13 Août – La femme tunisienne, levier de développement et non sujet de polémique
En Tunisie, les réseaux sociaux sont régulièrement le théâtre de débats autour de la gent féminine. Au cœur des attaques, le Code du statuts personnel (CSP), cette avancée historique qui, depuis 1956, a garanti aux Tunisiennes des droits inédits dans le monde arabo-musulman.
Aujourd’hui, une frange croissante de voix, souvent portée par des courants conservateurs, dénonce ce texte qu’elle accuse de fragiliser l’autorité masculine et d’ébranler les « valeurs traditionnelles ». Certains vont jusqu’à y voir une source d’« atteintes aux mœurs », estimant que l’émancipation juridique des femmes aurait ouvert la voie à un relâchement moral.
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L’excellence ne suffit pas
Mais ce procès fait l’impasse sur l’essentiel. Derrière les polémiques identitaires, on oublie trop souvent que la femme tunisienne est d’abord un acteur économique à part entière. On parle de son corps, de son mariage, de son héritage, mais rarement de son accès au travail, de sa place dans l’entreprise ou de sa contribution à la richesse nationale.
Les chiffres ne mentent pas. Les femmes tunisiennes arrachent chaque année leur excellence dans les examens nationaux, avec des taux de réussite au baccalauréat largement supérieurs à ceux des hommes. Elles investissent massivement les filières nobles, comme la médecine, la pharmacie, l’ingénierie et les sciences, et représentent aujourd’hui une majorité d’étudiants dans la plupart des disciplines stratégiques.
Cette réalité contredit le discours réducteur qui voudrait les cantonner à un rôle domestique ou subalterne. Pourtant, ce potentiel exceptionnel reste sous-exploité sur le plan professionnel. Le taux d’activité féminine en Tunisie demeure inférieur à 30 %, bien en deçà des capacités réelles de cette main-d’œuvre qualifiée.
Les freins sont nombreux, essentiellement le plafond de verre dans les postes de direction, la précarité de l’emploi informel, les charges familiales non partagées, et surtout un imaginaire collectif qui peine à concevoir la femme comme un pilier de la croissance.
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Sortir de la pensée primitive
Il est temps de changer de logiciel. Rester enfermé dans un débat stérile sur les « mœurs » ou la « pression sur les hommes », c’est condamner le pays à une pensée primitive, déconnectée des enjeux du 21ème siècle. La véritable question n’est pas de savoir si le Code du statut personnel a « trop » protégé les femmes, mais comment faire de cette protection un levier de développement. Comment transformer l’excellence scolaire en excellence professionnelle ? Comment faire des Tunisiennes des créatrices de richesse, des cheffes d’entreprise, des décideuses, et non plus seulement des diplômées sur le papier ?
La Tunisie a besoin de toutes ses forces vives pour relever ses défis économiques. Ignorer la moitié de sa population active potentielle est un luxe qu’elle ne peut plus se permettre. Il ne s’agit pas de nier les tensions sociales ou culturelles, mais de les dépasser en posant un regard lucide et moderne sur ce que les femmes apportent déjà, et sur ce qu’elles pourraient apporter si on leur en donnait les moyens.
L’émancipation juridique a été une étape fondatrice. L’émancipation économique doit être la suivante. Et celle-ci ne passera ni par la nostalgie d’un passé fantasmé ni par la peur de l’avenir, mais par la reconnaissance pleine et entière de la femme comme sujet économique, social et politique. C’est à ce prix que la Tunisie pourra véritablement avancer.
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Soixante-dix ans après la promulgation du Code du Statut Personnel (CSP), on sait que le premier président de la Tunisie indépendante avait là fait preuve d’une réelle détermination qui servait une ambition qu’il n’a cessé de cultiver. Une ambition en fait personnelle née d’un vécu qui n’a cessé de l’habiter. Et ce, face à la situation de la femme qui était dépourvue de tous ses droits, abandonnée à son sort par de longues années d’assujettissement. En témoignent ses déclarations publiques quant à son environnement féminin et les inégalités qui le caractérisaient. Ou encore, le témoignage relatif au divorce de ses grands-parents pour un motif futile : sa grand-mère a été divorcée pour avoir servi « un repas froid » à son époux.