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Numérisation du système de santé : le chantier s’accélère, mais plusieurs défis persistent

Le secteur de la santé en Tunisie s’apprête à entrer dans une phase de transformation numérique sans précédent. Face à l’essoufflement du modèle de gestion traditionnel, dans le cadre duquel la prédominance du papier engendre de mauvaises performances en termes d’efficacité opérationnelle et de coûts, le ministère de la Santé s’est engagé dans un vaste chantier de numérisation complète des hôpitaux publics. Ce projet ambitieux vise à instaurer une gouvernance transparente, à optimiser les ressources matérielles et à garantir un accès équitable aux soins.

L’accélération de ce programme s’appuie sur une planification stratégique de longue date et des appuis financiers majeurs. Financé par un prêt de 27,3 millions d’euros de l’Agence française de développement (environ 93 millions de dinars) et des dotations budgétaires, ce chantier a commencé par la mise à niveau informatique de 15 hôpitaux pilotes. Les axes prioritaires comprenaient l’intégration du dossier médical numérique, la dématérialisation des archives et le déploiement de systèmes d’archivage d’images médicales.

Début 2026, une nouvelle étape a été franchie grâce à un partenariat stratégique entre le ministère de la Santé et l’opérateur public Tunisie Télécom. Cette collaboration repose sur quatre piliers techniques indispensables : la connexion internet à haut débit de l’ensemble des établissements de santé (en particulier les structures de soins de base), le déploiement de solutions Cloud 100% tunisiennes, la création d’un modèle d’«hôpital numérique» et l’extension des consultations spécialisées à distance dans les régions intérieures.

Sur le terrain, la concrétisation des services s’accélère. L’année 2026 marque l’entrée en vigueur de l’Identifiant National Santé unique, ainsi que la numérisation des dossiers médicaux scolaires et universitaires. En parallèle, une plateforme nationale de vaccination intègre désormais l’ensemble des données, y compris pour la rage ou les vaccins recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avec une généralisation progressive au secteur privé.

En matière de soins à distance, la télémédecine progresse. Le service de téléradiologie couvre des dizaines d’hôpitaux régionaux assurant près de 90 examens par scanner toutes les 24 heures, tandis que les cliniques virtuelles de médecine à distance dispensent des centaines de consultations dans plusieurs spécialités comme la rhumatologie.

La digitalisation a également concerné la gestion des stocks de médicaments. Pour rationaliser l’approvisionnement, le ministère est en train de déployer la plateforme «e-pharmacie», conçue pour suivre en temps réel la consommation des médicaments et des dispositifs médicaux entre la Pharmacie Centrale de Tunisie (PCT) et les structures hospitalières publiques.

Des lacunes structurelles à combler  

De plus, une plateforme numérique dédiée à la chaîne du froid sécurise désormais la conservation des produits médicaux sensibles sur plus de 500 sites à travers le pays. Enfin, des outils basés sur l’intelligence artificielle épidémiologique s’articulent autour de l’approche intégrée «One health» (Une seule santé), unifiant l’analyse des données sanitaires humaines, animales et environnementales pour assurer une meilleure réactivité face aux risques sanitaires.

Sur un autre plan, la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) s’apprête à généraliser la carte Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) aux établissements publics de santé et aux prestataires de soins exerçant dans le secteur privé d’ici fin 2027, afin de dématérialiser entièrement le parcours de soins. Dans ce cadre, un appel d’offres a été déjà lancé pour sélectionner les fournisseurs des logiciels de gestion de l’ensemble du système alors que la distribution des cartes de soins électroniques se poursuit à un rythme accéléré. Des lecteurs de carte seront ensuite distribués aux diverses catégories de prestataires de soins, après une phase pilote lancée depuis 2023 dans les hôpitaux publics et auprès de dizaines de médecins de famille dans plusieurs régions.

Malgré ces déploiements technologiques de grande envergure, le système de santé tunisien souffre de lacunes structurelles qui risquent de freiner l’impact réel de la numérisation. La principale contradiction réside dans le décalage flagrant entre les nouveaux outils de traçabilité numérique et la disponibilité concrète des stocks de médicaments.

