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Ezzeddine Zayani : « La contestation lycéenne en France rebat les cartes de la campagne présidentielle »

Entre un désordre mondial de plus en plus instable et une France traversée par la colère lycéenne et les tensions politiques, les points de rupture se multiplient. L’ancien diplomate Ezzeddine Zayani décrypte, dans cet entretien, une crise aux multiples facettes, sociale, économique et identitaire et ses possibles répercussions sur les Tunisiens résidant en France.

Interview. 

Comment analysez-vous ce qui se passe en France ces dernières semaines, entre les manifestations lycéennes, les violences et la mobilisation… ?

Je dirais, sans exagérer, qu’il s’agit d’une crise à multiples facettes. Il y a ce que nous voyons, mais aussi ce qui est larvé, caché, ce que l’on cherche à laisser dans l’opacité. Il faut rappeler également que le mouvement lycéen est d’abord né de revendications légitimes : des établissements dignes de ce nom, des conditions d’études correctes et la défense d’une école publique accessible. C’est d’abord le refus de l’abandon de quelque chose qui a fait la puissance de la France : l’éducation gratuite et de qualité.  

Plus encore, cette colère serait également liée à la dégradation des services publics, à la crise économique et à l’endettement de l’État français. Les lycéens dénoncent notamment le manque de moyens, les professeurs non remplacés, les classes surchargées et les inégalités scolaires entre territoires. Ce qui fait que la contestation lycéenne en France va sans doute rebattre les cartes de la campagne présidentielle de 2027. 

Certains y voient une récupération politique du mouvement lycéen, notamment par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Partagez-vous cette lecture ?

 Absolument. Il y a eu, à mon avis, un véritable hold-up de cette manifestation lycéenne. C’est une aubaine pour ceux qui cherchent à faire autre chose que d’aboutir sereinement aux revendications des lycéens. De ce fait, l’approche de l’élection présidentielle de 2027 explique en grande partie cette instrumentalisation.

La France insoumise, le Parti socialiste, la droite et l’extrême droite cherchent chacun à se positionner. Les dés sont jetés, chacun connaît les visées de l’autre. La droite tente d’exploiter cette situation extrêmement difficile pour démontrer qu’elle est capable de maintenir l’ordre. 

La droite et l’extrême droite ont-elles réussi à imposer l’idée que les violences seraient le fait de Maghrébins, d’Arabes ou d’immigrés en situation irrégulière ?

A priori, non. Il n’y a pas eu un déferlement vers Marine Le Pen. Ce qui est remarquable, c’est que La France insoumise n’a pas baissé les bras et a tenu bon. Médiapart a rapporté les propos d’un commissaire des services de renseignement affirmant avoir reçu une consigne de cibler le parti de Jean-Luc Mélenchon, tandis que des policiers contestaient l’attribution des violences à LFI. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a, pour sa part, accusé les Insoumis d’avoir « jeté de l’huile sur le feu » en dénonçant une instrumentalisation des services de renseignement.

 Ce démenti de Médiapart a eu un effet considérable. Il y a encore des garde-fous : les gens du pouvoir ne peuvent plus commercialiser certaines manipulations comme avant. 

François Hollande et Dominique de Villepin ont-ils joué un rôle dans ce basculement ?

 Oui. J’ai suivi la déclaration de François Hollande, qui s’est élevé contre cette façon d’accuser gratuitement La France insoumise. Et Dominique de Villepin a montré, une fois de plus, que c’est le sage qui parle. Quand le sage parle, les autres doivent écouter.  Selon lui, ces réactions constituent “un coup de semonce important. On ne peut pas, dans une véritable démocratie, accuser sans preuves. La démocratie n’est pas encore perdue”.

Pourquoi l’extrême droite insiste-t-elle autant sur l’islam, l’immigration et l’origine des casseurs ?

Parce qu’elle veut faire campagne avec cela. Elle veut faire passer dans les esprits des électeurs, surtout les plus âgés, l’idée que les casseurs sont des Maghrébins, des Arabes ou des immigrés en situation irrégulière. Or, ce n’est pas si simple. A mon humble avis, je pense que les Français ne sont plus disposés à absorber « n’importe quoi ».

