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Budget 2027 | Opération réussie, mais le patient cherche encore son pouls

Le projet de loi de finances 2027 de la Tunisie avance, comme chaque année, drapé de son vocabulaire propre : trajectoire budgétaire, équilibres macroéconomiques, hypothèses de croissance. Parmi ces chiffres, un seul retiendra l’attention du grand public, parce qu’il est censé résumer tous les autres : +1,9%. C’est le taux de croissance annoncé pour porter le budget de l’année qui vient. Un chiffre sobre, presque discret, qui ne fera pas la une, et c’est bien pour cela qu’il mérite qu’on s’y arrête.

Ilyes Bellagha *

Un pourcentage de croissance nationale ne parle jamais d’un foyer. Il parle d’un agrégat — la somme de tout ce qui se produit dans le pays, exportateurs prospères et petits commerces à l’arrêt confondus, ramenée à une seule ligne. Cette ligne a une vertu et un vice identiques : elle rassure en lissant. Elle additionne la marge d’une entreprise qui exporte et le panier qui rétrécit chaque semaine chez une mère de famille, et en tire une moyenne qui ne ressemble à la vie de personne en particulier.

Or cette croissance de 1,9% doit être mise en regard d’une inflation attendue autour de 5% pour la même période. Un pays qui produit un peu plus de richesse, pendant que les prix montent trois fois plus vite, ne s’enrichit pas : il perd du pouvoir d’achat réel, même si les communiqués officiels parlent, eux, d’une économie «en résilience» ou , mieux, «en croissance». Ajoutons à cela un chômage des jeunes qui dépasse 38%, et l’idée qu’une croissance sous les 2% puisse créer un mouvement sensible dans la vie de ce tiers de la jeunesse relève de la fiction statistique plus que de l’analyse économique.

Rien de tout cela n’est un mensonge à proprement parler. C’est plus subtil, et plus grave : c’est une vérité qui a cessé de regarder ce qu’elle est censée décrire : un processus d’appauvrissement général que rien, pour le moment, ne semble pouvoir arrêter.

Peut-on vivre sans chiffres ?

Il fut un temps où un Tunisien savait que l’année avait été mauvaise sans qu’aucun institut ne le lui confirme. Il le savait au poids du couffin, à la file qui s’allongeait devant la boulangerie, au silence plus lourd dans les cafés, au nombre de mariages reportés dans le quartier. Ce savoir-là n’avait besoin d’aucun médiateur : il naissait directement de l’expérience vécue, lentement, mais il appartenait à celui qui le portait.

Le chiffre est venu s’interposer entre l’homme et sa propre condition. Il ne s’est pas contenté de la mesurer — il a fini par l’arbitrer. Un citoyen peut aujourd’hui sentir sa vie se dégrader et douter malgré tout de sa propre perception, parce que «les chiffres» annoncent une amélioration, qui, à l’analyse, n’en serait finalement pas une. Le rapport entre le sentir et le savoir s’est inversé : ce n’est plus l’expérience qui nourrit le chiffre, c’est le chiffre qui autorise, ou interdit, l’expérience.

Peut-on alors vivre sans chiffres ? Non, évidemment — aucune société complexe ne se gouverne à l’instinct, et le prétendre serait une régression, pas une lucidité. Mais la vraie question n’est pas l’existence du chiffre : c’est sa justesse et sa place dans la hiérarchie du savoir. Est-il un outil au service de ce que les gens vivent, ou est-il devenu le seul juge légitime de ce qu’ils ont le droit de ressentir ? Le glissement s’est fait sans bruit, du chiffre-témoin au chiffre-verdict.

Le jargon comme dissimulation

Foucault l’avait déjà repéré : la statistique n’est pas née pour éclairer les gouvernés, mais pour permettre à l’État de gérer sa population comme on gère un cheptel — natalité, mortalité, rendement. Le mot lui-même le trahit : Statistik, la science de l’État. Le chiffre n’a jamais été un outil démocratique de transparence ; il a toujours été, à l’origine, un instrument de pilotage du haut vers le bas. Ce qui a changé, ce n’est pas sa nature, c’est le discours qui l’accompagne aujourd’hui, celui d’une transparence «partagée avec le citoyen» — alors que le citoyen, précisément, n’en possède ni le code ni la clé.

Le jargon médical fonctionne selon la même logique. Une bosse devient un hématome sous-cutané, une fêlure une fissure corticale : la précision n’est pas fausse, mais elle déplace l’autorité du patient vers celui qui maîtrise le vocabulaire. Le citoyen qui dit «je n’arrive plus à finir le mois» est renvoyé, poliment, à son ignorance des grands équilibres — pendant que le communiqué, avec ses trois chiffres après la virgule, est reçu comme la vérité elle-même.

Le politique n’a donc plus besoin de mentir pour dissimuler une décision : il lui suffit de la formuler dans une langue que le citoyen ne parle pas. Ce n’est plus la censure qui protège l’arbitrage budgétaire, c’est le jargon. On ne cache plus l’information, on la rend techniquement imprenable — comme un dossier médical illisible pour qui n’a pas fait la faculté.

L’opération a réussi

Le budget 2027 sortira du bloc opératoire dans quelques mois, et l’on nous dira, avec la fierté calme des grands communiqués, que la croissance atteindra 1,9%, l’inflation sera contenue et les équilibres financiers de l’Etat plus ou moins préservés. L’opération, en somme, aura parfaitement réussi… dans les limites de ce qui est permis d’espérer ou de prévoir.

