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Houcine Rhili : la STEG paie le prix des impayés publics

Dans une déclaration exclusive à L’Économiste Maghrébin, Houcine Rhili, expert en développement et en ressources hydriques, dresse un constat critique de la situation énergétique tunisienne. Il souligne que la crise ne se limite pas au déficit de production ou à la dépendance aux importations : elle est aussi liée à des choix de gouvernance, à des blocages administratifs et à une fragilité financière des entreprises publiques, notamment la STEG, dont la trésorerie est lourdement affectée par les impayés de l’État et de plusieurs établissements publics.

Pour Houcine Rhili, la crise énergétique tunisienne est avant tout structurelle. Elle résulte, précise-t-il, de plusieurs années de retard dans les réformes, d’une gouvernance insuffisamment efficace et d’une absence de vision stratégique capable d’accompagner les transformations profondes du secteur.

L’expert pointe d’abord les contraintes administratives et réglementaires qui continuent de peser sur l’investissement. Il dénonce une lenteur administrative chronique, une réglementation dépassée ainsi qu’un code des hydrocarbures complexe, qui limiteraient l’attractivité du secteur et ralentiraient la mise en œuvre des projets énergétiques.

À cela s’ajoute, estime-t-il, une faiblesse persistante de l’investissement national face aux grands groupes étrangers. Houcine Rhili cite notamment l’exemple de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), qui a développé une capacité solaire de 10 mégawatts à Tozeur, sans parvenir ensuite à obtenir de nouveaux contrats d’envergure dans ce domaine. Dans le même temps, plusieurs opérateurs étrangers ont bénéficié de concessions pour développer des projets solaires de grande taille.

La STEG fragilisée par les impayés publics

L’expert insiste également sur la situation financière difficile des entreprises publiques du secteur. Il évoque un endettement qui se chiffre à plusieurs milliards de dinars, aggravé par les impayés accumulés par l’État, les administrations et certains établissements publics au titre de leurs consommations énergétiques.

Et de poursuivre que cette accumulation d’arriérés pèse directement sur la trésorerie de la STEG, limite ses capacités d’investissement et complique ses efforts de modernisation. La fragilité financière de l’entreprise ne serait donc pas uniquement liée à ses charges ou à ses contraintes opérationnelles, mais aussi à un système où une partie importante des clients publics ne règle pas régulièrement ses factures.

Houcine Rhili critique par ailleurs une gouvernance qu’il juge trop centralisée, avec une concentration excessive des décisions au niveau ministériel, au détriment du rôle stratégique des conseils d’administration et des mécanismes de pilotage.

Face à ces difficultés, l’expert appelle à l’ouverture d’un véritable débat national sur l’énergie, estimant que seule une réflexion collective permettra de sortir d’une gestion basée sur l’urgence. Il note que la Tunisie doit adopter une stratégie de long terme, avec des investissements planifiés sur quinze à trente ans, l’horizon nécessaire pour les grands projets énergétiques à travers le monde.

« Il faut passer d’une logique de réaction à une logique d’anticipation », plaide Houcine Rhili.Au final, il considère que l’avenir énergétique du pays dépendra de sa capacité à réformer sa gouvernance, restaurer la confiance des investisseurs et donner une vision claire aux acteurs du secteur.

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Tunisie : La baisse de l’endettement extérieur ralentit la hausse de la dette totale

La progression de l’endettement total de la Tunisie a marqué un net ralentissement en 2025, selon le dernier rapport annuel de la Banque centrale de Tunisie (BCT). La hausse de la dette s’est limitée à 3,9%, contre 4,5% un an auparavant, grâce à la poursuite du recul de l’endettement extérieur, engagé depuis 2023. Dans le même temps, la dette intérieure continue de progresser et représente désormais près des trois quarts de l’endettement total, tandis que le service de la dette publique a légèrement diminué et devrait poursuivre sa baisse en 2026.

L’endettement total du pays a progressé de 3,9% en 2025, contre 4,5% en 2024, a indiqué la BCT dans son rapport annuel. Cette évolution est attribuée à une baisse plus marquée de l’encours de la dette extérieure, qui a reculé de 9,9%, après une diminution de 6,6% l’année précédente. Dans le même temps, la croissance de la dette intérieure a légèrement ralenti, passant de 9,8% à 9,6%.

La dette extérieure poursuit son recul

Au terme de l’année 2025, l’encours de la dette extérieure s’est établi à 67,16 milliards de dinars, prolongeant la tendance baissière observée depuis 2023.