 

L’extrême droite veut faire campagne avec cela. Elle veut faire passer dans les esprits des électeurs, surtout les plus âgés, l’idée que les casseurs sont des Maghrébins, des Arabes ou des immigrés en situation irrégulière.

 

La crise française est-elle donc davantage économique et sociale qu’identitaire ?

 Oui. La crise véritable de la France ne se situe pas au niveau de ces tartes à la crème : islam, immigration, Arabes. Elle est au niveau de l’endettement, du pouvoir d’achat et des choix économiques, notamment liés aux conséquences de la guerre en Ukraine. Ce sont des erreurs que l’on a essayé de camoufler par des vidéos, des annonces et des déclarations complètement fausses. 

Pensez-vous que ce mouvement va s’essouffler, notamment avec les vacances scolaires ?

Peut-être. Les autorités comptent beaucoup sur cet élément : les vacances, mais aussi peut-être l’apaisement grâce à ce que le gouvernement propose. La preuve, on parle de 3 500 enseignants contractuels affectés pour parer au manque et aux vacances de postes. 

Avec l’approche des échéances électorales et la montée de l’extrême droite, n’y a-t-il pas une inquiétude pour les Tunisiens vivant en France ?

 Il faut faire très attention. Ceux qui n’ont pas la nationalité française doivent rester neutres et ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de la France. En revanche, les binationaux ont le droit de s’exprimer sur leur pays d’adoption, mais dans la légalité, jamais en tant que casseurs. La France aura toujours besoin d’une Tunisie qui regorge de compétences, et nous avons besoin d’eux. Il faut retrouver l’équilibre qui existait du temps de De Gaulle et de Chirac.

 

La France aura toujours besoin d’une Tunisie qui regorge de compétences, et nous avons besoin d’eux. Il faut retrouver l’équilibre qui existait du temps de De Gaulle et de Chirac.

 

Quel rôle jouent les médias français dans ce climat de tension, notamment après les tirs de Trappes et La Verrière vendredi 23 octobre ?

Le rôle des médias français est particulièrement délicat dans une période de forte tension. La manière dont un fait divers ou un acte criminel est relayé peut contribuer à éclairer l’opinion publique, mais aussi, involontairement ou non, à nourrir un climat de peur et de méfiance. Ce qui s’est passé le 23 octobre 2026 à Trappes et à La Verrière est d’abord un drame humain. Un homme de 39 ans a ouvert le feu depuis sa voiture, causant la mort d’une personne et blessant cinq autres, dont une enfant de 12 ans. D’ailleurs, le Parquet national antiterroriste s’est saisi du dossier, évoquant des assassinats en relation avec un mobile potentiellement raciste.

À ce stade, la prudence s’impose. Tant que l’enquête n’a pas permis d’établir l’ensemble des faits et des motivations, il est important d’éviter toute généralisation. Un acte criminel, aussi grave soit-il, ne doit pas être transformé en accusation contre une communauté, une origine ou une religion.

Certains médias sont régulièrement critiqués pour une couverture jugée trop axée sur la sécurité et l’identité. Il appartient toutefois à chacun d’apprécier le traitement de l’information. L’essentiel est de rappeler que les médias ont une responsabilité : informer avec rigueur, respecter la présomption d’innocence et distinguer clairement entre un individu, un acte et une communauté.

 

Je l’espère. Il y a deux signaux très importants. Le premier, ce sont les élections de mi-mandat (midterms, ndlr) du 3 novembre aux États-Unis. Leurs résultats seront très importants,

 

Dans un contexte électoral tendu, cette rigueur est encore plus nécessaire. La France a besoin d’un débat apaisé, fondé sur les faits, et non d’amalgames susceptibles d’alimenter les peurs et les divisions.

Ce désordre mondial va-t-il s’estomper pour laisser place à un nouvel ordre mondial, ou est-il encore trop tôt pour le dire ?

 Je l’espère. Il y a deux signaux très importants. Le premier, ce sont les élections de mi-mandat (midterms, ndlr) du 3 novembre aux États-Unis. Leurs résultats seront très importants, car ils dévoileront un autre visage de cette Amérique.

