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Tunisie : 51 % des jeunes ont envisagé de quitter le pays, l’Europe en tête des destinations

L’envie d’émigrer gagne du terrain chez les jeunes Tunisiens. Selon les résultats du dernier rapport d’Afrobarometer, 51 % des Tunisiens âgés de 18 à 35 ans déclarent avoir sérieusement envisagé de quitter leur pays. Un chiffre qui place la Tunisie parmi les pays africains où la jeunesse exprime une forte propension à envisager l’émigration.

Le rapport People on the Move – African Insights 2026, consacré aux attitudes des Africains à l’égard de la mobilité et de l’émigration, met en évidence une tendance particulièrement marquée chez les jeunes Tunisiens.

Dans le détail, 51 % des Tunisiens âgés de 18 à 35 ans affirment avoir beaucoup réfléchi à la possibilité de partir vivre dans un autre pays. La Tunisie figure ainsi parmi les pays cités par Afrobarometer dans son analyse consacrée aux jeunes les plus susceptibles d’envisager un départ.

À l’échelle des 38 pays africains couverts par l’enquête 2024/2025, 45 % des personnes interrogées déclarent avoir envisagé, à des degrés différents, de s’installer dans un autre pays. Parmi elles, 25 % disent y avoir pensé « beaucoup ».

L’âge apparaît comme un facteur déterminant. Les 18-35 ans sont trois fois plus susceptibles de déclarer avoir sérieusement envisagé l’émigration que les personnes âgées de plus de 55 ans : 32 % contre 11 % à l’échelle des pays étudiés.

L’emploi, première motivation

Le rapport met également en évidence le poids des considérations économiques dans la décision d’envisager un départ.

Parmi les personnes qui ont pensé à émigrer, 50 % expliquent qu’elles chercheraient principalement du travail. Tandis que 29 % évoquent la volonté d’échapper à la pauvreté ou aux difficultés économiques.

Les autres motivations sont nettement moins fréquentes. La poursuite des études est citée par 4 % des personnes interrogées, les facteurs politiques liés notamment à la démocratie et à la liberté par 3 % et les voyages ou le tourisme par 3 %.

Des jeunes et des diplômés davantage tournés vers l’étranger

L’enquête montre également une relation entre le niveau d’éducation et l’intention d’émigrer. À l’échelle des 38 pays étudiés, 31 % des personnes les plus instruites déclarent avoir beaucoup envisagé de partir, contre 18 % parmi les moins instruites.

Le rapport souligne ainsi que l’émigration potentielle ne concerne pas uniquement les populations confrontées aux situations économiques les plus difficiles. Le niveau d’éducation constitue lui aussi un facteur important dans la propension à envisager un départ.

L’Europe reste une destination privilégiée

Lorsqu’on demande aux personnes ayant envisagé l’émigration où elles souhaiteraient aller, l’Europe arrive en tête avec 32 % des préférences, devant l’Amérique du Nord, qui recueille 28 %.

Par ailleurs, 17 % privilégieraient une autre destination au sein de leur sous-région africaine et 5 % un autre pays du continent. Au total, environ 22 % des candidats potentiels à l’émigration privilégieraient donc une destination africaine.

Enfin, 16 % se tourneraient vers d’autres régions du monde, notamment le Moyen-Orient, le reste de l’Asie, l’Amérique latine ou l’Océanie.

Le rapport relève toutefois d’importantes différences régionales. Les populations d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest sont davantage attirées par l’Europe, tandis que l’Amérique du Nord constitue la destination privilégiée en Afrique centrale.

Une progression de l’envie d’émigrer

La tendance ne se limite pas à une photographie de la situation actuelle. Dans les 31 pays où la même question avait déjà été posée en 2016/2018, la proportion de personnes déclarant avoir « beaucoup » envisagé l’émigration est passée de 18 % à 25 %, soit une progression de 7 points en moins d’une décennie.

Afrobarometer relève des hausses particulièrement importantes au Ghana et en Gambie, avec 24 points supplémentaires dans chacun des deux pays.

À l’échelle internationale, les Africains interrogés affichent également une propension plus élevée à envisager l’émigration que les populations couvertes par d’autres baromètres régionaux : 45 % en Afrique, contre 32 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et 29 % en Amérique latine.

