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TRIBUNE – Souveraineté numérique : des investissements technologiques à la valeur ajoutée nationale, à l’épreuve du PLF 2027 et du sommet Russie-Afrique

La fin du mois d’octobre 2026 place la Tunisie devant deux séquences qui, bien que différentes, interrogent une même ambition : transformer les priorités nationales en capacités économiques durables.

À Tunis, l’examen parlementaire du projet de loi de finances pour 2027 (PLF 2027) ouvre une nouvelle étape dans la définition des arbitrages budgétaires de l’État. À Moscou, la participation de la cheffe du gouvernement au troisième Sommet Russie-Afrique inscrit la Tunisie dans une rencontre consacrée notamment à la souveraineté, aux infrastructures, à l’énergie, aux technologies, à l’innovation et au capital humain.
Ces deux rendez-vous ne produisent pas les mêmes décisions. Le premier engage le débat sur l’affectation des ressources publiques ; le second peut ouvrir des perspectives de coopération économique et technologique. Leur rapprochement soulève néanmoins une question commune : quelles capacités la Tunisie veut-elle construire, avec quelles ressources et pour quels résultats ?
Cette interrogation est particulièrement pertinente pour les infrastructures numériques. Fibre optique, réseaux 5G, capacités de calcul haute performance et centres de données ne constituent pas seulement des équipements techniques. Ils mobilisent des financements, de l’énergie, des compétences et des ressources d’exploitation. Leur intérêt doit donc être apprécié à partir de leur contribution au développement économique.

Le PLF 2027 : au-delà du volume des investissements

Le projet de budget de l’État pour 2027 s’inscrit dans un contexte de contraintes financières et de besoins importants en matière de développement. L’examen parlementaire ne peut se limiter à la discussion des montants et des mesures proposées. Il doit également permettre d’interroger la cohérence des priorités, leur faisabilité et les résultats attendus.
La même exigence devrait guider les investissements numériques. Le déploiement d’un réseau, la construction d’un centre de données ou l’acquisition d’une capacité de calcul ne constituent pas, en eux-mêmes, une performance économique. Ils représentent des moyens dont l’utilité dépend des services qu’ils rendent possibles et des activités qu’ils permettent de développer.
Une infrastructure peut être techniquement réussie tout en restant insuffisamment utilisée. Un équipement peut être opérationnel sans améliorer sensiblement la productivité des entreprises. Une plateforme peut être disponible sans réduire les délais administratifs, faciliter l’accès au financement ou améliorer les services rendus aux citoyens.
L’enjeu consiste donc à relier chaque investissement à un besoin clairement identifié, à une population ou à un secteur bénéficiaire, à des objectifs mesurables et à une responsabilité de mise en œuvre. Il ne s’agit pas de ralentir la modernisation, mais de garantir que les ressources engagées produisent des effets proportionnés à leur coût.

Le coût réel d’une infrastructure numérique

La souveraineté numérique est souvent abordée sous l’angle de la propriété des infrastructures ou de la localisation des données. Ces dimensions sont importantes, mais elles ne suffisent pas à établir l’autonomie réelle d’un pays.
Un centre de données installé sur le territoire national peut rester dépendant de technologies importées, de pièces de rechange disponibles à l’étranger, de compétences rares ou de contrats de maintenance dont les conditions limitent la marge de décision locale. La localisation physique ne garantit donc pas, à elle seule, la maîtrise opérationnelle.
L’évaluation économique doit intégrer l’ensemble du cycle de vie : investissement initial, consommation électrique, refroidissement, connectivité, maintenance, cybersécurité, renouvellement des équipements, formation et fin de vie. Elle doit aussi tenir compte des exigences de continuité de service et de la capacité à faire évoluer les installations.
La question énergétique mérite une attention particulière. Des infrastructures de calcul et de stockage performantes nécessitent une alimentation fiable et des dispositifs de refroidissement adaptés. Dans un pays confronté à des contraintes énergétiques, leur dimensionnement doit être cohérent avec les ressources disponibles et les priorités nationales.
Cela implique de comparer plusieurs scénarios : capacité propre ou mutualisée, construction immédiate ou montée en charge progressive, exploitation publique ou partenariat encadré, recours à des ressources nationales ou à des prestataires externes. Le bon choix n’est pas nécessairement celui qui maximise la capacité installée, mais celui qui répond durablement aux besoins au meilleur coût global.

