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Hatem Atallah: « Dans un monde instable, la diplomatie est notre seule lucarne »

Aujourd’hui, la diplomatie a un rôle central à jouer sur l’échiquier mondial, et la question énergétique en est l’une des illustrations les plus évidentes. C’est le thème de la 9e édition du Forum de l’IACE, intitulée « Les tendances de la géopolitique et de l’énergie », organisée ce jeudi 22 octobre 2026 au siège de l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE).

Hatem Atallah, ancien ambassadeur, est revenu sur la notion d’interdépendance, qu’il considère comme la clé de toute négociation internationale.

L’interdépendance, condition d’un accord stable

“Dans le cadre d’un accord, chacune des deux parties doit trouver un bénéfice à y entrer”, explique Hatem Atallah. Selon lui, la violation du contrat doit également avoir un coût suffisamment élevé pour garantir la stabilité de l’accord.

“ Chacune des parties offre et obtient”, résume-t-il. En revanche, lorsqu’un accord porte sur un seul secteur, notamment lorsque l’une des parties est en déficit structurel  comme dans le cas du pétrole, du gaz ou du lithium, l’équilibre des forces est rompu. “ Il n’y a pas d’équilibre”, insiste l’ancien diplomate. Sa solution : privilégier des négociations multidimensionnelles, portant simultanément sur plusieurs secteurs.

Négocier avec l’Europe au-delà d’Elmed

Prenant l’exemple des relations entre la Tunisie et l’Europe, Hatem Atallah estime qu’il ne faut pas se limiter à la négociation du projet d’interconnexion électrique Elmed. “ Je négocie en même temps la question de la migration, de l’investissement, du commerce, des réformes, de la coopération scientifique, de l’innovation et de la recherche”, explique-t-il.

Cette approche permet, selon lui, de compenser les positions de faiblesse dans certains domaines par des atouts dans d’autres. “ Si je négocie un accord sur cinq secteurs, je peux être en déficit sur deux, mais en position de force sur les trois autres. Là, je crée l’équilibre”, développe-t-il.

Il rappelle que cette méthode s’inspire de l’un des principes fondamentaux de la technique de négociation de Henry Kissinger : « Il ne faut jamais négocier en silo ». 

La diplomatie ne se limite pas au ministère des Affaires étrangères

Hatem Atallah souligne également que la diplomatie ne relève pas uniquement du ministère des Affaires étrangères. “Elle représente l’État et la nation”, affirme-t-il. Elle devient ainsi un acteur clé des priorités stratégiques, notamment énergétiques.

Interrogé sur des projets tels qu’Elmed ou l’hydrogène vert, il estime que la négociation doit dépasser le cadre de l’accord lui-même. “ Il faut regarder au-delà de la personne qui est en face”, conseille-t-il.

Dans le dossier de l’hydrogène vert, il rappelle que l’Allemagne exerce une pression forte en arrière-plan, en raison de ses besoins de décarbonation industrielle. “ Je négocie avec les Italiens, mais j’ai un œil sur Berlin, parce que c’est là que cela se joue”, explique-t-il.

Selon lui, la Tunisie ne vend pas seulement une capacité technique de production d’hydrogène. Elle offre également à l’Europe, et principalement à l’Italie et à l’Allemagne, une forme de stabilité énergétique. En contrepartie, le pays peut bénéficier de technologies allemandes performantes, notamment dans l’industrie de l’hydrogène.

“ Dans une négociation, il faut toujours savoir qui est derrière, qui tire les ficelles et à qui cela profite”, résume Hatem Atallah. Cette lecture permet, selon lui, de mieux évaluer jusqu’où avancer et l’utilité réelle de chaque concession.

Un monde en rupture, entre destruction et reconstruction

Sur la situation internationale, l’ancien ambassadeur estime que le monde traverse une rupture profonde. “Un fossé s’élargit”, affirme-t-il, en référence notamment aux tensions sociales en France, à la montée de l’extrême droite et aux échéances électorales de 2027.

Pour lui, le modèle international fondé après la Seconde Guerre mondiale a montré ses limites. “On a pensé que la mondialisation allait résoudre tous les problèmes politiques. C’était faux”, estime-t-il. La libéralisation du commerce et la suppression des entraves n’ont pas produit les effets escomptés.