Dans ce paysage continental, le chiffre tunisien concernant les jeunes retient particulièrement l’attention : plus d’un jeune Tunisien sur deux, âgé de 18 à 35 ans, a sérieusement envisagé de quitter le pays.

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Quel regard sur les jeunes d’aujourd’hui ? Préjugés quand vous nous tenez… 

Dans les médias, sur les réseaux sociaux, quand on parle des jeunes, c’est souvent pour véhiculer une image négative de cette tranche d’âge taxée souvent de violence, de passivité, d’indifférence et d’inconscience. Des émissions radiophoniques ou même des reportages à la télévision ne cessent d’attirer l’attention sur les multiples maux dont on accable la jeunesse : délinquance, tabagisme, alcoolisme, drogue, incivilité, violence… Pourquoi donc s’intéresse-t-on surtout aux côtés négatifs, quand bien même la jeunesse serait synonyme de force, d’énergie, de dynamisme, de créativité et d’initiative ?

Les jeunes ne sont vraiment plus ce qu’ils étaient. L’image portée par la société (surtout par les adultes et les personnes appartenant à l’ancienne génération) a elle-même changé. Qu’est-ce que signifie être jeune aujourd’hui ? Y a-t-il une spécificité aux jeunes contemporains ? Que connaît-on d’eux au juste ?  Les préjugés que la société porte sur eux sont-ils bien fondés ?

Une vision étriquée de la jeunesse actuelle

Cette question n’est pas propre à la Tunisie, la jeunesse partout dans le monde a mauvaise presse. Il suffit de parcourir les différents titres de certains journaux ou magazines ou de suivre les commentaires diffusés sur les réseaux sociaux, pour voir que la majorité des points de vue sont défavorables aux jeunes. La plupart des médias ont tendance à ne rapporter que des histoires négatives concernant les jeunes : violence dans les écoles, rackets, braquages, actes criminels, drogues, banditisme… Tout cela fournit des sujets sensationnels qui nourrissent des milliers de forums sur Internet. 

Pourtant, la plupart des jeunes interrogés sur ce sujet ne l’entendent pas de cette oreille et voient qu’une telle vision de la jeunesse actuelle est soit étriquée soit déformée. Voici le témoignage d’un jeune de 22 ans : «Cette image négative de la jeunesse d’aujourd’hui est propagée par les médias qui, trop souvent, perpétuent une vision stéréotypée des jeunes, les présentant comme marginaux et irresponsables. Ce n’est pas toujours vrai, il y a actuellement pas mal de jeunes Tunisiens qui sont très positifs, s’intègrent bien à la société et sont conscients de leur responsabilité, en tant que force vive qui a son pesant d’or dans la société. Il ne faut pas mettre tous les jeunes dans le même sac !»

D’autres jeunes interrogés sont allés plus loin pour dire que l’image des jeunes véhiculée par certains médias est déplorable, tant que ces derniers, se basant sur des études sociologiques ou psychologiques, se contentent de dresser un bilan négatif sur les jeunes d’aujourd’hui sans pour autant chercher les véritables causes des maux dont souffre cette jeunesse : «On ne cesse de faire étalage des points négatifs des jeunes, nous a confié un élève de quatrième année secondaire, que ce soit dans les journaux ou dans les émissions de radio ou de télévision. En tant que jeune, je suis humilié par cette vision de la jeunesse. On se demande pourquoi ne pas promouvoir la participation des jeunes dans les médias, au lieu de les accabler de tous les maux de la société».

 

Faire entendre sa voix

La question qui s’impose est comment faire pour que la jeunesse fasse entendre sa voix et se prévale d’une couverture médiatique positive. Il est impératif aujourd’hui d’engager un débat à l’échelle nationale autour de la participation positive des jeunes dans la vie sociale, associative, culturelle et politique. Ce débat doit réunir des sociologues, des psychologues, des journalistes et d’autres spécialistes de domaines différents. Il aura comme tâche de répondre à moult questions relatives à la représentation de cette tranche d’âge (enfants, adolescents, jeunes) dans les médias, de savoir de quelle façon on parle des jeunes dans les médias, pourquoi les jeunes ont souvent mauvaise presse, comment les faire participer dans les différents médias et leur permettre de s’exprimer sur leurs maux… 

Il y a lieu aussi de débattre sur les raisons pour lesquelles une majorité de jeunes Tunisiens manifestent un certain désintérêt à participer aux activités de la société civile et sur la quasi-absence d’initiatives personnelles ou collectives ayant trait au développement du pays. 