Des capacités numériques au service de l’économie réelle

Le critère décisif reste l’usage. La fibre et la 5G peuvent soutenir l’industrie, l’agriculture, la logistique, le tourisme, la santé, l’éducation et les services financiers. Mais leur impact dépend de l’existence d’applications concrètes, de la couverture effective des territoires, de la qualité des services et de la capacité des entreprises à intégrer ces technologies dans leurs processus.
Un investissement numérique devrait ainsi être associé à des résultats observables : réduction des délais de traitement, amélioration de la qualité des services, diminution des coûts opérationnels, accès élargi aux marchés, création d’activités nouvelles ou augmentation de la productivité.
Le calcul haute performance, par exemple, ne devrait pas être envisagé uniquement comme un équipement prestigieux. Sa pertinence dépend des usages qu’il peut soutenir dans la recherche, l’ingénierie, la santé, l’agriculture, l’industrie ou les services publics. La question n’est pas seulement de disposer d’une capacité de calcul, mais de savoir qui pourra l’utiliser, à quelles conditions et pour produire quelle valeur.
Cette approche permettrait également de mieux articuler les investissements numériques avec les besoins des petites et moyennes entreprises, qui ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour accéder aux technologies avancées. Des infrastructures mutualisées, accompagnées de services accessibles et d’un soutien à l’adoption, peuvent parfois produire davantage d’effets qu’une capacité coûteuse réservée à un nombre limité d’utilisateurs.

Le capital humain : condition de la maîtrise technologique

Aucune infrastructure ne peut produire durablement ses effets sans les femmes et les hommes capables de la concevoir, de l’exploiter, de la sécuriser et de la faire évoluer. La disponibilité de compétences en réseaux, cybersécurité, cloud, systèmes énergétiques, données et intelligence artificielle devient ainsi une composante du coût réel des investissements. Former des spécialistes sans leur offrir de perspectives professionnelles adaptées, ou acquérir des équipements dont l’exploitation dépend durablement de prestataires extérieurs, réduit la portée de l’effort financier.
La politique d’investissement devrait donc intégrer dès le départ un volet consacré aux compétences : besoins prévisionnels, formation initiale et continue, coopération entre universités et entreprises, transfert de savoir-faire et parcours professionnels. La mobilisation des compétences tunisiennes établies à l’étranger peut compléter cet effort, à condition de créer des formes de coopération qui permettent de transmettre des connaissances et de développer des activités sur le territoire national. La rétention des talents ne relève pas uniquement de la politique de formation. Elle dépend aussi de la qualité des projets, de la capacité à confier des responsabilités, des perspectives d’évolution et de l’existence d’un environnement professionnel permettant de mettre les compétences en pratique.

Russie-Afrique : juger les partenariats à leurs résultats

Le troisième Sommet Russie-Afrique ouvre un espace de dialogue sur la coopération économique, les infrastructures, l’énergie, les technologies et l’éducation. Pour la Tunisie, l’intérêt de telles rencontres doit être apprécié à partir des possibilités concrètes qu’elles peuvent faire émerger. La diversification des partenaires peut élargir les options technologiques et économiques du pays. Mais aucune coopération ne devrait être évaluée sur la seule base de l’origine du fournisseur, de l’annonce d’un investissement ou du montant d’un accord.
Les critères pertinents sont plus exigeants : quelles compétences seront transférées ? Quelle part de la conception, de l’intégration et de la maintenance pourra être assurée localement ? Les conditions financières sont-elles soutenables sur la durée ? Les entreprises tunisiennes pourront-elles participer à la chaîne de valeur ? Les équipements seront-ils compatibles avec les architectures existantes et les exigences de sécurité ? Le partenariat renforcera-t-il la capacité de décision nationale ou créera-t-il de nouvelles dépendances ?
Ces questions valent pour tous les partenaires, sans distinction. La coopération internationale devient un levier de souveraineté lorsqu’elle augmente la capacité du pays à choisir, à exploiter, à maintenir et à faire évoluer ses propres infrastructures. Il convient toutefois de distinguer les perspectives ouvertes par un sommet des engagements effectivement conclus. Les retombées d’une rencontre diplomatique ne peuvent être appréciées qu’à partir de projets identifiés, de conditions contractuelles connues et de résultats vérifiables.

