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Sommet d’Ankara : l’OTAN patauge dans ses contradictions

D’un sommet à l’autre, l’OTAN ressemble à ce navire dont les machines sont usées, mais qui s’entête à prendre la mer malgré les vents contraires et les vagues scélérates. Le sommet d’Ankara, tenu les 7 et 8 juillet, a pris la forme d’un rituel où l’unité était absente, et les contradictions qui minent la structure atlantiste flagrantes.

Commençons par les contradictions qui ont émaillé le discours du président américain Donald Trump. Il a critiqué avec virulence les membres européens qui « rechignent toujours à débourser 5% de leur budget pour la Défense comme promis » ; il a déversé son fiel sur l’Espagne, qualifiée de « partenaire désastreux au sein de l’OTAN » ; il a remis à l’ordre du jour la question de « la souveraineté américaine sur le Groenland » face au Premier ministre danois et ses pairs européens médusés. Tout cela ne l’a pas empêché d’exprimer, en guise de conclusion, sa « certitude que l’unité et l’amour règnent dans cette réunion » !

Au-delà de ces élucubrations trumpiennes auxquelles alliés et ennemis se sont habitués, les véritables contradictions qui minent l’Alliance atlantique ont trait aux deux foyers de tension les plus dangereux dans le Golfe et en Ukraine.

Alors que les pays européens poussent vers une solution diplomatique et appellent à la désescalade, le jour même du sommet, les Etats-Unis ont repris leurs bombardements contre des cibles iraniennes, et Trump a informé le sommet que le mémorandum d’entente américano-iranien était « caduc », a qualifié toute nouvelle négociation de « perte de temps », et a traité les dirigeants iraniens de « racaille »…

Mais quand la question ukrainienne est abordée, les positions changent du tout au tout. Là, l’Europe s’oppose à toute solution diplomatique, pousse vers la continuation de la guerre et coupe dans ses budgets sociaux et les besoins urgents de ses populations pour réunir les milliards d’euros permettant à l’Ukraine de rester en guerre. Quant à l’Amérique, le principal pilier de l’OTAN, elle s’est désengagée financièrement de la guerre d’Ukraine, au grand dam des Européens qui ont vainement tenté de faire changer d’avis les décideurs à Washington.

La déclaration finale du sommet d’Ankara prévoit « une aide militaire de 82 milliards de dollars pour l’Ukraine en 2026 et 2027. » Cette somme proviendra exclusivement des alliés européens et du Canada. Washington ne participera pas d’un seul dollar, mais « autorise l’Ukraine à fabriquer elle-même des missiles Patriot sous licence pour se défendre »…

Commentateurs et observateurs se posent des questions sur le sérieux de cette autorisation. Si les Etats-Unis eux-mêmes n’arrivent pas à produire suffisamment de missiles Patriot pour leurs propres guerres, si Le japon, qui a eu depuis des années cette autorisation, n’a pas encore produit un seul missile, comment l’Ukraine, un pays en ruines, peut-il fabriquer des missiles si sophistiqués ?!

Quoi qu’il en soit, les Européens auraient souhaité avoir dans la déclaration finale une contribution américaine sonnante et trébuchante plutôt qu’une autorisation de fabrication sous licence pour un pays à genoux.

Une commentatrice américaine, Medea Benjamin, a mis le doigt sur la plaie : « A l’heure où le changement climatique tue déjà des personnes et met les gouvernements à rude épreuve, pourquoi la priorité politique absolue est-elle d’augmenter considérablement les budgets militaires au lieu d’investir dans la lutte contre les menaces auxquelles les populations sont confrontées aujourd’hui ? »

Une question pertinente quand on sait le désintérêt des élites gouvernantes de nombre de pays européens pour les besoins intenses des couches vulnérables de leurs populations et leur obsession pathologique de déstabiliser la Russie.

Mais la principale contradiction dans laquelle patauge l’OTAN depuis l’effondrement de l’Union soviétique et la dissolution du Pacte de Varsovie réside dans la fiction répétée noir sur blanc à chaque sommet et à chaque déclaration finale : « l’Alliance atlantique est une organisation défensive ».

C’est pour se défendre que l’OTAN a bombardé nuit et jour deux mois et demi durant la Serbie ; c’est pour se défendre qu’elle a guerroyé en Afghanistan, en Irak et en Syrie ; c’est pour se défendre que cette Alliance militaire s’est déchainée contre la Libye, plongeant ce pays dans une anarchie qui dure depuis 2011 ; c’est pour se défendre enfin que l’Otan s’est livré méthodiquement à l’encerclement progressif et à la provocation continue de la Russie avec la ferme détermination de déstabiliser ce pays et le désintégrer…

Une relique du passé lointain de la guerre froide, l’OTAN aurait dû être dissoute il y a un tiers de siècle. Si au lieu de George Bush Senior, l’Amérique avait eu un vrai chef d’Etat, sage, intelligent et rationnel, l’Otan aurait été dissoute en même temps que le Pacte de Varsovie, et le monde aurait fait l’économie de nombreuses guerres inutiles et des dizaines de millions de vies humaines auraient été épargnées. Mais comme disent les Français, avec des si, on mettrait Paris en bouteille.

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Le paradoxe de Heidelberg : pour une économie tunisienne attractive et non plus seulement incubatrice

La nouvelle est tombée comme un symbole : Yasmine Yaakoubi, lauréate nationale du baccalauréat 2026 avec la moyenne historique de 20,01, s’apprête à s’envoler pour l’Allemagne afin d’y poursuivre ses études d’ingénierie à la prestigieuse Université de Heidelberg.

Derrière la fierté légitime de voir l’école républicaine tunisienne produire de tels esprits d’élite, se cache le grand paradoxe de notre modèle national. Nous excellons dans la production de notre « Software » humain, mais nous manquons cruellement du « Hardware » institutionnel et économique pour l’exploiter et le retenir.

 

De l’État incubateur à l’État draineur : le chaînon manquant

La trajectoire de cette brillante étudiante résume à elle seule le défi macroéconomique de la Tunisie moderne. Notre pays finance à grands frais la formation d’ingénieurs, de médecins, de financiers et de juristes de premier plan, pour ensuite observer leur départ immédiat vers les économies occidentales. En réalité, la Tunisie se comporte comme un incubateur gratuit pour le compte de puissances économiques qui n’ont plus qu’à cueillir des talents déjà opérationnels.

Ce constat impose une rupture doctrinale. La fuite des cerveaux n’est pas une fatalité culturelle, c’est le résultat mécanique d’un déficit d’attractivité de notre marché intérieur. Si nos talents s’exilent, ce n’est pas uniquement pour des raisons de rémunération financière ; c’est d’abord parce que notre modèle managérial national, fortement bureaucratique et hiérarchisé, offre trop peu de défis technologiques et d’espaces d’autonomie à la hauteur de leurs ambitions.

 

Moderniser la gouvernance pour capter l’intelligence

Pour inverser cette tendance, la Tunisie doit urgemment adapter ses structures aux réalités du XXIe siècle. Cela passe par deux chantiers prioritaires :

  • Le saut managérial des institutions publiques : nos grandes structures, notamment dans le secteur bancaire, industriel et administratif, doivent abandonner les grilles de gestion rigides héritées du siècle dernier. L’introduction de critères de performance objectifs, de l’automatisation des processus et de l’intelligence artificielle doit précisément servir à assainir nos environnements de travail de toute subjectivité pour y réintroduire la culture du mérite.
  • La création de pôles d’excellence technologique souverains : on ne retient pas un ingénieur de haut niveau avec des promesses de carrière linéaires. Il faut créer, sur le sol national, des projets industriels et numériques d’envergure — qu’il s’agisse de la transition énergétique, de la souveraineté des données ou de la numérisation de l’État — capables de rivaliser en termes de stimulation intellectuelle avec ce que Heidelberg ou la Silicon Valley peuvent offrir.

Piloter la diaspora : la circularité des compétences

Soyons réalistes : dans une économie globalisée, nous ne pourrons pas empêcher tous les départs, et le parcours international de nos élites reste une richesse. Mais si le départ est inévitable, l’absence de retour, elle, est une erreur de pilotage stratégique.

La Tunisie doit inventer un modèle de « circularité des compétences ». Cela implique de structurer juridiquement et fiscalement le statut de notre diaspora d’influence. Comment ? En créant des passerelles d’ingénierie inversée, permettant à nos cadres expatriés de diriger des projets nationaux à distance, d’auditer nos systèmes, de siéger dans nos comités de régulation ou d’investir de manière simplifiée dans des start-ups tunisiennes.

 

Choisir notre place dans la chaîne de valeur mondiale

Le succès de notre lauréate nationale confirme que le génie tunisien est intact. Notre système éducatif continue de concevoir un logiciel de très haute performance. La question cruciale qui se pose désormais aux décideurs économiques et politiques est simple : la Tunisie continuera-t-elle à n’être que la pépinière des autres, ou décidera-t-elle enfin de moderniser ses structures pour devenir le principal bénéficiaire de sa propre intelligence ?

La souveraineté numérique et économique de la Tunisie de demain ne se jouera pas dans l’importation de technologies clés en main, mais dans notre capacité à offrir à nos propres enfants un cadre national où leur génie peut s’exprimer, s’épanouir et transformer la réalité du pays.

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Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

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Coup de poker menteur de Téhéran, le quitte ou double ?

Les échanges de frappes entre les Etats-Unis et la République islamique d’Iran prouvent que le cessez-le-feu ne tient plus qu’à un fil. Chronologie d’un regain de tension qui risque à nouveau d’embraser la région.

 

Nouvelle montée de fièvre au Moyen-Orient. Les États-Unis et l’Iran se sont engagés dans une inquiétante escalade militaire, la plus grave depuis la signature du protocole d’accord du 17 juin. Cette brusque détérioration ravive le spectre d’une reprise totale de la guerre entre les deux belligérants ; sachant que la reprise des hostilités intervient alors que l’Iran organise depuis samedi dernier des funérailles nationales pour son guide suprême, Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre par des frappes israélo-américaines, le 28 février dernier.

« Pour moi, c’est terminé. Je ne veux plus avoir affaire à eux. En ce qui me concerne, discuter avec eux est une pure perte de temps », a déclaré Donald Trump, mercredi 8 juillet, depuis la capitale turque, lors d’une conférence de presse depuis Ankara, capitale de la Turquie, en marge de sa participation au sommet de l’Otan. Ajoutant dans son langage habituel de charretier que les responsables iraniens « sont des ordures, […] des gens malades ». Toutefois, il a laissé la porte ouverte à la poursuite des pourparlers avec Téhéran en précisant que ses négociateurs pouvaient continuer à discuter s’ils le souhaitaient. Mais « ils doivent revenir vers moi ».

 

Lire aussi : Iran–États-Unis : le cessez-le-feu vole en éclats, Trump relance l’escalade militaire

Cercle infernal

Ces propos outranciers dans la bouche de l’imprévisible président américain traduisent son exaspération croissante face aux attaques des Gardiens de la révolution iranienne, mardi 7 juillet, contre trois navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz. Washington a riposté par « des frappes puissantes », ayant touché « plus de 80 cibles » en Iran, dont « des systèmes iraniens de défense antiaérienne ».

En Iran, les médias ont fait état de détonations près du stratégique détroit. L’agence de presse Mehr a également signalé une série d’explosions d’origine indéterminée à ce stade dans la ville portuaire de Bouchehr, située au large de l’île de Kharg, principal terminal pétrolier par lequel transite en temps normal 90 % du brut iranien.

En représailles et dans un scénario répétitif, les Gardiens de la Révolution ont annoncé avoir frappé par des tirs de missiles et drones 85 installations sur des bases militaires américaines au Koweït et à Bahreïn, et abattu un drone MQ-9, selon la télévision d’État.

Pourtant, faut-il le rappeler, Washington et Téhéran ont fini par trouver un terrain d’entente le mois dernier et ont repris depuis leurs difficiles négociations en vue d’un règlement durable du conflit.

Un coup de poker « nécessaire »

Mais comment expliquer cette dangereuse spirale d’escalade qui risque de raviver le spectre d’une guerre ouverte au Moyen-Orient alors que les deux pays semblaient s’engager, malgré la fragilité du processus, sur la voie d’un cessez-le-feu susceptible d’ouvrir la perspective d’une paix durable ? Autrement dit, pourquoi Téhéran a-t-il pris le risque d’attaquer des navires commerciaux, quitte à mettre en péril le cessez-le-feu conclu dans la douleur avec le « Grand Satan » ?

C’était un coup de poker nécessaire, expliquent les analystes politiques. « Téhéran fait savoir qu’il n’entend pas lâcher le levier stratégique que constitue le détroit », abonde à juste titre The New York Times. L’explication est simple : le stratégique détroit d’Ormuz demeure au cœur des tensions. Or, en dépit de l’opposition des États-Unis qui exige le libre accès à ce passage vital pour l’économie mondiale, Téhéran menace désormais les navires qui emprunteraient une autre voie que l’unique corridor qu’il a autorisé le long de ses côtes.

En effet, le régime des mollahs s’est découvert un nouvel atout stratégique : la capacité de paralyser quasi totalement le trafic maritime dans cette voie navigable pendant la guerre confère à l’Iran son plus grand avantage stratégique ; alors que la hausse des prix de l’énergie, des engrais et des denrées alimentaires a poussé les États-Unis à conclure un accord.

Téhéran a ainsi entre les mains un redoutable levier de pression qu’il utilise habilement aussi bien dans les négociations avec Washington qu’en cas de reprise des hostilités. Et ce, d’autant que, la semaine dernière, Oman et l’Organisation maritime internationale des Nations unies (OMI) ont mis en place un nouvel itinéraire maritime empruntant exclusivement les eaux territoriales omanaises. Une initiative susceptible d’affaiblir le principal instrument de pression de Téhéran, dont toute la stratégie repose sur une idée simple : demeurer le seul acteur capable de contrôler, ou de menacer, la circulation dans le détroit d’Ormuz.

Reste à élucider un mystère. Qui trace dans l’ombre les grandes lignes de la politique étrangère de la République islamique ? Les faucons du régime qui cherchent à exercer un contrôle durable sur le détroit d’Ormuz devenu un levier essentiel dans la confrontation avec l’Occident ? Ou les modérés qui souhaitent par pragmatisme un accord de paix permanent avec les Etats-Unis afin de lever les sanctions internationales et d’apporter un soulagement économique dont le pays a désespérément besoin ?

A moins que ce soit le nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, l’Imam caché, le véritable maître du jeu dans ce bras de fer asymétrique opposant l’Iran à l’Amérique de Trump.

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Coup de poker menteur de Téhéran, le quitte ou double ? 