Selon la Banque centrale, cette évolution résulte principalement de remboursements du principal de la dette extérieure à long terme supérieurs aux nouveaux financements mobilisés durant l’année. À cela s’ajoute un effet de change défavorable lié aux fluctuations du dinar face aux principales devises d’endettement.

Une dette intérieure toujours en hausse

L’encours de la dette intérieure a, pour sa part, atteint 199,254 milliards de dinars. Son rythme de progression s’est légèrement modéré, notamment sous l’effet d’un ralentissement de l’endettement de l’État, dont la hausse est revenue à 21,6% contre 24% en 2024.

L’endettement des autres agents économiques non financiers a également ralenti, avec une progression de 3,3%, contre 3,6% un an auparavant.

Cette évolution confirme la transformation progressive de la structure de l’endettement tunisien. La part de la dette intérieure représente désormais près de 75% de l’endettement total, contre 71% en 2024 et 67% en 2023, traduisant un recours de plus en plus important au financement domestique.

L’État concentre près de la moitié de l’endettement

Par secteur institutionnel, les créances de l’État représentent près de la moitié de l’endettement total. Leur encours a progressé de 5,2% en 2025, contre 6,6% l’année précédente.

De leur côté, les autres agents économiques non financiers ont enregistré une hausse plus modérée de leur endettement, de 2,7%, contre 2,5% en 2024.

Le service de la dette en recul

Le rapport de la BCT fait également état d’une baisse des dépenses consacrées au service de la dette publique. Celles-ci ont diminué de 1,5% en 2025 pour s’établir à 24,44 milliards de dinars.

Cette diminution est essentiellement due au recul de 12,5% du service de la dette extérieure, qui concerne à la fois le remboursement du principal (-10,9%) et le paiement des intérêts (-18,9%).

À l’inverse, le service de la dette intérieure a augmenté de 8%, sous l’effet de la hausse des intérêts (+14,2%) et des remboursements du principal (+5,3%).

Pour 2026, la Banque centrale prévoit une poursuite de cette tendance, avec un service de la dette publique attendu à 23,06 milliards de dinars, soit une baisse supplémentaire de 5,7%.

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Kaïs Saïed : Les indicateurs économiques s’améliorent, mais les Tunisiens n’en ressentent pas les effets

Malgré une croissance de 2,5%, une inflation maîtrisée, des réserves en devises en hausse et le remboursement des dettes dans les délais, les Tunisiens ne perçoivent toujours pas les retombées de ces performances économiques. C’est le constat dressé par le président de la République, Kaïs Saïed, lors de la remise du rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Tunisie.

Les performances affichées par l’économie tunisienne ne suffisent pas si elles ne se traduisent pas par une amélioration du quotidien des citoyens. C’est le message qu’a délivré le président de la République, Kaïs Saïed, en recevant, lundi 6 juillet au palais de Carthage, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Fathi Zouhair Nouri, venu lui remettre le rapport annuel de l’institution pour l’exercice 2025.

À cette occasion, le chef de l’État a également pris connaissance des résultats de la participation de la Tunisie, invitée d’honneur au congrès financier annuel de la Banque de Russie, organisé à Saint-Pétersbourg.

Des résultats macroéconomiques en amélioration

Kaïs Saïed a réaffirmé le rôle de la Banque centrale dans le soutien à l’économie nationale, estimant que la Tunisie avait démontré la pertinence de ses choix nationaux à travers plusieurs indicateurs économiques favorables.

Le président de la République a cité une croissance de 2,5%, avec des perspectives de hausse, une inflation maîtrisée, des réserves en devises couvrant désormais 103 jours d’importation ainsi que le remboursement des dettes dans les délais.

Le défi : transformer les chiffres en amélioration du quotidien

Tout en saluant ces résultats, Kaïs Saïed a reconnu qu’ils ne se reflétaient pas encore dans la vie des Tunisiens. Il a souligné que la population n’avait pas bénéficié de ces performances, ayant surtout supporté les charges liées à l’endettement.

Pour le chef de l’État, les indicateurs macroéconomiques ne constituent pas une finalité. Leur véritable valeur réside dans leur capacité à produire des effets concrets sur les conditions de vie des citoyens, dans toutes les régions du pays.

Il a ainsi insisté sur le fait que les résultats économiques ne prennent tout leur sens que lorsqu’ils sont ressentis par les Tunisiens dans leur quotidien, au-delà des chiffres et des statistiques.

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Tunisair : le ministre du Transport parle d’un héritage lourd et promet un redressement accéléré.

Face au Parlement hier, le ministre du Transport, Rachid Amri a imputé l’état du groupe Tunisair a un passif sur lequel son département est en train de travailler pour y remédier.