Une grille commune pour décider et rendre compte

Le PLF 2027 et les perspectives de coopération internationale invitent finalement à établir une méthode commune d’évaluation des investissements numériques. Cinq questions pourraient structurer cette démarche. Le besoin est-il précisément défini et soutenu par une demande réelle ? Le coût complet, y compris énergétique et humain, a-t-il été évalué sur la durée ? Les compétences et les capacités de maintenance seront-elles disponibles en Tunisie ? Les bénéfices attendus pour les entreprises, les services publics et les citoyens sont-ils mesurables ? Enfin, une instance clairement responsable pourra-t-elle rendre compte des résultats et corriger le projet si les objectifs ne sont pas atteints ?
Cette grille ne remplace ni l’expertise technique ni l’arbitrage budgétaire. Elle les relie à une finalité économique explicite. Elle permet également de comparer des options différentes et d’éviter que la réussite d’un programme soit mesurée uniquement par le nombre de kilomètres de fibre déployés, d’équipements installés ou de plateformes mises en service. La souveraineté numérique ne se décrète pas par l’accumulation d’infrastructures. Elle se construit par la maîtrise de leur fonctionnement, la disponibilité des compétences, la soutenabilité de leur coût et la capacité à transformer les investissements en gains de productivité et en activités créatrices de valeur.

À l’heure où le Parlement examine les choix budgétaires de 2027 et où la Tunisie explore de nouvelles perspectives de coopération, le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le volume des annonces technologiques. Ce sera la part de ces investissements qui se traduira, dans la durée, par des capacités nationales renforcées, des entreprises plus compétitives, des services plus efficaces et une valeur ajoutée effectivement créée en Tunisie.

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Nador West Med, un géant du fret maritime au sud de la Méditerranée

Le roi Mohammed VI a présidé ce mercredi 28 octobre à Rabat une séance de travail consacrée à l’avancement du complexe portuaire et industriel Nador West Med, ainsi qu’au projet d’extension du complexe Tanger Med, marqué par le lancement des…

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Budget 2027 : 32,6 milliards de dinars d’investissement et 3% de croissance visés

La Tunisie table sur une croissance économique de 3 % en 2027 et prévoit un volume d’investissement de 32,630 milliards de dinars, en hausse de 14,1 %. Ces objectifs ont été annoncés mercredi 28 octobre par le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh.

L’investissement au cœur des objectifs de 2027

Le volume d’investissement annoncé atteint 32,630 milliards de dinars. La hausse prévue de 14,1 % traduit l’objectif d’accroître l’effort d’investissement en 2027.

Sur le plan de la croissance, l’objectif gouvernemental est fixé à 3 % pour 2027. Ce chiffre doit être distingué du taux de 3,1 % mentionné dans le projet de budget économique présenté précédemment. En l’absence de précisions sur une éventuelle actualisation des hypothèses, les deux données doivent être rapportées à leurs sources respectives.

Inflation et approvisionnement parmi les priorités

Le ministre a également évoqué la poursuite des efforts visant à contenir les pressions inflationnistes et à garantir un approvisionnement régulier des marchés en produits de base.

Le gouvernement entend, parallèlement, renforcer la lutte contre les pratiques monopolistiques et intensifier le contrôle des circuits de distribution. Ces objectifs concernent la disponibilité des produits sur le marché et l’évolution des prix, mais les déclarations rapportées ne détaillent pas les nouvelles mesures envisagées ni leur calendrier d’application.