Les échanges de frappes entre les Etats-Unis et la République islamique d’Iran prouvent que cessez-le-feu ne tient plus qu’à un fil. Chronologie d’un regain de tension qui risque à nouveau d’embraser la région.

Nouvelle montée de fièvre au Moyen-Orient. Les États-Unis et l’Iran se sont engagés dans une inquiétante escalade militaire, la plus grave depuis la signature du protocole d’accord du 17 juin.

Cette brusque détérioration ravive le spectre d’une reprise totale de la guerre entre les deux belligérants. Sachant que la reprise des hostilités intervient alors que l’Iran organise depuis samedi dernier des funérailles nationales pour son guide suprême, Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre par des frappes israélo-américaines.

« Pour moi, c’est terminé. Je ne veux plus avoir affaire à eux. En ce qui me concerne, discuter avec eux est une pure perte de temps », a déclaré Donald Trump mercredi 8 juin depuis la capitale turque, lors d’une conférence de presse depuis Ankara, capitale de la Turquie. Et ce, en marge de sa participation au sommet de l’Otan. Ajoutant dans son langage habituel de charretier  que les responsables iraniens « sont des ordures, […] des gens malades  ». Toutefois, il a laissé la porte ouverte à la poursuite des pourparlers avec Téhéran en précisant que ses négociateurs pouvaient continuer à discuter s’ils le souhaitaient. Mais « ils doivent revenir vers moi ».

Cercle infernal

Ces propos outranciers dans la bouche de l’imprévisible président américain traduisent son exaspération croissante face aux attaques des Gardiens de la révolution iranienne mardi 7 juillet contre trois navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz. Washington a riposté par « des frappes puissantes », ayant touché « plus de 80 cibles » en Iran, dont « des systèmes iraniens de défense antiaérienne ».

En Iran, les médias ont fait état de détonations près du stratégique détroit. L’agence de presse Mehr a également signalé une série d’explosions d’origine indéterminée à ce stade dans la ville portuaire de Bouchehr, située au large de l’île de Kharg. Il s’agit du principal terminal pétrolier par lequel transite en temps normal 90 % du brut iranien.

En représailles, et dans un scénario répétitif, les Gardiens de la Révolution ont ensuite annoncé avoir frappé par des tirs de missiles et drones 85 installations sur des bases militaires américaines au Koweït et à Bahreïn. De même qu’ils affirment avoir abattu un drone MQ-9, selon la télévision d’État.

Pourtant, faut-il le rappeler, Washington et Téhéran ont fini par trouver un terrain d’entente le mois dernier et ont repris depuis leurs difficiles négociations en vue d’un règlement durable du conflit.

Un coup de poker « nécessaire »

Mais comment expliquer cette dangereuse spirale d’escalade qui risque de raviver le spectre d’une guerre ouverte au Moyen-Orient alors que les deux pays semblaient s’engager, malgré la fragilité du processus, sur la voie d’un cessez-le-feu susceptible d’ouvrir la perspective d’une paix durable ? Autrement dit, pourquoi Téhéran a-t-il pris le risque d’attaquer ces navires commerciaux quitte à mettre en péril le cessez-le-feu conclu dans la douleur avec le « Grand Satan » ?

C’était un coup de poker nécessaire, expliquent les analystes politiques. « Téhéran fait savoir qu’il n’entend pas lâcher le levier stratégique que constitue le détroit », abonde à juste titre The New York Times.

L’explication est simple : le stratégique détroit d’Ormuz demeure au cœur des tensions. Or, en dépit de l’opposition des États-Unis qui exige le libre accès à ce passage vital pour l’économie mondiale, Téhéran menace désormais les navires qui emprunteraient une autre voie que l’unique corridor qu’il a autorisé le long de ses côtes.

En effet, le régime des mollahs s’est découvert un nouvel atout stratégique : la capacité à paralyser quasi totalement le trafic maritime dans cette voie navigable pendant la guerre confère à l’Iran son plus grand avantage stratégique. Et ce, alors que la hausse des prix de l’énergie, des engrais et des denrées alimentaires a poussé les États-Unis à conclure un accord.

Téhéran a ainsi entre les mains un redoutable levier de pression qu’il utilise habilement aussi bien dans les négociations avec Washington qu’en cas de reprise des hostilités.

D’autant que, la semaine dernière, Oman et l’Organisation maritime internationale des Nations unies ont mis en place un nouvel itinéraire maritime empruntant exclusivement les eaux territoriales omanaises. Une initiative susceptible d’affaiblir le principal instrument de pression de Téhéran, dont toute la stratégie repose sur une idée simple : demeurer le seul acteur capable de contrôler, ou de menacer, la circulation dans le détroit d’Ormuz.

Reste à élucider un mystère. Qui trace dans l’ombre les grandes lignes de la politique étrangère de la République islamique ? Les faucons du régime qui cherchent à exercer un contrôle durable sur le détroit d’Ormuz devenu un levier essentiel dans la confrontation avec l’Occident ? Où les modérés qui souhaitent par pragmatisme un accord de paix permanent avec les Etats-Unis afin de lever les sanctions internationales et d’apporter un soulagement économique dont le pays a désespérément besoin ?

A moins que ce soit le nouveau Guide suprême, Mojtaba Khaminei, l’Imam caché, le véritable maître du jeu dans ce bras de fer asymétrique opposant l’Iran à l’Amérique de Trump.

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Immigration : où est passé le devoir d’humanité ?

Face aux guerres, aux migrations forcées et au durcissement des politiques migratoires, le devoir d’humanité semble s’effacer. Dans cette tribune, le directeur de la rédaction du Courrier de l’Atlas, Abdellatif El Azizi interroge notre rapport à l’autre à travers des…

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Tunisie – UE : la part de marché reste stable à 0,53 %

L’Union européenne (UE) demeure le débouché commercial incontournable de la Tunisie, absorbant 71,5 % de ses exportations à la fin juin 2026. Cependant, si les valeurs exportées atteignent des niveaux record, la part de marché tunisienne au sein de l’UE reste modeste et stagne à 0,53 %, indique la Banque centrale de Tunisie (BCT).

 

Certes, la légère progression des ventes libellées en euros (+2,8 %) en UE a devancé la croissance des importations européennes (+2,4 %). Mais cet écart favorable n’a pas suffi à améliorer significativement la position relative du pays.

 

Trajectoires contrastées

L’examen par groupe de produits pour l’année 2025 révèle des fortunes diverses selon les secteurs d’activité. Le secteur des machines et matériels de transport a enregistré la progression la plus marquée, avec un gain de quatre points de base pour atteindre 0,70 % de part de marché. Portée par un rebond de 12,6 % des ventes (contre -0,9 % en 2024), cette performance dépasse largement la dynamique des importations européennes (+5,8 %). Elle témoigne du redressement des industries mécaniques et électriques, dont les exportations globales ont bondi de 8,7 % après une timide hausse de 1,2 % l’année précédente.

Pour les produits chimiques et connexes, leur part de marché a progressé d’un point de base, passant de 0,11 % à 0,12 %. Les ventes vers l’UE ont grimpé de 15,4 % (contre +0,3 % en 2024), surperformant les importations européennes (+7 %).

Toutefois, cette embellie, soutenue par la reprise des phosphates et dérivés (+15 %) et la consolidation des ouvrages en plastique (+15,2 %), ne permet pas encore un redressement notable de la position sectorielle globale.

Quant aux autres articles manufacturés, leur part de marché s’est élevée à 0,90 %, après une perte de sept points de base en 2024. La reprise modeste des ventes (+2,2 % contre -4,8 % auparavant) reste en deçà de la hausse des importations européennes (+3 %). De son côté, le secteur du textile-habillement-cuirs (ITHC) affiche une contraction moins sévère, s’établissant à -1,7 % contre -4,8 % en 2024.

 

Des secteurs en recul

La part des produits de base s’est effondrée, chutant de 1,15 % à 0,78 %. Cette contraction s’explique essentiellement par la baisse de 16,2 % des exportations d’huile d’olive. Ce repli est la conséquence directe d’un effondrement de 47,7 % de son prix moyen, lié à la reprise de la production mondiale.

Les combustibles minéraux et lubrifiants ont perdu deux points de base pour s’établir à 0,11 %. Ses exportations ont chuté de 27 %, un recul plus prononcé que celui des importations européennes (-12 %). La baisse globale des ventes d’énergie et lubrifiants (-30,2 %) résulte de la baisse simultanée des produits raffinés (-45 %) et du pétrole brut (-16,7 %), dans un contexte de baisse de la production nationale et de repli des cours du Brent.

Pour les produits alimentaires, boissons et tabac, bien que les ventes aient progressé de 7,8 %, ce rythme est resté inférieur à celui de la demande européenne (+11,2 %). En conséquence, la part de marché tunisienne recule légèrement, passant de 0,29 % à 0,28 %.

 

L’offensive asiatique et le repositionnement des pays tiers

Le paysage concurrentiel sur le marché européen se redéfinit rapidement sous l’effet des tensions géopolitiques et commerciales. La Chine a conforté sa position de premier fournisseur de l’UE, sa part grimpant à 22,25 % (contre 21,42 % en 2024). Les droits de douane imposés par les États-Unis ont incité la Chine à redéployer ses exportations vers l’Europe (+6,4 %). Portée par une demande intérieure atone et une montée en gamme rapide de ses technologies, la Chine a d’ailleurs enregistré un excédent commercial historique de 1 189 milliards de dollars en 2025.

Parallèlement, d’autres concurrents tirent leur épingle du jeu. La Turquie a poursuivi son redressement amorcé en 2023, voyant sa part passer de 4 % à 4,11 %, grâce à des gains notables dans les secteurs des machines et transports (+23 points de base) et des combustibles (+20 points de base). Le Bangladesh a amélioré également sa position, passant de 0,81 % à 0,84 %, soutenu par une hausse de 6,5 % de ses exportations.

À l’inverse, plusieurs concurrents régionaux et globaux perdent du terrain. L’Inde (de 2,91 % à 2,76 %), le Maroc (de 1,03 % à 1,01 %) et l’Égypte (de 0,5 % à 0,49 %) voient tous leurs parts de marché se contracter par rapport à 2024. Il y a des milliards de dinars à prendre, qui peuvent nous offrir de précieux points de croissance, et nous pouvons le faire.

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Décryptage – Les nations ne meurent pas d’un coup… elles s’épuisent lentement

Les grandes crises économiques n’arrivent presque jamais avec fracas. Elles ne se présentent pas toujours sous la forme spectaculaire d’un krach boursier, d’une banqueroute d’État ou d’une explosion de la dette publique. Souvent, elles s’installent discrètement, année après année, derrière des indicateurs qui semblent rassurants, derrière des discours officiels qui célèbrent la prudence budgétaire, derrière des tableaux comptables qui donnent l’illusion de la maîtrise. Puis un jour, les fissures deviennent visibles.

Une usine ferme ses portes. Un pont menace de s’effondrer. Un train n’arrive plus à l’heure. Des médecins quittent les hôpitaux publics. Des ingénieurs prennent l’avion sans billet retour. Des jeunes diplômés cessent de croire que leur avenir se trouve dans leur propre pays. Alors seulement, la société découvre que ce qu’elle considérait comme des économies était parfois une dette déguisée.

L’Allemagne, longtemps érigée en modèle de vertu budgétaire, est aujourd’hui confrontée à cette réalité. Lorsque le chancelier Friedrich Merz reconnaît publiquement que le pays perd chaque jour plusieurs centaines d’emplois et que des géants industriels comme Volkswagen envisagent de nouvelles vagues de suppressions de postes, c’est toute une philosophie économique qui est questionnée.

Pendant près de deux décennies, Berlin a poursuivi un objectif presque sacré : réduire la dette publique, contenir les déficits, faire de l’équilibre budgétaire une preuve de sérieux national. Mais l’histoire est parfois ironique. À force de combattre la dette visible, l’Allemagne a laissé prospérer une dette invisible.

Une dette qui n’apparaissait dans aucun bilan mais qui se nichait dans ses infrastructures vieillissantes, dans ses écoles insuffisamment modernisées, dans ses réseaux numériques dépassés, dans sa transition énergétique inachevée et dans sa difficulté à préparer l’économie du futur. Cette leçon allemande mérite aujourd’hui toute l’attention de la Tunisie.

Quand l’obsession des chiffres fait oublier la réalité

L’une des plus grandes faiblesses de la pensée économique contemporaine est sa fascination pour les indicateurs quantitatifs. Le déficit budgétaire est mesuré au dixième de point. La dette publique est scrutée quotidiennement. Les agences de notation évaluent minutieusement la capacité des États à rembourser leurs créanciers.

Mais qui mesure sérieusement l’usure des infrastructures ? Qui calcule avec précision le coût économique d’une école qui ne forme plus correctement ? Qui évalue la perte de richesse générée par un système de transport inefficace ou par un hôpital incapable de retenir ses compétences ?

Ces dettes-là échappent aux statistiques traditionnelles. Pourtant, elles finissent par coûter davantage que les dettes financières. Le philosophe allemand Jürgen Habermas (1) rappelait que les sociétés modernes risquent de devenir prisonnières de leur propre rationalité technique. À force de tout mesurer en termes comptables, elles oublient parfois l’essentiel : les fondements humains, sociaux et institutionnels qui produisent la richesse.

L’économie n’est pas une simple affaire de colonnes de chiffres. Elle est avant tout une question de capacité collective à préparer l’avenir. Et c’est précisément là que commence la réflexion tunisienne.

La Tunisie face à son propre miroir

Depuis plus d’une décennie, la Tunisie vit sous le signe de la contrainte budgétaire. Les débats publics sont dominés par les déficits, la dette extérieure, les négociations financières, les équilibres macroéconomiques et les impératifs de remboursement. Cette préoccupation est légitime. Aucun pays ne peut ignorer indéfiniment les réalités financières. Mais une question essentielle demeure largement absente du débat national : quel est le coût du non-investissement ?

La Tunisie souffre aujourd’hui d’un phénomène insidieux qui ressemble fortement à ce que l’Allemagne découvre avec retard. Le pays ne manque pas uniquement d’argent. Il manque parfois d’entretien. Il manque parfois d’anticipation. Il manque parfois d’investissements stratégiques.

La dette invisible tunisienne est partout. Elle se lit dans les routes dégradées de l’intérieur du pays. Elle se voit dans certaines écoles publiques qui peinent à offrir un environnement digne aux élèves. Elle apparaît dans les infrastructures hydrauliques confrontées à des pertes considérables. Elle se manifeste dans les retards numériques qui freinent l’émergence d’une véritable économie de la connaissance. Elle se révèle dans les difficultés chroniques des hôpitaux publics. Elle s’observe dans les ports qui perdent progressivement en compétitivité. Elle se ressent dans les réseaux ferroviaires qui n’accompagnent plus suffisamment les besoins d’une économie moderne.