Ces élections de mi-mandat renouvelleront les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 sièges du Sénat. Les manifestations dans les grandes universités américaines seront-elles suivies dans les urnes ? C’est le premier signal que nous devons suivre de près. Le second, ce sont les élections en Israël. Si les Israéliens veulent la paix, ils devront sanctionner Netanyahou. Une fois cela fait, peut-être nous pourrons nous remettre à espérer et retrouver un certain optimisme. 

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Violence urbaine en France | Les vraies raisons de la colère

Les images provenant de plusieurs villes de France — voitures brûlées, vitrines brisées et commerçants en pleurs, impuissants face au saccage de leurs boutiques par des hordes de pilleurs — laissent sans voix. Ces scènes de chaos et de désolation, qui ont fait le tour de la planète, tranchent avec l’image de cette «douce France» tant célébrée par Charles Trenet. Qu’est-il arrivé à ce beau pays, pourtant connu mondialement pour son raffinement extrême et la richesse de sa culture ? La France n’est-elle pas la patrie des belles-lettres et de l’art de la table, le berceau des peintres impressionnistes, et sa capitale la référence mondiale de la haute couture et du parfum ?

Adel Zouaoui *

Les scènes de violence extrême impliquant des casseurs cagoulés, qui se sont produites en marge des manifestations lycéennes du 17 octobre — pourtant pacifiques à leurs débuts —, ont frappé de stupeur les médias du monde entier.

Pour expliquer cette vague de violence, les responsables politiques y sont allés chacun de leur propre analyse, dans une tentative de récupérer, à quelques mois de l’élection présidentielle, ce triste et malheureux événement. Si certains représentants de la gauche plurielle critiquent vertement les forces de l’ordre, qu’ils accusent d’avoir provoqué ces affrontements, d’autres sont allés un peu vite en besogne en pointant d’un doigt accusateur les populations issues de l’immigration.

Les biais cognitifs face à la réalité citoyenne

«Il y a un lien entre une immigration massive qui crée des désordres sécuritaires et ce qui s’est passé dimanche. Oui, je le dis et je l’affirme», a déclaré Bruno Retailleau lors d’une conférence de presse.

Une analyse on ne peut plus simpliste, qui tranche avec la complexité de la crise socio-économique actuelle. Elle témoigne, de surcroît, de la mauvaise foi de cette droite conservatrice, toujours prompte à accuser les populations issues de l’immigration de tous les maux auxquels la France est confrontée.

Force est de souligner qu’une telle lecture de ces derniers événements déforme et altère la réalité objective des faits, quand elle ne jette pas de l’huile sur le feu. Les casseurs du 17 octobre, au cas où certains responsables politiques de la droite conservatrice feindraient de l’ignorer, sont bel et bien Français, même si certains d’entre eux sont issus de familles immigrées. Qu’ils se nomment Mohamed, Mamadou ou Jean importe peu : ils sont tous nés en France, sont titulaires d’une carte d’identité française et ont reçu leur première éducation dans des institutions scolaires françaises. La France est leur pays, ils n’en ont pas d’autre, et c’est en France qu’ils passeront toute leur vie.

Le face-à-face des deux France

En fait, les causes de cette violence — condamnable, bien entendu — se trouvent bien ailleurs. Elles résident dans la confrontation silencieuse entre deux France : l’une blanche, dite «de souche», et l’autre, de couleur, d’origine maghrébine, subsaharienne ou asiatique; ou encore, l’une riche, prospère et au pouvoir, et l’autre pauvre, marginalisée et sans voix au chapitre. Et c’est parce qu’elles échouent à se réconcilier que la cocotte-minute explose par moments.

La cause de cet échec est le sentiment, éprouvé par la jeunesse en France, notamment celle d’origine maghrébine et africaine, d’être stigmatisée et malmenée par l’arbitraire d’une société qui ne répond ni à ses besoins, ni à ses espoirs, ni à ses attentes. Cette même société lui demande de s’intégrer tout en lui fermant à double tour les portes de l’insertion sociale. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Bien qu’ils en soient à la troisième, voire à la quatrième génération, la plupart d’entre eux peinent à trouver leur voie. Car décrocher un emploi ou trouver un logement relève d’un véritable chemin de croix lorsqu’on porte un nom à consonance arabe ou africaine. Parqués dans des HLM insalubres, situés dans les banlieues des grandes métropoles où règnent l’ennui et l’oisiveté, ils tentent de survivre au naufrage de leur propre destin. C’est dans ces territoires pathogènes, coupés de ce que devrait être une vie digne de tout être humain, qu’ils se sentent largués, oubliés et poussés à la marge par une xénophobie de plus en plus décomplexée.

