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Netanyahu, Trump et « la mafiosisation du monde »

A trois jours des élections, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, se déchaine en Cisjordanie qui est en train de subir le même sort que Gaza, mais à un rythme beaucoup plus lent. Ce déchainement contre la population palestinienne de Cisjordanie est l’ultime « atout » qu’il s’accorde pour accroître ses chances dans le scrutin du 27 octobre. Un scrutin d’une importance vitale pour lui : soit il gagne – et il échappera quatre années supplémentaires à la justice -, soit il perd – et il terminera ses jours en prison.

Le prétexte de Netanyahu est l’attaque d’activistes palestiniens à Hébron dans le sud de la Cisjordanie dans laquelle deux soldats israéliens ont été tués. C’était suffisant pour qu’il annule ses meetings électoraux et se déplace le vendredi 23 octobre dans cette ville où il annoncé : « Le ministre de la Défense et moi-même envisageons une opération de très grande ampleur, comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six-Jours » (juin 1967).

Pour deux soldats morts, le génocidaire a ordonné « le bouclage total » de la Cisjordanie et l’évacuation du quartier où habitaient les activistes qui les ont tués en vue de sa destruction. L’armée israélienne a donné juste cinq minutes aux habitants d’un immeuble de trois étages pour évacuer les lieux… Médias et réseaux sociaux ont diffusé les images du bulldozer qui s’activait à détruire l’immeuble avec ses meubles. Que peuvent emporter les habitants en cinq minutes !

Dans les minutes qui ont suivi l’attaque, l’information que deux soldats israéliens ont été tués à Hébron a fait le tour du monde. Qui sait que depuis le 7 octobre 2023, « au moins 1 113 Palestiniens ont été tués » dans la même ville par la soldatesque israélienne, selon un décompte de l’Agence France Presse ? Nul, et encore moins les Palestiniens, ne sera étonné de l’indifférence du monde à l’égard du déchainement du criminel de guerre et génocidaire Premier ministre israélien et de ses menaces de mener « une opération de très grande ampleur, comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six-Jours ».

Il n’a pas été inquiété quand il a transformé Gaza en un immense champ de ruines et a enterré des dizaines de milliers de ses habitants (bébés, enfants, jeunes et vieux) sous les décombres. Pourquoi le serait-il aujourd’hui quand la haine démentielle contre les Palestiniens qui l’étouffe se tourne vers la Cisjordanie ?

Mais avant que Netanyahu ne fasse de la Cisjordanie une carte électorale, la population palestinienne, de Ramallah au nord à Hebron dans le sud, en passant par Naplouse, Jénine et Tulkaram, a vu sa vie se transformer en enfer par les hordes de colons enragés.

Protégés par l’armée, les colons se déchainent quasi-quotidiennement en Cisjordanie. Leurs incursions criminelles visent les personnes, leurs habitations, leurs terres agricoles, leurs récoltes, leurs animaux… En un mot, ils font tout pour pousser la population palestinienne vers la rive est du Jourdain…

La question que tout un chacun se pose aujourd’hui est la suivante : que faut-il de plus pour que le génocide de Gaza et le nettoyage ethnique de Cisjordanie pour que les puissances occidentales se résolvent enfin à tenir en laisse le chien enragé qu’ils ont lâché en Palestine il y a près de huit décennies ? Cette question d’une importance vitale restera sans réponse pour une raison très simple : les élites gouvernantes de part et d’autre de l’Atlantique se soucient comme d’une guigne des Palestiniens et des horreurs qui leur sont infligées sur une base quotidienne.

Et quand il arrive à ces élites de réagir, leur réaction a toutes les caractéristiques d’une mauvaise blague. Une douzaine de pays européens et le Canada ont, le plus sérieusement du monde, annoncé fin septembre « l’interdiction d’importer les produits issus des colonies ». En d’autres termes, c’est la montagne qui accouche d’une souris…

Pour dire les choses autrement, dans ce monde où le seul droit qui vaille est celui de la force, les Palestiniens et les peuples à travers le monde qui souffrent des injustices et des pillages n’ont rien à attendre des élites gouvernantes occidentales. A voir ce qui se passe en France, en Belgique, en Italie et ailleurs en Europe, ces élites ne se soucient même pas des problèmes de leurs peuples. Comment s’étonner qu’elles restent de glace face au génocide, au nettoyage ethnique et autres horreurs ?

Il y a quinze ans, le juge anti-mafia, Roberto Scarpinato, parlait de « la mafiosisation du monde », un concept par lequel il décrit un phénomène où les méthodes des organisations criminelles se généralisent au sein du pouvoir politique et économique mondial.

