Le dernier fantasme de Donald Trump
Le président américain Donald Trump appelle les pays musulmans, notamment l’Arabie saoudite et le Qatar, à normaliser leurs relations avec l’Etat hébreu dans le cadre d’un potentiel Accord de paix avec l’Iran.
Encore un coup de tête à la dernière minute ? En pleine négociations entre les États-Unis et l’Iran au Qatar, où les diplomates iraniens se sont rassemblés, avec un rôle de médiation joué depuis Genève en Suisse et Islamabad, le président américain – qui ne parvient toujours pas à faire aboutir les discussions avec Téhéran sur la cessation des hostilités et la réouverture du détroit d’Ormuz – a eu l’idée saugrenue de demander à de nombreux pays musulmans dont le Pakistan, le Qatar, l’Arabie saoudite ou encore la Turquie, de rejoindre les Accords d’Abraham de 2020 et ainsi de normaliser leurs relations avec l’Etat hébreu. Pour apaiser Israël, alors qu’il cherche à conclure un accord avec son plus grand ennemi, l’Iran ?
Commentaire acerbe d’Anna Jacobs, de l’Institut des Etats arabes du Golfe basé à Washington : Au vu du « désastre que s’est avérée être la guerre déclenchée par des frappes israélo-américaines le 28 février, cette nouvelle demande de l’administration américaine montre à quel point elle comprend mal le Moyen-Orient » !
Annonce surprise
En effet, dans un texte publié lundi 25 mai 2026 sur son réseau Truth Social, Donald Trump a commenté sa conférence téléphonique avec les dirigeants de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, du Qatar, du Pakistan, de la Turquie, d’Egypte, de Jordanie et de Bahreïn : « J’ai déclaré qu’après tout le travail accompli par les Etats-Unis pour essayer de rassembler ce puzzle très complexe, il devrait être obligatoire pour tous ces pays, au minimum, en simultané, de signer les accords d’Abraham ».
Signés en 2020 sous l’égide de Donald Trump lors de son premier mandat, les Accords d’Abraham ont conduit à la normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes : les Émirats arabes unis et Bahreïn, puis en 2021, le Soudan et le Maroc. Jusque-là, parmi les 22 membres de la Ligue arabe, seuls l’Égypte depuis 1979 et la Jordanie depuis 1994 avaient des relations diplomatiques avec Israël, en vertu d’accords de paix. Si l’administration Trump cherche depuis à étendre ces accords, pour l’heure, seul le Kazakhstan, pays musulman non arabe qui a déjà des relations diplomatiques avec Israël, a annoncé le 6 novembre 2025 qu’il rejoindra les Accords d’Abraham.
Une proposition irréaliste
Mais les autres pays arabes, notamment l’Arabie saoudite ainsi que la Syrie et le Liban, voisins d’Israël, ont jusqu’ici refusé de se joindre à ce processus, a fortiori depuis le conflit qui a ravagé la bande de Gaza et surtout en l’absence de toute perspective politique pour les Palestiniens.
« Pour la plupart des États mentionnés, le coût politique d’une adhésion dans les conditions actuelles serait prohibitif », estime H.A. Hellyer, analyste au Royal United Services Institute. « Il est très probable que ça n’aboutisse pas », abonde Yossi Mekelberg, expert du Moyen-Orient au centre de réflexion londonien de Chatham House. « Pourquoi ces pays récompenseraient-ils Netanyahu après autant de destructions dans la région ? », s’interroge-t-il.
Humiliation publique
D’ailleurs, la proposition américaine a été accueillie à Riyad par un silence lourd de sens après l’humiliation publique que Donald Trump a infligé au prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane.
En pleine conférence au forum d’investissement FII Priorité organisé le 27 mars dernier à Miami, le milliardaire républicain a d’abord reconnu en MBS, le dirigeant de facto du royaume Wahhabite, un « grand homme », avec qui il a « tissé des liens », au fil des années. Avant d’évoquer une rencontre privée entre les deux hommes : « il y a peu de temps il m’a regardé et m’a dit : « tu sais c’est incroyable, il y a un an, vous étiez un pays mort. Maintenant vous êtes le pays le plus important au monde“. Il ne pensait pas que ça allait arriver, il ne pensait pas qu’il devrait me lécher le c… (kissing my ass) ».
Le fier prince du désert oubliera-t-il de sitôt d’être traité de la sorte par son allié américain d’autant plus que dans les monarchies du Golfe, ce type d’affront public est rarement pardonné ?
« La position du royaume n’a pas changé. Il est nécessaire de tracer un chemin irréversible vers la création d’un Etat palestinien », a affirmé une source saoudienne citée par la chaîne Al Arabiya.
Une position polie mais ferme qui reflète le sentiment du prince héritier qui s’est bien gardé de répliquer par des insultes directes. Education royale oblige.
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