Personne, dans le compte-rendu, ne demandera comment ira le patient.

C’est tout le génie du jargon : il permet de déclarer un succès sans jamais croiser le regard de celui qu’on a opéré. Le chirurgien qui annonce que l’opération a réussi ne ment qu’à moitié — techniquement, son geste a été exact, son protocole respecté à la lettre. Il a raison dans sa langue. Il a simplement oublié de vérifier si quelqu’un respirait encore de l’autre côté du drap.

Le +1,9% sera de la même nature : une opération réussie, sur le papier, dans la langue de ceux qui l’ont conduite. Que le patient — cette majorité qui vit dans une tout autre langue, celle du couffin et de la fin de mois — n’en ait pas survécu, cela ne figurera dans aucun rapport, parce que ce n’est simplement pas ce que le rapport a été conçu pour mesurer.

Alors on pourra, comme Pangloss au chevet des ruines, continuer d’affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des budgets possibles — pendant que le patient, lui, cherche encore son pouls.

* Architecte.

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Tunisie : Le lourd remboursement qui pesait sur les finances extérieures est soldé

La Tunisie a honoré une nouvelle échéance majeure de sa dette extérieure. La Banque centrale de Tunisie (BCT) a confirmé que l’État a procédé, en juillet 2026, au remboursement d’un emprunt obligataire international d’un montant de 700 millions d’euros, arrivé à échéance dans les délais prévus.

À la suite de cette opération, les avoirs nets en devises se sont établis à 23,4 milliards de dinars, représentant une couverture de 92 jours d’importation au 28 juillet 2026, selon les données communiquées par l’institution d’émission.

Ce remboursement était largement anticipé. Quelques semaines auparavant, des analystes avaient indiqué que cette échéance concernait un emprunt contracté sur les marchés internationaux en 2019 et que son remboursement constituait une étape importante dans la gestion de la dette extérieure tunisienne.

Un remboursement préparé depuis plusieurs mois

L’échéance de 700 millions d’euros figurait parmi les principales sorties en devises prévues pour l’année 2026. Avant son règlement, les réserves de change tunisiennes s’élevaient à environ 24,5 milliards de dinars, soit 97 jours d’importation au début du mois de juillet.

Le paiement a entraîné une baisse mécanique des réserves en devises. Selon des données publiées après l’opération, les avoirs extérieurs ont diminué d’environ 2,5 milliards de dinars, faisant passer la couverture des importations de 101 à 92 jours. Cette évolution est principalement liée au règlement du principal de l’emprunt et des charges associées.

Lire aussi : Moody’s confirme la note de la Tunisie tout en pointant une dette et des finances publiques sous pression

Pour la Banque centrale, cette opération démontre toutefois la capacité de la Tunisie à respecter ses engagements financiers internationaux, malgré un contexte marqué par des pressions importantes sur les équilibres extérieurs.

La dette extérieure au centre des enjeux économiques

Le remboursement de cet emprunt intervient dans une période où la Tunisie cherche à réduire sa dépendance aux financements extérieurs et à préserver ses réserves en devises. La Banque centrale insiste désormais sur plusieurs priorités : renforcer les entrées de devises, réduire durablement le déficit énergétique et mobiliser des ressources extérieures dans des conditions favorables.

La question énergétique constitue notamment un facteur déterminant pour les finances extérieures du pays. La facture énergétique représente une importante sortie de devises, notamment en raison des importations d’hydrocarbures, ce qui explique l’accent mis par les autorités monétaires sur la nécessité d’une réduction structurelle du déficit énergétique.

La Tunisie continue également de compter sur ses principales sources de devises, notamment les recettes touristiques, les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger et les exportations. Au 3 juillet 2026, les transferts des Tunisiens à l’étranger avaient atteint 4,4 milliards de dinars, tandis que les recettes touristiques s’établissaient à 3,35 milliards de dinars à fin juin.

Pas de nouvelle annonce sur un emprunt international similaire

Contrairement aux années précédentes, aucune annonce officielle récente ne fait état d’une nouvelle émission obligataire internationale comparable à celle remboursée en juillet 2026. La stratégie affichée semble davantage orientée vers la gestion des engagements existants, l’amélioration des ressources propres en devises et la recherche de financements extérieurs dans des conditions jugées soutenables.

La Tunisie dispose encore d’un historique d’émissions sur les marchés financiers internationaux, suivies par le ministère des Finances dans le cadre de la gestion de la dette publique extérieure.

Si le remboursement de cette échéance constitue un signal positif sur la capacité du pays à honorer ses engagements, le maintien d’un niveau confortable de réserves demeure un défi majeur, dans un contexte où les besoins en devises restent élevés et où l’économie tunisienne doit financer ses importations tout en maîtrisant ses équilibres financiers.

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La ministre des Finances reçoit les responsables des banques et des établissements financiers

La ministre des Finances, Mechket Slama Khaldi, a reçu, mardi 30 juin 2026, au siège du ministère, des directeurs généraux d’institutions bancaires et financières. Au cours de cette réunion, la ministre a rappelé le rôle central du secteur bancaire dans le financement de l’économie nationale. Elle a souligné son importance dans l’accompagnement de l’investissement, la...

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