Chaque retard accumulé aujourd’hui représente une facture plus lourde demain. Chaque investissement reporté devient un coût supplémentaire pour les générations futures.

La grande confusion entre dépense et investissement

L’une des erreurs les plus fréquentes dans les débats économiques consiste à considérer toutes les dépenses publiques comme identiques. Pourtant, un dinar consacré à une dépense de fonctionnement n’a pas les mêmes effets qu’un dinar investi dans une infrastructure productive. Cette distinction est fondamentale. Construire une école n’est pas une charge. C’est un investissement dans le capital humain. Développer un réseau ferroviaire performant n’est pas une dépense. C’est un investissement dans la productivité future. Moderniser les infrastructures numériques n’est pas un luxe. C’est une condition de compétitivité. Réhabiliter un hôpital n’est pas un coût improductif. C’est un investissement dans la santé, donc dans la capacité productive de la nation.

L’économiste américain Hyman Minsky – encore lui – expliquait que les sociétés modernes deviennent vulnérables lorsqu’elles sacrifient les investissements de long terme au profit de la gestion immédiate des contraintes financières.

La Tunisie semble parfois confrontée à ce dilemme. La pression des urgences budgétaires pousse naturellement les décideurs vers des solutions à court terme. Pourtant, l’histoire économique enseigne et nous l’enseignions, qu’aucun pays ne peut durablement réduire ses difficultés financières sans renforcer simultanément sa capacité de création de richesse.

La tragédie silencieuse de la fuite des compétences

La dette invisible tunisienne n’est pas uniquement faite de béton, d’acier ou de fibre optique. Elle est aussi humaine. Peut-être même avant tout humaine. Depuis plusieurs années, des milliers de médecins, d’ingénieurs, de chercheurs, d’informaticiens et de techniciens quittent le pays. Cette réalité est souvent analysée sous l’angle migratoire. Elle mérite également une lecture économique. Former un médecin mobilise des ressources publiques considérables. Former un ingénieur représente un investissement collectif important. Lorsque ces compétences partent massivement, ce n’est pas seulement une perte humaine. C’est aussi une destruction de capital.

La Tunisie finance la formation tandis que d’autres économies récoltent les bénéfices de cet investissement. Cette hémorragie silencieuse constitue probablement l’une des formes les plus coûteuses de dette cachée. Car aucune infrastructure ne vaut les compétences capables de la faire fonctionner. Aucune stratégie industrielle ne peut réussir sans ressources humaines qualifiées. Aucune transformation économique n’est possible si les meilleurs talents perdent confiance dans leur avenir national.

Le vieillissement : une question que la Tunisie commence à découvrir

L’exemple allemand attire également l’attention sur une réalité qui progresse discrètement en Tunisie : le vieillissement démographique. Pendant longtemps, le pays a bénéficié d’une population relativement jeune. Cette situation évolue progressivement. La baisse de la natalité, l’allongement de l’espérance de vie et l’émigration d’une partie des jeunes actifs modifient lentement les équilibres démographiques. Ce phénomène pose une question fondamentale.

Comment financer demain les retraites, la santé et la protection sociale avec une population active relativement moins nombreuse ? La réponse ne peut venir uniquement des prélèvements ou des cotisations. Elle dépendra surtout de la capacité de l’économie à produire davantage de richesse. Autrement dit, la meilleure politique sociale de demain reste encore l’investissement productif d’aujourd’hui.

Chaque école modernisée. Chaque entreprise innovante. Chaque projet industriel réussi. Chaque gain de productivité obtenu. Chaque emploi qualifié créé. Constitue une partie de la réponse au défi démographique futur. Retarder ces investissements au nom des contraintes actuelles revient à réduire les moyens qui permettront précisément de financer les engagements sociaux de demain.

Réindustrialiser ou décrocher

Le monde entre dans une nouvelle révolution économique. L’intelligence artificielle transforme les métiers. La transition énergétique redéfinit les modèles industriels. Les chaînes de valeur mondiales se réorganisent. Les rivalités géopolitiques modifient les flux commerciaux. Dans cet environnement, le principal risque pour la Tunisie n’est pas seulement financier. Il est technologique. Il est industriel. Il est stratégique. L’Allemagne découvre aujourd’hui que même une puissance industrielle historique peut perdre des positions lorsqu’elle retarde certaines adaptations.

Que dire alors d’une économie émergente confrontée à des contraintes plus importantes ? La véritable question n’est donc pas de savoir si la Tunisie peut se permettre d’investir. La question est de savoir si elle peut se permettre de ne pas investir. Chaque année de retard dans la transition numérique. Chaque année de retard dans la modernisation industrielle. Chaque année de retard dans la recherche et l’innovation. Chaque année de retard dans la transition énergétique. Réduit un peu plus les marges de manœuvre futures.

Le véritable sens de la souveraineté économique

Les débats économiques tunisiens utilisent fréquemment le terme de souveraineté. Mais la souveraineté n’est pas uniquement une affaire monétaire ou politique. Elle repose aussi sur la capacité d’un pays à entretenir ses infrastructures, former ses compétences, produire son énergie, nourrir sa population et financer son développement. Une nation devient dépendante lorsqu’elle cesse d’investir dans ses propres capacités. Une nation perd progressivement sa liberté lorsqu’elle reporte systématiquement les décisions difficiles. L’expérience allemande rappelle une vérité fondamentale : la puissance d’un pays ne dépend pas seulement de l’état de ses finances publiques. Elle dépend de la qualité de ses infrastructures, de son système éducatif, de sa recherche scientifique, de sa cohésion sociale et de son appareil productif. Autrement dit, elle dépend de son capital collectif.

Réconcilier prudence et ambition

L’enseignement le plus précieux que la Tunisie peut tirer de la situation allemande est peut-être celui-ci : la discipline budgétaire est nécessaire; mais elle ne constitue jamais un projet de société. Une nation ne se construit pas uniquement en réduisant ses déficits. Elle se construit en préparant l’avenir. La véritable sagesse économique consiste à distinguer les dépenses qui appauvrissent de celles qui enrichissent. À différencier la consommation immédiate de l’investissement stratégique.

À comprendre qu’une dette contractée pour moderniser une économie n’a pas la même nature qu’une dette destinée à repousser les réformes. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre rigueur et relance. L’enjeu est de réconcilier prudence financière et ambition nationale. Car les peuples n’attendent pas seulement de leurs gouvernements qu’ils équilibrent les comptes. Ils attendent qu’ils préparent l’avenir. Et l’avenir se prépare rarement en économisant sur l’essentiel.

L’Allemagne découvre aujourd’hui qu’une nation peut s’affaiblir en dépensant moins que ce que nécessite la préservation de sa puissance. La Tunisie, qui cherche encore son modèle de développement dans un environnement mondial de plus en plus instable, gagnerait à méditer cette leçon. La dette la plus dangereuse n’est pas toujours celle que l’on emprunte sur les marchés financiers. C’est parfois celle que l’on contracte envers ses enfants lorsque l’on renonce à investir dans les écoles où ils apprendront, les infrastructures qu’ils utiliseront, les entreprises où ils travailleront et les institutions qui garantiront leur dignité.

Car, au bout du compte, la richesse d’une nation ne se mesure pas uniquement à ses comptes. Elle se mesure aussi à sa capacité de transmettre davantage qu’elle n’a reçu. Et c’est précisément là que se joue le véritable destin économique de la Tunisie.

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(1) Jürgen Habermas (1929-2026), figure de l’École de Francfort, a consacré son œuvre à défendre la démocratie délibérative contre la « colonisation du monde vécu » par les logiques marchandes et bureaucratiques. Il a promu la théorie de « l’agir communicationnel » et le « patriotisme constitutionnel », prônant un espace public fondé sur le dialogue, la raison et le débat citoyen face aux dérives modernes.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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STRATÉGIE – INFLUENCE : de la compétence à l’influence, le capital humain, « Software » de la souveraineté tunisienne

L’élection simultanée de trois magistrats tunisiens au sein de trois juridictions internationales distinctes a été saluée, à juste titre, comme un succès pour notre diplomatie. Pourtant, réduire cet événement à une simple fierté corporatiste ou à une réussite protocolaire serait une erreur de lecture stratégique.

Dans un monde interconnecté où la puissance ne se mesure plus seulement au « Hardware » (ressources énergétiques, poids démographique, puissance militaire), cette triple consécration rappelle une vérité fondamentale : le capital humain hautement qualifié est le véritable « Software » de la souveraineté tunisienne.

 

La guerre invisible des normes et de la doctrine

Nous vivons une époque où les États ne s’affrontent plus uniquement sur des terrains physiques, mais à travers la production de normes, de standards technologiques, de cadres juridiques et de doctrines financières. C’est ce que les analystes nomment le soft-power institutionnel. Être assis à la table où se tranchent les litiges internationaux ou se dessinent les régulations de demain n’est pas un luxe d’apparat ; c’est une nécessité impérieuse pour un pays comme la Tunisie.

La présence de nos experts au plus haut niveau international offre à notre pays un avantage invisible mais décisif : une capacité d’écoute, de compréhension avancée et d’assimilation des grilles de lecture mondiales avant que celles-ci ne nous soient imposées sous forme de contraintes exogènes.

Le « Label Tunisie », forgé historiquement sur l’excellence de son école républicaine, de ses ingénieurs, de ses financiers et de ses juristes, reste notre valeur refuge sur l’échiquier mondial. Mais une compétence reconnue n’est qu’un potentiel ; elle ne devient une force que lorsqu’elle est transformée en stratégie d’influence.

 

Au-delà du prestige : structurer une « Diplomatie des compétences »

Pour que ces succès individuels deviennent des leviers collectifs, la Tunisie doit dépasser la politique des opportunités ponctuelles pour bâtir une véritable diplomatie des compétences. Cela implique une approche méthodique en trois étapes :

  • La cartographie et le ciblage : Identifier de manière prospective les instances internationales clés (tribunaux arbitraux, commissions de régulation de l’IA, comités de normalisation énergétique) où les intérêts de la Tunisie de demain vont se jouer.
  • Le portage institutionnel : Soutenir activement, par l’appareil d’État, la candidature de nos hauts cadres (publics comme privés) à ces postes stratégiques. Placer un ingénieur à l’UIT (Union internationale des télécommunications) ou un cadre financier dans les structures nationales et internationales du secteur bancaire ne la cède en rien à l’importance de nommer un ambassadeur.
  • Le retour d’expérience : Créer des passerelles d’échange pour que l’expertise acquise par nos élites à l’international vienne innerver, moderniser et relever le niveau de performance de notre administration publique en Tunisie.

 

Le paradoxe du capital humain : le retenir pour mieux l’exporter

Cette projection internationale réussie met toutefois en lumière le grand paradoxe tunisien. Comment pouvons-nous ambitionner de rayonner à l’extérieur par nos compétences alors que nos structures publiques nationales peinent à les retenir, à les valoriser et à leur offrir des cadres incitatifs ?

La fuite des cerveaux – qu’elle concerne nos ingénieurs informaticiens, nos médecins ou nos cadres financiers – est souvent vécue comme une hémorragie passive. La diplomatie des compétences propose une inversion de paradigme : transformer cette émigration subie en une diaspora d’influence organisée. Mais pour que ce modèle soit durable, il faut impérativement réformer la gouvernance de nos propres institutions, moderniser leurs grilles managériales et offrir à nos talents des défis à la hauteur de leur potentiel, ici même, en Tunisie.

 

L’influence permanente, pas l’événementiel

La souveraineté d’une nation au XXIe siècle ne se décrète pas ; elle se construit chaque jour par sa capacité à peser sur le cours des idées et des règles. L’élection de nos magistrats prouve que la Tunisie a la matière grise pour concevoir, structurer et diriger.

Alors que le pays trace ses grandes orientations de développement, nous devons nous rappeler que l’investissement dans l’intelligence, la numérisation des processus et la formation d’une élite technocratique de premier plan ne sont pas des postes de dépenses optionnels. Ce sont nos meilleures armes de négociation internationale.

La Tunisie n’a peut-être pas les moyens de dicter sa loi par le poids de son économie de marché, mais elle a le devoir de s’imposer par la force de sa doctrine et la brillance de ses cadres. C’est cela, l’un des fondements essentiels de la souveraineté à l’ère moderne.

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Quand la FIFA se plie aux désidératas de M. Trump ! 

Décidément, sous l’ère Trump, la politique chevauche allégrement la planète du sport roi. Le président américain a reconnu avoir appelé le patron de la FIFA pour exiger un réexamen du carton rouge infligé à l’attaquant vedette de l’équipe américaine, Folarin Balogun. Sidérant.

 

Incompréhensible, injustifiable, honteuse, choquante. La presse internationale n’a pas eu de mots assez durs pour décrire la décision encore jamais vue dans l’histoire de la Coupe du monde et qui a été prise par la FIFA de réintégrer l’attaquant américain Folarin Balogun expulsé lors de la rencontre ayant opposé la sélection américaine à la Bosnie-Herzégovine en seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Et ce, suite au coup de fil scandaleux du président américain Donald Trump au président de la FIFA Gianni Infantino pour annuler le carton rouge du joueur fautif.

Stupéfait par cette ingérence sans précédent, Josep Blatter, l’ex-dirigeant suisse qui a présidé la FIFA de 1998 à 2015, date à laquelle il a fini par être poussé à la démission par une cascade d’affaires, a rappelé dans un message posté sur X que « Les cartons rouges ne sont pas annulés par des appels téléphoniques politiques. Ils sont annulés par des règles, des preuves et des organismes indépendants ».

Entourloupette juridique

Rembobinage des faits. Lors de la rencontre de la sélection américaine contre la Bosnie-Herzégovine mercredi dernier comptant pour le 16e de finale de la Coupe du Monde, l’arbitre brésilien décida-après visionnage de l’action à la vidéo (VAR)-d’expulser l’attaquant américain Folarin Balogun pour avoir asséné une violente semelle sur la jambe du défenseur Tarik Muharemovic, écrasant son tendon d’Achille. Ainsi, le joueur fautif écopa d’un carton rouge direct pour un geste jugé dangereux, bien que les avis divergent sur son intentionnalité. Or selon l’article 10.5 du règlement de la FIFA, le carton rouge signifie la suspension automatique d’un match sans possibilité d’appel.

Coup de théâtre : la FIFZ dépoussière un vieux texte de son arsenal juridique de ses tiroirs. A savoir l’article 27 du Code disciplinaire qui permet à l’instance judiciaire de « suspendre totalement ou partiellement l’exécution d’une sanction disciplinaire ».

Traduction : le joueur américain expulsé est suspendu, mais autorisé à jouer lundi pour le huitième de finale de la Coupe du monde de football contre la Belgique. Admirez l’entourloupette judiciaire que les responsables de la FIFA auront tirée de leurs chapeaux !

