Nations unies : la Tunisie défend un ordre international fondé sur la force du droit
Par Ahmed NEMLAGHI
À l’occasion de la Journée des Nations unies, la Tunisie réaffirme son attachement au multilatéralisme, à la souveraineté des États et au droit des peuples à disposer librement de leur destin. Une position qui s’inscrit dans la vision défendue par le président de la République, Kaïs Saïed, pour qui aucune paix durable ne peut être construite sur la domination, les ingérences ou l’application sélective du droit international.
Dans un monde traversé par les conflits armés, les rivalités géopolitiques et les fractures économiques, la question de l’efficacité du système multilatéral se pose avec une acuité particulière. Créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour préserver les générations futures du fléau de la guerre, l’Organisation des Nations unies demeure un cadre essentiel de dialogue entre les peuples et les États. Pourtant, sa capacité à faire respecter les principes qui fondent son existence est régulièrement mise à l’épreuve.
C’est dans ce contexte que la Tunisie a réaffirmé, à l’occasion de la Journée des Nations unies, son attachement au droit international et à la consolidation du rôle de l’Organisation dans la préservation de la paix et de la sécurité internationales. Elle a également appelé à une réforme profonde de ses structures et de ses mécanismes de fonctionnement, afin de restaurer sa crédibilité et de lui permettre de répondre plus efficacement aux défis contemporains.
Cette déclaration traduit une orientation diplomatique fondée sur une conviction essentielle : la paix ne peut être durable lorsque les règles communes sont appliquées de manière inégale, que la souveraineté des peuples est contestée ou que les intérêts des puissances prennent le pas sur les principes du droit.
Pour le président de la République, Kaïs Saïed, la défense du droit international constitue un enjeu qui dépasse les considérations juridiques. Elle touche à la liberté des peuples, à l’indépendance des États et à leur capacité à déterminer leurs propres choix politiques, économiques et sociaux.
La position tunisienne repose sur des principes clairement affirmés : l’égalité souveraine des États, la non-ingérence dans les affaires intérieures, le règlement pacifique des différends et la primauté du dialogue. Ces principes constituent les fondements d’un ordre international dans lequel aucun État ne devrait pouvoir imposer sa volonté aux autres par la force, la pression ou la menace.
La Charte des Nations unies consacre cette ambition. Elle établit un cadre juridique destiné à prévenir les conflits, à favoriser la coopération internationale et à promouvoir des relations pacifiques entre les nations. Sa portée ne peut toutefois être pleinement réalisée que si ses dispositions sont respectées par tous, indépendamment de la puissance militaire, économique ou politique des États concernés.
C’est précisément là que réside l’une des principales contradictions du système international actuel : les principes sont universels, mais leur application demeure souvent confrontée aux rapports de force. Lorsque les violations du droit ne donnent pas lieu à des réponses cohérentes, la confiance dans les institutions internationales s’érode et la tentation du recours unilatéral à la force gagne du terrain.
Réformer l’ONU pour restaurer sa crédibilité
L’appel tunisien à une réforme profonde de l’Organisation des Nations unies s’inscrit dans cette recherche d’un multilatéralisme plus efficace et plus équitable.
Depuis sa création, l’ONU a joué un rôle important dans la prévention et la gestion des conflits, les opérations de maintien de la paix, l’action humanitaire, la lutte contre les épidémies, la réduction de la pauvreté et la promotion des droits humains. Ses agences et ses institutions spécialisées contribuent également aux politiques de développement, à la protection de l’enfance, à l’autonomisation des femmes et des jeunes ainsi qu’à l’action climatique.
Ces acquis ne doivent cependant pas masquer les limites auxquelles l’Organisation se heurte, notamment lorsque les divisions entre grandes puissances paralysent les mécanismes de décision ou entravent la mise en œuvre des résolutions. Une institution qui ne parvient pas à faire respecter les principes qu’elle proclame risque de voir son autorité affaiblie et les populations concernées perdre confiance dans sa capacité à les protéger.
La réforme défendue par la Tunisie vise donc à renforcer la cohérence entre les engagements internationaux et leur application concrète. Elle suppose des institutions plus représentatives, des mécanismes de décision plus efficaces et une volonté politique renouvelée de placer l’intérêt collectif au-dessus des calculs de puissance.
L’objectif n’est pas d’affaiblir l’ONU mais de lui permettre d’assumer pleinement sa mission. Dans cette perspective, le multilatéralisme ne peut se réduire à la coexistence formelle des États autour d’une même table. Il doit devenir un instrument réel de prévention des conflits, de règlement pacifique des différends et de protection des droits des peuples.
L’attachement de la Tunisie à la souveraineté nationale et à la non-ingérence s’inscrit dans l’expérience historique d’un pays qui a accédé à l’indépendance en 1956 et rejoint l’Organisation des Nations unies la même année.
Cette mémoire donne une portée particulière à la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. L’indépendance ne représente pas seulement la fin d’une domination extérieure. Elle consacre également le droit d’une nation à choisir librement son avenir et à organiser ses priorités en fonction des aspirations de sa population.