Et pourtant, on oublie souvent que, sans la présence de cette immigration, la France ne serait jamais devenue ce qu’elle est aujourd’hui. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les populations maghrébines et africaines ont été largement appelées à participer au développement économique du pays. Ce sont les ouvriers immigrés originaires du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, du Mali, du Sénégal et d’ailleurs qui ont largement contribué à la construction des réseaux routiers, des ponts et des barrages. L’industrie automobile, tout comme la sidérurgie, n’aurait pu se passer de leur travail. Et cela, sans compter leur contribution à l’effort de guerre lors des deux guerres mondiales, sous le drapeau tricolore.

Les vraies racines du mal : le déclin géopolitique

Aujourd’hui encore, les Français d’origine maghrébine et africaine sont présents dans des secteurs à haute valeur ajoutée : ils sont médecins, ingénieurs en informatique, universitaires, scientifiques, écrivains ou sportifs de haut niveau, et participent au rayonnement international de leur pays. Feindre d’ignorer cette réalité, c’est faire preuve d’ingratitude.

Le nœud du problème en France est loin d’être l’immigration ; il est plutôt lié aux grandes mutations qui se produisent à l’échelle mondiale. Il va sans dire que l’épicentre des découvertes scientifiques et de l’innovation technologique se déplace aujourd’hui vers l’Asie, notamment vers la Chine. La France, l’Europe et l’Occident tout entier perdent pied face à ce Léviathan chinois.

Cette nouvelle configuration n’est pas sans conséquences. Son impact se fait de plus en plus sentir à l’échelle internationale, notamment en Afrique. Après avoir longtemps constitué le pré carré de l’Hexagone, le continent est en train de lui échapper. Cette perte d’influence politique prive la France d’un accès privilégié aux richesses et aux matières premières africaines, contribuant ainsi à affaiblir considérablement son économie.

Face à cette nouvelle réalité géopolitique, la droite française tourne le dos aux faits et demeure dans le déni. Elle s’obstine, en revanche, à faire du racisme une méthode, un outil de conquête et un projet politique.

Pour conclure, voter pour les vieilles lubies identitaires et anti-immigration de l’extrême droite aura sans aucun doute de lourdes conséquences. La France en sera encore plus pénalisée. Faut-il alors sonner le tocsin contre ces égarés du nationalisme ? La nation de Voltaire, de Victor Hugo, de Montesquieu et de Tocqueville fera-t-elle preuve de bon sens et de modération ? On le saura très bientôt, dans quelques mois.

* Cadre retraité de la Cité des Sciences à Tunis.

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Italie : Meloni exclut une alliance avec l’extrême droite de Roberto Vannacci

La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, ne prévoit pas d’élargir sa coalition gouvernementale au parti d’extrême droite Futuro Nazionale, dirigé par l’ancien général Roberto Vannacci, lors des législatives de 2027.

« Nous n’avons aucune raison de former des alliances avec ceux qui veulent nous renvoyer chez nous », a déclaré Lollobrigida dans un entretien au podcast Quello che il potere non dice, (Ce que le pouvoir ne dit pas) produit en collaboration avec Bloomberg et Chora Media. Interrogé sur Futuro Nazionale et sur le parti centriste Azione de Carlo Calenda, il a ajouté que les formations actuellement dans l’opposition y resteraient si tel était le choix des électeurs.

Cette déclaration ferme la porte, à ce stade, à une alliance avec deux formations susceptibles de modifier les équilibres du bloc de droite lors du prochain scrutin. La coalition actuelle de Meloni réunit Fratelli d’Italia, Forza Italia, dirigé par Antonio Tajani, et la Ligue de Matteo Salvini.

