible. L’écart avec les startups fondées par des hommes est encore important.

Au final, le marché ne montre pas une vraie reprise. Il se stabilise. Les investisseurs continuent d’investir, mais avec prudence. Les financements vont vers des projets solides et moins risqués. Cette tendance pourrait continuer dans les prochains mois.

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Protéines d’insectes : nextProtein renforce sa présence en Tunisie après une levée de fonds de 18 millions d’euros

La startup “nextProtein“, opérant dans la transformation des déchets organiques en protéines d’insectes durables, envisage de porter, au début de 2026, sa capacité de production à 12 000 tonnes par an d’ingrédients à base d’insectes et d’ouvrir le deuxième site de production  en Tunisie,  a déclaré le directeur exécutif et cofondateur de la société Mohamed Gastli.

Intervenant lors d’une rencontre tenue, mardi, avec le Directeur général de l’agence de promotion de l’investissement extérieur (FIPA), Gastli a souligné que cette dynamique intervient suite à la finalisation d’une importante levée de fonds de l’ordre de 18 millions d’euros.

La Startup prévoit également d’accélérer sa mission qui consiste à proposer des alternatives durables, fiables et compétitives aux sources traditionnelles d’alimentation animale, indique un communiqué de la FIPA publié, mercredi.

De son côté, le directeur général de la FIPA, Jalel Tebib a réaffirmé l’engagement de l’agence à accompagner les investisseurs étrangers et ceux de la diaspora tunisienne à l’étranger dans chaque étape de leurs projets et a souligné que l’année 2026 s’annonce particulièrement attractive pour l’investissement et le développement économique.

Cette rencontre a permis d’échanger sur les opportunités d’investissement en Tunisie, l’attractivité du climat des affaires, ainsi que les incitations mises en place par l’État tunisien pour soutenir les projets innovants et à forte valeur ajoutée, en particulier dans les secteurs durables et porteurs.

Fondée en 2015, nextProtein s’est donnée pour mission de bâtir un modèle circulaire, transformant les déchets organiques en protéines d’insectes durables, a-t-on rappelé.

Elle figure parmi les principales scale-ups européennes de la protéine d’insectes, renforçant ses partenariats en aquaculture et agriculture, tout en démontrant que la protéine d’insectes peut être compétitive à l’échelle industrielle, a-t-on ajouté.

Le site tunisien compte plus de 30 ingénieurs et les perspectives de développement de ses capacités sont assurées pour les prochaines périodes à venir, d’après la même source.

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TRIBUNE : L’intelligence artificielle, l’allié stratégique de l’entrepreneur

Longtemps considérée comme une technologie totalement réservée aux grandes organisations, l’intelligence artificielle (IA) se présente aujourd’hui comme un véritable levier d’innovation pour les entrepreneurs. Cet outil, quoique soulevant de nouveaux défis à la fois éthiques et humains, semble transformer en profondeur l’aventure entrepreneuriale.

L’IA a échappé de la sphère des géants de la technologie et s’est imposée depuis quelques années comme un outil stratégique au service des entrepreneurs. En peu de temps, elle a fortement modifié la manière de concevoir, de gérer et de développer une entreprise. De la génération d’idées à la mise en marché du produit et/ou service, l’IA s’immisce dans toutes les étapes du processus entrepreneurial, permettant un gain de temps, une minimisation du risque et beaucoup plus de perspicacité.

De visu, l’impact de l’IA se situe au niveau de la phase de création. Les entrepreneurs font désormais recours à des outils tels que ChatGPT, Gemini ou encore Notion AI pour tester la viabilité de leurs idées, comprendre les aspects de leurs projets, simuler et concevoir des business plans, etc.

L’IA intervient de la génération d’idées à la mise sur le marché, modifiant les pratiques entrepreneuriales.