Scarpinato estime aujourd’hui que « ce qui se pratiquait autrefois dans l’ombre et en secret par des mafias se produit désormais au grand jour, sans hypocrisie ni justification, selon la logique mafieuse « je veux ta maison, je veux ta terre, je veux tes biens. Si tu ne me les donnes pas, je te tue. »

C’est ce que fait Netanyahu en Palestine, au Liban et en Syrie. C’est ce que fait Trump au Venezuela et en Iran.

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Iran | Les durs réclament la bombe nucléaire

Il y a deux décennies, le Guide suprême iranien de l’époque, l’ayatollah Ali Khamenei, a émis une fatwa interdisant le développement d’armes nucléaires. Cette interdiction religieuse a servi de fondement à l’insistance du régime sur le caractère pacifique de ses ambitions en matière d’énergie atomique, et ce, malgré une expansion significative de l’enrichissement de l’uranium, une dynamique qui a placé l’Iran sur une trajectoire de confrontation avec l’Occident. Sauf que tout a basculé avec la guerre israélo-américaine qui a débuté le 28 février 2026 et ses conséquences dévastatrices, aujourd’hui les les éléments les plus radicaux au sein du régime réclament l’annulation de cette fatwa et le changement de la doctrine nucléaire.

Imed Bahri

Le Financial Times rapporte que les dommages collatéraux causés par la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, un nombre croissant de politiciens, d’analystes et de parlementaires radicaux exhortent le régime à abandonner cette position, à se retirer du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et à opter clairement pour l’arme nucléaire. 

Davoud Modarresian, analyste politique proche des courants radicaux, a écrit ce mois-ci : «Les récentes confrontations militaires ont démontré que la possession d’armes nucléaires par l’Iran n’est pas une simple ambition mais une nécessité dont l’importance dépasse même celle du pain».

Ce débat public marque un tournant notable dans un pays où, jusqu’à présent, exprimer ouvertement un soutien à l’acquisition d’armes nucléaires risquait d’être perçu comme un défi à l’autorité du Guide suprême qui détient le pouvoir de décision ultime. Or, la mort de Khamenei —survenue lors des bombardements américano-israéliens au début du conflit le 28 février— a paradoxalement contribué à lever ce tabou. Son successeur, son fils Mojtaba Khamenei — qui demeure invisible— n’a pas précisé publiquement s’il comptait maintenir la position adoptée par son père. Ce silence a ouvert un espace aux partisans de la ligne dure en Iran pour avancer leurs arguments en faveur de l’acquisition de l’arme nucléaire. Deux enseignants ont affirmé que l’islam chiite jouit d’une souplesse suffisante pour permettre l’évolution des préceptes religieux en réponse à l’évolution des circonstances.

Mettre en place un «système de dissuasion complet»

Par ailleurs, Hassan Qashqavi, porte-parole de la commission de la sécurité nationale au Parlement, a déclaré le mois dernier que le nouveau Guide suprême iranien pourrait émettre une nouvelle fatwa concernant la question nucléaire, ajoutant que «personne ne peut l’en empêcher». M. Qashqavi a ajouté que l’Iran doit mettre en place un «système de dissuasion complet» afin d’éviter que ne se reproduise le schéma actuel, caractérisé par une alternance entre négociations et guerre.

Les partisans de l’acquisition d’armes nucléaires ont cité l’exemple de la Corée du Nord dont l’arsenal nucléaire s’est, selon eux, avéré efficace pour dissuader toute intervention extérieure.

Une source au sein du régime a indiqué que la mort de Khamenei a entraîné une montée en flèche du soutien à l’acquisition d’armes nucléaires parmi les institutions dirigeantes, précisant que la proportion de ceux qui jugent nécessaire de posséder la bombe est passée «de près de zéro à plus de 50%». Ce changement s’explique en partie par le fait qu’un grand nombre de partisans du régime perçoivent le conflit avec les États-Unis comme une lutte existentielle. Ce conflit demeure dans une impasse tendue et potentiellement explosive autour du détroit d’Ormuz, une zone sur laquelle l’Iran insiste pour maintenir son contrôle.

Des dizaines de commandants et de hauts responsables ont été tués au cours des quarante jours de bombardement avant de prendre fin avec l’instauration d’un cessez-le-feu fragile en avril.