Une nouvelle loi électorale qui favorise les coalitions

Les élections italiennes doivent se tenir au plus tard à la fin de 2027, même si un scrutin anticipé au printemps est également évoqué. La réforme électorale portée par Meloni, adoptée par la Chambre des députés le 8 octobre, prévoit une prime de sièges pour la coalition atteignant le seuil de 42 % des suffrages. Ce dispositif incite les formations politiques à constituer des alliances suffisamment larges pour obtenir une majorité parlementaire. Il place donc la question des partenariats au cœur des préparatifs électoraux, tant à droite qu’à gauche.

Selon un sondage de SWG publié le 19 octobre et cité par Capital.gr, une coalition de centre gauche conduite par le Parti démocrate recueillerait 44,6 % des intentions de vote, contre 44 % pour le bloc gouvernemental. Ces chiffres restent des mesures ponctuelles de l’opinion et ne permettent pas de préjuger du résultat du scrutin.

Le parti Futuro Nazionale, fondé par Roberto Vannacci après son départ de la Ligue, représente une nouvelle force dans le paysage conservateur italien. Il défend notamment une ligne dure sur l’immigration et la sécurité, ainsi qu’une opposition à plusieurs orientations de l’Union européenne.

Mais l’apparition de ce parti complique la stratégie de Meloni : élargir la coalition pourrait permettre de rassembler davantage de voix, mais entraînerait aussi des négociations avec un parti qui conteste sa ligne. Le refus affiché par Lollobrigida signale que Fratelli d’Italia entend, pour l’heure, conserver le périmètre de la majorité actuelle.

Un calendrier électoral encore incertain

Par ailleurs, l’hypothèse d’élections anticipées en avril a été évoquée dans la presse, notamment par Bloomberg. Un tel calendrier permettrait au gouvernement d’éviter certaines négociations budgétaires attendues avec l’Union européenne, mais aucune date définitive n’a été annoncée. Lollobrigida a indiqué que le scrutin pourrait se tenir entre le printemps et l’automne 2027, sans préciser davantage le calendrier.

La campagne s’annonce ainsi dominée par deux enjeux : la capacité de la coalition au pouvoir à préserver sa cohésion et celle des oppositions à construire des alliances suffisamment larges. Pour Meloni, le refus d’intégrer de nouvelles formations à droite constitue, à ce stade, une ligne politique déclarée, alors que les équilibres électoraux restent serrés.

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C’est une France en lambeaux que va laisser Emmanuel Macron

Alors que le président français Emmanuel Macron vit ses derniers mois à l’Elysée, c’est bien pire qu’une ambiance de fin de règne qui prévaut en France mais celle d’un pays qui se morfond dans de multiples crises dont il a du mal à se sortir. Le fringuant banquier d’affaires élu à seulement 39 ans en 2017 et qui promettait de réformer la France et d’assainir ses finances publiques laisse aujourd’hui un bilan désastreux. Les oligarques qui l’ont porté à l’Elysée, eux, sont plus riches aujourd’hui qu’il ne l’étaient il y a dix ans. Eux, au moins, ne se plaignent pas : la mission pour laquelle ils l’ont destiné a été bien accomplie.  

Imed Bahri

Dans le New York Times, Mujtaba Rahman, directeur du cabinet d’analyse en risques politiques Eurasia Group, affirme que la France se trouve aujourd’hui au bord du gouffre. Il dresse un tableau sombre du pays européen dans une analyse intitulée «La France ne maîtrise plus son destin», où il souligne qu’il existe en français un terme qui décrit parfaitement la situation à savoir «engrenage» signifiant une spirale inquiétante. C’est précisément l’état actuel du pays où s’accumulent depuis longtemps de multiples crises, chacune menaçant d’aggraver les autres.

La première est la crise de la démocratie libérale. Les sondages suggèrent une possible accession de l’extrême droite au pouvoir lors de l’élection présidentielle du printemps prochain.

La deuxième concerne la mauvaise gestion des finances publiques. La dette publique française a atteint un niveau record de 4 000 milliards de dollars, tandis que le coût des nouveaux emprunts de l’État a grimpé, dépassant désormais ceux de l’Italie et de la Grèce.