Ingérence

Comment cette entorse criarde au règlement de la FIFA a-t-elle été possible ? Comment expliquer « ce revirement soudain, sans précédent dans l’histoire moderne de la Coupe du monde, alors que le tournoi battait son plein » et qui « a immédiatement déclenché une polémique sur l’ingérence politique et l’intégrité sportive », s’interroge la presse américaine ?

C’est que, entre temps, Donald Trump, a appelé Gianni Infantino pour exiger le réexamen de la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun, l’arme offensive numéro 1 du pays organisateur. Ironie de l’histoire : le joueur qu’il a défendu est un citoyen américain en vertu du droit du sol, un principe constitutionnel qu’a contesté en vain le président des États-Unis jusqu’à la Cour suprême.

Comme les désirs du Prince sont des ordres et contre toute attente, la FIFA a annoncé, dimanche, revenir sur la suspension du meilleur buteur de la sélection américaine avec trois buts au compteur dans ce Mondial.

« Merci à la FIFA d’avoir fait ce qu’il fallait et d’avoir réparé une grande injustice », a un peu plus tard posté le locataire de la Maison Blanche sur son réseau Truth Social.

« Tout ce que j’ai fait, c’est de demander une révision parce que je ne pensais pas que c’était une faute […] Je ne lui ai pas dit quoi faire, je ne peux pas lui dire quoi faire et je ne pense pas que ce soit lui qui ait pris la décision » a-t-il ajouté.

Pour rappel, Donald Trump et son ami Gianni Infantino ont tous deux reconnu avoir discuté du carton rouge infligé à un joueur américain, mais ont démenti, bien entendu, que l’annulation de la suspension résultait de pressions politiques.

Le caniche de Trump

« Gianni Infantino a passé près d’une décennie à courtiser Trump, qui le qualifie d’ « ami » et l’a régulièrement reçu dans le Bureau ovale », note le Wall Street Journal.

« M. Infantino s’efforce depuis des années de s’attirer les faveurs de M. Trump », abonde le New York Times, qui rappelle que, « l’année dernière, la FIFA a créé et décerné à M. Trump le Prix de la paix de la FIFA, alors que le président américain menait une campagne publique – qui s’est soldée par un échec – pour remporter le prix Nobel de la paix ».

« La non-suspension de l’attaquant américain n’a pas fini de faire parler .Depuis que le foot est foot, la FIFA prétend vendre de l’équité. En levant la suspension du meilleur buteur de l’US Soccer Team à la veille d’un huitième de finale contre la Belgique, la très peu vénérable institution vient de mettre son impartialité en solde », titrait le quotidien bruxellois, Le Soir.

No comment.

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Tribune – Le Sénégal et la Côte d’Ivoire, pays les plus industrialisés d’Afrique de l’Ouest

Selon le dernier classement de la Banque africaine de développement, le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont les pays les plus industrialisés de l’espace CEDEAO et les seuls représentants de l’Afrique de l’Ouest au sein du top 10 africain. Ils devancent nettement le Nigeria et le Ghana, et dépassent également tous les pays d’Afrique de l’Est continentale. Cette performance résulte d’un environnement plus favorable aux affaires, à l’investissement et à l’industrialisation.

 

Dans son dernier rapport sur l’industrialisation en Afrique, publié le 24 mai et intitulé « Indice d’industrialisation en Afrique, 2025 », la Banque africaine de développement (BAD) place le Sénégal et la Côte d’Ivoire aux huitième et dixième places, respectivement, du classement continental avec des scores de 0,6368 et 0,6173 point. 

Ces deux pays sont les seuls représentants de l’Afrique de l’Ouest parmi les dix pays les plus industrialisés du continent. Ils devancent ainsi nettement le Nigeria et le Ghana, qui occupent les troisième et quatrième positions au niveau régional, respectivement, mais se classent 14e et 18e au niveau continental. Par ailleurs, ils devancent également l’ensemble des pays d’Afrique de l’Est, hors États insulaires, en se positionnant devant le Kenya (11e), pays le plus industrialisé de la région, et loin devant la Tanzanie (23e), l’Éthiopie (31e) ou encore le Rwanda (32e). 

Le Nigeria et le Ghana sont suivis par le Bénin et le Togo, deux autres pays membres de l’UEMOA, et classés 24e et 25e sur le plan continental (soit à peu près au même niveau que la Tanzanie, et également devant l’Éthiopie). Non membres de la CEDEAO, la Mauritanie, le Mali et le Burkina Faso suivent aux 34e, 35e et 36e places continentales. Ils précèdent le Cap-Vert (37e) et le Niger (40e), qui a lui aussi récemment quitté la CEDEAO. 

Les cinq dernières places ouest-africaines sont donc occupées par la Guinée (41e), le Liberia (42e), la Sierra Leone (45e), la Gambie (50e) et la Guinée-Bissau (51e). Aucun pays francophone ne figure donc parmi les quatre pays les moins industrialisés de la CEDEAO et d’Afrique de l’Ouest. 

Au niveau continental, l’Afrique du Nord demeure la région la plus industrialisée (avec quatre représentants dans le top 10, dont trois francophones), devant l’Afrique australe, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et enfin l’Afrique de l’Est. Cette dernière concentre, à elle seule, cinq des dix pays les moins industrialisés du continent, comme le Soudan du Sud, pays produisant une assez importante quantité de pétrole et classé 53e et avant-dernier du classement (juste devant Sao Tomé-et-Principe, minuscule État insulaire lusophone d’Afrique centrale). 

L’Afrique de l’Est demeure d’ailleurs également la partie la plus pauvre du continent, dont elle continue à afficher les niveaux de PIB par habitant les plus faibles. À titre d’exemple, seul deux pays d’Afrique de l’Est continentale dépassent la barre des 1 500 dollars par habitant (Djibouti et le Kenya), contre non moins de six d’Afrique de l’Ouest continentale (dont cinq pays francophones). Ce qui rend d’autant plus remarquable le fait que l’Afrique de l’Ouest francophone soit régulièrement l’espace le plus dynamique du continent, avec un taux de croissance annuel de 5,6 % sur la période de 12 années 2014-2025, contre seulement 4,1% pour l’Afrique de l’Est anglophone, moins développée. 

Enfin, le classement démontre également la présence de trois pays non francophones d’Afrique de l’Ouest parmi les dix pays les moins industrialisés du continent, à savoir la Sierra Leone (45e), la Gambie (50e) et la Guinée-Bissau (51e). La Gambie se retrouve donc une nouvelle fois aux toutes dernières places du classement continental, soit très loin derrière le Sénégal qui fait, au contraire, régulièrement partie des cinq premiers en Afrique subsaharienne. La question de la viabilité de ce petit pays anglophone extrêmement pauvre, et dont le territoire enclavé constitue la plus grande anomalie territoriale du continent, peut donc être légitimement posée. 

 

Un environnement plus favorable aux affaires et à l’investissement industriel 

La supériorité industrielle du Sénégal et de la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest, ainsi que par rapport aux pays d’Afrique de l’Est, résulte d’un environnement globalement plus favorable aux affaires et aux investissements, notamment industriels. Les différentes politiques économiques et monétaires suivies au cours des dernières années ont permis de faciliter considérablement les procédures relatives à la création d’entreprise et à l’investissement, tout en maîtrisant l’inflation et en accordant une attention particulière à la transformation locale des matières premières, notamment à travers la multiplication des zones industrielles. 

À titre d’exemple, le Sénégal et la Côte d’Ivoire font également partie des dix pays africains les plus performants en matière de climat des affaires, selon le dernier classement annuel publié par la Banque mondiale, en décembre 2025. Ils font d’ailleurs partie des quatre pays ouest-africains francophones figurant au sein du top 10, avec le Bénin et le Togo. Quant à la maîtrise de l’inflation, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont connu un taux annuel d’environ 2 % seulement sur la période de douze années allant de 2014 à 2025 (2,2 et 2,1 % respectivement), contre non moins de 17,2 % et 16,6 % pour le Ghana et le Nigeria, qui ont également subi de très importantes dépréciations de leur monnaie. 

Par ailleurs, la Côte d’Ivoire et le Sénégal se distinguent en matière de lutte contre la corruption. En effet, et selon le dernier classement annuel publié par Transparency International et faisant référence en la matière, le Sénégal est le pays le moins touché par la corruption en Afrique de l’Ouest continentale (65e au niveau mondial), devant le Bénin (70e) et la Côte d’Ivoire (76e). De leur côté, le Ghana affiche également un bon score en se classant au même niveau que la Côte d’Ivoire (76e également), alors que le Nigeria se positionne très loin derrière, à la 142e place mondiale (tout comme le Kenya, 130e). 

Les différentes politiques et réformes menées par le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont donc permis d’instaurer un environnement globalement plus favorable au développement économique. Une réalité qui s’est notamment traduite par le fait que ces deux pays aient réalisé un taux de croissance annuel de 6,3 % et 5,5 %, respectivement, sur la période 2014-2025, contre 4,3 % pour le Ghana et seulement 1,9 % pour le Nigeria. 

C.rst l’occasion de rappeler que l’Afrique francophone subsaharienne est globalement la partie la plus dynamique du continent, dont elle a réalisé en 2025 le niveau de croissance économique le plus élevé pour la douzième année consécutive, affichant ainsi une progression annuelle de 4,1 % sur la période 2014-2025, contre seulement 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Dans le même temps, elle a enregistré un taux d’inflation annuel de seulement 4,2 % (et même de 2,3 % en zone CFA), contre non moins de 19,8 %. 

Parallèlement, l’Afrique francophone, Maghreb inclus, est globalement la partie la plus industrialisée du continent, avec notamment six pays francophones parmi les dix pays les plus industrialisés selon le dernier classement de la BAD. Un classement dominé par le Maroc francophone, et où un seul pays francophone se trouve parmi les six pays les moins bien classés. 

Toutefois, si de grandes avancées ont été réalisées, le chemin est encore long afin de rattraper le retard économique et industriel du continent sur le reste du monde. Aujourd’hui, et selon la BAD, l’Afrique ne serait à l’origine que de 2 % de la production mondiale de produits manufacturés et de 1,4 % des exportations en la matière. Cependant, la mise en œuvre progressive de la zone de libre-échange continentale (ZLECAf) devrait contribuer à accélérer l’industrialisation du continent.

Par ailleurs, l’augmentation considérable des coûts de production asiatiques au cours des dernières années est de nature à augmenter grandement la compétitivité et l’attractivité de l’Afrique en tant que fournisseur de produits manufacturés, notamment vers l’énorme marché européen. 

Une évolution qui offrira donc très prochainement de grandes opportunités au continent, comme on le voit déjà avec le Bénin, qui commence à concurrencer la Chine et le Bangladesh dans le domaine du textile. Les pays africains devront donc poursuivre leurs efforts en matière de bonne gouvernance, d’amélioration du climat des affaires, de développement des infrastructures et des compétences humaines afin d’être en mesure de saisir les nombreuses et gigantesques opportunités qui se présenteront.

 

Ilyes Zouari  

Président du CERMF (Cercle d’étude et de réflexion sur le monde francophone)

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Tribune. Tunisie : le Parlement retrouve-t-il un véritable rôle ?

Depuis plusieurs mois, l’Assemblée des représentants du peuple multiplie les initiatives législatives. Cette activité marque-t-elle un véritable renouveau institutionnel ou traduit-elle simplement un Parlement toujours aligné sur la présidence de Kaïs Saïed ? Le politiste Hatem M’rad analyse les limites…

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La BCT confirme le rebond de l’économie, mais l’énergie freine la dynamique

L’économie tunisienne a confirmé son redressement en 2025, avec une croissance de 2,5 %, contre 1,6 % en 2024, tandis que l’inflation a poursuivi son recul pour s’établir à 5,3 % en moyenne annuelle (4,9 % en glissement annuel). Dans son rapport annuel, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Fethi Zouhair Nouri, estime que cette amélioration a permis à l’institut d’émission d’amorcer un assouplissement de sa politique monétaire en abaissant son taux directeur à 7 %, après deux réductions de 50 points de base en mars et en décembre.

Cette amélioration s’est accompagnée d’une baisse du taux de chômage à 15,2 %, soutenue par les bonnes performances de l’agriculture, du tourisme et des services marchands. Les équilibres macroéconomiques se sont également consolidés. Le déficit budgétaire a été ramené à 5,2 % du PIB, contre 6,3 % un an auparavant, tandis que la dette publique a reculé à 82,1 % du PIB. La dette extérieure est tombée à 39,5 % du PIB et les réserves en devises ont atteint 25,1 milliards de dinars, représentant 106 jours d’importation. Les investissements directs étrangers ont, de leur côté, progressé de près de 30 %, dépassant 3,5 milliards de dinars.

Le gouverneur relève toutefois que le déficit courant s’est creusé à 2,3 % du PIB sous l’effet de l’aggravation du déficit commercial, principalement liée à la facture énergétique, qui représente plus de la moitié du déficit des échanges. Les recettes touristiques et les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger ont néanmoins permis d’en limiter l’impact.

Selon la BCT, la dépendance énergétique demeure la principale vulnérabilité de l’économie tunisienne. Le recul de la production nationale d’hydrocarbures renforce les importations et souligne l’urgence d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables.

Sur le plan institutionnel, la Banque centrale a poursuivi la modernisation de ses infrastructures à travers la digitalisation de ses processus, le renforcement des systèmes de paiement et le recours à l’intelligence artificielle pour améliorer l’analyse des risques.

Pour 2026, Fethi Zouhaier Nouri estime que la Tunisie devra consolider les acquis de 2025 malgré un environnement international toujours marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes sur les prix de l’énergie, afin de transformer cette reprise en une croissance durable, créatrice d’investissement et d’emplois.

D’après le mot d’introduction du gouverneur de la BCT.

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Investissement : changement de carte, mais pas de cap

En Tunisie, l’investissement reste en panne. Non pas faute de volonté politique ou d’efforts législatifs, mais plutôt en raison d’une incapacité chronique à transformer les réformes en réalisations tangibles.

 

La période 2021-2025 illustre cruellement ce paradoxe. Alors que le pays s’est doté d’une architecture institutionnelle inédite, censée placer le citoyen au cœur des choix économiques, les indicateurs d’exécution budgétaire et d’attractivité des territoires peinent toujours à décoller. Entre planification ambitieuse et blocages structurels, le bilan laisse entrevoir un échec partiel de la mise en œuvre, dont les racines plongent dans des décennies de politiques centralisées.

 

Une restructuration pour une gouvernance de proximité

Pour tenter de briser les carcans d’une administration jugée trop centralisée, l’État a engagé entre 2021 et 2025 une refonte majeure de son architecture territoriale. L’ambition affichée était claire : dépasser la logique administrative classique au profit d’une logique économique intégrée.