Par ailleurs, le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont évoqué à plusieurs reprises la possibilité d’un changement de régime en Iran. Le président américain est allé plus loin encore, menaçant de détruire la «civilisation» iranienne et de renvoyer le pays à «l’âge de pierre». Un haut diplomate occidental en poste à Téhéran a indiqué que ces déclarations avaient conduit des responsables du régime à se demander si les États-Unis envisageaient d’utiliser des armes nucléaires tactiques.

La position officielle demeure inchangée mais le débat s’élargit. L’Iran maintient officiellement que son programme nucléaire est à vocation pacifique et qu’il n’a pas l’intention de développer des armes nucléaires. Mohammad Eslami, le plus haut responsable du programme nucléaire iranien, a déclaré dimanche que les travaux visant à produire 20 000 mégawatts d’électricité d’origine nucléaire s’étaient poursuivis même en temps de guerre.

Appels publics en faveur de l’acquisition d’une force nucléaire

Toutefois, les appels publics en faveur de l’acquisition d’une force de dissuasion nucléaire suscitent l’inquiétude de certains responsables politiques pragmatiques, notamment des réformateurs qui plaident depuis des années pour une politique étrangère moins conflictuelle. Hossein Marashi, une figure politique réformatrice de premier plan, a déclaré la semaine dernière aux médias locaux : «La protection de l’Iran et de la République islamique est plus importante que l’enrichissement [de l’uranium] ou la préservation des acquis nucléaires». Selon des experts, il ne semble pas que l’Iran ait encore atteint le stade de la prise de décision concernant sa doctrine nucléaire alors que la guerre se poursuit.

Ali Vaez, expert des affaires iraniennes au sein de l’International Crisis Group, a déclaré : «Il s’agit d’un débat sérieux qui n’est plus un sujet tabou malgré la fatwa de l’ancien Guide suprême. La guerre a renforcé la position de ceux qui soutiennent qu’un État confronté à une attaque menaçant son existence a, en fin de compte, besoin de la force de dissuasion ultime». Il a toutefois ajouté : «Téhéran pourrait chercher à préserver ses infrastructures nucléaires tout en utilisant son programme comme levier de négociation pour obtenir des concessions économiques ou sécuritaires plutôt que de se précipiter ouvertement vers l’acquisition de la bombe. Tout dépendra de la perception des dirigeants iraniens : estiment-ils que la transformation du programme en un programme d’armement permettrait de prévenir une future attaque, ou, au contraire, qu’elle ne ferait qu’en précipiter le déclenchement?».

Abolfazl Bazargan, analyste en relations internationales proche du camp des durs au sein du régime, a déclaré à l’agence de presse Tasnim —liée au Corps des gardiens de la révolution islamique— que l’insistance de l’Iran à affirmer qu’il ne développera jamais d’arme atomique équivaudrait à une «défaite auto-infligée». Selon lui, Téhéran devrait adopter une doctrine fondée sur le principe de non-recours en premier aux armes nucléaires, tout en conservant la capacité de riposter en cas d’attaque nucléaire.  

Selon les évaluations des services de renseignement américains, l’Iran a entamé, il y a plusieurs décennies, des travaux préliminaires en vue d’un programme d’armement nucléaire, avant que ceux-ci ne soient interrompus en 2003. L’an dernier, devant le Congrès, l’ancienne directrice du renseignement national américain a indiqué que, selon les estimations des services de renseignement, Téhéran ne travaille pas à la fabrication d’une arme atomique. Toutefois, la forte accélération des activités d’enrichissement d’uranium —survenue après le retrait de Donald Trump, en 2018, de l’accord nucléaire historique conclu entre l’Iran et les puissances mondiales— a transformé le pays en ce que les experts qualifient d’ «État au seuil du nucléaire». L’Iran possède désormais la capacité de convertir son programme à des fins militaires, s’il choisissait de le faire.

Aujourd’hui, cependant, le programme nucléaire de la République islamique a subi un revers majeur. Les États-Unis ont en effet frappé les trois principales installations nucléaires iraniennes —Natanz, Fordo et Ispahan— durant le conflit de 12 jours qui a opposé Israël à la République islamique en juin de l’année dernière.

Par ailleurs, Donald Trump —qui insiste sur la nécessité pour Téhéran de démanteler son programme nucléaire— a menacé de prendre pour cible une installation enfouie profondément sous le mont Kuh-e Gazla (la Montagne de la Pioche), dans le centre de l’Iran.