Des pénuries aiguës de traitements vitaux, tels que les dérivés de la morphine ou les traitements immunosuppresseurs indispensables aux greffes d’organes, ont mis en exergue les limites de la seule approche digitale. La plateforme «e-pharmacie» ne peut pas résoudre à elle seule une crise de liquiditésau niveau de la Pharmacie centrale. Bien que le gouvernement ait réagi en injectant une enveloppe budgétaire additionnelle de 15 millions de dinars et en introduisant des dispositions législatives strictes dans la loi de Finances, les retards de paiement de la PCT envers les laboratoires pharmaceutiques étrangers continuent de gripper la chaîne d’approvisionnement. Le numérique permet de cartographier la pénurie avec précision, mais il ne remplace pas les devises nécessaires aux achats.

Par ailleurs, une fracture numérique subsiste entre les grands centres hospitalo-universitaires du littoral et les structures de santé de base dans les régions les plus reculées, où l’infrastructure réseau demeure parfois instable et le matériel informatique vieillissant. Autant dire que le succès du chantier de la numérisation du système de santé nationale ne dépendra pas uniquement des performances des logiciels. Il reste tributaire d’une réforme en profondeur du régime national d’assurance maladie, de l’assainissement financier de la Pharmacie centrale, de l’augmentation des budgets accordés aux structures de soins et de la valorisation d’un capital humain qui souffre d’une fuite massive de ses compétences médicales et informatiques vers l’étranger, au risque de fragiliser la gestion quotidienne des plateformes numériques, la maintenance et l’appropriation des systèmes installés. Un chantier dans le chantier…

Walid KHEFIFI

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La BAD appelle à la numérisation de la TVA en Afrique de l’Ouest

La Banque africaine de développement (BAD) a réuni en avril à Abidjan plus de 230 représentants des administrations fiscales, institutions régionales, entreprises et partenaires techniques autour d’un séminaire consacré à la numérisation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). L’objectif : renforcer la mobilisation des ressources nationales et améliorer l’efficacité des systèmes fiscaux. Et ce, dans un contexte marqué par la baisse progressive de l’aide extérieure et des contraintes budgétaires croissantes.

Organisé avec le soutien du gouvernement japonais dans le cadre du programme PHRDG, le séminaire a mis en lumière le rôle stratégique de la TVA. Laquelle représente près de 30 % des recettes fiscales dans de nombreux pays africains. Malgré son importance, son efficacité demeure limitée, avec un taux de recouvrement estimé à seulement 36 %. C’est ce qu’ explique l’organisation financière panafricaine, dans une note qu’elle vient de publier.

En effet la BAD estime que la numérisation de la TVA constitue un levier essentiel pour moderniser les administrations fiscales. Au-delà de la simple automatisation des procédures, elle permet d’améliorer la transparence, de renforcer la confiance entre les contribuables et l’administration. Tout en accroissant les recettes publiques grâce à une meilleure traçabilité des transactions.

A cet égard, les échanges ont permis de présenter plusieurs expériences nationales. Ainsi, en Côte d’Ivoire, la plateforme E-Impôts facilite la déclaration et le paiement en ligne des taxes. Tandis que des systèmes de facturation électronique sont progressivement déployés. Le Nigeria expérimente quant à lui un dispositif de facturation électronique en temps réel destiné aux grands contribuables. De son côté, le Ghana utilise des outils numériques et l’analyse de données pour réduire les pertes de recettes liées à la TVA, notamment sur les importations. Pour leur part, le Togo et le Sénégal poursuivent également leurs efforts de digitalisation fiscale. Même si ce dernier fait encore face à des défis techniques liés à l’interopérabilité de ses systèmes, ajoute la BAD.

En outre, les participants ont tiré les enseignements des expériences menées en Afrique de l’Est, où la digitalisation de la TVA a contribué à améliorer la conformité fiscale, à accroître les recettes et à renforcer le contrôle des transactions.

Par ailleurs, le séminaire a souligné l’importance de la coopération régionale. La CEDEAO a rappelé que la TVA représente plus de 31 % des recettes fiscales de la région. De même qu’il a présenté un projet pilote visant à mieux taxer les transactions numériques transfrontalières. De son côté, le Forum ouest-africain de l’administration fiscale (WATAF) a mis en avant ses actions en matière de renforcement des capacités et de partage de données.

Cependant, malgré les avancées observées, plusieurs obstacles subsistent. Avec notamment le déficit d’infrastructures numériques, les difficultés d’interopérabilité, les coûts de mise en conformité pour les entreprises et les retards dans les remboursements de TVA.

Au final, les participants ont conclu que la réussite des réformes passera par des investissements technologiques, un accompagnement accru des contribuables et une collaboration renforcée entre les secteurs public et privé.