Le nouveau modèle s’est basé sur de nouvelles institutions. Il y a eu la mise en place du Conseil national des régions et des districts (CNRD), chargé de ratifier les plans de développement et d’exercer un contrôle budgétaire rigoureux. Parallèlement, les conseils locaux, régionaux et de districts ont été installés pour incarner cette nouvelle gouvernance de proximité.

Le pays a été officiellement redécoupé en cinq grands districts économiques, conçus comme des pôles de complémentarité. L’objectif était de briser l’émiettement administratif pour créer des synergies productives.

Ce dispositif a été complété par la promotion des entreprises communautaires, visant à ancrer le développement dans une logique d’économie solidaire et participative.

Indépendamment de l’efficacité de cette nouvelle approche, le passage de la théorie à la pratique s’est heurté au mur des lourdeurs bureaucratiques et de l’exécution défaillante.

 

Des chiffres accablants

Les réformes n’ont pas eu l’effet escompté sur le terrain. Les chiffres de l’investissement global sur la période sont éloquents: sur un total programmé de 80,654 milliards de dinars, seuls 49,387 milliards ont été effectivement décaissés, soit un taux de réalisation frustrant de 61,2 %.

Ce déficit d’exécution, qui prive l’économie d’un surcroît de croissance, trouve ses racines dans un triptyque de maux persistants : les freins bureaucratiques et la lenteur administrative, les difficultés d’accès au financement pour les porteurs de projets et le manque de suivi rigoureux et de pilotage stratégique.

Mais derrière cette moyenne nationale se cache une réalité beaucoup plus contrastée, révélant une fracture territoriale profonde en matière d’efficacité.

 

Fortes disparités régionales

Les données révèlent de profondes disparités régionales en matière d’attractivité et d’efficacité de concrétisation des projets. Le troisième district (Centre-est et ouest) affiche la meilleure dynamique industrielle et résidentielle avec 70,2 % de taux de réalisation (14,281 milliards de dinars exécutés sur 20,352 milliards de dinars programmés).

Le cinquième district (Grand Sud) a enregistré le taux le plus élevé d’exécution à 73,4 %, bien que sur une enveloppe globale plus faible (5,207 milliards de dinars).

Le deuxième district (Grand Tunis et Nabeul), le pôle économique majeur, a absorbé le plus gros volume financier absolu avec 15,562 milliards de dinars réalisés (taux d’exécution de 64,4 %).

Le premier district (Nord-ouest) a affiché un taux d’exécution de 52,7 % (6,621 milliards de dinars), dénonçant des difficultés structurelles à concrétiser ses investissements.

Enfin, le quatrième district (Centre-ouest et Sfax) a réalisé la contre-performance la plus alarmante avec seulement 46,8 % d’exécution (7,713 milliards de dinars réalisés sur plus de 16,468 milliards de dinars prévus), soulignant un blocage aigu des projets publics et privés dans cette zone.

Ce constat démontre que la nouvelle carte territoriale n’a pas suffi à fluidifier les canaux d’investissement. Les zones intérieures et semi-intérieures continuent de pâtir de handicaps structurels majeurs.

 

L’État bâtisseur

L’investissement public, prévu à hauteur de 35,163 milliards de dinars, affiche un taux d’exécution particulièrement bas de 47,8 %, avec seulement 16,814 milliards effectivement injectés.

Les infrastructures de base captent 35 % des fonds publics réalisés, suivies de près par les secteurs productifs (32 %) et le secteur social (18 %).

Le secteur de l’équipement et de l’habitat s’impose en leader avec 29 % des réalisations publiques, suivi de l’agriculture et des ressources hydrauliques (18 %), du transport (9,33 %), de l’environnement (8,75 %) et de l’éducation (6,6 %). Quant au secteur de la santé, il affiche une faiblesse chronique en raison du gel et du retard de construction de plusieurs hôpitaux régionaux.

Le deuxième district a surclassé le reste du pays en s’accaparant le plus grand volume financier en valeur absolue, profitant de mégaprojets d’infrastructure et de transport urbain liés à son statut de capitale économique. En revanche, les troisième et cinquième districts affichent les volumes d’investissements publics exécutés les plus faibles du pays.

 

La course à la rentabilité des opérateurs privés

Sur la même période, le secteur privé a injecté 32,573 milliards de dinars (71,6 % des prévisions), mais cette dynamique souffre d’une double concentration.

La première est géographique. Le capital privé fuit les zones intérieures. 67 % de la totalité des investissements privés se concentrent exclusivement dans le troisième et deuxième district, en raison de la disponibilité d’infrastructures logistiques modernes et d’une main-d’œuvre qualifiée. De plus, au sein d’un même district, les investissements s’agglutinent massivement dans les délégations côtières.

La seconde est sectorielle. Le privé délaisse les secteurs productifs complexes à haute valeur ajoutée. L’immobilier s’accapare à lui seul 53 % de l’investissement privé réalisé, dopé par l’expansion urbaine du littoral. L’industrie manufacturière capte 22,2 %, les services et le tourisme 15,5 %. Tandis que le secteur stratégique de l’agriculture ne récolte qu’un maigre 9,3 %.

 

Les fragilités structurelles du modèle tunisien

Certes, ces chiffres sont le résultat des politiques de développement mises en œuvre tout au long des dernières décennies et qui n’ont pas réussi à stabiliser le tissu social et économique des régions intérieures.

Malgré la succession des programmes de développement régionaux, le classement de l’Indicateur de Développement Régional (IDR) des gouvernorats et délégations est resté quasi statique, prouvant l’inefficacité des interventions centralisées traditionnelles.

La faible attractivité des régions intérieures s’explique par un tissu industriel embryonnaire et une dépendance exclusive envers une agriculture de subsistance ou des activités extractives à faible valeur ajoutée. Ce manque de diversification expose ces territoires à une forte vulnérabilité face aux chocs climatiques et aux fluctuations des marchés.

Le secteur privé s’est massivement détourné du nord-ouest (premier district) et du centre-ouest (quatrième district), créant une distorsion sur le marché de l’emploi. Cette concentration côtière des entreprises exportatrices alimente un exode rural persistant et prive les régions intérieures de leurs forces vives.

Le bilan de la période 2021-2025 met en évidence une contradiction majeure. Indépendamment du cadre législatif, les canaux d’exécution financiers et leur capacité à attirer le capital productif dans les zones prioritaires restent grippés. La prédominance de la spéculation immobilière dans l’investissement privé et la concentration des infrastructures publiques dans le Grand Tunis démontrent que la transition vers la justice spatiale nécessite plus qu’un découpage territorial. Elle exige une réorientation drastique des incitations financières et une débureaucratisation réelle de l’action publique.

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Tribune : les racines historiques de la guerre en Iran de 2026

Sociologue à l’université UMLP en Franche-Comté, Thierry Brugvin revient sur les grandes étapes des relations entre l’Iran, les États-Unis et les puissances occidentales. Dans cette tribune, il défend l’idée que la guerre de 2026 s’inscrit dans une histoire de plusieurs…

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Aïsha, mère des croyants et le retour du refoulé

Il y a seulement quelques jours, un post Facebook, commis par une universitaire tunisienne, Saloua Charfi, pour bien la nommer, à propos de la femme du prophète de l’Islam, Mohammed Ibn Abdellah, a provoqué un véritable tsunami de commentaires,. Tout d’abord dans les espaces sociaux et la blogosphère tunisienne; puis relayés par les médias écrits essentiellement. Car les médias audio-visuels, certainement par crainte de représailles ont en général évité de s’impliquer dans ce débat qui n’en est pas un. Ce qui a traduit.ce qu’on peut qualifier d’un retour massif du refoulé.

Sous prétexte de défendre le sacré, l’on a donné libre cours aux fantasmes les plus extrêmes, aux désirs les plus meurtriers et les plus primitifs et surtout à une méconnaissance totale de l’histoire de la civilisation et de la religion musulmanes. Le pêché de Saloua Charfi a été de dire en langage dialectal (derja) et avec un ton ironique, une infime partie de ce que l’historiographie arabe, toutes obédiences confondues avait largement divulguée. Car il aurait suffi d’ouvrir n’importe quel livre des historiens classiques musulmans, sunnites, chiites ou ibadites, comme Tabari, Beladhuri, Ibn Saad, pour avoir un point de vue objectif de la question qu’a toujours soulevée Aïsha, la plus jeune des femmes de l’envoyé de Dieu, et sa préférée. Et ce, tant son rôle dans la formation de la théologie musulmane et dans l’histoire même du Califat depuis la mort du prophète (632j.c-an 11 de l’hégire), a été immense. Une grande partie des hadiths, récits attribués au prophète dans la tradition sunnite est l’œuvre de Aïsha bint ABI Bakr, le premier Calife de l’Islam.

Aïsha, la mère mythique

Comme Fatma la fille du prophète et l’épouse de son cousin Ali, comme Marie, chez les chrétiens catholiques, Aïsha est devenue avec le temps, la mère mythique des musulmans sunnites. Ce n’est pas par hasard qu’on l’a nommée, mère des croyants (Oum el moueminine), alors qu’elle n’a jamais eu d’enfants. Quel que soit son rôle réel et historique, et il est immense, c’est sa fonction mythique, qui s’est incrustée, le long de 14 siècle dans l’inconscient collectif des musulmans sunnites qui compte des centaines de millions actuellement.

Le post succinct, et qui sent la dérision, a réveillé le monstre qui somnole au fond de notre inconscient collectif, fait de fanatisme et d’ignorance, qui ne demande qu’à détruire sur son passage, tout ce qui menace sa certitude.

L’accusation d’istehzaa, qu’on peut traduire par tourner en ridicule la foi musulmane est passible dans la tradition sunnite ou chiite, de la peine de mort. Rappelons-nous le cas de Selman Rushid, et son ouvrage (Les versets sataniques) qui lui a valu une fatwa de la part de l’Imam Khomeiny, avec une sentence de mort. Ce qui l’amena à vivre toujours caché, avant qu’un fanatique chiite ne tente de l’assassinat, et qui finit actuellement, borgne, dans un endroit secret. Selman Rushdi n’avait fait lui aussi que reproduire un récit relaté par l’historiographie officielle sunnite. S. Charfi a-t-elle voulue jouer au Selman Rushdi ? Nous, nous en doutons connaissant la personne ! Pourtant l’universitaire, bien connue pour ses sorties iconoclastes, n’a aucunement offensé un sacré. Car Aïsha précisément, était un personnage hautement politique et était connue pour sa tendance à désacraliser même les paroles du prophète. Les récits à propos de ses flèches lancées au prophète lui-même, quand un verset n’est pas de son gout, abondent dans la littérature qui aborde la biographie de l’Envoyé de Dieu.

S. Charfi se serait contentée de rapporter un de ces récits authentifiés par les plus grandes autorités religieuses et juridiques: cela n’aurait jamais provoqué de réaction hostile, car ces récits eux-mêmes sont frappés du sceau du sacré. Mais user du dialectal en traitant une histoire considérée comme sacrée avec un ton sarcastique et en ayant recours à la dérision, c’est carrément une provocation sûrement voulue par l’auteure, mais dont elle n’avait pas prévu le tollé général qu’elle a provoquée. La preuve ? Elle a effacé rapidement son post et elle a raison.

Aïsha, l’historique !

Beaucoup de nos intellectuels ne savent pas qu’il existe une différence fondamentale entre l’histoire du sacré et l’histoire religieuse. Ce n’est pas ici notre propos de clarifier ce point. Et il suffit de lire Henri Corbin et le sens qu’il donne à l’herméneutique, en ayant recours à la phénoménologie. Son idée est que le sacré à sa propre histoire qu’on ne peut écrire avec les outils traditionnels de la recherche historique et ses méthodes. L’histoire de la foi a sa vérité propre, qui n’obéit forcément pas à la rationalité cartésienne.

Il convient donc de faire la différence entre la Aïsha historique et la Aïsha sacrée, comme pour le prophète. Voici par exemple comment Abi Mohammed Abdellah ibn Muslim ibn Qatiba, el Dinnawri, Imam et Jurisconsulte (faqih) né en 213 de l’hégire et décédé en 276,h, traite l’histoire de Aïsha, dans son ouvrage « Tarikh el Khoulafaa, Histoire des Califes », lors de la bay3a (Serment d’allégeance) à Ali : « L’on rapporte que lorsque Aïsha prit connaissance de la bayaa de Ali (prêter allégeance), alors qu’elle quittait Médine, on lui annonça que Othman, le 3 ème Calife, était mort assassiné et que les gens avaient prêté allégeance à Ali. Elle a dit : Je n’aurais prêté aucune importance si le ciel s’est écrasé sur la terre. Uthman fût tué injustement (madhloum), et je revendiquerais le prix de son sang. Obeïed lui répliqua : Mais tu es la première à avoir monté les gens contre lui et avoir mis en doute sa légitimité et tu as même dit : Tuez naal (Uthman), car il a dévié de la voie de Dieu ! Aïsha lui répliqua. Je jure devant Dieu que je l’ai dit, ainsi que d’autres gens. Mais ce que je dis actuellement est mieux que ce que j’ai dit avant…. Lorsque Aïsha su que les gens du Sham avaient rejeté la bayaa de Ali, et refusaient de le considérer comme légitime, elle a ordonné de lui apporter son hawdag (Palanquin blindé) en acier (pour combattre) qui comporte une ouverture au niveau de ses yeux, et est partie en rébellion contre Ali, en amenant avec elle, Talha, Abdellah ibn El Zoubeïer et Mohammed ibn Talha). Aïsha dirigea même le combat dans la bataille du Chameau (656j.c) qui fût remportée par Ali Ibn Abi Taleb.
Il est donc certain que cette femme a joué un rôle primordial dans la formation et le développement de la jeune religion. Et pour s’en convaincre, il n’y’a qu’à jeter un œil sur les livres des hadiths, où elle est considérée comme une des sources fiables principales du corpus, regroupant des dits du prophète. Donc une des fondatrices de ce qui deviendra l’Empire et la civilisation de l’Islam.

L’on ne peut alors aborder son histoire avec légèreté et désinvolte, sans tomber, dans la démagogie facile.

Faut-t-il désacraliser Aïsha ?

Le processus à travers lequel un symbole devient sacré est complexe et long. Et il existe au plus profond de l’âme humaine. On a tous notre sacré, même quand on est agnostique, car il ne faut pas confondre, religion et sacré.

Avant même l’existence des religions monothéistes, le sacré a toujours existé, car il donnait un sens à la vie de l’homme. L’anthropologie et l’archéologie le confirment chaque journée.

