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Sahara occidental: retour à la case départ?

Faisant tomber, par son veto, le projet américain qui érigeait l’autonomie sous souveraineté marocaine en unique base de négociation, la Russie a brutalement rouvert un dossier que Rabat croyait progressivement verrouillé. Au-delà du sort de la MINURSO, c’est tout l’équilibre diplomatique du Maghreb qui se retrouve exposé à l’incertitude. Le 30 octobre 2026, le projet de résolution présenté par les États-Unis a recueilli onze voix favorables au Conseil de sécurité, contre une opposition russe et trois abstentions. Mais le vote négatif de Moscou, membre permanent, a suffi à bloquer le texte.

Ce projet prévoyait de prolonger la mission d’un an, de faire du plan d’autonomie marocain la seule base des négociations et de transformer la MINURSO en « Mission des Nations unies au Sahara occidental », effaçant ainsi la référence au référendum contenue dans son nom historique. Quelle lecture géopolitique peut-on en faire ? L’ancien diplomate Ezzeddine Zayani décortique les enjeux.

Crédit photo: amélioré avec IA

Ezzeddine Zayani part du constat  qu’ il s’agit d’un petit séisme diplomatique qui risque de replonger la région du Maghreb dans l’incertitude.

La question essentielle est de savoir si le veto russe va-t-il redistribuer les cartes et les armes dans notre Maghreb ? Ezzeddine Zayani précise à cet égard : « La première épreuve de la nouvelle cheffe du gouvernement, Mme Mansouri, aura été de tenter de convaincre Moscou, notamment à l’occasion du récent sommet Russie-Afrique à Moscou, de ne pas user de son droit de veto. Cet effort semble n’avoir pas suffi à détourner la Russie de sa décision. Il serait toutefois injuste de faire porter à une seule personnalité politique la responsabilité d’un camouflet qui engage l’ensemble de la diplomatie marocaine. La question désormais posée est celle de la capacité de Rabat à transformer un soutien majoritaire en accord juridiquement opposable au sein du Conseil de sécurité. »

Aujourd’hui, une chose est certaine : la partie d’échecs évolue, sans que l’on puisse prévoir avec certitude ce que demain sera.
Il y a malheureusement des risques que le veto russe ait des retombées à l’échelle du Maroc et de la région.
Secundo, toujours selon l’analyse de Ezzeddine Zayani,  » l’Organisation des Nations unies qui va certainement se retirer du Sahara occidental à l’instar de la MINUSMA au Mali sans réussir à instaurer une paix durable et inclusive dans les 2 cas d’instabilité, démontre une fois encore son incapacité à surmonter les clivages et les tiraillements entre les grandes puissances ».

Le Maghreb de nouveau sous tension

Régionalement, ce veto remet au premier plan une question qui empoisonne depuis des décennies les relations entre le Maroc et l’Algérie. Le différend oppose Rabat au Front Polisario, soutenu par Alger, et continue de retarder toute perspective crédible d’intégration maghrébine.
Interrogé sur la suite et sur l’impact de cette crise dans le Maghreb, Ezzeddine Zayani a répondu :  » Je crains le bras de fer avec l’Algérie, qui va soutenir à fond et ouvertement le Polisario. Bonjour l’escalade, d’autant plus que l’Algérie a réussi à revenir en force dans le Sahel en renouant avec le Mali et en déployant des forces militaires au Niger. Tout cela a un prix, qui se paie au détriment du développement économique, social et humain.  »

Cela nous amène à la réflexion suivante que le risque n’est donc pas seulement diplomatique ; il est stratégique. Chaque immobilisation du dossier nourrit la méfiance, renforce les postures de souveraineté et éloigne un peu plus l’idée d’un Maghreb capable de parler d’une seule voix.

L’ONU, miroir de ses divisions

Le sort de la MINURSO révèle également la fragilité de l’action onusienne lorsque les membres permanents s’affrontent. Après le veto russe au texte américain, le contre-projet russe de simple prolongation technique de la mission n’a recueilli que trois voix, contre une opposition américaine et onze abstentions. Aucun des deux textes n’a donc été adopté.