Pour une meilleure représentation des jeunes dans les médias

Partout dans le monde -et ce n’est pas propre à notre pays- les médias ont tendance à rendre la jeunesse responsable des problèmes de violence, de vols, de viols, de délinquance, d’incivilités et aussi à les «victimiser», à les «fragiliser», étant considérés comme les cibles de l’insécurité, des stupéfiants et d’autres manipulations dangereuses. Pourquoi les médias parlent-ils souvent des jeunes en tant que problème à résoudre et non en tant que ressource pour l’avenir ?

«Ce ne sont en vérité que des préjugés et des jugements de valeur portés sur les jeunes, nous a affirmé un autre jeune de 25 ans. Au moindre fait divers violent, la première réaction des gens est de dire «ce sont des jeunes !», même si on s’aperçoit plus tard qu’il s’agit d’un homme adulte. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac, car il y a de jeunes Tunisiens qui ont réalisé des prouesses, battu des records dans plusieurs domaines et qui peuvent être d’un grand intérêt pour la patrie».

En Tunisie, la situation des jeunes n’est pas enviable. La frustration est grande chez pas mal de nos jeunes, ce qui demande un peu plus de discernement de la part de leurs aînés qui devraient séparer le bon grain de l’ivraie, car les jeunes de bonne volonté existent. Une meilleure représentation de nos jeunes dans les médias est donc indispensable.

Puissent l’année 2026 et celles qui viendront être une occasion pour tous les jeunes de prendre conscience de leur rôle déterminant dans la société et faire en sorte que tous les préjugés portés sur la jeunesse soient balayés d’un revers de main!

Hechmi KHALLADI 



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Sebta et Melilla | Ce que les autorités au Maroc ne disent pas

Des organisations syndicales marocaines estiment que les tentatives de migration collective vers les «villes occupées» de Sebta (ou Ceuta) et Melilla, enclaves battant pavillon espagnol situées au nord du Maroc, ainsi que les scènes tragiques et les pertes humaines qu’elles ont entraînées, «révèlent la profondeur de la crise sociale et économique que traverse une partie de la jeunesse marocaine».

Habib Glenza, à Lodz.

 «Ce phénomène préoccupant est le résultat d’un cumul de dysfonctionnements dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et de la protection sociale, auxquels s’ajoute la baisse du pouvoir d’achat», estime l’Organisation démocratique du travail (ODT) qui a imputé au gouvernement «la responsabilité politique de son échec à élaborer des politiques économiques et sociales capables de créer des emplois décents et de réduire le chômage, la pauvreté et la précarité, notamment chez les jeunes». Et l’accuse également d’avoir «affaibli les institutions de médiation sociale et démocratique, telles que les partis politiques, les syndicats et les organisations sérieuses de la société civile, en marginalisant leur rôle d’encadrement et d’éducation à la citoyenneté».

Dans un communiqué adressé au journal Hespress, l’ODT affirme que cette situation «a contribué à élargir le cercle de la frustration et de la déviance, ainsi qu’à favoriser le développement de la traite des êtres humains, du trafic de drogue et de la migration irrégulière». Et appelle à «l’ouverture d’un large dialogue national sur les questions de la jeunesse et de la migration, débouchant sur de nouvelles politiques publiques capables de traiter les causes structurelles de la migration irrégulière», tout en plaidant pour la recréation d’un département gouvernemental dédié aux questions de la migration, de l’asile et des Marocains du monde, afin d’assurer une meilleure gouvernance de ce dossier stratégique.