Peut-ont dès lors critiquer le sacré ? Certes le sacré est aussi l’œuvre de l’homme, mais désacraliser quelque chose n’est pas la profaner ! Beaucoup de choses et d’hommes ont perdu à travers l’histoire leur caractère sacré, car ce dernier n’est point éternel !
Mais la tendance, actuellement devenue une mode, à manipuler le sacré pour en faire une arme politique, crée son propre contraire, en poussant d’autres à profaner ce qui est considéré comme sacré chez leurs adversaires. Il n’y a pas plus dangereux que de permettre l’intrusion du sacré dans les batailles politiques, les guerres, les conflits sociaux, etc.. L’exemple le plus édifiant de cette tendance est la guerre entre L’Iran d’un côté et les USA et Israel de l’autre, où l’on fait feu de tout bois, pour abattre l’adversaire y compris en manipulant le sacré. D’ailleurs, recourir à la manipulation du sacré pour vaincre ses adversaires est la pire des méthodes. On n’en sort jamais indemne !

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Les négociateurs iraniens ciblés par le Mossad ?

En pleines négociations sur un accord de paix avec Téhéran, l’administration américaine aurait empêché Israël de cibler deux des principaux négociateurs iraniens. Elle aurait même prévenu discrètement les autorités iraniennes du risque d’une tentative d’assassinat.

 

Jusqu’où ira le gouvernement Netanyahou pour faire dérailler le train des négociations actuelles entre Washington et Téhéran ? Selon des sources concordantes citées par le New York Times et confirmées par le Washington Post, le renseignement américain aurait suspecté Israël de chercher à éliminer deux hauts responsables iraniens au moment où Washington menait au printemps dernier des négociations sensibles avec Téhéran en vue d’un accord de paix provisoire. Il s’agissait du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, ainsi que du président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le média newyorkais rapporte également que l’influent président du Parlement a été visé à plusieurs reprises. Il a d’ailleurs survécu à une frappe israélienne visant une réunion secrète de hauts responsables gouvernementaux dans un bunker sous une montagne, pendant le conflit de cette année, après avoir déjà échappé à une attaque lors de la guerre des douze jours de juin 2025.

D’après les sources du New York Times, Washington craignait qu’une attaque contre les négociateurs iraniens, directement impliqués dans les négociations diplomatiques, ne fasse échouer les délicates discussions engagées à partir d’avril en vue d’un accord de paix intérimaire entre les États-Unis et l’Iran et de raviver les hostilités. Et ce, d’autant plus qu’Israël avait fait de l’élimination de dirigeants iraniens un pilier central de sa stratégie depuis le début du conflit déclenché le 28 février par une frappe ayant tué le Guide suprême Ali Khamenei et plusieurs autres dirigeants.

Le Wall Street Journal (WSL) avait d’ailleurs déjà révélé en mars que Ghalibaf et Araghtchi figuraient sur une liste de cibles israélienne avant d’en être temporairement retirés au moment de l’ouverture des discussions avec Téhéran.

D’ailleurs, en avril dernier, à l’occasion d’un déplacement de Mohammad Bagher Ghalibaf à Islamabad pour rencontrer le vice-président américain JD Vance, les autorités iraniennes avaient demandé, par l’intermédiaire du Pakistan et du Qatar, des garanties de sécurité, craignant une tentative d’assassinat destinée à torpiller les négociations. C’est pour ces raisons, rapporte le New York times, que des chasseurs pakistanais auraient escorté l’avion transportant la délégation iranienne jusqu’au Pakistan puis lors du vol retour. Toujours selon la même source, une alerte faisant état d’une menace israélienne a conduit l’appareil à se poser en urgence à Mashhad, avant que la délégation ne rejoigne Téhéran par la route.

L’assassinat, une politique de d’Etat hébreu

Faut-il rappeler à cet égard que le Mossad avait dès les premiers mois de la guerre contre l’Iran ciblé plusieurs hauts responsables iraniens, y compris des personnalités considérées à Washington comme des interlocuteurs potentiels, telles qu’Ali Larijani, responsable de la sécurité nationale, ou encore l’ancien ministre des Affaires étrangères Kamal Kharazi, tués dans des frappes israéliennes alors qu’ils participaient aux échanges avec les États-Unis.

Or, pour éviter que l’imprévisible Premier ministre israélien ne passe à l’action derrière son dos, l’administration Trump serait même allée jusqu’à solliciter plusieurs pays de la région afin qu’ils avertissent discrètement les autorités iraniennes d’un risque d’opération israélienne visant leurs principaux négociateurs. Mais, comme Washington et Téhéran n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1980, cet avertissement aurait été transmis par des intermédiaires régionaux plutôt que directement.

Pourtant, et en dépit de ces menaces, les négociations se sont poursuivies : les hauts responsables iraniens participaient à des réunions au Qatar à la fin du mois de mai, puis en Suisse en juin, où ils ont rencontré J.D. Vance et la délégation américaine. Ces discussions, organisées à Islamabad avec une médiation partielle du vice-président américain, ont débouché sur l’accord-cadre conclu le 17 juin entre l’Iran et les États-Unis pour mettre fin à leur guerre. Les deux pays observent désormais un cessez-le-feu de 60 jours, censé permettre aux négociations d’aboutir à un accord définitif.

Divergences

Cela étant, pour certains observateurs, la décision américaine d’avertir Téhéran de ces risques d’assassinat est une nouvelle illustration de la divergence croissante entre les objectifs de guerre de Washington et d’Israël.

Israël et les États-Unis ont mené ensemble des frappes sur l’Iran depuis le 28 février 2026, dans l’objectif annoncé de faire chuter le régime. L’ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, ainsi qu’un grand nombre de personnalités du régime des ayatollahs avaient été assassinés par l’aviation israélienne dès le premier jour, et durant les jours qui ont suivi. Mais à mesure que le temps passait, et qu’il devenait clair que le régime de la République islamique n’était pas sur le point de tomber, les divergences entre les deux alliés n’ont fait que grandir. Alors que les États-Unis décrétaient un cessez-le-feu après quelque 40 jours de guerre, les signes d’un mécontentement israélien se multipliaient. La méfiance a grandi entre les Américains et Israéliens, tant et si bien que les seconds ont été écartés des pourparlers engagés avec l’Iran depuis mars.

« Cela illustre la divergence des objectifs de guerre entre les États-Unis et Israël, ainsi que la volonté fondamentale du Premier ministre israélien de torpiller toute négociation que les États-Unis pourraient conclure », a déclaré David Miller, ancien responsable du département d’État, ayant occupé le poste de conseiller pour des administrations républicaines et démocrates. Reste à savoir si Netanyahou peut prendre le risque d’aller jusqu’au bout d’une aventure à haut risque, quitte à braquer son terrible allié américain.

Reste à savoir si le boucher de Gaza est réellement prêt à pousser cette stratégie jusqu’à son terme, au risque d’une confrontation ouverte avec son plus puissant et redoutable allié, les États-Unis de Trump.

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Tribune – LF 2027 et Plan de développement : le choc de relance de l’UGTT face au goulot d’étranglement bancaire public

Alors que les commissions parlementaires se mobilisent autour des axes stratégiques du Plan de développement national 2026-2030, une nouvelle contribution vient bousculer le calendrier macroéconomique. L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a officiellement soumis au ministère des Finances dix propositions de rupture pour le projet de loi de finances 2027. L’organisation syndicale y rejette fermement la logique d’austérité et met sur la table un véritable choc de relance : injecter 8 milliards de dinars dans l’investissement public (soit 10 % du budget de l’État) et créer un fonds national dédié à la restructuration industrielle de nos grands fleurons (Tunisair, Compagnie des phosphates de Gafsa).

Cette initiative de la centrale syndicale a le mérite de déplacer le débat du terrain strictement revendicatif vers celui de la pure doctrine budgétaire. Cependant, elle se heurte de plein fouet à une réalité systémique immuable : à quoi bon décréter des enveloppes de relance historiques si les canaux de transmission financiers de l’État demeurent obstrués ?
Le véritable enjeu de la Loi de finances 2027 ne résidera pas dans le vote de ces milliards, mais dans la capacité d’absorption opérationnelle de nos banques publiques.

Les propositions de l’UGTT pour 2027 : entre pertinence doctrinale et paradoxe de financement

L’analyse détaillée de la copie syndicale révèle un changement de paradigme salutaire, mais également d’importantes zones de friction macroéconomique.
Une rupture doctrinale louable : L’UGTT propose de passer d’une logique passive de financement des déficits d’exploitation à une stratégie offensive de financement des investissements de mise à niveau. Pour la CPG ou Tunisair, cette réorientation vers un modèle d’État actionnaire-stratège est techniquement pertinente. Elle s’accompagne d’une volonté de protéger le pouvoir d’achat par une refonte progressive de l’IRPP (élargissement à 9 tranches et exonération jusqu’à 7 000 DT).
Le paradoxe des sources de financement : c’est ici que l’équation se corse. L’organisation préconise un investissement massif de 8 milliards de dinars tout en exigeant, à juste titre, de limiter le recours aux avances de la Banque centrale au seul financement productif et d’instaurer un meilleur équilibre entre emprunts intérieurs et extérieurs. Dans un contexte de tarissement des ressources extérieures, exiger une telle relance sans assécher les liquidités du marché local relève de l’acrobatie budgétaire.

Le chaînon manquant : le trilemme de la capacité d’absorption

Au-delà de l’arbitrage comptable, la critique objective de cette trajectoire économique repose sur la notion de capacité d’absorption. L’histoire économique récente de la Tunisie démontre que le blocage est rarement lié à l’absence de stratégies, mais à l’incapacité des instruments de l’État à délivrer. Injecter 8 milliards de dinars dans une tuyauterie financière grippée par ce que l’on qualifie de « trilemme de l’exécution » — ce conflit permanent entre logique de performance, conformité administrative frileuse et impératifs sociaux — est une illusion comptable.
Cette paralysie repose sur trois réalités techniques incontournables. A savoir :
1. Des systèmes d’information imperméables aux flux de masse
 
Les banques publiques, qui devront orchestrer ces plans de restructuration et fluidifier les crédits d’investissement, opèrent encore avec des infrastructures informatiques fragmentées. Comment piloter les risques en temps réel ou automatiser l’octroi de financements industriels complexes si les circuits de données internes demeurent opaques ? Sans une transformation digitale profonde du back-office, injecter des liquidités massives ne fera que saturer des organisations déjà lentes, transformant la relance en inertie administrative.
2. Le coût économique de la lenteur décisionnelle
L’UGTT fustige l’approche d’austérité de la circulaire de la Présidence du gouvernement. Mais l’austérité la plus lourde est celle du temps. Lorsque le traitement d’un dossier de financement structurant s’étire sur plusieurs mois en raison d’une dilution des responsabilités et de la peur du risque juridique des décideurs, la relance s’éteint d’elle-même. Un plan budgétaire annuel (LF 2027) exige une agilité et une vitesse d’exécution que nos structures bancaires, bridées par des contrôles d’un autre âge, ne peuvent pas offrir aujourd’hui.
3. La fuite des cerveaux technologiques, angle mort des réformes
La restructuration des entreprises publiques et la modernisation des banques requièrent des compétences de pointe (ingénieurs cloud, data scientists, experts en cybersécurité). Or, les grilles salariales rigides du secteur public accélèrent la fuite massive de ces talents vers le privé ou l’international. Aucune relance à forte valeur ajoutée technologique ne pourra se faire avec des organisations en déficit de capital humain qualifié.

Arbitrage républicain : le rôle pivot du Parlement

Face à cette confrontation entre la prudence budgétaire du gouvernement et le volontarisme de l’UGTT, le Parlement ne doit pas se cantonner à un rôle de chambre d’enregistrement ou d’arbitre de compromis mous. Les députés ont l’obligation républicaine de conditionner l’approbation des enveloppes de la Loi de finances 2027 et du Plan à des audits de performance rigoureux imposés aux directions des banques publiques.
Les commissions parlementaires doivent exiger des indicateurs quantifiables : quel est le délai moyen garanti pour le déblocage des fonds d’investissement ? Quels sont les plans concrets de modernisation des systèmes d’information pour absorber ces flux ? Quels dispositifs spécifiques sont déployés pour retenir les compétences technologiques indispensables à l’exécution de ces projets ?
Voter une loi de finances ou un plan quinquennal sans auditer la viabilité opérationnelle des institutions chargées de les financer revient à acter une déconnexion totale entre la décision politique et la réalité économique. Pour que la relance ait lieu, il est temps de substituer à la diplomatie administrative la culture de l’arbitrage, de la clarté et de la responsabilité.
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Note : Les analyses et propos contenus dans cette tribune expriment uniquement les opinions personnelles de l’auteur et ne sauraient en aucun cas engager la responsabilité ou refléter la position officielle d’une institution publique ou privée.

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Décryptage – Tunisie à l’été 2026 – Quand les chiffres racontent une histoire plus profonde que les statistiques

Les indicateurs monétaires et financiers publiés par la Banque centrale de Tunisie au 3 juillet 2026 donnent l’image d’un pays qui sort progressivement de plusieurs années de fortes turbulences. Les tensions sur la liquidité bancaire s’atténuent. Les recettes touristiques progressent. Les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger continuent d’alimenter l’économie. Le coût du refinancement bancaire recule légèrement. Les réserves en devises demeurent relativement confortables.

Pourtant, derrière ces améliorations conjoncturelles se cache une réalité plus complexe. La Tunisie ressemble aujourd’hui à un navire qui a réussi à éviter la tempête la plus violente mais qui navigue encore dans une mer agitée, avec un équipage fatigué, des voiles usées et un cap qui reste parfois difficile à distinguer. De fait, la question fondamentale demeure entière : sommes-nous en train d’assister à une véritable reprise économique ou simplement à une phase de répit temporaire ?

Le monde change et la Tunisie doit trouver sa place

Pour comprendre la situation actuelle, il faut d’abord regarder au-delà de nos frontières. Depuis trois ans, l’économie mondiale vit une période de transition historique. Les États-Unis ralentissent après plusieurs années de croissance soutenue. L’Europe peine toujours à retrouver son dynamisme industriel. La Chine n’est plus la locomotive qu’elle était durant les décennies précédentes. Les tensions géopolitiques continuent de remodeler les chaînes de production mondiales.

Nous assistons à la fin d’un cycle économique et au début d’un autre. Les banques centrales occidentales, après avoir mené une lutte acharnée contre l’inflation, ont commencé à assouplir progressivement leurs politiques monétaires. Les taux d’intérêt reculent lentement. Les marchés financiers retrouvent une certaine sérénité. Pour la Tunisie, cette évolution représente une opportunité importante.

Pendant plusieurs années, le pays a dû faire face à un environnement international extrêmement hostile : hausse des prix énergétiques, inflation mondiale, augmentation du coût du financement extérieur, ralentissement européen. Aujourd’hui, certains de ces vents contraires perdent progressivement de leur force. Mais l’histoire économique enseigne une leçon fondamentale : les fenêtres d’opportunité ne restent jamais ouvertes éternellement.