Les chiffres annoncés fixent ainsi les principales cibles économiques pour 2027. Leur portée dépendra notamment de la concrétisation des investissements prévus et de l’évolution de la conjoncture économique.

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Ooredoo et Zain créent une plateforme régionale de 4000 tours télécoms

Ooredoo et le groupe Zain ont franchi une première étape dans la création d’une plateforme régionale commune d’infrastructures télécoms. L’opération regroupe environ 4000 tours au Qatar et au Koweït, avec une participation de 50% pour chacun des deux opérateurs. L’objectif est d’optimiser les investissements et de préparer l’extension de cette structure à d’autres marchés.

Deux portefeuilles réunis dans une même structure

Annoncée le 22 octobre 2026, la première clôture de la transaction permet de réunir les actifs d’Al Abraj, le portefeuille de tours d’Ooredoo Qatar, et ceux d’ITK, associés à Zain Koweït. Les deux groupes détiennent chacun la moitié de la nouvelle plateforme régionale.

Le principe consiste à regrouper la gestion des infrastructures passives, notamment les tours qui accueillent les équipements de télécommunications. Cette organisation doit permettre de réaliser des économies d’échelle et d’améliorer l’efficacité du capital, en s’appuyant sur un modèle opérationnel spécialisé.

L’opération ne signifie toutefois pas une fusion des réseaux des deux opérateurs. Ooredoo et Zain conserveront la propriété et le contrôle de leurs infrastructures actives, notamment les équipements techniques, les logiciels et les droits de propriété intellectuelle nécessaires à l’exploitation de leurs réseaux.

Un modèle destiné à s’étendre

La plateforme a vocation à accueillir progressivement d’autres portefeuilles de tours de télécommunications. Cette extension reste soumise aux conditions de clôture applicables ainsi qu’aux autorisations réglementaires et autres approbations requises.

À terme, la structure prévoit également de proposer des services d’« infrastructure en tant que service » (Infrastructure as a Service). Ce modèle permet aux opérateurs d’accéder à des infrastructures mutualisées, tout en optimisant les capitaux qu’ils consacrent au développement de leurs réseaux.

Pour Ooredoo et Zain, cette approche doit contribuer à soutenir le développement des infrastructures numériques dans la région. Les deux groupes mettent également en avant le potentiel de réduction de l’empreinte carbone lié à une gestion plus efficace des infrastructures partagées.

Une première étape, avant de nouveaux marchés

Le directeur général du groupe Ooredoo, Aziz Aluthman Fakhroo, présente cette première clôture comme une étape importante dans la constitution d’un portefeuille régional appelé à s’élargir grâce à l’intégration future d’actifs provenant d’autres marchés.

Bader Nasser Al-Kharafi, vice-président du conseil d’administration et directeur général du groupe Zain, souligne de son côté l’ambition de développer des plateformes spécialisées, évolutives et durables, capables de valoriser les actifs des deux opérateurs.

À ce stade, l’opération concerne les portefeuilles du Qatar et du Koweït. Son élargissement dépendra des prochaines intégrations et des autorisations nécessaires. La première clôture établit ainsi le cadre commun, sans préjuger du calendrier ni de l’ampleur des futures extensions.

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La Tunisie ne capte que 0,11 % des investissements industriels européens

À l’occasion des 70 ans des relations tuniso-allemandes, Nizar Yaïche, ancien ministre des Finances et expert international, alerte sur le faible poids de la Tunisie dans la création de valeur des investissements industriels européens. Malgré ses atouts en matière de compétences, de coûts et de proximité, le pays reste largement cantonné à la sous-traitance à faible valeur ajoutée.

La Tunisie dispose de plusieurs avantages pour renforcer son intégration industrielle avec l’Allemagne et, plus largement, avec l’Europe. Compétences disponibles, coûts de main-d’œuvre compétitifs, proximité géographique et accès aux marchés africains constituent autant de leviers pour attirer les investisseurs et développer des activités industrielles à plus forte valeur ajoutée. Pourtant, ces atouts ne se traduisent pas encore par une contribution significative à la richesse générée par les investissements industriels européens.