 

Dans sa quête d’innovation, l’entrepreneur trouve dans l’IA le véritable sparring partner intellectuel ; elle aide à structurer une réflexion, à explorer des scénarios de marché ou à repérer les besoins non ou mal satisfaits.

Au-delà de la créativité, l’IA constitue un puissant accélérateur de prise de décisions. Elle permet d’assurer l’efficacité des analyses stratégiques en offrant une lecture instantanée des tendances et des comportements à la fois des consommateurs et des concurrents. Ce que le flair des entrepreneurs devinait autrefois, les algorithmes le détectent et le traitent en quelques secondes.

Les outils d’IA permettent d’analyser des idées, de simuler des scénarios et d’évaluer la viabilité des projets.

 

En Tunisie, l’intelligence artificielle commence à prendre de la place dans les pratiques entrepreneuriales. Elle est devenue pour bon nombres de startups locales, œuvrant dans les domaines de la santé, de la fintech ou de l’éducation, le meilleur outil de différenciation sur un marché palpablement compétitif.

Les incubateurs et espaces d’innovation invitent les entrepreneurs à intégrer des solutions d’automatisation et de data intelligence dès la conception de leur entreprise. Toutefois, le niveau d’adoption de l’IA dans les activités entrepreneuriales reste relativement faible, et ce, à cause des coûts parfois élevés des outils, du manque de formation technique et, surtout, des réticences culturelles face à la technologie.

Grâce à l’analyse rapide des données, l’IA améliore l’efficacité des décisions entrepreneuriales.

 

Les apports considérables de l’IA ne doivent pas occulter ses limites. L’entrepreneur, considéré comme l’acteur de changement favorable pour l’économie et la société, risque de se trouver dans l’obligation de déléguer à la machine des décisions qui relèvent de la vision et de l’intuition.

En effet, l’ère de l’entrepreneur augmenté renvoie à un repositionnement de l’humain dans l’entreprise. L’IA offre à l’entrepreneur les moyens et les outils nécessaires afin de mieux comprendre son environnement pour pouvoir innover plus intelligemment, agir plus vite, et, dans une autre approche, devenir proactif.

Un nouvel équilibre doit s’installer ; une alliance subtile homme/machine mérite d’être stratégiquement annoncée. L’avenir de l’entrepreneuriat sera aussi bien humain qu’artificiel.

Sarhan ABDENNADHER
Maître-assistant HDR en Sciences de Gestion,
FDS, Université de Sfax, Tunisie.

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LA TUNISIE QUI GAGNE | Amine Hafsi Jeddi : Leadership et changement organisationnel, retours d’expérience

Formé entre Carthage, Montréal et Harvard, Amine Hafsi Jeddi a construit un parcours académique riche et international. Son orientation professionnelle s’est progressivement affirmée autour des enjeux de transformation organisationnelle et technologique. Pour lui, la dimension humaine dans la conduite du changement est plus qu’importante.

Entretien avec une jeune compétence pleine de promesses :

Comment sécuriser le processus des formalités administratives par le digital ? Est-ce suffisant ?

Le problème n’est pas uniquement technique. Un simple citoyen ne peut pas investir dans des antivirus sophistiqués. Ce qui compte, c’est le comportement. Si on sensibilise les citoyens, il y a un minimum à faire. Par exemple, la double authentification : pour une transaction, il faut un code reçu sur le téléphone et un autre par e-mail. Si ce n’est pas toi qui fais l’opération, tu reçois une alerte. Cela réduit les attaques. Mais ce n’est pas au citoyen de s’auto-sensibiliser. C’est à nous de transmettre cet apprentissage, à travers des canaux de communication efficaces et une stratégie claire.

Vous avez structuré la pratique de gestion du changement chez Idexia. Quelle leçon majeure retenez-vous de cette expérience ?

Quand j’ai commencé, il n’y avait pas de pratiques de gestion du changement. Idexia vendait des produits Microsoft, mais sans accompagnement. J’ai identifié un besoin clair : il ne suffit pas d’installer la technologie, il faut accompagner les utilisateurs, transformer leurs comportements et leurs façons de travailler.