Créée en 1991 pour superviser un cessez-le-feu et préparer un référendum qui n’a jamais eu lieu, la MINURSO se retrouve sans mandat renouvelé à l’expiration de celui-ci, le 31 octobre 2026.

Cette impasse rappelle d’autres échecs de missions onusiennes, notamment au Mali avec la MINUSMA : lorsque la médiation internationale perd son consensus politique, elle perd aussi sa capacité à produire une paix durable et inclusive.

Pourquoi écarter le référendum ?

La Russie a reproché au texte américain de faire disparaître la référence au référendum, pourtant inscrite dans le mandat historique de la MINURSO depuis 1991. La question reste donc ouverte : pourquoi ne pas maintenir le référendum comme une option de discussion, même si son organisation paraît aujourd’hui difficile ?

Une solution durable au Sahara occidental devra reposer sur un consensus international et sur la prise en compte des aspirations des populations concernées. Sans cela, le différend risque de rester un facteur d’instabilité dans la région. À défaut, la région restera condamnée à revenir, encore et encore, à la case départ.

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La Tunisie va-t-elle enfin reconnaître la marocanité du Sahara occidental ?   

Le Conseil de sécurité des Nations Unies n’a pas, lors de sa réunion tenue le vendredi 30 octobre 2026, procédé à la prorogation du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso). «Il s’agit là d’une évolution importante et d’une étape hautement significative vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain au sein des instances des Nations Unies», a souligné un communiqué du Cabinet Royal à Rabat. Nonobstant le veto opposé par la Russie au texte onusien, soutenu par onze membres du Conseil. Le Pakistan, la Chine et la Somalie s’étant, eux, abstenus.

«Cette évolution marquante (…) consacre une rupture dans la gestion de ce dossier, marquant le passage d’une simple logique de gestion à une approche fondée sur une transformation profonde des paramètres», ajoute le communiqué royal .

Pour le Maroc, la non-reconduction de la mission de la Minurso signifie clairement que la présence de cette mission dans le sud du royaume – notamment à travers ses effectifs, ses véhicules, ses équipements et ses symboles — «devra prendre fin dans les jours à venir.»

«C’est une page de 35 ans qui est désormais tournée. Cette mission, héritée d’un contexte révolu, a longtemps servi d’instrument pour internationaliser le différend régional relatif au recouvrement légitime, par le Royaume du Maroc, de ses provinces sahariennes», souligne Rabat.

Par ailleurs, la non-reconduction de la mission de la Minurso «devrait mettre un terme à la saisine du Conseil de sécurité sur ce dossier et entraîner le retrait de cette question de son ordre du jour. Dès lors, il ne subsistera plus aucune justification pour la tenue des réunions périodiques du Conseil consacrées au Sahara occidental, ni pour les rapports y afférents du Secrétaire général des Nations Unies, ni pour les exposés de son Envoyé personnel», souligne Rabat.

«Ainsi prend fin le processus politique onusien, qui a été malheureusement marqué par les manœuvres dilatoires des autres parties, leur insistance à créer une impasse et leur volonté de pérenniser le statu quo. Des démarches analogues seront, par ailleurs, entreprises très prochainement au sein d’autres instances des Nations Unies», lit-on encore dans le même communiqué.

Rabat exprime ainsi sa satisfaction face à cette évolution, tout en se disant «fermement attaché au cessez-le-feu, dans le respect absolu de son intégrité territoriale, de sa sécurité nationale et de la quiétude de ses citoyens.» Et en espérantque la dynamique internationale ainsi impulsée se poursuivra aux niveaux bilatéral et régional. «Cette dynamique a, en effet, permis de mobiliser un soutien important ; plus des deux tiers des États membres de l’Organisation des Nations Unies — parmi lesquels figurent des membres permanents du Conseil de sécurité et des puissances internationales influentes — soutiennent clairement l’initiative d’autonomie, dans le cadre de la souveraineté marocaine, en tant que seul cadre pour la résolution de ce différend régional», souligne le communiqué royal marocain.

Il reste à se demander si la Tunisie va prendre note de cette évolution et réviser sa position relative à la question du Sahara Occidental, ou continuer à affirmer ne pas prendre parti entre les différentes thèses en présence (souveraineté marocaine contre autodétermination du Front Polisario soutenue par l’Algérie).