Une Banque Centrale qui desserre progressivement l’étau

L’un des faits marquants de cette année 2026 réside dans l’évolution de la politique monétaire. Le taux directeur de la Banque Centrale est désormais fixé à 7 %, contre 7,5 % l’année précédente. Derrière cette demi-percentage apparemment anodine se cache un changement significatif. Durant plusieurs années, la Banque Centrale avait dû privilégier la lutte contre l’inflation au détriment du soutien à la croissance. Les taux élevés étaient devenus une nécessité pour préserver la stabilité des prix et protéger le dinar.

Cette stratégie a permis d’éviter des déséquilibres plus graves, mais elle a également pesé lourdement sur l’investissement, le crédit et l’activité économique. Aujourd’hui, la situation semble évoluer. Le taux du marché monétaire s’établit à 6,99 %, pratiquement au même niveau que le taux directeur. Cette proximité traduit une meilleure fluidité du système bancaire.

Plus révélateur encore, le volume global du refinancement accordé par la Banque Centrale est tombé à 10,5 milliards de dinars contre 14,6 milliards un an auparavant. Cette baisse de plus de 4 milliards de dinars constitue l’un des indicateurs les plus encourageants du moment. Elle signifie que les banques tunisiennes dépendent moins qu’auparavant de l’assistance permanente de la Banque Centrale. Autrement dit, le système bancaire recommence progressivement à respirer par lui-même. Pour reprendre une image médicale, le patient n’est pas encore sorti de l’hôpital, mais il n’est plus sous assistance respiratoire.

Le paradoxe tunisien : plus de liquidité, mais toujours peu d’investissement

Cependant, une question fondamentale se pose. Pourquoi cette amélioration des conditions monétaires ne se traduit-elle pas encore par une forte accélération de l’investissement privé ? La réponse réside dans ce que les économistes appellent les facteurs non monétaires.

Les entrepreneurs tunisiens n’investissent pas uniquement en fonction des taux d’intérêt. Ils investissent lorsqu’ils ont confiance dans l’avenir, lorsqu’ils perçoivent une visibilité réglementaire, lorsqu’ils anticipent une demande future suffisante. Or, malgré les progrès observés, cette confiance reste fragile. De nombreuses entreprises continuent d’évoluer dans un environnement marqué par l’incertitude administrative, fiscale et réglementaire. Le véritable défi de la Tunisie n’est donc plus seulement monétaire. Il devient institutionnel.

La circulation fiduciaire : le miroir d’une économie à deux vitesses

L’indicateur le plus fascinant des statistiques publiées reste sans doute celui des billets et monnaies en circulation. Près de 29,3 milliards de dinars circulent aujourd’hui sous forme fiduciaire contre seulement 25 milliards il y a un an. Cette progression de plus de 17 % interpelle. Que nous dit-elle ? Elle nous raconte l’histoire d’une économie tunisienne qui continue à fonctionner largement en espèces. Elle nous parle de marchés, de commerces, de transactions informelles, de petites activités quotidiennes qui échappent souvent aux circuits bancaires traditionnels.

Elle nous rappelle surtout qu’il existe encore deux économies tunisiennes. La première est visible, fiscalisée, bancarisée. La seconde demeure largement informelle, liquide et difficile à mesurer. Cette dualité constitue probablement l’un des principaux freins au développement économique national. Car chaque dinar qui circule hors du système bancaire est un dinar qui ne finance ni l’investissement, ni l’innovation, ni la croissance future.

Les Tunisiens de l’étranger : les véritables héros silencieux de l’économie nationale

Il est impossible d’analyser l’économie tunisienne sans évoquer le rôle extraordinaire joué par les Tunisiens résidant à l’étranger. À fin juin 2026, leurs transferts atteignent 4,4 milliards de dinars. Ce chiffre dépasse largement les recettes touristiques. Il dépasse également plusieurs grands secteurs économiques réunis. Derrière ces milliards se cachent des histoires humaines. Un ingénieur tunisien installé à Montréal qui aide ses parents à Sfax. Une infirmière vivant à Paris qui soutient ses frères et sœurs à Kairouan. Un entrepreneur basé à Milan qui finance les études de ses enfants restés au pays.

Chaque transfert raconte une histoire de sacrifice, d’attachement et de solidarité. Depuis plusieurs décennies, la diaspora tunisienne joue le rôle d’amortisseur économique et social. Lorsque l’économie ralentit, elle soutient les familles. Lorsque les devises se raréfient, elle renforce les réserves du pays. Lorsque les finances publiques traversent des moments difficiles, elle contribue indirectement à stabiliser l’ensemble du système. Cette contribution demeure souvent sous-estimée alors qu’elle constitue l’une des principales forces de résilience de l’économie tunisienne.

Le tourisme retrouve progressivement son souffle

L’autre bonne nouvelle provient du secteur touristique. Les recettes cumulées atteignent désormais 3,35 milliards de dinars. Au-delà des chiffres, cette progression reflète un retour progressif de la confiance internationale envers la destination tunisienne. Dans les hôtels de Djerba, les restaurants de Sidi Bou Saïd, les maisons d’hôtes du Cap Bon ou les médinas historiques, une activité plus soutenue est observée depuis plusieurs mois. Le tourisme tunisien démontre une nouvelle fois sa capacité de résistance. Mais là encore, une réflexion plus profonde s’impose.

Peut-on construire durablement une stratégie de développement sur un secteur aussi dépendant des aléas géopolitiques, climatiques ou sécuritaires ? L’expérience des dernières décennies invite à la prudence. Le tourisme doit rester un pilier. Il ne peut devenir l’unique moteur.

Les réserves en devises : une amélioration qui reste fragile

Les avoirs nets en devises atteignent près de 24,5 milliards de dinars, soit l’équivalent de 97 jours d’importation. Le niveau demeure globalement satisfaisant. Pourtant, derrière cette apparente solidité, plusieurs fragilités subsistent. La Tunisie continue d’importer massivement son énergie, une partie importante de ses céréales et de nombreuses matières premières industrielles.

Elle reste donc exposée aux fluctuations des marchés internationaux. La stabilité actuelle repose largement sur la bonne tenue du tourisme, les transferts de la diaspora et une gestion prudente des équilibres financiers. Autrement dit, les réserves sont aujourd’hui suffisantes, mais elles ne sont pas encore le résultat d’une transformation structurelle de l’appareil productif.

Une dette moins pressante, mais toujours présente

Le service de la dette extérieure affiche une baisse spectaculaire par rapport à l’année précédente. Cette amélioration offre un répit appréciable aux finances publiques. Mais l’économie ressemble parfois à un ménage qui a obtenu un report temporaire de certaines échéances. Le soulagement est réel.

Le problème de fond demeure. La véritable solution ne réside pas uniquement dans la gestion des échéances. Elle réside dans la création de richesse. Une économie ne rembourse durablement ses dettes que lorsqu’elle produit davantage, exporte davantage et gagne davantage de parts de marché. C’est là que se situe le véritable défi tunisien.

Le défi de la décennie : transformer la stabilité en croissance

Les indicateurs du 3 juillet 2026 révèlent une réalité encourageante : la Tunisie semble avoir retrouvé une certaine stabilité financière. Mais la stabilité n’est pas la croissance. La stabilité n’est pas l’emploi. La stabilité n’est pas le développement. Elle constitue simplement la condition préalable permettant de construire l’avenir. L’enjeu des prochaines années sera donc de transformer cette accalmie financière en véritable renaissance économique. Cela suppose davantage d’investissements productifs, une montée en gamme industrielle, une meilleure intégration technologique, une administration plus efficace et une mobilisation accrue des compétences nationales.

Car l’histoire économique regorge de pays qui ont réussi à stabiliser leurs finances sans jamais réussir à décoller. Elle regorge également de nations qui ont su profiter d’une période de répit pour engager les transformations décisives.

 

La Tunisie se trouve aujourd’hui à la croisée de ces deux chemins.

Les chiffres de juin 2026 ne racontent pas encore l’histoire d’une victoire économique. Ils racontent plutôt celle d’une opportunité retrouvée. Une opportunité fragile, précieuse et peut-être historique. Comme souvent dans l’histoire des nations, ce ne sont pas les statistiques qui décideront de la suite du récit, mais la capacité collective à transformer cette embellie conjoncturelle en projet de développement durable. C’est là que se joue désormais l’essentiel.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article Décryptage – Tunisie à l’été 2026 – Quand les chiffres racontent une histoire plus profonde que les statistiques est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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L’éditorial de Hédi Mechri: Les deux visages de la Tunisie 

Hasard de calendrier ou signe prémonitoire : la lueur d’espoir qui apparaît dans le ciel assombri du pays. Une fois de plus, l’école, le collège, le lycée et l’université volent au secours de l’humeur nationale tombée à son plus bas niveau. Ils rétablissent notre fierté et notre dignité abîmées, bafouées dans l’arène des compétitions économiques et sportives. Pour combien de temps encore ?, sommes-nous tentés de dire. Ils effacent un effroyable sentiment de honte nationale en raison de la débâcle, du naufrage collectif de notre onze national, relégué au plus bas de la hiérarchie de la compétition mondiale de football 2026. Ce n’est pas tant la défaite sur toute la ligne et l’humiliation qui font le plus mal que notre impuissance, résignation et insignifiance ; bref, ce que nous sommes devenus sans qu’on y prenne garde. La déprime aura été de courte durée, ce qui n’exonère nullement les auteurs de cette faillite sportive et morale. Elle s’est vite dissipée par la vague de joie suscitée par les résultats rassurants de notre système éducatif, impressionnant par sa capacité de résilience. Ces performances mettent du baume aux cœurs attristés, meurtris de tout un pays qui n’en finit pas de souffrir, rongé, miné qu’il est par des frustrations au quotidien, par les rancœurs, l’indignation et une colère sourde qui n’est jamais d’un bon présage.

La vitalité, la crédibilité et la notoriété de notre système d’enseignement – tous cycles confondus – tranchent avec la morosité, le recul, la décadence et souvent le naufrage de l’économie, des finances publiques, de la culture et du sport qui ont connu leur heure de gloire par le passé avant de sombrer au fond des abîmes. Ces théâtres d’activités éminemment stratégiques sont devenus, sans être les seuls, un lieu de passage et de transit de la médiocrité institutionnalisée. L’inconstance, l’inconsistance, l’approximation et l’improvisation tiennent lieu de mode de gestion avec son cortège d’erreurs, d’échecs, de découplages et de décrochages. Les déboires de la Fédération tunisienne de football – et pas qu’elle seule – en sont une parfaite illustration. L’ennui, c’est que les déconvenues, l’amateurisme, l’arrogance et l’opportunisme de ses dirigeants laissent de marbre le ministère des Sports. Il ne paraît pas s’en offusquer ou s’en indigner, pas plus qu’il ne semble s’alarmer de l’état de décomposition et de délabrement des infrastructures sportives, quand elles existent encore, alors qu’il est partie prenante de la cohésion sociale et de l’image de la Tunisie dans le monde.

Le naufrage, comme jamais dans l’histoire de l’équipe nationale de football, est loin d’être un phénomène ou une tragédie isolés. Il est symptomatique d’une dérive et d’un mal dont la banalisation ne choque plus personne. Ce triste épisode en dit long sur la dilution et la dislocation du pouvoir de décision. L’exception tunisienne n’est plus tout à fait ce qu’elle était. Elle a changé, par certains endroits, de signes et de direction. Reste que dans cette chronique de déclin annoncé, le pays conserve, paradoxalement, quelques îlots d’excellence, là où se propagent, se développent le savoir et la connaissance sous toutes leurs formes : individuelles, collectives et artificielles, là où la conscience nationale prend toute sa résonance.

 

« L’inconstance, l’inconsistance, l’approximation et l’improvisation tiennent lieu de mode de gestion avec son cortège d’erreurs, d’échecs, de découplages et de décrochages. Les déboires de la Fédération tunisienne de football – et pas qu’elle seule – en sont une parfaite illustration ».

 

L’école républicaine, le collège, le lycée et l’université n’ont pas été contaminés, tant s’en faut, par des intrus venus de nulle part à la seule fin de se donner un statut et de profiter de privilèges indus. L’univers sacré de la connaissance et du savoir n’obéit qu’à ses propres règles, ses valeurs et ses exigences. Il est protégé par une digue institutionnelle formée par la chaîne des dirigeants, issus du corps professoral, par les enseignants et par les étudiants, un mélange inaltérable d’exigence professionnelle et de valeurs morales. L’enseignement, sous toutes ses formes, ne serait pas ce qu’il est s’il se détournait ou s’éloignait de sa mission originelle fondée sur la seule notion de mérite. Autant dire l’excellence sinon rien.

Il y a certes beaucoup à dire sur la place, l’état de santé et la relative dégradation de l’infrastructure éducative et des conditions de travail du corps enseignant. L’enseignement public, colonne vertébrale de l’enseignement national, n’a pas échappé aux coups de rabot de l’austérité. Il a été à son tour impacté par les contraintes et les arbitrages budgétaires sous l’effet des difficultés financières, de l’ampleur des déficits budgétaires et des faibles marges de manœuvre des pouvoirs publics. Rarement les moyens financiers et humains mis à sa disposition auront été à ce point inférieurs et en net décalage par rapport à l’explosion de ses besoins notamment en matière de R&D. Qu’il y ait chaque année pas loin de 100.000 élèves qui quittent prématurément le système pour se retrouver sur le bas-côté de la route n’est pas à l’honneur du pays et n’est pas un bon signe. Cela n’enlève rien au mérite des institutions qui brillent de mille feux dans la galaxie de l’enseignement national.

Dans les disciplines pointues de l’ingéniorat, des nouvelles technologies, de la médecine et des sciences pures, le pays tient son rang, progresse et ne manque pas d’impressionner. Ce qui lui vaut d’ailleurs d’indéniables reconnaissances mondiales. Qui ne sont pas sans le vider de ses génies en herbe qui sont sollicités en Europe, au Moyen-Orient et partout dans le monde. Notre vœu est que ces centres d’excellence : lycées pilotes, écoles d’ingénieurs, facultés de sciences et de médecine se multiplient et se généralisent et tirent vers le haut l’ensemble du système d’enseignement. L’exception doit devenir la règle. On voudrait aussi qu’ils s’ouvrent aux disciplines sportives de haut niveau pour faire surgir des athlètes de standards mondiaux. Le sport individuel ou collectif revisité par l’IA, devenu principal levier et vecteur de soft power, participe à la notoriété et à la croissance économique du pays. Il est à la diplomatie économique ce que le carburant est au moteur de véhicule.