« La technologie seule ne suffit pas. Sans adoption et sans comportement adapté, le changement reste incomplet. »

Quel projet illustre le mieux la complexité d’un changement réussi ?

Je citerai un projet mené avec une municipalité canadienne. Il s’agissait de moderniser une plateforme gouvernementale pour les citoyens, mais elle concernait aussi plusieurs niveaux d’administration. La complexité venait de la multiplicité des parties prenantes. Nous avons travaillé en mode agile, expérimenté des solutions sur mesure, corrigé nos erreurs.

Résultat : une plateforme sécurisée où les citoyens obtiennent des documents en quelques secondes. La confiance et la transparence sont essentielles : les citoyens veulent des retombées positives, pas des complications.

Quelles différences majeures observez vous entre le Canada, la Tunisie et le Moyen-Orient dans leur approche de la transformation digitale ?

Dans les pays développés, les projets s’inscrivent dans des visions stratégiques claires, comme “Vision 2025” ou “Plan 2030”. En Tunisie, je constate un manque de stratégie globale, même si des initiatives existent. J’ai été impressionné récemment par la prise de rendez-vous en ligne pour la visite technique des véhicules : un projet simple, mais efficace.

Ce type de “quick wins” est essentiel. Ils instaurent la confiance et préparent les citoyens à des changements plus ambitieux. Mais il faut une vision stratégique, un plan d’action et une orientation claire pour les dix prochaines années.

« Installer un outil sans accompagner les utilisateurs réduit fortement les bénéfices attendus. »

Est-ce que la difficulté, dans l’industrie, vient de la pression que les employés croient subir ? Est-ce lié à la dimension comportementale que vous mettez en avant ?

Oui, la difficulté est de faire en sorte que les employés adhèrent à l’idée, s’intègrent dans une dynamique de croissance et comprennent que cela peut être bénéfique pour eux.

Il existe un paradoxe : des organisations très modernes mais un niveau social décalé, et c’est là que naît le chaos. Beaucoup de personnes ne sont pas habituées à certaines valeurs de travail.

Avec Silver Polymer, nous avons instauré une nouvelle culture organisationnelle, et cela a eu un impact positif. Les gens adhèrent lorsqu’on les accompagne, qu’on communique et qu’on leur montre le sens de ce qu’ils font.

Silver Polymer est une entreprise tunisienne. En quoi cette expérience est-elle particulière pour vous ?

C’est une fierté tunisienne pour moi et ma famille. Cela n’a rien à voir avec mon domaine d’expertise initial, mais c’est un atout : cela m’a permis de voir comment la théorie et les idées s’appliquent dans une réalité industrielle tunisienne.

Chaque organisation et chaque pays ont leurs croyances et leurs valeurs. Ici, il s’agit de changer le paradigme, et la transformation numérique est justement un changement de paradigme.

Sur le plan pratique, comment conduisez vous le changement ?

La conduite du changement ne se limite pas à la digitalisation. Elle existe dans plusieurs secteurs et industries. Je suis outillé avec mes Framework et mes certifications, notamment Harvard.

J’applique la méthodologie ADKAR : sensibilisation, désir, connaissances, aptitude et renforcement. On ne termine pas un projet en livrant simplement une technologie : on construit une maturité organisationnelle et on laisse les employés autonomes et confiants.

« Les projets simples et efficaces instaurent la confiance et préparent des réformes plus ambitieuses. »

Vous insistez sur la psychologie positive s’agissant des audits et de l’évaluation de la qualité et de la justesse du management dans une entreprise. Pourquoi ?

Je n’aime pas le mot “audit”, trop négatif. Je préfère parler de diagnostic organisationnel avec une approche positive. L’être humain vit avec l’espoir.