Rappelons qu’en août 2022, la visite du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, invité par le président Kaïs Saïed à l’occasion du sommet de la Ticad 8 à Tunis, a provoqué une grave crise diplomatique avec le Maroc, qui a immédiatement rappelé son ambassadeur, suivi par le rappel du représentant tunisien par Tunis.

Bien que la Tunisie ait réaffirmé sa neutralité, ce geste a été perçu par Rabat comme un alignement diplomatique en faveur de l’Algérie (qui soutient le Front Polisario), laissant les relations politiques entre Tunis et Rabat dans un état de gel prolongé.

La Tunisie va-t-elle prendre acte des derniers développements en faveur de la «Marocanité du Sahara», reconnue par la plupart de ses partenaires, notamment occidentaux, et à leur tête les Etats-Unis et la France, pour tenter de rétablir les relations d’amitié et de fraternité qui la lie historiquement au Maroc, ou va-t-elle continuer à jouer la carte d’une soi-disant neutralité qui n’est clairement plus d’actualité ? Attendons voir…

I. B.

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Sahel | Le come-back de l’Algérie

Face à l’influence régionale grandissante de l’Axe Rabat-Abou Dhabi-Tel Aviv dans les pays du Sahel, Alger qui considère cette espace géographique comme sa sphère d’influence essaye ces derniers temps de prendre des initiatives afin d’améliorer ses relations avec des pays comme le Niger et le Mali qui ont traversée une phase de turbulence ces dernières années. En ouvrant une nouvelle page avec ces pays, l’Algérie entend de nouveau jouer un rôle dans cette région afin de contenir le rôle de plus en plus intense et multiforme de l’Axe concurrent qui l’agace beaucoup et qui a atteint son paroxysme le mois dernier avec la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Abou Dhabi. (Photo : Combattants du Front de libération de l’Azawad à Kidal, au Mali).

Imed Bahri

La revue américaine Foreign Policy a publié une analyse de Nosmot Gbadamosi indiquant que l’Algérie cherche à retrouver son rôle de médiateur dans les questions de sécurité au sein de la région instable du Sahel. Elle suggère qu’Alger pourrait avoir joué un rôle dans la reprise récente de la ville de Kidal par l’armée malienne et ses alliés russes aux dépens des séparatistes touaregs. Ces derniers avaient procédé à un retrait tactique de cette ville stratégique dont ils avaient pris le contrôle en avril.

Ces développements interviennent dans un contexte de reprise des relations bilatérales avec l’Algérie, qui a rouvert son espace aérien à Bamako en juillet, mettant ainsi fin à une rupture de 15 mois. Cette rupture faisait suite à un différend provoqué par l’abattage par l’Algérie d’un drone malien près de leur frontière commune.

L’Algérie, qui constitue la deuxième puissance militaire d’Afrique après l’Égypte, a joué pendant des décennies un rôle de médiateur dans le processus de paix entre les rebelles touaregs et le gouvernement malien.

Ces derniers mois, Alger s’est efforcée de reconquérir ce rôle, ainsi que sa position traditionnelle de médiateur en matière de sécurité au Sahel, alors que les menaces sécuritaires s’intensifient dans toute la région.

Bien qu’elle prône une politique de non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres États, l’Algérie a toujours considéré le Sahel et l’Afrique de l’Ouest comme faisant partie de sa zone d’influence.

La question touarègue et la lutte contre le terrorisme

Intissar Fakir, chercheuse principale et directrice fondatrice du programme Afrique du Nord et Sahel au Middle East Institute, a déclaré : «L’Algérie a toujours perçu le Sahel comme faisant partie de l’espace géopolitique global au sein duquel elle exerce son influence. Il existe de nombreux intérêts communs avec le Mali, notamment en ce qui concerne la question touarègue et la lutte contre le terrorisme».

Selon plusieurs analystes, l’Algérie craint tout particulièrement une extension de la rébellion vers ses régions méridionales au sein de sa propre population touarègue.

Cependant, ces dernières années, face au déclin de son rôle dans la région du Sahel, l’Algérie s’inquiète de plus en plus de la présence de nombreux acteurs étrangers —notamment la Russie et les Émirats arabes unis— qui cherchent à y renforcer leur influence.