C’est le décalage mis en évidence par Nizar Yaïche lors de son intervention consacrée au diagnostic général de l’industrie tunisienne, dans le cadre d’une rencontre organisée par la Konrad-Adenauer-Stiftung (KAS) Tunisie et la Conect sur le thème « 70 ans de partenariat tuniso-allemand : de la coopération à la co-construction industrielle ».

0,11 % du chiffre d’affaires : le poids limité de la Tunisie

Les chiffres présentés par Nizar Yaïche illustrent l’écart entre le potentiel industriel tunisien et la valeur que le pays parvient à capter. Selon les données avancées par l’intervenant, la Tunisie ne représenterait que 1 % des emplois créés par les investissements industriels extérieurs à l’Union européenne, tandis que sa part dans le chiffre d’affaires associé à ces investissements se limiterait à 0,11 %, soit environ un millième du total.

Le chiffre d’affaires généré par emploi créé en Tunisie atteindrait, par ailleurs, environ 42 000 euros par an, un niveau que Nizar Yaïche juge nettement inférieur à celui enregistré dans plusieurs autres pays.

Ces indicateurs posent une question centrale : au-delà des emplois créés, quelle richesse les investissements industriels européens génèrent-ils réellement en Tunisie ? Pour l’intervenant, le nombre d’implantations ou les effectifs annoncés ne suffisent pas à mesurer les bénéfices d’un partenariat industriel. La capacité à développer des compétences, à maîtriser des technologies et à produire davantage de valeur ajoutée constitue un critère tout aussi déterminant.

Le problème ne réside donc pas dans l’absence d’investissements étrangers, mais dans la place occupée par la Tunisie au sein des chaînes de valeur industrielles. Comme le souligne Nizar Yaïche, son diagnostic porte précisément sur ces investissements et non sur l’ensemble de l’industrie tunisienne.

Des atouts compétitifs qui ne suffisent plus

Ce constat est d’autant plus frappant que la Tunisie possède plusieurs avantages susceptibles de renforcer son attractivité industrielle. Nizar Yaïche met notamment en avant la compétitivité des coûts de main-d’œuvre, la disponibilité des talents et la proximité géographique avec l’Europe.

L’accès au marché africain représente également un levier stratégique. La population du continent pourrait atteindre 2,5 milliards de personnes d’ici à 2050, selon la projection évoquée par l’intervenant. Cette évolution ouvre des perspectives pour les entreprises qui souhaitent faire de la Tunisie une base de production et de développement vers les marchés africains.

Des réussites industrielles montrent déjà que cette ambition est possible. Nizar Yaïche cite des entreprises dont les activités s’appuient sur des compétences tunisiennes et qui ont développé des centres d’expertise capables de rayonner au-delà du marché national. Ces expériences démontrent que le pays peut accueillir des activités plus complexes et participer davantage à la création de valeur.

Il rappelle également qu’au lendemain de la révolution tunisienne, alors que l’environnement était marqué par l’incertitude, des salariés tunisiens se sont mobilisés pour protéger les investissements étrangers. À ses yeux, cet épisode témoigne de leur engagement et de leur contribution à la continuité des activités économiques.

Pour autant, ces atouts ne suffisent pas à garantir une meilleure position dans les chaînes de valeur européennes. L’enjeu consiste désormais à transformer les avantages de localisation en capacités industrielles, technologiques et commerciales durables.

 

La sous-traitance, une limite à dépasser

Pour Nizar Yaïche, le modèle actuel atteint ses limites lorsque les investissements se traduisent principalement par des emplois sans permettre à la Tunisie de capter une part plus importante du chiffre d’affaires et de la valeur créée. Il décrit ainsi la place occupée par le pays dans une partie de ces investissements comme celle d’un sous-traitant à faible valeur ajoutée.

Cette analyse ne remet pas en cause l’utilité des implantations étrangères ni les emplois qu’elles génèrent. Elle interroge plutôt leur contribution à la transformation de l’économie tunisienne. Une activité industrielle peut créer des postes et soutenir les exportations sans nécessairement favoriser une montée en gamme suffisante des entreprises locales.