La situation de Tunisair continue de cristalliser les inquiétudes à la lumière des dernières déclarations du ministre du Transport. Devant les députés, le 20 avril 2026, le ton s’est voulu lucide sur l’ampleur des difficultés mais à la fois (un peu trop) optimiste sur le redressement en cours.

Le constat initial fait par le ministre a toutefois été jugé surprenant : celui-ci a soutenu avoir trouvé une compagnie dans une « situation lamentable », réduite à opérer avec seulement six à sept avions en état de service. Une configuration minimale pour une compagnie nationale, symptomatique selon le ministre d’années de gestion dégradée. Une déclaration qui n’est pas passée inaperçue dans les milieux avisés qui y ont vu un dédouanement de sa part, imputant implicitement la responsabilité de la situation à l’ancien dirigeant de la compagnie.

À cela s’ajoute un endettement jugé critique, évalué à près de 2 600 millions de dinars selon le chiffre avancé à l’ARP, niveau d’endettement qui a durablement pesé sur la capacité d’investissement et de fonctionnement de l’entreprise.

Etats financiers et retards de publication

Sur le plan financier, un effort de mise à jour est en cours promet Rachid Amri. Les états financiers des exercices 2021 et 2022 ont été validés, tandis que ceux de 2023, 2024 et 2025 devraient l’être dans le courant de l’année 2026. Une étape indispensable pour restaurer la crédibilité de la compagnie, aujourd’hui jugée non bancable. « Elle ne peut pas contracter de prêt dans sa situation actuelle, mais elle va le redevenir », a-t-il assuré, évoquant un objectif de retour progressif à la confiance des partenaires financiers.

Au cœur de cette stratégie, un plan de sauvetage qualifié d’« urgent » est déployé à court terme. L’objectif : remettre rapidement en exploitation un maximum d’appareils afin de générer des revenus, tout en finançant les réparations nécessaires, notamment celles des moteurs, particulièrement coûteuses.

Flotte en cours de développement

La flotte constitue ainsi un indicateur clé de ce redressement. Actuellement, Tunisair dispose de 12 avions opérationnels, auxquels s’ajoutent deux appareils en réparation, attendus en service d’ici la fin du mois. Dès juin, la flotte devrait atteindre 16 avions grâce à l’intégration de deux appareils supplémentaires, un Airbus A320 et un Airbus A330, pour lesquels les moteurs ont été acquis et les contrats finalisés.

À horizon fin 2026, la compagnie ambitionne d’exploiter 18 avions, dont trois en location de type « dry lease », avec option d’achat selon le ministre, quoique cette affirmation soit discutable étant donné que les appareils sous ce régime sont restitués à la fin du bail.

Selon les projections présentées, un seuil de 21 appareils serait nécessaire pour atteindre l’équilibre financier, illustrant le lien direct entre capacité opérationnelle et viabilité économique.

Filiales en déficit

Le ministre a également évoqué la situation des six filiales du groupe, bizarrement toutes décrites comme fortement endettées (les résultats montrent  au contraire qu’Amadeus qu’il a citée est la seule bénéficiaire), mais engagées dans des processus d’assainissement. Un chantier parallèle, essentiel pour restaurer la cohérence et la performance globale du groupe.

Sur le plan opérationnel, des progrès ont été revendiqués concernant l’état des avions, longtemps critiqué. Le ministre a indiqué qu’un indicateur interne de sécurité et de conformité (qu’il a désigné par le terme facteur), qui atteignait auparavant des niveaux préoccupants (jusqu’à 3,5), est désormais repassé sous la barre de 1. Une amélioration qui aurait permis de lever certaines immobilisations et de renforcer les standards de sûreté et de sécurité.

Enfin, la situation de Tunisair Express a été qualifiée de « plus préoccupante encore ». Malgré des tarifs de billets jugés élevés, la filiale demeure déficitaire et dépendante de subventions. Des mesures sont toutefois prévues, avec l’exploitation d’au moins deux avions de capacité moyenne d’ici la fin de l’année, dans l’espoir de renforcer son modèle économique.

Entre diagnostic sévère hérité du passé et projections volontaristes, le discours officiel dessine une trajectoire de redressement rapide, mais encore conditionnée à la capacité de la compagnie à exécuter son plan dans un contexte financier contraint.

Le sauvetage de Tunisair s’annonce ainsi comme un test majeur de résilience pour cette entreprise dont la main-mise de l’Etat demeure encore très prononcée malgré la décision de modifier son mode de gouvernance depuis 2024 qui n’a, dans les faits, jamais été appliqué malgré la nomination d’un président de conseil.

©Destination Tunisie

 

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