Dans la vision portée par le président de la République, la souveraineté ne saurait être considérée comme un privilège réservé aux États les plus puissants. Elle constitue un principe fondamental des relations internationales, qui doit s’appliquer à tous les peuples sans distinction.
Cette conception implique de rejeter les ingérences et les pressions qui visent à imposer des choix nationaux de l’extérieur. Elle exige également que la coopération internationale repose sur le respect mutuel, l’égalité souveraine et la prise en compte des intérêts communs. La souveraineté ne signifie toutefois pas l’isolement. Elle permet, au contraire, de construire des partenariats librement consentis, dans lesquels les États coopèrent sans renoncer à leur autonomie de décision.
La Palestine, révélateur des contradictions internationales
La défense du droit à l’autodétermination trouve une illustration majeure dans la question palestinienne, que la Tunisie place au premier rang des causes justes auxquelles elle demeure attachée.
Le droit du peuple palestinien de déterminer librement son avenir, de vivre dans la dignité et de disposer d’un État indépendant et souverain constitue un enjeu central de la crédibilité du système international. La persistance du conflit et les souffrances infligées aux populations civiles soulèvent une question fondamentale : comment prétendre défendre un ordre fondé sur le droit lorsque les principes de protection des civils, d’autodétermination et de respect du droit international humanitaire ne sont pas garantis de manière effective ?
Pour la diplomatie tunisienne, la solidarité avec le peuple palestinien s’inscrit dans une conception universelle de la justice. Elle ne relève pas uniquement d’une proximité historique ou régionale, mais du refus que la force puisse priver un peuple de ses droits fondamentaux.
Cette position rappelle que la paix ne peut être confondue avec la seule interruption des hostilités. Elle suppose une solution politique juste et durable, fondée sur le respect des droits, la fin de la domination et la possibilité pour les peuples concernés de décider de leur avenir.
La question palestinienne met ainsi en lumière la nécessité d’un système international capable de faire prévaloir les règles communes sur les intérêts particuliers. Tant que les principes du droit seront soumis aux rapports de force, la confiance dans les institutions multilatérales restera fragile.
La déclaration tunisienne insiste également sur la complémentarité entre la paix et le développement. Cette articulation est essentielle, car les conflits détournent des ressources considérables des besoins sociaux, économiques et humains des populations.
Les guerres, les rivalités entre puissances et les conflits par procuration aggravent les inégalités, détruisent les infrastructures, provoquent des déplacements de populations et compromettent les perspectives de développement. Les ressources consacrées aux affrontements ne peuvent alors être mobilisées pour l’éducation, la santé, la protection sociale ou la transition écologique.
Une paix durable ne peut donc reposer uniquement sur des arrangements diplomatiques ou des dispositifs de sécurité. Elle exige également des conditions économiques et sociales permettant aux peuples de vivre dans la dignité, de bénéficier des fruits du développement et de participer aux décisions qui engagent leur avenir.
C’est dans cet esprit que la Tunisie met en avant le rôle de la coopération onusienne dans la réalisation de ses objectifs nationaux de développement. Le Cadre de coopération des Nations unies pour le développement durable 2027-2031 est présenté comme devant s’articuler avec le Plan national de développement, afin de renforcer l’appropriation nationale des priorités et de faire de la coopération internationale un levier au service des besoins du pays.
Une diplomatie fondée sur la constance des principes
À l’occasion du 81e anniversaire de la création de l’ONU et du 70e anniversaire de l’adhésion de la Tunisie à l’Organisation, le message tunisien réaffirme la continuité de ses principes diplomatiques : respect du droit international, souveraineté des États, non-ingérence, dialogue et règlement pacifique des différends.
La Tunisie souligne également la contribution de ses compétences nationales aux différentes instances et agences onusiennes ainsi que sa participation aux initiatives de maintien de la paix et de coopération internationale. Ces engagements illustrent la place que le pays entend occuper au sein du système multilatéral.
Mais la défense des principes doit s’accompagner d’une action diplomatique constante et de résultats concrets. La crédibilité du droit international dépend de la capacité des États à soutenir les mécanismes de prévention des conflits, à défendre les droits des peuples de manière cohérente et à promouvoir des solutions pacifiques aux crises.
Au fond, la vision défendue par le président de la République repose sur une exigence simple : substituer la force du droit au droit du plus fort. Dans un monde marqué par les rivalités et les incertitudes, la Tunisie rappelle que la paix ne peut être imposée durablement par la domination, pas plus que la liberté des peuples ne peut être subordonnée aux intérêts géostratégiques.
L’avenir du multilatéralisme dépendra de la capacité de l’ONU et de ses membres à faire vivre concrètement les engagements de sa Charte. Car la paix véritable ne résulte pas du silence des armes seulement, elle se construit dans le respect des droits, la reconnaissance de la souveraineté des peuples et la volonté de faire du développement une ambition partagée par l’humanité.
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