D’après une note de la BAD

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192 projets numériques annoncés pour les 5 prochaines années : la digitalisation des services publics est-elle sur la bonne voie ?

Après une première phase globalement réussie, il s’agit, aujourd’hui, d’accélérer la dématérialisation des services publics en Tunisie. Pour y parvenir, le gouvernement vient d’annoncer le lancement de 192 projets numériques pour les cinq prochaines années. Pourvu que toutes les composantes de ce mégaprojet suivent convenablement…

Après le déploiement, en 2024, des premières applications de la plateforme nationale d’interopérabilité reliant cinq ministères, le gouvernement a donné son feu vert pour enclencher la deuxième phase du projet qui vise la numérisation complète des services publics en Tunisie. La bonne nouvelle vient d’être diffusée depuis Tallinn, la capitale de l’Estonie, où siège Cybernetica, l’architecte en chef du grand chantier de la numérisation des services publics en Tunisie.

Cybernetica a ainsi annoncé sur son site web la signature d’un contrat avec les ministères tunisiens des Technologies de la Communication et de l’Économie et de la Planification, lançant officiellement la Phase 2 de la Plateforme Nationale d’Interopérabilité.

Cette plateforme vise à interconnecter les systèmes informatiques des administrations et institutions publiques tunisiennes pour permettre l’échange de données en temps réel, sans que le citoyen ou l’entreprise ait à fournir plusieurs fois la même information à l’État.

Au cours de cette deuxième phase du projet qui doit s’étendre jusqu’à fin 2027, l’objectif est de faciliter l’intégration de la plateforme dans l’ensemble des ministères et de renforcer les capacités de tous les acteurs pour exploiter pleinement le potentiel de la plateforme notamment pour la création des services ciblés et personnalisés.

En tant que pilier essentiel de la gouvernance électronique, la plateforme nationale d’interopérabilité devrait favoriser le développement d’une vaste gamme de services numériques et ouvrir de nouvelles perspectives pour un impact socio-économique positif.

Renforcer les fondations de la Phase 1

La première phase du projet a consisté à interconnecter cinq ministères et institutions publiques via la plateforme UXP (Unified eXchange Platform) de Cybernetica, la même infrastructure au cœur du modèle e-Estonia. Cette phase a commencé en 2024. Son architecture décentralisée permet l’échange de données inter-systèmes en temps réel, avec chiffrement de bout en bout et authentification mutuelle, sans stockage centralisé.

Selon Moez Kamoun, l’expert associé chez PwC Tunisie, partenaire du projet, cette phase a été «un excellent exercice» qui a permis de tirer plusieurs leçons, de cartographier les silos de données de l’administration, de former les équipes locales et de lever les blocages réglementaires liés au partage interinstitutionnel. «Nous abordons la Phase 2 avec beaucoup plus de sérénité et d’engagement de la part de toutes les parties prenantes», a-t-il ajouté, ce qui est plus que réconfortant.

Une prometteuse seconde phase

Cette nouvelle étape étend la plateforme à six institutions au cœur de l’activité économique : le Registre National des Entreprises (RNE), l’Instance Tunisienne de l’Investissement (TIA), l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation (APII), le Centre de Promotion des Exportations (CEPEX), le ministère des Finances et la Banque centrale de Tunisie.

Le déploiement est financé par la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) et le Secrétariat d’État suisse à l’Économie (SECO), dans le cadre de leur programme de réforme sectorielle. Les délais de parachèvement du projet sont prévus pour 2027.

Les objectifs déclarés incluent la réduction des délais et coûts des procédures administratives pour les entreprises, l’amélioration du classement de la Tunisie dans l’indice de développement du e-gouvernement des Nations unies, et la réduction du recours aux processus papier.

Le tout s’inscrit dans la stratégie «Tunisia Digital 2025» et le plan de développement 2026-2030, dans le cadre duquel le gouvernement tunisien a annoncé 192 projets de digitalisation des services publics.

Les entreprises devront disposer d’une identité numérique : Mobile ID pour les personnes physiques, DigiGo pour les personnes morales. C’est la première échéance opérationnelle publiquement communiquée dans le cadre de ce chantier, et elle concerne directement l’ensemble des entreprises tunisiennes.

D’ailleurs, on commence à récolter ce qu’on a semé depuis 2024. Le signe le plus tangible de cette dynamique vient du RNE lui-même : l’institution a annoncé sur Facebook qu’à partir du 1er juillet 2026, le dépôt de dossiers sera exclusivement électronique.