Corruption et répartition inégalitaire des richesses   

Bouchta Boukhalfa, ancien vice-secrétaire général de la Confédération démocratique du travail (CDT), a déclaré que les images en provenance des deux enclaves occupées, en particulier de Sebta, «restent entourées de nombreuses zones d’ombre». Selon lui, les vagues de passages collectifs «suscitent une profonde inquiétude sociale et portent des messages qui dépassent leur seule dimension sécuritaire ou conjoncturelle, révélant des dysfonctionnements structurels touchant de larges franges de la société». Il ajoute que «ce phénomène n’est pas dissociable du contexte socio-économique que connaît le Maroc». À ses yeux, il constitue «une réaction directe à la propagation de la corruption et à l’affaiblissement des fondements sociaux des classes populaires et moyennes, dans un contexte marqué par l’absence d’une répartition équitable des richesses et par la persistance d’une économie de rente, poussant de nombreux jeunes à rechercher des voies d’émigration quels qu’en soient les risques».

Le responsable syndical a également souligné que «la flambée des prix des produits de première nécessité et de consommation, conjuguée à la baisse du pouvoir d’achat et à l’extension de la précarité, a renforcé le sentiment de frustration et de perte d’espoir chez une grande partie de la population». Selon lui, cette situation est indissociable de politiques publiques qui «ont échoué à garantir des conditions de vie dignes et la justice sociale».

«La responsabilité de cette situation incombe à l’État dans toutes ses composantes, tant au niveau stratégique que gouvernemental, ainsi qu’à la coalition au pouvoir», qu’il accuse d’avoir «affaibli les institutions de gouvernance et leurs mécanismes de contrôle, aggravant les tensions sociales qui se traduisent aujourd’hui par différentes formes de protestation et de désespoir, dont les tentatives de passage collectif vers l’autre rive».

Le gouvernement porte une large responsabilité    

De son côté, Ali Lotfi, secrétaire général de l’ODT, considère que «les choix politiques du gouvernement actuel en matière d’emploi ont montré leurs limites». Selon lui, «un quasi-consensus existe sur le fait que les différents programmes gouvernementaux dans ce domaine n’ont pas produit les résultats escomptés».

«Le plus préoccupant est que le gouvernement a consacré des milliards de dirhams à ces programmes pour créer des emplois en faveur des jeunes et des chômeurs, sans que ces importants investissements ne se traduisent par une amélioration des indicateurs de l’emploi», affirme-t-il.

«Ces éléments permettent de mieux comprendre ce qui s’est produit à Sebta», affirme Ali Lotfi, en rappelant que «le taux de chômage dépasse 13 %, avec des niveaux encore plus élevés chez les jeunes Marocains», citant les données présentées par le gouverneur de Bank Al-Maghrib au Roi Mohammed VI. «Le chômage et la situation sociale témoignent de l’échec des politiques de l’emploi et illustrent l’ampleur des déséquilibres qui alimentent la migration irrégulière», conclut le dirigeant syndical, en affirmant, également, que «l’ensemble du gouvernement porte la responsabilité de la situation actuelle, car le problème ne se limite pas à l’emploi». Il pointe aussi les difficultés du système éducatif, évoquant «l’aggravation du décrochage scolaire, qui conduit de nombreux jeunes vers le chômage et la précarité dès leur plus jeune âge», ainsi qu’un «abandon universitaire important, de nombreux étudiants quittant leurs études avant d’obtenir leur licence».

Pour Ali Lotfi, «la pauvreté, le chômage, la cherté de la vie et l’échec des politiques publiques, notamment dans les domaines de l’éducation et de l’emploi, constituent des facteurs dont le gouvernement actuel porte une large responsabilité». Selon lui, ces éléments sont directement liés «aux tensions sociales actuelles et à certaines formes d’expression observées au sein de la génération Z lors des récentes protestations, auxquelles se sont ajoutées les tentatives de passages collectifs, nourries par le mirage d’un avenir meilleur».

Au final, la vitrine offerte à l’étranger par la monarchie marocaine a été fissurée et les difficultés sociales du pays ont explosé, laissant voir une réalité peu reluisante que les inégalités dans la distribution des richesses nationales, ajoutées aux brimades auxquelles sont soumis les jeunes chômeurs, s’aggravent d’année en année et ne font que retarder une révolution annoncée. Sans des réformes radicales, sur les plans aussi bien politiques (davantage de libertés), qu’économique (davantage d’emplois) et social (davantage d’équité), la marmite pourrait exploser à tout moment.

Les autorités sont une nouvelle fois averties : l’immobilisme ne saurait être une politique viable à terme.

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