La troisième est celle du mécontentement de la jeunesse. Pour protester contre la dégradation des établissements scolaires et la réduction de leurs perspectives d’avenir, des lycéens français ont bloqué près de la moitié des lycées du pays ces dernières semaines.

Par leurs affrontements avec la police et leurs pancartes aux slogans percutants, ces jeunes ont attiré l’attention du monde entier. Tout de même, il faut reconnaître les violences et les dérapages qui ont émaillé ce mouvement de protestation.

Si ces mouvements de contestation tout comme la montée de l’extrême droite sont marquants et révélateurs, c’est la crise financière qui s’avère la plus périlleuse, elle est à la racine de nombreux problèmes du pays et menace de le détruire.

Un pays au bord du gouffre

Selon l’auteur, la France se trouve bel et bien au bord du gouffre. Le mouvement des lycéens a débuté mi-septembre dans les banlieues défavorisées de Paris, avant de s’étendre aux établissements publics à travers tout le pays, des grandes métropoles aux petites communes. Les élèves, âgés de 15 à 18 ans, se révoltent contre la longueur des journées scolaires, le surpeuplement des classes, les absences fréquentes des enseignants et la vétusté des établissements scolaires. Ils s’inquiètent également du réchauffement climatique, de la montée de l’extrême droite et de la menace que fait peser l’intelligence artificielle sur les perspectives d’emploi des jeunes. Au cœur de leurs griefs se trouve un manque chronique d’investissement.

Selon Rahman, il s’agit d’une crise majeure. L’État français consacre pourtant des sommes considérables à l’éducation, environ 100 milliards de dollars par an soit 5,1% du produit intérieur brut (PIB), un taux supérieur à la moyenne de l’Union européenne (UE).

Que se passe-t-il donc ? Le fait est qu’une part importante de ces fonds —plus d’un quart— n’est pas allouée à la jeunesse mais aux générations plus âgées, pour financer les pensions des enseignants retraités.

Cela met en lumière l’une des causes profondes des problèmes du pays. Près d’un quart des dépenses publiques totales est consacré aux retraites, tandis qu’un autre quart est alloué aux services sociaux, allant des soins de santé aux allocations chômage.

Rahman souligne qu’aucun gouvernement français n’est parvenu à équilibrer le budget national depuis 52 ans. Cela étant, la dette publique française, qui s’élève à 119% du PIB, demeure inférieure à celle observée dans certains autres pays, notamment les États-Unis.

En 2019, le président Macron est parvenu à ramener le déficit annuel en dessous du seuil de 3% du PIB, fixé comme objectif par l’UE. Puis est survenue la pandémie de coronavirus. L’engagement pris par Macron de dépenser autant que nécessaire pour préserver l’économie française durant la période de confinement (le fameux «quoi qu’il en coûte») a entraîné une forte augmentation du déficit, qui a atteint 9,2% du PIB en 2020. La dette cumulée a, quant à elle, progressé de 335 milliards de dollars en une seule année. À cette époque, la France a été plus lente que les autres pays de l’UE à réduire ses mesures de soutien face à la pandémie.

Par ailleurs, le gouvernement a déboursé 95 milliards de dollars supplémentaires pour protéger le pays contre la hausse des prix de l’énergie, consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Par la suite, Macron a perdu le contrôle de la situation bien qu’il ait été réélu en 2022, il n’a pas obtenu de majorité à l’Assemblée nationale. En 2023, il a imposé une réforme modeste du système des retraites, relevant progressivement l’âge légal de départ de 62 à 64 ans. Il a justifié cette mesure en expliquant que la France devait travailler plus longtemps pour financer ses généreuses pensions de retraite et son système de protection sociale. Toutefois, plus de 70% des Français s’y sont opposés, certains avec une grande virulence.

Les élections européennes du 9 juin 2024 ont été marquées par la victoire historique du Rassemblement national (RN). Menée par Jordan Bardella, la liste du parti d’extrême droite est arrivée largement en tête du scrutin (31,37%). Renaissance, la formation politique de Macron, n’a recueilli que 14,60%.