Mystère sur le sort du stock iranien d’uranium hautement enrichi

L’une des sources d’inquiétude immédiates les plus importantes pour les États-Unis et les puissances occidentales concerne le sort du stock d’uranium hautement enrichi détenu par l’Iran. Celui-ci se compose d’environ 440 kilogrammes d’uranium enrichi à 60%, un niveau qui ne se situe qu’à un pas du seuil d’enrichissement requis pour la fabrication d’armes. On estime que ce stock –qui, s’il était davantage enrichi, pourrait théoriquement fournir suffisamment d’uranium pour fabriquer une dizaine d’armes nucléaires– se trouve sous les décombres de sites nucléaires ayant été bombardés.

Trump a exigé de l’Iran, seul État non doté de l’arme nucléaire à enrichir de l’uranium à de tels niveaux, qu’il transfère ce stock hors du pays. Toutefois, alors que Téhéran a résisté à cette exigence, des responsables du régime ont évoqué la possibilité de discuter d’une réduction du taux d’enrichissement de ce stock dans le cadre d’un accord plus large qui prévoirait la levée des sanctions américaines et le dégel des fonds iraniens bloqués à l’étranger, des conditions que Washington n’accepte pas.

L’Iran n’a pas autorisé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à accéder à ses principaux sites nucléaires depuis juin 2025.

Autre question importante qui se pose : l’Iran va-t-il se retirer du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) ? En vertu des dispositions de ce traité, si l’Iran décidait de s’en retirer, il serait tenu d’en informer tous les autres États parties ainsi que le Conseil de sécurité des Nations unies, avec un préavis de trois mois. Selon des diplomates, Téhéran pourrait utiliser cette option comme un moyen de pression sur Washington afin de parvenir à un accord.

Deux hauts responsables iraniens ont déclaré au Financial Times qu’un retrait du traité ne constituait pas une priorité immédiate. L’un d’eux a affirmé : «Notre politique concernant le Traité sur la non-prolifération nucléaire n’a pas changé pour l’instant mais cela ne signifie pas qu’elle ne changera pas à l’avenir». Toutefois, la proposition de retrait demeure controversée, y compris parmi certains partisans d’une posture défensive plus ferme de la part de l’Iran.

Dans des entretiens accordés à des médias locaux, Hamza Safavi, professeur à l’Université de Téhéran et fils de l’un des conseillers militaires du Guide suprême iranien, a suggéré que le recours à d’autres types d’armes non conventionnelles, notamment ce que l’on appelle la bombe sale*, pourrait constituer un moyen de dissuasion tout aussi efficace. Cependant, de telles positions suscitent l’ire d’autres éléments radicaux.

Selon l’activiste politique Davoud Modarresian, le principal obstacle au développement d’une arme nucléaire ne réside pas dans l’interdiction religieuse mais plutôt dans l’hésitation au sein des cercles du pouvoir.

*La bombe sale (ou dispositif de dispersion radiologique, DDR) est un engin explosif conventionnel (dynamite, C4) entouré de matières radioactives, biologiques ou chimiques. Elle ne provoque pas d’explosion atomique mais vise à propager la contamination et la panique.

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Israël : les Arabes israéliens, arbitres des élections législatives ?

Les élections du 27 octobre s’annoncent comme un véritable référendum pour ou contre Benyamin Netanyahou. Tandis que la minorité arabe espère peser de tout son poids sur l’issue du scrutin.

Le vote des Arabes israéliens pourra-t-il peser sur les résultats des prochaines élections législatives israéliennes? Et ce, alors que le pays a actuellement le gouvernement le plus à droite de son histoire et que Donald Trump a publiquement pris position en faveur de son ami Benyamin Netanyahou, le boucher de Gaza. Dans un message adressé dimanche 18 octobre aux « grands citoyens d’Israël », Trump a qualifié le Premier ministre israélien de « grand dirigeant en temps de guerre » et de « essentiel dans la lutte contre la République islamique d’Iran ».

Incertitudes

La question est légitime, d’autant plus que dans la perspective de ces élections les plus cruciales pour l’avenir de l’Etat hébreu, tout semble indiquer que la course entre la coalition de l’extrême droite et les partis ultra-religieux menée par Benyamin Netanyahou et le « bloc du changement » dirigé par l’ancien chef d’état-major, Gadi Eisenkot, est très serrée. Sauf que, d’après les derniers sondages et en raison de la complexité du système électoral israélien, aucun des deux camps n’est aujourd’hui en capacité de gouverner seul. Sachant que selon les plus récents sondages, 10 % des électeurs sont encore indécis à une semaine du vote.