La réponse passe, selon lui, par une évolution du partenariat avec l’Europe. Plutôt que de rester cantonnée à l’exécution de certaines étapes de production, la Tunisie doit pouvoir prendre une place plus importante dans la conception, l’innovation, la maîtrise technologique et le développement des produits.

Cette ambition suppose de privilégier la complémentarité et la coproduction, afin que les entreprises tunisiennes et européennes construisent ensemble des activités industrielles et des chaînes de valeur plus intégrées. Elle nécessite également des mécanismes de financement capables de soutenir l’investissement productif sans alourdir davantage l’endettement des entreprises et de l’État.

Le prochain budget européen, une échéance stratégique

Le calendrier européen constitue, à cet égard, un enjeu important. Nizar Yaïche appelle à saisir les discussions autour du prochain cadre budgétaire de l’Union européenne, qui doit débuter en 2028, pour repositionner la coopération industrielle entre les deux rives.

Il évoque des orientations susceptibles de réduire les ressources consacrées à l’action extérieure européenne. Les chiffres circulant à ce sujet, dont une baisse de 17 %, ne sont toutefois pas encore définitifs, précise-t-il. Cette perspective renforce, selon lui, la nécessité de préparer des propositions concrètes et de défendre une ambition commune avant l’ouverture de ce nouveau cycle.

La Tunisie doit ainsi dépasser une logique fondée principalement sur l’attractivité de ses coûts et le volume des emplois créés. Pour tirer pleinement parti de son partenariat avec l’Europe, elle doit chercher à accroître la valeur qu’elle génère, les compétences qu’elle développe et la place qu’elle occupe dans les chaînes de production.

Le chiffre de 0,11 % résume le décalage que Nizar Yaïche souhaite mettre en lumière. Au-delà des investissements annoncés, la question est désormais de savoir comment faire de la coopération industrielle tuniso-européenne un véritable moteur de création de richesse en Tunisie.

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Budget économique 2027 : les investissements dans la santé publique bondissent à 1,321 milliard de dinars

Les dépenses d’investissement dans le secteur de la santé devraient atteindre 1 321 millions de dinars en 2027, contre 780 millions de dinars en 2026, soit une hausse d’environ 69 %, selon le document du projet de budget économique pour 2027.

Le financement du Fonds de soutien à la santé publique devrait également doubler pour s’établir à 200 millions de dinars l’année prochaine, contre 100 millions de dinars en 2026.

Ces prévisions s’inscrivent dans les orientations de la politique sanitaire pour 2027, dans le cadre de la mise en œuvre du Plan de développement 2026-2030. L’objectif est de poursuivre la réforme du système de santé, d’améliorer la qualité des services publics, de renforcer la prévention et la sécurité sanitaire, ainsi que de garantir un accès plus équitable aux soins.

Les priorités annoncées portent notamment sur le renforcement des soins de santé de base et des spécialités médicales, le développement des services de santé numériques et l’accélération de l’achèvement des projets en cours.

Une attention particulière sera accordée aux hôpitaux régionaux et locaux, afin d’améliorer la qualité des prestations et de rapprocher les services de santé des citoyens.

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A Tunis, de nouveaux hôtels arrivent en dépit des défis de l’investissement

Tunis-Capitale continue d’attirer les grandes enseignes hôtelières, mais les chantiers à l’arrêt, certains depuis plusieurs années, rappellent les défis de l’investissement et la rigidité de la législation.

Tunis confirme son attractivité pour les grandes chaînes hôtelières internationales. Hilton, Accor, Marriott ou encore Radisson misent sur la capitale tunisienne, convaincus par le potentiel d’un marché porté par le tourisme d’affaires, les événements internationaux, le développement des quartiers du Lac et des Jardins de Carthage ainsi que la stabilité de la destination en termes d’arrivées de visiteurs de l’étranger.