«L’Algérie commence à se retrouver largement isolée dans son voisinage», souligne Fakir. Alger a d’ailleurs régulièrement dénoncé le recours du Mali à des mercenaires russes, et ce, malgré ses bonnes relations avec Moscou. Cette situation a conduit le Mali, en 2024, à mettre fin à l’Accord d’Alger, un traité de paix négocié par l’Algérie en 2015 entre le gouvernement malien et une coalition séparatiste menée par les Touaregs de l’Azawad.

Les relations entre l’Algérie et les pays du Sahel se sont davantage dégradées l’an dernier à la suite de l’affaire du drone abattu. Cet incident qui a poussé l’Alliance des États du Sahel (regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger) à rappeler ses ambassadeurs en poste à Alger.

L’Algérie éprouve également une vive inquiétude vis-à-vis d’Abou Dabi. En septembre, elle a rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats, accusant ces derniers d’«actes provocateurs et hostiles» et de déstabiliser la région en soutenant des factions rebelles au Soudan, en Libye et au Sahel.

En juillet, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déclaré, au sujet des Émirats : «Partout où ils mettent les pieds, le sang coule».

Selon les analystes, l’Algérie joue désormais un rôle croissant, tant sur le plan militaire qu’économique, dans les affaires de ses voisins. Cette mutation se manifeste clairement au Niger. En août, l’Algérie a dépêché auprès du gouvernement militaire nigérien quatre avions de combat Soukhoï-30, un avion de ravitaillement en vol et un avion de transport militaire ce qui est une démonstration de force inédite visant à aider les autorités à déjouer une tentative de coup d’État.

Au cours du même mois, Sonatrach, la compagnie énergétique publique algérienne, a entamé des opérations d’exploration sur le gisement pétrolier de Kafra, au Niger, relançant ainsi un projet resté en suspens pendant des années.

Le mois dernier, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a salué l’Algérie, qualifiée d’État frère et voisin, affirmant que le Niger est aujourd’hui «sur pied» grâce au soutien algérien. 

L’Algérie n’est pas le seul pays d’Afrique du Nord à avoir intensifié son implication au Sahel et dans les régions avoisinantes. En 2023, l’Égypte a fourni des équipements militaires au Niger pour appuyer la lutte contre les groupes djihadistes. Par ailleurs, le Nigeria cherche actuellement à conclure un accord avec l’Égypte portant sur le transfert de technologies militaires.

Le prisme de la rivalité entre l’Algérie et le Maroc

Cependant, la principale dynamique en direction de la région émane du Maroc —rival de l’Algérie— qui espère que des relations régionales solides viendront soutenir son plan pour le Sahara occidental. L’Algérie, quant à elle, héberge le Front Polisario, mouvement qui milite pour l’indépendance de ce territoire.

Les relations historiques du Maroc avec les pays d’Afrique de l’Ouest remontent à des siècles mais elles se sont tendues dans les années 1980 en raison d’un soutien croissant à l’indépendance du Sahara occidental. Depuis sa réintégration au sein de l’Union africaine en 2017, Rabat s’est tourné de plus en plus vers la diplomatie économique pour renforcer sa position dans la région.

La construction d’un gazoduc reliant le Nigeria au Maroc devrait débuter au cours des deux prochaines années. Ce projet vise à acheminer le gaz naturel nigérian à travers 12 pays avant qu’il n’atteigne le Maroc, qui se chargera ensuite de l’exporter vers l’Europe. Par ailleurs, le Maroc collabore avec la Mauritanie à des projets visant à relier les pays enclavés du Sahel à l’océan Atlantique via le port marocain de Dakhla situé au Sahara occidental.

Toutefois, selon Fakir, réduire ces évolutions régionales au seul prisme de la rivalité entre l’Algérie et le Maroc serait une simplification excessive. Elle ajoute : «Le Maroc n’est plus le seul acteur impliqué dans la sécurité de la région du Sahel. Par conséquent, toute mesure prise par l’Algérie ne constitue pas nécessairement une réaction au Maroc mais répond plutôt à un ensemble de circonstances changeantes et variées».

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