Pour quelles raisons ? C’est que la Knesset, le Parlement israélien, compte 120 sièges, or il faut en gagner 61 pour arracher la majorité. Le hic c’est qu’aujourd’hui aucun parti ne peut atteindre seul ce seuil. Dans ce scrutin à la proportionnelle, les partis sont donc contraints de former des alliances. Probablement avec les partis arabes. Lesquels, à l’approche des législatives du 27 octobre, pourraient obtenir entre 12 et 15 sièges à la Knesset selon les récentes projections. « La plupart des sondages montrent en fait qu’il y a une sorte d’impasse entre le bloc de Benyamin Netanyahu et le bloc anti-Netanyahu », explique Yael Shomer, professeure de sciences politiques à l’université de Tel-Aviv.

« On ne sait pas quel sera le taux de participation global. Cela pourrait avoir une incidence sur la capacité des petits partis à franchir le seuil électoral. Nous ne savons pas non plus quel sera le taux de participation au sein de la population arabe en Israël. Et cela pourrait également avoir une incidence sur la répartition des sièges à la Knesset. Il y a donc beaucoup d’incertitudes, beaucoup d’inconnues » poursuit l’universitaire.

Les Arabes d’Israël, faiseurs de roi ?

En effet, les Arabes israéliens, appelés également “Palestiniens de 1948“ et considérés par certains comme des traîtres à la nation ou la Cinquième colonne, représentent plus de 20 % de la population du pays. S’ils se mobilisaient, les partis arabes pourraient faire pencher la balance du côté du candidat le plus modéré, lors des élections législatives du 27 octobre.

Reste à savoir si cette minorité arabe est convaincue que, dans les conditions actuelles, voter en vaut la chandelle. « Ce jeu n’est pas vraiment pour nous. Je ne crois pas que les élections soient utiles pour nous, la minorité arabe. Nous faisons partie du décor. C’est pour montrer que ce pays est, entre guillemets, la seule démocratie du Moyen-Orient. Qui pourrait être le meilleur remplaçant de Netanyahou ? Lieberman ? Bennett ? Ils ont le même objectif, mais pas la même stratégie pour l’atteindre. C’est juste un masque différent. Est-ce que je peux vous dire que j’ai de l’espoir ? Non, je ne crois pas », confie avec amertume le patron d’un café-librairie bien connu de la vieille ville de Jérusalem.

Appel à la mobilisation

A l’inverse, Ahmad Tibi, un dirigeant de Ta’al – un parti islamiste modéré qui défend la création d’un État palestinien et exige surtout que la police, aujourd’hui dirigée par le suprémaciste Itamar Ben-Gvir, effectue son travail et mette fin à l’explosion de la criminalité dans les régions arabes – appelle à un vote arabe massif lors des prochaines législatives : « Sortez et participez à cette élection cruciale ! C’est l’élection la plus importante et la plus dangereuse de notre histoire. Nous voulons mettre à la porte ce gouvernement fasciste, raciste et criminel. Si la participation de la communauté arabe est forte, Netanyahou, Ben-Gvir et Smotrich seront renvoyés ». Et de conclure : « Nous sommes les faiseurs de rois ».

« L’avenir de la démocratie israélienne est aujourd’hui entre les mains de la minorité arabe », analyse le journaliste et historien israélien Marius Schattner. Les Arabes israéliens, descendant de Palestiniens restés sur leur terre lors de la création de l’État hébreu en 1948, sont quelque 20 % de la population. Lors des élections précédentes à peine un sur deux d’entre eux avait voté. Cette fois ils se mobilisent. La Liste unifiée et La liste arabe unie, en lice pour l’élection grâce au feu vert de la Cour Suprême devraient obtenir une douzaine de sièges. Les deux mouvements ne cachent pas vouloir à tout prix se débarrasser de Netanyahou.

Chasser ou maintenir au pouvoir l’homme qui aura présidé aux destinées de l’Etat sioniste depuis près de deux décennies ? Tel est l’enjeu véritable de ces élections les plus cruciales pour l’avenir de l’Etat hébreu ; sachant que jamais dans l’histoire de ce pays, des élections n’ont été aussi importantes, autant polarisées et aussi incertaines. Jamais non plus leur résultat n’aura autant de résonances régionales et internationales.

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A travers Rima Hassan, la France cherche-t-elle à museler la voix de la Palestine ?  

Le parquet de Paris a requis, mardi 20 octobre 2026, dix mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité contre l’eurodéputée de La France insoumise, poursuivie pour apologie du terrorisme. À l’origine de l’affaire, une publication sur X citant Kozo Okamoto, l’un des auteurs de l’attentat de 1972 à l’aéroport de Lod, en Israël. Les réquisitions ont provoqué une réaction virulente de Jean-Luc Mélenchon, qui dénonce un abus de pouvoir et met en cause le gouvernement. Le jugement est attendu le 30 novembre.