Cette dynamique se traduit par plusieurs projets d’hôtels qui devraient enrichir l’offre d’hébergement haut de gamme au cours des prochaines années. Mais derrière ces annonces porteuses d’optimisme, la réalité des investissements demeure plus contrastée. Plusieurs projets emblématiques restent à l’arrêt, illustrant les difficultés administratives, juridiques ou financières auxquelles se heurtent les investisseurs.

5 projets portés par des enseignes internationales

Parmi les réalisations les plus avancées figure le Hilton Garden Inn des Jardins de Carthage. L’établissement de 170 chambres est annoncé pour une ouverture en janvier 2027. Il sera dirigé par Belhassen Tebourbi.

Le groupe Accor poursuit également son développement avec un Novotel actuellement en construction sur la route touristique de Gammarth. Le groupe prévoit également l’arrivée de l’enseigne Pullman aux Berges du Lac 2, rue de la Feuille d’Érable. Le contrat de franchise a été signé et l’ouverture est envisagée à l’horizon 2029-2030.

Du côté du groupe Marriott, un hôtel sous l’enseigne W Hotels est projeté dans la zone dite « Lac 0 ». Si le contrat de marque a été conclu, les travaux n’ont pas encore démarré.

Le groupe GNC poursuit, pour sa part, les travaux de son futur Radisson au Kram à un rythme peu soutenu et avec un retard conséquent sur le planning prévu. Aucune date d’ouverture est actuellement envisagée.

Ces investissements témoignent de l’intérêt renouvelé des opérateurs internationaux pour Tunis, une destination qui cherche à renforcer son offre hôtelière afin d’accompagner le développement du tourisme d’affaires, des congrès et d’une clientèle internationale à plus forte valeur ajoutée.

Des projets toujours bloqués

À côté de ces perspectives encourageantes, plusieurs dossiers restent toutefois figés depuis plusieurs années.

À Gammarth, le chantier du futur Dar Ismail (sur le site de l’ancien Kahena) est à l’arrêt, tout comme celui du projet La Cigale/Dar Naouar, porté par le groupe Majda, qui n’a toujours pas démarré.

Le projet de conversion de l’hôtel Le Palace sous enseigne Hilton demeure suspendu en raison de procédures juridiques frappant le groupe Alliance.

Aux Berges du Lac 2, le projet hôtelier développé par la société Tredco, comprenant 146 chambres et 19 suites, est interrompu depuis 2023, laissant un chantier inachevé.

Autre dossier emblématique, celui de la reconstruction de l’Hôtel du Lac, portée par la Lafico. Après l’entame des travaux de démolition, le chantier est aujourd’hui totalement interrompu.

À Sidi Bou Saïd, le mythique Hôtel Amilcar, loué par la CTDT auprès de l’UGTT, attend toujours sa renaissance. Le projet de reconstruction, qui devait aboutir à une réouverture sous l’enseigne Ritz-Carlton avec 129 suites, annoncée à l’époque pour 2014, reste lui aussi à l’arrêt.

Entre attractivité et réalités du terrain

La multiplication des signatures de contrats avec de grandes enseignes internationales confirme que Tunis conserve un réel pouvoir d’attraction auprès des investisseurs et des groupes hôteliers mondiaux. La capitale bénéficie d’atouts reconnus : une position stratégique en Méditerranée, une demande soutenue en hébergement d’affaires et une montée en gamme progressive de son offre touristique.

Toutefois, le passage de l’annonce à la réalisation demeure un exercice complexe. Les délais administratifs, les contraintes foncières, les procédures juridiques, les difficultés de financement ou encore les changements de conjoncture rallongent considérablement les calendriers d’exécution.

Si les nouveaux projets traduisent une confiance retrouvée dans le potentiel hôtelier de Tunis, ils rappellent également qu’au-delà des effets d’annonce, la réussite d’un investissement repose avant tout sur la capacité à lever les obstacles qui retardent la concrétisation des chantiers. C’est à cette condition que la capitale pourra pleinement transformer ses ambitions en nouvelles capacités d’accueil et consolider son positionnement parmi les grandes destinations urbaines de la Méditerranée.

©Destination Tunisie

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