Un mélange singulier d’immobilisme et de chaos

En réponse, Macron a convoqué des élections anticipées en 2024, qui se sont révélées défavorables réduisant ainsi la taille de sa coalition centriste à l’Assemblée nationale, l’empêchant d’avoir une majorité absolue ce qui a rendu le pays ingouvernable.

Depuis lors, deux Premiers ministres (Michel Barnier et François Bayrou) ont proposé des solutions au problème des dépenses excessives de la France mais ils ont été évincés par une majorité de députés issus de la gauche et de l’extrême droite. Le résultat est un mélange singulier d’immobilisme et de chaos.

Selon Rahman, Macron porte une part de responsabilité dans ce chaos, tout comme l’opposition —allant de la formation d’extrême gauche La France insoumise (LFI) au RN dirigé par jadis par Marine Le Pen et aujourd’hui par Bardella (président depuis le 5 novembre 2022).

Ces derniers ont privilégié les manœuvres politiques plutôt que de s’attaquer à la catastrophe financière qui s’aggrave, notamment le poids étouffant des retraites et des autres prestations sociales.

En février, les socialistes (centre-gauche) ont permis l’adoption du budget de l’année en cours mais à la condition que la réforme des retraites proposée par Macron soit suspendue, condition à laquelle s’est plié le Premier ministre Sébastien Lecornu ce qui lui a permis de sauvegarder son poste. Cet épisode lui a valu beaucoup de critiques lui reprochant de privilégier le prolongement de son bail à Matignon que le sauvetage des finances publiques.

Lecornu, propose cet automne des ajustements pour le budget 2027 —douloureux certes mais pas brutaux— visant à ramener le déficit à 5% du PIB. Un premier vote crucial est attendu à l’Assemblée nationale le 20 octobre. Si son gouvernement ne parvient pas à faire adopter ce budget, le coût du service de la dette française pourrait grimper en flèche. La France se verrait alors contrainte de solliciter l’aide du Fonds monétaire international (FMI), voire de la Banque centrale européenne (BCE), une perspective qui constituerait un véritable camouflet pour la septième économie mondiale et une fin de mandat humiliante pour Macron.

Un système politique profondément fragmenté

Cela étant, souligne Rahman, la France demeure, à bien des égards, une nation puissante et prospère. Toutefois, la méfiance des marchés à l’égard du pays  relève moins de l’économie que de la politique. Les marchés doutent en effet de la capacité d’un système politique profondément fragmenté 

—de plus en plus dominé par les extrêmes à droite comme à gauche— à valider les réformes difficiles nécessaires pour assainir les finances publiques. Ils craignent que le pays ne sombre dans des troubles sociaux et une paralysie institutionnelle. C’est cette érosion de la confiance qui a propulsé les coûts d’emprunt de la France vers des niveaux records.

En fin de compte, note Rahman, il n’existe pas de solution miracle. Quel que soit l’issue de l’élection présidentielle de mai, le futur président aura probablement du mal à dégager une majorité parlementaire lors des élections législatives qui suivront en juin, ce qui laisse présager de nouvelles turbulences politiques. 

Beaucoup s’interrogent sur la volonté réelle de Mme Le Pen, actuellement donnée favorite, d’affronter la crise avec franchise. La semaine dernière, elle a présenté un plan budgétaire quinquennal empreint de préoccupations idéologiques et de calculs tortueux.

Par ailleurs, et concernant le vote du budget le 20 octobre prochain, Le Pen cherche à démontrer qu’elle est une femme politique aguerrie et non une force de déstabilisation. C’est pourquoi il est fort probable qu’elle donne pour consigne à son groupe parlementaire – fort de 139 députés – de s’abstenir, permettant ainsi l’adoption du budget. Une telle manœuvre pourrait, dans l’immédiat, éviter un effondrement comparable à celui qu’a connu la Grèce au lendemain de la crise financière. Toutefois, la France ne maîtrise plus son propre destin et l’engrenage infernal demeure inéluctable.

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Un négationniste condamné à huit mois de prison ferme

Vincent Reynouard écope de huit mois de prison ferme pour des articles niant l’existence de chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale.   Il compte déjà dix condamnations à son casier judiciaire entre 2006 et 2025, essentiellement pour des…

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