Djamal Guettala

Le parquet de Paris a demandé dix mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité contre Rima Hassan, jugée depuis lundi 19 octobre devant la 10e chambre correctionnelle de Paris. L’eurodéputée de LFI est poursuivie pour apologie du terrorisme à la suite d’un message publié sur X le 26 mars, puis supprimé.

La publication reprenait une citation attribuée à Kozo Okamoto, membre de l’Armée rouge japonaise et l’un des trois auteurs de l’attentat commis le 30 mai 1972 à l’aéroport de Lod, près de Tel-Aviv. L’attaque avait fait 26 morts et environ 80 blessés.

Le message relayé par Rima Hassan indiquait : «J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir.»

Pour le ministère public, la publication ne peut être dissociée de la participation d’Okamoto à cet attentat. Le parquet estime qu’en reprenant ces propos sans prendre ses distances avec leur auteur, l’eurodéputée a contribué à banaliser le massacre et à valoriser celui qui l’a commis. Il a écarté l’idée d’une instrumentalisation des poursuites en raison de ses opinions politiques.

Mélenchon dénonce un abus de pouvoir

Les réquisitions ont suscité une réaction immédiate de Jean-Luc Mélenchon. Sur X, le fondateur de LFI a dénoncé ce qu’il considère comme une procédure abusive et accusé la «Macronie» de se montrer servile envers Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien.

Cette réaction inscrit le procès dans la confrontation politique autour de la guerre à Gaza et des prises de position de Rima Hassan sur la Palestine. Pour le dirigeant insoumis, les poursuites visent une élue dont les interventions dérangent le pouvoir. Cette lecture est contestée par le ministère public, qui affirme que l’affaire porte sur le contenu d’une publication et non sur les opinions politiques de son auteure.

Lors de l’audience du lundi 19 octobre, Rima Hassan avait elle-même dénoncé une «tentative d’intimidation» et une volonté de «mise sous silence d’une élue de l’opposition». Elle avait ensuite choisi d’exercer son droit au silence. Son avocat, Vincent Brengarth, conteste également la procédure et estime que la liberté d’expression de sa cliente est en jeu.

Une décision attendue le 30 novembre

Au-delà de l’affrontement entre LFI et le parquet, le tribunal doit déterminer si le message publié répond aux critères juridiques de l’apologie du terrorisme. La question est précise : il ne s’agit pas de juger la défense des droits des Palestiniens en général, mais d’apprécier la portée d’une citation attribuée à un homme impliqué dans un attentat meurtrier.

La distinction est importante. La défense d’une cause politique ne constitue pas en elle-même une apologie du terrorisme. Mais la référence à cette cause ne suffit pas non plus à soustraire une publication à l’examen de la justice, estime l’accusation, qui n’aurait sans doute pas utilisé ce même argument si l’auteur du poste n’était pas connu pour ses positions propalestiniennes. C’est une justice sur-mesure ou à la tête du client, disent les soutiens de la Palestinienne, qui se trouve ainsi entraînée dans une casuistique consistant à apprécier les termes employés dans une simple citation, leur auteur, leur contexte, leur signification et quoi encore.

Rima Hassan encoure jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Les peines demandées par le parquet ne constituent pas une condamnation. Le tribunal rendra sa décision le 30 novembre, date à laquelle les arguments des parties seront confrontés à l’appréciation judiciaire des faits.

D’ici là, l’affaire continuera vraisemblablement d’alimenter les débats sur la limite de la liberté d’expression au supposé pays des droits de l’homme et le traitement politique des prises de position sur le conflit israélo-palestinien, souvent biaisé par des partis-pris pro-israéliens flagrants.

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Législatives israéliennes | Eizenkot est-il si différent de Netanyahu ?

L’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne de 2015 à 2019 Gadi Eisenkot est aujourd’hui le principal adversaire du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et sa formation politique Yashar a toutes ses chances pour battre le Likoud lors des élections législatives du mardi 27 octobre 2026. Les Israéliens le perçoivent comme «intègre» contrairement à Netanyahu dont les scandales de corruption n’en finissent pas. Il se distingue de l’actuel Premier ministre par son style et son tempérament cependant il entretient une ambiguïté savamment cultivée sur des points politiques essentiels.

Imed Bahri

«On a dit de lui qu’il incarne tout ce que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’est pas», c’est par ces mots que Peter Beaumont commence son analyse du profil d’Eisenkot dans The Gardian. 