 

Dans les disciplines pointues de l’ingéniorat, des nouvelles technologies, de la médecine et des sciences pures, le pays tient son rang, progresse et ne manque pas d’impressionner. Ce qui lui vaut d’ailleurs d’indéniables reconnaissances mondiales.

 

Les réussites scolaires et universitaires font oublier le mal-être, les tracasseries des gens et leur combat au quotidien pour une vie décente, digne et meilleure que ce qu’elle a été ces 15 dernières années. On ne dira jamais assez combien elles furent abîmées et dégradées par la montée de l’inflation, du chômage, de la médiocratie et l’aggravation de la fracture sociale et régionale. Les nouvelles qui nous parviennent du front de la compétition scolaire et universitaire font l’effet d’une bouffée d’oxygène, d’air frais, à l’annonce d’un été qui s’annonce très chaud à plus d’un titre. Sans quoi, l’amertume causée par la débâcle et l’incurie des dirigeants de la FTF aura été beaucoup plus grande.

Des trois grands défis auxquels s’expose le pays, l’enseignement supérieur, tout comme l’eau et l’électricité, tient le haut du pavé. Il est à la fois notre bouée de sauvetage et notre assurance-vie, car c’est de notre capital humain qu’il s’agit. Il remet en ces temps troubles, difficiles et imprévisibles le pendule à l’heure. Il efface la honte qui s’est emparée du pays face au spectacle cauchemardesque de la sélection nationale et lui restitue sa dignité et son honneur bafoués par les turpitudes de la FTF. Qui a largement franchi le degré zéro de la gouvernance, fût-ce a minima, de la décence et de la dignité humaine.

Cet édito est paru sur le numéro 948 du magazine L’Economiste maghrébin du 1er au 15 juillet 2026.

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Décryptage – Tunisie – Quand la BAD et la BM invitent les entreprises à conquérir le monde… pendant que leur propre terrain se dérobe sous leurs pieds

Les discours des grandes institutions internationales changent de ton.

Le récent séminaire organisé autour des opportunités offertes par les marchés financés par la Banque africaine de développement et la Banque mondiale illustre parfaitement ce décalage. Les représentants des deux institutions ont exhorté les entreprises tunisiennes à mieux exploiter les appels d’offres internationaux, à développer des partenariats stratégiques, à renforcer leur veille économique et à améliorer leur préparation technique.

Sur le papier, rien n’est faux. Dans les faits, pourtant, ce discours ressemble à une injonction paradoxale. Il invite des entreprises qui peinent déjà à survivre dans leur environnement national à se projeter sur des marchés internationaux parmi les plus concurrentiels du monde. Comme si le problème principal de l’économie tunisienne résidait dans un déficit d’information. Comme si les difficultés des entrepreneurs provenaient essentiellement d’une mauvaise connaissance des procédures administratives. Comme si le manque de compétitivité pouvait être corrigé par quelques séminaires, quelques guides méthodologiques et quelques ateliers de formation. La réalité est infiniment plus complexe. Et surtout beaucoup plus douloureuse.

 

L’entreprise tunisienne : une héroïne silencieuse que personne n’écoute plus

Depuis quinze ans, l’entreprise tunisienne vit une histoire dont on parle rarement… même à l’honorable Union tunisienne de l’industrie du commerce et de l’artisanat (UTICA). Les statistiques racontent une partie du récit. Les bilans financiers en racontent une autre. Mais seuls les chefs d’entreprise, les cadres, les ouvriers et les familles qui dépendent de ces activités connaissent véritablement la profondeur des difficultés accumulées.

Chaque matin, dans les zones industrielles de Sfax, de Monastir, de Ben Arous, de Bizerte ou de Nabeul, des milliers d’entrepreneurs ouvrent leurs portes avec la même interrogation : comment tenir encore ? Comment payer les salaires ? Comment honorer les échéances bancaires ? Comment absorber l’augmentation des coûts de production ? Comment conserver les compétences qui quittent le pays ? Comment rester compétitif lorsque les concurrents bénéficient d’infrastructures plus modernes, d’une énergie moins chère et de financements plus accessibles ?

Ces questions sont rarement évoquées dans les conférences internationales. Pourtant, elles constituent le véritable quotidien du secteur privé tunisien. Lorsque la Banque africaine pour le développement (BAD) ou la Banque mondiale (BM) expliquent que les entreprises doivent être plus proactives pour accéder aux marchés internationaux, elles oublient parfois/souvent qu’une partie importante de ces entreprises consacre déjà l’essentiel de son énergie à gérer l’urgence. L’urgence n’est pas un concept économique. C’est un état permanent.

 

Le grand malentendu du développement

Le discours dominant repose sur une idée simple : si les entreprises tunisiennes ne remportent pas davantage de marchés financés par les bailleurs internationaux, c’est parce qu’elles ne sont pas suffisamment informées ou préparées.

Cette explication a l’avantage de la simplicité. Mais elle souffre d’un défaut majeur : elle ignore les causes profondes. L’économiste américain Joseph Stiglitz rappelait souvent que les institutions internationales ont tendance à privilégier les réponses techniques à des problèmes qui sont avant tout structurels. Or le développement n’est jamais une affaire de procédures. L’histoire économique mondiale en apporte une démonstration éclatante. Aucune nation n’a construit sa prospérité grâce à des formations sur les appels d’offres.

Aucune puissance industrielle ne s’est imposée parce qu’elle maîtrisait mieux les formulaires administratifs. Les États-Unis ont construit leur puissance grâce à un immense marché intérieur protégé pendant une longue période. L’Allemagne s’est développée grâce à un système bancaire puissant, à une politique industrielle cohérente et à une culture de l’investissement productif. Le Japon a bénéficié d’une coordination étroite entre l’État, les banques et l’industrie. La Corée du Sud a bâti ses géants industriels grâce à une intervention massive des pouvoirs publics. La Chine a combiné protection stratégique, investissements colossaux et planification à long terme.

Partout, la même leçon apparaît. Les champions internationaux ne naissent pas dans les séminaires. Ils émergent dans des écosystèmes favorables.

Quand les pompiers conseillent la course à pied

Il existe une contradiction que peu de responsables osent évoquer publiquement. Depuis plusieurs décennies, les institutions financières internationales recommandent aux pays en développement des politiques reposant sur la discipline budgétaire, la maîtrise des déficits, la réduction du rôle économique de l’État et l’ouverture accrue aux marchés.

Ces orientations ont parfois produit certains résultats. Mais elles ont aussi contribué à affaiblir les marges de manœuvre des États.

La Tunisie n’échappe pas à cette réalité. Au fil des années, les investissements publics ont perdu de leur vigueur. Les infrastructures se sont dégradées. Les entreprises publiques stratégiques se sont fragilisées. L’investissement privé a ralenti. La croissance potentielle s’est affaissée. … Le paradoxe est saisissant.

Les mêmes institutions qui ont longtemps insisté sur les vertus de l’ouverture économique constatent aujourd’hui que les entreprises tunisiennes peinent à être suffisamment robustes pour affronter la concurrence internationale. C’est un peu comme si l’on demandait à un patient convalescent de participer à une compétition olympique au motif qu’il possède désormais le règlement de l’épreuve.

 

La compétitivité ne se télécharge pas

Dans les discours officiels, le mot revient constamment : compétitivité. Le terme est devenu une sorte de formule magique. Pourtant, la compétitivité n’est ni un slogan ni une vertu morale. Elle ne se décrète pas. Elle se construit. Une entreprise tunisienne qui souhaite répondre à un grand appel d’offres international doit souvent mobiliser des moyens considérables. Elle doit disposer d’équipes qualifiées. Elle doit fournir des garanties financières. Elle doit pouvoir supporter des délais de paiement parfois longs. Elle doit investir dans les certifications. Elle doit accéder à des financements compétitifs. Elle doit maîtriser les technologies nécessaires. Or chacun de ces éléments dépend en partie de l’environnement économique national.

Lorsqu’une entreprise emprunte à des coûts élevés, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle subit des lenteurs administratives, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle doit faire face à des pénuries ou à des perturbations logistiques, sa compétitivité est affectée. Lorsqu’elle perd ses ingénieurs au profit de l’émigration, sa compétitivité est affectée.

La compétitivité n’est pas une responsabilité individuelle. C’est une construction collective. Et c’est précisément ce que le débat actuel tend à oublier.

 

La Tunisie de l’excellence invisible

Ce qui rend la situation encore plus frustrante, c’est que la Tunisie ne manque pas de talents. Bien au contraire. Des entreprises tunisiennes exportent déjà des composants aéronautiques. D’autres développent des logiciels utilisés à l’international. Certaines interviennent dans l’ingénierie, les services numériques, les énergies renouvelables ou les équipements industriels avec un savoir-faire reconnu. Les compétences existent. L’intelligence existe. L’innovation existe. Ce qui manque souvent, c’est l’environnement capable de transformer ces réussites individuelles en dynamique nationale. Le problème tunisien n’est pas une pénurie d’excellence. C’est une pénurie de conditions favorables à l’excellence. Nuance fondamentale.

 

Le piège des chaînes de valeur mondiales

Depuis plusieurs années, les institutions internationales présentent l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales comme un objectif prioritaire. L’idée paraît séduisante. Mais elle mérite d’être interrogée. Car participer n’est pas nécessairement progresser.

L’économiste Dani Rodrik (1) souligne régulièrement que l’intégration internationale n’est bénéfique que lorsqu’elle permet une montée en gamme technologique. Sinon, elle risque de maintenir les pays dans des activités périphériques. Assembler. Sous-traiter. Exécuter. Produire à faible marge. Pendant que la conception, les brevets, les technologies stratégiques et les profits demeurent ailleurs.

La question essentielle n’est donc pas de savoir combien de contrats les entreprises tunisiennes remporteront grâce aux financements de la BAD ou de la Banque mondiale. La véritable question est de savoir quelle place elles occuperont dans la chaîne de création de valeur. Seront-elles des acteurs stratégiques ? Ou de simples exécutants ?

 

Le silence autour du financement

Le point le plus étonnant demeure sans doute l’absence du débat sur le financement. Car derrière chaque succès international se trouve presque toujours un système financier performant. Une entreprise qui veut remporter un marché de plusieurs millions de dollars doit disposer de ressources importantes. Elle doit parfois engager des dépenses avant même d’obtenir le contrat. Elle doit fournir des garanties. Elle doit investir dans des équipements. Elle doit recruter. Elle doit former. Comment y parvenir lorsque l’accès au financement demeure difficile pour de nombreuses PME tunisiennes ? Comment rivaliser avec des groupes bénéficiant de lignes de crédit abondantes et peu coûteuses ? Voilà sans doute la question centrale. Et pourtant elle reste souvent reléguée au second plan.

 

Derrière les procédures, la question de la souveraineté économique

Au fond, cette discussion dépasse largement le simple cadre des marchés financés par les bailleurs internationaux. Elle touche à la question fondamentale de la souveraineté économique. Une nation ne devient pas prospère parce qu’elle répond mieux aux appels d’offres. Elle devient prospère lorsqu’elle produit davantage de richesse qu’elle n’en consomme. Lorsqu’elle investit dans son appareil productif. Lorsqu’elle innove. Lorsqu’elle transforme son capital humain en puissance économique. Lorsqu’elle crée des entreprises capables de rayonner au-delà de ses frontières. C’est là que réside le véritable défi tunisien. Non pas apprendre à naviguer dans les procédures internationales. Mais reconstruire les fondations d’une économie productive capable de soutenir durablement ses entreprises.

 

Le débat que personne ne veut ouvrir

Le séminaire de la BAD et de la Banque mondiale pose finalement une question involontairement dérangeante. Pourquoi les entreprises tunisiennes ne sont-elles pas déjà présentes massivement sur ces marchés ? La réponse est inconfortable. Parce que les difficultés qu’elles rencontrent ne relèvent pas principalement de l’information. Elles relèvent d’une stratégie économique arrivée à bout de souffle. D’un investissement insuffisant. D’un financement coûteux. D’une croissance faible. D’une industrialisation inachevée.

D’une perte progressive de compétitivité systémique. La Tunisie ne manque pas d’entrepreneurs. Elle ne manque pas d’ingénieurs. Elle ne manque pas d’idées. Elle manque d’un environnement économique capable de libérer pleinement ces énergies. Et tant que cette réalité ne sera pas placée au cœur du débat national, les recommandations des institutions internationales risqueront de ressembler à ces cartes maritimes impeccablement dessinées que l’on remet à un navigateur dont le bateau prend déjà l’eau.

Car avant de conquérir les océans des marchés internationaux, encore faut-il que le navire soit en état de quitter le port. C’est cette vérité simple, humaine et profondément économique que les discours technocratiques peinent encore à reconnaître.

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(1) Dani Rodrik, économiste et universitaire turc né en 1957, s’impose comme l’une des figures les plus lucides et critiques face aux dérives de l’hyper-mondialisation. Professeur à l’Université Harvard, il a consacré ses recherches à déconstruire les dogmes du libre-échange et à repenser l’économie du développement. Son œuvre invite à redéfinir l’équilibre entre la prospérité globale, la justice sociale et la souveraineté des peuples.

Sa contribution théorique majeure réside dans le célèbre trilemme politique de l’économie mondiale. Selon cette thèse, il existe une incompatibilité fondamentale entre l’intégration économique profonde, la souveraineté nationale et la démocratie. Un pays ne peut poursuivre que deux de ces trois objectifs à la fois, ce qui le contraint à des arbitrages douloureux. Il peut ainsi sacrifier la démocratie sur l’autel des marchés à travers le mécanisme de la camisole dorée, dissoudre l’État-nation dans un fédéralisme global, ou au contraire limiter la mondialisation pour préserver le choix des citoyens et l’autorité de l’État, à l’image du compromis historique de Bretton Woods.

Au-delà de ce modèle, Dani Rodrik développe une pensée hétérodoxe et humaniste. Opposé à l’ouverture aveugle des frontières, il défend le droit des nations à réguler leur économie pour corriger les inégalités du néolibéralisme. Son analyse a également évolué face aux mutations du monde, délaissant l’illusion d’une industrialisation manufacturière éternelle pour prôner l’amélioration de la productivité dans les services de main-d’œuvre. Pour lui, la disparition des emplois de qualité est le terreau direct du populisme de droite contemporain. Face aux révolutions technologiques, il soutient que l’intelligence artificielle doit être mise au service de l’humain pour décupler ses capacités, plutôt que de servir de prétexte à sa substitution.

Cette vision critique et visionnaire traverse ses ouvrages les plus marquants, de ses premières alertes dans Has Globalization Gone TooFar ? en 1997 à ses réflexions sur La Mondialisation sur la sellette, pour aboutir enfin en 2025 à son plaidoyer pour une prospérité partagée dans un monde fracturé.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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