En modernisant la prestation de services et en améliorant la maturité numérique des institutions publiques, le projet ambitionne de faire évoluer les mentalités dans le secteur public pour adopter une approche centrée sur les utilisateurs professionnels et particuliers. L’objectif est d’accélérer la modernisation administrative à travers la dématérialisation complète des services publics avec 192 projets numériques annoncés pour la période 2026-2030.

Un partenaire très performant

Il y a lieu de rappeler que l’entreprise Cybernetica, qui est l’un des acteurs ayant contribué à la transformation technologique qui a fait de l’Estonie l’un des pays les plus digitalisés au monde, a parachevé en 2025, la première phase du déploiement de la plateforme nationale d’interopérabilité en Tunisie. Il était question dans un premier temps, de mettre en place la solution d’échange des données sécurisée (la plateforme Unifited eXchange Platform, UXP) dans un groupe restreint d’institutions formé de cinq ministères tunisiens.

Parallèlement à la mise en œuvre technique, Cybernetica a assuré le transfert de l’expertise nécessaire pour renforcer les compétences des différents acteurs tunisiens qui veilleront sur la bonne marche de la plateforme et son déploiement à plus grande échelle.

Il y a lieu également de souligner que les solutions développées par Cybernetica et qui constituent aujourd’hui le socle de la digitalisation des services publics en Tunisie avaient déjà été déployées dans plus de 12 pays à travers le monde, notamment en Ukraine, au Japon, au Bénin, en Namibie, au Groenland et aux Bahamas.

La balle est, à présent, dans les pieds de notre administration qui n’aura plus d’excuses pour maintenir une bureaucratie qui a fait beaucoup de mal au développement rapide du pays.

Kamel ZAIEM

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Services municipaux, numérique et transparence : Le pari tunisien du projet REMO

Après quatre années de mise en œuvre, le projet REMO, dédié au renforcement de la gouvernance locale et à la modernisation des services publics en Tunisie, arrive à son terme. Ce programme de coopération entre la Tunisie et l’Allemagne a été piloté par Agence allemande de coopération internationale en partenariat avec le ministère de l’Intérieur et financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).

L’objectif affiché était de moderniser l’administration locale, améliorer la qualité des services publics et renforcer les mécanismes de transparence grâce au numérique.

Plus de deux millions de bénéficiaires et des services numérisés

Selon l’Ambassade d’Allemagne en Tunisie, le programme a permis à plus de deux millions de citoyens de bénéficier de services administratifs modernisés et davantage transparents.

Le projet a notamment conduit à la création de 19 espaces de services numériques au sein de plusieurs municipalités tunisiennes. Ces structures proposent des prestations administratives digitalisées afin de rapprocher les services des citoyens et de réduire les délais de traitement.

Trois nouveaux espaces citoyens ont également été mis en place dans le cadre du programme, en parallèle avec le développement de plusieurs plateformes et applications numériques destinées à améliorer la gestion publique locale.

Parmi les outils lancés figurent notamment le système de gestion des recettes municipales « GRB 2.0 », la plateforme numérique dédiée aux espaces de services administratifs, la plateforme « Taba » ainsi que l’application « Tathmin », développée au profit de la Cour des comptes pour renforcer les mécanismes de contrôle et de suivi des fonds publics.

Qualité des services et accompagnement des municipalités

Le programme REMO a également introduit le label « Marhba », attribué à dix recettes fiscales locales en reconnaissance de la qualité de l’accueil et des services fournis aux usagers.

Dans le même cadre, un centre d’appels a été mis en place au ministère des Finances afin d’instaurer un système d’écoute et d’interaction avec les citoyens.

Le projet a aussi accompagné dix municipalités tunisiennes dans la réalisation de projets de développement urbain touchant notamment aux espaces verts, à la gestion des déchets et aux infrastructures sportives.

Un appui à la décentralisation et à la transparence

Au-delà de la numérisation des services, REMO s’inscrit dans une stratégie plus large de consolidation de la décentralisation et de renforcement des capacités des collectivités locales.

Le programme ambitionnait notamment d’améliorer la gouvernance locale, de soutenir un développement régional durable et de renforcer les dispositifs de contrôle de la gestion publique grâce à des systèmes numériques facilitant le travail des instances de supervision.

Les responsables du projet mettent également en avant l’amélioration progressive de la relation entre l’administration et les citoyens, à travers des espaces modernisés et des outils de communication plus interactifs.

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