La différence entre Gadi Eisenkot, ancien général et principal candidat de l’opposition lors des élections israéliennes de ce mois-ci, et Netanyahu commence par l’apparence.

C’est un homme à l’allure parfois négligée, une apparence qui contraste avec celle de Netanyahu, adepte des teintures capillaires, du maquillage et d’un besoin obsessionnel de maîtriser son image médiatique.

Selon l’analyse du commentateur israélien Anshel Pfeffer, il représente «l’anti-Bibi» au sein d’une classe politique israélienne où beaucoup aspirent, au contraire, à lui ressembler.

Une image lisse mais une même propension à casser du Palestinien

Dans un paysage politique israélien marqué par les trahisons, les coups bas et les campagnes de dénigrement —publiques comme privées—, Eisenkot se distingue par sa droiture selon Pfeffer. Il est entré en politique il y a seulement quatre ans et son parti a été baptisé «Yashar», un terme qui signifie «droit» ou «honnête», «droiture» et «honnêteté» qui, en Israël, n’excluent pas une centaine volonté de spolier les Palestiniens de ce qui reste de leurs terres.

En effet, sur les dossiers fondamentaux, un Israël dirigé par Eisenkot ne différerait pas radicalement de la situation actuelle. Il est en effet resté évasif sur des questions cruciales, notamment la solution à deux États et la colonisation israélienne en Cisjordanie occupée.

«Il n’est pas lisse. Il n’est pas corrompu. Je pense qu’il se concentrera davantage sur les enjeux internes que sur la scène internationale. En tant qu’ancien militaire, il cherche avant tout à apaiser les tensions mais il reste très prudent et évite de prendre des positions tranchées», explique Mairav ​​Zonszein, analyste principale au sein de l’International Crisis Group.

Pour de nombreux électeurs, l’attrait qu’exerce Eisenkot tient moins à son idéologie qu’à l’image qu’il dégage.

Selon Dahlia Scheindlin, sondeuse et analyste politique israélienne, l’un des atouts majeurs d’Eisenkot réside dans ses «origines très modestes».

Alors que Netanyahu est le fils d’un universitaire né en Pologne, Eisenkot est issu d’une famille juive mizrahi (oriental en hébreu) originaire du Maroc. Il a débuté sa carrière militaire comme simple soldat d’infanterie, gravissant les échelons jusqu’à devenir chef d’état-major de l’armée israélienne.

«Le fait qu’il soit issu d’un milieu populaire, originaire d’une zone périphérique, renforce l’impression, chez les électeurs, qu’il est plus proche du peuple. Il est perçu comme quelqu’un d’empathique et de direct. C’est sans doute pour cela qu’ils ont testé auprès de l’opinion des noms pour le parti et qu’ils ont fini par choisir Yashar. Les gens ont probablement trouvé qu’il dégageait une grande honnêteté».

Mais si l’idéologie demeure un facteur déterminant du vote des Israéliens, en quoi Eisenkot croit-il, au juste ?

Sur le plan intérieur, il réclame une enquête approfondie sur les défaillances des services de renseignement qui ont rendu possible l’opération Déluge d’Al Aqsa le 7 octobre 2023. Plus clivant encore, il plaide pour la fin de l’exemption du service militaire dont bénéficient les ultra-orthodoxes, une question qui, depuis longtemps, est source de tensions au sein de la société israélienne.

Sur les enjeux majeurs —notamment celui de la solution à deux États, qui impliquerait la création d’un État palestinien—, il reste ambigu.

«Je n’ai jamais affirmé que la solution consistait en deux États pour deux peuples. Nous sommes confrontés à un conflit religieux et national très profond, quiconque imagine qu’un accord est possible à l’heure actuelle se trompe lourdement», déclaré Eisenkot durant la campagne.

Eisenkot soutient d’une façon générale la colonisation

Concernant la question plus large des colonies juives en Cisjordanie, Eisenkot demeure également évasif. S’il s’oppose au projet de colonisation de la zone E1* —perçu comme un obstacle potentiel à tout futur État palestinien—, il soutient, plus généralement, la colonisation.

Là où Eisenkot se distingue du gouvernement actuel, c’est sur la décision de Netanyahu de confier la gestion de la Cisjordanie occupée à Bezalel Smotrich, ministre d’extrême droite favorable à la colonisation. Or, cette zone connaît une recrudescence des violences commises par des colons, ce qui a suscité de vives condamnations internationales et entraîné des sanctions. Eisenkot a déclaré qu’il «renverserait» immédiatement cette situation et rendrait à l’armée le contrôle de la Cisjordanie.