Aujourd’hui, ce modèle est remis en cause, sans qu’un système de remplacement soit clairement défini. “ Nous sommes dans une phase de destruction, pas encore de remplacement ni de construction”, analyse Hatem Atallah.

Il observe également une rupture générationnelle. Selon lui, les générations Z et Alpha ne se reconnaissent plus dans les solutions héritées des générations précédentes. “ On essaie de résoudre les problèmes de la génération Z avec des solutions qui appartiennent aux générations X et Y. Cela ne correspond plus à rien”, estime-t-il.

États-Unis et Chine : une compétition pour imposer un modèle

Face à ce désordre, deux blocs s’affrontent selon lui : le bloc occidental, mené par les États-Unis, et le bloc asiatique, porté principalement par la Chine. Chacun tente d’imposer son propre modèle au reste du monde.

“ La rivalité entre les États-Unis et la Chine n’est pas seulement une question d’accès aux marchés ou aux technologies. C’est une question de survie et de domination mondiale”, analyse-t-il.

Pour la Tunisie, qui n’a pas la capacité d’influencer directement cette confrontation, l’enjeu est de s’y préparer. “Nous devons créer des scénarios : si cela se passe ainsi, voici ce que je dois faire ; si cela se passe autrement, voici ma réponse », recommande Hatem Atallah. Il appelle à anticiper aussi bien les scénarios les plus favorables que les plus défavorables, y compris les chocs imprévus, les fameux “ cygnes noirs”.

En conclusion, Hatem Atallah livre une conviction : “Il faut faire confiance à la diplomatie et lui donner les moyens d’agir. Dans ce monde qui change pratiquement chaque jour, c’est notre seule petite lucarne par laquelle nous pouvons regarder”. 

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Hatem Atallah : « La diplomatie, un acteur clé de nos priorités stratégiques et énergétiques »

Hatem Atallah, ancien ambassadeur, est intervenu lors de la pré-session consacrée au thème « Les tendances de la géopolitique et de l’énergie », organisée par l’IACE (Institut arabe des chefs d’entreprise) lors de la 9ème édition du Forum de l’IACE, ce jeudi 22 octobre 2026 à son siège.

L’ancien diplomate juge nécessaire de « prendre les choses telles qu’elles sont et de travailler sur cette base pour défendre nos intérêts et préserver notre marge de souveraineté nationale ». Cette souveraineté, ajoutera-t-il, repose, en premier lieu, sur la capacité du pays à déterminer ses choix et ses orientations fondamentales.

Hatem Atallah a également rappelé que la transition énergétique soulève des interrogations géopolitiques majeures. Les Européens, « nos partenaires et voisins directs les plus proches », cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement et à accélérer leur décarbonation. C’est, a-t-il expliqué, leur objectif, leur vision et la stratégie qu’ils sont contraints de suivre. « Le risque pour la Tunisie, c’est de se retrouver face à des projets qui répondent davantage à la demande extérieure qu’aux besoins nationaux, qu’il s’agisse des besoins domestiques ou de la maîtrise des coûts de l’énergie », s’inquiète-t-il.

 

Lire aussi : Géopolitique énergétique : Nidhal Ouerfelli alerte sur un choc d’offre historique en 2026   

Il a conclu que si la diplomatie, les relations internationales et la géopolitique mondiale influencent les choix du pays, elles ne sont pas les seuls facteurs déterminants. « Il y a aussi la réalité intérieure, les contraintes budgétaires, les dimensions sociales, les contraintes environnementales et d’autres éléments à prendre en compte dans l’établissement de ces choix ».

Et de conclure: « C’est précisément dans cette détermination des choix que s’exerce la souveraineté nationale. La diplomatie demeure, dans ce contexte, l’acteur principal sur le plan extérieur, non seulement pour la mise en œuvre de la stratégie du pays, mais aussi pour le conseil et l’orientation, afin que chaque étape franchie réponde aux priorités nationales tout en anticipant les difficultés et les évolutions géopolitiques possibles ».

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