Lese-Ansicht

La Tunisie ne peut plus reporter les réformes urgentes

Les tendances et courbes socio-économiques en Tunisie, ajoutées à la volatilité de la situation mondiale, soulignent l’extrême urgence des réformes à tous les niveaux et dans tous les secteurs. Et ce n’est pas le lourd fardeau administratif et fiscal que l’Etat impose aux contribuables et aux entreprises qui va beaucoup y aider, ni la frilosité des décideurs publics face au coût social de ces réformes.

Elyes Kasri *

Il est incontestable que la Tunisie ne peut assurer sa survie qu’en engageant, dans les meilleurs délais, un vaste programme de réformes multisectorielles.

Le principal obstacle aux réformes semble être la frilosité de l’opinion publique et la crainte par les décideurs d’un rejet social des réformes qui font normalement peur car la nature humaine appréhende l’inconnu surtout si cette crainte est exacerbée par le souvenir de nombreuses réformes qui ont fini par être détournées et n’ont pas donné les résultats escomptés et dans certains cas tout à fait le contraire.

Compte tenu de l’importance et même pour certains de la dimension disproportionnée de l’appareil de l’Etat et du secteur public dont certaines activités, devenues systématiquement déficitaires, ont été affublées à tort et au prix fort d’une qualification de stratégiques, la première responsabilité pour atténuer les craintes des sacrifices et des risques de détournement revient à l’Etat qui doit donner l’exemple et apprendre à vivre selon les moyens disponibles en réduisant ses coûts avec le réalisme et les sacrifices que la conjoncture nationale et internationale exige.

Le binôme infernal de la taxation et de l’endettement

Autrement, ce sera l’exacerbation du binôme infernal de la taxation et de l’endettement qui ne peut qu’asphyxier les citoyens et l’économie nationale avec le risque sérieux d’hypothéquer la souveraineté et l’indépendance nationales avec l’évocation de la Commission financière internationale de 1869 suivie douze ans plus tard par la colonisation étrangère en 1881.

La grille disparate des salaires et autres avantages aussi bien dans la fonction publique, le secteur public et la multitude d’institutions, gagneraient à faire l’objet d’un audit transparent et objectif pour mettre fin au slogan éculé de l’Etat pourvoyeur d’emplois et des droits acquis soit par corporatisme ou pendant des années de vaches grasses qui n’ont plus lieu d’être maintenues à coup d’endettement et de déséquilibre intenable entre les budgets de fonctionnement (avec un effet marginal sinon inexistant sur la productivité comme le prouvent les statistiques et indicateurs depuis quinze ans) et les budgets d’investissement censés être créateurs d’emplois et de richesse mais qui faute de moyens sont rabotés à l’extrême.

Le lourd fardeau administratif et fiscal

Tant que l’État ignorera le lourd fardeau administratif et fiscal qu’il impose aux contribuables et aux entreprises, toute velléité de réforme et d’appel aux sacrifices sonnera creux et souffrira d’un manque si ce n’est d’une absence totale de crédibilité et de réceptivité.

Entretemps, les tendances et courbes socio-économiques soulignent l’extrême urgence des réformes à tous les niveaux et dans tous les secteurs avec la vision et le courage nécessaires.

Le monde, en pleine volatilité avec des indices de crise généralisée, n’attendra pas les frileux et les sanctionnera lourdement.

* Ancien diplomate.  

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La responsabilité de la gauche dans l’échec de la transition tunisienne

Pour créer les conditions propices à une sortie de crise en Tunisie, en plus de l’islam politique qui doit faire son autocritique, la gauche est appelée à procéder à une remise en question de son rôle et de ses crédos idéologiques d’une autre époque et dont la Russie et la Chine, foyers historiques du socialisme international, se sont débarrassés comme d’une vieille guenille pour assurer leur développement et leur souveraineté face aux forces adverses.

Elyes Kasri *

Tous les avis s’accordent sur la dégradation des indicateurs socio-économiques en Tunisie depuis 2010, devenue pour de nombreux experts une année de référence.

Bien que la Tunisie ait déjà été en crise, quoique silencieuse économiquement mais visible politiquement et diplomatiquement, la pseudo révolution de 2011 n’a rien amélioré en l’espace de quinze ans au point de faire un nombre grandissant de nostalgiques et de déçus de la démocratie et de développer une aversion des fondements du mode de gouvernance démocratique et de tous ceux qui prétendent s’y attacher.

Si l’islam politique à travers Ennahdha et sa nébuleuse a été sommé publiquement et judiciairement de rendre des comptes pour ses dérapages et méfaits durant la période post révolutionnaire, la gauche continue à alimenter une culture toxique anti réformes et anti entrepreneuriat faite de mythes socioéconomiques qui mènent inexorablement la Tunisie vers la déconstruction de son tissu entrepreneurial et économique et une croissance anémique, financée par un endettement de plus en plus lourd et onéreux, qui risque d’hypothéquer non seulement les opportunités de relance mais également la souveraineté et l’existence même du pays dans un scenario risquant d’être plus grave que celui de la Commission financière internationale de 1869 qui a pavé la voie à la colonisation française en 1881.

Une gauche lâche et irresponsable

Si l’histoire a marqué le rôle courageux et patriotique de la gauche grecque qui a sauvé avec courage et détermination son pays de la faillite en 2009, l’histoire portera un jugement sévère sur la gauche tunisienne qui, quand l’occasion s’est présentée sous feu Béji Caïd Essebsi, a refusé de partager le fardeau du pouvoir ** et les sacrifices requis par les réformes exigées par la situation du pays pour se contenter de faire sans risques de la surenchère qui continue de mener le pays à l’abysse de l’endettement, de la fonte du pouvoir d’achat et de la dégradation inexorable de l’infrastructure et des services publics ainsi que des attributs de la souveraineté nationale.

Pour créer les conditions propices à une sortie de crise, en plus de l’islam politique qui doit faire son autocritique, la gauche tunisienne est appelée à procéder à une remise en question de son rôle et de ses crédos idéologiques d’une autre époque et dont la Russie et la Chine, foyers historiques du socialisme international, se sont débarrassés comme d’une vieille guenille pour assurer leur développement et leur souveraineté face aux forces adverses.

Sans cette remise en question, la gauche tunisienne assumera une lourde responsabilité historique dans tout ce qui découlera de la pente dangereuse dans laquelle glissent l’économie et la souveraineté de la Tunisie depuis 2011.

* Ancien ambassadeur.

** En remportant les élections de 2014, Nidaa Tounes conduit par feu Béji Caïd Essebsi avait tendu la main au Parti des Travailleurs, conduit par Hamma Hammami, pour participer au gouvernement, mais ce dernier a refusé, obligeant les Nidaïstes à s’allier aux islamistes pour pouvoir constituer le gouvernement.     

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