Les sceptiques estiment qu’Eisenkot et ses alliés prônent un retour à une ancienne stratégie qui a fait ses preuves : gérer le conflit avec les Palestiniens sans chercher à le résoudre dans le but d’atténuer la pression internationale sur Israël.

«Ce qu’Eisenkot et les autres disent, en somme, c’est ‘‘Nous serons de meilleurs gestionnaires. Nous dirigerons mieux le pays, sans pour autant changer de cap. Ils ne parlent pas vraiment de la question palestinienne’’», explique le professeur Yossi Mekelberg du groupe de réflexion Chatham House. Par conséquent, il s’agit uniquement d’un changement de méthode mais pas de politique.

Un militaire belliqueux, faucon parmi les faucons

En ce qui concerne l’usage de la force militaire, Eisenkot est tout sauf une colombe. En tant que commandant du front nord d’Israël durant la seconde guerre du Liban en 2006, il fut l’architecte de la tristement célèbre «doctrine Dahiya», selon laquelle Israël devait déployer une «force disproportionnée et causer des dommages et des destructions immenses» dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Une politique qui trouve sa pleine expression dans la guerre actuelle à Gaza.

Selon The Guardian, il a fait preuve d’un réalisme plus militaire concernant Gaza. Il y a deux ans, il soulignait qu’il était peu probable qu’Israël remporte une «victoire totale» sur le Hamas et préconisait une stratégie donnant la priorité à la vie des détenus israéliens dans la bande de Gaza. Son fils, Gal Meir Eisenkot, âgé de 25 ans, a succombé à ses blessures fin 2023, après une opération menée à Gaza pour récupérer les corps de détenus israéliens.

La position d’Eisenkot quant à l’usage de la violence par l’État diffère de celle de Netanyahu qu’il a d’ailleurs critiqué l’an dernier pour avoir affirmé qu’Israël devait devenir une «super-Sparte», un État militarisé et craint par ses voisins.

Si les observateurs estiment qu’une administration dirigée par Eisenkot sévirait probablement contre les violences commises par les colons en Cisjordanie, ils se demandent si elle irait beaucoup plus loin.

«C’est une mesure facile à mettre en œuvre et environ la moitié de la société israélienne estime qu’il serait judicieux de sévir davantage contre les colons violents. De plus, cela faciliterait ses relations internationales», note Scheindlin. Elle ajoute : «Il ne serait pas un Premier ministre confronté à des accusations de corruption [comme Netanyahu]. J’imagine un gouvernement qui jouerait un rôle de stabilisation, offrant l’opportunité de renouer des relations avec le reste du monde, plutôt que de voir des ministres multiplier des déclarations qui mènent tout droit devant la Cour internationale de justice ou la Cour pénale internationale».

Elle soulève cependant une question importante qui va se poser en cas de victoire de Yashar : «Combien de temps un tel gouvernement pourrait-il survivre et quelle marge de manœuvre aurait-il pour mener une politique?»

Si Eisenkot a su incarner un espoir pour les opposants à Netanyahu, Scheindlin s’interroge : «Quelle part revient réellement à sa personnalité et quelle part relève de la simple projection?»

«Je pense qu’Israël peut retrouver une trajectoire normale à condition qu’il y ait quelqu’un qui se soucie réellement de la population. Or, les gens ont projeté sur lui l’idée qu’il se soucie sincèrement des citoyens. Plus les gens le voient, plus ils projettent sur lui ce qu’ils souhaitent y trouver. Il est perçu comme celui qui apportera du ‘‘professionnalisme’’, il bénéficie de cette aura d’homme au-dessus de la mêlée précisément parce qu’il est issu de l’armée», explique-t-elle.

Shai Bazak, ancien diplomate israélien, spécialiste de la communication et ex-conseiller de Netanyahu, soutient que le principal atout d’Eisenkot pourrait bien être, justement, son absence de volonté de prendre des mesures radicales.

«Après un dirigeant très charismatique et dominant, les gens choisissent délibérément quelqu’un de moins charismatique car ils aspirent tout simplement au calme et à la tranquillité. Ils ne veulent plus de tout ce tumulte», a-t-il déclaré à Politico.

*E1 est un projet d’extension colonial israélien sur un territoire de 12 km2 situé à l’ouest de la colonie Ma’aleh Adumim, près de Jérusalem-Est, en Cisjordanie (territoire palestinien occupé). L’objectif est de rendre impossible la création d’un État de Palestine en menaçant la continuité territoriale de la Cisjordanie occupée et en la coupant de Jérusalem-Est.

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