En Tunisie, nous avons des compétences et des jeunes, mais il leur manque parfois cet espoir. Ce sont eux qui seront les ambassadeurs et les leaders du changement demain.

Quels avantages la transformation numérique peut-elle apporter à l’économie tunisienne ?

Elle peut séduire les investisseurs et faciliter la vie des employés comme des citoyens. Il ne s’agit pas de devenir un pays “digital 3.0” du jour au lendemain, mais de commencer par des initiatives prioritaires et des projets simples. Ces quick wins donnent confiance et préparent le terrain pour des changements plus ambitieux.

Est-ce que la numérisation en Tunisie repose sur une conviction profonde de changement, ou plutôt sur un argument de compétitivité internationale ?

Honnêtement, je pense que nous sommes encore très loin au niveau technologique. J’aime le mot “conviction” que vous avez utilisée : le changement doit être porté par des convictions. Sans elles, les politiques numériques risquent de rester des outils pour attirer des investisseurs, sans réelle transformation des pratiques et des habitudes.

« La résistance au changement provient davantage des structures que des employés eux-mêmes. »

Faut-il s’inspirer des autres pays pour avancer dans la transformation numérique ?

Non. Il ne faut pas simplement essayer de faire comme un autre pays. Il faut commencer par identifier nos besoins et comprendre pourquoi nous avons besoin de la technologie.

La conviction, c’est aller chercher la raison d’être. En Tunisie, il faut donner du sens et de la cohérence à la technologie.

Vous avez pris la parole à Las Vegas, Montréal, New York et Tunis. Quelles différences avez-vous observées dans les perceptions du leadership dans un contexte d’incertitudes à l’international ?

À Las Vegas, j’ai parlé de la posture du leader dans le changement. On ne peut pas mener un mouvement sans leadership positif. Les leaders donnent l’influence, l’image et l’exemple.

J’ai été impressionné par le niveau de leadership des étudiants en Tunisie : curieux, attentifs, capables de poser des questions pertinentes. Ils sont les ambassadeurs naturels du changement.

Vous avez reçu un Leadership Award à Las Vegas. Que représente cette reconnaissance pour vous ?

C’était une très belle reconnaissance de Marketing 2.0, un organisme mondial. J’avais mené de nombreux projets de changement, souvent confrontés à la résistance humaine.

Ce prix était ma première reconnaissance professionnelle, et un honneur car je représentais la Tunisie. Cela montre que les jeunes tunisiens peuvent réussir et être reconnus à l’international.

« En période d’incertitude, le leadership positif donne le cap et l’exemple. »

Comment adaptez vous les modèles internationaux de gestion du changement, comme ADKAR ou Prosci, aux réalités locales ?

Chaque organisation a sa propre culture et ses besoins. La gestion du changement consiste à réduire le décalage entre l’état actuel et l’état souhaité. J’identifie le problème, je fais un diagnostic organisationnel et j’évalue la capacité d’absorption du changement.

En Tunisie, il y a beaucoup de résistance, mais ce n’est pas la faute des employés : c’est un problème organisationnel.

Comment surmonter cette résistance au changement ?

Le changement fait peur car il implique de quitter une situation contrôlée pour une autre incertaine. L’approche doit être sécurisante, pas menaçante. Il faut montrer aux employés qu’ils garderont le contrôle et qu’ils gagneront en performance.

Le changement organisationnel est collectif, mais il ne peut réussir sans changement individuel. C’est l’art de transformer l’être humain le poussant à aller de sa zone de confort à sa zone de performance. Les résultats sont tangibles et intangibles : comportements, attitudes et ouverture au changement.

Entretien conduit par Amel Belhadj Ali

EN BREF

  • Parcours académique international centré sur la transformation organisationnelle
  • Sécurisation numérique axée sur les comportements et la sensibilisation
  • Importance de l’accompagnement dans les projets digitaux
  • Rôle clé des « quick wins » pour instaurer la confiance
  • Leadership positif et reconnaissance internationale.

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